Archives de Tag: Turkey

La Syrie dans le chaudron des projets gaziers géants !

 

La chute de Morsi et le Système

Il est très difficile de trouver un commentaire qui fasse des USA un artisan satisfait de la chute de Morsi et de l’arrivée au pouvoir, disons in fine, des militaires égyptiens. Nous en avons, pour notre part, trouvé un parmi nos références courantes, qui affirme cette thèse d’une façon abrupte, selon nous d’une façon arbitraire et contestable ; et constater cela ne nous remplit pas d’une satisfaction particulière, bien au contraire, puisque le commentateur est “notre ami” M K Bhadrakumar. Dans sa chronique du 5 juillet 2013, il fait un parallèle entre Morsi et Erdogan, faisant des deux des victimes d’un “complot” conduit par des “forces obscures” dans lesquelles il place manifestement celles qui représente pour nous le Système, et les USA en premier… Ainsi peut-il débuter sa chronique de cette façon, en laissant entendre qu’Erdogan pourrait subir le même sort que Morsi :

«The military coup in Egypt staged with green signal from Washington should alert Turkey’s Prime Minister Recep Erdogan. An Egypt-like convulsion of obscure origin has appeared in Turkey, too. There are some strange parallels….»

A part cette divergence (que nous retrouvons également, autre surprise désagréable, dans le commentaire de Bhadrakumar du 3 juillet 2013 approuvant le refus indien d’accorder l’asile politique à Snowden), la plupart des références que nous consultons voient dans la chute de Morsi un grave revers pour les USA ou, dans tous les cas, un embarras certain. Il nous semble qu’il y a d’excellentes raisons, sinon des raisons évidentes pour plaider de la sorte, tant la politique US qui tente d’appliquer les consignes de la politique-Système semble avoir jugé que la maladresse et le contrepied pour elle-même constituent les clefs disons à double tour de la réussite et du succès. Par contre, il y a des divergences intéressantes dans cette appréciation, non seulement de cet échec US, mais des implications de cet échec pour la politique suivie jusqu’alors par l’administration Obama.

• Wayne Madsen, qui a eu une certaine popularité médiatique par son intervention concernant la position européenne dans la crise transatlantique à l’intérieur de la crise-Snowden (voir le 1er juillet 2013) considère que la chute de Morsi est la fin de la “politique moyenne-orientale” (style refonte de fond en comble de la carte de la région) de l’administration Obama, appuyée sur le soutien des islamistes, éventuellement modérés, contre les sécularistes. Madsen fait lui aussi un parallèle entre Morsi et Erdogan, mais il les oppose frontalement au Syrien Assad et inscrit par conséquent Morsi dans le schéma du bloc BAO (plus les pays du Golfe) dans leur entreprise générale de soutien à l’attaque contre le régime Assad et, de façon plus générale, dans le contexte de la “croisade” sunnites versus chiites, ces derniers étant en état d’alliance objective avec les sécularistes. Madsen estime que c’est un grave échec pour la cabale des liberal hawks interventionnistes de Washington autour d’Obama (notamment Susan Rice et Samantha Powers, et Hillary Clinton avant elles), et particulièrement conduite par l’activisme de l’ambassadrice au Caire Anne Patterson, tandis qu’il juge que le Pentagone a objectivement soutenu l’action des militaires contre Morsi à cause du très récent appel de Morsi à la “guerre sainte” contre Assad. Interprétation acceptable, à la fois sur le fond, avec l’opposition du Pentagone à toute intervention US en Syrie, et sur la forme, par ce qu’elle nous dit et confirme de l’éclatement des pouvoirs à Washington, avec leur concurrence effrénée et leurs politiques spécifiques. Tout cela est dans un long texte de Strategic-Culture.org du 5 juillet 2013.

«President Barack Obama’s policy toward the Arab and Muslim world was born in Cairo and it died there… […]

»It is clear that U.S. military aid to Egypt will have to continue in order to placate the Egyptian military that saw Patterson’s support for Morsi increase as the Egyptian president became more intractable on dealing with Egypt’s growing opposition to his rule. Morsi’s public call for Egyptians to support the Syrian Salafist and Wahhabist Jihad against President Bashar al Assad’s government in Syria was the “red line” for the military. […] Morsi’s severance of relations with Damascus and his open support for the Jihadist rebels proved too much for the Egyptian military… […]

»Of course, the “Obama Doctrine”, which called for U.S. political and financial support for the ouster of secular regimes with legacies of pan-Arab socialism, followed by military support through third parties like NATO and the Arab Wahhabist monarchist Gulf Cooperation Council, died in Tahrir Square amid Egypt’s “Arab Summer” revolution. Many Egyptians who celebrated the ouster of Morsi said they hope Washington will now yank its ambassador from Cairo. Patterson has been called “Morsi’s girlfriend” by a number of Morsi’s opponents… […] Egypt’s new interim government, a newly-emboldened Assad, Lebanese Hezbollah, and Turkey’s secular opposition won the day against those who would take the Arab Middle East back to the thirteenth century. The Obama Doctrine was punched, kicked, and beaten in Tahrir Square. As America celebrated Independence Day, Egyptians celebrated their own independence from a regime that was the product of secret think tanks and planning sessions involving the most cursed names in the Middle East today: Brennan, Rice, Power, Rhodes, Hillary Clinton, and Patterson…»

• Divers textes montrent l’hésitation et le désarroi de l’administration Obama dans cette crise (voir Reuters, le 4 juillet 2013), ce qui retranscrit en fait, sous une forme très préoccupée, l’attitude fondamentale d’Obama qui est effectivement sa difficulté à prendre position et à trancher devant des événements rapides et brutaux. Le résultat se trouve dans des politiques extrêmement imprécises de la part de la Maison-Blanche elle-même. (Ce dernier point expliquant que la politique US peut alors devenir l’enjeu d’affrontements entre différents centres de pouvoir à Washington, voire être “kidnappée” par l’un de ces centres de pouvoir.) D’autre part, – bien entendu parce que ce point-là reste pour nous fondamental, – il y a aussi le constat de l’affaiblissement fondamental de l’influence US en général, et notamment en Egypte. On trouve ce thème développé dans un article du Wall Street Journal du 3 juillet 2013  : «In Egypt, a country where the U.S. has wielded enormous influence for the last four decades, the most striking aspect of the current upheaval there is that Washington appears to have relatively little left…»

• L’attaque contre l’administration Obama est très forte de la part de l’opposition républicaine. On dénonce le parti pris US en faveur de Morsi, et notamment le rôle joué par l’ambassadrice Patterson. Il y a là beaucoup de cuisine politique puisque, après tout, les républicains attaquent dans ce cas les islamistes, les Frères Musulmans et Morsi, qu’ils soutiennent par ailleurs à 150% en Syrie, contre Assad (et, par conséquent, le récent appel de Morsi à une guerre totale contre Assad). L’article de John Hudson sur ce thème, dans Foreign Policy du 2 juillet 2013 nous signale d’une façon intéressante, 1) que ce que Madsen considère comme l’échec de la “doctrine Obama“ avec notamment le rôle de l’ambassadrice Patterson, n’amènera pas nécessairement une révision critique de cette politique, avec Patterson promise au contraire à une promotion importante au département d’État, – car, selon l’adage, on ne change surtout pas une équipe qui perd  ; 2) que la thèse de la pénétration de l’administration Obama par les Frères Musulmans subsiste…

«Patterson, who is reportedly in line for a promotion as assistant secretary of state for Near Eastern Affairs, also came under criticism from Rep. Scott Perry (R-PA), who said she appeared to “offer support for a regime with a rather checkered record of support for democratic processes and institutions.” The State Department did not respond to a request for comment, but at Monday’s daily briefing, State Department spokesman Patrick Ventrell acknowledged the anti-Patterson protest signs. “We find it abhorrent and reprehensible,” Ventrell said. “The ambassador has very much stated U.S. policies.” He added that “we don’t take sides,” and that U.S. policy is “focused on the broader goal of reconciliation between the two groups.” […]

»Lastly, a fringe element of the Republican Party is opposed to Obama’s Egypt policy for a third reason: The insidious influence of Muslim Brotherhood “advisors” inside the White House. “Since this administration is advised by Muslim Brothers then of course they’re going to promote those in the Muslim Brotherhood,” Texas Congressman Louie Gohmert told The Cable. Gohmert did not recycle his discredited allegation that former Clinton Aide Huma Abedin is in cahoots with the Brotherhood, but he did mention others who allegedly explain why the “government is supporting the wrong people.” Some conspiracy theories die hard.»

• Sur ce sujet égyptien, DEBKAFiles a beaucoup apporté. L’appréciation générale du site israélien a été l’impuissance US devant les événements et l’attitude générale de l’administration Obama plutôt en faveur de Morsi. DEBKAFiles a aussi signalé, comme l’une des surprises des manifestations, la forte affirmation anti-US de la foule et, surtout, cet antiaméricanisme affirmée dans le cadre d’un néo panarabisme à-la-Nasser, qui est une tendance qui pénètre largement l’armée (DEBKAFiles le 1er juillet 2013 : «Rather than an outpouring of anti-Islamist rage, the tenor of the banners, placards and chants raised over Cairo’s Tahrir Square echoed the slogans of pan-Arab, nationalism, socialism and xenophobia, with which the charismatic Gemal Abdel Nasser caught the Arab world by storm half a century ago. The Muslim Brotherhood rule in Egypt, thrown up by the Arab Revolt, may face the challenge of a neo-Arab nationalistic uprising, a throwback to the Nasserist era.»

Dans une plus récente livraison (le 4 juillet 2013), DEBKAFiles va beaucoup plus loin, comme toujours au nom d’informations exclusives de sources non nommées qu’il est évidemment difficile de vérifier. Il s’agit de l’implication de l’Arabie et des Émirats en soutien des militaires contre Morsi et les frères Musulmans. L’affaire est agrémentée de promesses d’aides saoudienne et émirati à l’Égypte “nouvelle”, y compris la fourniture de l’aide militaire équivalente à l’aide US si les USA supprimaient leur aide. (Cela n’a pas l’air de devoir être le cas, les militaires US voulant garder de bons rapports avec les militaires égyptiens et Israël insistant auprès des USA pour le maintien de cette aide pour éviter une radicalisation du nouveau régime égyptien avec des répercussions au niveau du traité de paix Egypte-Israël, – tout cela plaçant les militaires égyptiens dans une position beaucoup plus favorable par rapport aux sollicitations extérieures que celle qu’on leur accorde en général.)

«The lightening coup which Wednesday, July 3, overthrew President Mohamed Morsi put in reverse gear for the first time the Obama administration’s policy of sponsoring the Muslim Brotherhood movement as a moderate force for Arab rule and partner in its Middle East policies. DEBKAfile reveals that the Egyptian military could not have managed their clockwork coup without the aid of Saudi and Dubai intelligence and funding. Saudi Arabia and the UAE threw their weight and purses behind Egypt’s generals aiming to put their first big spoke in the US-sponsored Arab Revolt (or Spring), after they failed to hold the tide back in Libya, Egypt and thus far Syria. […]

»The coup leader, Defense Minister and army chief Gen. Abdel Fattah El-Sisi, had two more Saudi-Gulf commitments in his pocket, say DEBKAfile’s Middle East sources: 1. Should the Obama administration cut off the annual US aid allocation of $1.3 billion, Saudi Arabia and the UAE would make up the military budget’s shortfall; 2. The Saudis, UAE and other Gulf nations, such as Bahrain and Kuwait, would immediately start pumping out substantial funds to keep the Egyptian economy running. The Egyptian masses would be shown that in a properly managed economy, they could be guaranteed a minimal standard of living and need not go hungry as many did under Muslim Brotherhood rule…»

Le commentaire général de DEBKAFiles est évident : «For the first time, a group of traditionally pro-US conservative Arab governments has struck out on its own to fill the leadership vacuum left by the Obama administration’s unwillingness to pursue direct initiatives in the savage Syrian civil war or forcibly preempt Iran’s drive for a nuclear bomb.» A ce commentaire de DEBKAFiles et dans l’hypothèse de la validité de ces informations, qui ont d’ailleurs leur cohérence, nous ajouterons celui-ci : il s’agirait d’un cas intéressant, le premier du genre de cet ordre dans la séquence dite du “printemps arabe”, où l’hostilité latente de l’Arabie (avec les EAU) à l’encontre du Qatar et des Frères Musulmans jusqu’alors maintenue dans le cadre d’une concurrence des interventions respectives en Syrie, aurait pris opérationnellement le pas sur l’antagonisme commun contre la Syrie. En aidant les militaires égyptiens, saoudiens et émiratis feraient ou ont fait objectivement le jeu d’Assad si l’on se réfère à la position radicalement anti-Assad que venait de prendre Morsi et le refus évident des mêmes militaires égyptiens de tout affrontement avec la Syrie. Cette dimension lie un peu plus tout un aspect de ce nième épisode de la crise égyptienne à la crise syrienne, comme une de ses retombées extérieures.

On peut aller plus loin, en reprenant l’analogie des positions de Morsi et d’Erdogan évoquée dans deux cas précédemment cités (Bhadrakumar et Madsen). On retrouve avec ces deux dirigeants, selon des circonstances et des orientations diverses, la même pente vers la perte de la légitimité, qui rencontre toujours, dans la situation présente, le projet de radicalisation d’une opposition au régime syrien, c’est-à-dire nécessairement un rapprochement et une accointance avec le bloc BAO, et leur subtil représentant que sont les USA. (Subtilité, en effet, dans le chef de l’ambassadrice US au Caire, de croire qu’une déclaration publique contre les manifestations et pour le président Morsi allaitent sauver celui-ci, alors que l’effet évident devait être et a été exactement l’inverse.) Quelles que soient les orientations, les méandres des uns et des autres dans ce tourbillon qu’est aujourd’hui le Moyen-Orient, on en revient toujours au même constat de la délégitimation qu’entraîne nécessairement un rapprochement avec le bloc BAO (les USA). Comment s’en étonner puisque, parlant d’eux (bloc BAO, USA), on parle en vérité du Système et que le Système, nécessairement déstructurant et dissolvant, est l’ennemi juré de toute posture principielle et de toutes les références à des principes, et donc le pourvoyeur évident de la délégitimation. A l’inverse, on n’a pas été sans noter, comme le fait DEBKAFiles, l’apparition de slogans néo-panarabes, les références à Nasser, les positions jugées néo-nassériennes du ministre de la défense égyptien devenu “homme fort” de l’actuelle séquence. Panarabisme, néo ou pas, nassérisme, etc., sont nécessairement des références qui portent en elles une dimension de légitimité dans le monde arabe.

 

Mis en ligne le 5 juillet 2013 à 11H21

http://www.dedefensa.org/article-la_chute_de_morsi_et_le_syst_me_05_07_2013.html

Arrêté en Espagne ce mardi, le ressortissant belge a été libéré ce mercredi par un tribunal espagnol en échange d’une caution de 10.000 euros.

Une ministre belge confirme : Al Qaïda est notre allié indirect en Syrie _ Bahar Kimyongur

17 juin 2013

Des milliers d’Européens se rendent en Syrie pour combattre le gouvernement de Damas et à fortiori le peuple syrien. La ministre belge de l’intérieur Madame Joëlle Milquet s’est engagée à aider les familles des jeunes Belges embrigadés par les recruteurs terroristes. Ce jeudi soir à l’émission « Face à l’info » d’Eddy Caekelberghs, la ministre nous a donnés la confirmation que l’Etat belge a abandonné nos jeunes à leur sort mais qu’il serait ferme à leur égard en cas de retour chez nous. En d’autres termes, nos concitoyens enrôlés dans les bataillons d’Al Qaïda sont utiles et efficaces là où ils se trouvent tant qu’ils servent notre guerre contre la Syrie.

Le journaliste Eddy Caekelberghs a invité quatre intervenants pour parler des jeunes Belges partis en Syrie : une maman anonyme dont les deux garçons se trouvent sur le front, le député MR (libéral) Daniel Ducarme, la ministre de l’intérieur Joëlle Milquet et moi-même.

Jointe par téléphone, la ministre s’est taillée la part du lion avec une intervention ininterrompue de 12 minutes sur un total de 30 minutes de débat.

Pour saboter l’échange d’idées, Mme Milquet a misé sur le procès d’intention, m’envoyant une petite phrase assassine sur mon prétendu soutien au régime d’Assad. 

Nous n’épiloguerons non pas sur ce procédé déloyal et mesquin de la ministre mais sur le bilan de son inaction en matière de rapatriement de nos jeunes concitoyens égarés sur le chemin de Damas.

N’allons surtout pas déranger Al Qaïda !


Dans son intervention radiophonique, Madame Milquet a implicitement reconnu que ses officiers de liaison en poste en Turquie ont brassé du vent. Du vent parce que, d’après elle, pour retrouver les jeunes Belges, l’on ne peut aller au delà de Bab el Hawa, littéralement la Porte du Vent en arabe, le principal poste-frontière turco-syrien situé dans la province du Hatay.

Rappelons tout de même que Bab el Hawa est aux mains de Jabhet al Nosra, c’est-à-dire de la section syrienne d’Al Qaïda. Les bataillons terroristes syriens et étrangers les plus cruels y font la pluie et le beau temps. Al Qaïda détient ainsi un point de passage situé en territoire turc, c’est-à-dire dans une zone sous contrôle de l’OTAN et à fortiori des Etats-Unis. Mais on ne peut rien faire, paraît-il. En d’autres termes, Madame la Ministre et ses alliés européens, étasuniens et turcs laissent faire Al Qaïda au nom de la guerre contre la Syrie.
Passons. Passons et citons la ministre :

« J’ai été voir longuement le ministre de l’intérieur turc, le chef de la sûreté de l’Etat turc. J’ai vu Monsieur Erdogan. J’ai vu le ministre de la justice. J’ai redonné aussi (au-delà de ce que nos services ont fait) les photos que j’avais eues des mamans et les numéros de téléphone pour qu’ils tentent de les localiser, les différents éléments… Ils étaient apparemment sortis par Bab El Hawa. [Ils] devraient se situer plus ou moins dans le Nord de la Syrie.
Ils (les Turcs Ndr) ont dit et promis qu’ils mettaient tout en œuvre pour pouvoir les localiser s’ils se retrouvaient en Turquie. (…) L’ambassade est au courant. Elle est prête à aller jusqu’à la frontière. (…) les autorités (turques NDR) [peuvent] retrouver un des deux ou les deux (enfants de la maman invitée à l’émission Ndr) s’ils se trouvent sur le sol turc. Mais évidemment, ils ne peuvent pas entrer en Syrie. »

Evidemment, souligne-t-elle. Bein voyons. Entrer en Syrie ? Quelle idée ! Des criminels venus du monde entier, des violeurs, des coupeurs de route et de gorges, des malfrats à la petite semaine, quelques romantiques révolutionnaires, des aventuriers attirés par l’odeur du sang, des Talibans afghans, daghestanais, yéménites ou bosniaques, des journalistes français, britanniques ou israéliens, des fondations caritatives salafistes, le sénateur US républicain John McCain, des agents arabes de la CIA, du Mossad, les députés koweïtiens Abdel Halim Mourad et Adel al Mawada, le prédicateur génocidaire Adnan Arour et bien d’autres chefs de guerre religieux bref toutes les composantes de la Croisade anti-syrienne passent par la Turquie pour pavaner en Syrie. Mais d’après la ministre Milquet, les autorités turques ne peuvent « évidemment » pas entrer en Syrie. Croit-elle vraiment que nous allons avaler cette fable ?

Madame Milquet devrait d’abord nous expliquer ce que faisaient alors les quelques dizaines d’agents turcs capturés par l’armée arabe syrienne à Idlib, Lattaquié, Raqqah et Alep et qui serviront bientôt de monnaie d’échanges lorsque l’Etat turc aura calmé ses ardeurs guerrières contre la Syrie. Ne sait-elle donc pas que tous les chefs rebelles influents du Nord de la Syrie sont des agents turcs en puissance placés sous le commandement et la protection directe de l’armée turque ? Pendant plus d’un an, l’ex-chef de la soi-disant Armée syrienne libre (ASL) Riyad Assaad ne pouvait même pas accorder d’interview à la presse sans l’autorisation préalable du ministre turc des affaires étrangères Ahmet Davutoglu.

D’autre part, l’Etat turc sait exactement où se trouvent les 9 otages chiites enlevés à Azaz ainsi que les deux évêques chrétiens Mgr Paul Yazici et Mgr Youhanna Ibrahim. Les familles des victimes passent d’ailleurs par la Turquie pour contacter les ravisseurs. Autrement dit, le trousseau de clés jalousement gardé par Erdogan permettrait la libération de biens des otages en Syrie, y compris nos jeunes embrigadés par les maffias sectaires qui rêvent de convertir la Syrie en un califat wahhabite.

Madame la ministre parle à plusieurs reprises de la guerre de Syrie comme s’il s’agissait d’un différend entre Damas et Ankara, comme si notre pays n’avait pas contribué au pourrissement de la situation en Syrie en votant des sanctions économiques, en encourageant la surenchère militaire, en durcissant les pressions sur l’axe de la résistance pro-palestinienne dont la Syrie est le pivot.

Quoiqu’en pense Madame la Ministre, l’engagement de nos concitoyens dans cette guerre n’est ni plus ni moins un engagement de la Belgique en tant qu’Etat dans la guerre de Syrie. Et disons-le encore plus franchement : la moindre négligence de la Belgique en la matière est un signe de complicité de nos autorités avec le djihadisme anti-syrien.


Madame Milquet découvre que la rupture avec Damas empêche le contact avec nos jeunes


Poursuivons le décryptage du discours de Madame la ministre :

Le gros problème au niveau de la localisation téléphonique, c’est que pour les localiser, vous devez avoir un lien évidemment avec l’opérateur national qui est évidemment l’opérateur syrien et par rapport à des personnes en lutte avec le régime, il y a un danger et un problème de collaboration. (…)
La Turquie soutient l’opposition et l’armée libre syrienne (ASL) (…) Il y a aussi parfois ce problème de technologie. Moi, j’avais demandé si, à partir de la Belgique, on pouvait localiser via les numéros belges. Mais ce n’était pas possible parce que nous avions besoin du lien avec l’opérateur syrien (…).

Madame Milquet sous-entend que si nous avions eu un lien avec l’opérateur téléphonique syrien donc avec les autorités syriennes, nous aurions pu retrouver les enfants belges. Mais qu’attend-elle donc au nom de la sauvegarde de nos enfants et de leurs victimes syriennes pour rétablir la ligne avec Damas ?

Madame Milquet poursuit sur un aveu d’impuissance :

On est un peu hélas dépendant (notre compétence s’arrêtant à la sortie de la frontière) des services turcs qui pourtant nous ont assurés, et je pense qu’ils sont sincères sur la manière avec laquelle ils ont mis cela dans leurs banques (de données Ndr) et leurs différents signalements lorsqu’ils sont à la frontière (…) Nous n’avons plus d’ambassade en Syrie. (…) Nous avons un gros problème d’accès au territoire (…).

Nous nous passerons de tout commentaire sur la candeur de Madame la ministre concernant la sincérité du gouvernement turc à laquelle elle croit, elle aussi, avec sincérité. Notons juste qu’en ce moment même, des centaines de milliers de manifestants turcs doutent de la sincérité d’un régime qui depuis deux semaines, utilise la matraque, les gaz, les balles en plastique, les menaces, la prison et la torture et affiche un mépris total face aux doléances du peuple.

Ceci étant, si l’on suit le raisonnement de Madame la ministre, on arrive à la conclusion que la réouverture de notre ambassade en Syrie nous offrirait une opportunité pour retrouver nos enfants. En voilà une excellente idée ! Pourquoi pas si l’on peut sauver la vie de Belges partis en Syrie et celle des Syriens victimes des Belges.

La vice-présidente du groupe socialiste européen, Madame Véronique de Keyser a eu le courage de proposer de reparler avec le président syrien après avoir exigé son départ avec acharnement (Le Vif, 19 avril 2013).

Aujourd’hui même, une autre voix lucide du paysage médiatique belge, le journaliste Vincent Braun de La Libre a plaidé en faveur d’une résolution pacifique du conflit syrien. La conclusion de son éditorial est sans appel : « Il faut impliquer l’Iran dans la résolution de ce conflit ».

La sagesse de ces paroles se situe en parfaite opposition avec le radicalisme et l’extrémisme de notre politique étrangère laquelle n’a d’égal que le radicalisme et l’extrémisme des volontaires belges partis en Syrie.

« Oui Madame la Ministre, oeuvrons pour la paix et la réconciliation et nos enfants reviendront peut-être sains et saufs » a-t-on envie de lui dire si la fin du conflit syrien eut été sa réelle intention.


Pendant ce temps, la fabrique du terrorisme tourne à plein régime

Au début du mois d’avril 2013, le Centre international pour l’étude de la radicalisation (ICSR) du King’s College de Londres annonçait que 140 à 600 jeunes ont été recrutés par des cellules djihadistes actives dans des pays européens comme la France, l’Angleterre, la Belgique, le Danemark ou les Pays-Bas.

Trois semaines plus tard, le spécialiste européen de l’antiterrorisme Gilles de Kerchove évoquait la présence de 500 djihadistes européens en Syrie (Martine Gozlan, Marianne, 25 avril 2013).

Le 21 mai 2013, Georges Malbrunot, le journaliste du Figaro estimait à 800 le nombre de djihadistes européens actifs en Syrie.

Aujourd’hui, d’après de nouveaux éléments d’enquête, les Européens seraient entre 1.500 et 2.000, soit deux à trois fois plus que les estimations publiées il y a trois semaines à peine (Pierre Beyleau, Le Point, 14 juin 2013).

Ils sont sans doute bien plus nombreux à partir en Syrie.

Vu l’ampleur du phénomène, une question s’impose : N’est-il pas pour le moins suspect que des apprentis sorciers rêvant de commettre à Damas des attentats semblables à ceux de Madrid, Londres ou New York puissent se rendre aussi massivement en Syrie sans être inquiétés dès leur départ ?

Imagine-t-on un seul instant ce que feraient les polices européennes si des prédicateurs actifs en Europe mobilisaient des légions musulmanes pour aller égorger les Juifs d’Israël ?

Que le Mossad se rassure, la Maison des Saoud et l’émir du Qatar, grands sponsors du djihad en Syrie, ne sont pas prêts de trahir leur alliance avec Tel Aviv.

Quant aux terroristes européens, conformément aux directives qui leur parviennent de Riyad ou Doha, ils préfèrent de loin verser le sang de musulmans sunnites, chiites ou alaouites que de s’en prendre à l’Etat hébreux.

Mais sait-on jamais, si un jour, Al Qaïda se mettait à acheminer des djihadistes en Israël ce qui, à ce jour, n’est jamais arrivé, il est certains que nos gouvernements neutraliseraient les jeunes volontaires européens avec une violence extrême. Le Mossad userait sans détour de son droit d’ouvrir le feu sur des suspects dans les aéroports occidentaux comme il l’a très souvent fait durant les années 70 et 80.

Nous sommes dès lors en droit de nous demander pourquoi l’Occident est si laxiste quand nos jeunes partent en Syrie et si ferme quand ils en reviennent.

La décision du bourgmestre d’Anvers Bart de Wever de radier de son registre de population les candidats djihadistes de retour de Syrie illustre bien cette stratégie d’accompagnement passif et de confinement du djihadisme en Syrie.

Monsieur De Wever, Madame Milquet et nombre de leurs homologues européens espéraient sans doute que la guerre internationale contre la Syrie par djihadistes interposés allait conduire à l’implosion du pays, gage de réussite de la théorie du chaos constructif permettant de remodeler les nations selon nos intérêts à court terme.

Mauvais calcul. Etant donné la connectivité complexe du corps politique et social syrien avec les lignes de fracture qui traversent notre monde multipolaire, toute tentative de déstabilisation de ce pays hautement inflammable ne conduit pas à son implosion mais bien à son explosion.

Si Madame Milquet nous avait écoutés dès le début du conflit, nous aurions peut-être pu sauver la vie de nombreux Syriens et de nombreux Belges.

Aujourd’hui, elle peut encore se rattraper. Mais pour cela, nous pensons qu’elle doit impérativement se concerter avec ses homologues européens et les convaincre à :

– promouvoir un message de paix en Syrie, le dialogue intercommunautaire en Europe et lutter contre la désinformation et la propagande sectaire qui contribuent à la radicalisation de nos jeunes

– lever toutes les sanctions européennes qui pèsent contre la Syrie et normaliser nos relations avec le gouvernement de Damas

– présenter nos excuses au peuple syrien pour avoir laissé les djihadistes européens contribuer à la destruction de leur pays et pour avoir armé les terroristes actifs en Syrie

– contraindre nos agents syriens de la Coalition nationale des forces de l’opposition et de la révolution à saisir la chance offerte par la Russie et le gouvernement syrien de résoudre pacifiquement le conflit.

– poursuivre légalement les vétérans belges qui ont commis des crimes de guerre, de génocide ou des crimes contre l’humanité en Syrie et assurer un accompagnement psychologique adapté aux volontaires belges non terroristes,

Nous cesserons de penser que Madame Milquet roule pour Al Qaïda le jour où elle militera concrètement pour la paix et contre le terrorisme en Syrie.





Voici l’enregistrement audio de l’émission Face à l’info du jeudi 13 juin 2013 animée par Eddy Caekelberghs

Syrie : Alep ou le « déséquilibre » fabiusien !

Syrie : l’incroyable aveu de Laurent FabiusCe que vous ne comprenez pas et dont le ministre français des Affaires étrangères doit vous convaincre est que la résistance d’Alep « la Syrienne » menace l’équilibre de son monde, de sa communauté prétendument internationale, et de ses larbins endoctrinés à prix d’or pour continuer à la piller et à en massacrer les citoyens coûte que coûte [1].

Mais rassurez-vous, il ne vous en coûtera rien ! Ce ne sont pas les soldats français qui se battront sur le sol syrien pour défendre la crédibilité de la France et « rééquilibrer » la perte de son influence et de sa grandeur. Cette lourde tâche est confiée à des sous-fifres traitres ou endoctrinés qui sont, en l’occurrence, les « néo-résistants »  made in France, US, et ailleurs…

Mais voilà, Monsieur Fabius est bien obligé de constater que  ses « prétendus résistants » sont dans une mauvaise passe. Qu’à cela ne tienne. Contrairement aux Russes, lui et ses collègues  arabes et ottomans empêcheront l’Armée de [Bachar] d’en délivrer les habitants d’Alep et, à défaut, la tenue de la « Conférence de Genève.2 » si les délégués de ces vendus, assassins et nécrophages ne peuvent y participer faute d’atouts dans leur jeu de poker menteur [2]. Et quel meilleur atout que de continuer à terroriser « Alep la somptueuse » en tentant d’empêcher ses fils, les soldats de l’Armée arabe syrienne, de remporter une deuxième victoire ? [3].

Et puisque les paroles s’en vont mais les écrits restent, ci-dessous la transcription de l’objet de ce « billet d’humeur », triste humeur autant pour la Syrie que pour la France !

Interview de Laurent Fabius sur France 2 (12.06.2013) :

[…]

Fabius : J’avais hier mon collègue David Oglü longuement au téléphone pour parler de la Syrie et puis on a parlé aussi de la Turquie. Et, il m’a expliqué quelle était sa vision de la situation [en Turquie] et je lui ai dit vraiment ce qu’était la position officielle de la France… que l’on souhaitait la retenue et l’apaisement… et la solution passe par le dialogue, là bas comme partout.

France 2 : Alors justement vous parliez de la Syrie. Les rebelles sont en train de perdre du terrain. Est-ce qu’il faut les armer ? Les Américains sont prêts à le faire.

Fabius : Il faut qu’il y ait un rééquilibrage, parce qu’au cours des derniers jours, des dernières semaines, les troupes de [Bachar] et surtout le Hezbollah et les Iraniens, avec les armes russes, ont repris un terrain considérable et il faut qu’on puisse arrêter cette progression avant Alep !

Là, c’est la prochaine cible qui est celle, à la fois, du Hezbollah et des Iraniens ! Et il faut qu’on l’arrête, parce que si on n’a pas de rééquilibrage sur le terrain il n’y aura pas de Conférence de la paix à Genève. L’opposition n’acceptera pas d’y venir ! Or, il faut qu’il y ait une solution politique. Donc, il faut qu’on puisse arrêter les troupes de [Bachar] et qu’on aille, si possible, au moment de Juillet vers une conférence politique.

C’est bien pour ça qu’on milite. Pour que « les soldats de la résistance » puissent se défendre, il faut qu’ils disposent d’armes parce que [Bachar], lui, il a des avions, plus de 500 ; il a des canons puissants ; et il a utilisé, d’une façon scandaleuse, des armes chimiques. Et donc, en face, il ne s’agit pas d’armer pour armer, mais il faut qu’il y ait un rééquilibrage !

France 2 : Alors qui va les armer ? L’Europe ? Les États-Unis ? Les pays arabes ?

Fabius : Déjà… Déjà… Il y a déjà des armes qui leur sont données par les pays arabes. Nous, vous savez qu’on respecte la réglementation européenne qui dit que c’est à partir du1er Août que des armes puissantes peuvent être données. Pour l’instant, nous n’avons pas encore décidé. Et les Américains – effectivement j’ai eu mon collègue Monsieur Kerry hier – ils sont en train d’examiner leur propre position. Je crois qu’il y a dans l’administration américaine des positions différentes. Les Américains auraient bien voulu se tenir à l’écart de tout cela, mais le conflit n’est plus local !

C’est un conflit régional et même international ! La Jordanie est touchée. La Turquie est touchée. Le Liban est touché. L’Irak est touché. En Syrie, c’est un désastre. Ça peut avoir des répercussions sur le conflit israélo-palestinien ! Donc, personne ne peut dire : moi ça ne me regarde pas !

France 2 : Est-ce qu’il faut une intervention militaire occidentale ?

Fabius : Non… personne ne demande, si vous voulez, qu’il y ait un envoi de troupes au sol en Syrie. Absolument pas. Ce serait la catastrophe ! Mais il faut que les « résistants » puissent avoir les moyens de se défendre.

J’ajoute en plus que ça devient un conflit, comme on dit en anglais [ !?], sectaire, c’est-à-dire religieux entre les chiites, les sunnites… Et c’est un imbroglio épouvantable avec des menaces, je dis bien, sur toute la région.

Et derrière l’affaire syrienne il y a évidemment la question iranienne : est-ce que l’Iran, l’an prochain, va oui ou non… pourra avoir l’arme nucléaire ? Notre position, à nous Français, c’est de dire que si on n’est pas capable d’empêcher l’Iran de prendre la main sur la Syrie, quelle crédibilité aurait-on en lui … en exigeant qu’elle n’ait pas l’arme atomique ? Donc, tout est lié.

[…]

Laurent Fabius/ France 2

12/06/2013

http://www.dailymotion.com/francediplotv

http://www.dailymotion.com/video/x10tgsn_interview-de-laurent-fabius-sur-france-2-12-06-2013_news?utm_source=dlvr.it&utm_medium=twitter#.Ubhrob5OJ_8

 

Notes :

[1] Syrie : Le pilleur d’Alep !

http://www.mondialisation.ca/syrie-le-pilleur-dalep-2/5323740

[2] Syrie : Les joueurs impénitents

http://mondialisation.ca/index.php?context=va&aid=29338

[3] Qousseir / Al-Qusayr Syrie, Une Victoire Stratégique Majeure

http://www.youtube.com/watch?v=DyXNF0Us7oE

http://www.mondialisation.ca/syrie-alep-ou-le-desequilibre-fabiusien/5338848

De la guerre impérialiste contre la Syrie : Erdogan Pacha, le dernier des sultans ottomans

Erdogan sultan

Généralités

Lors d’une réception au palais présidentiel à Damas, le 9 août 2011, le chef de la diplomatie turque, Ahmet Davutoglu, adressa au président syrien, Bachar al-Assad, un message dur et ferme, et lui demanda de mettre fin à la « répression sanglante des manifestations pacifiques en Syrie [1] » avant qu’il fût trop tard.

En ce jour inoubliable, M. Davutoglu arriva à Damas, après avoir chevauché jours et nuits à travers le plateau anatolien. Lors de son arrivée aux murailles de la ville, il contourna les souks et les caravansérails de l’ancien quartier, et se précipita rapidement vers Qasr al-Muhajerine – le palais présidentiel – entouré de fleurs d’acacia et de gardénia. Sans laisser sécher la sueur qui perlait sur son front ni repousser la poussière qui couvrait sa poulaine [2] ; il s’appuya sur le bâton et le gant de Charlemagne [3], et se tint debout devant Assad, comme Ganelon [4] devant Marsile [5] ; et plein d’arrogance, il commença son discours en tant que messager de la Sainte-Alliance arabo-atlantique.

En effet, Ahmet Davutoglu fut arrivé à la capitale des Omeyyades porteur d’un message «déterminé», selon l’expression du premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan ; M. Davutoglu fut envoyé par la Sainte-Alliance pour livrer au président syrien Assad un message occidental, mis dans une enveloppe arabique et payé en timbres turcs issus de la PTT (posta ve telgraf teşkilatı) [6].

Au début de la guerre impérialiste contre la Syrie

Il suffit de faire ici le parallèle avec les déclarations des chefs atlantiques et arabiques, de la même période, pour savoir à quel point la Turquie était impliquée, dès le début, dans la guerre contre la Syrie. La preuve en est que lors de sa rencontre avec le président Assad, M. Davutoglu déclara que la Turquie ne pourrait pas rester spectatrice face à des événements survenant dans un pays avec lequel elle partageait une frontière d’environ 900 km, des liens historiques, culturels et familiaux [7]. Il ajouta aussi que le message d’Ankara serait désormais plus strict, plus fort et plus clair ; la Turquie se tenait au bout de sa patience, ajouta-t-il [8].

Le soir même, la secrétaire d’État des États-Unis, Hillary Clinton, demanda à M. Davutoglu de dire au président Assad qu’il dût « renvoyer ses soldats dans leurs casernes » [9]. De son côté, l’Union européenne envisagea de nouvelles sanctions. Le service diplomatique européen fut chargé de préparer une liste d’options pour aller au-delà de ce qui était en vigueur [10] ; et la France, qui dissimulait une rancune de nature colonialiste envers la Syrie,  se prononça pour la mise en œuvre d’une transition du pouvoir : «  le temps de l’impunité est révolu pour les autorités syriennes », indiqua Christine Fages, alors porte-parole ajointe du ministère des Affaires étrangères [11].

Il est à noter ici que les émirs et sultans arabiques, crainte de rater l’ouvre-bouche [12], exhortèrent la Syrie à mettre fin à l’ « effusion de sang ». Le roi Abdallah d’Arabie saoudite déclara que la Syrie n’avait que deux choix pour son avenir : « opter volontairement pour la sagesse ou s’enliser dans le chaos et la violence », résuma-t-il dans un communiqué au ton inhabituellement sévère à l’égard de l’État syrien. De son côté, le chef de la diplomatie koweïtienne, cheikh Mohammed Al-Sabah, rendit hommage à la décision similaire de l’Arabie saoudite. Plus tard, l’État du Bahreïn se joignit au festin et prit part du Rôt [13] : « Bahreïn a décidé de rappeler son ambassadeur à Damas pour consultation et appelle à la sagesse en Syrie », déclara le ministre des Affaires étrangères bahreïni, cheikh Khaled Ben Ahmad Al-Khalifa [14]. En effet, ces émirs et sultans arabiques, ces despotes et tyrans des monarchies absolues du monde arabe, se précipitèrent au festin Faisan [15] de l’Union européenne, non seulement pour célébrer le déclenchement de la guerre impérialiste contre la Syrie, mais aussi pour mettre de l’huile sur le feu de la haine religieuse envers les minorités musulmanes hétérodoxes partout dans le monde musulman.

En dépit des menaces directes et sous entendues, la Syrie rejeta l’ultimatum de la Sainte-Alliance ; et la conseillère politique du président syrien, la Dr. Bouthaina Shaaban, prévint que le diplomate [turc] devrait s’attendre à un accueil glacial et que la Syrie serait prête à livrer à Ankara un message encore plus ferme que celui de M. Davutoglu, rejetant ainsi l’ultimatum :

Si […] Davutoglu vient délivrer un message déterminé à la Syrie, alors il entendra des propos encore plus déterminés concernant la position de la Turquie. La Turquie n’a toujours pas condamné les meurtres sauvages de civils et de soldats par les groupes terroristes armés, a-t-il dit à l’agence SANA [16].

Suite au rejet de l’ultimatum par l’État syrien, la guerre impérialiste contre la Syrie fut déclenchée, et les ingérences étrangères prirent une ligne ascendante.

M. Davutoglu retourna à Ankara portant déçu et échoué de « faire peur » au président syrien Assad, et ses menaces furent emportées par le vent ; la Syrie eut déjà prit une décision ferme et déterminée : résister, confronter et mener le pays vers une victoire décisive, malgré le taux élevé des sacrifices.

En réaction à la décision de l’État syrien, la Sainte-Alliance décida d’enlever le masque et de montrer son visage effrayant : ou Assad démissionne ou la Syrie sera détruite complètement. Ainsi, des opposants prétendus se furent réunis à Istanbul dans le but de créer un front uni contre l’État syrien ; le lendemain, le misérable Conseil national syrien (CNS) naquit, présidé alors par un universitaire basé à Paris, monsieur Burhan Ghalioun [17].

Deux jours plus tard, le 4 octobre 2011, la création  du CNS fut suivie d’un projet de résolution au Conseil de sécurité de l’ONU condamnant la Syrie, mais qui fut opposé par un double veto russe et chinois. Moscou s’opposa à « l’approche d’affrontement » qui irait « à l’encontre d’un règlement pacifique de la crise », tandis que Pékin rejeta l’« ingérence dans les affaires intérieures » d’un pays [18].

Nous étions encore au début de la guerre impérialiste contre la Syrie.

Erdogan Pacha : le sceau du califat ottoman

Tout ce que nous avons mentionné ci-devant appartient d’ores et déjà à l’histoire ; l’État syrien n’a pas seulement résisté face à la guerre impérialiste la plus atroce du siècle, mais son armée mène des victoires décisives sur le terrain contre des vagues de « nouveaux Mongols » qui avaient envahi le territoire syrien par la grâce et la bénédiction du calife d’Istanbul, Erdogan Pacha.

Pourtant, aujourd’hui Erdogan n’est plus un sadrazam [19], ni Davutoglu un reis efendi [20]À la deuxième semaine d’un mouvement de contestation sans précédent, les forces démocratiques turques apprennent leurs préparatifs ; elles continuent à se précipiter vers les places publiques et à crier leur ras-le-bol contre le gouvernement Erdogan. Les manifestants sont des militants de la société civile, des élèves, des étudiants, des sans-emplois, des partisans de l’opposition de gauche et de l’extrême gauche ainsi que des écologistes. Leurs revendications : d’abord l’abandon par le gouvernement d’un projet immobilier sur la place Taksim, épicentre de l’actuel soulèvement à Istanbul et symbole historique de la république et du laïcisme turcs. Un projet qui prévoit notamment la construction d’une mosquée et d’un gigantesque centre commercial. Cependant, l’opposition à ce projet n’est qu’un prétexte pour de nombreux Turcs pour faire entendre leur frustration vis-à-vis les limitations des libertés publiques et les politiques anti-démocratiques de l’AKP, le parti au pouvoir.

Sur un autre plan, il faut mentionner ici l’article publié cette semaine dans le magazine britannique The Economist, traitant des derniers événements à la place Taksim à Istanbul. L’intérêt que présente un tel article ne se trouve pas certainement dans son contenu – un contenu qui ne rompt pas, évidemment, avec le discours occidental « classique » sur l’Orient et les Orientaux –, ni dans l’approche que l’auteur suit, mais bien plutôt dans le titre qu’il porte « Turkey’s troubles : Democrat or Sultan ? » [21] ainsi que dans le montage du portrait du sultan ottoman Selim III avec la tête du premier ministre turc M. Erdogan.

Tout tourne autour du point suivant : pour que le magazine The Economist – un magazine monopole lié certainement aux centres de pouvoir impérialistes – publie un tel article avec un tel titre et une telle photo, prenant en critique un allié le plus fidèle à la Sainte-Alliance dans sa guerre contre la Syrie, il devrait avoir une bonne raison. Or, cette « bonne » raison ne se trouve nécessairement pas dans les paragraphes de l’article ni dans le discours qu’il propage à propos de la démocratie. Autrement dit, l’impression créée au moment de la lecture de l’article mentionné ci-dessus est la suivante : Erdogan Pacha est en train d’abuser la démocratie, et le magazine The Economist l’avertit ; tout simplement ! Malheureusement, une telle lecture fait partie de ce que l’on appelle « le degré zéro de l’esprit critique » voire « le stade suprême de la naïveté politique ». Certainement, la raison pour laquelle cet article apparaît dans The Economist à ce moment précis se trouve ailleurs ; surtout quand on sait que ce n’est pas la première fois, pendant les 10 ans de mandat, que M. Erdogan « abuse » la démocratie dans son pays ; ni la première fois non plus qu’il met de l’huile sur le feu de la haine chauviniste et religieuse contre les groupes ethniques et religieux de la Turquie, tels que les Kurdes, les Arméniens et les alaouites, sans qu’il soit protégé et couvert par le silence des médias monopoles, qui jouaient, jusqu’à la veille, l’aveugle, le sourd et le muet face aux pratiques hostiles du monsieur Erdogan.

Pour rappel, monsieur Erdogan et son ministre des Affaires étrangères M. Davutoglu se présentent en tant que fer de lance de la guerre impérialiste contre la Syrie ; et pendant deux ans et quelque, ils prononcent un discours « surprenant » sur les droits de l’homme, la démocratie, la liberté, la justice, la tolérance ; promettant ainsi aux peuples des « anciennes provinces arabes » de l’Empire ottoman une nouvelle ère de lumière, de justice et de prospérité, jusqu’au point où nous aurions cru voir Voltaire et Montesquieu – que la paix soit sur leurs noms – s’adressant aux masses arabes en personnes d’Erdogan et de reis efendi Davutoglu.

À plus forte raison, la parution d’un tel article dans le magazine The Economist doit être lu dans le contexte des victoires décisives que mène l’armée arabe syrienne sur le terrain contre les groupes takfiris, qui prennent des régions turques frontalières avec la Syrie un arrière-front. Autrement dit, il faut bien dire que les centres de pouvoir impérialistes ne connaissent pas d’amis permanents ni d’ennemis permanents, mais bien plutôt d’intérêts permanents ; et qu’après deux ans et quelque de guerre impérialiste contre la Syrie, dont les « joueurs » principaux étaient jusqu’à la veille le sadrazam M. Erdogan et sonreis efendi M. Davutoglu, la Sainte-Alliance a échoué à renverser le régime du président Assad, malgré les chiffres catastrophiques des pertes matérielles et humaines, malgré aussi le recours à tous les Centaures [22] et les Minotaures [23] de Hadès. Ce qui revient à dire que les puissances impérialistes cherchent désormais à remplacer M. Erdogan, qui vient de recevoir la « carte rouge », par un autre « joueur » turc, qui serait prêt à courir, comme un Maradona, dans le stade d’un certain compromis international prévu sur la Syrie entre Moscou et Washington.

Le peuple turc demande le départ d’Erdogan

Il y a un an et demi, précisément le 22 novembre 2011, M. Erdogan, avait exhorté le président syrien Bachar al-Assad à quitter le pouvoir afin de « prévenir davantage d’effusion de sang » dans le pays : « Pour le salut de ton peuple, de ton pays et de la région, quitte désormais le pouvoir », a-il déclaré au Parlement devant le groupe parlementaire de son parti de la justice et du développement, AKP [24].

Or, dix-huit mois plus tard, aujourd’hui sur la place Taksim et dans le parc Gezi à Istanbul,  des milliers de militants turcs de la société civile et des forces démocratiques, qui sont ensuite descendus chaque jour dans les rues de tout le pays, réclament maintenant la démission du premier ministre, Recep Tayyip Erdogan, qu’ils accusent de diriger un gouvernement conservateur qui tente d’islamiser le pays et de réduire la portée de la démocratie et de la laïcité.

Dans la plaine avec les Douze

Ainsi, Jésus descendit de la montagne avec les douze Apôtres et s’arrêta dans la plaine. Il y avait là un grand nombre de ses disciples, et une foule de gens venus de toute la Judée, de Jérusalem, et du littoral de Tyr et de Sidon (…) Regardant alors ses disciples, Jésus dit : « Qu’as-tu à regarder la paille dans l’œil de ton frère, alors que la poutre qui est dans ton œil à toi, tu ne la remarques pas ? Pourquoi vois-tu la paille qui est dans l’œil de ton frère et n’aperçois-tu pas la poutre qui est dans ton œil à toi ! Ou comment peux-tu dire à ton frère : Frère, laisse-moi ôter la paille qui est dans ton œil, toi qui ne vois pas la poutre qui est dans le tien ? Hypocrite, ôte premièrement la poutre de ton œil, et alors tu verras comment ôter la paille qui est dans l’œil de ton frère » [25].

Fida Dakroub, Ph.D

 

Blog officiel de l’auteur : www.fidadakroub.net

Source de l’image : Democrat or sultan? The Economist, 8 juin 2013.

Notes

[1] Today’s Zaman. (8 août 2011). “Davutoğlu to deliver harsh message to Damascus”. Récupéré le 08 août 2012 de

http://www.todayszaman.com/news-253150-davutoglu-to-deliver-harsh-message-to-damascus.html

[2] La poulaine est une chaussure du Moyen Âge (XIVe siècle) allongée, à l’extrémité pointue mesurant jusqu’à 50 cm, généralement relevée. Plus l’on appartenait à une classe sociale élevée, plus la pointe était longue. Pour les rois, la taille de l’extrémité pouvait être aussi grande que voulu. Le bout est rembourré de mousse ou chanvre pour la rigidité de la pointe.

[3] Dans « La Chanson de Roland », le bâton et le gant de l’empereur Charlemagne signifient le pouvoir conféré au messager.

[4] Personnage littéraire de « La Chanson de Roland », Ganelon est le fils de Griffon, comte d’Hautefeuille. Il est le beau-père de Roland. Il est le messager de Charlemagne au roi de Saragosse. Pourtant, c’est lui qui trahit Roland en le mettant à l’arrière-garde qui devait se faire attaquer par les sarrasins. Pour cette raison il est d’une certaine manière devenu, dans la tradition française, l’archétype du félon ou du traître.

[5] Marsile est le nom d’un personnage légendaire figurant dans « La Chanson de Roland » ou « La Chanson de Roncevaux ». Il est le roi sarrasin de Saragosse et ennemi de Charlemagne.

[6] Abréviation turque de « Posta ve Telgraf Teşkilatı Genel Müdürlüğü » ou La Direction générale des postes et des télécommunications turques.

[7] Le Point. ( 9 août 2011) Syrie: le chef de la diplomatie turque arrivé à Damas avec un message ferme pour Assad. Récupéré le 18 août 2012 de

http://www.lepoint.fr/monde/syrie-le-chef-de-la-diplomatie-turque-arrive-a-damas-avec-un-message-ferme-pour-assad-09-08-2011-1361030_24.php

[8] Today’s Zaman, loc. cit.

[9] Le Monde. (8 août 2012). Le président syrien de plus en plus isolé après le rappel d’ambassadeurs de pays arabes. Récupéré le 27 août 2012 de

http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2011/08/08/l-arabie-saoudite-rappelle-son-ambassadeur-en-syrie-et-critique-le-regime_1557154_3218.html

[10] loc.cit.

[11] loc.cit.

[12] Au Moyen-âge, le banquet commence par des salades ou des fruits frais de saison afin de préparer l’estomac à recevoir des plats plus riches.

[13] Au Moyen-âge, le banquet comprenait aussi « le Rôt », un plat principal qui se composait de viandes rôtis accompagnées de sauces diverses.

[14] Le Monde. (8 août 2012). loc. cit.

[15] La cour de Bourgogne développa une étiquette de la table sans précédent par son raffinement et sa ritualisation. Elle fit de chaque banquet un spectacle permanent. Le plus célèbre, auquel assistèrent d’ailleurs des centaines de convives et de spectateurs, était le banquet du Faisan, tenu à Lille en 1454.

[16] Le Devoir. (8 août 2011). Damas passe de nouveau à l’attaque. Récupéré le 18 août 2012 de

http://www.ledevoir.com/international/actualites-internationales/328916/damas-passe-de-nouveau-a-l-attaque

[17]Le Devoir. (4 octobre 2011). Mabrouk ! – Syrie : euphorie et émotion accueillent la création du Conseil national. Récupéré le 18 août 2012 de

http://www.ledevoir.com/international/actualites-internationales/332818/mabrouk-syrie-euphorie-et-emotion-accueillent-la-creation-du-conseil-national

[18] Radio Canada. (5 octobre 2011). Résolution de l’ONU sur la Syrie : le veto sino-russe critiqué par l’opposition, applaudi par Damas. Récupéré le 21 août 2012 de

http://www.radio-canada.ca/nouvelles/International/2011/10/05/004-syrie_resolution_onu-critiques-veto_russie_chine.shtml

[19] Le sadrazam ou le grand vizir était le premier ministre de l’Empire ottoman.

[20] Le reis efendi était le ministre des Affaires étrangères de l’Empire ottoman.

[21] The Economist. (8 juin 2013). “Turkey’s troubles. Democrat or sultan?”.  Récupéré le 10 juin 2013 de

http://www.economist.com/news/leaders/21579004-recep-tayyip-erdogan-should-heed-turkeys-street-protesters-not-dismiss-them-democrat-or-sultan

[22] Dans la mythologie grecque, les Centaures étaient des créatures mi-hommes mi-chevaux. Ils descendaient d’Ixion, le premier homme à avoir assassiné un membre de sa famille, et qui conçut le premier Centaure en s’unissant à une nuée à laquelle Zeus, le dieu suprême, avait donné la forme de son épouse, Héra. Les Centaures vivaient en Thessalie, autour du mont Pélion, et étaient considérés comme des êtres sauvages, non-civilisés.

[23] Dans la mythologie grecque, le Minotaure ou « taureau de Minos » est un monstre assez hideux à tête de taureau et au corps d’homme. Le Minotaure est né des amours de la reine de Crète Pasiphaé et d’un taureau blanc que le roi Minos n’avait pas sacrifié à Poséidon.

[24] Le Monde. (22 novembre 2011). Le premier ministre turc demande le départ de Bachar Al-Assad. Récupéré le 12 juin 2013 de

http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2011/11/22/le-president-turc-abdullah-gul-avertit-de-nouveau-bachar-al-assad_1607282_3218.html

[25] Évangile de Jésus selon Luc, (6 :41 – 42).

Docteur en Études françaises (The University of Western Ontario, 2010), Fida Dakroub est écrivain et chercheur en théorie bakhtinienne. Elle est  aussi militante pour la paix et les droits civiques.

http://www.mondialisation.ca/de-la-guerre-imperialiste-contre-la-syrie-erdogan-pacha-le-dernier-des-sultans-ottomans/5338824

“Insaisissable” résilience : le cas Erdogan

3 juin 2013 – … Ou bien, “insaissable” Turquie ? Développant notre Notes d’analyse (le 1er juin 2013) sur la “guerre syrienne” que nous qualifiions d’“insaisissable” et dont nous observions qu’elle ramenait à elle toutes les tensions de sa région, sinon de la crise d’effondrement du Système, nous ignorions les événements déjà en cours en Turquie, dans leur éventuelle dimension structurelle. Nous sommes toujours dubitatifs, peu inclinés à en tenir compte dans l’immédiat, devant des événements soudain encore trop “immatures” pour juger s’ils ont de la substance ou s’ils ne sont que “l’écume des jours”. Pourtant, à vingt-quatre heures près, certes, cette affaire turque en passe de devenir une “crise turque” méritait sa place dans notre florilège.

… En effet, il ne fait aucun doute pour nous (on le verra plus loin) que la politique syrienne d’Erdogan est pour beaucoup, voire pour l’essentiel dans la détonation de la chose, dans cette crise turque partie d’un rassemblement de 50 personnes outrées que l’on déracinât quelques arbres et transformât une partie (Gezi Parki) du parc Taksim, l’un des rares espaces verts restants du centre d’Istanboul, en galerie marchande. Nous parlons de la politique syrienne d’Erdogan aussi bien en termes de symbole qu’en termes de forme fondamentale, abandonnant l’orientation principielle qui avait heureusement marqué la “nouvelle politique turque” dans les années précédentes. Cette politique d’avant la Syrie avait donné à Erdogan une légitimité qui concernait tous les domaines, – l’extérieur bien sûr, où elle se fondait principalement, mais aussi l’intérieur, – et assurait à son pays autant qu’à lui-même une stabilité certaine et fondée. Les événements de ces derniers jours font éclater un malaise qui ne cesse de grandir depuis deux ans, et qui s’exprime notamment par un divorce entre la politique syrienne d’Erdogan et le sentiment populaire. Du coup, l’explosion ressort tous les problèmes non résolus et s’identifie aux mouvements antiSystème (Occupy, “indignés”, etc.), en même temps qu’elle achève la perception de la transformation d’une autorité incontestable d’Erdogan, une autorité légitimée, en une “dérive” autoritaire dans son comportement et sa politique.

En même temps, les événements illustrent le terme-programme de “résilience” que nous avons déjà utilisé (voir notamment et principalement le 9 novembre 2012). Nous l’utilisons pour deux occurrences, d’abord pour qualifier la forme des événements en cours, ensuite pour qualifier, plus loin dans notre propos, l’importance des fondements d’une politique qu’Erdogan a abandonnée à ses dépens.

• Sur les événements et leur signification, il y a une intéressante interview du Britannique Mark Almond, professeur en Relations Internationales détaché à l’Université Bilkent, à Ankara, sur Russia Today, le 2 juin 2013. Quelques extraits donnent une bonne appréciation de la situation, des réactions maladroites et confuses d’Erdogan qui est la cible principale sinon unique du mouvement, de l’ampleur inattendue de ce mouvement, de sa diversité de composition et de la diversité de ses motifs conjoncturels jusqu’à celui d’une manifestation de protestation pour conserver à Istanboul un lieu… où manifester. Éventuellement, on peut percevoir ainsi les structures et les forces qui démontrent effectivement ce que nous nommons résilience dans ce mouvement, et certaines comparaisons qui symbolisent à la fois la rapidité et les renversements paradoxaux de ce temps : Erdogan, le premier grand dirigeant à avoir demandé la démission de Moubarak, qui semble suivre un comportement semblable à celui de Moubarak jusqu’à sa chute. (Dans ses interventions du week-end, Erdogan s’est montré fermé à toute interprétation accommodante et dynamique des événements. Il en a rejeté la responsabilité sur “des extrémistes”, sur les partis d’opposition sur les “réseaux sociaux” type-tweeter  : «There is now a menace which is called Tweeter. The best examples of lies can be found there. To me, social media is the worst menace to society.» [Guardian, le 3 juin 2013].) … Mark Allmond :

«And this is a very dramatic moment for Prime Minister Erdogan, who’s had for the first time to step back. He was extremely aggressive in his initial statements that he wouldn’t tolerate protest. And now the man who was the first world leader to call for [Egyptian] President Mubarak to resign is talking rather eerily like Mubarak did shortly before his own fall. He is now saying he’s going to investigate the police, he’s concerned for the people. He wants to carry on the project, so he’s managing to, in a sense, muddy the water.

»But I don’t think it will calm the situation, because if he insists on carrying on with the project, which is very unpopular – and symbolic of what many people see as kind of a high-handed approach where property developers and government together simply push aside local opinion – he still is going to keep the protest going. But at the same time he’s shown weakness, and this is the first time he’s shown weakness.» […]

«…And they were taken by surprise by a rather complex movement of different groups of people we see – classic, if you like, student protesters, anarchists, the Twitter generation. But we’ve also seen, which is worrying for the prime minister, people from his own side of politics. We’ve seen Muslims praying in the square opposing this policy, we’ve seen a Kurdish MP actually injured, trying to stand in the way of one of the bulldozers. So we now have a situation that a very broad coalition has sprung up not just in Istanbul, but in other cities. And some of it is actually from the side of politics that in the past, and recently has been supporting the government…» […]

«And the Turkish economy, which had been doing very well for the first 10 years of Erdogan, is beginning to stall. The property boom is turning into a bubble that’s bursting. The war in Syria is worrying people with violence on the border. But also, if you then begin to have measures that are fighting off tourists, including, of course, his measures about alcohol, his moral reform measures, you begin to have a whole dangerous mélange of issues all bubbling up together.

»And I’m not sure that the government really has thought through what is its main priority, who are the people that it really needs to keep on board, does it really need to offend all these different groups, does, actually, the center of Istanbul, not need at least one bit of green space. It’s a huge city with a very little space, and, of course, people say ‘How can we have democracy, if there’s nowhere where you can demonstrate, if everywhere is filled in only narrow streets?’ I’m afraid, like it or not, you need Trafalgar Square, you need Taksim Square.»

• On peut trouver un reportage de The Observer, du 2 juin 2013, montrant comment le mouvement commence à s’organiser, à s’installer en adoptant les us et coutumes désormais de cette sorte de protestation, notamment et essentiellement pour s’implanter et durer. Ce qu’il y a de “résilience” dans ce mouvement, effectivement, c’est la façon dont il s’est naturellement identifié à la tactique et au style du mouvement fameux dit-Occupy, commencé par Occupy Wall Street, en se dénommant lui-même Occupy Turkey. Un autre aspect montrant ce même caractère de résilience se trouve dans la façon dont la “reste du monde” a aussitôt répondu aux événements turcs, avec diverses manifestations et interventions de soutien, notamment aux USA, et particulièrement à New York où quelques centaines de manifestants (le nombre importe peu dans cette occurrence) réunis au Parc Zuccoti d’où était parti Occupy Wall Street, ont réussi à réveiller l’écho de l’automne 2011, toujours avec les mêmes références, telle que Occupy Gezi, créant une impression de continuité et de solidarité transnationales (voir Russia Today ce 1er juin 2013).

• Une réaction particulièrement notable et qui a eu beaucoup d’échos est celle de Noah Chomsky, notamment reproduite par la presse turque. Le quotidien Hurriyet la retranscrit le 1er juin 2013 : «I would like to join Amnesty International and others who defend basic human rights in condemning the brutal measures of the state authorities in response to the peaceful protests in Taksim in Central Istanbul. The reports of the past few days are reminiscent of some of the most shameful moments of Turkish history, which, it seemed, had been relegated to the past during the progress of the past years that has been welcomed and praised by all of us who wish the best for Turkey and its people.»

• Au niveau de la politique régionale et nationale, on appréciera aussitôt la réaction du gouvernement syrien, toujours en place malgré les efforts frénétiques d’Erdogan à son encontre. PressTV.ir rapporte, ce 1er juin 2013 la réaction du ministre syrien de l’information accusant Erdogan de “terroriser” son peuple, ce qui est un renvoi d’ascenseur de circonstance … «Syrian Information Minister Omran al-Zohbi says Turkey’s Prime Minister Recep Tayyip Erdogan is “terrorizing” his own people, calling on the premier to resign his post. “Erdogan is leading his country in a terrorist way, destroying the civilization and achievements of the Turkish people,” the Syrian information minister said on Saturday.» Cette intervention met en évidence combien, effectivement, la situation turque est aujourd’hui inextricablement imbriquée dans la crise syrienne et l’implication d’Erdogan dans la “guerre syrienne”

• Au niveau politique intérieur, un homme a aussitôt suivi un rôle médian entre l’extrémisme d’Erdogan et la contestation populaire. Il s’agit du président Gül, ancien ministre d’Erdogan désormais perçu comme un adversaire institutionnel et politique du Premier ministre. Gül voudrait rester à la présidence en 2014, mais Erdogan entend le remplacer après avoir assuré une réforme constitutionnelle donnant des pouvoirs fondamentaux (type-Vème République) au président. Bien entendu, ces projets sont désormais complètement en question, devant l’incertitude née de la crise. (Selon le pourtant très modéré Murat Yekin, éditorialiste de Hurriyet, le 1er juin 2013 : «To cut the story short, the Taksim wave of protests has turned into the first public defeat of the almighty image of Prime Minister Tayyip Erdogan, and by Turkish people themselves. […] To call this a “Turkish Spring” would be over-dramatizing it. It could be, if there were opposition forces in Turkey that could move in to stop the one man show of a mighty power holder. But it can easily be said that the Taksim brinkmanship marked a turning point in the almighty image of Erdogan.»)

Concernant l’attitude du président Gül et son rôle, qui apparaît très important, durant le premier tournant de la crise avec un premier retrait des forces de police du square Taksim après les premiers jours de très durs affrontements, on lira également Hurriyet le 1er juin 2013. (L’on se souviendra que Gül a marqué plus d’une fois des réticences claires à propos de la politique syrienne d’Erdogan, la trouvant trop extrémiste, trop anti-Assad et trop alignée sur le bloc BAO. Il est certain que l’affaiblissement d’Erdogan, – première certitude de cette crise, sans préjuger de l’avenir, – va conduire Gül à se découvrir un peu plus et à s’affirmer comme un adversaire beaucoup plus marqué de la politique syrienne d’Erdogan.)

«Official sources told the Hürriyet Daily News that around 2:30 p.m. Gül called the Istanbul Governor Hüseyin Avni Mutlu, Interior Minister Muammer Güler and Prime Minister Recep Tayyip Erdogan. Emphasizing that the situation was “very sensitive,” Gül urged moderation. Following the call, the interior minister called for the police forces to be pulled back from Taksim, ahead of the main opposition Republican People’s Party (CHP) rally in the afternoon. The president said he had shared these issues with state and government officials, including PM Erdogan. “I believe that everybody will immediately do his share to provide calm and discuss the issue in a way that will suit us,” he said.»

• La brutalité policière, qui est aspect très spécifique de ces événements et constitue un des éléments déclencheur ou aggravant de leur course, constitue un problème spécifique de la séquence (voir Russia Today, le 2 juin 2013). Elle ajoute au malaise général qui caractérise la crise, en créant une sensation d’isolement sécuritaire du régime, ou du gouvernement, correspondant parfaitement aux tendances des régimes des pays du bloc BAO face aux diverses manifestations de la crise générale. Bien entendu, ce facteur renforce le constat sur l’illégimité, ou sur “la légitimité perdue”, de la direction d’Erdogan…

 

La légitimité perdue de Recep Tayyip Erdogan

… Tout cela, ce gâchis remarquable du point de vue de ses ambitions pour la Turquie, qui nous conduit à cette question : mais qu’est donc allé faire Erdogan dans ce guêpier, ce bourbier, cette juste cause type-BAO et parti des salonards, trop belle et bien trop fardée de narrative convenues pour être juste ? Cette cause fondée sur le “principe” grotesque dans son schématisme primaire et faussaire du slogan mécaniquement répété “Assad est un monstre” ? On ne gaspille pas de cette façon un capital de popularité fondé sur une véritable légitimité telle que celle qu’Erdogan avait amassé en quelques années d’une politique devenue indépendante des USA et même d’Israël, sinon à prouver que le destin s’est trompé et que l’homme d’État plein d’un brio élégant et bronzé dans la vérité du monde s’est révélé comme un faussaire incapable de maîtriser ses humeurs et victimes d’illusions en forme de mirages… Chomsky lui-même l’a bien dit, d’une façon indirecte ou involontaire puisqu’il n’évoque que le “progrès” auquel il est encore sensible en tant que dissident “de gauche” ; il porte ce jugement, qui concerne effectivement ces années de fortune pour la Turquie, qui sont celles où Erdogan affirmait toute sa légitimité, et il semble alors déplorer implicitement qu’elles aient été ainsi gaspillées pour des chimères : «The reports of the past few days are reminiscent of some of the most shameful moments of Turkish history, which, it seemed, had been relegated to the past during the progress of the past years that has been welcomed and praised by all of us who wish the best for Turkey and its people…»

Nous pensons qu’Erdogan avait bâti cette légitimité dont nous parlons en construisant une politique extérieure qui était fondée sur l’idée générale du Principe, – cela considéré aussi bien comme règle d’action, comme orientation politique qui sont l’opérationnalisation d’une orientation principielle, que sur le respect effectif de certains principes qui peuvent être encore d’application. Il l’avait montré, par exemple, en août 2008, lorsque la Turquie avait défendu la Russie dans la crise géorgienne, contre l’activisme déstructurant d’un Saakachvili commandité par l’OTAN et les officines américanistes qui vont bien. (Cela, alors que la Turquie était membre de l’OTAN, comme elle l’est toujours, ce qui marquait sa détermination.) Novosti notait, le 13 août 2008 : «M.Erdogan a dit que son pays était solidaire de la Russie dans la situation autour de l’Ossétie du Sud, alors que M.Medvedev a estimé que “les pays aussi proches que la Russie et la Turquie” devaient “faire le point de leurs relations en cas de problèmes”. “Malheureusement, il y a assez de problèmes, notamment la récente agression géorgienne contre l’Ossétie du Sud”, a ajouté le président russe.» (On notera tout de même, et cela a un rapport avec ce qu’on a vu plus haut de la situation politique actuelle, que c’est Abdullah Gül, à peine devenu président après avoir quitté son poste de ministre des affaires étrangères, qui avait le mieux défini la position turque en énonçant effectivement des notions principielles dans l’explication de la position turque. [Voir le 18 août 2008].)

Cette notion d’une politique principielle assurant la légitimité, à l’exemple de divers cas historiques dont le plus récent est évidemment de Gaulle et le gaullisme, diffère complètement des notions d ‘un droit sacralisé et de l’idéologie démocratique où l’on prétend assurer la légitimité par le seul automatisme de processus aboutissant en principe à l’expression populaire souveraine. Ces processus, qu’on ne peut certes écarter parce qu’il importe de transiger sur les moyens, n’ont jamais montré en aucune façon qu’ils fussent fondamentalement source principielle et producteur de légitimité, – sinon un Sarko et un Hollande en auraient été nécessairement transformés, ce qu’ils ne furent pas. Ils n’ont cessé, ces dernières années, de se dégrader du point de vue de leurs mécanismes et de leurs effets pervers, à la mesure du développement du système de la communication, de la dictature de l’argent et de la corruption généralisée qui s’ensuit, à la mesure de la contraction du temps et de l’accélération de l’Histoire qui caractérisent notre époque, avec l’épanouissement catastrophique du Système que cela suppose. Plus que jamais, la légitimité s’acquiert à la fois dans les actes s’ils sont d’essence principielle, et dans les manifestations éventuellement transcendantes que parviennent à manifester les dirigeants politiques devenus “hommes d’État” par le fait. (C’est dire s’il n’y en a plus guère puisque cette époque est celle de l’effondrement principiel, et par conséquent en général de la légitimité.) Pour ce qui concerne les actes à production principielle, on ne peut les trouver majoritairement que dans une politique à projection et dimension extérieures, et dans la politique extérieure elle-même, dans la mesure où toutes les situations intérieures dépendent évidemment de la grande crise d’effondrement du Système et de la globalisation qui en est la représentation structurée. Par conséquent, la légitimité intérieure notamment s’acquiert à partir d’actes à résonnance extérieure et de la politique extérieure elle-même. (C’est la raison pour laquelle plus aucun dirigeant européen n’a aujourd’hui la moindre légitimité, avec le transfert de souveraineté des nations à des organes supranationaux eux-mêmes dépourvus de la moindre légitimité, aboutissant à des actes extérieurs et des politiques extérieures vidés de toute substance et laissé à l’affectivité et à l’hystérie. La Syrie, bon exemple de ce déchaînement de nihilisme impuissant.)

Erdogan avait construit sa légitimité en développant cette politique extérieure s’orientant vers l’indépendance nationale, l’établissement de liens hors bloc BAO (avec la Russie, avec l’Iran), enfin la rupture avec Israël au nom de la condamnation de l’illégitimité des actions de force israéliennes, caractéristiques de l’“idéal de puissance” qui inspire toutes les velléités d’actes politiques du bloc BAO. Il avait ainsi construit un “modèle turc”, absolument fondé sur les principes de souveraineté et d’équilibre des relations internationales (“idéal de perfection”, selon Guglielmo Ferrero) qui fondaient à leur tour sa propre légitimité. La Syrie a changé tout cela, en découvrant certainement un problème individuel de caractère et de perversion psychologique dans le chef d’Erdogan, interférant gravement sur la brillante dimension collective d’un destin. Le Premier ministre turc a choisi la voie et le camp de l’“idéal de puissance”, avec pour son compte l’affirmation d’ambitions hégémoniques passant notamment par la liquidation de la Syrie dans son état actuel, qui devraient apparaître grotesques dans la perspective et qui l’étaient effectivement dans le détail qu’on en donna (cartes du Moyen-Orient remodelé façon-Erdogan) comme l’on distribue le programme des festivités au début d’une représentation, par exemple au cirque. Erdogan a donc troqué la légitimité qui implique la domestication de la force par l’établissement de l’équilibre des producteurs de force que sont les nations et autres entités, au profit d’une ambition hégémonique relevant effectivement de l’“idéal de puissance” et, dans son chef personnel, d’un déséquilibre psychologique dont l’hubris est une des productions les plus dévastatrices. Le résultat net, absolument paradoxal, a été que la Turquie est retombée, par la voie de l’imbroglio syrien, dans l’orbite du bloc BAO (USA, OTAN, Israël, etc.), avec à la clef des alliances douteuses (avec le Qatar) et des réconciliations complètement perverses (avec Israël, dont une grande partie de l’establishment continue à nourrir une haine féroce à la Turquie malgré, ou à cause de la réconciliation forcée par Obama en avrils dernier).

Notre conviction est que cet aspect puissant de l’évolution turque et de l’évolution d’Erdogan joue un rôle fondamental dans la crise actuelle, où aspects intérieur et extérieur se mélangent pour organiser la perception d’un dirigeant politique légitime perverti dans la délégitimation, et instituer un jugement de condamnation que nourrit la psychologie ainsi orientée. C’est bien la dissolution puis l’entropisation de la légitimité d’Erdogan qui assurait son autorité, qui ont conduit par contraste à l’affirmation d’un autoritarisme illégitime, qui alimente la revendication et la colère populaires. Les conditions de cette évolution catastrophique ont conduit à des situations complètement inverties. Dans la politique syrienne d’Erdogan, on voit le paradoxe grossier et insupportable de ce dirigeant autoritaire et adepte de l’idéal de puissance sacrifier la souveraineté et la sécurité de son pays, notamment sur sa frontière syrienne, aux entreprises douteuses des groupes islamistes installés en Turquie et opérant en Syrie, et même à des bandes du crime organisé, avec actes de violence, pressions contre la population, etc. Il nous apparaît évident que cette situation a contribué décisivement, du point de vue de la perception et par conséquent de l’évolution de la psychologie, à ce que les événements des derniers jours prennent l’ampleur qui est la leur.

L’on voit donc que la crise turque, puisque crise il y a finalement, rejoint la cohorte des autres crises rassemblées et exacerbées par l’“insaisissable guerre syrienne”, comme une des expressions de la crise haute et, plus généralement, de la crise d’effondrement du Système. Par ailleurs, la crise turque introduit dans la même “insaisissable guerre syrienne”, qui l’est ainsi de plus en plus, un nouveau facteur de confusion et d’incertitude en affaiblissant dramatiquement et peut-être en paralysant l’un des acteurs régionaux les plus importants de la coalition anti-Assad réunis par le bloc BAO. Par ailleurs enfin, et pour boucler la boucle, se manifeste la résilience des dynamiques de contestation du Système, car c’est bien le sens que va prendre cet épisode qui semble assurer une sorte de continuité certainement symbolique, et opérationnelle éventuellement, des mouvements type-Occupy, “indignés”, etc.

Turquie : les raisons de la colère de la rue face à l’AKP

euronewsfr

Comment le mécontentement d’une poignée d’activistes qui tentaient d’empêcher l’abattage des arbres du park Gezi à Istanbul a-t-il pu se transformer en une contestation massive contre le gouvernement de Recep Tayyip Ergogan?

L’explosion de colère est sans égale depuis des décennies en Turquie, elle exprime une défiance contre ce que beaucoup parmi les manifestants dénoncent comme un autoritarisme rampant du Premier ministre Erdogan.

Elu avec 50% des voix lors des législatives de 2011, le chef du parti islamiste modéré AKP, impose son hégémonie politique à la société dans tous les domaines. D’ici la fin de son troisième et ultime mandat, en 2015, il veut réformer la constitution pour donner des pouvoirs exécutifs à la présidence du pays et il ne cache pas son intention de se présenter à la présidentielle.

Pendant ces dix années de l’AKP au pouvoir, la Turquie a connu une remarquable stabilité politique et une forte croissance. Pourtant, ces derniers mois une série d’évènements ont mis les laïcs sur le qui-vive.

Fin mai, une centaine de couples se rassemblaient à Ankara pour s’embrasser en public, protestant ainsi contre l’interdiction de se faire des bisous dans le métro de la capitale.

Cette suspicion de vouloir insidieusement islamiser la société turque s’est renforcée avec l’approbation d’une loi interdisant la publicité et limitant la vente d’alcool, il y a quelques jours. Beaucoup de Turcs considèrent cela une intrusion du gouvernement dans la vie privée des citoyens.

Début mai, c’était le personnel de Turkish Airlines qui dénonçait l’interdiction par la compagnie des rouge à lèvres et vernis trop voyants aux hôtesses de l’air, soit-disant à la demande des passagers. Mais pour les syndicats, ce n’est qu’une position politique et idéologique, aucunement une décision motivée par la clientèle.

Et le 15 avril, le musicien et pianiste Fazil Say a été condamné à 10 mois de prison avec sursis pour une série de tweets considérés par la cour comme « insultants à l’égard des valeurs religieuses d’une partie de la population turque ».

Enfin la société turque désapprouve la politique étrangère d’Erdogan concernant la Syrie, selon les sondages d’opinion. Ces manifestants accusent même le gouvernement d’avoir par ses positions entraîné deux attentats à la bombe à Reyhanli, près de la frontière avec la Syrie le 11 mai, ils firent 51 morts.

Pour en savoir plus, nous avons interrogé le Professeur Riva Kastoryano, de l’Institut d’Etudes politiques à Paris.

« Devrim Hacısalihoğlu, euronews : Pour quelle raison le peuple turc organise des manifestations massives contre le gouvernement ?

Riva Kastoryano : Il serait plus juste de dire qu’il y a plusieurs causes, mais pas une seule raison. Au début, il s’agissait d’un mouvement pacifique pour sauver un parc d’Istanbul. La manifestation a débuté dans un cadre écologiste, mais parce que la police turque a attaqué violemment les manifestants, le sens de la réaction a très vite évolué. À présent il semble que toutes les couches de la société turque qui veulent exprimer leur désaffection pour le gouvernement se joignent aux rassemblements.

euronews : Il semblerait que des gens qui n’ont jamais manifesté auparavant descendent maintenant dans la rue.

Riva Kastoryano : « Quand je parle à des gens en Turquie, je vois qu’il y a un réel enthousiasme, une envie de prendre part aux manifestations, même chez ceux qui n’ont jamais participé à un mouvement politique. Il y a des gens issus de tant d’horizons politiques différents. Le mouvement a évolué en quelque chose de moins homogène. Il ne s’agit plus uniquement d’une manifestation de l’opposition. Il y a de plus en plus de dissensions, y compris au sein de la majorité. Ils veulent que le gouvernement tienne compte des manques politiques. Ce n’est donc pas un mouvement qui peut être attribué à une idéologie homogène.

La police turque a trouvé du gaz sarin chez les terroristes d’Al Nosra

Par Bahar KIMYONGUR

Hier matin, à l’aube, la Direction générale de la Sécurité (Emniyet Genel Müdürlügü) a mené une opération à Adana, dans la Sud de la Turquie, contre des cellules de l’organisation terroriste Jabhat Al Nosra, fer de lance de l’insurrection en Syrie.
30 mai 2013

Après avoir saisi plusieurs plans d’attentats, les unités antiterroristes de la police turque ont mené des perquisitions à douze adresses différentes et procédé à des contrôles routiers à divers points d’accès vers la ville.

La police turque a découvert 4 kg de gaz sarin.

Au cours de leur interrogatoire, les terroristes auraient avoué vouloir acheminer le gaz sarin vers les zones de combat en Syrie.

La police enquête actuellement sur les pistes qui ont permis aux terroristes de se procurer cette arme chimique.

Cette information émane du journal Zaman, un quotidien pro-gouvernemental turc. Voir : [1].

Par Bahar KIMYONGUR
30 mai 2013

http://www.silviacattori.net/article4495.html#nb1

 


[1] http://www.zaman.com.tr/gundem_adanada-el-kaide-operasyonu-12-gozalti_2094730.html


Le sénateur McCain venu encourager ses soldats en Syrie

McCain en Turquie, peu de temps avant son entrée en Syrie

McCain en Turquie, peu de temps avant son entrée en Syrie

Tout le monde croit que McCain avait perdu les élections il y a 5 ans et que c’était Obama qui les avait gagnées. Eh bien, non. Obama n’est qu’un figurant. Avec son ‘’Yes we cain’’, les vrais maîtres sont ailleurs. Ce sont entre autres un Dick Cheney qui lui intime l’ordre de laisser tomber Guantanamo, ou un McCain qui conduit les guerres et les subversions étatsuniennes à l’extérieur.

Mc CaïnPendant que l’administration Obama cherche des solutions pour s’en sortir en Syrie, McCain a déjà sa solution. Paix ou pas, accords ou pas accords, il veut en découdre jusqu’au bout.  Son armée, il l’a déjà sur place. Malgré la raclée qu’elle subit, elle reste hautement nocive. Apparemment il n’est pas question pour son clan de déposer les armes. C’est, en tout cas, ce que semble vouloir dire sa petite visite secrète en Syrie, via la Turquie, et sa rencontre (secrète, elle aussi) avec des personnalités de l’ASL. Qu’espère-t-il ? Ses mercenaires ont déjà tout ce qu’il faut : armes, argent, logistique. Malgré cela, ils boivent la tasse. S’ils continuent, ils seront décimés jusqu’au dernier.  Mais, de cela, il s’en fout. Il ne veut peut-être même pas gagner la guerre. Il voudrait juste qu’elle soit sans fin, quitte à aller chercher des mercenaires  à l’autre bout du monde. Alors il est venu remonter le moral de ses boys barbus, comme au bon vieux temps de son Vietnam. Il est venu leur promettre plus d’armes, plus d’argent et plus de logistique, tout ce qu’ils demanderont, mais pourvu qu’ils tiennent.

Finalement, peut-être bien que le monde l’a échappé belle, il y a 5 ans, lors de l’élection d’Obama.

Avic

http://avicennesy.wordpress.com/2013/05/29/le-senateur-mccain-venu-encourager-ses-soldats-en-syrie/