Archives de Tag: Syria

Alep / Syrie : La stratégie de la faim quand toutes les autres ont échoué !

 

Syrie : L’opposition soutenue par les États-Unis dégénère en un conflit interne

« Tendances de l’Orient » CPL-Hezbollah : pour un nouveau document d’entente _ par Pierre Khalaf

JPEG - 33.9 ko

CPL-Hezbollah : pour un nouveau document d’entente

Par Ghaleb Kandil

Après la multiplication des déclarations et des prises de position reflétant une détérioration des relations entre le Courant patriotique libre (CPL) de Michel Aoun et le Hezbollah, beaucoup de Libanais ont retenu leur souffle, craignant un rupture entre les deux partis. Dans certaines chancelleries occidentales et arabes et quartiers généraux de formations libanaises, des célébrations ont commencé et des paris ont été lancés pour fêter le divorce annoncé entre les deux alliés.
Le timing de cette affaire est très significatif, puisqu’il intervient à la veille de la commémoration de la guerre de juillet, au cours de laquelle le soutien du général Michel Aoun à la Résistance contre l’agression israélienne a été l’un des fondements de la victoire historique, aux côtés des sacrifices des résistants. Cet homme de principes a adopté cette position alors que personne ne connaissait encore l’issue de cette terrible guerre et le CPL a ouvert ses régions dans le Metn, au Kesrouan, à Jbeil et ailleurs, pour accueillir les dizaines de milliers d’habitants du Liban-Sud et de la banlieue de Beyrouth, ciblés par la machine de guerre israélienne. Et même les menaces directes de bombarder sa résidence et de le tuer avec les membres de sa famille ne l’ont pas fait reculer. Cette même position de principe, il l’a prise aussi au le début de la guerre universelle contre la Syrie, mettant l’accent sur la priorité de lutter contre le terrorisme takfiriste.
J’ai porté toutes mes inquiétudes et celles de nombreux amis et me suis rendu chez le général Aoun avec qui j’ai eu un échange franc et sincère, comme d’habitude. Le leader du CPL précise d’emblée que le Hezbollah n’est pas la première partie libanaise à s’être impliquée en Syrie. Il estime qu’il a été contraint à prendre cette décision à la lumière des développements sur le terrain, à cause de l’importance de l’ingérence israélienne sur le terrain et de la menace qui pesait sur les lignes de ravitaillements vitales pour la Résistance. La raison invoquée par son ami et partenaire, sayyed Hassan Nasrallah, sur les attaques contre les villages et les régions qui soutiennent la Résistance lui parait aussi un argument essentiel justifiant la décision du Hezbollah de s’engager dans la bataille.
Partant du principe de l’alliance et du partenariat, le général Aoun estime que le projet de construction d’un État dans sa dimension réformiste est l’un des piliers essentiels du document d’entente avec le Hezbollah. Ce processus doit évoluer en parallèle avec les concepts de l’indépendance et de l’immunité nationale, garantis par la résistance, à travers la formule « Armée-Peuple-Résistance ». Il affirme que le CPL a trouvé de nombreux obstacles qui ont entravé les projets de réformes aussi bien en Conseil des ministres qu’au Parlement. De nombreux projets proposés par les députés du CPL n’ont jamais été examinés et c’est l’un des reproches que le général Aoun fait au président du Parlement, Nabih Berry. Ces reproches, exprimés à plusieurs reprises, accompagnés parfois de divergences sur des dossiers internes entre le CPL et le Mouvement Amal, étaient une source d’embarras pour le Hezbollah. Le général Aoun comprend l’importance de la consolidation de l’alliance bilatérale entre le Hezb et Amal et saisit très bien la particularité de la relation entre les deux formations, gérée par de délicates considérations. Il serait superficiel de croire que le Hezbollah peut, lorsqu’il le souhaite, exercer une influence sur le président Berry, qui a ses propres calculs.
En réponse à une question, le général Aoun exprime son attachement aux canaux de communication entre Rabié et Aïn el-Tiné. Il précise, à cet égard, avoir demandé aux membres de son bloc parlementaire et à ses ministres d’évoquer directement avec le président Berry les sujets litigieux et d’éviter de polémiquer à travers les médias.
Le général est confiant que le Hezbollah accorde une grande importance à la situation interne en dépit du fait que le dossier régional occupe une place centrale dans ses stratégies. Il ajoute que l’attention particulière que le CPL accorde aux questions internes vise à initier une dynamique nationale libanaise qui renforcerait le concept de la construction de l’État et de la réforme des institutions. Cela complète les efforts et la lutte du Hezbollah sur les autres fronts régionaux. Michel Aoun est par ailleurs confiant que les réalisations accomplies dans le combat contre le projet de démembrement de la région feraient émerger de nouveaux équilibres internes libanais plus favorables à la logique du changement et de la réforme. Mais il refuse la mentalité attentiste, car il pense qu’il y a beaucoup à faire pour accompagner les grands changements à venir.
Le général Aoun met l’accent sur la nécessité de protéger et de renforcer le précieux trésor né du document d’entente, celui de la rencontre entre les bases populaires des deux partis.
Je suis sortis de ma rencontre avec le général Aoun porteur de beaucoup de réponses satisfaisantes qui ont dissipé les inquiétudes. Mais je continue de craindre une baisse d’enthousiasme et un affaiblissement des relations au niveau de la base populaire, à cause de certaines divergences. Aussi, je m’interroge s’il ne serait pas opportun de compléter le document d’entente par un nouvel arrangement qui couvrirait les questions d’ordre interne, objets de visions différentes de la part du CPL, du Hezbollah, d’Amal et des autres composantes de l’alliance. De ce que j’ai perçu lors de ma rencontre à Rabié et de la grande estime que je sais que le commandement du Hezbollah porte au général Aoun et au CPL, je demande qu’est-ce qui empêcherait l’ouverture d’une réflexion sur tous ces sujets. L’ordre du jour s’imposerait de lui-même : la loi électorale, les nominations, la dimension socio-économique du projet de réforme.
La rencontre entre ces deux partis autour d’une table pour discuter de toutes ces questions ne tient pas du miracle.

L’agression israélienne : une dernière carte suicidaire

Par Ghaleb Kandil

Après les défaites successives subies par l’agression impérialiste contre la Syrie, le soulèvement du peuple égyptien contre le pouvoir des Frères musulmans, en Égypte, a provoqué un grand choc au sein des milieux américano-israéliens. Cela est apparu dans les déclarations et les commentaires confus qui ont suivi la destitution du président Mohammad Morsi par une intifada sans précédent aussi bien au niveau de la mobilisation populaire que des slogans brandis par les millions d’Égyptiens qui sont descendus dans la rue. La première réaction de Washington a été d’inciter l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis à délier, hystériquement, les cordons de la bourse pour remplir de milliards de dollars les caisses du Trésor égyptien.
Les stratèges états-uniens ont pensé que la prise du pouvoir par les Frères musulmans dans certains pays arabes garantirait une nouvelle période d’hégémonie israélo-impérialiste d’au moins dix ans, sous un habit islamiste. Ces prévisions se sont basées sur la tradition religieuse des populations arabes, sur les relations organiques tissées par les Frères musulmans avec les centres de décisions occidentaux ces dernières décennies, et sur des pronostics farfelus annonçant la victoire inéluctable des « Ikhwans » en Syrie et la pérennité de leur pouvoir en Égypte. Ces gouvernements établiraient alors, en coordination avec l’Arabie saoudite, le Qatar et la Turquie, un nouvel axe qui déclarerait la guerre à l’Iran et s’allierait ouvertement à Israël. La fitna serait son principal outil pour détruire l’axe de la résistance dans la région.
La résistance de la Syrie a constitué une puissante gifle qui a faussé les calculs occidentaux. La résilience de la Syrie à l’agression universelle qui la cible est principalement due à la convergence entre une solide volonté populaire, un commandement profondément enraciné dans ses choix nationalistes et une institution militaire idéologique et patriotique. Cette équation a permis de redessiner un nouveau paysage international sur lequel s’est brisée la domination unilatérale des États-Unis.
Après l’échec des cartes qatarie et turque dans l’agression contre la Syrie, l’Occident a jeté dans la bataille ses cartes de réserve saoudienne et jordanienne, basées sur un armement massif des terroristes. Nouvel échec. Le troisième volet du plan était construit sur l’option du déploiement en Syrie d’un contingent militaire palestino-égyptien, à travers le front jordanien.
Alors que la résistance syrienne se raffermissait et que des changements intervenaient dans les rapports de force internationaux, le soulèvement populaire égyptien a éclaté, réduisant à néant les espoirs de Washington et de ses auxiliaires de mettre en œuvre le troisième plan.
La rapidité avec laquelle les pays du Golfe ont apporté une aide financière à l’Égypte s’inscrit dans le cadre d’une mesure préventive visant à empêcher l’établissement d’un nouveau réseau de relations entre Le Caire, Moscou, Pékin et Téhéran. Mais ce n’est qu’une vaine tentative de retarder l’évolution naturelle des nouveaux rapports de force internationaux.
Les Frères musulmans sont sortis du pouvoir et ne sont pas prêts d’y revenir. En Syrie, l’Etat prend le dessus sur les terroristes, et le rôle turc crépusculaire dans le complot contre la Syrie ne sera pas remplacé par une monarchie wahhabite vacillante, minée par les rivalités au sujet de la succession. L’issue suicidaire à cette quadrature du cercle sera-t-elle une agression israélienne contre la Syrie et le Liban ?

Déclarations et prises de position

BACHAR AL-ASSAD, président de la République arabe syrienne
« Les fissures dont nous voyons les conséquences dans notre Histoire contemporaine ont commencé avec l’émergence des Frères Musulmans et se sont s’aggravées depuis l’indépendance en raison du rôle nocif qu’ils ont joué dans un certain nombre de pays arabes, dont la Syrie.
Les Frères Musulmans sont à l’origine de la première fissure, fondamentale, entre l’arabité et l’Islam. Ils ont essayé de créer deux patries : une patrie pour les Islamistes et une patrie pour les nationalistes. Ainsi, la pensée colonisatrice n’a jamais cessé de se manifester au travers de guerres successives, dont la Guerre du Liban, qui avait pour objectif la création d’une patrie pour les Musulmans et d’une autre patrie pour les Chrétiens. C’est là que les conséquences de l’activisme des Frères Musulmans sur le terrain sont devenues plus lisibles, la plus importante et la plus dangereuse d’entre toutes étant la présence d’Al-Qaïda, à laquelle l’Occident n’a pas manqué de prodiguer son soutien sur fond de révolution islamique en Iran ; révolution venue soutenir la cause palestinienne et donc le cœur même de l’identité pour les Arabes.
Cette nouvelle donne les a poussés à s’orienter vers la création d’une nouvelle discorde entre les Sunnites et les Chiites pour démolir la relation entre les Arabes et les Perses ; tandis que le 11-Septembre, l’invasion de l’Afghanistan et de l’Irak consacraient les fissures entre les Takfiristes et toutes les branches de l’Islam (…)
Nous avons pu leur résister jusqu’ici, parce qu’en Syrie existe la conscience d’un peuple capable d’empêcher le plein succès de telles manœuvres (…)
Il est clair que là où règne le chaos, sévit le terrorisme. Ainsi, lorsque l’État afghan s’est affaibli, le terrorisme s’y est développé ; et lorsque l’Irak a été envahi, le terrorisme s’y est propagé.
Des États étrangers en arrivent à le soutenir pour atteindre certains de leurs objectifs. C’est ce qui s’est passé lorsqu’ils ont voulu affaiblir l’État syrien en espérant qu’ils réussiraient à faire fléchir l’immunité historique de ce pays, ses prises de positions, et sa résistance (…)
Est-ce que les actions de ces wahhabites takfiristes ressemblent un tant soit peu aux comportements du Prophète Mohamad ? J’ai d’ailleurs beaucoup discuté de ce sujet avec des dignitaires religieux syriens ou issus des pays du Levant. Le Coran, le Hadith, et la vie du Prophète prêchent le contraire de ce qu’ils font. Le terrorisme est comme le cancer. Si vous lui donnez un coup de bistouri sans pratiquer une exérèse totale, il métastase. Il faut donc l’éradiquer. Mais la guerre n’est pas un moyen suffisant pour réussir son éradication. Il faut y ajouter l’éducation, la culture, la communication et même l’économie (…)
Pour nous comme pour la Résistance et pour tous ceux qui nous soutiennent, la voie est claire. L’étranger pourra continuer à manigancer autant qu’il le voudra. Nous atteindrons nos objectifs autant par notre résistance que par notre immunité intérieure. Nous y arriverons sans jamais hésiter et par nos propres moyens. Ils peuvent toujours continuer à discuter, nous ferons ce que nous jugerons bon dans l’intérêt de la Syrie (…)
L’armée syrienne se bat dans de nombreuses régions du pays, si nous avions eu besoin d’une aide étrangère nous aurions pu l’obtenir. S’agissant de la bataille de Qussair, la question relève plus de la Résistance libanaise que de la situation interne en Syrie. D’autant plus que la ville, située en zone frontalière, est considérée comme l’arrière cours de la Résistance. Une Résistance forte a nécessairement besoin d’une réelle profondeur (…)
En Égypte, il s’agit de la faillite dudit « Islam politique », faillite d’un type de gouvernance que les Frères Musulmans ont voulu vendre non seulement en Égypte… Je dis et je répète que nous n’acceptons pas que l’Islam descende au niveau de la politique
. »

MICHEL SLEIMAN, président de la République libanaise
« Le fait de demander des comptes à l’armée pour les erreurs qu’elle a pu commettre dans le feu des affrontements ne doit pas aller de pair avec une mise en question du rôle national de l’armée, ni ne doit se transformer en campagne politique contre ce rôle que tous reconnaissent et sur lequel toutes les parties comptent, à l’heure où les officiers et soldats se déploient dans toutes les régions et aux frontières. Il faut laisser les erreurs individuelles à l’armée, qui saura prendre les mesures nécessaires aux niveaux judiciaire et militaire. »

CHEIKH NABIL KAOUK, vice-président du Conseil exécutif du Hezbollah
« Les événements d’Abra ont permis de dévoiler la véritable image du Courant du futur qui ne rate aucune occasion pour inciter à la discorde communautaire et dont le rôle, qui consiste à couvrir et à faciliter les projets de discorde, a été révélé au grand jour. Il est honteux que ceux qui ont brandi le slogan ‘Liban d’abord’ en arrivent à œuvrer pour la discorde d’abord. Le Moustaqbal agit de la sorte parce que son plan pour la Syrie a échoué et il essaie de compenser l’échec de ses paris par un embrasement du front libanais. Il prend pour cible l’armée et cherche à couvrir les meurtriers des militaires à Abra, Ersal et Tripoli. Pour le compte de qui essaie-t-il de dénigrer l’armée, le peuple et la Résistance ? Ce parti assume la responsabilité de chaque goutte de sang versée par un officier ou un soldat. Ceux qui font de la provocation, qui arment des individus et qui facilitent des projets de discorde sont complices du crime commis à Abra. Le plus grand péché de ce parti, depuis sa fondation jusqu’à aujourd’hui, est qu’il a recours à l’arme de l’exacerbation confessionnelle qui ne lui sera jamais utile et ne lui permettra pas d’obtenir des acquis politiques au détriment de la Résistance qui est trop forte pour se laisser entraîner sur la voie de polémiques et de provocations communautaires. »

Événements

• Certains on voulu transformer, hier, la réunion de la Commission parlementaire de la Défense et de l’Intérieur en procès contre l’Armée libanaise, voire en une occasion pour placer l’institution militaire dans le box des accusés. Mais la séance s’est transformée en « veillée documentaire » sur le terrorisme du dénommé Ahmad al-Assir et son groupe. Les représentants de l’armée ont ainsi fait visionner aux membres de la commission des enregistrements vidéos montrant clairement comment les affrontements ont éclaté et l’agression des partisans d’al-Assir contre le barrage de l’armée érigé près du périmètre de sécurité de Abra, et comment le cheikh a personnellement donné l’ordre à ses hommes de « mettre en pièce » les soldats après qu’ils eurent refusé de démanteler le check-point, comme il le leur a « ordonné ». Les enregistrements ont été pris par les caméras du périmètre de sécurité. On y voit cheikh al-Assir très nerveux et tendu, ordonnant à l’un de ses adjoints, Ahmad Hariri, de demander aux soldats de démanteler leur barrage. N’ayant pas obtenu satisfaction, Hariri revient vers al-Assir et lui raconte ce qui s’est passé. Le cheikh entre alors dans une grande colère et commence à hurler, demandant à ses partisans de prendre les armes et de se diriger vers le check point pour le démanteler de force. Effectivement, les miliciens se rendent au barrage et commencent à provoquer les militaires en poste, avant des les exécuter, tuant l’officier Samer Tanios et le soldat Rami Khabbaz. Après avoir tué et blessé tous les membres du check-point, ils reviennent vers Ahmad al-Assir, qui avait entretemps revêtu son uniforme militaire, pour lui raconter leurs faits d’armes. Le cheikh a alors hurlé à ses partisans : « Mettez-les en pièce ». Son frère Amjad lui répond : « Je l’ai déjà fais ». Une autre vidéo, filmée deux jours avant les incidents d’Abra, montre al-Assir au barrage de l’armée en train d’insulter les militaires en déclarant : « Bandes d’animaux, on va vous égorger ». Les soldats font preuve d’une grande retenue, évitant de répondre aux provocations.

• Le premier juge d’instruction près le tribunal militaire, Riad Abou Ghida, a interrogé hier neuf personnes suspectées d’être impliquées dans les affrontements entre l’armée et des partisans d’Ahmad el-Assir à Abra. Le magistrat a libéré trois des suspects et émis des mandats d’arrêt contre les six autres. Par ailleurs, le juge d’instruction près le tribunal militaire, Fadi Sawan, a interrogé hier cheikh M. Ch., accusé d’actes terroristes et de transport d’armes, de munitions et d’explosifs en Syrie. Cheikh M. Ch. accompagnait cheikh al-Assir lors de ses visites en Syrie. Un mandat d’arrêt a été émis à son encontre.

Revue de presse

AS-SAFIR (QUOTIDIEN LIBANAIS PROCHE DU 8-MARS)
GHASSEB AL-MOUKHTAR (12 JUILLET 2013)
À en juger par les détails relatifs aux contacts concernant la formation du nouveau gouvernement, les repositionnements politiques, notamment celui de Michel Aoun, ainsi que les déclarations récentes du président du Parlement, Nabih Berry, n’aplaniront pas ipso facto les obstacles qui entravent la formation du gouvernement, d’autant plus que les positions des différentes parties prenantes à cet égard n’ont pas changé d’un iota et que le Courant du futur continue à s’opposer à la participation du Hezbollah au prochain Cabinet. Selon des sources bien informées, la solidarité est toujours de mise entre les composantes de l’alliance Hezbollah-Amal-CPL sur la formation du gouvernement. À en croire les mêmes sources, Nabih Berry aurait jeté la balle dans le camp du président de la République Michel Sleiman et du Premier ministre désigné, Tammam Salam, soit pour les mettre dans l’embarras, soit pour les exhorter à mettre les bouchées doubles et à prendre la décision de mettre en place un gouvernement, soit pour limiter les divergences sur ce dossier entre Salam et Aoun. Le 14-Mars voit d’un mauvais œil les dernières déclarations de M. Berry, les mettant sur le compte d’un jeu de rôle auquel se livrent les forces du 8-Mars.

AS-SAFIR (12 JUILLET 2013)
Des sources qui suivent l’enquête sur l’attentat de Bir el-Abed ont évoqué des indices qui sont actuellement examinés et analysés, tout en refusant d’entrer dans les détails et de préciser où en sont les investigations. Ces sources se sont contentées de dire : « L’enquête se poursuit dans toutes les directions et toutes les options sont prises en compte. »
Mais des sources de sécurité ont fait état de données préliminaires qui sont en train d’être examinées. Selon ces informations, la voiture piégée aurait été garée sur le lieu de l’attentat par une femme aux cheveux blonds (ou teintés en blond) et la chargé explosive, préparée d’une manière professionnelle, dépasse de loin les 35 kg. Cependant, le souffle de l’explosion est allé à la verticale et non pas à l’horizontale. Les mêmes sources indiquent que le choix de l’endroit était de faire le plus grand nombre de victimes possible.

AS-SAFIR (12 JUILLET 2013)
MARLENE KHALIFE
Les observateurs ne sont pas optimistes quant à la capacité du Royaume uni à amener ses pairs européens à changer d’avis concernant l’inscription de l’aile militaire du Hezbollah sur la liste européenne des organisations terroristes. Tout ce que les Britanniques cherchent à obtenir consiste à marquer leur tentative d’inscrire l’aile militaire du Hezbollah sur la liste noire dans le souci de satisfaire les États-Unis et Israël. Les ministres européens des Affaires étrangères débattront de ce dossier lors de leur réunion le 22 juillet à Bruxelles, à l’heure où un revirement clair est survenu au niveau de la position bulgare. En l’absence d’éléments probants incriminant le Hezbollah, toute éventuelle inscription de son aile militaire sur la liste terroristes pourrait faire l’objet d’un recours. Il est difficile de prendre une décision européenne à cet égard sur une base politique.
Un diplomate européen a affirmé dans ce cadre qu’« il n’est pas possible d’accuser le Hezbollah de terrorisme pour sa participation à la guerre en Syrie, vu l’implication de plusieurs autres parties libanaises dans ce conflit ». Cette question, soulevée en février dernier, refait surface aujourd’hui en raison des pressions US soutenues exercées sur l’UE, plus particulièrement sur la France, pour la conduire à adhérer à la décision britannique. Selon les informations provenant de canaux diplomatiques bien informés, les États-uniens auraient demandé aux Européens, avec insistance, l’inscription de l’aile militaire du Hezbollah sur la liste UE des organisations terroristes, y voyant une mesure plus importante que la levée de l’embargo sur les armes à destination de l’opposition syrienne. Un expert dans les affaires européennes souligne toutefois que les Européens s’interrogent sur l’utilité de l’inscription du Hezbollah sur la liste noire et sur l’intérêt de l’Europe de prendre une telle mesure. Un autre diplomate s’est demandé ce que gagnerait l’Europe à fermer des canaux de dialogue avec le Hezbollah.

AS-SAFIR (10 JUILLET 2013)
Le président du Parlement, Nabih Berry, a déclaré que l’attentat de la banlieue sud de Beyrouth doit accélérer, plus que jamais, la formation d’un gouvernement d’union nationale. Les efforts pour la formation du gouvernement se sont intensifiés, hier. Le Premier ministre désigné, Tammam Salam, a reçu l’ancien Premier ministre, Fouad Siniora, et un émissaire du président de la République, l’ancien ministre Khalil Hraoui.
Le président Berry a dit à M. Salam que le mouvement Amal et le Hezbollah négocieront avec lui la part des chiites au sein du nouveau cabinet indépendamment du chef du Courant patriotique libre (CPL), le général Michel Aoun. « Nous transmettrons à M. Salam une longue liste de candidats pour les postes ministériels dans laquelle il pourra puiser », a-t-il dit. Le président de la Chambre a indiqué qu’il existe d’importantes divergences entre M. Aoun et les autres composantes du 8-Mars, « notamment au plan interne ». « Dès aujourd’hui, chacun est libre de ses choix concernant le gouvernement ou même le Parlement, a dit M. Berry. J’ai déjà fait part de cela au ministre Gebran Bassil ». « L’accord stratégique concernant la résistance et le conflit contre Israël tient toujours », a-t-il ajouté.

AN-NAHAR (QUOTIDIEN LIBANAIS PROCHE DU 14-MARS)
(12 JUILLET 2013)
Suites aux propos faisant état d’une facilitation de la mission du Premier ministre désigné, Tammam Salam, et de la déconnexion entre le tandem chiite et le Courant patriotique libre, aucun indicateur positif ne s’est manifesté présageant la naissance du gouvernement. Des sources suivant de près le dossier gouvernemental font remarquer que M. Salam n’a toujours pas obtenu de Nabih Berry une liste de ministrables représentant le Hezbollah et le mouvement Amal, tel que convenu.

AN-NAHAR (12 JUILLET 2013)
RADWAN AKIL
Le chef des Forces libanaises, Samir Geagea, a réitéré son refus de la participation du Hezbollah au nouveau gouvernement en raison de son implication en Syrie. Il a par ailleurs estimé que l’attentat qui a visé la banlieue sud nécessite la formation rapide d’un gouvernement, quitte à ce qu’il ne bénéficie pas de l’aval du Hezbollah.

AN-NAHAR (9 JUILLET 2013)
Les milieux de la commission ministérielle chargée du suivi du dossier des otages libanais détenus en Syrie ont indiqué que les négociations menées par le directeur de la Sûreté générale, Abbas Ibrahim, avec les ravisseurs, ont abouti à un accord quasi-définitif. L’arrangement conclu prévoit la libération des neuf otages en deux temps, en contrepartie de la libération par les autorités syriennes des détenues réclamées par le « Bataillon de la tempête du nord ». Dans un premier temps, quatre ou cinq otages libanais seront remis en liberté alors que la moitié des prisonnières syriennes seront relaxées. La deuxième phase devrait avoir lieu peu de temps après la première étape.
Les mêmes milieux n’ont pas évoqué la date de la mise en exécution de cet accord de crainte que des imprévus de dernière minute ne viennent le compromettre.

AL-AKHBAR (QUOTIDIEN LIBANAIS PROCHE DE LA RESISTANCE)
MAYSAM RIK, (12 JUILLET 2013)
La députée Bahia Hariri n’est plus la même après la bataille d’Abra et a commencé à refaire ses comptes politiques. Les personnalités du 14-Mars qui lui ont rendu visite ont été surprises de constater qu’elle n’est plus une députée au Parlement, et est devenue le véritable leader du Courant du Futur. Ces mêmes personnalités s’étonnent également de l’offensive de Bahia Hariri contre l’Armée libanaise et les Brigades de la résistance, quelques jours après les accrochages à Abra, et l’inscrivent dans le cadre d’une réaction de la députée, qui a été tenue responsable de ce qui s’est passé dans sa ville.

AL-AKHBAR (12 JUILLET 2013)
Des sources du Hezbollah assurent que la relation entre le parti et le Courant patriotique libre (CPL) est stratégique, et si des divergences peuvent apparaitre autour de dossiers libanais internes, cela est tout à fait naturel entre des « alliés libres » car cette alliance « n’est pas dirigée par une ambassade ou une partie étrangère ».
D’autres sources du 8-Mars ajoutent que le général Michel Aoun « n’est en rien différent des autres composantes de cette alliance sur le plan politique ». Concernant la Résistance, les positions du leader du CPL sont aussi stables que celles du 8-Mars et sa vision concernant « l’offensive takfiriste dans la région est claire et solide ». Une autre source souligne que le secrétaire général du Hezbollah, sayyed Hassan Nasrallah, ce cesse de répéter que « la Résistance a une dette envers le général Aoun et a confiance en lui ».
Les alliés du Hezbollah indiquent que les divergences avec le général Aoun au sujet de la prorogation du mandat du commandant en chef de l’Armée sont « vraies et naturelles. » Le chef du CPL estime que ce poste, dédié aux maronites, ne peut être pourvu sans consultations préalables avec lui. Cela est d’autant plus vrai lorsqu’il s’agit de ses alliés.
Pour sa part, le souci du Hezbollah est de préserver sa relation avec le général Aoun tout en sauvegardant l’unité de la scène chiite (en allusion à la relation avec le président du Parlement Nabih Berry). Concernant spécifiquement la question de Kahwaji, le Hezbollah a de nombreuses préoccupations et il n’a peut-être pas accordé à cette affaire l’importance qu’elle méritait, sa priorité étant de protéger l’institution militaire et son efficacité. De plus, le Hezbollah juge que la situation de l’armée sous le commandement de Jean Kahwaji est « bonne » et il n’est pas possible de trouver un remplaçant dans les circonstances actuelles caractérisées par de profondes divisions internes.

AL-AKHBAR (12 JUILLET 2013)
ROULA IBRAHIM
Au lendemain du tir des deux roquettes contre la banlieue sud de Beyrouth, le 26 mai dernier, le chef du Parti socialiste progressiste (PSP), Walid Joumblatt, a passé une de ses pires nuits. Il a senti l’étau de la fitna se refermer autour de son cou. Contrairement à ce qu’il croyait, il a réalisé que la sécurité de la région d’Aley n’était pas du tout sous contrôle. Aussi, a-t-il rappelé la « vieille garde », remplaçant le responsable du PSP à Aley, Wissam Kadi —qui couvre la région de Chabar al-Gharbi, Beissour, Keyfoun, Aïtate, Choueifat et Bchamoun—, par son prédécesseur, Zahi Ghosseini. Surnommé Abou Ayad, ce dernier occupait dans le passé des fonctions militaires et est susceptible de mieux tenir le terrain dans les villages délicats, limitrophes aux zones d’influence du Hezbollah.
Par ailleurs, et conformément à un arrangement conclu dans le cadre d’une commission conjointe, le PSP inspecté avec des responsables du Hezbollah la région d’Aley, notamment les collines de Ras el-Jabal, 8-8-8 et Aïtate, ainsi que toutes les localités surplombant Beyrouth. Soulignons que la coordination sur le terrain entre les deux partis avait été suspendue il y a six mois, suite à la tension provoquée par le fait que M. Joumblatt accueillait dans la montagne des opposants syriens. Mais les structures de coordination ont été rétablies. D’autre part, le PSP a repris les patrouilles dans les régions de Choueifat et Deir Qoubel, sous prétexte de vouloir protéger les villages. Après une interruption de deux ans, depuis le début de la crise syrienne, le PSP a par ailleurs repris, sous l’impulsion de M. Joumblatt, les contacts avec le Parti syrien national social (PSNS), pour discuter des questions sécuritaires dans la région. Mais le PSNS a exprimé des réserves, exigeant que les discussions portent sur toutes les questions, y compris celles des services et du développement. Le chef du PSP a accepté ces conditions et, effectivement, plusieurs réunions bilatérales ont eu lieu, notamment à Choueifat.
Enfin, M. Joumblatt a opéré une ouverture vers des hommes de religion druzes qui ne tournent pas dans son orbite, mettant l’accent sur la nécessité de renforcer l’unité de la communauté.

AL-AKHBAR (11 JUILLET 2013)
HASSAN OLLEIK
Des sources sécuritaires et politiques indiquent que le directeur de l’antenne de la CIA au Liban aurait remis aux services de renseignement libanais relevant de l’armée et des FSI plusieurs rapports contenant des informations extrêmement sensibles. Selon le 1er rapport, un groupe affilié à Al-Qaïda aurait fabriqué deux charges, de 7 tonnes chacune, avant de les mettre à bord de camions afin de les faire détoner. Ces explosifs auraient été destinés à être utilisés contre des bâtiments de la banlieue sud et l’attentat aurait censé être exécuté par des kamikazes appartenant à un groupe lié à Al-Qaïda et actif en Syrie. Un 2ème rapport dû à la CIA aurait indiqué qu’un groupe rattaché à Al-Qaïda aurait fait entrer au Liban 2 tonnes d’explosif destinés à être utilisés dans des attaques contre l’Armée libanaise, le Hezbollah, les ambassadeurs saoudien et koweïtien à Beyrouth et contre des diplomates russes et chinois. Quant au 3ème rapport remis aux services de renseignement libanais par la CIA, il contiendrait des informations détaillées concernant le responsable des tirs de de roquettes menées du territoire syrien sur Baalbeck. Il s’agirait d’un ressortissant syrien, chef d’un groupe armé dans les régions situées à l’ouest du Rif de Damas.
Ces informations étaient au menu de la réunion tenue jeudi dernier au Palais de Baabda sous la présidence du chef de l’État, et en présence du Premier ministre sortant Nagib Mikati, des ministres de la Défense, de l’Intérieur et des Télécoms, ainsi que des responsables sécuritaires.

AL-AKHBAR (11 JUILLET 2013)
Selon un député aouniste « le Courant patriotique libre (CPL) ne constitue pas l’une des principales composantes du 8-Mars et n’a jamais été au cœur de ce camp pour sortir de ses rangs. Par conséquent, les déclarations de Nabih Berry faisant état de la suspension de l’alliance du 8-Mars n’ont pas de sens ». Cependant, d’autres sources politiques liées au CPL soulignent que les dernières positions de Berry ne signifient aucunement que le tandem chiite acceptera de participer à un gouvernement dont le Bloc du Changement et de la Réforme ne fera pas partie. De son côté, le député CPL Nabil Nicolas a considéré que les déclarations du chef du Législatif ont soulagé son parti qui demande à être représenté au sein du gouvernement proportionnellement à sa taille parlementaire. Il a toutefois souligné qu’il n’existe pas de dissensions au sein du 8-Mars.

AL-AKHBAR (11 JUILLET 2013)
JEAN AZIZ
Aussitôt après la désignation de Tammam Salam pour la formation du gouvernement, l’ambassadeur saoudien est apparu sur la chaîne Al-Manar, donnant l’impression qu’un printemps libanais se profile à l’horizon. Mais, très vite, Riyad a émis ses ordres : « Non à la participation du Hezbollah au gouvernement ; non à la représentation des forces politiques proportionnellement à leur taille parlementaire au sein du nouveau cabinet ». De même, à la suite de l’exploit réalisé par l’armée à Abra et de l’entente sur l’ordre du jour de la séance parlementaire, notamment le point relatif à la prorogation du mandat de Jean Kahwaji, l’Arabie saoudite a retourné sa veste, en considérant la séance en question anticonstitutionnelle. Le sentiment de peur éprouvé par les sunnites dans le contexte actuel rappelle les appréhensions similaires vécues par les chrétiens en 1975 et 1990. Riyad doit opter pour l’ouverture et le dialogue avec les autres composantes de la scène libanaise, notamment avec Michel Aoun, Walid Joumblatt et le Hezbollah, pour éviter la réédition du scénario de 1975 lorsque les chrétiens ont choisi d’avoir recours à la violence.

AL-AKHBAR (10 JUILLET 2013)
IBRAHIM AL-AMINE
La logique des choses ainsi que des données et des estimations politiques et sécuritaires ont abouti, de longue date, à la conclusion suivante : une partie déterminée, dont l’identité n’est pas tout à fait un mystère, se prépare à commettre une série de crimes au Liban, en prenant pour cible directe les zones soumises à l’influence du Hezbollah, lequel n’était pas sans savoir que des parties arabes et internationales, voire libanaises, allaient appuyer de tels actes de violence. En lisant entre les lignes des réactions libanaises à l’attentat de Bir el-Abed, on constate qu’une partie donnée au Liban prête main-forte aux ennemis de la résistance pour s’en prendre à elle. Preuve en est le discours de plus en plus véhément qui s’élève contre le Hezbollah et le présente comme source de danger aussi bien pour son public que pour le reste des Libanais. Cette charge s’accompagne d’une campagne sans précédent menée dans le but de rompre toute forme de contact social, politique, culturel et personnel entre sunnites et chiites. Cette partie libanaise ne cesse de solliciter ses partenaires extérieurs afin qu’ils la soutiennent dans cette équipée anti-Hezbollah. Il est désormais chose normale de requérir le soutien de l’Occident, d’Israël, de tous les groupes takfiristes et des gangs de tous bords. Plus encore, cette même partie se met à présent à cautionner le criminel et à justifier son acte, tout en l’encourageant à recommencer, tant que la résistance n’aura pas fait les concessions requises aux plans libanais et régional. Les composantes libanaises de la partie incriminée ont perdu tout sens des responsabilités, dans la mesure où elles ont désormais pour unique souci de rester dans les bonnes grâces de l’Occident et de s’assurer que leurs maîtres ne les accusent pas d’avoir échoué à mener à bien cette mission pour la énième fois.
Dans cette atmosphère, il serait utile de revenir au 8 mars 1985, lorsqu’une puissante explosion a secoué l’artère principale de Bir el-Abed. La charge explosive visait à l’époque feu Sayyed Mohammed Hussein Fadlallah. Mais près de 90 habitants de la région y ont péri. Quelque temps après, l’enquête a permis d’identifier les exécutants de ce massacre. Il s’agissait d’un groupe de Libanais directement liés à la CIA. Plusieurs années plus tard, un autre pan de la vérité a été dévoilé dans un ouvrage du célèbre journaliste états-unien Bob Woodward, qui a révélé que « la CIA a obtenu de la part de l’Arabie saoudite un financement pour nombre de ses opérations à l’époque » et que « le trait d’union entre le régime saoudien et les renseignements US n’était autre que l’ambassadeur du roi à Washington, Bandar Ben Sultan, qui aurait transféré 3 millions de dollars vers un compte bancaire secret en Suisse afin de financer l’opération qui aurait été convenue par les deux parties ». Un nouveau crime a été perpétré, à quelques dizaines de mètres de celui commis il y a 28 ans. Ses commanditaires et ses exécutants doivent craindre, où qu’ils se trouvent, les foudres du Hezbollah, dont la force de dissuasion n’est plus à prouver.

L’ORIENT-LE JOUR (QUOTIDIEN LIBANAIS FRANCOPHONE PROCHE DU 14-MARS)
SCARLETT HADDAD (13 JUILLET 2013)
Une source proche du Hezbollah estime que si, lors du déclenchement des événements de Syrie, la confusion régnait, aujourd’hui il est possible de voir clairement les développements. La source explique qu’il est maintenant clair que les Américains et les Européens, ainsi que les Israéliens sont derrière ce qui se passe en Syrie depuis le début. Ils considèrent en effet qu’ils ont un seul ennemi dans la région dont la tête est l’Iran, le corps la Syrie, et les bras et les jambes le Hezbollah et le Hamas. Ils ont commencé par tenter de couper les membres de cet ennemi en menant une guerre contre le Hezbollah en 2006 puis une autre contre le Hamas en 2009. En vain. Ils ont alors cru pouvoir s’en prendre à la tête en songeant à une attaque des sites nucléaires puis en multipliant les sanctions économiques. En vain. Ils ont alors décidé de porter un coup au corps, c’est-à-dire à la Syrie, dans le but de détacher la tête des membres et de les rendre ainsi inefficaces. Ils ont donc profité de ce qu’il est convenu d’appeler « le printemps arabe » en Égypte et Tunisie, et surtout après l’expérience libyenne, pour lancer un mouvement similaire en Syrie.
C’est ainsi qu’ont commencé les premières manifestations pour des revendications démocratiques. Ceux qui ont élaboré le plan ont cru que le régime de Bachar el-Assad est fragile et qu’il tomberait rapidement. Mais en voyant que les manifestations ne parvenaient pas à mobiliser une foule nombreuse, ni à se doter d’une place symbolique pour mettre la pression sur le régime, les parrains du projet ont opté pour la révolte armée. C’est dans ce contexte que l’ancien émir du Qatar avait déclaré en 2011 que le « mois de ramadan serait sanglant cette année en Syrie et que le régime sauterait à la fin du mois ».
Les événements n’ont pas évolué dans ce sens et les ennemis du régime ont alors décidé d’utiliser la carte du Conseil de sécurité pour couvrir une opération militaire limitée ou la création d’une zone d’exclusion aérienne. Mais ils se sont heurtés à l’opposition ferme de la Russie et de son alliée la Chine. Ils ont alors eu recours à la fibre religieuse et confessionnelle, la seule en mesure de mobiliser les foules et d’attirer les combattants. C’est ainsi qu’à la suite des appels au jihad lancés par plusieurs ulémas extrémistes, dont cheikh Youssef Qardaoui, les jihadistes de l’islam ont afflué vers la Syrie, venus de tous les coins du monde, grossissant les rangs de l’opposition au point de devenir le véritable noyau dur sur le terrain. Ce dernier plan a réussi puisque les jihadistes se sont montrés des combattants féroces, ne craignant pas la mort, puisqu’elle est la porte vers le paradis. Toutefois, leur mode de vie et leurs pratiques ont rapidement commencé à choquer la population syrienne elle-même qui a vite déchanté de l’opposition, ainsi que les parrains occidentaux qui ne peuvent pas couvrir de tels actes, ni une opposition islamiste que par ailleurs, ils combattent au Mali et qui a multiplié les attentats contre eux en Libye et en Afghanistan. Il y a bien une tentative de rectifier le tir et de pousser l’Armée syrienne libre à reprendre l’initiative et à chasser les islamistes, mais pour l’instant, il n’y a eu aucun développement significatif sur le terrain dans ce sens.
Au contraire. Les reportages et les analyses se multiplient dans les médias occidentaux pour évoquer l’affaiblissement de l’opposition, ses divergences internes et son incapacité à reprendre l’initiative, face aux forces du régime qui sont en train de gagner du terrain. D’ailleurs, après avoir exigé le départ du président syrien Bachar el-Assad, l’Occident se fait aujourd’hui plus discret sur la question, tout en se déclarant prêt à une solution politique négociée. C’est ainsi qu’a été lancée l’idée de la conférence de Genève 2. Mais le problème, comme l’a déclaré le nouveau chef de la CNS, Ahmad al-Jarba, c’est que l’opposition ne souhaite pas participer à cette conférence dans cet état de faiblesse. Il faut donc lui permettre de remporter une victoire sur le terrain pour qu’elle puisse y participer. Mais comment ? L’afflux d’armes et de fonds est surtout en train de profiter aux extrémistes d’al-Nosra, qu’aucun pays occidental ne peut couvrir officiellement.
Dans ce contexte, la source proche du Hezbollah précise que le principal souci de l’Occident est aujourd’hui d’empêcher le régime syrien de remporter une victoire éclatante. Le compromis devrait donc reposer sur l’équation suivante : pas de grande victoire ni de grande défaite pour amener le régime et l’opposition à conclure un accord. Mais pour l’instant, rien n’indique qu’on s’approche d’une telle situation. C’est pourquoi le sang continue de couler, le régime voulant écraser l’opposition et celle-ci espérant encore changer la donne sur le terrain. La prochaine échéance politique sérieuse devrait avoir lieu en septembre, lors du sommet du G20. D’ici là, la violence devrait donc continuer…

Révolution égyptienne, suite ou fin?

Pour qu’il y ait contre-révolution, il faudrait qu’il y ait eu une révolution.

 

Le processus vers le changement qui a abouti au renversement de Moubarak il y a deux ans et à la chute de Morsi ces derniers jours a commencé depuis longtemps. Il a laissé des traces pour qui veut bien les relever sur les pages de l’histoire de la dernière décennie.

Le nombre de grèves et de protestations n’a cessé de s’amplifier depuis 2005. Il a culminé en 2008 lorsque le prix des denrées alimentaires, sous l’effet des opérations spéculatives d’un capital financier qui a fui les produits dérivés adossés aux crédits hypothécaires pour les matières premières et l’agro-alimentaire, ont flambé alors que les salaires minima étaient bloqués depuis 1984 à 25 $ mensuels. En avril 2008, les grèves dans le textile à Mahalla al Koubra avaient créé un précédent inouï, la rue demandait déjà la chute du régime. À cette occasion, les travailleurs s’étaient affranchis de la tutelle des syndicats officiels liés au parti de Moubarak.

En résonance avec cet événement qui a servi de matrice au soulèvement de janvier 2011, 23 000 ouvriers se sont mis en grève dans ce même secteur du textile en juillet 2012. Ils exigeaient l’amélioration de leurs conditions de travail, la revalorisation de leurs salaires et le licenciement des cadres corrompus.

 

Du point de vue social, qu’a donc fait le gouvernement Morsi et surtout quel espoir a-t-il donné à une jeunesse affectée par un taux de chômage estimé à largement plus de 25%?

 

La consultation référendaire de décembre 2012 pour l’adoption de la nouvelle Constitution a été précédée par de nombreuses manifestations qui ont donné lieu à des heurts avec la police. Peu d’électeurs se sont déplacées, environ 30% de participation, et moyennant quelques manipulations semble-t-il dans les urnes, elle a été adoptée avec 60% des voix exprimées.

Trente ans d’absolutisme, d’humiliations, d’un État fondé sur une police pléthorique avec 1,5 millions de policiers très qualifiés en corruption et en torture, un an d’insurrections, d’émeutes, de rassemblements, de grèves, des milliers de blessés et de morts pour “ça”.

 

Le texte précise que la source principale de la législation serait la loi coranique sans que ne soit explicitée la liberté de culte pour les minorités religieuses.

Mais surtout il ne garantit pas la liberté d’expression, il confie à la police sans restrictions explicites la tâche de veiller à la moralité publique.

Il prévoit que sera fixé un salaire maximum, lequel pourra souffrir des exceptions que prévoira la loi (article 14), mais en aucun cas la Constitution n’établit le principe d’un salaire minimum. L’article 15 proclame le principe de la justice pour les travailleurs agricoles mais ne se prononce pas sur le plafonnement de l’étendue de la propriété agraire latifundiaire.

L’article 26 relatif à l’impôt est très évasif, il n’établit pas de connexion entre le niveau de revenus et les contributions fiscales.

Les libertés syndicales sont très restreintes, un seul syndicat par catégorie professionnelle est autorisé (article 53).

Nulle part n’apparaît la responsabilité du gouvernement devant la Chambre des Représentants.

Dans nombre d’articles, la Constitution laisse la part belle aux militaires. En particulier, le 197 réserve au Conseil de Défense Nationale la discussion du budget militaire. Il est constitué de sept civils et de huit militaires.

Ce type de dispositif annonce clairement qu’il ne prend pas la peine pas de faire des promesses qui ne seront pas tenues, comme c’est le cas des démocraties représentatives à l’occidentale. Les prêches dans les mosquées assimilaient l’acquiescement au texte constituant à un devoir religieux. Pourtant le texte élaboré en trois mois par un conseil dominé numériquement par les Frères et d’où se sont rapidement retirées les personnalités de gauche et les laïcs n’a été validé que par 20% des électeurs. Ce piètre score annonçait la poursuite des protestations.

 

Morsi, son gouvernement et sa Constitution n’ont de musulman que le nom et rien de démocrate. L’un des principes économiques et donc politiques les plus cités dans les versets coraniques concerne l’interdiction absolue du prêt avec intérêts. L’autre concerne les jeux de hasard et spéculatifs.

 

La Bourse du Caire n’a pas été menacée dans les activités spéculatives.

Quémander des rallonges de prêt au Qatar, au FMI, à l’UE et aux Usa ne peut que conduire à des réformes qui privatisent des pans résiduels dans le service public pour obéir aux injonctions des prêteurs.

Le gouvernement précédent oeuvrait de même : Élargir et approfondir une dette impossible à rembourser vis-à-vis de puissances qui imposent leur politique économique (et dictent les alliances internationales), anémier jusqu’à leur disparition toutes les structures qui organisent une solidarité nationale.

 

Il avait fallu des semaines de protestation après la chute de Moubarak pour que soient tenues les élections législatives. Jusqu’au bout, le Conseil Suprême des Forces Armées menaçait implicitement de ne pas valider l’élection présidentielle.

 

On a cru un instant que le premier Président élu de l’Égypte s’était affranchi de la tutelle de l’armée quand il avait remercié le Maréchal Tantaoui, ministre de la Défense pendant 20 ans et chef du CSFA en août 2012. Mais les plaintes déposées auprès de la justice militaire contre l’armée pour sa répression dans la très lourde répression des manifestations n’aboutissent pas. La Constitution lui assure un pouvoir législatif et une grande autonomie financière et politique.

 

On a également espéré une ouverture permanente du terminal de Rafah qui permettrait aux emprisonnés de Gaza de se sentir des humains comme les autres. Le passage par le poste frontière a été aléatoire et le gouvernement craignant des actes ‘terroristes’ a noyé de nombreux tunnels qui demeurent la seule voie à peu près assurée pour les marchandises et les humains.

l était attendu que le traité de paix avec Israël soit dénoncé.

Il n’en a rien été. Dès le 1,3 milliard de dollars accordés par les Usa à l’armée, véritable arbitre du pouvoir et détentrice d’une part considérable de l’économie nationale, on apprenait que le gouvernement Morsi rompait les relations diplomatiques de l’Égypte avec la Syrie.

 

6 millions d’Égyptiens, selon une estimation basse, sont sortis dans la rue le dimanche 30 juin, jour travaillé.

Après deux années de lutte, ils n’ont obtenu ni dignité, ni liberté, ni pain.

Les raisons de la colère se sont même amplifiées car la révolution tant espérée n’a pas abouti.

Le travail d’accouchement de l’histoire se poursuit.

Il est urgent de ne pas y voir la main invisible ou apparente d’un Deus ex machina qui manipulerait 22 millions de Tamarridoune (1) pleins de fureur et bouillonnant d’impatience pour une vie plus digne.

D’abord et avant tout, la solution à venir devra éviter de réemprunter le chemin du capitalisme libéral qui ne profite qu’à ceux qui captent pour leur compte la dette contractée à l’extérieur. Pour l’extrême majorité, elle signifie absence de services publics, pauvreté et chômage.

L’Égypte devrait développer une économie productive intégrée régionalement et renoncer à vivre exclusivement de la rente pétrolière indirecte. Les revenus du canal de Suez par lequel transitent 40% du pétrole aux mains des Séoud et 20% de l’or noir iranien restent très inférieurs aux flux financiers générés par les travailleurs égyptiens émigrés dans les pays arabes gros producteurs.

Quand ce qui est à parcourir est si difficile, un chef charismatique explique le projet qu’il formule pour son peuple, il le soulève d’enthousiasme et obtient son adhésion.

Les Frères n’ont pas élaboré une vision d’avenir pour l’Égypte, et Morsi n’a pas la compétence ni le talent d’un rassembleur.

Désormais, les peuples ne se contentent pas de ce TINA (2) qui leur a été servi ces dernières décennies, au Brésil comme en Turquie comme en Grèce et au Portugal.

La fin de ce Système englobant la moindre activité humaine et l’incorporant dans le circuit marchand mondial, est sifflée.

 

Badia Benjelloun

Notes

 

(1) Le substantif Tamarroud veut dire rébellion, Tamarridoune, les rebelles.

(2) There Is No Alternative de Margaret Thatcher

http://www.dedefensa.org/article-r_volution_gyptienne_suite_ou_fin_08_07_2013.html

Le bordel patiemment globalisé du bloc BAO

«Ils envoient leur conscience au bordel et tiennent leur contenance en règle», disait fameusement Michel Eyquem de Montaigne, – cela, tout de même, pour nous couvrir de l’accusation de l’emploi d’un mot un peu trop leste. Cela donnerait pour notre compte, pour décrire la situation générale : “Ils envoient la vérité au bordel et tiennent leur contenance en narrative”. La différence, dans tous les cas, est au moins dans la dimension de la chose : avec nous, le bordel est globalisé.

La conjonction des événements, c’est-à-dire des crises essentiellement suscitées par l’activisme en tous sens du bloc BAO, réserve nécessairement des surprises révélatrices et, somme toute, plus réjouissantes que désagréables. On veut dire par là que les automatismes des contradictions internes sont toujours réjouissants quand ils forment une part essentielle de la description de la situation. Ainsi en est-il et en sera-t-il de plus en plus dans la situation des relations internationales marquées, d’une part, par l’existence de plus en plus prégnante et contraignante d’une infrastructure crisique, d’autre part, par une politique-Système dénuée de toute orientation principielle, ne répondant qu’à des impératifs déstructurants-dissolvants complètement détachés de considérations de cohérence et de logique constructive, et par conséquent en constant état d’antagonisme avec les différentes crises de l’infrastructure crisique, les unes après les autres ou plusieurs en même temps, les nouvelles après les vétéranes et bientôt avec les vétéranes entrées dans une nouvelle phase éruptive après les nouvelles.

Ces “surprises révélatrices” qu’on signale plus haut sont, elles, complètement dans la logique de situations ainsi conduits à des occurrences complètement contradictoires et antagonistes. On en trouve désormais tous les jours, et même plus encore… Le même jour, on en trouve la manifestation majeure dans deux circonstances, c’est-à-dire deux crises récentes et encore en phase éruptive, qui se sont superposées l’une à l’autre.

• Le premier cas est celui de la situation égyptienne. La chute du président Morsi, soutenu si longuement par les aubades extérieures pour figurer la disposition vivante du miracle démocratique en Égypte, est le résultat d’une action de l’armée égyptienne qui constitue dans la lettre et dans l’esprit de la lettre un “coup d’État”, et que certains, très artistes dans l’art de la dialectique, s’emploient à désigner comme “une décision”. (Voir le commentaire du Ron Paul Institute du 7 juillet 2013 : «The hypocrisy of the US administration on these events in Egypt is stunning. As the New York Times reported: “President Obama urged the military to move quickly to return Egypt to a democratically elected government, saying, ‘We are deeply concerned by the decision of the Egyptian Armed Forces to remove President Morsi and suspend the Egyptian Constitution.’ The president notably did not refer to the military’s takeover as a coup – a phrase that would have implications for the $1.3 billion a year in American military aid to Egypt.” Well, Egypt had a democratically-elected government, but it was overthrown by the US-funded Egyptian military!») Par conséquent, le sort de Morsi, renvoyé et accepté au moins momentanément aux oubliettes, est largement entériné, au nom des intérêts stratégiques du Pentagone et des souhaits israéliens qui veulent que les militaires égyptiens continuent à recevoir leur aide annuelle des USA pour les empêcher de changer d’attitude vis-à-vis du traité de paix Égypte-Israël. (Sans parler des avis encore plus autorisés et avancés, qui décrivent “la décision” de l’armée égyptienne comme un “coup” évidemment fomenté par les USA.) Bref, cela signifie que le bloc BAO, les USA assurément, prennent la nouvelle situation à leur compte… Le résultat le plus assuré, – si l’on s’en est avisé en attendant de mesurer ce que devient le sort de l’Égypte, – est qu’il s’agit d’une défaite majeure pour les rebelles syriens que soutiennent le bloc bAO et les USA, et une victoire pour Assad, comme le résume Antiwar.com le 6 juillet 2013.

«Western-backed Syrian Islamist rebels are facing a major setback this week that didn’t even happen on their own territory. The coup in Egypt ousted an Islamist president who was outspokenly sympathetic to them, and has left Syria’s own opposition blocs in even more of a shambles than they already were. Under President Morsi, Egypt’s government permitted its citizens to go a-jihading into Syria, and Morsi even appeared at rallies where they were encouraged to do so. That decision was seen as a factor in the coup, and the new junta is likely to keep fighters from flowing into Syria.

»But the bigger problem is the Syrian National Coalition, which is still unable to settle on a leader and now seems even more rudderless, as the Syrian Muslim Brotherhood dominates the coalition, and the group is reeling from the loss of its Egyptian counterpart, whose members are being arrested en masse.»

• Prise avec l’élégance qu’on lui connaît entre le respect vertueux de ses engagements de servilité vis-à-vis des USA d’une part, et la considération vertueuse des protestations et autres clameurs émises lors de la mise à jour publique de “tout ce que le monde sait” (l’espionnage intensif et massif de tout ce qui chuchote, parle et écrit sur la planète, dont l’UE, par la NSA) d’autre part, l’UE a donc reporté sa décision de reporter les conversations USA-UE sur un grand marché transatlantique au prix modique de l’établissement de négociations parallèles sur les susdites pratiques de surveillance. Mais cette décision s’est heurtée au veto décidé et décisif du Royaume-Uni, pour l’excellente raison que ce Royaume-Uni, qui fait partie de l’UE surveillée et écoutée par la NSA, fait aussi partie du réseau NSA qui surveille et écoute l’UE. Il n’y aura donc qu’un “groupe de travail”, sans beaucoup d’effets espère-t-on, sur la vaste question des surveillances et des écoutes auxquels participeront les USA et l’UE (avec le Royaume-Uni), et qui sera sans aucun doute, – car nul ne doute de la responsabilité professionnelle des uns et des autres, – surveillé et écouté par la NSA (avec le Royaume-Uni). Selon Antiwar.com le 6 juillet2013 :

«European Union proposals for broad talks with the United States over American surveillance of EU ambassadors and broad surveillance of EU citizens won’t take place, following a veto by the British government. Britain’s veto means that only a single “working group” aimed at discussing issues of data privacy with the US will be allowed, and the broader issue of surveillance will be “off-limits” for the EU to approach with America.

»The “why” behind this is fairly straightforward, as the US had extensive data-sharing agreements with Britain, which it considers a “second-party” nation, and Britain was known to be a beneficiary of US surveillance against the rest of the world, even other EU member nations, none of whom were in the same position of priviledge.»

…Mais il y a bordel et bordel, lorsqu’il s’agit également des figurants-Systèmes que sont les dirigeants du bloc BAO. Celui dont parle Michel Eyquem de Montaigne, qui est plutôt lieu de débauche, c’est-à-dire corruption des sens mais aussi de la psychologie, n’est pas nécessairement le nôtre, qui est désordre pur. Les deux ne peuvent-il être liés, après tout, c’est-à-dire fondus ensemble ? Le désordre auquel le bloc BAO parvient par l’impulsion irrésistible mais sans intérêts pour les effets qu’elle produit de la politique-Système à finalité dd&e (déstructuration, dissolution & entropisation), n’est-il pas après tout débauche pure et simple, et corruption par conséquent, de la diplomatie, de la politique, etc., et de toute activité organisatrice, lesquelles sont elles-mêmes produits par la psychologie effectivement débauchée et corrompue au bordel de Montaigne ?

Ce qui caractérise la phase actuelle, c’est que plus rien n’est fait pour tenter d’empêcher, voire seulement de masquer cette situation complètement catastrophique. Les dirigeants-Système prennent les avatars des diverses crises qui viennent les uns après les autres, exactement de cette manière, les uns après les autres sans tenter d’établir le moindre lien. On tente d’aveugler les voies d’eau les unes après les autres, au gré de la fureur des éléments. Effectivement complètement corrompus psychologiquement, un pied dans chacun des deux bordels, ils assistent, impuissants, à cet affrontement titanesque entre la politique-Système qui est hors de tout contrôle et l’infrastructure crisique qui est dans la même situation. Les occurrences les plus scandaleuses, les plus contradictoires jusqu’au surréalisme schizophrénique, comme celle de voir les Britanniques faire partie d’un “groupe de travail” demandant aux USA de modérer ou de réglementer leurs pratiques de surveillance et d’espionnage dont eux-mêmes sont partie prenante, sont assumées sans la moindre hésitation. Inutile d’opposer, pour un cas, le “on savait” (évidemment) à propos des Britanniques et de leur assimilation zélée à toutes les entreprises américanistes ; cela n’a pas cours ici car ce qui importe est l’acte de communication ; nous parlons de l’étalage au grand jour, certifiée, officialisée, de telles situations effectivement complètement schizophréniques. C’est cette exposition qui est le fait important, et nullement la situation elle-même. Elle indique que le Système ne prend plus aucune précaution d’habillage et de dissimulation, qu’il agit au grand jour ; on peut croire que c’est par certitude de la victoire aussi bien que par la pression de la panique… Peu nous importe ses humeurs, ce que nous voyons, nous, c’est que cet étalage montre au grand jour les catastrophes qu’entraîne son intervention, et le fait de ne plus chercher à rien en dissimuler n’est pas vraiment l’assurance du triomphe final du Système.

 

Mis en ligne le 6 juillet 2013 à 17H42

http://www.dedefensa.org/article-le_bordel_patiemment_globalis_du_bloc_bao_06_07_2013.html

Égypte : De la démystification des Frères musulmans

Egypte: Les Frères Musulmans au seuil du pouvoir
Les Frères musulmans égyptiens auront-ils autant de mal à percevoir leur défaite que les Américains à reconnaître la fin de leur leadership solitaire sur le monde ?
Le discernement théorique est, en temps politique normal, rarement une qualité des acteurs politiques, pour des raisons de formation et d’alignements idéologiques, mais surtout pour les raisons connues d’opacité des ressorts réels, mais inconscients, de nos choix et de nos actes. En période de mutation historique aussi profonde que traverse l’Egypte, ce discernement devient quasi impossible. Pour cette raison, les Frères, au lieu de comprendre la réalité des énergies qui pousse sur le champ de la confrontation politique des masses longtemps tenues à tort comme fatalistes et accommodantes, vont alimenter en carburants divers le feu qui a pris sous Moubarak, mais n’a pas encore tout à fait incendié le pays.
Quel que soient les évolutions à court terme du rapport des forces et des arrangements entre Morsi et l’armée, ou entre la direction du mouvement et les puissances de l’argent indigène ou du Golfe, les Frères ont perdu la guerre sur le terrain choisi par eux : la rédemption d’un monde anomique et l’instauration d’un ordre prescrit pour l’ordonnance de notre monde. Avant d’être élus par les citoyens et de porter leurs voix et leurs vœux, ils avaient déjà averti qu’ils portaient la voix et les vœux de cet ordre religieux et que les élections ne servaient pas à les choisir, mais à s’inscrire dans la voie de Dieu. Ce type de démarche ne peut réussir que s’il tétanise la grande masse des populations concernées devant l’immensité de l’enjeu d’obéir ou de désobéir à Dieu, ou s’il les oblige à l’obéissance par le moyen de l’épée. Hors ces deux moyens, l’entreprise est vouée à l’échec immédiat, et l’épée ne peut subjuguer les peuples très longtemps, l’hypnose non plus. L’opposition résolue, déterminée, du peuple égyptien fait ressortir au moins un élément essentiel parmi d’autres enseignements passionnants.
L’impression d’une hégémonie des Frères sur la société égyptienne relevait largement du mythe. Il apparaît, au contraire, qu’ils sont loin d’être dominants, en dépit de l’élection sur le fil de leurs députés et de Morsi. Pis, à aucun moment ils n’ont réussi à « activer » cette rue réputée être à leur dévotion pour peser sur ses « choix » quand ils ont rejoint, contraints et forcés, le mouvement de protestation pour ne pas se retrouver à la marge d’un phénomène dont toutes les apparences et le caractère identifiaient comme une révolution. Les réunions secrètes et répétées des responsables des Frères avec les Américains laissent penser à un marchandage pour un soutien U.S. (auprès de l’armée) à leur prise de pouvoir, en contrepartie d’un alignement sans réserve sur des Frères sur les positions américaines. Très vite, l’exfiltration d’activistes américains condamnés par un tribunal égyptien, le maintien de Ghaza sous blocus (allégé, mais blocus quand même), la destruction ou la lutte contre les tunnels autour de Rafah, le respect religieux de Camp David, l’alignement sur le camp des agresseurs de la Syrie, confirment cette hypothèse d’un accord américano-frèriste : les Frères avaient bien pour mission d’ancrer l’Egypte dans le camp du capitalisme, en rajoutant au travail antérieur de Moubarak la « persuasion religieuse » qui ferait aux yeux des masses égyptiennes la similitude de l’ordre divin avec l’ordre du capitalisme. L’intimité du nouveau pouvoir égyptien avec les monarchies du Golfe ne laisse plus aucun doute sur les mutations profondes qui ont mené les interprétations wahhabite, salafiste et frèriste de l’islam à une rupture d’avec l’islam de la compassion, de la solidarité, de la justice, de l’échange et de la recherche de Dieu dans la diversité de ses créations et de ceux qui le quêtent.
Si l’ordre capitaliste occidental n’a pu s’imposer dans la tête des masses arabes à partir de ses catégories mentales particulières bombardées « universelles », il restait cette chance de nous faire entrer dans l’uniformité du capitalisme en mobilisant nos catégories religieuses particulières présentées comme « solution universelle » : « L’Islam est la solution. » Il faut noter que les interprétations wahhabites ou péri-wahhabites ont mis plus de deux siècles pour s’imposer, grâce aux pétrodollars, comme idéologies de masse compatibles avec le capitalisme. Cela fait autant de siècles que le peuple égyptien cherche des élites, des représentations et des voies pour combattre la domination franco-anglaise puis américano-sioniste. Quand les paysans égyptiens menaient la guérilla dans le Delta du Nil contre les troupes de Napoléon, les wahhabites s’alliaient avec les Anglais pour se tailler un empire sectaire dans le corps malade de l’Empire ottoman, et quand les officiers libres se préparaient en Egypte, les Saoudiens se livraient aux Américains par l’Accord dit du « Quincy ». C’est cela que joue en Egypte ce peuple admirable, et les Frères comprendront bientôt qu’ils ont déjà perdu la bataille idéologique. Le reste suivra.
Mohamed Bouhamidi
Alger le 29 juin- publié le 1er juilletIn Reporters.DZ

En Syrie, la propagande est une arme comme une autre

Et l’Occident en a la maîtrise la plus aboutie.

Un article paru hier dans le New York Times sous la plume de CJ Chivers évoque les armes venues de Libye qui équipent les «rebelles» en Syrie.

Cet article est repris par la presse française qui n’analyse cependant pas sa place dans le dispositif propagandiste que les puissances occidentales ont mis en marche depuis le début de la crise syrienne.

Ce que la presse ordinaire ne fait pas, le blog Moon of Alabama  le fait et expose la réalité de la machine de propagande simplement en mettant en relation le dernier article de CJ Chivers avec son reportage précédent transmis depuis la Syrie le 12 juin dernier, il n’y a pas même quinze jours.

Ce que montre Moon of Alabama est que le dernier article de Chivers contredit le précédent. En effet, dans l’article du 12 juin, le journaliste du New York Times parlait de rebelles réduits à fabriquer artisanalement eux-mêmes armes et munitions du fait de la rareté des approvisionnements en provenance des pays étrangers.

Une situation complètement inversée  dans l’article du 21 juin qui parle d’un effort multinational et complexe financé en partie par le Qatar pour acheminer en Syrie armes et munitions venues de Libye.

Or, dans le même article Chivers remarque que les armes libyennes ne constituent qu’une partie de l’arsenal des rebelles. Et que cet arsenal, loin d’être de nature artisanale comprend des canons sans recul et des missiles antichars évolués.

Cette mise au jour de la démarche propagandiste d’un quotidien américain réputé par Moon of Alabama demande, outre de la perspicacité, une qualité qui fait défaut dans ce monde où prime l’instantané en matière d’information : la mémoire.

Journalisme de propagande – L’échec de Kerry au Qatar

Moon of Alabama, 22 juin 2013 traduit de l’anglais par Djazaïri

Le 12 juin dernier, CJ Chivers du New York Times était en Syrie pour reportage dans lequel il parlait d’ateliers qui fabriquent quelques munitions pour l’insurrection en Syrie qui est soutenue par l’étranger. L’article, à commencer par le titre, était une longue complainte sur la prétendue insuffisance d’armement pour ces pauvres tueurs. L’article était illustré par des photos des ateliers prises par  son complice Tyler Hicks.

 Privés d’armes, les rebelles Syriens les fabriquent eux-mêmes

« Tout le monde sait que nous n’avons pas les armes dont nous avons besoin pour nous défendre », déclare Abou Trad, un commandant du Front des Rebelles de Saraqib, peu de temps avant de permettre aux visiteurs d’entrer dans cet atelier de fabrication d’obus de mortier. « Mais nous avons la volonté, et nous avons de modestes moyens, et nous avons des outils. »

Les ateliers d’armement restent un élément important de la logistique de l’opposition car le flux des armes en provenance du monde arabe ne parvient pas à suivre la demande.

“Tout ce dont nous avons besoin, c’est d’armes efficaces,” dit Khaled Muhammed Addibis, un commandant rebelle. «Des armes efficaces, rien d’autre.»

Quand Chivers a écrit ce qui précède, la ligne officielle de la propagande disait que les Etats Unis n’armaient pas activement les «rebelles» mais qu’Obama «résistait aux pressions pour ce faire» [armer les opposants]. C’était absurde et Chivers le savait. Alors même qu’il racontait son histoire sur ces pauvres «rebelles» qui devaient fabriquer des armes eux-mêmes parce qu’ils n’en recevaient pas par ailleurs, Chivers avait pu voir de nombreuses armes modernes venues de Libye et d’ailleurs et il savait que la CIA participait à leur distribution. Il n’en a jamais parlé, mais il a au contraire raconté les mensonges ci-dessus. Comment savons-nous qu’il a menti ? Eh bien, jetez juste un œil sur ce que Chivers écrit aujourd’hui :

Les informations recueillies en Syrie , ainsi que les données du contrôle aérien et des entretiens avec des membres des milices, des contrebandiers, des rebelles, des analystes et des officiels  dans plusieurs pays, dressent l’image  d’un effort multinational complexe et actif, financé en grande partie par le Qatar, pour transporter des armes en provenance de Libye aux combattants de l’opposition syrienne.

Si ce système semble réussir à acheminer des armes à travers de multiples frontières et à faire un tri parmi les organisations rebelles, une fois en Syrie, le flux d’armement se ramifie. Les combattants islamistes, dont certains sont alignés sur al Qaïda, ont l’argent pour acheter les stocks qui viennent d’arriver, et beaucoup de rebelles sont prêts à les vendre.

Mais les apports venus de Libye semblent représenter au moins une partie des armes antichars que nous avons vues dans le conflit ce printemps, dont des projectiles de fabrication belge pour des canons sans recul M40 et certains des missiles guidés Konkurs-M  de fabrication russe qui ont détruit des blindés syriens ces derniers mois.

Système antichar Konkurs

Système antichar Konkurs

La présence de munitions venant de l’ancien arsenal de Kadhafi est aisément visible.

Fin mai dernier, le New York Times a trouvé des caisses, des gaines de stockage et des douilles de munitions antichars en provenance de Libye et en possession d’ Ahfad al-Rasul, une importante organisation combattante affiliée au Conseil Suprême Militaire.

Alors qu’ils écrivaient sur des insurgés “privés d’armes”, Chivers et son photographe Hicks avaient en réalité vu les canons sans recul, les missiles guides et quantités de caisses de munitions venues de Libye. Mais à ce moment là, le thème officiel de la propagande était ces «pauvres rebelles sous-armés » et Chivers avait obligeamment suivi cette ligne.

Quad de l'armée chinoise équipé d'un canon sans recul

Quad de l’armée chinoise équipé d’un canon sans recul

Ce thème de la propagande avait pour but de créer un certain soutien dans l’opinion à une escalade de la guerre en mettant encore plus d’armes entre les mains des rebelles. L’histoire des «rebelles privés d’armes» était fausse et Chivers le savait depuis la «fin du mois de mai» lors de son séjour en Syrie.

Comme souvent, ainsi qu’on le constate ici, les journalistes sont incités, ou obligés silencieusement, à coller à la ligne officielle livrée par la Maison Blanche. Les rares fois où le New York Times va contre la propagande américaine officielle sont juste un moyen de diversion pour entretenir l’image d’une presse libre.

Les onze pays qui forment le groupe des amis pour la destruction de la Syrie se sont réunis aujourd’hui au Qatar. Avant le commencement de la réunion, le Secrétaire d’Etat Kerry avait prévu d’unifier la distribution des armes via le Général Idriss , le chef de l’Armée Syrienne Libre contrôlée par la CIA pour mettre un tant soit peu les djihadistes à l’écart du flot d’armement :

Les opposants Arabes et Occidentaux à Bachar al-Assad se sont réunis au Qatar ce samedi pour renforcer la coordination de leur soutien aux rebelles qui luttent pour renverser le président Syrien.

Les ministres de onze pays, dont les Etats Unis, des puissances européennes et régionales musulmanes Sunnites, ont tenu des discussions qui, selon les Etats Unis, devraient engager les participants à acheminer toute l’aide via le Conseil Militaire Suprême soutenu par l’Occident, dont Washington espère qu’il pourra compenser la rapide montée en puissance des forces rebelles djihadistes.

Cette démarche a été jugée nécessaire parce que l’Arabie Saoudite tout comme le Qatar distribuaient librement des armes aux différentes organisations terroristes takfiristes :

Deux sources du Golfe ont indiqué à Reuters que l’Arabie Saoudite, qui a joué un rôle de chef de file parmi les opposants Arabes à Assad, a aussi accéléré la livraison d’armes sophistiquées aux rebelles.

“Il y a eu ces dernières semaines des arrivages supplémentaires d’armes sophistiquées. Ils en reçoivent plus fréquemment ,»  déclare une source sans donner de détails. Une autre source du Golfe parle de ces armes comme de fournitures de nature à «potentiellement faire pencher la balance.»

Avant la réunion d’aujourd’hui, le Qatar a essayé de placer les takfiristes qu’il soutient sous  l’égide nominale de l’Armée Syrienne Libre :

L’Armée Syrienne Libre a proposé aux puissantes organisations rebelles islamistes une part des nouvelles armes sophistiquées si elles s’unifient sous la bannière de l’ASL.

 «Idriss a proposé de soutenir les factions islamistes en partageant les armes qu’il s’attend à recevoir si elles rejoignent une alliance avec l’ASL et acceptent certaines conditions, » a déclaré hier le rebelle basé à Damas.

Il a également déclaré qu’une délégation  du Qatar était présente – la seule présence non syrienne à cette réunion [à Ankara jeudi dernier]. Cela a surpris les participants mais était sans doute en lien avec la réunion des soutiens de l’opposition, connus sous l’appellation d’Amis de la Syrie, qui doit se tenir à Doha aujourd’hui

 La conférence de Doha est maintenant terminée et Kerry a [encore] échoué :

Les ministres des onze principaux pays qui forment le groupe des Amis de la Syrie s’est mis d’accord «pour fournir urgemment tout le matériel et l’équipement nécessaires pour l’opposition sur le terrain, chaque pays le faisant à sa propre manière,  afin de la mettre en capacité de contrer les brutales attaques du régime et de ses alliés.»

“Chaque pays a sa propre manière” signifie que Kerry a échoué – complètement – à unifier le flux d’armement. Il semble alors que le Qatar et l’Arabie Saoudite continueront à livrer des armes au Jabhat al-Nosra et aux autres organisations terroristes takfiristes en Syrie.

Cette désunion devrait amener l’administration Obama à admettre que ses arguments pour donner des armes aux “bons rebelles” pour en priver les takfiristes ne marchera pas. Le Qatar et l’Arabie Saoudite continuant à fournir ces armes «à leur propre manière», les takfiristes resteront la plus forte composante de l’insurrection.

Compte tenu de l’afflux de nouvelles armes, l’armée syrienne devrait probablement stopper son offensive en cours et rester sur la défensive en attendant de définir de nouvelles tactiques contre ces armes. Des chars avançant à découvert ou restant immobiles à des checkpoints sont des cibles faciles et ne pourront pas échapper à des attaques menées avec des Konkurs-M, des Kornets [le Kornet un missile russe] ou d’autres armes antichars modernes. Il est possible de les contrer mais cela nécessite du temps pour se préparer et se former. Entretemps, les importants transports d’armes peuvent être surveillés et attaqués par surprise et détruits dans des raids éclair.

PS : je le dis à l’intention d’un certain crétin sioniste (pléonasme) : Moon of Alabama est le titre d’une chanson écrite en anglais par Bertolt Brecht et mise en musique par Kurt Weill.

Moon of Alabama a été interprétée par de nombreux artistes dont les Doors, Nina Simone, Dalida où, comme on le voit dans la vidéo ci-dessous, David Bowie.

http://mounadil.wordpress.com/2013/06/23/en-syrie-la-propagande-est-une-arme-comme-une-autre/

Syrie : Le gouvernement tiendra ses engagements concernant la protection de ses enfants et citoyens !

Bachar al-Jaafari

Le 17 Juin 2013, le Conseil de sécurité discutait du sort des enfants en temps de conflit armé[*]. Voici la traduction du discours du Docteur Bachar al-Jaafari, délégué permanent de la Syrie auprès des Nations Unies.

Monsieur le Président,

Nous avons lu avec intérêt le rapport du Secrétaire général concernant les enfants en temps de conflit armé.

Bien que Mme Leila Zerrougui, Représentante spéciale du Secrétaire général pour les enfants et les conflits armés, ait abordé – pour la première fois – les crimes et abus commis par les groupes terroristes armés et notamment le recrutement d’enfants soldats, il est regrettable qu’elle ait eu besoin de plus de deux ans alors que des dizaines d’articles et de rapports officiels  documentés et des centaines de témoignages d’illustres représentants de l’ONU ou d’ONG avaient affirmé que des groupes terroristes salafistes et wahhabistes takfiristes enrôlaient des enfants syriens dans leur rang. Elle a eu besoin de plus de deux ans avant de les inscrire, aujourd’hui seulement et pour ce seul crime, sur « la liste de la honte » !

Nous aurions aimé que dans son rapport sur la Syrie, Mme  la Représentante spéciale recommande aux états qui parrainent et soutiennent les groupes terroristes, désormais connus de tous, qu’ils cessent d’une part de leur fournir argent, armes,  équipements, renseignements, et appui médiatique et d’autre part, qu’ils lèvent leurs sanctions unilatérales imposées au peuple syrien, dont la victime est en premier lieu l’enfant syrien, en raison de l’arrêt des programmes de développement et de financement, et de l’affaiblissement de l’économie nationale.

Monsieur le Président, ce qui soulève notre inquiétude est l’insistance de la Représentante spéciale – sur la liste annexée au rapport – à imputer aux autorités gouvernementales syriennes la responsabilité des bombardements des écoles et hôpitaux, les meurtres et mutilations d’enfants, en plus d’allégations nouvelles faisant référence à des actes de violence sexuelle. Permettez-moi d’aborder toutes ces allégations une par une.

Premièrement, concernant le bombardement des écoles et des hôpitaux :

La Syrie a reçu de bon cœur Mme Zerrougui et la délégation qui l’accompagnait fin 2012. Madame Zarrougui a rencontré les responsables concernés et en particulier le ministre de l’Éducation qui lui a remis une information documentée prouvant l’étendue des exactions terroristes des groupes armés, auxquelles était confronté tout le secteur de l’éducation. Elle a eu et tout le temps de visiter les écoles, les hôpitaux et les centres d’accueil des provinces de Damas, Homs et de leurs environs.

Mais pour une certaine raison, elle a choisi d’ignorer ce qu’elle avait elle-même constaté, à savoir que le gouvernement syrien utilisait les établissements d’enseignement comme centres d’accueil pour les familles déplacées, non comme cibles à bombarder ! Ceci pendant que les attaques délibérées et répétées des  groupes terroristes armés continuent à frapper les instituts et centres d’enseignement en Syrie, attaques largement documentées et durant lesquelles les parents sont contraints de ne pas envoyer leurs enfants à l’école du fait d’engins explosifs placés à l’intérieur même des établissements ou dans leur voisinage immédiat, ou encore du fait du ciblage délibéré des écoles par des missiles. Vous vous souvenez tous du bombardement de la Faculté d’Architecture à l’Université d’Alep, puis du bombardement de la Faculté d’Architecture à l’Université de Damas !

Quant aux établissements de la Santé, ils ont été largement ciblés par les groupes terroristes armés qui ont ravagé, incendié, et volé, plus de 35 % des hôpitaux syriens. Nous avons fourni à la Représentante spéciale des vidéos montrant les préparatifs des terroristes destinés à l’explosion de l’hôpital d’Al-Qousayr, puis leur conséquence en date du 5 Septembre 2012. Nulle mention de ce crime dans son rapport, alors que les bombardements des hôpitaux et des écoles sont, en eux-mêmes, des crimes suffisants pour inscrire ces groupes terroristes sur « la liste de la honte » !

Deuxièmement, concernant les meurtres et mutilations d’enfants :

Depuis le tout début de la crise, le monde entier est témoin de la série de crimes répugnants commis contre les enfants syriens par les groupes terroristes armés

Ainsi, à Alep, Mohammed Al-Qatta âgé de 14 ans a été torturé puis fusillé pour cause de blasphème, devant son père et sa mère, par des éléments d’un bataillon fondamentaliste terroriste de « Jabhat al-Nosra » se présentant comme un tribunal légitime dépendant de « l’État islamique d’Irak et du Levant ».

Fin 2012 et toujours à Alep, des groupes extrémistes ont violé, trainé sur une longue distance, puis exécuté par pendaison l’enfant Fayçal âgé de 4 ans.

Rappelons aussi les propos diffusés avec enthousiasme, il y a seulement 2 jours, par la chaîne saoudienne « Al-Arabia » ; ceux du Sheikh koweïtien salafiste wahhabiste, Chafi Al-Ajami, se vantant dans l’un de ses sermons d’avoir « massacré » les enfants syriens  du village de Hatla à Deir el-Zor.

Ce n’est qu’un aperçu des multiples activités de « Jabhat al-Nosra », désormais inscrite sur la liste des organisations terroristes par le Conseil de sécurité. En l’occurrence, ceux qui ont préparé ce rapport auraient pu en tenir compte !

Troisièmement, concernant les actes de violence sexuelle :

Comment se fait-il que ce rapport de la Représentante spéciale ignore les crimes d’agressions sexuelles, de viols, et d’assassinats, perpétrés par les groupes terroristes armés à l’encontre de femmes et de fillettes syriennes ? Comment se peut-il que ces crimes ne figurent pas dans ce rapport, en dépit de multiples autres rapports documentés prouvant que ces groupes armés ont kidnappé des femmes et des jeunes filles pour en faire des captives ou des esclaves destinées à satisfaire leurs plaisirs ? Ceci, pendant que les protecteurs de ces voyous du Jihad, déséquilibrés et nécrophages, habitant quelque part dans les « machiakhates pétrodollariennes » [machiakhate : terme dérivé de Cheikh, NdT], lançaient publiquement sur les ondes leurs fatwas autorisant ces crimes sous couvert de ce qu’ils ont désigné par « Jihad sexuel » ou « Jihad de la fornication » !

Monsieur le Président, nous déplorons que dans les 13 paragraphes de ce rapport, consacrés à la République arabe syrienne, aucun ne mentionne la souffrance des enfants syriens vivant sous l’occupation israélienne dans le Golan syrien.  Depuis son entrée en fonction nous avons attiré, à maintes reprises, l’attention de Mme Zerrougui sur la nécessité d’accorder à cette question l’importance qu’elle mérite dans ses comptes-rendus. Malheureusement, elle ne l’a pas fait.

Pour conclure, Monsieur le Président, je voudrai souligner que le gouvernement syrien tiendra ses engagements concernant la protection de ses citoyens, notamment les enfants. Toute violation de la sécurité de ces enfants est soumise à de sérieuses poursuites. C’est dans ce but que le 6 mai 2013 le gouvernement syrien a adopté deux articles supplémentaires, ajoutés au Code pénal, condamnant ceux qui entrainent des enfants de moins de 18 ans dans des opérations de combat, quelles qu’elles soient, à des peines de travaux forcés allant 10 à 20 ans.

Dr Bachar al-Jaafari

NewYork ;17/06/2013

Texte traduit par Mouna Alno-Nakhal 


Source : Vidéo / You Tube
http://www.youtube.com/watch?v=VI06cNK-BEU

 

Notes :

[*] Conseil de sécurité    [CS/11035 / 6980e séance – matin] : Le sort des enfants en temps de conflit armé
http://www.un.org/News/fr-press/docs/2013/CS11035.doc.htm

 

Extraits :

« M. JEAN ASSELBORN, Vice-Premier Ministre et Ministre des affaires étrangères du Luxembourg, a salué la possibilité offerte à la société civile de s’exprimer devant le Conseil de sécurité sur cette question des enfants en période de conflit armé.  Il a rappelé qu’à ce jour, trois millions d’enfants avaient été affectés par le conflit en Syrie, en précisant que des milliers d’entre eux ont perdu la vie et de nombreux autres ont subi la torture ou des violences sexuelles.  Plus de la moitié des hôpitaux ont été endommagés ou détruits et 2 500 écoles ont été partiellement ou entièrement détruites, a noté le Ministre, avant d’appeler à mettre fin au conflit en Syrie.  Il nous faut trouver une solution qui conduise à une transition politique en Syrie et qui réponde aux aspirations légitimes du peuple, a-t-il souligné, en estimant que la Conférence de Genève II apparaissait de plus en plus comme celle de la dernière chance ».

« Le représentant de la Fédération de Russie a rappelé que son pays condamnait toutes les violations graves commises à l’encontre des enfants, en soulignant la nécessité de mettre un terme à l’impunité des auteurs de ces violations.  Il a condamné également l’utilisation des drones, en plaidant pour que des enquêtes sur ces incidents soient menées.  Il a souligné qu’il était nécessaire de respecter le système de répartition des tâches entre les différentes institutions des Nations Unies.  Le mandat de la Représentante spéciale comprend la protection des enfants en période de conflit armé, a-t-il rappelé, en estimant cependant qu’une interprétation étendue de cette notion n’était pas justifiée.  Des évaluations pondérées sur la base de données fiables permettent, a-t-il assuré, de garantir la crédibilité et la pertinence des recommandations contenues dans le rapport du Secrétaire général.

La Représentante spéciale doit mettre au point des procédures claires pour inscrire ou radier des parties à un conflit des listes en annexe du rapport du Secrétaire général, a-t-il dit, en faisant notamment état de critères superficiels concernant les auteurs de violations récalcitrants.  L’absence de critères clairs n’aide pas les États mais encourage un manque d’objectivité et de confiance au sujet de l’utilisation de cet instrument, a ajouté le délégué russe.  Les sanctions ne sont pas une panacée, a-t-il par ailleurs affirmé, en rappelant également le rôle dévolu aux États à qui incombe la responsabilité principale d’assurer la protection des populations ».

http://www.mondialisation.ca/syrie-le-gouvernement-tiendra-ses-engagements-concernant-la-protection-de-ses-enfants-et-citoyens/5339654

Le « Lion Impatient » de mettre en pièces sa proie, la Syrie

L’art de la guerre

Par Manlio Dinucci

Mondialisation.ca, 18 juin 2013

ilmanifesto.i

Eager_Lion

Quand le président Napolitano rencontra l’an dernier en Jordanie S.M Le Roi Abdallah II, il lui exprima « la haute considération avec laquelle l’Italie voit la volonté de paix et la ligne de modération poursuivie depuis toujours par la dynastie hachémite ». C’est dans cet esprit, à coup sûr, que l’Italie participe en Jordanie à la manœuvre « Eager Lion » (lion impatient) sous commandement étasunien, en cours du 9 au 20 juin. Y participent 19 pays, unis par l’ « objectif commun de renforcer la sécurité et stabilité régionale », menacées, ils n’en ont aucun doute, par la Syrie d’Assad qui utilise des armes chimiques pour écraser la rébellion. Les « preuves » ont été fournies par la Cia, la même qui, il y a dix ans, fournît la documentation photographique, montrée par Colin Powell au Conseil de sécurité, sur la possession par l’Irak de 500 tonnes d’armes chimiques et biologiques et de laboratoires mobiles pour la guerre biologique. On a découvert ensuite, comme a reconnu Powell lui-même, que de telles armes n’existaient pas et que les laboratoires mobiles étaient en réalité des générateurs de gaz pour des ballons aérostatiques à usage météorologique. Mais désormais les jeux étaient faits : les « preuves » de la Cia avaient servi à justifier la guerre contre l’Irak. Peu importe donc si, une fois la guerre gagnée contre la Syrie, on découvrait que ce sont les « rebelles » qui ont utilisé des armes chimiques, comme a déclaré Carla Del Ponte de la Commission Onu sur les crimes de guerre.

D’après le jugement sans appel de Washington, la Syrie a franchi la « ligne rouge » et le président Obama, à contrecœur, a décidé de fournir des armes aux « rebelles ». En dissimulant le fait, émergé de l’enquête du New York Times (26 mars), que depuis janvier 2012 la Cia fournit des armes aux « rebelles », en les faisant arriver par un pont aérien en Turquie et Jordanie et en entraînant là les forces infiltrées en Syrie. C’est sur ce fond que se déroule « Eager lion », une véritable manœuvre de guerre avec forces aériennes, aérotransportées, navales, amphibies et terrestres, comprenant plus de 8mille hommes. Parmi lesquels des militaires italiens, y inclus probablement le 185ème régiment Reconnaissance Acquisition Objectifs de la Brigade Folgore (foudre). Aux côtés de militaires d’une foi démocratique exceptionnelle, tels que saoudiens, yéménites, qataris et autres. Tous aux ordres du Commandement central des Etats-Unis, dont l’ « aire de responsabilité » embrasse Moyen-Orient et Asie Centrale (y compris Syrie, Irak, Iran et Afghanistan), plus l’Egypte.

Ce qu’est l’objectif réel de « Eager Lion » est démontré par le fait que, la manœuvre finie, le Pentagone laissera en Jordanie les chasseurs F-16 et les missiles terre-air Patriot. Ceux-ci viendront s’ajouter aux Patriot étasuniens, allemands et hollandais déjà déployés en Turquie à la frontière avec la Syrie. Tout est prêt pour une « no-fly zone limitée », étendue à 40 Kms à l’intérieur de la Syrie, qui –selon des fonctionnaires USA interviewés par le Wall Street Journal– servira à « protéger les camps d’entraînement des rebelles et la fourniture des armes ». La no-fly zone sera imposée par les chasseurs étasuniens qui, décollant de Jordanie et des porte-avions, pourront détruire avec leurs missiles les avions et les défenses anti-aériennes de la Syrie sans survoler son territoire. La no-fly zone, donc, « ne requerra pas une résolution du Conseil de sécurité de l’Onu ». Le coût prévu est de « seulement » 50 millions de dollars (37 millions d’euros) par jour qui, assure Washington, seront payés aussi par les alliés. On ne sait pas encore quel sera le pourcentage italien, mais le gouvernement trouvera les sous, en pressurant les caisses publiques et en faisant de nouvelles coupes dans les dépenses sociales.

 Manlio Dinucci

Edition de mardi 18 juin de il manifesto

Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio

 

Apostille de la traductrice pour la version française :

Aucune information officielle (sites gouvernementaux) sur la participation de la France à « Eager Lion ». D’après le site « Infosdefense, le magazine des questions stratégiques et d’actualité » :

  « […] la Jordanie a annoncé aujourd’hui (9 juin, NdT) la tenue d’un exercice majeur rassemblant 19 pays dont la France, la Grande-Bretagne, l’Italie, l’Arabie Saoudite ou encore le Qatar. On ignore la teneur de la participation française » (surlignages de la traductrice). « Au total 8000 militaires, dont 4500 américains et 3000 jordaniens […] ».

Si l’on se fie aux informations d’Infosdéfense, cela nous fait donc 500 militaires pour les 17 autres pays participants. On peut toujours espérer que ce lion bien qu’impatient ne sera pas trop coûteux pour nous (même avec les interprètes, pour 19 pays).

http://www.infosdefense.com/exercice-eager-lion-en-jordanie-43760/ 

« Depuis plusieurs mois, les Forces Spéciales américaines conduisent des pénétrations en territoire syrien pour recueillir du renseignement. Aidés par des français et des britanniques, elles forment également les insurgés syriens au maniement des armes ».

http://www.infosdefense.com/syrie-entre-defections-et-livraisons-darmes-13564/

Coût de la participation française à cette « aide », et à l’opération « Eager Lion » ? Chacun appréciera la précision et la retenue des informations d’Infosdéfense.

http://www.mondialisation.ca/lart-de-la-guerre-le-lion-impatient-de-mettre-en-pieces-sa-proie/5339616

Une ministre belge confirme : Al Qaïda est notre allié indirect en Syrie _ Bahar Kimyongur

17 juin 2013

Des milliers d’Européens se rendent en Syrie pour combattre le gouvernement de Damas et à fortiori le peuple syrien. La ministre belge de l’intérieur Madame Joëlle Milquet s’est engagée à aider les familles des jeunes Belges embrigadés par les recruteurs terroristes. Ce jeudi soir à l’émission « Face à l’info » d’Eddy Caekelberghs, la ministre nous a donnés la confirmation que l’Etat belge a abandonné nos jeunes à leur sort mais qu’il serait ferme à leur égard en cas de retour chez nous. En d’autres termes, nos concitoyens enrôlés dans les bataillons d’Al Qaïda sont utiles et efficaces là où ils se trouvent tant qu’ils servent notre guerre contre la Syrie.

Le journaliste Eddy Caekelberghs a invité quatre intervenants pour parler des jeunes Belges partis en Syrie : une maman anonyme dont les deux garçons se trouvent sur le front, le député MR (libéral) Daniel Ducarme, la ministre de l’intérieur Joëlle Milquet et moi-même.

Jointe par téléphone, la ministre s’est taillée la part du lion avec une intervention ininterrompue de 12 minutes sur un total de 30 minutes de débat.

Pour saboter l’échange d’idées, Mme Milquet a misé sur le procès d’intention, m’envoyant une petite phrase assassine sur mon prétendu soutien au régime d’Assad. 

Nous n’épiloguerons non pas sur ce procédé déloyal et mesquin de la ministre mais sur le bilan de son inaction en matière de rapatriement de nos jeunes concitoyens égarés sur le chemin de Damas.

N’allons surtout pas déranger Al Qaïda !


Dans son intervention radiophonique, Madame Milquet a implicitement reconnu que ses officiers de liaison en poste en Turquie ont brassé du vent. Du vent parce que, d’après elle, pour retrouver les jeunes Belges, l’on ne peut aller au delà de Bab el Hawa, littéralement la Porte du Vent en arabe, le principal poste-frontière turco-syrien situé dans la province du Hatay.

Rappelons tout de même que Bab el Hawa est aux mains de Jabhet al Nosra, c’est-à-dire de la section syrienne d’Al Qaïda. Les bataillons terroristes syriens et étrangers les plus cruels y font la pluie et le beau temps. Al Qaïda détient ainsi un point de passage situé en territoire turc, c’est-à-dire dans une zone sous contrôle de l’OTAN et à fortiori des Etats-Unis. Mais on ne peut rien faire, paraît-il. En d’autres termes, Madame la Ministre et ses alliés européens, étasuniens et turcs laissent faire Al Qaïda au nom de la guerre contre la Syrie.
Passons. Passons et citons la ministre :

« J’ai été voir longuement le ministre de l’intérieur turc, le chef de la sûreté de l’Etat turc. J’ai vu Monsieur Erdogan. J’ai vu le ministre de la justice. J’ai redonné aussi (au-delà de ce que nos services ont fait) les photos que j’avais eues des mamans et les numéros de téléphone pour qu’ils tentent de les localiser, les différents éléments… Ils étaient apparemment sortis par Bab El Hawa. [Ils] devraient se situer plus ou moins dans le Nord de la Syrie.
Ils (les Turcs Ndr) ont dit et promis qu’ils mettaient tout en œuvre pour pouvoir les localiser s’ils se retrouvaient en Turquie. (…) L’ambassade est au courant. Elle est prête à aller jusqu’à la frontière. (…) les autorités (turques NDR) [peuvent] retrouver un des deux ou les deux (enfants de la maman invitée à l’émission Ndr) s’ils se trouvent sur le sol turc. Mais évidemment, ils ne peuvent pas entrer en Syrie. »

Evidemment, souligne-t-elle. Bein voyons. Entrer en Syrie ? Quelle idée ! Des criminels venus du monde entier, des violeurs, des coupeurs de route et de gorges, des malfrats à la petite semaine, quelques romantiques révolutionnaires, des aventuriers attirés par l’odeur du sang, des Talibans afghans, daghestanais, yéménites ou bosniaques, des journalistes français, britanniques ou israéliens, des fondations caritatives salafistes, le sénateur US républicain John McCain, des agents arabes de la CIA, du Mossad, les députés koweïtiens Abdel Halim Mourad et Adel al Mawada, le prédicateur génocidaire Adnan Arour et bien d’autres chefs de guerre religieux bref toutes les composantes de la Croisade anti-syrienne passent par la Turquie pour pavaner en Syrie. Mais d’après la ministre Milquet, les autorités turques ne peuvent « évidemment » pas entrer en Syrie. Croit-elle vraiment que nous allons avaler cette fable ?

Madame Milquet devrait d’abord nous expliquer ce que faisaient alors les quelques dizaines d’agents turcs capturés par l’armée arabe syrienne à Idlib, Lattaquié, Raqqah et Alep et qui serviront bientôt de monnaie d’échanges lorsque l’Etat turc aura calmé ses ardeurs guerrières contre la Syrie. Ne sait-elle donc pas que tous les chefs rebelles influents du Nord de la Syrie sont des agents turcs en puissance placés sous le commandement et la protection directe de l’armée turque ? Pendant plus d’un an, l’ex-chef de la soi-disant Armée syrienne libre (ASL) Riyad Assaad ne pouvait même pas accorder d’interview à la presse sans l’autorisation préalable du ministre turc des affaires étrangères Ahmet Davutoglu.

D’autre part, l’Etat turc sait exactement où se trouvent les 9 otages chiites enlevés à Azaz ainsi que les deux évêques chrétiens Mgr Paul Yazici et Mgr Youhanna Ibrahim. Les familles des victimes passent d’ailleurs par la Turquie pour contacter les ravisseurs. Autrement dit, le trousseau de clés jalousement gardé par Erdogan permettrait la libération de biens des otages en Syrie, y compris nos jeunes embrigadés par les maffias sectaires qui rêvent de convertir la Syrie en un califat wahhabite.

Madame la ministre parle à plusieurs reprises de la guerre de Syrie comme s’il s’agissait d’un différend entre Damas et Ankara, comme si notre pays n’avait pas contribué au pourrissement de la situation en Syrie en votant des sanctions économiques, en encourageant la surenchère militaire, en durcissant les pressions sur l’axe de la résistance pro-palestinienne dont la Syrie est le pivot.

Quoiqu’en pense Madame la Ministre, l’engagement de nos concitoyens dans cette guerre n’est ni plus ni moins un engagement de la Belgique en tant qu’Etat dans la guerre de Syrie. Et disons-le encore plus franchement : la moindre négligence de la Belgique en la matière est un signe de complicité de nos autorités avec le djihadisme anti-syrien.


Madame Milquet découvre que la rupture avec Damas empêche le contact avec nos jeunes


Poursuivons le décryptage du discours de Madame la ministre :

Le gros problème au niveau de la localisation téléphonique, c’est que pour les localiser, vous devez avoir un lien évidemment avec l’opérateur national qui est évidemment l’opérateur syrien et par rapport à des personnes en lutte avec le régime, il y a un danger et un problème de collaboration. (…)
La Turquie soutient l’opposition et l’armée libre syrienne (ASL) (…) Il y a aussi parfois ce problème de technologie. Moi, j’avais demandé si, à partir de la Belgique, on pouvait localiser via les numéros belges. Mais ce n’était pas possible parce que nous avions besoin du lien avec l’opérateur syrien (…).

Madame Milquet sous-entend que si nous avions eu un lien avec l’opérateur téléphonique syrien donc avec les autorités syriennes, nous aurions pu retrouver les enfants belges. Mais qu’attend-elle donc au nom de la sauvegarde de nos enfants et de leurs victimes syriennes pour rétablir la ligne avec Damas ?

Madame Milquet poursuit sur un aveu d’impuissance :

On est un peu hélas dépendant (notre compétence s’arrêtant à la sortie de la frontière) des services turcs qui pourtant nous ont assurés, et je pense qu’ils sont sincères sur la manière avec laquelle ils ont mis cela dans leurs banques (de données Ndr) et leurs différents signalements lorsqu’ils sont à la frontière (…) Nous n’avons plus d’ambassade en Syrie. (…) Nous avons un gros problème d’accès au territoire (…).

Nous nous passerons de tout commentaire sur la candeur de Madame la ministre concernant la sincérité du gouvernement turc à laquelle elle croit, elle aussi, avec sincérité. Notons juste qu’en ce moment même, des centaines de milliers de manifestants turcs doutent de la sincérité d’un régime qui depuis deux semaines, utilise la matraque, les gaz, les balles en plastique, les menaces, la prison et la torture et affiche un mépris total face aux doléances du peuple.

Ceci étant, si l’on suit le raisonnement de Madame la ministre, on arrive à la conclusion que la réouverture de notre ambassade en Syrie nous offrirait une opportunité pour retrouver nos enfants. En voilà une excellente idée ! Pourquoi pas si l’on peut sauver la vie de Belges partis en Syrie et celle des Syriens victimes des Belges.

La vice-présidente du groupe socialiste européen, Madame Véronique de Keyser a eu le courage de proposer de reparler avec le président syrien après avoir exigé son départ avec acharnement (Le Vif, 19 avril 2013).

Aujourd’hui même, une autre voix lucide du paysage médiatique belge, le journaliste Vincent Braun de La Libre a plaidé en faveur d’une résolution pacifique du conflit syrien. La conclusion de son éditorial est sans appel : « Il faut impliquer l’Iran dans la résolution de ce conflit ».

La sagesse de ces paroles se situe en parfaite opposition avec le radicalisme et l’extrémisme de notre politique étrangère laquelle n’a d’égal que le radicalisme et l’extrémisme des volontaires belges partis en Syrie.

« Oui Madame la Ministre, oeuvrons pour la paix et la réconciliation et nos enfants reviendront peut-être sains et saufs » a-t-on envie de lui dire si la fin du conflit syrien eut été sa réelle intention.


Pendant ce temps, la fabrique du terrorisme tourne à plein régime

Au début du mois d’avril 2013, le Centre international pour l’étude de la radicalisation (ICSR) du King’s College de Londres annonçait que 140 à 600 jeunes ont été recrutés par des cellules djihadistes actives dans des pays européens comme la France, l’Angleterre, la Belgique, le Danemark ou les Pays-Bas.

Trois semaines plus tard, le spécialiste européen de l’antiterrorisme Gilles de Kerchove évoquait la présence de 500 djihadistes européens en Syrie (Martine Gozlan, Marianne, 25 avril 2013).

Le 21 mai 2013, Georges Malbrunot, le journaliste du Figaro estimait à 800 le nombre de djihadistes européens actifs en Syrie.

Aujourd’hui, d’après de nouveaux éléments d’enquête, les Européens seraient entre 1.500 et 2.000, soit deux à trois fois plus que les estimations publiées il y a trois semaines à peine (Pierre Beyleau, Le Point, 14 juin 2013).

Ils sont sans doute bien plus nombreux à partir en Syrie.

Vu l’ampleur du phénomène, une question s’impose : N’est-il pas pour le moins suspect que des apprentis sorciers rêvant de commettre à Damas des attentats semblables à ceux de Madrid, Londres ou New York puissent se rendre aussi massivement en Syrie sans être inquiétés dès leur départ ?

Imagine-t-on un seul instant ce que feraient les polices européennes si des prédicateurs actifs en Europe mobilisaient des légions musulmanes pour aller égorger les Juifs d’Israël ?

Que le Mossad se rassure, la Maison des Saoud et l’émir du Qatar, grands sponsors du djihad en Syrie, ne sont pas prêts de trahir leur alliance avec Tel Aviv.

Quant aux terroristes européens, conformément aux directives qui leur parviennent de Riyad ou Doha, ils préfèrent de loin verser le sang de musulmans sunnites, chiites ou alaouites que de s’en prendre à l’Etat hébreux.

Mais sait-on jamais, si un jour, Al Qaïda se mettait à acheminer des djihadistes en Israël ce qui, à ce jour, n’est jamais arrivé, il est certains que nos gouvernements neutraliseraient les jeunes volontaires européens avec une violence extrême. Le Mossad userait sans détour de son droit d’ouvrir le feu sur des suspects dans les aéroports occidentaux comme il l’a très souvent fait durant les années 70 et 80.

Nous sommes dès lors en droit de nous demander pourquoi l’Occident est si laxiste quand nos jeunes partent en Syrie et si ferme quand ils en reviennent.

La décision du bourgmestre d’Anvers Bart de Wever de radier de son registre de population les candidats djihadistes de retour de Syrie illustre bien cette stratégie d’accompagnement passif et de confinement du djihadisme en Syrie.

Monsieur De Wever, Madame Milquet et nombre de leurs homologues européens espéraient sans doute que la guerre internationale contre la Syrie par djihadistes interposés allait conduire à l’implosion du pays, gage de réussite de la théorie du chaos constructif permettant de remodeler les nations selon nos intérêts à court terme.

Mauvais calcul. Etant donné la connectivité complexe du corps politique et social syrien avec les lignes de fracture qui traversent notre monde multipolaire, toute tentative de déstabilisation de ce pays hautement inflammable ne conduit pas à son implosion mais bien à son explosion.

Si Madame Milquet nous avait écoutés dès le début du conflit, nous aurions peut-être pu sauver la vie de nombreux Syriens et de nombreux Belges.

Aujourd’hui, elle peut encore se rattraper. Mais pour cela, nous pensons qu’elle doit impérativement se concerter avec ses homologues européens et les convaincre à :

– promouvoir un message de paix en Syrie, le dialogue intercommunautaire en Europe et lutter contre la désinformation et la propagande sectaire qui contribuent à la radicalisation de nos jeunes

– lever toutes les sanctions européennes qui pèsent contre la Syrie et normaliser nos relations avec le gouvernement de Damas

– présenter nos excuses au peuple syrien pour avoir laissé les djihadistes européens contribuer à la destruction de leur pays et pour avoir armé les terroristes actifs en Syrie

– contraindre nos agents syriens de la Coalition nationale des forces de l’opposition et de la révolution à saisir la chance offerte par la Russie et le gouvernement syrien de résoudre pacifiquement le conflit.

– poursuivre légalement les vétérans belges qui ont commis des crimes de guerre, de génocide ou des crimes contre l’humanité en Syrie et assurer un accompagnement psychologique adapté aux volontaires belges non terroristes,

Nous cesserons de penser que Madame Milquet roule pour Al Qaïda le jour où elle militera concrètement pour la paix et contre le terrorisme en Syrie.





Voici l’enregistrement audio de l’émission Face à l’info du jeudi 13 juin 2013 animée par Eddy Caekelberghs