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Syrie : éviter la politique du pire ! par Alain Marsaud, Jacques Myard

Deux députés (UMP) français, dont le président de la mission d’information sur la situation en Syrie, tirent la sonnette d’alarme sur la politique de la France dans cette région.

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À l’évidence, les masques sur la réalité de l’opposition syrienne sont en train de tomber.

S’il existe effectivement un mouvement démocratique au sein de l’opposition syrienne, il n’est malheureusement pas majoritaire et doit faire face à des forces extrémistes et djihadistes de plus en plus agressives et menaçantes.

Il est donc urgent de ne pas se lancer dans une politique aventureuse de livraison d’armes à l’opposition qui risquent de tomber dans les mains des extrémistes et aboutir à un embrasement de la région, provoquant un peu plus le chaos au Proche et au Moyen-Orient.

Il faut savoir garder raison et admettre que, pour l’instant, seule une solution de compromis avec le régime actuel peut faire baisser la tension et permettre une transition politique avec le concours de la Russie.

Il ne s’agit pas de défendre le régime de Bachar mais de comprendre qu’on risque de tomber de Charybde en Sylla.

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Rôde l’insaisissables S-300, qui arrive, s’en va, revient…

Hier, à 16H00, c’était assuré : au moins un contingent de S-300 russes était arrivés en Syrie, selon une déclaration télévisée de Bachar Al-Assad non encore diffusée mais dont on avait “fuité” quelques extraits. Hier, à 18H00, la chose était démentie : mais non, Assad ne dit pas du tout cela, ou, dans tous les cas, il ne dirait pas cela. Il n’y a pas de S-300 en Syrie. Hier, en fin de soirée, après la transmission de l’interview d’Assad, on restait tout de même dans l’incertitude : Assad n’a pas dit que des S-300 étaient arrivés en Syrie, mais il n’a pas dit non plus que des S-300 n’étaient pas arrivés en Syrie, – simplement parce qu’il a refusé de répondre à la question précise sur le cas. Par contre, il a dit que les Russes ont toujours rempli leurs obligations contractuelles vis-à-vis de la Syrie, et comme il y a eu un contrat signé pour des S-300… Ce qui veut dire à peu près tout, que des S-300 ont été livrés, qu’ils sont en cours de livraison, qu’ils seront livrés plus tard…

Les nouvelles ont donc dû être ajustées selon ces nouveaux développements, comme le fait DEBKAFiles, le 30 mai 2013 en citant comme toujours des “sources du renseignement israélien”, comme nous-mêmes après tout avec ce texte, après notre texte du 30 mai 2013… Le Guardian qui, comme tout le monde, avait annoncé la livraison des S-300 (ce 30 mai 2013), puis dans sa rubrique Live avait démenti («Earlier reports that Assad claimed he had received a first shipment of anti-aircraft missiles from Russia appear to have been wrong»), aboutit finalement à un commentaire mi-figue mi-raisin, où l’on admirera la rhétorique à la fois retenue et pourtant évocatrice qui est finalement un reflet assez exact de la perception qu’on a de cette situation… (Ce 31 mai 2013.)

«Syria’s president, Bashar al-Assad, has said Russia will deliver anti-aircraft missiles to Syria – a claim likely to dramatically increase tensions in the region and which could provoke the Israelis to launch a future strike against the weapons. In an interview with Lebanon’s al-Manar channel Assad refused to confirm if Moscow had already begun to deliver long-range S-300 air defence rockets. But he said he expected the Kremlin to fulfil the order, and added: “All our agreements with Russia will be implemented and parts of them have already been implemented.” […]

«There was confusion on Thursday in western capitals after an early version of the interview quoted Assad as saying the S-300s had already arrived. US officials said they did not know the situation. One high-ranking Israeli official said: “We are trying to find out exactly what the situation is but currently we just don’t know.” Analysts said it was possible some elements of the S-300 system – made up of launchers, radar and a command-and-control vehicle – had turned up but doubted the system was yet operational.»

L’annonce initiale de l’affirmation supposée d’Assad de la livraison d’une première série de S-300 avait provoqué un amoncellement de commentaires, selon les hypothèses sur l’attitude d’Israël qui avait auparavant annoncé qu’il attaquerait une telle livraison de S-300. Parmi ces commentaires, retenons celui de Giora Eiland que nous avons déjà cité (voir le 27 mai 2013), qui exprime la préoccupation générale des milieux de sécurité nationale israéliens : «If we do something soon after the transfer, we might have business not only with Syria but with the Russians. This is a real hot potato.» D’une façon générale, les Israéliens reportent leur frustration dans cette affaire sur les Européens, dont ils estiment que la décision de lever l’embargo sur les armes pour les rebelles est la cause de cette aggravation générale de la perception de la situation. Un officiel est cité par le Guardian, qui parlait alors qu’on tenait pour assurée la livraison d’un premier contingent de S-300, mais qui exprime un sentiment israélien général, livraison effective ou pas :

«This move will certainly change the whole dynamic. This is mostly as a result of the EU’s reckless decision to lift the arms embargo. I don’t know if the shipment of the missiles was a direct result of that decision, but it certainly gave the Russians a pretext to go ahead and do what they wanted to do in the first place. If they had any misgivings, doubts about the timing, the EU decision rid them of these.»

Les Russes, eux, sont restés complètement silencieux durant tout cet épisode d’hier avant d’affirmer qu’aucun envoi de S-300 opérationnels n’avait encore été fait, et ce silence est plutôt le signe de l’inflexibilité de leur position principielle générale, telle que les Israéliens ont pu s’en apercevoir lors des rencontres qu’ils ont eues avec eux à propos des S-300. Les Russes ne bougent pas d’un pouce ; sur le fait en débat, ils s’en tiennent à leur position bien connue qui est, d’abord, que le contrat signé en 2010 sera honoré d’une façon ou l’autre ; qui est, ensuite, que le S-300 est un “facteur stabilisant” (voir Russia Today le 28 mai 2013), parce qu’il est là pour dissuader Israël, et d’autres bien entendu, d’attaquer. La position des Russes est ainsi caractéristique, ou dans tous les cas symbolique : ils entendent montrer et sans doute garder le plus grand sang-froid, d’abord parce que leur ligne inflexible le leur permet, ensuite parce qu’ils tiennent les cartes de cette séquence en mains (c’est eux qui sont la source de livraison des S-300) ; et ils observent, sans doute avec une certaine ironie, le désordre et l’alarme extraordinaire causés par une annonce “fuitée”, puis démentie, puis apparaissant comme pas tout à fait complètement démentie… Si le discours très vague et sans signification d’Assad maintient tout de même la tension, c’est parce que, quelques heures auparavant, il y a eu l’épisode de la “fuite” qui, même s’il était basé sur une fausse interprétation ou bien sur une interprétation volontairement distordue (une telle manœuvre, si non e vero, e ben trovato), a suscité une situation de vérité : la mise à nue de l’extrême tension qui entoure une affaire finalement très secondaire (le cas des S-300) dans l’étrange et insaisissable “guerre syrienne”. Mais cette “affaire secondaire” exprime aujourd’hui le climat général. Tout cela montre la sensibilité extrême, l’absence de contrôle même, qui caractérise, du côté du bloc BAO, y compris et surtout du côté des Israéliens qu’on a connus plus maîtres d’eux, tout ce qui concerne la Syrie. La cause de ce climat est que la position du bloc BAO vis-à-vis de la Syrie est elle-même structurée sur une vision et une référence complètement distordues par la narrative générale, donc par une construction d’une fausse réalité, finalement très déstabilisante pour les psychologies.

C’est cet aspect qui est intéressant, cet emballement, cette dramatisation, jusqu’à l’évocation d’un affrontement entre Israël et la Russie qui est pour certains la voie vers une guerre généralisée, qui se déclenchent sur la foi d’une information “fuitée”, concernant un aspect très secondaire du conflit. La confusion est d’ailleurs étendue à l’objet du litige, puisque les avis continuent à être très divergents sur les capacités opérationnelles du S-300. Mais finalement, lorsque le Guardian qualifie ce missile de “game-changer” (le 30 mai 2013), il a raison psychologiquement, et c’est ce qui compte : quelles que soient les performances du S-300, l’idée que sa livraison constitue un élément fondamentalement nouveau, sans vraiment d’autres précisions ni la moindre certitude, est désormais un fait politique avéré d’une grande importance, qui a effectivement changé la situation de la “guerre syrienne”… Et des précisions techniques disponibles, on ne retient que celles qui alimentent l’incertitude aggravant le désarroi et la tension. Cet officiel du ministre de la défense russe énumère pour Reuters les limitations de l’efficacité du S-300, qui est un engin déjà ancien, mais on ne retient que la dernière remarque (soulignée en gras par nous), qui est anodine dans son évidence, – mais qui convient à l’état de la psychologie autour de la “guerre syrienne” aggravée par le S-300 :

«A Russian defence ministry source has told Reuters he knew of no qualified Syrians trained by Moscow to use the S-300s, putting the completion of the anti-aircraft system in Syria at “six to 12 months from now”. He added that the Israelis “likely have a million ways to combat the S-300 electronically”, but said that since these methods had not been tested in war “whether the S-300 would fail or not cannot be known.”»

L’épisode d’hier, qui est un épisode lorsqu’il est appréciée dans son intégralités sans aucun élément nouveau, a pourtant complètement modifié le climat, et changé la psychologie autour de la “guerre syrienne”. Il l’a soudain rendu ce climat beaucoup plus tendu et alarmant dans sa potentialité effective, et non plus théorique, en agitant la possibilité très concrète d’un affrontement entre Israël et la Russie, – affrontement que ni l’un ni l’autre ne veulent pourtant, et qu’ils tenteront à tout prix d’éviter (mais sans céder sur l’essentiel dans le cas des Russes). On voit bien l’influence de l’infrastructure crisique où se trouve embourbée cette “insaisissable guerre syrienne”, totalement caractérisée du côté du bloc BAO par l’incohérence, la confusion, la narrative comme référence des politiques conduites, et cela si complètement grossi par le système de la communication que la vérité de la situation finit par en être influencée. La crise syrienne s’est donc brusquement aggravée hier sans que rien de concrètement nouveau n’ait eu lieu, et à cause d’un épisode complètement secondaire (les S-300) par rapport à la substance de la crise. Voilà une bonne définition de la vérité générale elle-même de la situation, qui est de faire d’une crise (la crise syrienne) qui n’a en elle-même qu’une importance secondaire, la messagère et l’expression de toutes les tensions intérieures suscitées par la crise générale du Système.

 

Mis en ligne le 31 mai 2013 à 06H48

http://www.dedefensa.org/article-r_de_l_insaisissables_s-300_qui_arrive_s_en_va_revient_31_05_2013.html

Poursuite de l’aventureuse épopée des S-300

L’épopée des S-300 russes promis aux Syriens se poursuit, et il n’est pas assuré que la décision européenne (par non-décision) de lever l’embargo sur les armes à destination des rebelles syriens, ainsi que les avertissements israéliens, n’aient pas largement contribué à ce qui serait une livraison d’ores et déjà faite d’un premier contingent de S-300. C’est dans tous les cas le président syrien Assad lui-même qui assure que cette livraison est faite, dans une interview qui doit être diffusée ce soir à la télévision, et dont des extraits obtenus par le journal sont publiés par Al Akhbar ce 30 mai 2013.

«“Syria has received the first batch of Russian S-300 anti-aircraft missiles,” Assad declared in the interview to be aired Thursday night on Al-Manar, pointing out that, “the rest of the load will arrive soon.”

»Assad said that the Syrian army has made great achievements on the ground against the armed groups, adding that the military balance of power has completely turned in the army’s favor. “Syria and Hezbollah are in one axis. There are Hezbollah fighters in the border areas with Lebanon, but the Syrian army is the force that is fighting and managing battles in the face of the armed opposition groups,” Assad said.»

• La nouvelle a aussitôt été reprise par le site DEBKAFiles, le 30 mai 2013 : «Directly taunting Israel, Syrian president Basher Assad says in an interview prerecorded for broadcast Thursday night, May 30, that the first batch of Russian S-300 anti-air missiles has arrived in Syria and a second consignment is on the way. The broadcast is scheduled to air simultaneously Thursday night over Hizballah’s Al Manar and Syrian state television channels. The Syrian ruler was replying directly to the quote from Israel’s National Security Adviser Yakov Amidror that the S-300 batteries have not been delivered yet and when they are, Israel will destroy them.

»Wednesday, May 29, DEBKAfile reported the landing at Latakia airport of a large Russian transport carrying 60 tons of unidentified freight. Labeled by Moscow “humanitarian aid,” it was in fact the first S-300 delivery to which Assad referred… […]

»DEBKAfile’s military sources add: Moscow has made a point of stressing that the S-300s for Syria will arrive accompanied by Russian officers and advisers, in the belief that Israel will think twice before tangling with Moscow by attacking the missiles still in their crates and risking harm to Russian personnel. This eventuality came up in the tough conversation Prime Minister Binyamin Netanyahu had with Russian President Vladimir Putin in Sochi on May 14…»

• Ces derniers jours, Israël a donné diverses variations sur le thème des S-300. Deux commentaires d’officiels (voir Antiwar.com le 29 mai 2013) ont été dans le sens extrêmement belliqueux d’une probabilité d’attaque d’Israël, d’ailleurs dans deux circonstances différentes puisque l’une prévoit une attaque pour empêcher les S-300 de devenir opérationnel (ce qui implique éventuellement une attaque en Syrie), et l’autre rien de moins qu’une attaque de navires russes transportant les missiles, de la part du ministre israélien de la défense… (Mais il semble bien que les S-300 aient été transportés par air, – ce qui rendrait la déclaration du ministre à la fois inutile, et inutilrement provocatrice, et éventuellement assez mal informée.)

Antiwar.com expose ces interventions israéliennes… «In a meeting with European Union ambassadors, Israeli National Security Advisor Yaakov Amidror declared the Syrian government’s imminent acquisition of S-300 anti-aircraft missiles to be a “red line” that would obligate Israeli military action to prevent them becoming operational. […] The comments come just a day after Israeli Defense Minister Moshe Ya’alon suggested in an interview that Israel might attack the Russian Navy in an attempt to sink the ships and prevent the delivery. That is seen as extremely unlikely given Russia’s military capabilities.»

• En même temps que se déroulaient ces divers événements et qu’on prenait connaissance de ces diverses déclarations, le Guardian annonçait qu’une délégation d’officiels du renseignement israélien s’était rendue à Moscou de toute urgence dans la nuit de mardi pour tenter de convaincre les Russes de ne pas livrer les S-300, – qui sembleraient alors avoir d’ores et déjà été livrés, sinon en cours de livraison. Dans le même article dfu 29 mai 2013, le journal britannique rapportait des déclarations d’officiels israéliens contredisant nettement certaines des déclarations belliqueuses rapportés ci-dessus, et apaiser une certaine tension diplomatique. “Notre ego est développé, disait en substance un officiel israélien, mais pas au point de nous risquer à attaquer un objectif russe”. L’idée serait alors plutôt éventuellement celle de Yaakov Amidror, d’attaquer les missiles alors qu’ils sont livrés aux Syriens, en évitant soigneusement de toucher des Russes. (Le même comportement était observé par Israël lors de conflits précédents avec des pays arabes, ou par les USA lors de divers engagements durant la guerre froide, lorsque du matériel russe était livré, notamment au Vietnam : c’est-à-dire s’abstenir d’intervenir si l’on risque de toucher des personnes ou des biens de nationalité russe [soviétique].) Le point intéressant dans ces déclarations, – qui durera ce qu’il durera, selon la suite des événements, – c’est que les Israéliens tentent de présenter désormais l’affaire des S-300 d’abord comme un affrontement d’influence type-guerre froide, entre la Russie et les USA, la Russie voulant montrer aux USA qu’ils n’ont aucun compte à tenir des exhortations US de ne pas livrer des armements à Assad. “Dans ce cas, disent ces mêmes Israéliens, ce n’est pas notre affaire” … Mais la chose redevient “leur affaire” lorsqu’il s’agit des S-300 effectivement déployés en Syrie, servis par des Syriens.

«Top-level Israeli intelligence figures flew into Moscow on Tuesday night in a last-ditch attempt to talk the Kremlin out of supplying sophisticated anti-aircraft missiles to the Assad regime, which once installed in Syria would have the range and power to target civilian and military aircraft over Tel Aviv. Israeli diplomats will continue to work both privately and publicly to prevent the transfer until the shipment sails, but officials attempted to lower the diplomatic temperature, insisting Israel had no intention of fighting Russia on the issue. Israel has read Moscow’s insistence on pursuing its deal to supply Damascus with the powerful missile systems as part of a “cold war” power struggle between the US and Russia playing out in the theatre of the Syrian civil war in which it wants no part.

»“We are unhappy with the prospect of these very serious weapons arriving in Syria but we cannot stop Russia delivering them to the Middle East. We would not strike a Russian target – our egos are big but they’re not that big,” one senior Israeli diplomat told the Guardian on condition of anonymity. The Israeli military will not hesitate, however, to take any steps necessary to prevent the transfer of this sophisticated Russian anti-aircraft technology to Hezbollah militants or other hostile groups. “I don’t know how upset the Russians would be if, at some point between payment and the installation of this technology in Damascus by Russian experts, something was done to damage the weaponry. As long as no Russians were hurt and they got paid, I don’t think they would care,” the diplomat added.»

• Un autre point de vue pour substantiver l’évolution de l’affaire des S-300, point de vue venu de Russie, implique essentiellement les relations entre la Russie et l’Union Européenne, à la différence de la thèse israélienne vue plus haut. (Mais toutes ces thèses peuvent parfaitement se compléter plutôt que s’exclure.) Ce point de vue est que la décision européenne de levée de l’embargo joue un rôle central dans l’argumentation russe, en faveur de la livraison des S-300. (Et, a fortiori, en faveur de la livraison effective.)

Bien que cette analyse d’AFP du 29 mai 2013 enregistre des déclarations d’experts russes préjugeant que les S-300 ne sont pas encore livrés et qu’ils ne semblent pas sur le point de l’être immédiatement, ces déclarations n’en sont pas moins intéressantes pour observer ce que la décision, ou non-décision des Européens, peut entraîner comme conséquence. Il s’agit en l’occurrence d’un exemple remarquable d’une diplomatie (européenne) complètement paralysée, de diplomaties nationales (notamment française et britannique) braquées sur les seuls effets de communication intérieure et les obsessions des élites-Système, et donc irresponsables, ou “infraresponsables” en ce sens, le tout fournissant aux Russes un argument pour faire ce que l’on veut empêcher qu’ils fassent… Hollande disait (le 27 mai 2013), en faisant un commentaire hésitant, plutôt par méconnaissance du dossier certes, en faveur d’une levée de l’embargo et de la livraison d’armes aux rebelles : «La Russie continue de fournir des armements. Il faut lui adresser un signe. […] Oui, un signe, que nous aussi nous pouvons armer» Pour l’instant, cela n’a pas l’air de se passer de cette façon… Le le “signe” semblant devoir être interprété d’une façon plus exotique que dans le sens de l’affirmation de la puissance européenne et française.

«Russia’s Defence Minister Sergei Shoigu implied Wednesday that the EU’s decision had untied Moscow’s hands, hinting that Russia could now supply weapons banned by international treaties. “Every decision has two sides. If one side lifts its restrictions, then the other side may no longer feel compelled to keep its previously adopted obligations,” Shoigu said while on a visit to Helsinki… […]

»Regional expert Alexei Malashenko of the Carnegie Moscow Centre said that “Russia could use the EU embargo to strengthen its own position concerning the S-300 deliveries.” “They are going to use this argument,” said Malashenko. But he added that Russia was unlikely to fulfil its S-300 contract if Moscow and Washington were successful in their ongoing efforts to arrange a Syria peace conference to get the two warring sides engaged in their first round of direct talks… […]

»Foreign and Defence Policy Council think-tank chairman Fyodor Lukyanov called the EU embargo lifting and Russia’s 3-300s threat a diplomatic “game” that the two sides were playing while the situation on the ground deteriorated. “You are seeing both sides use the same arguments,” Lukyanov said. “They are saying that in order to push the two sides toward peace, you have to put pressure on the other side,” he added. “And to do that, the European Union is supporting the opposition, and Russia — Assad.”»

 

Mis en ligne le 30 mai 2013 à 15H51

http://www.dedefensa.org/article-poursuite_de_l_aventureuse_pop_e_des_s-300_30_05_2013.html

Faut-il armer la rébellion syrienne? Par le général Abel Pertinax

 

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Alors que les forces armées syriennes appuyées par leurs blindés et leur aviation de bombardement sont sur le point de reprendre Qousayr aux insurgés près de la frontière libanaise, une question soulevée par la France et le Royaume-uni, puis écartée par le président François Hollande dans son intervention télévisée du 29 mars sur France 2 pourrait rapidement revenir sur la table : faut-il livrer des armes aux rebelles ?

Outre qu’en autorisant l’exportation d’armes aux insurgés, le gouvernement français foulerait aux pieds la politique de l’UE en la matière – qu’elle a d’ailleurs très largement contribué à mettre sur pied – serait-ce une initiative militairement sensée ?

Le général Abel Pertinax analyse les dangers d’une telle stratégie.

(Crédit photo: AFP)

 

Dans la livraison – encore temporaire – du dernier livre blanc sur la défense et la sécurité nationale (2013), nous réaffirmons notre volonté de continuer à bâtir une politique européenne, en particulier de défense et de sécurité, « dans le débat démocratique, dans une volonté politique commune, dans des expériences partagées et dans la prise de conscience d’intérêts communs et des priorités stratégiques de tous[1] ». Jusque là, la France avait largement agi dans cette ligne et contribué à harmoniser les positions des Etats Membres de l’UE. Il en était ainsi du « Code de conduite de l’Union européenne en matière d’exportation d’armements», renforcé par la Position Commune 2008/944/PESC du Conseil de l’Union Européenne du 8 décembre 2008, qui définit des règles communes régissant le contrôle des exportations de technologie et d’équipements militaires.

La France s’y engageait ainsi en particulier, au travers de l’art. 3 de ce texte (mais aussi des art. 4, 5 et 6) à ne pas contribuer à aggraver ou prolonger un conflit intérieur dans le pays de « destination finale » (de l’export) :

«  3. Troisième critère: situation intérieure dans le pays de destination finale (existence de tensions ou de conflits armés). Les États membres refusent l’autorisation d’exportation de technologie ou d’équipements militaires susceptibles de provoquer ou de prolonger des conflits armés ou d’aggraver des tensions ou des conflits existants dans le pays de destination finale ».

Notre ministre des affaires étrangères déclarait pourtant au matin du 14 mars dernier sur les ondes de France-Info que la France était un « pays souverain », sous-entendu qu’elle restait libre de faire jouer sa souveraineté décisionnelle : on était donc capable du jour au lendemain, pour une politique étrangère pour le moins incertaine et hésitante, à faire fi de certaines avancées européennes, en particulier celle de sécurité et de défense (PESD ) -rebaptisée politique de sécurité et de défense commune par le traité de Lisbonne (PSDC) – pourtant l’une des priorités françaises au sein de l’UE.

Plus d’actualité, l’Assemblée générale de l’ONU a adopté, mardi 3 avril dernier, le premier traité de régulation du commerce international des armes conventionnelles. La résolution fut votée par 154 voix pour (dont la France), 3 contre (Syrie, Corée du Nord, Iran) et 23 abstentions … dont la Russie et la Chine. En vertu de ce traité, chaque pays signataire, qui exporte du matériel d’armement à l’étranger, doit évaluer si les armes exportées (vendues ou cédées) risquent d’être utilisées pour contourner un embargo international, commettre un génocide ou d’autres « violations graves » des droits de l’homme. Le raisonnement est le même si ces armes risquent de tomber aux mains de terroristes ou de criminels. Sans commentaires.

L’initiative militaire.

En bafouant ses engagements internationaux et en passant outre l’embargo européen sur les armes à destination de la Syrie, la France ne ferait pas que se parjurer vis-à-vis de ses partenaires de l’UE, et de s’ériger une fois de plus en donneuse de mauvaises leçons : elle prendrait une décision militairement peu réfléchie.

Avec le parcours en solitaire au Mali, les dirigeants français ont toutefois pris du recul, surtout après les découvertes de l’arsenal découvert dans l’Adrar des Ifoghas, qui n’était jusque là que subodoré par le renseignement militaire. Les soldats Français qui ont jugulé et contrôlé intelligemment la communication depuis le début de SERVAL ont marqué des points en laissant complaisamment diffuser les images de la découverte des caches d’armes des djihadistes (sans tout montrer toutefois ; certains armements sont en cours d’évaluation): « n’ouvrons pas une nouvelle boîte de Pandore. Si l’on doit être présent un jour ou l’autre en Syrie, à quelque titre que ce soit, on ne voudrait pas se voir alignés par des armes françaises ou occidentales ! »

Certes, depuis, il y a eu aussi le refus renouvelé des pays de l’Union européenne, les armes risquant de tomber aux mains des milices islamistes radicales qui pourraient à terme déstabiliser (plus encore) la région. Selon les services, plusieurs milliers de djihadistes venus d’Irak, du Liban, d’Arabie Saoudite, d’Egypte et du Maghreb combattent aujourd’hui en Syrie dans les rangs des insurgés. Plane sur les réserves européennes l’ombre du Front al-Nosra dont l’allégeance à al-Qaïda (ou ce qui en tient encore lieu aujourd’hui) est maintenant avérée depuis le 10 avril dernier; sans compter plus récemment une vision moins romantique de l’opposition armée syrienne après la vidéo fort opportunément mise en ligne d’Abou Sakkar, (Khalid al-Hamad) commandant la brigade rebelle Omar al-Farouq, filmé dépeçant un cadavre présenté comme celui d’un soldat des forces régulières syriennes. Des « alliés » peu recommandables et peu fiables quant aux lendemains d’une Syrie post-Bachar. Sans parler de l’exemple donné par l’évolution intérieure de certains pays touchés par la grâce du mal nommé « printemps arabe ».

Même si l’opposition syrienne a promis que les armes qui pourraient lui être livrées ne se trouveraient jamais entre les mains de « tiers » – selon un communiqué de la Coalition nationale des forces de l’opposition et de la révolution syrienne du 21 avril – soyons clairs : elles ne le « risquent » pas. Elles le seront ! Sans aucun doute possible, elles sont appelées à être monnayées, échangées d’une façon ou d’une autre, un jour ou l’autre par les combattants sur l’incontrôlable marché des armes dites « légères » d’infanterie.

De son côté, Moscou continue non seulement à soutenir diplomatiquement Bachar el-Assad, mais lui fournit plus que jamais une aide militaire, technique et opérationnelle (instructeurs et coopérants), cruciale pour lui permettre de tenir militairement dans la durée. Il est de plus question de débloquer – au coup par coup, en fonction de l’évolution de la situation armée et de la nature du soutien occidental à l’autre camp – de nouveaux systèmes d’armes. Ne parlons pas de l’aide directe de Téhéran (officiers et combattants des Pasdaran ; armes chinoises, déjà rencontrées par les Israéliens au Liban Sud), ni de l’engagement en masse de ses supplétifs du Hezbollah libanais.

Aucun des acteurs internationaux n’est donc à ce stade en mesure d’offrir, sans une intervention extérieure directe – comme ce fut le cas en Libye – la victoire à son protégé dans ce conflit. La guerre risque de durer longtemps. Et paradoxalement plus encore si les Occidentaux y introduisent des armes supposées faire la différence.

Bien sûr, on peut penser d’emblée aux missiles air-air qui permettraient aux insurgés de faire subir à l’aviation syrienne des pertes conséquentes, lui faire relâcher sa pression et soulager les populations de bombardements iniques.

Une utopie: pourquoi ?

Les Américains ont marqué leurs réticences dans cette voie. Nourris de leurs expériences en Afghanistan (indirecte entre 1979 et 1989, puis directe depuis octobre 2001 dans le cadre d’ « Enduring Freedom »), les Etats-Unis n’ont jusque-là renforcé leur soutien à l’opposition syrienne qu’à petites touches. Barack Obama a jugé jeudi 11 avril que la guerre en Syrie avait atteint un point «crucial» et a débloqué au profit de la rébellion une aide alimentaire et médicale de dix millions de dollars, s’ajoutant aux 117 millions de dollars d’assistance fournie à la Coalition de l’opposition syrienne.

Assistance non létale toutefois : s’agissant de la fourniture d’armements à la rébellion, les Etats-Unis ont bien révisé les leçons du retour d’expérience de leur soutien aux « Combattants de la liberté » contre les Soviétiques en Afghanistan dans les années 80.

Rappel.

C’est dès le 3 juillet 1979 que le Président Jimmy Carter signait un ordre exécutif décidant d’une aide américaine de soutien aux résistants au pouvoir communiste alors en place à Kaboul. Soit … 6 mois avant l’intervention Soviétique. Comme aujourd’hui pour la Syrie, elle resta longtemps « non létale ».Mais elle était appelée à évoluer au fil du temps et de la situation militaire sur le terrain.

En 1983, après trois longues années de revers dus à un manque de préparation, un renseignement militaire  insuffisant, des rigidités doctrinales et une stratégie hésitante, des troupes Soviétiques aguerries reprirent le dessus sur le terrain. La « 40ème armée » – ou plutôt le « Contingent (limité) des forces Soviétiques en Afghanistan » (CLFSA)  –  déployée dans une maestria d’improvisation le 25 décembre 1979, s’était adaptée : à la géographie, à la climatologie, à l’adversaire, et surtout à la guerre que celui-ci voulait imposer aux envahisseurs.

En particulier dans les airs : la troisième dimension joua un rôle stratégique, opératif et tactique important, si ce n’est primordial dans ce théâtre vaste et tourmenté. Les hélicoptères et les aéronefs de combat soviétiques bénéficiaient d’une allonge qui leur permettait à la fois de surveiller et d’interdire des espaces qu’il était souvent difficile voire impossible de contrôler au sol.

Tout comme en Syrie aujourd’hui!

C’est en mars 1985 que le Président Ronald Reagan signa la « National Security Decision 166 » qui autorisait une assistance aux moudjahidines par « tous les moyens disponibles ». Concrétisée – malgré les avis contraires de la CIA et du Pentagone – un an plus tard exactement par l’autorisation concernant précisément la mise à disposition du missile sol-air portable « Stinger ». Malgré la menace avérée que représenta l’introduction de cette arme (septembre 1886) avec le soutien actif organisé par le Pakistan depuis son territoire, qui se traduisit d’emblée par une véritable panique parmi les aviateurs soviétiques et afghans de l’armée nationale, la situation évolua rapidement.

Les experts militaires ont aujourd’hui démonté la légende attribuée par les media à cette arme qui, si elle infligea effectivement au début de son introduction des dégâts sévères aux moyens aériens soviétiques opérant en basse et très basse altitudes (hélicoptères de transport et de combat ; avions d’appui aérien), ne fut pas l’épouvantail qui précipita le départ de la 40ème armée d’Afghanistan, comme on l’a pensé longtemps en Occident, et comme veut le faire croire d’une façon très « hollywoodienne » le trop sympathique film « La guerre selon Charlie Wilson »[2].

L’aviation soviétique, confrontée à cette nouvelle menace, modifia ses procédures  d’emploi, ses tactiques et le matériel aérien lui-même. C’est l’usure du pouvoir soviétique en pleine perestroïka, le manque de soutien du peuple gagné par la glasnost et bientôt informé des difficultés sur le terrain, une situation économique désastreuse dans l’ « empire », sans compter la prise de conscience par Mikhaël Gorbatchev de la pomme de discorde avec l’Ouest que représentait ce conflit qui chassèrent l’Armée Rouge des Travailleurs et Paysans, hors du pays … Pas le « Stinger » américain!

Cette idée qualifiée alors à Washington par certains de « silver bullet » ou de « game changer » fut pourtant défendue dans les cabinets par des conseillers « avisés » – notamment en l’espèce Michaël Pillsbury[3] – et emporta la décision politique au détriment de réserves « techniques et sécuritaires » avancées par les services et les militaires : en particulier qu’elle pouvait tomber entre de mauvaises mains.

Une telle crainte était justifiée, puisque le prestataire de services de la CIA durant ce conflit, l’ISI pakistanais (Inter-Services Intelligence, le service interarmées de renseignement et d’action extérieure du Pakistan) servit en priorité l’extrémiste islamique Gulbudin Hekmatyar, lequel … n’était pas précisément en odeur de sainteté chez les Américains. Depuis, ces derniers ont retenu ces leçons, après avoir redouté pendant plusieurs années retrouver ces armes au sein de tous les foyers du terrorisme islamique de la planète.

Car on ne connait pas avec certitude aujourd’hui la résilience de telles armes, réputées fragiles, dans des conditions de stockage dégradé, ce qui est le cas entre les mains de groupes de guérilla par essence mobiles et vivant dans des conditions rustiques. Ce qui explique d’ailleurs la prudence des opérations aériennes menées durant SERVAL, les aviateurs français n’ayant pas alors la connaissance de l’état de fonctionnement de l’arsenal des rebelles du nord-Mali, en particulier sol-air.

Conséquences :

–                     La parole finit toujours par revenir aux acteurs internationaux les plus crédibles. Les USA et la Russie, engagés vis-à-vis de la Syrie dans un nouveau « Grand Jeu », ont tous deux en l’espèce basé pour partie leur propre analyse sur les errements passés, en tant qu’acteurs direct et indirect de conflits comme l’Afghanistan de l’ère soviétique. Ils en ont sans doute discuté en ces termes lors des entretiens de John Kerry à Moscou le 7 mai dernier.

Très « préoccupée » par les raids israéliens qui se succèdent sur le territoire syrien, et par une hypothétique fourniture d’armes occidentales aux factions rebelles dans ce pays, Moscou pourrait accentuer son propre soutien : on parle de missiles air-air de dernière génération S-300 (une ancienne hypothèse qui n’en est plus une aujourd’hui : des militaires syriens de la défense aérienne ont été d’ores et déjà été formés sur ce système, et les services occidentaux scrutent avec une attention particulière ce qui sort des cargos soviétiques dans le port de Tartous ) et d’avions d’entraînement et d’appui aérien léger et maniable Yak 130. Sans compter ceux dont on ne parle pas encore.

S’agissant du S-300, Aman[4] (le service du renseignement militaire israélien) a sans doute d’ailleurs déjà des certitudes. En effet, contrairement au raid du 30 janvier, les frappes aériennes de l’aviation des Forces de défense d’Israël des 3 et 5 mai derniers autour de Damas ont été cette fois-ci effectuées en stand off, c’est-à-dire en-deçà de la frontière, depuis l’espace aérien libanais où ces pilotes sont chez eux.

Bien entendu le S-300 n’est pas appelé qu’à dissuader Israël ; d’autres moyens, aériens cette fois (plus sophistiqués que le Yak 130 ; on parle de la dernière version du MIG 29) au profit des armées syriennes seront plutôt destinés à rafraîchir la mémoire des spécialistes occidentaux du RETEX (retour d’expérience) militaire : comme les Soviétiques avaient su s’adapter au milieu des années 80 devant la menace des armes occidentales aux mains des moudjahidines, les coopérants russes brevetés de l’Académie militaire des forces armées de la Fédération de Russie – héritière de la célèbre Académie  Frounze à Moscou – ne manqueront pas de former, équiper, transformer et entraîner leurs protégés syriens pour contrer les nouvelles menaces ;

–                     Armer une faction avec quelques armements – si sophistiqués soient-ils (dans l’instant tout au moins : tout est évolutif dans la lutte entre le glaive et le bouclier) – pour faire la différence sur le terrain est ainsi militairement illusoire ;

–                     On ne peut pas faire l’économie d’une analyse de risque prenant en compte le retour d’expérience d’autres conflits –  pas nécessairement les siens propres – avant de prendre une décision militairement peu efficiente à moyen terme mais politiquement et sécuritairement pas neutre à long terme. En attendant, la politique déclaratoire et hésitante de la France sur ce sujet des armes l’a surtout ravalée aux seconds rôles en Syrie, faute de véritable analyse stratégique. Sur ce dernier point, faut-il alors conseiller aux « spin-doctors » de nos cabinets ministériels de demander de temps en temps aux vrais experts ce qu’ils en pensent, et accessoirement … de lire le dernier livre blanc soumis à l’approbation du chef de l’Etat ?

Armer les factions rebelles syriennes, ce ne serait que rajouter de la guerre à la guerre : continuer à faire « bouillir la marmite », pour paraphraser feu le Président pakistanais Zia ul-Haq[5].

[1] Chap. 1, « La France dans le nouveau paysage stratégique », § B. : « La France engagée dans des constructions institutionnelles qui accroissent sa sécurité mais aussi ses responsabilités »

[2] « La Guerre selon Charlie Wilson » (Charlie Wilson’s War) : film réalisé par Mike Nichols,  sorti aux USA en décembre 2007, sur la guerre soviétique en Afghanistan.  C’est une adaptation du livre « La Guerre de Charlie Wilson : L’extraordinaire histoire de la plus grande opération secrète de l’histoire », de George Crile (Atlantic Monthly Press ; New-York, 2003) selon lequel la CIA aurait gagné cette guerre contre les Soviétiques par moudjahidines afghans interposés, grâce notamment à l’introduction du missile anti-aérien à très courte porte portée « Stinger » à leur profit.

[3] Au Pentagone sous l’administration Reagan, il officia en tant que conseiller pour le sous-secrétaire à la défense en charge de la planification politique

[4] Military Intelligence Directorate – Israël

[5] Nommé en octobre 1976 chef de l’armée pakistanaise par le Président Zulfikar Ali Bhutto, il renverse celui-ci en 1977 avec la complicité du chef de l’ISI.  Il sera président de la République de septembre 1978 jusqu’à sa mort dans un « accident » d’avion en 1988.

http://blog.lefigaro.fr/malbrunot/2013/05/faut-il-armer-la-rebellion-syr.html

 

La Syrie révèle Israël

22 mai 2013 – La politique israélienne vis-à-vis de la Syrie représente un cas remarquable des erreurs des pays du bloc BAO, puisque effectivement nous incluons Israël dans le bloc BAO. On devrait alors même préciser que c’est le cas le plus remarquable, le plus significatif du bloc BAO parce que ce pays est directement au contact de la Syrie et qu’il souffre (le verbe est à prendre dans son sens propre) d’une réputation d’une des meilleures capacités de renseignement au monde. Le problème d’Israël vient d’être illustré par un tournant stratégique qu’il semble avoir effectué la semaine dernière en passant brusquement d’une politique de contribution de plus en plus appuyée à la tentative de faire chuter le régime syrien, à l’affirmation d’une politique de désengagement, avec la précision semi-officielle (dans le Times du 18 mai) que le maintien au pouvoir d’Assad était préférable à la victoire des rebelles.

Tout cela repose sur cette réputation d’excellence proche de la perfection de ses services de renseignement, qui fait plutôt figure, à la lumière de diverses péripéties, de mythe fabriqué selon une tendance irrépressible à l’autosatisfaction. Comme le résumait en d’autres temps l’ancien Premier ministre et ministre de la défense Ehud Barak après la cinglante défaite israélienne de l’été 2006 face au Hezbollah, «[d]espite having the best intelligence and forecasts in the world, we still need a dreidel to know how Hezbollah got us». Il apparaît donc, à côté de leur réputation d’exceptionnalité, que les services de renseignement et de sécurité israéliens montrent une constance remarquable dans l’erreur. Cette caractéristique fut notamment illustrée de façon spectaculaire et très dangereuse, qui amena Israël au bord de la défaite dans les trois premiers jours de la bataille, lors de la guerre du Yom Kippour d’octobre 1973. Le renseignement israélien avait catégoriquement annoncé que cette guerre n’aurait pas lieu, que ni l’Égypte ni la Syrie n’oseraient attaquer, ce qui donna naissance à une plaisanterie courante en Israël : «Every time the intelligence agencies claim there is no war on the horizon, Yom Kippur War veterans run for cover.»

Mohamed Bdeir, dans Al-Akhbar English du 20 mai 2013, fait un historique des erreurs sans nombre du renseignement israélien, essentiellement des erreurs stratégiques que semblent dissimuler des victoires tactiques auxquelles il est fait une grande publicité. Il termine par la description de la situation actuelle en Syrie où, par son intervention armée du début du mois, Israël semble avoir provoqué une riposte inattendue et extrêmement préoccupante, qui est la réouverture du front du Golan après un apaisement de près de quatre décennies. Une telle perspective promet pour Israël une “guerre d’attrition” particulièrement épuisante…

«However, Israel had another appointment with a new mistake in its calculations, when the Syria-Iran-Hezbollah reply came in a different manner than expected. Israel seemed to gain tactically, but lose strategically. This was not only due to the commitment to the Syrian leadership – exceeding all political caveats – to supply the Resistance with weapons, but a strategic decision to open the Golan front, which means nothing less than a war of attrition where Israel does not have the upper hand.

»Faced with this challenge, Israel played its favorite game, fleeing forward, through an official insistence to implement with the “red lines” policy, threatening to overthrow the Syrian regime if it dares to implement its latest decisions to arm the Resistance, open the Golan front, and strike back with military force in the event of a future Israeli attack.

»What does that mean in terms of the fractured regional situation? It means we will be facing a new bout of the Israeli miscalculation syndrome. It does not take a genius to conclude that Syria’s strategic allies (Russia, Iran, and Hezbollah), who prohibited and deterred the UN Security Council, NATO, Turkey, and other countries from direct military intervention, will not stand and watch while Israel intervenes to achieve this goal.»

Un autre article virulent contre les erreurs israéliennes est publié par le journaliste israélien Shlomi Eldar, fameux en Israël où il travaille pour la télévision et qui a été couronné en 2007 par la plus haute distinction journalistique, le Prix Sokolov. Eldar décrit, le 19 mai 2013, pour Al-Monitor Israel Pulse, les errements israéliens vis-à-vis de la Syrie, couronnés par le tournant stratégique radical décrit plus haut, effectué la semaine dernière selon des sources officieuses. Nous donnons ci-dessous des extraits substantiels de cet intéressant article, qui permet d’avoir, d’une plume israélienne expérimentée, une bonne idée de la posture stratégique israélienne actuelle.

«For the past two years, there have been a number of generally accepted assumptions about what will finally happen in Syria. By late last week, these assumptions came crashing down with the raucous force of an earthquake. We are talking about the very opinions that were considered to be conventional wisdom among the Israeli public, and which had considerable impact on political decision-makers and military strategists alike for the past two years. These are the core assumptions:

»1. International intervention in Syria is inevitable. Sooner or later the free world will be forced to take action to save the country’s civilian population from the clutches of Syrian President Bashar al-Assad and his army.

»2. An Israeli attack on Assad will cause him to recoil in terror and force him to avoid transferring arms to Hezbollah or responding with a counter-attack.

»3. The aid that Qatar and Turkey provide to the rebels should ultimately change the balance of power.

»4. The apple (Bashar) has fallen far from the tree (former Syrian President Hafez al-Assad). According to this assumption, Bashar is afraid of his own shadow, and even the faintest breeze can discombobulate him and throw him off balance (this is, by the way, how he is portrayed in the popular Israeli television satire “Eretz Nehederet,” but more on that later).

»5. Israeli intelligence assessments provide an accurate account of the situation and should be the basis of any future decisions about how to respond to the situation in Syria.

»6. “Assad’s regime will be deposed in a matter of weeks” (former Defense Minister Ehud Barak on Dec. 11, 2011).

»Then, within a week, everyone woke up to the fact that the most important parameter of all was overlooked in the most recent analyses of the situation in the Middle East in general and Syria in particular… […]

»By late last week [on May 17], 12 Russian battleships were sent to patrol the waters off the Russian naval base in Syria and to demonstrate a presence in the region. This was hardly some subtle hint. It had the volume of a Russian aircraft carrier. What the Russians were effectively saying was that no one should even consider making any decision whatsoever about the future of Syria, and by extension, of Assad, without first considering Moscow’s strategic interests. Both the United States and Israel got the hint.

»The Soviet Union had strategic interests in Syria ever since the mid-1960s. So does modern Russia. It is the largest advance base that Russia still has in the Middle East, and someone like Russian President Vladimir Putin would never give it up, certainly not for “humanitarian reasons,” and even more certainly when the Russians see a certain symmetry there, and believe that Israel is the most important US advance base in the region.

»Yes, Russia had strategic interests of its own in Syria, which makes Israeli Prime Minister Benjamin Netanyahu’s slog to Moscow last week seem all the more ridiculous. The prime minister tried to dissuade Putin from selling S-300 [anti-craft] missiles to Assad, since that would have far-reaching repercussions on the Israeli air force. Did Netanyahu really believe that sitting Putin down for a heart to heart talk would really convince the Russian leader to forego his support for Assad?

»By the end of last week, reality seemed to prove that Israeli intelligence assessments claiming Assad would soon fall were premature at best. Furthermore, an Israeli source was now quoted by the London Times as saying (May 18, 2013) that in the current circumstances, Assad is actually good for Israel: “Better the devil we know than the demons we can only imagine if Syria falls into chaos and the extremists from across the Arab world gain a foothold there.” The real question is: “Where were they before this?” By “they” I mean those people described as “Israeli decision-makers” and “senior officials,” who are quoted in the press.

»When a political, diplomatic or military correspondent errs in some assessment or other, the greatest damage is to his reputation, or at most to the reputation of the media he represents. Commentators and journalists base what they write on public information, and frequently on intentional leaks from various interested parties.

»The U-turn that Israel has made this past week in its attitude toward Assad raises serious questions about the people behind our defense strategy. Did none of them know before last week what Assad has been saying for a long time now, that his country has become home to a hodgepodge of terrorist organizations?

»Instead of responding to this, analyzing it, and preparing for the worst-case scenario, Israel preferred to mock Assad instead. The parodies of Assad (such as the aforementioned “Eretz Nehederet”) depict him as a reluctant coward, a “wimp” to use a more colloquial term, who will not be able to withstand all the pressure being placed on him. In this, he is juxtaposed with other Arab leaders, who were once perceived as being strong: former Egyptian President Hosni Mubarak and former Libyan leader Moammar Gadhafi both come to mind. But perhaps that is the root of the problem. People are too quick to compare him to the leaders of Egypt and Libya, who were both deposed fairly quickly. I do not want to think that Israel’s leaders are also influenced by TV satire.

»As we already noted, the high point of Israel’s failure to understand what is going on in Syria came in Ehud Barak’s statement of 2011. At the time, he gave Assad just a few weeks before he would be toppled. That was a year and a half ago. Since then, Barak has been “toppled,” while Assad remains in power. The one person to best express this was the former Israeli Military Intelligence head Uri Sagi, who rose up like a thundering prophet, ignored by the people of his city, to ask, “Who are we to decide? What tools do we have to determine who will rule in neighboring Syria and how?”»

Nous proposons d’ajouter à cette bordée de critiques contre le renseignement et la stratégie israéliennes plusieurs faits qui se détachent de ces deux seules questions. Cela permet d’élargir le tableau et d’introduire une appréciation générale de la posture actuelle d’Israël.

• Il y a d’abord le fait symbolique de la concentration en cours d’un flotille russe de Méditerranée, avec 5-6 navires initialement, qui devrait passer à huit unités en déploiement constant. Les USA, eux, ont entamé le mouvement inverse avec le retrait d’un porte-avions de la zone. Ce mouvement de décroissement de la présence militaire US devrait se poursuivre avec le retrait de forces aériennes d’Europe, tout cela étant dû aux contraintes de la séquestration qui coupent les budgets de fonctionnement. Parallèlement, la rumeur de la présence de SS-26 Iskander en Syrie est à nouveau identifiée dans divers textes (par exemple, voir sur PressTV.com, Gordon Duff le 22 mai 2013). L’ensemble fait peser encore plus le poids stratégique de la Russie sur la crise dans ses ramifications géographiques autant que sur la psychologie de sa perception, – et l’on sait que cette présence n’est pas favorable aux écarts et aux foucades israéliennes, et passe par une ferme protection de la légitimité et de la souveraineté en Syrie.

• On peut suivre, sur DEBKAFiles, une chronique féroce des déboires israéliens. Ce site, qui est connu comme une des voix des services de sécurité israéliens, a pris une posture suivie de mise en cause radicale de la politique du gouvernement Netanyahou, – si tant est qu’on puisse parler de “politique”. DEBKAFiles ne cesse de tresser des couronnes aux performances des Syriens avec le Hezbollah, s’ouvrant une voie vers le Golan pour établir leur “front” et, d’une façon générale, sur le comportement de l’armée syrienne. Voyez par exemple ce rapport du 22 mai 2013 :

«The Syrian army in more than two years of fighting a civil war has proved to be highly professional, steadfast under pressure and above all disciplined. Not once in this brutal conflict were there instances of lone initiatives by a local unit or commander. Every move was directed by the presidential palace via the general staff in Damascus. Even when Syrian troops faced setbacks, they retreated in orderly fashion. For some months, nothing more has been heard of mass desertions, whose scale turned out to be highly inflated by the opposition.

»Therefore, the proposition, which unnamed Israeli defense quarters fed military correspondents Wednesday, May 22, that more time was needed to tell whether Monday’s Syrian shooting attack on the Golan was ordered by Assad or a local initiative was not just way off track but harmful: It conveyed the impression of dithering among Israel’s decision-makers in the face of the Syrian ruler’s firm resolve, backed by Iran and Hizballah, to turn the divided Golan into the next “resistance front” against Israel…»

… Le paradoxe de cette situation, avec ces événements qui se précipitent, et avec cette activité intense de la communication, est certainement le rôle qu’y a joué Israël, notamment avec son attaque du début mai qui semble désormais ne devoir plus être perçue que comme une sorte de deus ex machina déclenchant une dégradation inutile de la situation à un des pires moments, opérationnellement et diplomatiquement, pour le bloc BAO, et donc pour Israël. Il y a un mois et demi, le 18 avril 2013, nous pouvions reprendre ce commentaire d’un analyste israélien, qui est sans aucun doute le contraire d’un libéral et d’un peacenik, Guy Bechor, consultant pour l’armée et la police israéliennes, et pour le ministère des affaires étrangères, classé parmi les nationalistes intransigeants… Bechor protestait contre le rapprochement avec la Turquie, elle-même engagée dans le guêpier syrien, et développait une conception naturelle et impérative en faveur du maintien d’Israël dans une position neutre et attentiste : «We have succeeded in steering clear of the turmoil in Syria, which is worsening, for two years. Our renewed close ties with Turkey are liable to suck us into a world war between the Sunnis and the Shiites, and between Russia and the United States. […] Why are we even getting into this mess? The best thing is to sit on the sidelines. We have no reason to join this war, which will never end. For the first time in our history we are not the point, we are the spectators. Why get involved?»

Cette sensation d’incertitude de l’orientation stratégique, voire d’affrontements de tendances qu’on ressent au sein de l’appareil de sécurité nationale israélien, nous rappelle d’une façon assez significative la confusion et les nombreuses querelles qui déchirèrent ce même appareil en Israël durant et après la catastrophique campagne de l’été 2006, après qu’il fût apparu que le Hezbollah se battait bien et que les forces israéliennes se battaient de moins en moins bien face à cet adversaire. (Voir divers échos de querelles, d’incompréhensions, de divergences, etc., au sein de l’appareil israélien le 28 juillet 2006, le 2 août 2006, etc.) Cette confusion et ces querelles impliquent évidemment des accusations implicites croisées sur la responsabilité d’une situation de moins en moins satisfaisante… Disons que, cette fois, on s’y prendrait un peu à l’avance par rapport à 2006, avant même qu’un conflit réel ait commencé, ou bien est-ce que, depuis 2006, le malaise n’a jamais vraiment cessé au sein de l’appareil de sécurité nationale israélien.

L’ombre de l’été 2006

Revenons un peu en arrière… Le mythe de la puissance paradoxale d’Israël illustré par l’image biblique de David contre Goliath a été construit sur de solides réalités initiales, essentiellement sur la période de la guerre d’indépendance à la Guerre des Six Jours, avec les deux foudroyantes victoires de 1956 et 1967, et jusqu’au rétablissement in extremis d’octobre 1973. Comme on le comprend, ce mythe n’en était alors pas un, illustrant une réelle puissance d’Israël malgré un volume de capacités extrêmement réduites. Nous avons déjà décrit, dans plusieurs analyses, le tournant entamé en 1967-1973 et réalisé immédiatement après 1973, lorsqu’Israël fut intégré dans l’ensemble américaniste et mis complètement sous influence des méthodes et de l’esprit américanistes, essentiellement par le biais des liens avec le Pentagone qui furent alors établis. On peut se référer à ce propos à des textes d’analyses de l’époque de la défaite israélienne de 2006 face au Hezbollah, notamment les analyses du 17 juillet 2006 et, surtout, du 7 septembre 2006. Dans cette dernière analyse, nous concluions, faisant allusion aux fameux neocons à Washington non comme à des inspirateurs et à des manipulateurs, mais comme à des outils, éventuellement à des “idiots utiles” de cette puissance anthropotechnologique qu’on pourrait juger comme quasiment autonome et douée d’une stratégie spécifique qu’est le Pentagone… (Et le Pentagone, certes, comme une des représentations les plus puissantes et le “bras armé” par excellence du Système.)

«Dès les années Reagan, ce groupe d’idéologues extrémistes était déjà dans les rouages de l’administration. (On y trouvait notamment Perle et Wolfowitz, tandis que Powell occupait des fonctions politico-militaires. Rumsfeld avait été secrétaire à la défense entre 1975 et 1977.) C’est eux, et avec eux le nouveau courant de pression qu’ils exprimaient, qui instrumentèrent la complète “annexion” d’Israël à ce complexe bureaucratique de puissance qu’est le Pentagone. Ce n’était pas un “complot” dans le sens humain du terme. Ils ne faisaient qu’exprimer la puissance extraordinaire du Pentagone et de sa culture, qui avaient définitivement mis la haute main sur la politique de sécurité nationale des Etats-Unis. En ce sens, c’est bien le Pentagone en tant que tel, en tant que puissance autonome et incontrôlée, qui imposa à Israël, dès les années 1980, une main-mise qui bouleversa complètement les conceptions et les structures de Tsahal, et qui réduisit d’autant, jusqu’à l’inexistence totale, la souveraineté nationale d’Israël.

»Le conflit avec le Hezbollah de juillet-août 2006 a confirmé de façon éclatante un état des choses où les capacités guerrières, les équipements, les tactiques, mais aussi la culture fondamentale des forces armées israéliennes se sont révélés comme complètement transformés, — transmutés, sans aucun doute, — par rapport aux conditions originelles de l’Etat d’Israël…»

Bien entendu, cette “transmutation” culturelle et psychologique, dans le sens de l’américanisation disions-nous à l’époque, dans le sens-Système disons-nous aujourd’hui, s’est réalisée dans le sens du pire. On constate, à la lecture des appréciations recueillies plus haut, que rien n’a changé depuis 2006, et que les choses se sont même aggravées. On retrouve paradoxalement dans les services de renseignement ce même travers que les anciens chef du Shin Bet dénonçait récemment dans le chef des directions politiques israéliennes, que nous mentionnions dans notre texte du 23 mars 2013 : «Alors aux commandes, Yaakov Peri estime n’avoir reçu durant les six ans de son mandat aucune consigne des gouvernements successifs. Ou bien il a cette formule, dont les termes sont partagés par ses collègues : Israël remporte la plupart des batailles, sans gagner la guerre. “Nous ne savions pas dans quelle direction aller, résume Peri. C’était toujours de la tactique, jamais de vision stratégique.”»

Dans ce texte cité du 23 mars 2013 et basé sur le précédent fondamental de la bataille de la Marne avec l’échec allemand du plan Schlieffen représentant l’“idéal de puissance” (retrouvé aujourd’hui dans son stade terminal dans le chef du bloc BAO), nous observions : «Le schéma de la bataille de la Marne est symboliquement intéressant parce qu’il restitue ce moment où la dynamique de surpuissance est à son maximum et passe en dynamique d’autodestruction dès lors que la clef stratégique s’effrite, que la direction des forces centrales disparaît.» La “clef stratégique” était une circonstance somme toute anodine, – l’effondrement psychologique du grand chef de l’armée allemande, von Moltke, – mais cette “circonstance anodine” ne représentait que le moyen effectivement de circonstance d’une destinée écrite dans le concept de l’“idéal de puissance” représentant une théorisation du Système dans sa fureur de surpuissance se transmutant en autodestruction… La destinée, elle, est l’essence même du phénomène, et elle est retrouvée aujourd’hui, intacte dans sa fatalité qui est comme une inversion de la Providence, dans des conditions moins assourdissantes, moins dramatiquement claires que la Grande Guerre, mais beaucoup plus spécifiques à la crise générale que nous connaissons.

«Ce qu’on observe, à partir de notre analogie, c’est que le Système pullule aujourd’hui de Moltke divers et de différentes factures, plus ou moins bien fardés en grands chefs réduits à la volubilité de communication. Obama est un Moltke, comme le sont les différents Premiers ministres israéliens. Comme l’enjeu national et la pression d’une situation de guerre massive n’existent pas en vérité, les exécuteurs des tactiques nécessaires sont beaucoup plus libres et mesurent de plus en plus l’absence (au propre et au figuré) de leurs Moltke, et ils s’interrogent de plus en plus furieusement sur cette situation où des développements tactiques sans fin ne sont nulle part chapeautés, orientés, inspirés par le moindre but stratégique. Ils en viennent donc au soupçon central qui est de se demander : la stratégie existe-t-elle encore ? Puis, rapidement : a-t-elle été complètement détournée par le Système à son profit, ce qui entraîne tout le monde dans une folie autodestructrice ?»

Ces dernières questions nous ramènent à l’Israël d’aujourd’hui, dans le cadre des erreurs décrites à propos de la Syrie. Ce que nous montrent les textes cités comme le cheminement de la “pensée stratégique” de la direction israélienne réduite à des à-coups tactiques peinturlurés du triomphalisme de la communication, c’est une situation pathétique où l’Israël si souvent décrit comme habile, décidé, voire machiavélique par ses partisans comme par ses adversaires, se révèle au même degré zéro d’imagination, de liberté de jugement, et chargé du même épuisement psychologique à force de s’abîmer dans ses narrative que ses compères du bloc BAO. Certes, nous disent les commentateurs cités, les erreurs d’aujourd’hui confirment celles d’hier, mais elles sont bien plus désolantes, bien plus basses encore. Il n’y a même pas eu de conflit, d’affrontement, de cette sorte d’urgence qui peut expliquer les faux-pas, pour Israël dans ce cas ; il y a eu simplement la croyance dans sa propre narrative de suffisance et d’irréalité, sa croyance aux jugements du niveau des satiristes et des people de talk shows (du type “Assad le méchant” ou “Assad la brute”, qu’on retrouve aussi dans les cénacles intellectuels parisiens), avec confirmation des services de renseignement eux-mêmes influencés par les exigences de cette communication complètement grotesque.

Le système de la communication utilisé pour le renforcement de l’inversion des jugements et la dissolution des psychologies, jusqu’à une pensée aussi ferme “qu’un éclair au chocolat” (comme la colonne vertébrale du président McKinley, selon son vice-président Teddy Roosevelt), triomphe en alimentant l’arrogance et la suffisance, en confirmant les aveuglements qui font prendre les victoires tactiques de communication pour une stratégie décisive. Combien de fois l’Israël des Netanyahou, Barak & Cie s’est-il cru triomphant et prêt à frapper décisivement l’Iran, et nous attendons depuis huit ans cette attaque annoncée chaque jour et fleurie d’innombrables descriptions de manigances et manœuvres complotistes diverses. Cette fois, il y a de l’action : le fracas des bombes israéliennes autour de Damas fait croire, communication et narrative à l’œuvre, à une irrésistible puissance stratégique. La visite piteuse de Netanyahou à Poutine, à Sotchi, enchaîne sur la révélation (?) qu’il ne s’agissait que d’une péripétie tactique enluminée par la communication, donnant des effets pervers bien préoccupants, et que la stratégie, elle, se règle face au président russe, et l’on sait bien dans quel sens. Effectivement, il s’agit bien d’une défaite stratégique à partir d’impulsions tactiques magnifiées par leurs effets de communication, et interprétées faussement comme des actes stratégiques.

Comme le bloc BAO dans son ensemble, Israël est complètement prisonnier du système de la communication, de ses narrative et de ses illusions, de ses obsessions et de son étrange affectivité, transformant les erreurs courantes depuis l’américanisation de ses forces armées qui portaient essentiellement sur le contexte et les conditions de l’engagement, en des dérives catastrophiques qui portent désormais, en plus, sur l’exécution et l’opérationnalisation. Cette évolution, qui a été engagée avec la catastrophe de l’été 2006 est désormais la marque de l’activité de cet Israël américanisé, devenu depuis un Israël-Système, qui semble n’avoir même plus besoin de s’engager vraiment dans un conflit pour le perdre, – comme il semble pouvoir envisager de le faire avec la Syrie. Recette aussi parfaite après tout que celle des prévisions erronées des meilleurs services de renseignement du monde : Israël n’a plus besoin de faire une guerre pour la perdre.

La spécificité d’Israël a complètement disparu dans la phase finale de la constitution du bloc BAO depuis l’automne 2008, avec sa psychologie réduite à une opérationnalisation faussaire et trompeuse. Le résultat concret, pour ce pays, est une situation où l’on pourrait dire que la défaite de l’été 2006 contre le Hezbollah suivant l’américanisation de ses capacités et de ses conceptions militaires ressemblerait, pour les structures financières, économiques et bureaucratiques du bloc BAO, à la crise financière d’effondrement de l’automne 2008. L’analogie s’énoncerait alors de cette façon : puisque le Système, – l’américanisation militaire pour Israël, les structures bancaires ultra-libérales pour l’appareil financier du bloc BAO, – ne marche pas, c’est donc qu’il faut plus que jamais poursuivre sur cette voie et l’appliquer plus que jamais. Des deux côtés, la consigne est suivie et appliquée à la lettre.

http://www.dedefensa.org/article-la_syrie_r_v_le_isra_l_22_05_2013.html

Y a-t-il encore une diplomatie française ?, par Alain Corvez

 

IRIB-La France ne veut pas que l’Iran participe à la conférence internationale ….
…en projet sur la Syrie, a affirmé vendredi le ministère français des Affaires étrangères, alors que Moscou, allié de Damas, a demandé au contraire la présence de cet autre grand soutien du régime syrien.« En ce qui nous concerne, en tous les cas, (nous ne voulons) pas l’Iran » à la conférence souhaitée par Moscou et Washington et prévue pour le mois de juin à Genève, a souligné le porte-parole du Quai d’Orsay, Philippe Lalliot, lors d’un point-presse.« La crise syrienne, par contagion, touche toute la zone. Il y a un enjeu de stabilité régionale, on voit mal qu’un pays (l’Iran) qui représente une menace pour cette stabilité participe à cette conférence », a-t-il ajouté.La Russie a affirmé jeudi qu’elle voulait que l’Iran et l’Arabie Saoudite soient invités à la conférence, considérant ces pays comme deux acteurs clés pour trouver une solution politique à la crise syrienne.———————————————-

 Après avoir effectué un revirement spectaculaire de sa position, souligné ironiquement par la presse, pour courir après les efforts russo-américains en vue de l’organisation  d’une conférence internationale pour mettre au point une solution négociée du conflit syrien (Il y a seulement quelques jours nos dirigeants ne voulaient pas entendre parler d’un dialogue entre le régime et l’opposition et proposaient d’armer les rebelles, même contre la volonté de l’UE) , La France, par la voix de M. Philippe Lalliot, Porte-parole du Quai d’Orsay déclarait vendredi dernier qu’elle s’opposait à la présence de l’Iran à cette réunion au prétexte que c’était un pays perturbateur de la région qui n’avait pas sa place dans une conférence cherchant à apaiser le Moyen-Orient.

Comment peut-on envisager un seul instant de régler la crise syrienne sans impliquer l’Iran ?

Il n’y a plus de réflexion géopolitique mais des foucades idéologiques au Quai que les diplomates chevronnés sont chargés de mettre en œuvre. Une négociation doit évidemment se dérouler entre les acteurs du conflit, dès lors qu’ils ont accepté de parler après une médiation, en l’occurrence russo-américaine. Dans cet esprit,  la France s’opposerait aussi à la présence de l’opposition réelle, celle de l’intérieur, pour n’accepter que les pantins qui ne représentent qu’eux-mêmes mais qui  ont étés « élus » par elle comme seuls représentants légitimes des Syriens !Allons encore plus loin, elle s’opposerait à tous ceux qui ne partagent pas ses vues, donc non seulement Bachar El Assad mais aussi tout représentant du régime.

Si l’Amérique a finalement accepté de réunir avec la Russie une conférence internationale sur les bases de la déclaration de Genève du 30 juin 2012, c’est parce qu’elle sait que le régime ne tombera pas car il est solide, soutenu de l’intérieur et de l’extérieur, que son Armée est restée soudée et disciplinée aux ordres de ses chefs. Les experts militaires savent qu’une armée qui fait preuve d’une telle cohésion face aux attaques multiples bénéficie du soutien populaire, et que son comportement mesuré et proportionné face aux atrocités prouve qu’elle est  encadrée par des chefs issus de la population qui font corps avec elle.

C’est avec les  ennemis, ou ceux considérés comme tels, qu’on discute pour trouver un arrangement de paix et, dans le cas syrien, on voit mal comment l’Iran ne pourrait pas être appelé à la table des négociations, de même que l’Arabie Séoudite, qui n’était pas partie prenante de Genève, ainsi que la Turquie, base de départ et de repli des rebelles.Il faut revenir aux réalités et cesser de poursuivre la chimère d’imposer à la Syrie une solution concoctée avec des opposants coupés de leur pays depuis des lustres, qui n’ont d’existence politique que celle que la France et certains pays du Golfe veulent leur donner. Le droit international est sans cesse bafoué par ces prétendus Conseil ou Coalition national(e), ou ce pseudo Premier Ministre trouvé au Texas qui voudraient s’arroger les prérogatives du vrai gouvernement de la Syrie.

Les vrais opposants à Bachar El Assad ne sont pas en priorité  les acteurs pour la plupart extrémistes islamisés sur le terrain, qui ne sont que des intermédiaires, mais les nations hostiles à un régime qui n’obéit pas à leurs choix et alliances. L’Amérique en était mais elle a montré sa volonté d’en finir avec ce conflit et l’annonce clairement au monde en s’entendant avec la Russie (et indirectement avec la Chine). Que John Kerry, après avoir fait des déclarations mesurées sur l’avenir du Président syrien se soit trouvé obligé sous les pressions de prôner son départ n’a pas de réelle importance, car il est clair qu’il n’y a pas de solution à la crise sans lui, au moins jusqu’à l’élection de 2014 quand les Syriens choisiront démocratiquement leur président. Pas un négociateur du régime à cette conférence n’accepterait son départ, mais il est certain aussi que les négociateurs de l’opposition qui le souhaiteraient ne seront pas majoritaires du fait de leurs désunions.

Alors notre diplomatie devrait descendre de son nuage idéologique pour comprendre le nouveau monde en train de naître. Avec sans doute encore des péripéties dramatiques, la crise syrienne sera réglée par la négociation parce que les forces principales du nouveau monde en ont besoin. Genève II devra inclure l’Iran sinon elle échouera et Bachar El Assad devra rester jusqu’à l’échéance électorale de 2014.Ensuite, les négociations entre Américains et Iraniens avanceront rapidement vers une solution négociée du contentieux nucléaire et, là encore, notre diplomatie a un effort à faire pour comprendre où sont les intérêts de la France.

http://french.irib.ir/analyses/articles/item/257976-y-a-t-il-encore-une-diplomatie-fran%C3%A7aise-,-par-alain-corvez

La Syrie, ou le temps suspendu de l’effondrement du système

La Syrie, ou le temps suspendu

Ce 18 mai 2013, M K Bhadrakumar décrit, sur son Indian PunchLine, la situation syrienne après la rencontre Obama-Erdogan à Washington. Non que cette rencontre promettait d’être décisive en quelque manière que ce soit mais parce que, c’est vrai, elle présentait un aspect symbolique significatif d’une situation générale.

Il n’est pas déraisonnable d’observer que l’on identifie, pour colorer la perception et le jugement général, des traits tels que l’amertume et le désenchantement, déjà devinés dans ce que nous percevions comme un sentiment dépressif, le 11 mai 2013.

(Nous parlons là d’abord des “amis de la Syrie” du bloc BAO qui demandent la tête d’Assad depuis deux ans, et, par conséquent l’amertume et le désenchantement concernant d’abord leur projet.

Mais nous pensons que ces deux sentiments dépassent largement le cadre de ce projet…) Pour cette fois, – car le plus souvent il commente dans le sens de distinguer un vainqueur dans la partie diplomatique qu’il observe, – l’ex-diplomate M K Bhadrakumar ne s’attache pas, fort justement à notre sens, à détailler une “victoire”, mais plutôt à décrire une débâcle générale qui n’entraînerait pas nécessairement une victoire de l’un ou l’autre, dans le sens constructif, éventuellement re-structurant, qu’affectionne un esprit de diplomate.

«The Turkish prime minister Recep Erdogan’s visit to Washington on Thursday was expected to put pressure on the Obama administration to take a tougher stance against the Syrian regime. Erdogan was quoted as seeking the imposition of a US-led ‘no-fly-zone’ in Syria and increased arms supplies to the rebel fighters. In the event, however, Obama stood his ground and insisted there is no “magic formula” to resolve the crisis… […] Simply put, Obama is unwilling to let the US be drawn into an Iraq-like quagmire. Regime change is the objective alright, but there must be a negotiated transition… […]

»The video clipping showed an uncharacteristically subdued Erdogan standing in the rain the Rose Garden, while Obama dictated the terms. Erdogan politely listened, but then, later on at the Brookings, he took off on a tangent and hit back his own way where it hurts the US interests — by insisting that Hamas is a legitimate participant in the Middle East peace talks. He disclosed that he is heading for Russia and the Gulf countries soon for Syria talks “to assess the situation there.” Erdogan has further reiterated his intention to visit Gaza next month.

»Erdogan isn’t the only one who feels let down. The Saudis are livid. The government-owned Asharq Al-Awsat tore into the US’ policy on Syria in an opinion piece entitled “Obama’s Betrayal” under the byline of the daily’s managing editor Eyad Abu Shakra. It says: “Obama has given in to the Russian interpretation… Washington has accepted the reality of Bashar Al-Assad remaining at the helm in Syria until the end of his presidential term next year, exactly as Russia and Iran wanted.” […]

»Unsurprisingly, Russia is keeping its fingers crossed. As the Moscow-based strategic analyst Fyodor Lukyanov noted in an opinion piece in the official Novosti news agency, it is indeed a situation where things could go either way — “a critical moment, with advocates and opponents of a negotiated settlement in Syria at each other’s throats.” “Indeed, what Russia can do for the present is to make sure that any western adventurist enterprise to ratchet up the current level of military intervention in Syria proves costly and unacceptable.”»

• Dans son commentaire, M K Bhadrakumar cite effectivement le texte du 16 mai 2013 de Eyad Abu Shakra, rédacteur en chef du quotidien arabe édité à Londres, et représentant les intérêts saoudiens, Asharq Al-Awsat.

On y trouve effectivement toute la fureur et la rancœur de ceux qui se sentent trahis, y compris par d’autres que le traître principal («Obama’s Betrayal») ; dans son texte, Eyad Abu Shakra désigne également la Turquie, comme autre “traître”, suivant sa propre voie qui est de ne prendre aucun risque avec la Syrie («[T]he rhetoric of Turkish prime minister Recep Tayyip Erdogan has changed completely, stressing defensively that Turkey “will not be drawn into a deliberate Syrian trap”»).

L’on comprend alors la logique de la recherche de certains nouveaux arrangements, comme le ferait justement l’Arabie avec l’Iran, que M K Bhadrakumar lui-même signale en se référant au même texte de DEBKAFiles que nous signalions le 14 mai 2013.

«However, if we look beyond the naiveté of believing that human rights are the only factor that moves major international politics, we find that the results of this week’s US-British summit are no longer surprising.

»It no longer requires a genius to work out that President Obama has given in to the Russian interpretation of the Geneva Agreement on Syria. It has become clear that Washington has accepted the reality of Bashar Al-Assad remaining at the helm in Syria until the end of his presidential term next year, exactly as Russia and Iran wanted.

No one will believe Obama’s promises—or those of his British ally—whose rhetoric fooled many in the last few months: promises such as “a Syria without Assad” with no deadline, and without stating that Assad’s departure is a necessary prelude for any political resolution.

»This sweet talk is merely a cover for the failures of a foreign policy that either lacks understanding or is comprehensively conspiring against a vital region whose people’s interests Washington sees no wrong in ignoring… […]

In light of the events of the past two years, the US administration’s adoption of Moscow’s interpretation of the Geneva Agreement represents a betrayal of the Syrian people which is, in many ways, parallel to Obama’s betrayal of the Palestinian people after the promises he made on his first presidential visit to the Middle East.»

• Toutes les positions de la plupart des acteurs extérieurs se trouvent paradoxalement définies par les plus extrêmes fluctuations, témoignant de la confusion et du désordre qui sont dans cette période intermédiaire la marque de la situation syrienne et alentour.

Un cas exemplaire se développe avec la position d’Israël, où les signes de division interne se multiplient, confirmés par la visite en Russie de Netanyahou et ses entretiens avec Poutine. Eli Bardenstein écrit, dans Ma’ariv, le 16 mai :

«Prime Minister Binyamin Netanyahu shares Russia’s concern about Assad’s fall from power and the rise of radical Islamic forces in his stead, said a Russian political official who was privy to the conversation that Netanyahu held with Russian President Vladimir Putin on Tuesday in Sochi.

That said, a high-ranking Russian civil servant who was privy to the conversation […] explained the differences between the Russian and Israeli attitudes: “Israel doesn’t want Assad’s continued rule, but is afraid of the alternatives, whereas Russia wants Assad to be part of the political solution in the country, at least in the initial stage.”

»Those assessments conform to the fact that there are differences of opinion within Israel about whether to support actions that would lead to Assad’s downfall. Israeli intelligence officials believe that despite the fact that this [Assad’s fall from power] would strengthen the radical rebel forces in Syria and would raise the threat of terrorism against Israel, stopping the Iranian nuclear program is Israel’s supreme objective, and Assad’s downfall would serve that objective because it would destroy the axis of evil that is comprised of Iran, Syria and Hizbullah. Alternately, other Israeli officials believe that increased terrorism from the direction of Syria in the post-Assad era is the more troubling scenario. Apparently, Netanyahu supports the latter view.»

• D’un autre côté, qui est celui de l’évolution la plus dramatique, il y a certains commentaires autour de la livraison des missiles sol-air russes S-300 à la Syrie, dont nul ne sait précisément le statut (déjà livrés ? En voie de l’être ? Toujours rien de fait ? Etc.). Certains commentateurs israéliens envisagent le pire, soit l’attaque des S-300 par Israël.

Dans Al-Monitor Israel Pulse, le 17 mai 2013, Ben Caspit explore l’hypothèse d’une telle attaque selon diverses options. Dans tous les cas qu’il envisage, le danger est considérable d’une extension de la crise syrienne vers une guerre généralisée dans la région, y compris avec l’implication de puissances extérieures d’un poids énorme, – dans ce cas, il s’agit de la Russie…

(Il est à noter que toutes ces situations s’appuient sur le fait, qui semble avéré pour les commentateurs, que le S-300 est une arme terrifiante, qui paralyserait complètement l’activité aérienne des forces israéliennes. On a vu [le 13 mai 2013] que certains experts ne partagent pas du tout ce point de vue.)

«The situation is more dangerous than ever, mainly because everyone involved — and there are plenty of people involved — is caught up in a kind of “Catch-22” situation. Israel cannot accept the presence of S-300 missiles in Syria, since these missiles can be used to shoot down its air force jets al most as soon as they take off from their bases in Israel.

This would be a harsh blow to Israel’s longstanding dominance of the air in the Middle East. On the other hand, if Israel attacks those missiles, it would find itself entangled with all of its enemies at once, and with Russia too. That may be too much to handle, even for Israel…»

• Les Russes, eux, ont une ligne. Ils sont cohérents avec eux-mêmes et, dans cette confusion générale, apparaissent à tous comme une puissance déterminée et un pôle de stabilité, avec une politique bien déterminée et surtout bien structurée puisqu’appuyés sur des principes.

C’est pourquoi, certes, ils dominent la situation en termes d’autorité et d’influence, ce qui est aujourd’hui l’essentiel dans cette région. Leur plus grand adversaire, c’est donc le désordre, – le désordre que causerait une prise de contrôle totale du mouvement rebelle par les extrémistes islamistes, le désordre que causerait une maladresse de trop des USA quittant leur ligne actuelle (ce qu’on peut en juger) pour un interventionnisme soudain plus affirmé, le désordre que causerait une attaque israélienne de plus et ainsi de suite.

Pour cette raison, les Russes ont déterminé habilement que leur position d’influence parce qu’elle est aussi une position d’autorité peut aussi bien marier une certaine attitude d’arbitrage et une certaine attitude de fermeté qui apparaît subjectivement favorable à Assad, mais essentiellement parce que Assad représente pour l’instant l’ordre et la souveraineté.

Le problème actuel est que la situation est si confuse, que l’“alliance” du bloc BAO & consorts craque si fortement de toutes parts, que la position des rebelles sur le terrain est si incertaine, qu’existent diverses tentations de l’une ou l’autre poussée, de l’une ou l’autre tentative de coup d’éclat, dont le résultat craint par les Russes serait moins une victoire-surprise du camp anti-Assad qu’une brutale accélération et une rapide extension du désordre devenu incontrôlable.

Pour eux, par conséquent, l’incertaine conférence de Genève (Genève-2) est devenue le but essentiel, non par sa vertu intrinsèque mais parce que faute de grives, on mange des merles, – parce que cette conférence est le seul espoir au moins temporaire de stabilisation institutionnalisé de la situation.Russia is keeping its fingers crossed… […] [I]t is indeed a situation where things could go either way — “a critical moment, with advocates and opponents of a negotiated settlement in Syria at each other’s throats.” “Indeed, what Russia can do for the present is to make sure…»)

Le plus remarquable de l’attitude russe, c’est effectivement, comme on en a vu le principe, que ce désir d’ordre presque à tout prix, ne l’est justement que “presque”. Les Russes parviennent, notamment grâce à une convergence de fermeté des deux personnalités de Poutine et de Lavrov, à ne pas se laisser emporter par la fragilité et la vulnérabilité potentielle du seul acteur responsable jusqu’à paraître l’arbitre du drame syrien qu’implique leur position, – ce qui serait le cas si, par exemple, ils abandonnaient le principe de la livraison de S-300, apparaissant brusquement affaiblis par leur rôle, donc ayant ôté toute sa substance d’autorité et d’influence à ce rôle, ayant gagné un peu de répit pour le court terme mais en perdant autorité et influence.

En gardant cet aspect de fermeté à leur politique, ils prennent des risques à court terme mais ménagent une chance pour le terme plus long et renforcent finalement leur position ; d’autre part, ils s’affirment prêts à l’affrontement si des conditions nouvelles et brutales l’imposaient.

Il n’empêche, – à partir d’une entame bien incertaine et faite de seule communication autour de l’emploi possible de l’armement chimique en Syrie, la période est devenue bien significative, sinon cruciale (mais pourtant pas décisive). Elle est effectivement transitoire (“temps suspendu”), mais pour un but (réunion d’une conférence Genève-2) qui, s’il est atteint, établira une situation nouvelle qui, elle aussi à son tour, générera de nouvelles manifestations de désordre.

Il s’agit d’une période de transition dont l’alternative est d’une part un “progrès” qui ne fera que poser les termes de la crise syrienne dans des orientations différentes où le désordre se développera d’une autre façon, ou d’autre part la possibilité de l’accélération brutale du désordre.

Tout le brio des Russes ne peut rien sur l’essentiel, parce que personne ne peut rien sur l’essentiel. La présence de ce que nous nommons l’infrastructure crisique ne permet pas une résolution de la crise syrienne selon une procédure politique classique :

la crise syrienne fait partie du contexte général de la crise d’effondrement du Système et elle dépend complètement de l’évolution générale de cette crise, qui s’exprime comme la “crise haute” par excellence. Cela dépasse les capacités du sapiens courant, format-XXIème siècle.

http://stationzebra.net/?p=18421

Obama et Cameron se réunissent pour un sommet de guerre à Washington

La Syrie possède les S300!!(presse russe)

La Syrie possède les S300!!(presse russe)IRIB-Selon le journal russe Nezavisimaya Gazeta la Syrie n’attend pas recevoir les batterie de missiles S300 puisqu’elle les possède déjà.

Selon le directeur du centre d’étude russe Vladimir Mokhin le contrat de vente des S300 a été signé avec la Syrie en 2010 et la livraison à l’armée syrienne de ce système et l’envoie des spécialistes et des conseillers  russes se poursuivent depuis deux ans ! » selon le journal, les S300 existent sur le sol syrien mais ils y sont couverts.  « cette information a été transmise à Netanyahu au cours de sa récente rencontre avec le président Poutine au Kremlin ».   La Russie n’est pas inquiète au sujet de la livraison de ces missiles à damas puisque la vente des S300 n’entre pas dans le cadre des sanctions qui frappent la Syrie »les S300 ont la capacité de frapper 12 cibles à la fois.

http://french.irib.ir/info/moyen-orient/item/257180-la-syrie-poss%C3%A8de-les-s300-presse-russe

« Israël » met en garde la Syrie contre les envois d’armes au Hezbollah

L’équipe du site

L’entité sioniste a mis en garde la Syrie contre la poursuite des envois d’armes sophistiquées au Hezbollah, laissant entendre qu’il envisageait de nouveaux raids aériens pour empêcher ces transferts, selon le New York Times de jeudi.

« Israël est déterminé à poursuivre ses efforts pour empêcher les envois d’armes sophistiquées au Hezbollah. Le transfert de telles armes au Hezbollah va déstabiliser et mettre en danger l’ensemble de la région », a déclaré un responsable israélien au quotidien new-yorkais.

« Si le président syrien Bachar al-Assad réagit en attaquant Israël, ou essaie d’atteindre Israël par le biais de terroristes (…) Israël répondra », a ajouté ce responsable qui a contacté le journal mercredi mais n’a pas souhaité être identifié.
Cette nouvelle mise en garde israélienne intervient deux jours après que le président russe Vladimir Poutine a appelé à éviter tout acte risquant de déstabiliser la Syrie. M. Poutine s’était exprimé après une entrevue avec le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu à Sotchi (sud de la Russie).

La visite en Russie de M. Netanyahu faisait suite à la confirmation par Moscou de son intention de livrer au régime de Damas des systèmes sol-air sophistiqués S-300, capables d’intercepter en vol des avions ou des missiles guidés.

L’installation d’un tel système de défense sol-air compliquerait fortement toute nouvelle frappe israélienne, et tout projet des Etats-Unis ou de leurs alliés d’établir une zone d’exclusion aérienne au-dessus de la Syrie ou d’intervenir pour sécuriser ou démanteler des armes chimiques.

http://www.almanar.com.lb/french/adetails.php?eid=112319&cid=18&fromval=1&frid=18&seccatid=22&s1=1