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Syrie : L’opposition soutenue par les États-Unis dégénère en un conflit interne

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« Sous nos yeux » Le monde sans le Qatar _ par Thierry Meyssan

Le subit retrait politique du Qatar hors de la scène internationale a été suivi, une semaine plus tard, du renversement Mohamed Morsi en Égypte. Bien qu’il n’y ait qu’une concomitance entre les deux événements, sans lien de cause à effet, leur survenue change radicalement l’avenir du monde arabe.

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Mohamed Morsi et l’émir Hamad Al-Thani

En deux semaines, les Frères musulmans, à qui Washington promettait de gouverner le monde arabe, ont perdu deux de leurs principaux leviers de pouvoir. L’émir Hamad Al-Thani du Qatar a été contraint d’abdiquer le 25 juin, et avec lui son inspirateur et Premier ministre, HBJ. Le 3 juillet, le président Mohamed Morsi a été renversé par l’Armée égyptienne, tandis que des mandats d’arrêt étaient bientôt lancés contre les principaux responsables du mouvement égyptien, dont le Guide suprême de la confrérie, Mohammed Badie.

Il ne semble pas qu’en poussant l’émir Hamad vers la sortie, Washington prévoyait un autre changement de régime en Égypte. Les États-Unis, qui n’ont pas supporté ses magouilles politico-financières, ont remis le Qatar à sa place de micro-État. Jamais Washington n’a remis en cause l’aide apportée par l’émir aux Frères musulmans, ni leur rôle au Caire, mais juste l’enflure de l’émirat.

Le rôle des Frères

Quoi qu’il en soit, l’inattendue accession légale de la Confrérie au pouvoir, en juin 2012, en Égypte, laissait entendre le véritable objectif du « printemps arabe » : une nouvelle ère de colonisation fondée sur l’accord secret des Frères, des États-Unis et d’Israël. Pour la Confrérie, l’islamisation forcée des sociétés d’Afrique du Nord et du Levant ; pour Washington, la globalisation économique, incluant des privatisations massives ; et pour Tel-Aviv, la continuation de la paix séparée de Camp David.

Il importe de bien comprendre que, ce faisant, « La Confrérie est devenue le fer de lance du sionisme arabe », selon l’expression du penseur libanais Hassan Hamade. Ce que confirme à sa manière le « conseiller spirituel » de la chaîne qatarie Al-Jazeera, cheikh Yusuf al-Qaradawi lorsqu’il prêche que si Mahomet était parmi nous aujourd’hui, il vivrait en paix avec les Israéliens et soutiendrait l’Otan.

L’idéologie de la Confrérie

Cette position a été favorisée par la structure des Frères musulmans. Bien qu’elle dispose d’une coordination internationale, la Confrérie n’est pas constituée d’une organisation unique, mais d’une multitude de groupes distincts. En outre, il existe des niveaux différents d’adhésion avec chacun leur propre idéologie. Cependant, tous se retrouvent autour d’une même devise : « Allah est notre but, le Coran est notre loi, le Prophète notre leader, le Jihad notre voie, et le martyr notre plus haute espérance ». En outre, ils se réclament tous de l’enseignement d’Hassan el-Banna (1906-1949) et de Saïd Qutb (1906-1966).

De facto, la Confrérie est la matrice de tous les mouvements salafistes (c’est-à-dire cherchant à vivre comme les compagnons du prophète) et takfiristes (c’est-à-dire luttant contre les apostats) travaillant avec la CIA. Ainsi Ayman al-Zawahari, actuel chef d’Al-Qaïda, est issu de leurs rangs. Fidèle agent US, il fut l’instigateur de la présidence d’Hosni Moubarak, en organisant l’assassinat d’Anouar el-Sadate. Il est aujourd’hui devenu le chef spirituel des Contras syriens.

La Confrérie a toujours été minoritaire, dans tous les États où elle s’est développée, y compris en Égypte où elle ne doit sa victoire électorale qu’au boycott des urnes par les 2/3 de la population. Elle a donc suscité, face à des dictatures, toutes sortes de groupes armés qui ont tenté de s’emparer du pouvoir par la force ou la dissimulation. Ce qui caractérise son comportement, c’est que, pour elle, « La fin justifie les moyens ». Dès lors, il est difficile de distinguer, dans son évolution idéologique, ce qui est authentique de ce qui ressort de la séduction politique. Précisément, le cas égyptien a montré que son évolution démocratique était de pure façade, juste le temps d’une élection.

Surtout, bien qu’il soit au départ un mouvement destiné à lutter contre l’impérialisme britannique, il entra immédiatement en conflit avec le nationalisme arabe, principal adversaire de l’impérialisme dans la région. Comprenant l’usage qu’ils pouvaient faire des Frères, les Britanniques, experts en maniement de sectes, loin de les éliminer, les pénétrèrent et les soutinrent pour lutter contre les nationalistes. Aujourd’hui encore, la coordination internationale des Frères est installée à Londres.

Le « printemps arabe » (depuis décembre 2010) n’est au fond qu’un remake de l’ancienne stratégie franco-britannique de la « révolte arabe » contre les Ottomans (1916-1918). Sauf que cette fois, le but n’était pas de placer des fantoches pseudo-indépendants à la place de la vieille administration ottomane, mais des fantoches vierges adaptés à la globalisation à la place d’alliés usés.

Le repli stratégique du Qatar

Depuis le changement d’équipe au Qatar, l’argent a cessé de couler à flots vers les Frères, que ce soit en Syrie, en Palestine, en Égypte, en Libye ou ailleurs. L’émirat se recentre sur ses ambitions intérieures et prévoit de consacrer 200 milliards de dollars pour préparer la Coupe du monde de football, dans neuf ans.

Cette soudaine disparition de la scène internationale laisse le champ libre aux Saoudiens et aux Émiratis, qui se sont tous deux précipités pour soutenir le nouveau régime égyptien.

A contrario, la rivalité entre le Qatar et l’Arabie saoudite a conduit l’Iran à soutenir Mohamed Morsi en Égypte —alors qu’il soutient Bachar el-Assad en Syrie—. Du coup, Téhéran se trouvait plus d’affinités avec le projet des Frères égyptiens « d’islamiser la société » qu’avec celui des nassériens de libérer la Palestine de l’occupation coloniale.

En définitive, le retrait du Qatar correspond à un rééquilibrage des forces dans le monde anglo-saxon. Successivement, les commissions de contrôle des services secrets au Congrès des États-Unis et à la Chambre britannique des Communes se sont opposées à l’envoi d’armes aux « rebelles » en Syrie.

La chute des Frères musulmans n’est donc pas seulement l’échec d’une Confrérie, mais aussi celui de ceux qui, à Londres et Washington, ont pensé pouvoir remodeler l’Afrique du Nord et le Proche-Orient, puis à défaut y faire régner le chaos plutôt que d’y perdre la main.

Le bordel patiemment globalisé du bloc BAO

«Ils envoient leur conscience au bordel et tiennent leur contenance en règle», disait fameusement Michel Eyquem de Montaigne, – cela, tout de même, pour nous couvrir de l’accusation de l’emploi d’un mot un peu trop leste. Cela donnerait pour notre compte, pour décrire la situation générale : “Ils envoient la vérité au bordel et tiennent leur contenance en narrative”. La différence, dans tous les cas, est au moins dans la dimension de la chose : avec nous, le bordel est globalisé.

La conjonction des événements, c’est-à-dire des crises essentiellement suscitées par l’activisme en tous sens du bloc BAO, réserve nécessairement des surprises révélatrices et, somme toute, plus réjouissantes que désagréables. On veut dire par là que les automatismes des contradictions internes sont toujours réjouissants quand ils forment une part essentielle de la description de la situation. Ainsi en est-il et en sera-t-il de plus en plus dans la situation des relations internationales marquées, d’une part, par l’existence de plus en plus prégnante et contraignante d’une infrastructure crisique, d’autre part, par une politique-Système dénuée de toute orientation principielle, ne répondant qu’à des impératifs déstructurants-dissolvants complètement détachés de considérations de cohérence et de logique constructive, et par conséquent en constant état d’antagonisme avec les différentes crises de l’infrastructure crisique, les unes après les autres ou plusieurs en même temps, les nouvelles après les vétéranes et bientôt avec les vétéranes entrées dans une nouvelle phase éruptive après les nouvelles.

Ces “surprises révélatrices” qu’on signale plus haut sont, elles, complètement dans la logique de situations ainsi conduits à des occurrences complètement contradictoires et antagonistes. On en trouve désormais tous les jours, et même plus encore… Le même jour, on en trouve la manifestation majeure dans deux circonstances, c’est-à-dire deux crises récentes et encore en phase éruptive, qui se sont superposées l’une à l’autre.

• Le premier cas est celui de la situation égyptienne. La chute du président Morsi, soutenu si longuement par les aubades extérieures pour figurer la disposition vivante du miracle démocratique en Égypte, est le résultat d’une action de l’armée égyptienne qui constitue dans la lettre et dans l’esprit de la lettre un “coup d’État”, et que certains, très artistes dans l’art de la dialectique, s’emploient à désigner comme “une décision”. (Voir le commentaire du Ron Paul Institute du 7 juillet 2013 : «The hypocrisy of the US administration on these events in Egypt is stunning. As the New York Times reported: “President Obama urged the military to move quickly to return Egypt to a democratically elected government, saying, ‘We are deeply concerned by the decision of the Egyptian Armed Forces to remove President Morsi and suspend the Egyptian Constitution.’ The president notably did not refer to the military’s takeover as a coup – a phrase that would have implications for the $1.3 billion a year in American military aid to Egypt.” Well, Egypt had a democratically-elected government, but it was overthrown by the US-funded Egyptian military!») Par conséquent, le sort de Morsi, renvoyé et accepté au moins momentanément aux oubliettes, est largement entériné, au nom des intérêts stratégiques du Pentagone et des souhaits israéliens qui veulent que les militaires égyptiens continuent à recevoir leur aide annuelle des USA pour les empêcher de changer d’attitude vis-à-vis du traité de paix Égypte-Israël. (Sans parler des avis encore plus autorisés et avancés, qui décrivent “la décision” de l’armée égyptienne comme un “coup” évidemment fomenté par les USA.) Bref, cela signifie que le bloc BAO, les USA assurément, prennent la nouvelle situation à leur compte… Le résultat le plus assuré, – si l’on s’en est avisé en attendant de mesurer ce que devient le sort de l’Égypte, – est qu’il s’agit d’une défaite majeure pour les rebelles syriens que soutiennent le bloc bAO et les USA, et une victoire pour Assad, comme le résume Antiwar.com le 6 juillet 2013.

«Western-backed Syrian Islamist rebels are facing a major setback this week that didn’t even happen on their own territory. The coup in Egypt ousted an Islamist president who was outspokenly sympathetic to them, and has left Syria’s own opposition blocs in even more of a shambles than they already were. Under President Morsi, Egypt’s government permitted its citizens to go a-jihading into Syria, and Morsi even appeared at rallies where they were encouraged to do so. That decision was seen as a factor in the coup, and the new junta is likely to keep fighters from flowing into Syria.

»But the bigger problem is the Syrian National Coalition, which is still unable to settle on a leader and now seems even more rudderless, as the Syrian Muslim Brotherhood dominates the coalition, and the group is reeling from the loss of its Egyptian counterpart, whose members are being arrested en masse.»

• Prise avec l’élégance qu’on lui connaît entre le respect vertueux de ses engagements de servilité vis-à-vis des USA d’une part, et la considération vertueuse des protestations et autres clameurs émises lors de la mise à jour publique de “tout ce que le monde sait” (l’espionnage intensif et massif de tout ce qui chuchote, parle et écrit sur la planète, dont l’UE, par la NSA) d’autre part, l’UE a donc reporté sa décision de reporter les conversations USA-UE sur un grand marché transatlantique au prix modique de l’établissement de négociations parallèles sur les susdites pratiques de surveillance. Mais cette décision s’est heurtée au veto décidé et décisif du Royaume-Uni, pour l’excellente raison que ce Royaume-Uni, qui fait partie de l’UE surveillée et écoutée par la NSA, fait aussi partie du réseau NSA qui surveille et écoute l’UE. Il n’y aura donc qu’un “groupe de travail”, sans beaucoup d’effets espère-t-on, sur la vaste question des surveillances et des écoutes auxquels participeront les USA et l’UE (avec le Royaume-Uni), et qui sera sans aucun doute, – car nul ne doute de la responsabilité professionnelle des uns et des autres, – surveillé et écouté par la NSA (avec le Royaume-Uni). Selon Antiwar.com le 6 juillet2013 :

«European Union proposals for broad talks with the United States over American surveillance of EU ambassadors and broad surveillance of EU citizens won’t take place, following a veto by the British government. Britain’s veto means that only a single “working group” aimed at discussing issues of data privacy with the US will be allowed, and the broader issue of surveillance will be “off-limits” for the EU to approach with America.

»The “why” behind this is fairly straightforward, as the US had extensive data-sharing agreements with Britain, which it considers a “second-party” nation, and Britain was known to be a beneficiary of US surveillance against the rest of the world, even other EU member nations, none of whom were in the same position of priviledge.»

…Mais il y a bordel et bordel, lorsqu’il s’agit également des figurants-Systèmes que sont les dirigeants du bloc BAO. Celui dont parle Michel Eyquem de Montaigne, qui est plutôt lieu de débauche, c’est-à-dire corruption des sens mais aussi de la psychologie, n’est pas nécessairement le nôtre, qui est désordre pur. Les deux ne peuvent-il être liés, après tout, c’est-à-dire fondus ensemble ? Le désordre auquel le bloc BAO parvient par l’impulsion irrésistible mais sans intérêts pour les effets qu’elle produit de la politique-Système à finalité dd&e (déstructuration, dissolution & entropisation), n’est-il pas après tout débauche pure et simple, et corruption par conséquent, de la diplomatie, de la politique, etc., et de toute activité organisatrice, lesquelles sont elles-mêmes produits par la psychologie effectivement débauchée et corrompue au bordel de Montaigne ?

Ce qui caractérise la phase actuelle, c’est que plus rien n’est fait pour tenter d’empêcher, voire seulement de masquer cette situation complètement catastrophique. Les dirigeants-Système prennent les avatars des diverses crises qui viennent les uns après les autres, exactement de cette manière, les uns après les autres sans tenter d’établir le moindre lien. On tente d’aveugler les voies d’eau les unes après les autres, au gré de la fureur des éléments. Effectivement complètement corrompus psychologiquement, un pied dans chacun des deux bordels, ils assistent, impuissants, à cet affrontement titanesque entre la politique-Système qui est hors de tout contrôle et l’infrastructure crisique qui est dans la même situation. Les occurrences les plus scandaleuses, les plus contradictoires jusqu’au surréalisme schizophrénique, comme celle de voir les Britanniques faire partie d’un “groupe de travail” demandant aux USA de modérer ou de réglementer leurs pratiques de surveillance et d’espionnage dont eux-mêmes sont partie prenante, sont assumées sans la moindre hésitation. Inutile d’opposer, pour un cas, le “on savait” (évidemment) à propos des Britanniques et de leur assimilation zélée à toutes les entreprises américanistes ; cela n’a pas cours ici car ce qui importe est l’acte de communication ; nous parlons de l’étalage au grand jour, certifiée, officialisée, de telles situations effectivement complètement schizophréniques. C’est cette exposition qui est le fait important, et nullement la situation elle-même. Elle indique que le Système ne prend plus aucune précaution d’habillage et de dissimulation, qu’il agit au grand jour ; on peut croire que c’est par certitude de la victoire aussi bien que par la pression de la panique… Peu nous importe ses humeurs, ce que nous voyons, nous, c’est que cet étalage montre au grand jour les catastrophes qu’entraîne son intervention, et le fait de ne plus chercher à rien en dissimuler n’est pas vraiment l’assurance du triomphe final du Système.

 

Mis en ligne le 6 juillet 2013 à 17H42

http://www.dedefensa.org/article-le_bordel_patiemment_globalis_du_bloc_bao_06_07_2013.html

L’Égypte après Morsi

On a déjà pu lire dans cette rubrique (voir depuis le 22 octobre 2012) des présentations et des citations de l’institut de recherche Conflicts Forum de Beyrouth, sous la direction d’Alastair Crooke. L’institut produit d’excellentes analyses sur la situation et les crises de la région du Moyen-Orient.

L’institut édite un commentaire hebdomadaire général sur la région, son Weekly Comment, auquel nous avons déjà fait référence. Cette édition pour la semaine du 28 juin au 5 juillet 2013 est entièrement consacrée aux événements égyptiens. Conflicts Forum donne une analyse en profondeur des conditions politiques intérieures égyptiennes existantes et des implications géopolitiques. Il met en évidence combien l’Égypte reste un pays fracturé, plus que jamais confronté à un risque de guerre civile, et de quelle façon la chute de Morsi a constitué un revers important pour le Qatar notamment, et son ambitieuse politique.

Conflicts Forum : Weekly Comment (28 June – 5 July 2013)

Egypt: Whilst opponents of Morsi, both at home and overseas, exuberantly voiced their elation at his (and the Brotherhood’s) humiliation, detention and removal from power in a coup devoid of any legal or constitutional basis, the basic contradictions to the situation largely have been obscured by the media focus on Tahrir partying. Polls held in Egypt over the course of the last five years indicate a clear trend: the Egyptian public is becoming more religious and conservative. This is also the trend across the region: the poor, less educated, rural population (the huge majority in Egypt), are soaking up the Salafism irradiating through their societies (see last week’s Comment), whilst the urban middle-class elites are becoming more assertively secular. It may seem contrarian to underline this fact at a time when the world’s media outlets are hailing the ousting of the ‘Islamists’, but this is the reality. Clearly the Egyptian opposition imagine they have got what they wanted. They are now riding high. But here is the problem: it is not clear that what the mainly middle-class urban youth of Cairo want is the same as what the majority of Egyptians want. A recent Zogby poll found that whilst seventy-four percent of Egypt’s electorate said they lacked confidence in the Brotherhood (mainly because of the deteriorating economic situation and Morsi’s undoubted errors of judgment), an even larger proportion (75-78%) expressed little trust in the opposition parties, either. The wider Muslim Brotherhood camp (with its large rural constituency) now feels that the country was stolen from it – its candidate had won 51.7% votes in an Presidential election that was widely accepted as free and fair. Not only that, but the Brotherhood additionally has won during the past two and a half years, the parliamentary poll and a referendum on a constitution drafted by them — three election wins. The Brotherhood, who had waited eighty years for their project come to fruition, saw it crumble to nothing in three days. Too many people in Egypt felt that last Sunday was Egypt’s ‘now or never moment’: the opposition believed that if they did not act, Morsi and the Brotherhood would control them forever; the Brotherhood for its part, feared that if their key platform over eight decades – their coming to power legitimately – were taken from them by force (think Algeria, Hamas in 2006 and now Cairo), the movement might simply implode – with young Muslims concluding that the only course must be ‘to burn the system’ in order to re-make it. As Conflicts Forum has been noting, Egypt is unbridgeably fractured. Each faction wants absolute victory; all camps aspire to defeat their rivals resoundingly. But if the Brotherhood’s legitimacy has been so peremptorily and arbitrarily withdrawn, why should anyone else’s subsequent claim to legitimacy be treated with any greater respect? Regrettably, in post-Hosni Mubarak Egypt, consensus is not available. The consequences of this coup will reverberate violently through not just Egypt, but the region as a whole.

Why did the army do it? It is a complex story (see here), but essentially the Brotherhood ideologues had come to believe that the AKP’s success in Turkey was rooted in wooing the businessmen, and in pursuing a liberal-market economic policy (many Islamists have come to believe that pursuit of a neo-liberal platform somehow can inoculate them from western interference). Such economic success, they hoped, would allow them to implement social Islam à la Turque. The Brotherhood could not have been less fortunate in the economic circumstances that faced them however, as they took power in Egypt. Economically matters were set to go from bad to worse, and any government would face extreme difficulties and possible failure. In any event, this economic programme was called the ‘Turkish model’ by such Brotherhood ideologues, such as Esam al-Arian. But it was a misnomer, since the Brotherhood ‘model’ was really Ataturk-esque in one important respect: It accorded the Egyptian military a privileged position, both in terms of protection from political oversight – as well as allowing it to maintain its huge economic interests too. It entrenched the ‘deep state’, rather than undermined it as happened in Turkey. This was the essence of the “Al-Selmi” pact struck between the Brotherhood and the Army in November 2011. This self-interest pact between the Army and the Brotherhood, to preserve the status quo, worked well for a time, but the Egyptian ‘deep state’ still smarted from the ousting of Mubarak, and plotted its comeback. Certain Gulf states (notably the UAE, Kuwait and Saudi Arabia) were only too happy to fund and encourage the new secular/liberal revolt against Morsi and the Brotherhood – spurred by their growing anger at Qatar’s pro-Brotherhood sponsorship. This aggravating and bitter Gulf rift has been central to how matters subsequently developed. In May, a delegation of Gulf leaders lobbied President Obama to rein in the Amir of Doha and his promotion of the Brotherhood, which they feared held aspirations to power in the Gulf states too. The US had already begun to wonder whether the Qatari leadership was ‘two-timing’ the US in its support for radical Islamist movements, whilst ostensibly pursuing US interests in the region, but Obama was cautious. Internally in Egypt, the growing brouhaha being mounted by the secular-liberal, urban opposition, (funded by the anti-Qatari faction) both frightened an Army concerned that popular mobilization might threaten the status quo through metamorphosis into a genuinely revolutionary movement; and as Prof Frisch has noted, gave the opportunity for the deep state to bring themselves back into power. Paradoxically, the same upper-middle class youth, who just a year ago, shouted “down with the military” and were then used by Morsi in his confrontation with the army, now have been used again by the military and others in the “deep state” to bring themselves back to power. The military lost power to Morsi after ruling Egypt ineptly for eighteen months in the aftermath of Mubarak’s ouster. Just one year later they find themselves back on top. Of course, this is presented as the transition to democracy; but three key factors may suggest a different course: Firstly, the drive behind the coup came from Saudi Arabia, which additionally has promised, reportedly, to indemnify the Egyptian Army against any loss of US aid (which legally must be halted in the event of a coup); the appointment of a Mubarak henchman to the ‘transitional’ Presidency; and the striking absence of any timetable for the transition.

Geo-strategic implications: The most obvious is the reversal of fortunes of Qatar, which has led with its financial and political support for the Brotherhood. It has been politically crushed by Saudi Arabia. First, we had the Emir’s (ostensibly, timely) abdication, the PM’s unexpected departure for comfortable exile in London; its Brotherhood protégé deposed from power; its Egyptian leadership arrested; and the new Emir obliged to have to congratulate the Egyptian Army for safeguarding Egypt’s national security. The Gulf states are feeling their fragility. They would never have reacted so assertively in Egypt unless deeply concerned at their own domestic situation. This shift of Qatar’s fortunes, plus the western-sanctioned overthrowing of an elected Islamist administration will undoubtedly adversely impact on the Syrian opposition’s already fading fortunes. There may be the possibility of a renewed Saudi-Egyptian axis, but whether this ever will materialize will depend wholly on how Egypt unfolds in the coming months. What is far more significant and impossible to predict, however, are the consequences and impact of this weekend’s events on the already fractured and increasingly adversarial identities – now perceived in polar opposition to one another – that comprise the Sunni sphere. Across the region, the break-up of overarching identities (such as Arabism) into polarized factional identities, historically has almost invariably ended with civil conflict and war. Although there are some fragile intimations of a new Arabic identity arising, in opposition to the present polarization, it is doubtful this will emerge sufficiently quickly or strongly to mitigate the wider dynamics toward civil conflict.

 

Conflicts Forum

http://www.dedefensa.org/article-l_gypte_apr_s_morsi_06_07_2013.html

La chute de Morsi et le Système

Il est très difficile de trouver un commentaire qui fasse des USA un artisan satisfait de la chute de Morsi et de l’arrivée au pouvoir, disons in fine, des militaires égyptiens. Nous en avons, pour notre part, trouvé un parmi nos références courantes, qui affirme cette thèse d’une façon abrupte, selon nous d’une façon arbitraire et contestable ; et constater cela ne nous remplit pas d’une satisfaction particulière, bien au contraire, puisque le commentateur est “notre ami” M K Bhadrakumar. Dans sa chronique du 5 juillet 2013, il fait un parallèle entre Morsi et Erdogan, faisant des deux des victimes d’un “complot” conduit par des “forces obscures” dans lesquelles il place manifestement celles qui représente pour nous le Système, et les USA en premier… Ainsi peut-il débuter sa chronique de cette façon, en laissant entendre qu’Erdogan pourrait subir le même sort que Morsi :

«The military coup in Egypt staged with green signal from Washington should alert Turkey’s Prime Minister Recep Erdogan. An Egypt-like convulsion of obscure origin has appeared in Turkey, too. There are some strange parallels….»

A part cette divergence (que nous retrouvons également, autre surprise désagréable, dans le commentaire de Bhadrakumar du 3 juillet 2013 approuvant le refus indien d’accorder l’asile politique à Snowden), la plupart des références que nous consultons voient dans la chute de Morsi un grave revers pour les USA ou, dans tous les cas, un embarras certain. Il nous semble qu’il y a d’excellentes raisons, sinon des raisons évidentes pour plaider de la sorte, tant la politique US qui tente d’appliquer les consignes de la politique-Système semble avoir jugé que la maladresse et le contrepied pour elle-même constituent les clefs disons à double tour de la réussite et du succès. Par contre, il y a des divergences intéressantes dans cette appréciation, non seulement de cet échec US, mais des implications de cet échec pour la politique suivie jusqu’alors par l’administration Obama.

• Wayne Madsen, qui a eu une certaine popularité médiatique par son intervention concernant la position européenne dans la crise transatlantique à l’intérieur de la crise-Snowden (voir le 1er juillet 2013) considère que la chute de Morsi est la fin de la “politique moyenne-orientale” (style refonte de fond en comble de la carte de la région) de l’administration Obama, appuyée sur le soutien des islamistes, éventuellement modérés, contre les sécularistes. Madsen fait lui aussi un parallèle entre Morsi et Erdogan, mais il les oppose frontalement au Syrien Assad et inscrit par conséquent Morsi dans le schéma du bloc BAO (plus les pays du Golfe) dans leur entreprise générale de soutien à l’attaque contre le régime Assad et, de façon plus générale, dans le contexte de la “croisade” sunnites versus chiites, ces derniers étant en état d’alliance objective avec les sécularistes. Madsen estime que c’est un grave échec pour la cabale des liberal hawks interventionnistes de Washington autour d’Obama (notamment Susan Rice et Samantha Powers, et Hillary Clinton avant elles), et particulièrement conduite par l’activisme de l’ambassadrice au Caire Anne Patterson, tandis qu’il juge que le Pentagone a objectivement soutenu l’action des militaires contre Morsi à cause du très récent appel de Morsi à la “guerre sainte” contre Assad. Interprétation acceptable, à la fois sur le fond, avec l’opposition du Pentagone à toute intervention US en Syrie, et sur la forme, par ce qu’elle nous dit et confirme de l’éclatement des pouvoirs à Washington, avec leur concurrence effrénée et leurs politiques spécifiques. Tout cela est dans un long texte de Strategic-Culture.org du 5 juillet 2013.

«President Barack Obama’s policy toward the Arab and Muslim world was born in Cairo and it died there… […]

»It is clear that U.S. military aid to Egypt will have to continue in order to placate the Egyptian military that saw Patterson’s support for Morsi increase as the Egyptian president became more intractable on dealing with Egypt’s growing opposition to his rule. Morsi’s public call for Egyptians to support the Syrian Salafist and Wahhabist Jihad against President Bashar al Assad’s government in Syria was the “red line” for the military. […] Morsi’s severance of relations with Damascus and his open support for the Jihadist rebels proved too much for the Egyptian military… […]

»Of course, the “Obama Doctrine”, which called for U.S. political and financial support for the ouster of secular regimes with legacies of pan-Arab socialism, followed by military support through third parties like NATO and the Arab Wahhabist monarchist Gulf Cooperation Council, died in Tahrir Square amid Egypt’s “Arab Summer” revolution. Many Egyptians who celebrated the ouster of Morsi said they hope Washington will now yank its ambassador from Cairo. Patterson has been called “Morsi’s girlfriend” by a number of Morsi’s opponents… […] Egypt’s new interim government, a newly-emboldened Assad, Lebanese Hezbollah, and Turkey’s secular opposition won the day against those who would take the Arab Middle East back to the thirteenth century. The Obama Doctrine was punched, kicked, and beaten in Tahrir Square. As America celebrated Independence Day, Egyptians celebrated their own independence from a regime that was the product of secret think tanks and planning sessions involving the most cursed names in the Middle East today: Brennan, Rice, Power, Rhodes, Hillary Clinton, and Patterson…»

• Divers textes montrent l’hésitation et le désarroi de l’administration Obama dans cette crise (voir Reuters, le 4 juillet 2013), ce qui retranscrit en fait, sous une forme très préoccupée, l’attitude fondamentale d’Obama qui est effectivement sa difficulté à prendre position et à trancher devant des événements rapides et brutaux. Le résultat se trouve dans des politiques extrêmement imprécises de la part de la Maison-Blanche elle-même. (Ce dernier point expliquant que la politique US peut alors devenir l’enjeu d’affrontements entre différents centres de pouvoir à Washington, voire être “kidnappée” par l’un de ces centres de pouvoir.) D’autre part, – bien entendu parce que ce point-là reste pour nous fondamental, – il y a aussi le constat de l’affaiblissement fondamental de l’influence US en général, et notamment en Egypte. On trouve ce thème développé dans un article du Wall Street Journal du 3 juillet 2013  : «In Egypt, a country where the U.S. has wielded enormous influence for the last four decades, the most striking aspect of the current upheaval there is that Washington appears to have relatively little left…»

• L’attaque contre l’administration Obama est très forte de la part de l’opposition républicaine. On dénonce le parti pris US en faveur de Morsi, et notamment le rôle joué par l’ambassadrice Patterson. Il y a là beaucoup de cuisine politique puisque, après tout, les républicains attaquent dans ce cas les islamistes, les Frères Musulmans et Morsi, qu’ils soutiennent par ailleurs à 150% en Syrie, contre Assad (et, par conséquent, le récent appel de Morsi à une guerre totale contre Assad). L’article de John Hudson sur ce thème, dans Foreign Policy du 2 juillet 2013 nous signale d’une façon intéressante, 1) que ce que Madsen considère comme l’échec de la “doctrine Obama“ avec notamment le rôle de l’ambassadrice Patterson, n’amènera pas nécessairement une révision critique de cette politique, avec Patterson promise au contraire à une promotion importante au département d’État, – car, selon l’adage, on ne change surtout pas une équipe qui perd  ; 2) que la thèse de la pénétration de l’administration Obama par les Frères Musulmans subsiste…

«Patterson, who is reportedly in line for a promotion as assistant secretary of state for Near Eastern Affairs, also came under criticism from Rep. Scott Perry (R-PA), who said she appeared to “offer support for a regime with a rather checkered record of support for democratic processes and institutions.” The State Department did not respond to a request for comment, but at Monday’s daily briefing, State Department spokesman Patrick Ventrell acknowledged the anti-Patterson protest signs. “We find it abhorrent and reprehensible,” Ventrell said. “The ambassador has very much stated U.S. policies.” He added that “we don’t take sides,” and that U.S. policy is “focused on the broader goal of reconciliation between the two groups.” […]

»Lastly, a fringe element of the Republican Party is opposed to Obama’s Egypt policy for a third reason: The insidious influence of Muslim Brotherhood “advisors” inside the White House. “Since this administration is advised by Muslim Brothers then of course they’re going to promote those in the Muslim Brotherhood,” Texas Congressman Louie Gohmert told The Cable. Gohmert did not recycle his discredited allegation that former Clinton Aide Huma Abedin is in cahoots with the Brotherhood, but he did mention others who allegedly explain why the “government is supporting the wrong people.” Some conspiracy theories die hard.»

• Sur ce sujet égyptien, DEBKAFiles a beaucoup apporté. L’appréciation générale du site israélien a été l’impuissance US devant les événements et l’attitude générale de l’administration Obama plutôt en faveur de Morsi. DEBKAFiles a aussi signalé, comme l’une des surprises des manifestations, la forte affirmation anti-US de la foule et, surtout, cet antiaméricanisme affirmée dans le cadre d’un néo panarabisme à-la-Nasser, qui est une tendance qui pénètre largement l’armée (DEBKAFiles le 1er juillet 2013 : «Rather than an outpouring of anti-Islamist rage, the tenor of the banners, placards and chants raised over Cairo’s Tahrir Square echoed the slogans of pan-Arab, nationalism, socialism and xenophobia, with which the charismatic Gemal Abdel Nasser caught the Arab world by storm half a century ago. The Muslim Brotherhood rule in Egypt, thrown up by the Arab Revolt, may face the challenge of a neo-Arab nationalistic uprising, a throwback to the Nasserist era.»

Dans une plus récente livraison (le 4 juillet 2013), DEBKAFiles va beaucoup plus loin, comme toujours au nom d’informations exclusives de sources non nommées qu’il est évidemment difficile de vérifier. Il s’agit de l’implication de l’Arabie et des Émirats en soutien des militaires contre Morsi et les frères Musulmans. L’affaire est agrémentée de promesses d’aides saoudienne et émirati à l’Égypte “nouvelle”, y compris la fourniture de l’aide militaire équivalente à l’aide US si les USA supprimaient leur aide. (Cela n’a pas l’air de devoir être le cas, les militaires US voulant garder de bons rapports avec les militaires égyptiens et Israël insistant auprès des USA pour le maintien de cette aide pour éviter une radicalisation du nouveau régime égyptien avec des répercussions au niveau du traité de paix Egypte-Israël, – tout cela plaçant les militaires égyptiens dans une position beaucoup plus favorable par rapport aux sollicitations extérieures que celle qu’on leur accorde en général.)

«The lightening coup which Wednesday, July 3, overthrew President Mohamed Morsi put in reverse gear for the first time the Obama administration’s policy of sponsoring the Muslim Brotherhood movement as a moderate force for Arab rule and partner in its Middle East policies. DEBKAfile reveals that the Egyptian military could not have managed their clockwork coup without the aid of Saudi and Dubai intelligence and funding. Saudi Arabia and the UAE threw their weight and purses behind Egypt’s generals aiming to put their first big spoke in the US-sponsored Arab Revolt (or Spring), after they failed to hold the tide back in Libya, Egypt and thus far Syria. […]

»The coup leader, Defense Minister and army chief Gen. Abdel Fattah El-Sisi, had two more Saudi-Gulf commitments in his pocket, say DEBKAfile’s Middle East sources: 1. Should the Obama administration cut off the annual US aid allocation of $1.3 billion, Saudi Arabia and the UAE would make up the military budget’s shortfall; 2. The Saudis, UAE and other Gulf nations, such as Bahrain and Kuwait, would immediately start pumping out substantial funds to keep the Egyptian economy running. The Egyptian masses would be shown that in a properly managed economy, they could be guaranteed a minimal standard of living and need not go hungry as many did under Muslim Brotherhood rule…»

Le commentaire général de DEBKAFiles est évident : «For the first time, a group of traditionally pro-US conservative Arab governments has struck out on its own to fill the leadership vacuum left by the Obama administration’s unwillingness to pursue direct initiatives in the savage Syrian civil war or forcibly preempt Iran’s drive for a nuclear bomb.» A ce commentaire de DEBKAFiles et dans l’hypothèse de la validité de ces informations, qui ont d’ailleurs leur cohérence, nous ajouterons celui-ci : il s’agirait d’un cas intéressant, le premier du genre de cet ordre dans la séquence dite du “printemps arabe”, où l’hostilité latente de l’Arabie (avec les EAU) à l’encontre du Qatar et des Frères Musulmans jusqu’alors maintenue dans le cadre d’une concurrence des interventions respectives en Syrie, aurait pris opérationnellement le pas sur l’antagonisme commun contre la Syrie. En aidant les militaires égyptiens, saoudiens et émiratis feraient ou ont fait objectivement le jeu d’Assad si l’on se réfère à la position radicalement anti-Assad que venait de prendre Morsi et le refus évident des mêmes militaires égyptiens de tout affrontement avec la Syrie. Cette dimension lie un peu plus tout un aspect de ce nième épisode de la crise égyptienne à la crise syrienne, comme une de ses retombées extérieures.

On peut aller plus loin, en reprenant l’analogie des positions de Morsi et d’Erdogan évoquée dans deux cas précédemment cités (Bhadrakumar et Madsen). On retrouve avec ces deux dirigeants, selon des circonstances et des orientations diverses, la même pente vers la perte de la légitimité, qui rencontre toujours, dans la situation présente, le projet de radicalisation d’une opposition au régime syrien, c’est-à-dire nécessairement un rapprochement et une accointance avec le bloc BAO, et leur subtil représentant que sont les USA. (Subtilité, en effet, dans le chef de l’ambassadrice US au Caire, de croire qu’une déclaration publique contre les manifestations et pour le président Morsi allaitent sauver celui-ci, alors que l’effet évident devait être et a été exactement l’inverse.) Quelles que soient les orientations, les méandres des uns et des autres dans ce tourbillon qu’est aujourd’hui le Moyen-Orient, on en revient toujours au même constat de la délégitimation qu’entraîne nécessairement un rapprochement avec le bloc BAO (les USA). Comment s’en étonner puisque, parlant d’eux (bloc BAO, USA), on parle en vérité du Système et que le Système, nécessairement déstructurant et dissolvant, est l’ennemi juré de toute posture principielle et de toutes les références à des principes, et donc le pourvoyeur évident de la délégitimation. A l’inverse, on n’a pas été sans noter, comme le fait DEBKAFiles, l’apparition de slogans néo-panarabes, les références à Nasser, les positions jugées néo-nassériennes du ministre de la défense égyptien devenu “homme fort” de l’actuelle séquence. Panarabisme, néo ou pas, nassérisme, etc., sont nécessairement des références qui portent en elles une dimension de légitimité dans le monde arabe.

 

Mis en ligne le 5 juillet 2013 à 11H21

http://www.dedefensa.org/article-la_chute_de_morsi_et_le_syst_me_05_07_2013.html

Égypte, nouvelle phase de la même crise

Égypte, nouvelle phase de la même crise

La situation égyptienne, que nous qualifions de “désordre immobile”, doit être suivie heure par heure pour seulement paraître être embrassée d’une façon à peu près cohérente par ceux qui la suivent ; on ne dit pas “comprise” car il n’y a pour l’instant rien de précis à comprendre. Cette situation est actuellement laissée aux forces primaires qui composent le pays, dont la puissance populaire, avec tous les relais de la communication, est la plus forte. Les acteurs sont connus et ne tiennent leur rôle que dans la mesure des capacités d’action que leur laisse la pression formidable de la puissance populaire.

La situation dans la nuit du 2 au 3 était donc celle d’une résistance de Morsi à l’ultimatum des militaires, tandis que la foule égyptienne continuait à “régner” dans la rue, imposant aux acteurs principaux la nécessité de faire évoluer la situation sans possibilité de la contrôler. Nous nous référons à Reuters, ce 3 juillet 2013, pour fixer un instant de l’évolution du tourbillon égyptien.

«In a defiant midnight television address responding to military demands that he share power with his opponents or see the army impose its own solution, Mursi warned that any deviation from the democratic order approved in a series of votes last year would lead Egypt down a dangerous path. He was speaking as vast crowds of protesters rallied in central Cairo and across the nation to demand the Muslim Brotherhood politician’s resignation in a third night of mass demonstrations. His supporters also turned out in force, and three people were killed and 97 injured in clashes between Islamists and security forces at Cairo University.

»“The price of preserving legitimacy is my life,” Mursi said in an impassioned, repetitive, 45-minute ramble. “Legitimacy is the only guarantee to preserve the country.” In a warning aimed as much at his own militant supporters as at the army, he said: “We do not declare jihad (holy war) against each other. We only wage jihad on our enemies.” Urging Egyptians not to heed the siren calls of what he called remnants of the former authoritarian government, the “deep state” and the corrupt, he said: “Don’t be fooled. Don’t fall into the trap. Don’t let them steal your revolution.” An opposition spokesman called Mursi’s defiance “an open call for civil war.” Peaceful protests would go on, he said… […]

»On Monday, army commander General Abdel Fattah al-Sisi gave Mursi 48 hours to reach an accommodation with his opponents. Otherwise, he said, the military would step in and implement its own road map for the country’s future. A military spokesman said the armed forces would not comment on the president’s statement until Wednesday afternoon. The deadline is set to expire at 5 p.m. (1500 GMT).

Les militaires ont retrouvé leur position de février 2011, avec à peine un peu moins d’ambiguïté dans une position de critique du pouvoir, puis d’exigences vis-à-vis de ce pouvoir, pour à nouveau tenter d’apparaître comme des soutiens de la puissance populaire en tentant de ne pas trop s’y compromettre. L’évolution de la situation et la résistance de Morsi à leurs exigences les contraignent à modifier leurs plans dans le sens d’une intervention plus active, tout cela avec des évolutions possibles et des adaptations nécessaires.

«Military sources told Reuters that, assuming the politicians fail to end a year of deadlock before the deadline, the generals have their own draft program ready to implement – although it could be fine-tuned in consultation with willing political parties.

»Under the road map, the military would install an interim council, composed mainly of civilians from different political groups and experienced technocrats, to run the country until an amended constitution was drafted within months. That would be followed by a new presidential election, but parliamentary polls would be delayed until strict conditions for selecting candidates were in force, the sources said. They would not say how the military intended to deal with Mursi if he refused to go quietly. Some of his Islamist supporters have vowed to defend what they see as the legitimate, democratic order, even if it means dying as martyrs. Some have a history of armed struggle against the state.»

Les interventions extérieures qui sont des interventions-Système se résument essentiellement aux pressions US. Comme d’habitude, les USA se trouvent dans la position de soutenir celui qui est l’objet d’une contestation difficilement tenable, et tentent de sauver ce qui peut l’être. Comme d’habitude, leurs interventions se font plus ou moins à ciel ouvert, avec une adresse et une habileté qu’on a assez de mal à identifier, exacerbant encore les conditions de tension pour la psychologie des acteurs principaux. Pour l’instant, ils soutiennent Morsi, comme ils soutinrent Moubarak jusqu’au moment de sa chute qu’ils prirent ensuite à leur compte ; contrairement aux interprétations qui tentent de rationnaliser la situation par la référence à la puissance manipulatrice, notre appréciation est que les USA en tant que principal représentant du Système ne font que suivre, aujourd’hui comme ils firent en février 2011. DEBKAFiles est une source acceptable, avec le sens des détails excitants pour l’attention, pour avoir un détail sans doute assez probable de ces agitations américanistes, dans des coulisses particulièrement transparentes et selon un scénario qui semble finalement, lui aussi, à peu près aussi “immobile” que le désordre… (Voir le 3 juillet 2013, qui reprend également des nouvelles de précédentes dépêches.)

«US President Barack Obama and Chief of US General Staff Gen. Martin Dempsey intervened in the Egyptian crisis early Tuesday, July 2, in an attempt to save the besieged President Mohamed Morsi and his Muslim Brotherhood. Obama called the Egyptian president and Gen. Dempsey phoned Chief of staff Gen. Sedki Sobhi, hoping to defuse the three-way crisis between the regime, the army and the protest movement before it gets out of hand.

»The crash of Morsi’s presidency would seriously undermine the objectives of the Arab Revolt pursued by the Obama administration as the arch-stone of his Middle East policy. The administration had earlier sought unsuccessfully to persuade the heads of the Egyptian army not to issue its 48-hour ultimatum to Egypt’s rulers “heed the will of the people” by Wednesday afternoon – or else the army would intervene. The Americans proposed instead to leave Morsi in place after stripping him of presidential authority and installing a transitional government to prepare the country for new elections to the presidency and parliament. DEBKAfile’s Middle East sources report that the army chiefs led by Defense Minister Gen. Abdel-Fattah el-Sissi rejected the American proposal.

»Obama promised to back steps taken by President Morsi to show he is “responsive to the opposition’s concerns,” while Gen. Dempsey asked Egyptian generals to moderate their stand against the Muslim Brotherhood. The underlying message was that if they failed to do so, Washington might reconsider its $1.3 billion annual military assistance package which is the main source of income for the armed forces.»

Nous reviendrons beaucoup plus en détails sur cette expression de “désordre immobile” que nous employons dans notre sous-titre et en début de texte, et ce que nous entendons par là. Bien sûr l’expression ne concerne pas que l’Égypte, mais bien l’infrastructure crisique en général qui caractérise la situation-Système des relations internationales. En Égypte, cette notion apparaît avec l’idée d’un redoublement de la situation de janvier-février 2011, qui semble être “rejouée” à peu près à l’identique, sur la partition nouvelle qui fut installée à partir du début février 2011 sur le fait acquis d’un effondrement de la structure régnante jusqu’alors (la structure Moubarak). L’idée est que cet effondrement déstructurant a installé un désordre qui n’a plus guère varié depuis, qui n’a été fixé en aucune façon. La chute de Moubarak, l’intervalle incertain, les divers rebondissements, l’élection de Morsi, le “choix” US de le soutenir, etc., tout cela n’a pas réussi à imposer de nouvelles structures. Le contenu des facteurs impliqués a évolué entre les bornes chronologiques depuis février 2011, plutôt vers l’aggravation bien entendu, mais sans réelle modification de ces facteurs.

Bien entendu, la “démocratisation” (pseudo-démocratisation) avec sa charge de narrative et d’illusion de communication, et qui ne peut être qu’insatisfaisante pour tous les acteurs selon leurs points de vue, n’a eu aucun effet stabilisant. Au contraire, la “démocratisation” reste une garantie paradoxale du maintien de ce “désordre immobile” qui apparaît pour ce qu’il est lors d’éruptions conjoncturelles qui peuvent avoir une puissance considérable où le facteur de l’insatisfaction populaire joue un rôle également considérable. L’aspect paradoxal de cette “démocratisation”, comme de l’expression de “désordre immobile”, est justifié par le fait que cette situation chronique de désordre est tout de même contenue dans des bornes, dans des espaces géographiques, dans une psychologie même du provisoire, aboutissant au paradoxe que le désordre qui est par définition mouvement ne change rien de fondamental et peut être justifié de recevoir le qualificatif d’“immobile”. Même une évolution dramatique de type “guerre civile” qui est envisagée pour le pire de la situation actuelle ne serait nullement assurée d’apporter des changements décisifs, et même au contraire (cela, à l’image de la situation syrienne qu’on estimait voir réglée en quelques semaines et qui dure depuis plus plus de deux ans). L’essentiel de la responsabilité de cette situation est évidemment à mettre à la charge du Système dans sa dynamique de surpuissance-autodestruction, qui maintient ses propres pressions (dans ce cas, celle des USA principalement) sans apporter aucun élément de structuration à cause de son propre affaiblissement, de ses propres crises (infrastructure crisique), de sa propre finalité déstructurante, et de son propre “désordre immobile” par conséquent.

 

Mis en ligne le 3 juillet 2013 à 05H52

http://www.dedefensa.org/article-_gypte_nouvelle_phase_de_la_m_me_crise_03_07_2013.html

Des protestations de masse ont éclaté en Egypte contre le régime de Morsi, soutenu par les Etats-Unis

Égypte : Les Frères Musulmans l’épreuve de la révolution (2/3)

L’Egypte est témoin d’une nouvelle recrudescence de luttes massive de la classe ouvrière. Pour le premier anniversaire de l’arrivée au pouvoir du président islamiste Mohamed Morsi, des millions de gens ont envahi les rues et les places du pays pour exiger son éviction et celle des Frères Musulmans (FM) de Morsi.

Dans des scènes rappelant les luttes qui, il y a près de deux ans et demi, ont entraîné la chute du dictateur de longue date de l’Egypte, les travailleurs et les jeunes se sont rassemblés sur les places emblématiques de la Révolution égyptienne, en scandant : « Dégage ! » et « Le peuple veut la chute du régime ».

Au Caire, plusieurs défilés ont convergé vers la Place Tahrir. La foule a grossi au point d’être évaluée en début de soirée à un million, jurant de rester jusqu’au départ de Morsi. Une autre manifestation a eu lieu dans la capitale devant le palais présidentiel lourdement gardé à Ittihadia où des centaines de milliers s’étaient retrouvés.

Des protestations de masse ont eu lieu dans toutes les principales villes des 27 gouvernorats du pays. Dans la cité portuaire méditerranéenne d’Alexandrie, des centaines de milliers de gens ont afflué sur la place Sidi Gaber, déterminés à faire partir Morsi.

Dans la ville industrielle de Mahalla, l’un des centres de la révolution égyptienne, des dizaines de milliers se sont rassemblés sur la Place Al-Shoun, scandant des slogans révolutionnaires contre Morsi. Environ 90 pour cent des travailleurs de la société de filature et de tissage Misr Spinning and Weaving company qui appartient à l’Etat, l’usine la plus grande d’Egypte qui emploie plus de 25.000 travailleurs, ont débrayé pour rejoindre les manifestations.

D’autres protestations de masse ont eu lieu à Mansoura, Damanhour, Minya, Tanta, Sharqia et dans les villes de la région du canal de Suez, à Port Saïd, Suez et Ismaïlia. Une source de l’armée citée par le quotidien égyptien Al-Shorouk a dit que 17 millions de personnes étaient descendues dans la rue pour former l’une des plus importantes manifestations depuis le début de la révolution.

« Les scènes des manifestations sont sans précédent en taille et en portée et semblent dépasser celles observées durant le soulèvement qui a duré 18 jours pour renverser Moubarak, » a dit au Guardian britannique, Michael Hanna, membre de la Century Foundation de New York et spécialiste de l’ Egypte.

Dans certains endroits, les protestations présentaient un caractère insurrectionnel et de violents affrontements entre des manifestants anti-gouvernement et des partisans de Morsi ont éclaté. Au Caire, des manifestants ont attaqué avec des cocktails Molotov le quartier général national des FM tandis que des activistes islamistes se sont défendus de l’intérieur du bâtiment à l’aide de fusils.

Dans la ville d’Assiut, dans la haute Egypte, des assaillants ont tué trois manifestants alors que des milliers de protestataires anti-Morsi défilaient vers les quartiers généraux locaux du parti Liberté et Justice (FJP, Freedom & Justice Party).

Comme en 2011, les protestations de masse sont motivées par l’inégalité sociale stupéfiante en Egypte, et qui s’est accentuée sous le régime de la junte militaire et des Frères musulmans, et le caractère répressif de l’appareil d’Etat appuyé par les Etats-Unis.

Mohamed Ramadan Badawy, un manifestant du gouvernorat de Qena dans le Sud du pays et qui avait rejoint une délégation de Haute Egypte se rendant au Caire pour se joindre aux protestations sur la Place Tahrir a dit à Ahram Online : « Les besoins fondamentaux des Egyptiens ne sont pas satisfaits, nous avons un problème de chômage de masse, notamment parmi les jeunes, les meurtres continuent sous le régime [de Morsi] et puis il y a l’effondrement de l’Etat, des accidents de trains et des coupures d’électricité. La pauvreté ne cesse de croître en Egypte au point que les gens se nourrissent dans les poubelles. »

Comme en 2011, la colère de masse vise une fois de plus les Etats-Unis, principale puissance à soutenir le régime islamiste répressif de Morsi. Après l’éviction révolutionnaire de son laquais de longue date, Moubarak, Washington a tout d’abord soutenu une junte militaire en donnant ensuite son appui aux FM pour défendre ses intérêts économiques et stratégiques partout au Moyen-Orient. Morsi a souscrit à la guerre en cours menée par les Etats-Unis en Syrie dans le but de faire chuter le président Bachar al-Assad, en promettant de soutenir « matériellement et moralement » les milices islamistes d’opposition appuyées par l’Occident.

Il y a à peine quelques jours, l’ambassadrice américaine en Egypte, Anne Patterson, a dénoncé les protestations contre Morsi en émettant quasiment un chèque en blanc aux islamistes pour réprimer brutalement les protestations.

« Certains disent qu’une action dans la rue produira de meilleurs résultats que des élections. Pour être honnête, mon gouvernement et moi-même sommes profondément sceptiques », a-t-elle dit en ajoutant : « L’Egypte a besoin de stabilité pour mettre de l’ordre dans sa maison économique et davantage de violence dans la rue ne contribuera qu’à ajouter de nouveaux noms à la liste des martyrs. »

« Reflétant la haine généralisée contre l’impérialisme américain en Egypte, des manifestants brandissaient des affiches à l’effigie de Patterson et de Morsi barrées d’un « X ». Sur une bannière anti-Patterson on pouvait lire « Vieille sorcière, rentre chez toi. »

Le palais présidentiel, les bâtiments gouvernementaux et d’autres sites clé à travers le pays étaient gardés par l’armée égyptienne subventionnée par les Etats-Unis. Des chars et des soldats étaient spécialement stationnés dans les villes avoisinant le stratégique canal de Suez où des manifestations anti-Morsi avaient déjà revêtu un caractère insurrectionnel après le second anniversaire de la Révolution égyptienne le 25 janvier dernier.

Comme aux premiers jours de la révolution, des hélicoptères de l’armée ont survolé le Caire en surveillant la foule se trouvant sur la Place Tahrir et devant le palais présidentiel. Selon des sources de l’armée, le ministre de la Défense et commandant en chef des forces armées égyptiennes, le général Abdul Fatah Khalil Al-Sisi, a suivi les protestations depuis une salle de contrôle spéciale.

Dimanche dernier dans un discours Al-Sisi a proféré la menace que si les partis politiques ne réussissaient pas à arriver à un consensus et si la situation venait à déraper, l’armée interviendrait. Spiegel Online a rapporté que des milliers d’Islamistes organisant un sit-in dans le quartier de Nasr au Caire avaient formé des brigades armées. Les FM et d’autres groupes d’islamistes, tels Gamaa Islamiyya et diverses organisations salafistes ont à maintes reprises juré de défendre la « légitimité » de Morsi.

Essam al-Erian, vice-président du parti de la Liberté et de la Justice (FJP), le bras politique des FM, a qualifié les protestations anti-Morsi de « tentative de coup d’Etat ». Il a accusé l’opposition de « tout simplement rassembler des masses de gens dans des protestations violentes, de recourir à des méthodes de voyous et de faire couler le sang précieux des Egyptiens. »

Les leçons de ces deux dernières années de lutte révolutionnaire sont cruciales au moment où la classe ouvrière entre une fois de plus en lutte. La lutte pour les droits démocratiques et sociaux des travailleurs ne peut être confiée à une quelconque faction de la bourgeoisie égyptienne, qu’il s’agisse de l’armée, des islamistes ou des forces d’opposition de tendance laïque, elle requiert une lutte révolutionnaire indépendante pour le pouvoir, fondée sur une perspective socialiste.

Le programme mis en avant par la campagne « Tamarod » (« rébellion ») qui a appelé ces manifestations, soutenu par le Front de Salut national (NSF) et des groupes pseudo-gauches comme les Socialistes révolutionnaires (SR), est une tentative de plus de la bourgeoisie égyptienne de remodeler son régime, de désamorcer la colère massive de la classe ouvrière et de défendre par la force le pouvoir et la richesse de l’élite dirigeante.

Mercredi, lors d’une conférence de presse, Tamarod a présenté son programme politique. Son co-fondateur, Mohamed Abdel Aziz, a réclamé un « premier ministre indépendant » pour « diriger un gouvernement technocratique dont la principale mission est d’élaborer un plan économique d’urgence pour sauver l’économie égyptienne. » Ses commentaires ont clairement fait comprendre qu’il s’agirait d’une dictature non élue servant les intérêts du capital financier international et imposant la politique d’austérité exigée par le Fonds monétaire international.

Il a dit que « le président de la Cour constitutionnelle suprême (CCS) serait investi des droits du président conformément au protocole tandis que les pouvoirs exécutifs seront attribués au premier ministre pour une période transitoire de six mois, qui s’achèvera par des élections présidentielles encadrées judiciairement et supervisées internationalement, et qui sera suivie par des élections parlementaires. »

Johannes Stern

Article original, WSWS, paru le 1er juillet 2013

http://www.mondialisation.ca/des-protestations-de-masse-ont-eclate-en-egypte-contre-le-regime-de-morsi-soutenu-par-les-etats-unis/5341386

Le « Lion Impatient » de mettre en pièces sa proie, la Syrie

L’art de la guerre

Par Manlio Dinucci

Mondialisation.ca, 18 juin 2013

ilmanifesto.i

Eager_Lion

Quand le président Napolitano rencontra l’an dernier en Jordanie S.M Le Roi Abdallah II, il lui exprima « la haute considération avec laquelle l’Italie voit la volonté de paix et la ligne de modération poursuivie depuis toujours par la dynastie hachémite ». C’est dans cet esprit, à coup sûr, que l’Italie participe en Jordanie à la manœuvre « Eager Lion » (lion impatient) sous commandement étasunien, en cours du 9 au 20 juin. Y participent 19 pays, unis par l’ « objectif commun de renforcer la sécurité et stabilité régionale », menacées, ils n’en ont aucun doute, par la Syrie d’Assad qui utilise des armes chimiques pour écraser la rébellion. Les « preuves » ont été fournies par la Cia, la même qui, il y a dix ans, fournît la documentation photographique, montrée par Colin Powell au Conseil de sécurité, sur la possession par l’Irak de 500 tonnes d’armes chimiques et biologiques et de laboratoires mobiles pour la guerre biologique. On a découvert ensuite, comme a reconnu Powell lui-même, que de telles armes n’existaient pas et que les laboratoires mobiles étaient en réalité des générateurs de gaz pour des ballons aérostatiques à usage météorologique. Mais désormais les jeux étaient faits : les « preuves » de la Cia avaient servi à justifier la guerre contre l’Irak. Peu importe donc si, une fois la guerre gagnée contre la Syrie, on découvrait que ce sont les « rebelles » qui ont utilisé des armes chimiques, comme a déclaré Carla Del Ponte de la Commission Onu sur les crimes de guerre.

D’après le jugement sans appel de Washington, la Syrie a franchi la « ligne rouge » et le président Obama, à contrecœur, a décidé de fournir des armes aux « rebelles ». En dissimulant le fait, émergé de l’enquête du New York Times (26 mars), que depuis janvier 2012 la Cia fournit des armes aux « rebelles », en les faisant arriver par un pont aérien en Turquie et Jordanie et en entraînant là les forces infiltrées en Syrie. C’est sur ce fond que se déroule « Eager lion », une véritable manœuvre de guerre avec forces aériennes, aérotransportées, navales, amphibies et terrestres, comprenant plus de 8mille hommes. Parmi lesquels des militaires italiens, y inclus probablement le 185ème régiment Reconnaissance Acquisition Objectifs de la Brigade Folgore (foudre). Aux côtés de militaires d’une foi démocratique exceptionnelle, tels que saoudiens, yéménites, qataris et autres. Tous aux ordres du Commandement central des Etats-Unis, dont l’ « aire de responsabilité » embrasse Moyen-Orient et Asie Centrale (y compris Syrie, Irak, Iran et Afghanistan), plus l’Egypte.

Ce qu’est l’objectif réel de « Eager Lion » est démontré par le fait que, la manœuvre finie, le Pentagone laissera en Jordanie les chasseurs F-16 et les missiles terre-air Patriot. Ceux-ci viendront s’ajouter aux Patriot étasuniens, allemands et hollandais déjà déployés en Turquie à la frontière avec la Syrie. Tout est prêt pour une « no-fly zone limitée », étendue à 40 Kms à l’intérieur de la Syrie, qui –selon des fonctionnaires USA interviewés par le Wall Street Journal– servira à « protéger les camps d’entraînement des rebelles et la fourniture des armes ». La no-fly zone sera imposée par les chasseurs étasuniens qui, décollant de Jordanie et des porte-avions, pourront détruire avec leurs missiles les avions et les défenses anti-aériennes de la Syrie sans survoler son territoire. La no-fly zone, donc, « ne requerra pas une résolution du Conseil de sécurité de l’Onu ». Le coût prévu est de « seulement » 50 millions de dollars (37 millions d’euros) par jour qui, assure Washington, seront payés aussi par les alliés. On ne sait pas encore quel sera le pourcentage italien, mais le gouvernement trouvera les sous, en pressurant les caisses publiques et en faisant de nouvelles coupes dans les dépenses sociales.

 Manlio Dinucci

Edition de mardi 18 juin de il manifesto

Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio

 

Apostille de la traductrice pour la version française :

Aucune information officielle (sites gouvernementaux) sur la participation de la France à « Eager Lion ». D’après le site « Infosdefense, le magazine des questions stratégiques et d’actualité » :

  « […] la Jordanie a annoncé aujourd’hui (9 juin, NdT) la tenue d’un exercice majeur rassemblant 19 pays dont la France, la Grande-Bretagne, l’Italie, l’Arabie Saoudite ou encore le Qatar. On ignore la teneur de la participation française » (surlignages de la traductrice). « Au total 8000 militaires, dont 4500 américains et 3000 jordaniens […] ».

Si l’on se fie aux informations d’Infosdéfense, cela nous fait donc 500 militaires pour les 17 autres pays participants. On peut toujours espérer que ce lion bien qu’impatient ne sera pas trop coûteux pour nous (même avec les interprètes, pour 19 pays).

http://www.infosdefense.com/exercice-eager-lion-en-jordanie-43760/ 

« Depuis plusieurs mois, les Forces Spéciales américaines conduisent des pénétrations en territoire syrien pour recueillir du renseignement. Aidés par des français et des britanniques, elles forment également les insurgés syriens au maniement des armes ».

http://www.infosdefense.com/syrie-entre-defections-et-livraisons-darmes-13564/

Coût de la participation française à cette « aide », et à l’opération « Eager Lion » ? Chacun appréciera la précision et la retenue des informations d’Infosdéfense.

http://www.mondialisation.ca/lart-de-la-guerre-le-lion-impatient-de-mettre-en-pieces-sa-proie/5339616

Une ministre belge confirme : Al Qaïda est notre allié indirect en Syrie _ Bahar Kimyongur

17 juin 2013

Des milliers d’Européens se rendent en Syrie pour combattre le gouvernement de Damas et à fortiori le peuple syrien. La ministre belge de l’intérieur Madame Joëlle Milquet s’est engagée à aider les familles des jeunes Belges embrigadés par les recruteurs terroristes. Ce jeudi soir à l’émission « Face à l’info » d’Eddy Caekelberghs, la ministre nous a donnés la confirmation que l’Etat belge a abandonné nos jeunes à leur sort mais qu’il serait ferme à leur égard en cas de retour chez nous. En d’autres termes, nos concitoyens enrôlés dans les bataillons d’Al Qaïda sont utiles et efficaces là où ils se trouvent tant qu’ils servent notre guerre contre la Syrie.

Le journaliste Eddy Caekelberghs a invité quatre intervenants pour parler des jeunes Belges partis en Syrie : une maman anonyme dont les deux garçons se trouvent sur le front, le député MR (libéral) Daniel Ducarme, la ministre de l’intérieur Joëlle Milquet et moi-même.

Jointe par téléphone, la ministre s’est taillée la part du lion avec une intervention ininterrompue de 12 minutes sur un total de 30 minutes de débat.

Pour saboter l’échange d’idées, Mme Milquet a misé sur le procès d’intention, m’envoyant une petite phrase assassine sur mon prétendu soutien au régime d’Assad. 

Nous n’épiloguerons non pas sur ce procédé déloyal et mesquin de la ministre mais sur le bilan de son inaction en matière de rapatriement de nos jeunes concitoyens égarés sur le chemin de Damas.

N’allons surtout pas déranger Al Qaïda !


Dans son intervention radiophonique, Madame Milquet a implicitement reconnu que ses officiers de liaison en poste en Turquie ont brassé du vent. Du vent parce que, d’après elle, pour retrouver les jeunes Belges, l’on ne peut aller au delà de Bab el Hawa, littéralement la Porte du Vent en arabe, le principal poste-frontière turco-syrien situé dans la province du Hatay.

Rappelons tout de même que Bab el Hawa est aux mains de Jabhet al Nosra, c’est-à-dire de la section syrienne d’Al Qaïda. Les bataillons terroristes syriens et étrangers les plus cruels y font la pluie et le beau temps. Al Qaïda détient ainsi un point de passage situé en territoire turc, c’est-à-dire dans une zone sous contrôle de l’OTAN et à fortiori des Etats-Unis. Mais on ne peut rien faire, paraît-il. En d’autres termes, Madame la Ministre et ses alliés européens, étasuniens et turcs laissent faire Al Qaïda au nom de la guerre contre la Syrie.
Passons. Passons et citons la ministre :

« J’ai été voir longuement le ministre de l’intérieur turc, le chef de la sûreté de l’Etat turc. J’ai vu Monsieur Erdogan. J’ai vu le ministre de la justice. J’ai redonné aussi (au-delà de ce que nos services ont fait) les photos que j’avais eues des mamans et les numéros de téléphone pour qu’ils tentent de les localiser, les différents éléments… Ils étaient apparemment sortis par Bab El Hawa. [Ils] devraient se situer plus ou moins dans le Nord de la Syrie.
Ils (les Turcs Ndr) ont dit et promis qu’ils mettaient tout en œuvre pour pouvoir les localiser s’ils se retrouvaient en Turquie. (…) L’ambassade est au courant. Elle est prête à aller jusqu’à la frontière. (…) les autorités (turques NDR) [peuvent] retrouver un des deux ou les deux (enfants de la maman invitée à l’émission Ndr) s’ils se trouvent sur le sol turc. Mais évidemment, ils ne peuvent pas entrer en Syrie. »

Evidemment, souligne-t-elle. Bein voyons. Entrer en Syrie ? Quelle idée ! Des criminels venus du monde entier, des violeurs, des coupeurs de route et de gorges, des malfrats à la petite semaine, quelques romantiques révolutionnaires, des aventuriers attirés par l’odeur du sang, des Talibans afghans, daghestanais, yéménites ou bosniaques, des journalistes français, britanniques ou israéliens, des fondations caritatives salafistes, le sénateur US républicain John McCain, des agents arabes de la CIA, du Mossad, les députés koweïtiens Abdel Halim Mourad et Adel al Mawada, le prédicateur génocidaire Adnan Arour et bien d’autres chefs de guerre religieux bref toutes les composantes de la Croisade anti-syrienne passent par la Turquie pour pavaner en Syrie. Mais d’après la ministre Milquet, les autorités turques ne peuvent « évidemment » pas entrer en Syrie. Croit-elle vraiment que nous allons avaler cette fable ?

Madame Milquet devrait d’abord nous expliquer ce que faisaient alors les quelques dizaines d’agents turcs capturés par l’armée arabe syrienne à Idlib, Lattaquié, Raqqah et Alep et qui serviront bientôt de monnaie d’échanges lorsque l’Etat turc aura calmé ses ardeurs guerrières contre la Syrie. Ne sait-elle donc pas que tous les chefs rebelles influents du Nord de la Syrie sont des agents turcs en puissance placés sous le commandement et la protection directe de l’armée turque ? Pendant plus d’un an, l’ex-chef de la soi-disant Armée syrienne libre (ASL) Riyad Assaad ne pouvait même pas accorder d’interview à la presse sans l’autorisation préalable du ministre turc des affaires étrangères Ahmet Davutoglu.

D’autre part, l’Etat turc sait exactement où se trouvent les 9 otages chiites enlevés à Azaz ainsi que les deux évêques chrétiens Mgr Paul Yazici et Mgr Youhanna Ibrahim. Les familles des victimes passent d’ailleurs par la Turquie pour contacter les ravisseurs. Autrement dit, le trousseau de clés jalousement gardé par Erdogan permettrait la libération de biens des otages en Syrie, y compris nos jeunes embrigadés par les maffias sectaires qui rêvent de convertir la Syrie en un califat wahhabite.

Madame la ministre parle à plusieurs reprises de la guerre de Syrie comme s’il s’agissait d’un différend entre Damas et Ankara, comme si notre pays n’avait pas contribué au pourrissement de la situation en Syrie en votant des sanctions économiques, en encourageant la surenchère militaire, en durcissant les pressions sur l’axe de la résistance pro-palestinienne dont la Syrie est le pivot.

Quoiqu’en pense Madame la Ministre, l’engagement de nos concitoyens dans cette guerre n’est ni plus ni moins un engagement de la Belgique en tant qu’Etat dans la guerre de Syrie. Et disons-le encore plus franchement : la moindre négligence de la Belgique en la matière est un signe de complicité de nos autorités avec le djihadisme anti-syrien.


Madame Milquet découvre que la rupture avec Damas empêche le contact avec nos jeunes


Poursuivons le décryptage du discours de Madame la ministre :

Le gros problème au niveau de la localisation téléphonique, c’est que pour les localiser, vous devez avoir un lien évidemment avec l’opérateur national qui est évidemment l’opérateur syrien et par rapport à des personnes en lutte avec le régime, il y a un danger et un problème de collaboration. (…)
La Turquie soutient l’opposition et l’armée libre syrienne (ASL) (…) Il y a aussi parfois ce problème de technologie. Moi, j’avais demandé si, à partir de la Belgique, on pouvait localiser via les numéros belges. Mais ce n’était pas possible parce que nous avions besoin du lien avec l’opérateur syrien (…).

Madame Milquet sous-entend que si nous avions eu un lien avec l’opérateur téléphonique syrien donc avec les autorités syriennes, nous aurions pu retrouver les enfants belges. Mais qu’attend-elle donc au nom de la sauvegarde de nos enfants et de leurs victimes syriennes pour rétablir la ligne avec Damas ?

Madame Milquet poursuit sur un aveu d’impuissance :

On est un peu hélas dépendant (notre compétence s’arrêtant à la sortie de la frontière) des services turcs qui pourtant nous ont assurés, et je pense qu’ils sont sincères sur la manière avec laquelle ils ont mis cela dans leurs banques (de données Ndr) et leurs différents signalements lorsqu’ils sont à la frontière (…) Nous n’avons plus d’ambassade en Syrie. (…) Nous avons un gros problème d’accès au territoire (…).

Nous nous passerons de tout commentaire sur la candeur de Madame la ministre concernant la sincérité du gouvernement turc à laquelle elle croit, elle aussi, avec sincérité. Notons juste qu’en ce moment même, des centaines de milliers de manifestants turcs doutent de la sincérité d’un régime qui depuis deux semaines, utilise la matraque, les gaz, les balles en plastique, les menaces, la prison et la torture et affiche un mépris total face aux doléances du peuple.

Ceci étant, si l’on suit le raisonnement de Madame la ministre, on arrive à la conclusion que la réouverture de notre ambassade en Syrie nous offrirait une opportunité pour retrouver nos enfants. En voilà une excellente idée ! Pourquoi pas si l’on peut sauver la vie de Belges partis en Syrie et celle des Syriens victimes des Belges.

La vice-présidente du groupe socialiste européen, Madame Véronique de Keyser a eu le courage de proposer de reparler avec le président syrien après avoir exigé son départ avec acharnement (Le Vif, 19 avril 2013).

Aujourd’hui même, une autre voix lucide du paysage médiatique belge, le journaliste Vincent Braun de La Libre a plaidé en faveur d’une résolution pacifique du conflit syrien. La conclusion de son éditorial est sans appel : « Il faut impliquer l’Iran dans la résolution de ce conflit ».

La sagesse de ces paroles se situe en parfaite opposition avec le radicalisme et l’extrémisme de notre politique étrangère laquelle n’a d’égal que le radicalisme et l’extrémisme des volontaires belges partis en Syrie.

« Oui Madame la Ministre, oeuvrons pour la paix et la réconciliation et nos enfants reviendront peut-être sains et saufs » a-t-on envie de lui dire si la fin du conflit syrien eut été sa réelle intention.


Pendant ce temps, la fabrique du terrorisme tourne à plein régime

Au début du mois d’avril 2013, le Centre international pour l’étude de la radicalisation (ICSR) du King’s College de Londres annonçait que 140 à 600 jeunes ont été recrutés par des cellules djihadistes actives dans des pays européens comme la France, l’Angleterre, la Belgique, le Danemark ou les Pays-Bas.

Trois semaines plus tard, le spécialiste européen de l’antiterrorisme Gilles de Kerchove évoquait la présence de 500 djihadistes européens en Syrie (Martine Gozlan, Marianne, 25 avril 2013).

Le 21 mai 2013, Georges Malbrunot, le journaliste du Figaro estimait à 800 le nombre de djihadistes européens actifs en Syrie.

Aujourd’hui, d’après de nouveaux éléments d’enquête, les Européens seraient entre 1.500 et 2.000, soit deux à trois fois plus que les estimations publiées il y a trois semaines à peine (Pierre Beyleau, Le Point, 14 juin 2013).

Ils sont sans doute bien plus nombreux à partir en Syrie.

Vu l’ampleur du phénomène, une question s’impose : N’est-il pas pour le moins suspect que des apprentis sorciers rêvant de commettre à Damas des attentats semblables à ceux de Madrid, Londres ou New York puissent se rendre aussi massivement en Syrie sans être inquiétés dès leur départ ?

Imagine-t-on un seul instant ce que feraient les polices européennes si des prédicateurs actifs en Europe mobilisaient des légions musulmanes pour aller égorger les Juifs d’Israël ?

Que le Mossad se rassure, la Maison des Saoud et l’émir du Qatar, grands sponsors du djihad en Syrie, ne sont pas prêts de trahir leur alliance avec Tel Aviv.

Quant aux terroristes européens, conformément aux directives qui leur parviennent de Riyad ou Doha, ils préfèrent de loin verser le sang de musulmans sunnites, chiites ou alaouites que de s’en prendre à l’Etat hébreux.

Mais sait-on jamais, si un jour, Al Qaïda se mettait à acheminer des djihadistes en Israël ce qui, à ce jour, n’est jamais arrivé, il est certains que nos gouvernements neutraliseraient les jeunes volontaires européens avec une violence extrême. Le Mossad userait sans détour de son droit d’ouvrir le feu sur des suspects dans les aéroports occidentaux comme il l’a très souvent fait durant les années 70 et 80.

Nous sommes dès lors en droit de nous demander pourquoi l’Occident est si laxiste quand nos jeunes partent en Syrie et si ferme quand ils en reviennent.

La décision du bourgmestre d’Anvers Bart de Wever de radier de son registre de population les candidats djihadistes de retour de Syrie illustre bien cette stratégie d’accompagnement passif et de confinement du djihadisme en Syrie.

Monsieur De Wever, Madame Milquet et nombre de leurs homologues européens espéraient sans doute que la guerre internationale contre la Syrie par djihadistes interposés allait conduire à l’implosion du pays, gage de réussite de la théorie du chaos constructif permettant de remodeler les nations selon nos intérêts à court terme.

Mauvais calcul. Etant donné la connectivité complexe du corps politique et social syrien avec les lignes de fracture qui traversent notre monde multipolaire, toute tentative de déstabilisation de ce pays hautement inflammable ne conduit pas à son implosion mais bien à son explosion.

Si Madame Milquet nous avait écoutés dès le début du conflit, nous aurions peut-être pu sauver la vie de nombreux Syriens et de nombreux Belges.

Aujourd’hui, elle peut encore se rattraper. Mais pour cela, nous pensons qu’elle doit impérativement se concerter avec ses homologues européens et les convaincre à :

– promouvoir un message de paix en Syrie, le dialogue intercommunautaire en Europe et lutter contre la désinformation et la propagande sectaire qui contribuent à la radicalisation de nos jeunes

– lever toutes les sanctions européennes qui pèsent contre la Syrie et normaliser nos relations avec le gouvernement de Damas

– présenter nos excuses au peuple syrien pour avoir laissé les djihadistes européens contribuer à la destruction de leur pays et pour avoir armé les terroristes actifs en Syrie

– contraindre nos agents syriens de la Coalition nationale des forces de l’opposition et de la révolution à saisir la chance offerte par la Russie et le gouvernement syrien de résoudre pacifiquement le conflit.

– poursuivre légalement les vétérans belges qui ont commis des crimes de guerre, de génocide ou des crimes contre l’humanité en Syrie et assurer un accompagnement psychologique adapté aux volontaires belges non terroristes,

Nous cesserons de penser que Madame Milquet roule pour Al Qaïda le jour où elle militera concrètement pour la paix et contre le terrorisme en Syrie.





Voici l’enregistrement audio de l’émission Face à l’info du jeudi 13 juin 2013 animée par Eddy Caekelberghs

La politique syrienne de Washington : faucons contre colombes

À l’image de Vladimir Poutine en Russie, la politique syrienne de Barack Obama est attaquée avec virulence, à la fois par les « faucons » et par les « colombes ». Le 13 juin dernier, Obama concéda deux victoires limitées mais inquiétantes aux faucons : des preuves que les troupes de Bachar el-Assad « ont utilisé des armes chimiques [c’est-à-dire le sarin] contre les forces rebelles », et la décision correspondante « de commencer à fournir pour la première fois aux rebelles des armes légères et des munitions. » (1)

Chacune de ces annonces semble particulièrement étrange, pour ne pas dire malhonnête, pour quiconque ayant suivi de près la crise syrienne. Le conseiller adjoint à la Sécurité nationale Benjamin Rhodes, l’un des principaux conseillers d’Obama en politique étrangère, fut cité dans le New York Times déclarant qu’« il n’y avait aucune raison de penser que la résistance avait accès à des armes chimiques. » Ainsi, comme la plupart des médias grand public aux États-Unis, Rhodes ignora tout simplement les informations parues en mai dernier dans les médias britanniques, selon lesquelles « des enquêteurs de l’ONU en charge des droits de l’Homme ont rassemblé des témoignages de victimes de la guerre civile en Syrie et de personnels médicaux [,] indiquant que les forces rebelles avaient employé du gaz neurotoxique sarin. » (2) Trois semaines plus tard, d’autres informations de ce genre ont été diffusées avant d’être remises en cause. Elles avançaient qu’un cylindre de 2kg contenant du gaz sarin avait été saisi sur des forces rebelles syriennes en Turquie. (3) Comme dix ans plus tôt lorsque l’Irak était en ligne de mire, nous pouvons observer aux États-Unis un nouveau cas où des impératifs politiques conditionnent le renseignement, et non le contraire.

La seconde annonce voulant que les États-Unis commencent « à fournir [en armes] les rebelles » est tout aussi peu crédible. Comme le Times l’a révélé il y a trois mois, la CIA a facilité un acheminement aérien de 3 500 tonnes d’armes (ou peut-être plus) en faveur des rebelles – l’Arabie saoudite et le Qatar étant au cœur de cette opération. (4)

Le rôle d’intermédiaires joué par ces deux pays reproduit un schéma observé en Bosnie en 2003, et plus particulièrement en Libye en 2011 ; et l’Histoire nous enseigne qu’il sera difficile – voire impossible – d’empêcher que des jihadistes ne s’emparent de ces armes, bien que Washington préférerait éviter cette question. (5) En revanche, il est clair que ces armes amplifieront le massacre sans y mettre fin – un carnage visant plus que jamais les civils, quel que soit le camp d’où provient la violence. (6)

Avec ces manœuvres prudentes, Obama a fait bien moins de concessions que ne le désiraient les faucons, comme le Sénateur républicain John McCain. Dans cette même annonce, Benjamin Rhodes a « tout bonnement exclu l’option d’une zone de non-survol », la stratégie d’« aucun soldat au sol » qui a renversé Kadhafi en Libye. En prenant cette décision, Obama pourrait toujours espérer prévenir la manœuvre russe de fournir à el-Assad des missiles anti-aériens perfectionnés – une démarche qui provoquerait très probablement un engagement militaire israélien, et peut-être même une expansion du conflit vers le Liban et l’Irak.

 

Appuyé par un éditorial dans le New York Times, (7) le secrétaire d’État John Kerry a rencontré au début du mois de mai son homologue russe Sergueï Lavrov. Alors qu’un embargo sur les armes de l’Union européenne devait expirer, ils sont tombés d’accord pour organiser une nouvelle conférence internationale à la fin du mois de mai, dans le but de répondre à la crise syrienne. Cependant, cette conférence fut repoussée et sa tenue reste incertaine, en grande partie du fait que les rebelles de l’ASL – clients favoris de l’Occident dans cette rébellion – ont refusé d’y participer, alors qu’ils sont en train de perdre la guerre.

Kerry et Lavrov se sont rencontrés de nouveau à Paris à la fin du mois de mai, et l’issue de cette rencontre fut cette fois-ci plus préoccupante. En effet, les médias russes ont de nouveau rapporté – avec un optimisme mesuré – qu’une rencontre était en projet, bien qu’étant retardée. (8) En revanche, les médias états-uniens ont ignoré ou minimisé l’idée d’une conférence. Au contraire, ils ont amplement cité Patrick Ventrell, un porte-parole du Département d’État, qui reprocha à Moscou d’avoir annoncé la livraison à la Syrie du S-300, un système sophistiqué de missiles guidés anti-aériens ; et il ajouta que les États-Unis soutiendraient dorénavant l’allègement de l’embargo de l’UE sur les armes. (9)

Depuis qu’il a pris ses fonctions, nous avons pu observer deux caractéristiques dans la politique syrienne d’Obama, qui se compensent mutuellement. La première a été son extrême prudence, et son refus de s’engager précipitamment dans des interventions militaires, comme celle où sont actuellement enlisés les États-Unis en Afghanistan. La seconde a été une tendance à justifier ses tactiques dilatoires par des annonces politiques aux buts abstraits, adaptés seulement pour les gros titres. Ce fut par exemple le cas en août 2011, lorsqu’il déclara de façon catégorique qu’el-Assad devait « quitter le pouvoir ». Ainsi, Obama s’est enfermé dans une position politique à laquelle la Russie n’adhèrera pas, sans se donner les moyens de parvenir à cette issue.

Dans le même temps, aux États-Unis et ailleurs, de nombreux analystes bien informés sur la crise syrienne ont mis en garde que ce conflit – qui est déjà une guerre par procuration opposant l’Iran à la Turquie et aux pays de la Péninsule arabique –, pourrait s’étendre et devenir encore plus menaçant. (10) Cependant, ces analyses ont tendance à ignorer la brutale réalité des hydrocarbures qui pourrait déterminer la chute d’el-Assad, si cette compétition énergétique n’est pas frontalement dénoncée.

En 2010, les réserves pétrolières en Syrie étaient estimées à 2.500.000.000 de barils. Plus important encore, la Syrie est la route terrestre la plus évidente pour tout oléoduc ou gazoduc exportant les hydrocarbures du golfe Persique (incluant l’Iran) vers les nations énergivores d’Europe de l’Ouest. Mais l’oléoduc Kirkuk-Bāniyās, qui acheminait le pétrole brut du champ de Kirkuk (Irak) vers la Méditerranée, fut détruit par des frappes aériennes de l’US Army en 2003 et il ne fut jamais rouvert.

En 2009, le Qatar et la Turquie commencèrent à négocier un nouveau pipeline de gaz naturel à travers l’Arabie saoudite et la Syrie, qui serait relié à Nabucco, un projet de gazoduc traversant la Turquie depuis l’Azerbaïdjan. (11) Cependant, un chemin à travers l’Irak semblait de plus en plus problématique, avec la multiplication des conflits dans cette zone. Parallèlement, selon Oilprice.com, l’Arabie saoudite refusa au Qatar l’utilisation de son territoire, ne laissant à cet émirat qu’une route à travers le sud de l’Irak et la Syrie, pour qu’il «sécurise une nouvelle source de revenus. En Turquie, les pipelines sont déjà construits pour recevoir le gaz. Seul el-Assad y fait obstacle.» (12)

Depuis, le Financial Times a rapporté que «Ces deux dernières années, ce minuscule État riche en gaz qu’est le Qatar a dépensé jusqu’à 3 milliards de dollars pour soutenir la rébellion en Syrie, bien plus que n’importe quel autre gouvernement. […] [S]on soutien financier pour la révolution devenue une guerre civile sournoise éclipse totalement le soutien occidental pour l’opposition.» (13)

Le site bien informé ZeroHedge.com a commenté que cet investissement considérable était, «comme c’est si souvent le cas au Moyen-Orient, […] encore une fois uniquement motivé par les ressources naturelles.» (14)

Le champ gazier North Dome du Qatar, situé au milieu du golfe Persique, ne fait qu’un avec le champ South Pars d’Iran, et ils constituent ensemble le plus grand champ gazier du monde. En 2011, el-Assad rejeta un ultimatum du Qatar. Au contraire, il se mit d’accord avec l’Iran et l’Irak pour construire un nouveau gazoduc entre l’Iran et la Syrie, qui transfèrerait le gaz naturel vers la mer Méditerranée depuis le champ iranien South Pars plutôt que depuis le North Dome du Qatar. (15) (N’oublions pas que des défis de cette ampleur contre l’hégémonie du pétrodollar US avaient été lancés par Saddam Hussein puis par Mouammar Kadhafi, avec des conséquences fatales tant pour leurs régimes que pour leurs vies.) (16)

Comme Pepe Escobar l’a commenté, «La raison centrale (mais inavouée) de l’obsession du Qatar pour un changement de régime en Syrie est d’anéantir le pipeline [de gaz naturel] de 10 milliards de dollars [projeté par] l’Iran, l’Irak et la Syrie, qui ont conclu cet accord en juillet 2011. Il en va de même pour la Turquie, car ce gazoduc éviterait Ankara, qui s’affiche perpétuellement comme le carrefour énergétique incontournable entre l’Orient et l’Occident.

Il est crucial de se rappeler que ce gazoduc Iran-Irak-Syrie est […] une abomination pour Washington. […] La différence est que, dans le cas présent, Washington peut compter sur ses alliés du Qatar et de la Turquie pour saboter intégralement cet accord.» (17)

L’un des grands inconvénients des politiques étrangères clandestines est que des décisions cruciales ayant des répercussions mondiales sont confiées à des cowboys va-t-en-guerre. Ces derniers sont peu contrôlés, et ils sont encore moins préoccupés par les conséquences de leurs actions déstabilisantes sur le long terme. Nous avons pu l’observer deux décennies plus tôt, lorsque la CIA aida l’ISI pakistanais – collaborant avec le jihadiste salafiste Hekmatyar – à renverser le gouvernement relativement modéré de Mohammed Najibullah en Afghanistan, qui était resté en place après le retrait des soviétiques. L’Agence avait alors contourné le Département d’État.18

L’ancien ambassadeur Peter Tomsen a écrit des mémoires éloquentes, The Wars of Afghanistan, au sujet de cette tragédie peu admise, de laquelle ont découlé à la fois le 11-Septembre et une guerre que les États-Unis sont encore en train de combattre :

«Le sous-secrétaire aux Affaires politiques Robert Kimmitt et moi-même avons tenté de faire disparaître le fossé entre le Département d’État et la Direction des opérations de la CIA sur la politique afghane. J’ai rencontré à deux reprises le directeur adjoint de la CIA Richard Kerr afin de régler nos divergences. Mais l’Agence persista à soutenir les attaques militaires de l’ISI contre Kaboul, qui visaient à remplacer Najib[ullah] par Hekmatyar. […] Chacun de leur côté, le Département d’État et la CIA agissaient pour remplir des objectifs contradictoires. Ce fut une certaine recette vers la paralysie et l’échec politique final.» (19)

En l’absence d’un changement significatif, nous pouvons anticiper la répétition de cette tragédie en Syrie – soit le fait que la CIA, avec la complicité de l’Arabie saoudite et du Qatar, facilite le transfert d’armes à des jihadistes sunnites, tandis que les responsables du Département d’État tentent de parvenir à une résolution pacifique de cette crise avec leurs homologues russes.

La solution alternative à cette situation serait une nouvelle conférence de Genève, que les diverses factions rebelles soient présentes ou non, mais avec la nécessaire participation du Qatar et de deux autres pays exclus de la précédente conférence : l’Iran et l’Arabie saoudite. Toutes ces nations sont déjà parties au conflit et, comme le reste du monde, elles ont des intérêts légitimes que la paix serait mieux à même de satisfaire. (20)

 

Peter Dale Scott (

(Traduction : Maxime Chaix, Article original : Peter Dale Scott, «Washington’s Battle Over Syrian Foreign Policy: Will Hawks Or Doves Prevail?», The Asia-Pacific Journal, Volume 11, Issue 24, N°1, 17 juin 2013.-

Notes

1). « U.S. Is Said To Plan To Send Weapons to Syrian Rebels », New York Times, 14 juin 2013.

2). «U.N. has testimony that Syrian rebels used sarin gas: investigator», Reuters, 5 mai 2013. Cf. BBC, 6 mai 20913. À cette époque Jay Carney, le porte-parole de la Maison Blanche, déclara que «Nous sommes très sceptiques devant toute suggestion indiquant que les rebelles aient utilisé des armes chimiques», Guardian (Londres), 6 mai 2013.

3). « Turkey finds sarin gas in homes of suspected Syrian Islamists – reports », RT, 30 mai 2013.

4). C.J. Chivers and Eric Schmitt, « Arms Airlift to Syria Rebels Expands, With Aid From C.I.A. », New York Times, 24 mars 2013.

5). Peter Dale Scott, « La Bosnie, le Kosovo et à présent la Libye : les coûts humains de la collusion perpétuelle entre Washington et les terroristes », Mondialisation.ca, 17 octobre 2011. Cf. Jason M. Breslow, «Can the U.S. Keep Its Weapons From Extremists in Syria ?», FRONTLINE, PBS, 14 juin 2013 : «Dans ce pays, comme l’a rapporté FRONTLINE dans [son documentaire] The Battle for Syria, les rebelles sont devenus de plus en plus islamistes et extrémistes, l’administration craignant ainsi que des armes US puissent tomber dans de mauvaises mains. À l’avenir, le défi serait d’éviter la réalisation un tel scénario, une tâche que la plupart des experts considèrent comme difficile, pour ne pas dire impossible. »

6). Dana El Baltaji, « Syria Rebels Threaten to Wipe Out Shiite, Alawite Towns », Bloomberg.com, 21 mai 2013 : «Selon des forces rebelles, les localités peuplées par des musulmans chiites et par la minorité alaouite dont est issue le Président Bachar el-Assad seront ‘rayées de la carte’ si la ville stratégique de Qousseir – située au centre de la Syrie – était reprise par les troupes gouvernementales. ‘Nous ne le souhaitons pas, mais ce sera une réalité imposée à tout le monde’ déclara hier sur la chaine de télévision Al-Arabiya le colonel Abdel-Hamid Zakaria, un porte-parole de l’Armée Syrienne Libre en Turquie [, issu de la faction que le Sénateur John McCain a rencontré le mois dernier]. ‘Ce sera une guerre interconfessionnelle brutale et sanglante jusqu’à la fin.’»

7). [L’ancien Ambassadeur] Daniel C. Kurtzer, « Obama Can’t Go It Alone in Syria », New York Times, 2 mai 2013 : «Construire une coalition internationale d’États – particulièrement avec la Russie, l’Égypte, l’Arabie saoudite et le Qatar – est la seule option stratégique viable pour les États-Unis. Sans une telle coalition, une intervention se soldera par un échec. Et sans une telle coalition, les États-Unis doivent rejeter l’option d’une intervention militaire unilatérale en Syrie.»

8). «Take two: Lavrov, Kerry working to broker redo of Syria peace conference», RT, 27 mai 2013.

9). « US supports EU easing of Syria arms embargo », AFP, 28 mai 2013 ; UPI, 29 mai 2013.

10). Voir par exemple David Bromwich, «Stay Out of Syria!», New York Review of Books, 20 juin 2013. M K Bhadrakumar pose le problème plus concrètement, son regard tourné vers un conflit entre les États-Unis et la Russie : «En somme, la décision capitale d’Obama visant à intervenir militairement en Syrie – qui pourrait bien lancer une nouvelle guerre froide – est une manœuvre désespérée de diversion, alors que son administration est profondément empêtrée dans le scandale Snowden. L’édifice moral tout entier sur lequel Obama a construit sa présidence, et les valeurs qu’il a placées au cœur de son ‘audace d’espérer’ lorsqu’il commença sa longue marche vers la Maison Blanche il y a 5 ans – transparence, responsabilité, légitimité, multilatéralisme, consensus –, s’avèrent aujourd’hui n’être qu’un tas de mensonges.» (« Obama’s Monica Moment », Asia Times, 14 juin 2013).

11. «Qatar seeks gas pipeline to Turkey», TheNational.ae, 26 août 2009. Cf. PipelinesInternational.com, mars 2010 : «La Turquie est en négociations pour discuter du développement du gazoduc Qatar-Turquie. Ce pipeline relirait Doha à Istanbul, une distance d’environ 2 500 km. Il acheminerait du gaz qatari vers la mer Méditerranée, traversant l’Arabie saoudite, la Jordanie et la Syrie, et il pourrait se connecter au gazoduc Nabucco, qui est en projet.».

12). Felix Imonti, « Qatar: Rich and Dangerous », Oilprice.com, 17 septembre 2012.

13). Financial Times, 16 mai 2013.

14). «Mystery Sponsor Of Weapons And Money To Syrian Mercenary “Rebels” Revealed», ZeroHedge.com, 16 mai 2013.

15). «Islamic Pipeline States Meet in Baghdad», Tehran Times, 14 juin 2013.

16). Peter Dale Scott, « La guerre en Libye, le pouvoir américain et le déclin du système des pétrodollars », Mondialisation.ca, 1er mai 2011.

17). Pepe Escobar, «Iran, Pakistan, Syria, Qatar: Pipelineistan at work», RT, 14 avril 2013.

18). Pour un récit terrifiant, voir Steve Coll, Ghost Wars, pp.173-214.

19). Peter Tomsen, The Wars of Afghanistan, p.422.

20). Zbigniew Brzezinski a intelligemment proposé que d’autres nations ayant des intérêts énergétiques dans le golfe Persique – dont la Chine et le Japon – devraient aussi être invitées à participer à cette conférence internationale (PBS News, 14 juin 2013).

http://www.dedefensa.org/article-la_politique_syrienne_de_washington_faucons_contre_colombes_18_06_2013.html