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La Syrie dans le chaudron des projets gaziers géants !

 

Alep / Syrie : La stratégie de la faim quand toutes les autres ont échoué !

 

« Sous nos yeux » Le monde sans le Qatar _ par Thierry Meyssan

Le subit retrait politique du Qatar hors de la scène internationale a été suivi, une semaine plus tard, du renversement Mohamed Morsi en Égypte. Bien qu’il n’y ait qu’une concomitance entre les deux événements, sans lien de cause à effet, leur survenue change radicalement l’avenir du monde arabe.

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Mohamed Morsi et l’émir Hamad Al-Thani

En deux semaines, les Frères musulmans, à qui Washington promettait de gouverner le monde arabe, ont perdu deux de leurs principaux leviers de pouvoir. L’émir Hamad Al-Thani du Qatar a été contraint d’abdiquer le 25 juin, et avec lui son inspirateur et Premier ministre, HBJ. Le 3 juillet, le président Mohamed Morsi a été renversé par l’Armée égyptienne, tandis que des mandats d’arrêt étaient bientôt lancés contre les principaux responsables du mouvement égyptien, dont le Guide suprême de la confrérie, Mohammed Badie.

Il ne semble pas qu’en poussant l’émir Hamad vers la sortie, Washington prévoyait un autre changement de régime en Égypte. Les États-Unis, qui n’ont pas supporté ses magouilles politico-financières, ont remis le Qatar à sa place de micro-État. Jamais Washington n’a remis en cause l’aide apportée par l’émir aux Frères musulmans, ni leur rôle au Caire, mais juste l’enflure de l’émirat.

Le rôle des Frères

Quoi qu’il en soit, l’inattendue accession légale de la Confrérie au pouvoir, en juin 2012, en Égypte, laissait entendre le véritable objectif du « printemps arabe » : une nouvelle ère de colonisation fondée sur l’accord secret des Frères, des États-Unis et d’Israël. Pour la Confrérie, l’islamisation forcée des sociétés d’Afrique du Nord et du Levant ; pour Washington, la globalisation économique, incluant des privatisations massives ; et pour Tel-Aviv, la continuation de la paix séparée de Camp David.

Il importe de bien comprendre que, ce faisant, « La Confrérie est devenue le fer de lance du sionisme arabe », selon l’expression du penseur libanais Hassan Hamade. Ce que confirme à sa manière le « conseiller spirituel » de la chaîne qatarie Al-Jazeera, cheikh Yusuf al-Qaradawi lorsqu’il prêche que si Mahomet était parmi nous aujourd’hui, il vivrait en paix avec les Israéliens et soutiendrait l’Otan.

L’idéologie de la Confrérie

Cette position a été favorisée par la structure des Frères musulmans. Bien qu’elle dispose d’une coordination internationale, la Confrérie n’est pas constituée d’une organisation unique, mais d’une multitude de groupes distincts. En outre, il existe des niveaux différents d’adhésion avec chacun leur propre idéologie. Cependant, tous se retrouvent autour d’une même devise : « Allah est notre but, le Coran est notre loi, le Prophète notre leader, le Jihad notre voie, et le martyr notre plus haute espérance ». En outre, ils se réclament tous de l’enseignement d’Hassan el-Banna (1906-1949) et de Saïd Qutb (1906-1966).

De facto, la Confrérie est la matrice de tous les mouvements salafistes (c’est-à-dire cherchant à vivre comme les compagnons du prophète) et takfiristes (c’est-à-dire luttant contre les apostats) travaillant avec la CIA. Ainsi Ayman al-Zawahari, actuel chef d’Al-Qaïda, est issu de leurs rangs. Fidèle agent US, il fut l’instigateur de la présidence d’Hosni Moubarak, en organisant l’assassinat d’Anouar el-Sadate. Il est aujourd’hui devenu le chef spirituel des Contras syriens.

La Confrérie a toujours été minoritaire, dans tous les États où elle s’est développée, y compris en Égypte où elle ne doit sa victoire électorale qu’au boycott des urnes par les 2/3 de la population. Elle a donc suscité, face à des dictatures, toutes sortes de groupes armés qui ont tenté de s’emparer du pouvoir par la force ou la dissimulation. Ce qui caractérise son comportement, c’est que, pour elle, « La fin justifie les moyens ». Dès lors, il est difficile de distinguer, dans son évolution idéologique, ce qui est authentique de ce qui ressort de la séduction politique. Précisément, le cas égyptien a montré que son évolution démocratique était de pure façade, juste le temps d’une élection.

Surtout, bien qu’il soit au départ un mouvement destiné à lutter contre l’impérialisme britannique, il entra immédiatement en conflit avec le nationalisme arabe, principal adversaire de l’impérialisme dans la région. Comprenant l’usage qu’ils pouvaient faire des Frères, les Britanniques, experts en maniement de sectes, loin de les éliminer, les pénétrèrent et les soutinrent pour lutter contre les nationalistes. Aujourd’hui encore, la coordination internationale des Frères est installée à Londres.

Le « printemps arabe » (depuis décembre 2010) n’est au fond qu’un remake de l’ancienne stratégie franco-britannique de la « révolte arabe » contre les Ottomans (1916-1918). Sauf que cette fois, le but n’était pas de placer des fantoches pseudo-indépendants à la place de la vieille administration ottomane, mais des fantoches vierges adaptés à la globalisation à la place d’alliés usés.

Le repli stratégique du Qatar

Depuis le changement d’équipe au Qatar, l’argent a cessé de couler à flots vers les Frères, que ce soit en Syrie, en Palestine, en Égypte, en Libye ou ailleurs. L’émirat se recentre sur ses ambitions intérieures et prévoit de consacrer 200 milliards de dollars pour préparer la Coupe du monde de football, dans neuf ans.

Cette soudaine disparition de la scène internationale laisse le champ libre aux Saoudiens et aux Émiratis, qui se sont tous deux précipités pour soutenir le nouveau régime égyptien.

A contrario, la rivalité entre le Qatar et l’Arabie saoudite a conduit l’Iran à soutenir Mohamed Morsi en Égypte —alors qu’il soutient Bachar el-Assad en Syrie—. Du coup, Téhéran se trouvait plus d’affinités avec le projet des Frères égyptiens « d’islamiser la société » qu’avec celui des nassériens de libérer la Palestine de l’occupation coloniale.

En définitive, le retrait du Qatar correspond à un rééquilibrage des forces dans le monde anglo-saxon. Successivement, les commissions de contrôle des services secrets au Congrès des États-Unis et à la Chambre britannique des Communes se sont opposées à l’envoi d’armes aux « rebelles » en Syrie.

La chute des Frères musulmans n’est donc pas seulement l’échec d’une Confrérie, mais aussi celui de ceux qui, à Londres et Washington, ont pensé pouvoir remodeler l’Afrique du Nord et le Proche-Orient, puis à défaut y faire régner le chaos plutôt que d’y perdre la main.

Révolution égyptienne, suite ou fin?

Pour qu’il y ait contre-révolution, il faudrait qu’il y ait eu une révolution.

 

Le processus vers le changement qui a abouti au renversement de Moubarak il y a deux ans et à la chute de Morsi ces derniers jours a commencé depuis longtemps. Il a laissé des traces pour qui veut bien les relever sur les pages de l’histoire de la dernière décennie.

Le nombre de grèves et de protestations n’a cessé de s’amplifier depuis 2005. Il a culminé en 2008 lorsque le prix des denrées alimentaires, sous l’effet des opérations spéculatives d’un capital financier qui a fui les produits dérivés adossés aux crédits hypothécaires pour les matières premières et l’agro-alimentaire, ont flambé alors que les salaires minima étaient bloqués depuis 1984 à 25 $ mensuels. En avril 2008, les grèves dans le textile à Mahalla al Koubra avaient créé un précédent inouï, la rue demandait déjà la chute du régime. À cette occasion, les travailleurs s’étaient affranchis de la tutelle des syndicats officiels liés au parti de Moubarak.

En résonance avec cet événement qui a servi de matrice au soulèvement de janvier 2011, 23 000 ouvriers se sont mis en grève dans ce même secteur du textile en juillet 2012. Ils exigeaient l’amélioration de leurs conditions de travail, la revalorisation de leurs salaires et le licenciement des cadres corrompus.

 

Du point de vue social, qu’a donc fait le gouvernement Morsi et surtout quel espoir a-t-il donné à une jeunesse affectée par un taux de chômage estimé à largement plus de 25%?

 

La consultation référendaire de décembre 2012 pour l’adoption de la nouvelle Constitution a été précédée par de nombreuses manifestations qui ont donné lieu à des heurts avec la police. Peu d’électeurs se sont déplacées, environ 30% de participation, et moyennant quelques manipulations semble-t-il dans les urnes, elle a été adoptée avec 60% des voix exprimées.

Trente ans d’absolutisme, d’humiliations, d’un État fondé sur une police pléthorique avec 1,5 millions de policiers très qualifiés en corruption et en torture, un an d’insurrections, d’émeutes, de rassemblements, de grèves, des milliers de blessés et de morts pour “ça”.

 

Le texte précise que la source principale de la législation serait la loi coranique sans que ne soit explicitée la liberté de culte pour les minorités religieuses.

Mais surtout il ne garantit pas la liberté d’expression, il confie à la police sans restrictions explicites la tâche de veiller à la moralité publique.

Il prévoit que sera fixé un salaire maximum, lequel pourra souffrir des exceptions que prévoira la loi (article 14), mais en aucun cas la Constitution n’établit le principe d’un salaire minimum. L’article 15 proclame le principe de la justice pour les travailleurs agricoles mais ne se prononce pas sur le plafonnement de l’étendue de la propriété agraire latifundiaire.

L’article 26 relatif à l’impôt est très évasif, il n’établit pas de connexion entre le niveau de revenus et les contributions fiscales.

Les libertés syndicales sont très restreintes, un seul syndicat par catégorie professionnelle est autorisé (article 53).

Nulle part n’apparaît la responsabilité du gouvernement devant la Chambre des Représentants.

Dans nombre d’articles, la Constitution laisse la part belle aux militaires. En particulier, le 197 réserve au Conseil de Défense Nationale la discussion du budget militaire. Il est constitué de sept civils et de huit militaires.

Ce type de dispositif annonce clairement qu’il ne prend pas la peine pas de faire des promesses qui ne seront pas tenues, comme c’est le cas des démocraties représentatives à l’occidentale. Les prêches dans les mosquées assimilaient l’acquiescement au texte constituant à un devoir religieux. Pourtant le texte élaboré en trois mois par un conseil dominé numériquement par les Frères et d’où se sont rapidement retirées les personnalités de gauche et les laïcs n’a été validé que par 20% des électeurs. Ce piètre score annonçait la poursuite des protestations.

 

Morsi, son gouvernement et sa Constitution n’ont de musulman que le nom et rien de démocrate. L’un des principes économiques et donc politiques les plus cités dans les versets coraniques concerne l’interdiction absolue du prêt avec intérêts. L’autre concerne les jeux de hasard et spéculatifs.

 

La Bourse du Caire n’a pas été menacée dans les activités spéculatives.

Quémander des rallonges de prêt au Qatar, au FMI, à l’UE et aux Usa ne peut que conduire à des réformes qui privatisent des pans résiduels dans le service public pour obéir aux injonctions des prêteurs.

Le gouvernement précédent oeuvrait de même : Élargir et approfondir une dette impossible à rembourser vis-à-vis de puissances qui imposent leur politique économique (et dictent les alliances internationales), anémier jusqu’à leur disparition toutes les structures qui organisent une solidarité nationale.

 

Il avait fallu des semaines de protestation après la chute de Moubarak pour que soient tenues les élections législatives. Jusqu’au bout, le Conseil Suprême des Forces Armées menaçait implicitement de ne pas valider l’élection présidentielle.

 

On a cru un instant que le premier Président élu de l’Égypte s’était affranchi de la tutelle de l’armée quand il avait remercié le Maréchal Tantaoui, ministre de la Défense pendant 20 ans et chef du CSFA en août 2012. Mais les plaintes déposées auprès de la justice militaire contre l’armée pour sa répression dans la très lourde répression des manifestations n’aboutissent pas. La Constitution lui assure un pouvoir législatif et une grande autonomie financière et politique.

 

On a également espéré une ouverture permanente du terminal de Rafah qui permettrait aux emprisonnés de Gaza de se sentir des humains comme les autres. Le passage par le poste frontière a été aléatoire et le gouvernement craignant des actes ‘terroristes’ a noyé de nombreux tunnels qui demeurent la seule voie à peu près assurée pour les marchandises et les humains.

l était attendu que le traité de paix avec Israël soit dénoncé.

Il n’en a rien été. Dès le 1,3 milliard de dollars accordés par les Usa à l’armée, véritable arbitre du pouvoir et détentrice d’une part considérable de l’économie nationale, on apprenait que le gouvernement Morsi rompait les relations diplomatiques de l’Égypte avec la Syrie.

 

6 millions d’Égyptiens, selon une estimation basse, sont sortis dans la rue le dimanche 30 juin, jour travaillé.

Après deux années de lutte, ils n’ont obtenu ni dignité, ni liberté, ni pain.

Les raisons de la colère se sont même amplifiées car la révolution tant espérée n’a pas abouti.

Le travail d’accouchement de l’histoire se poursuit.

Il est urgent de ne pas y voir la main invisible ou apparente d’un Deus ex machina qui manipulerait 22 millions de Tamarridoune (1) pleins de fureur et bouillonnant d’impatience pour une vie plus digne.

D’abord et avant tout, la solution à venir devra éviter de réemprunter le chemin du capitalisme libéral qui ne profite qu’à ceux qui captent pour leur compte la dette contractée à l’extérieur. Pour l’extrême majorité, elle signifie absence de services publics, pauvreté et chômage.

L’Égypte devrait développer une économie productive intégrée régionalement et renoncer à vivre exclusivement de la rente pétrolière indirecte. Les revenus du canal de Suez par lequel transitent 40% du pétrole aux mains des Séoud et 20% de l’or noir iranien restent très inférieurs aux flux financiers générés par les travailleurs égyptiens émigrés dans les pays arabes gros producteurs.

Quand ce qui est à parcourir est si difficile, un chef charismatique explique le projet qu’il formule pour son peuple, il le soulève d’enthousiasme et obtient son adhésion.

Les Frères n’ont pas élaboré une vision d’avenir pour l’Égypte, et Morsi n’a pas la compétence ni le talent d’un rassembleur.

Désormais, les peuples ne se contentent pas de ce TINA (2) qui leur a été servi ces dernières décennies, au Brésil comme en Turquie comme en Grèce et au Portugal.

La fin de ce Système englobant la moindre activité humaine et l’incorporant dans le circuit marchand mondial, est sifflée.

 

Badia Benjelloun

Notes

 

(1) Le substantif Tamarroud veut dire rébellion, Tamarridoune, les rebelles.

(2) There Is No Alternative de Margaret Thatcher

http://www.dedefensa.org/article-r_volution_gyptienne_suite_ou_fin_08_07_2013.html

L’Égypte après Morsi

On a déjà pu lire dans cette rubrique (voir depuis le 22 octobre 2012) des présentations et des citations de l’institut de recherche Conflicts Forum de Beyrouth, sous la direction d’Alastair Crooke. L’institut produit d’excellentes analyses sur la situation et les crises de la région du Moyen-Orient.

L’institut édite un commentaire hebdomadaire général sur la région, son Weekly Comment, auquel nous avons déjà fait référence. Cette édition pour la semaine du 28 juin au 5 juillet 2013 est entièrement consacrée aux événements égyptiens. Conflicts Forum donne une analyse en profondeur des conditions politiques intérieures égyptiennes existantes et des implications géopolitiques. Il met en évidence combien l’Égypte reste un pays fracturé, plus que jamais confronté à un risque de guerre civile, et de quelle façon la chute de Morsi a constitué un revers important pour le Qatar notamment, et son ambitieuse politique.

Conflicts Forum : Weekly Comment (28 June – 5 July 2013)

Egypt: Whilst opponents of Morsi, both at home and overseas, exuberantly voiced their elation at his (and the Brotherhood’s) humiliation, detention and removal from power in a coup devoid of any legal or constitutional basis, the basic contradictions to the situation largely have been obscured by the media focus on Tahrir partying. Polls held in Egypt over the course of the last five years indicate a clear trend: the Egyptian public is becoming more religious and conservative. This is also the trend across the region: the poor, less educated, rural population (the huge majority in Egypt), are soaking up the Salafism irradiating through their societies (see last week’s Comment), whilst the urban middle-class elites are becoming more assertively secular. It may seem contrarian to underline this fact at a time when the world’s media outlets are hailing the ousting of the ‘Islamists’, but this is the reality. Clearly the Egyptian opposition imagine they have got what they wanted. They are now riding high. But here is the problem: it is not clear that what the mainly middle-class urban youth of Cairo want is the same as what the majority of Egyptians want. A recent Zogby poll found that whilst seventy-four percent of Egypt’s electorate said they lacked confidence in the Brotherhood (mainly because of the deteriorating economic situation and Morsi’s undoubted errors of judgment), an even larger proportion (75-78%) expressed little trust in the opposition parties, either. The wider Muslim Brotherhood camp (with its large rural constituency) now feels that the country was stolen from it – its candidate had won 51.7% votes in an Presidential election that was widely accepted as free and fair. Not only that, but the Brotherhood additionally has won during the past two and a half years, the parliamentary poll and a referendum on a constitution drafted by them — three election wins. The Brotherhood, who had waited eighty years for their project come to fruition, saw it crumble to nothing in three days. Too many people in Egypt felt that last Sunday was Egypt’s ‘now or never moment’: the opposition believed that if they did not act, Morsi and the Brotherhood would control them forever; the Brotherhood for its part, feared that if their key platform over eight decades – their coming to power legitimately – were taken from them by force (think Algeria, Hamas in 2006 and now Cairo), the movement might simply implode – with young Muslims concluding that the only course must be ‘to burn the system’ in order to re-make it. As Conflicts Forum has been noting, Egypt is unbridgeably fractured. Each faction wants absolute victory; all camps aspire to defeat their rivals resoundingly. But if the Brotherhood’s legitimacy has been so peremptorily and arbitrarily withdrawn, why should anyone else’s subsequent claim to legitimacy be treated with any greater respect? Regrettably, in post-Hosni Mubarak Egypt, consensus is not available. The consequences of this coup will reverberate violently through not just Egypt, but the region as a whole.

Why did the army do it? It is a complex story (see here), but essentially the Brotherhood ideologues had come to believe that the AKP’s success in Turkey was rooted in wooing the businessmen, and in pursuing a liberal-market economic policy (many Islamists have come to believe that pursuit of a neo-liberal platform somehow can inoculate them from western interference). Such economic success, they hoped, would allow them to implement social Islam à la Turque. The Brotherhood could not have been less fortunate in the economic circumstances that faced them however, as they took power in Egypt. Economically matters were set to go from bad to worse, and any government would face extreme difficulties and possible failure. In any event, this economic programme was called the ‘Turkish model’ by such Brotherhood ideologues, such as Esam al-Arian. But it was a misnomer, since the Brotherhood ‘model’ was really Ataturk-esque in one important respect: It accorded the Egyptian military a privileged position, both in terms of protection from political oversight – as well as allowing it to maintain its huge economic interests too. It entrenched the ‘deep state’, rather than undermined it as happened in Turkey. This was the essence of the “Al-Selmi” pact struck between the Brotherhood and the Army in November 2011. This self-interest pact between the Army and the Brotherhood, to preserve the status quo, worked well for a time, but the Egyptian ‘deep state’ still smarted from the ousting of Mubarak, and plotted its comeback. Certain Gulf states (notably the UAE, Kuwait and Saudi Arabia) were only too happy to fund and encourage the new secular/liberal revolt against Morsi and the Brotherhood – spurred by their growing anger at Qatar’s pro-Brotherhood sponsorship. This aggravating and bitter Gulf rift has been central to how matters subsequently developed. In May, a delegation of Gulf leaders lobbied President Obama to rein in the Amir of Doha and his promotion of the Brotherhood, which they feared held aspirations to power in the Gulf states too. The US had already begun to wonder whether the Qatari leadership was ‘two-timing’ the US in its support for radical Islamist movements, whilst ostensibly pursuing US interests in the region, but Obama was cautious. Internally in Egypt, the growing brouhaha being mounted by the secular-liberal, urban opposition, (funded by the anti-Qatari faction) both frightened an Army concerned that popular mobilization might threaten the status quo through metamorphosis into a genuinely revolutionary movement; and as Prof Frisch has noted, gave the opportunity for the deep state to bring themselves back into power. Paradoxically, the same upper-middle class youth, who just a year ago, shouted “down with the military” and were then used by Morsi in his confrontation with the army, now have been used again by the military and others in the “deep state” to bring themselves back to power. The military lost power to Morsi after ruling Egypt ineptly for eighteen months in the aftermath of Mubarak’s ouster. Just one year later they find themselves back on top. Of course, this is presented as the transition to democracy; but three key factors may suggest a different course: Firstly, the drive behind the coup came from Saudi Arabia, which additionally has promised, reportedly, to indemnify the Egyptian Army against any loss of US aid (which legally must be halted in the event of a coup); the appointment of a Mubarak henchman to the ‘transitional’ Presidency; and the striking absence of any timetable for the transition.

Geo-strategic implications: The most obvious is the reversal of fortunes of Qatar, which has led with its financial and political support for the Brotherhood. It has been politically crushed by Saudi Arabia. First, we had the Emir’s (ostensibly, timely) abdication, the PM’s unexpected departure for comfortable exile in London; its Brotherhood protégé deposed from power; its Egyptian leadership arrested; and the new Emir obliged to have to congratulate the Egyptian Army for safeguarding Egypt’s national security. The Gulf states are feeling their fragility. They would never have reacted so assertively in Egypt unless deeply concerned at their own domestic situation. This shift of Qatar’s fortunes, plus the western-sanctioned overthrowing of an elected Islamist administration will undoubtedly adversely impact on the Syrian opposition’s already fading fortunes. There may be the possibility of a renewed Saudi-Egyptian axis, but whether this ever will materialize will depend wholly on how Egypt unfolds in the coming months. What is far more significant and impossible to predict, however, are the consequences and impact of this weekend’s events on the already fractured and increasingly adversarial identities – now perceived in polar opposition to one another – that comprise the Sunni sphere. Across the region, the break-up of overarching identities (such as Arabism) into polarized factional identities, historically has almost invariably ended with civil conflict and war. Although there are some fragile intimations of a new Arabic identity arising, in opposition to the present polarization, it is doubtful this will emerge sufficiently quickly or strongly to mitigate the wider dynamics toward civil conflict.

 

Conflicts Forum

http://www.dedefensa.org/article-l_gypte_apr_s_morsi_06_07_2013.html

En Syrie, la propagande est une arme comme une autre

Et l’Occident en a la maîtrise la plus aboutie.

Un article paru hier dans le New York Times sous la plume de CJ Chivers évoque les armes venues de Libye qui équipent les «rebelles» en Syrie.

Cet article est repris par la presse française qui n’analyse cependant pas sa place dans le dispositif propagandiste que les puissances occidentales ont mis en marche depuis le début de la crise syrienne.

Ce que la presse ordinaire ne fait pas, le blog Moon of Alabama  le fait et expose la réalité de la machine de propagande simplement en mettant en relation le dernier article de CJ Chivers avec son reportage précédent transmis depuis la Syrie le 12 juin dernier, il n’y a pas même quinze jours.

Ce que montre Moon of Alabama est que le dernier article de Chivers contredit le précédent. En effet, dans l’article du 12 juin, le journaliste du New York Times parlait de rebelles réduits à fabriquer artisanalement eux-mêmes armes et munitions du fait de la rareté des approvisionnements en provenance des pays étrangers.

Une situation complètement inversée  dans l’article du 21 juin qui parle d’un effort multinational et complexe financé en partie par le Qatar pour acheminer en Syrie armes et munitions venues de Libye.

Or, dans le même article Chivers remarque que les armes libyennes ne constituent qu’une partie de l’arsenal des rebelles. Et que cet arsenal, loin d’être de nature artisanale comprend des canons sans recul et des missiles antichars évolués.

Cette mise au jour de la démarche propagandiste d’un quotidien américain réputé par Moon of Alabama demande, outre de la perspicacité, une qualité qui fait défaut dans ce monde où prime l’instantané en matière d’information : la mémoire.

Journalisme de propagande – L’échec de Kerry au Qatar

Moon of Alabama, 22 juin 2013 traduit de l’anglais par Djazaïri

Le 12 juin dernier, CJ Chivers du New York Times était en Syrie pour reportage dans lequel il parlait d’ateliers qui fabriquent quelques munitions pour l’insurrection en Syrie qui est soutenue par l’étranger. L’article, à commencer par le titre, était une longue complainte sur la prétendue insuffisance d’armement pour ces pauvres tueurs. L’article était illustré par des photos des ateliers prises par  son complice Tyler Hicks.

 Privés d’armes, les rebelles Syriens les fabriquent eux-mêmes

« Tout le monde sait que nous n’avons pas les armes dont nous avons besoin pour nous défendre », déclare Abou Trad, un commandant du Front des Rebelles de Saraqib, peu de temps avant de permettre aux visiteurs d’entrer dans cet atelier de fabrication d’obus de mortier. « Mais nous avons la volonté, et nous avons de modestes moyens, et nous avons des outils. »

Les ateliers d’armement restent un élément important de la logistique de l’opposition car le flux des armes en provenance du monde arabe ne parvient pas à suivre la demande.

“Tout ce dont nous avons besoin, c’est d’armes efficaces,” dit Khaled Muhammed Addibis, un commandant rebelle. «Des armes efficaces, rien d’autre.»

Quand Chivers a écrit ce qui précède, la ligne officielle de la propagande disait que les Etats Unis n’armaient pas activement les «rebelles» mais qu’Obama «résistait aux pressions pour ce faire» [armer les opposants]. C’était absurde et Chivers le savait. Alors même qu’il racontait son histoire sur ces pauvres «rebelles» qui devaient fabriquer des armes eux-mêmes parce qu’ils n’en recevaient pas par ailleurs, Chivers avait pu voir de nombreuses armes modernes venues de Libye et d’ailleurs et il savait que la CIA participait à leur distribution. Il n’en a jamais parlé, mais il a au contraire raconté les mensonges ci-dessus. Comment savons-nous qu’il a menti ? Eh bien, jetez juste un œil sur ce que Chivers écrit aujourd’hui :

Les informations recueillies en Syrie , ainsi que les données du contrôle aérien et des entretiens avec des membres des milices, des contrebandiers, des rebelles, des analystes et des officiels  dans plusieurs pays, dressent l’image  d’un effort multinational complexe et actif, financé en grande partie par le Qatar, pour transporter des armes en provenance de Libye aux combattants de l’opposition syrienne.

Si ce système semble réussir à acheminer des armes à travers de multiples frontières et à faire un tri parmi les organisations rebelles, une fois en Syrie, le flux d’armement se ramifie. Les combattants islamistes, dont certains sont alignés sur al Qaïda, ont l’argent pour acheter les stocks qui viennent d’arriver, et beaucoup de rebelles sont prêts à les vendre.

Mais les apports venus de Libye semblent représenter au moins une partie des armes antichars que nous avons vues dans le conflit ce printemps, dont des projectiles de fabrication belge pour des canons sans recul M40 et certains des missiles guidés Konkurs-M  de fabrication russe qui ont détruit des blindés syriens ces derniers mois.

Système antichar Konkurs

Système antichar Konkurs

La présence de munitions venant de l’ancien arsenal de Kadhafi est aisément visible.

Fin mai dernier, le New York Times a trouvé des caisses, des gaines de stockage et des douilles de munitions antichars en provenance de Libye et en possession d’ Ahfad al-Rasul, une importante organisation combattante affiliée au Conseil Suprême Militaire.

Alors qu’ils écrivaient sur des insurgés “privés d’armes”, Chivers et son photographe Hicks avaient en réalité vu les canons sans recul, les missiles guides et quantités de caisses de munitions venues de Libye. Mais à ce moment là, le thème officiel de la propagande était ces «pauvres rebelles sous-armés » et Chivers avait obligeamment suivi cette ligne.

Quad de l'armée chinoise équipé d'un canon sans recul

Quad de l’armée chinoise équipé d’un canon sans recul

Ce thème de la propagande avait pour but de créer un certain soutien dans l’opinion à une escalade de la guerre en mettant encore plus d’armes entre les mains des rebelles. L’histoire des «rebelles privés d’armes» était fausse et Chivers le savait depuis la «fin du mois de mai» lors de son séjour en Syrie.

Comme souvent, ainsi qu’on le constate ici, les journalistes sont incités, ou obligés silencieusement, à coller à la ligne officielle livrée par la Maison Blanche. Les rares fois où le New York Times va contre la propagande américaine officielle sont juste un moyen de diversion pour entretenir l’image d’une presse libre.

Les onze pays qui forment le groupe des amis pour la destruction de la Syrie se sont réunis aujourd’hui au Qatar. Avant le commencement de la réunion, le Secrétaire d’Etat Kerry avait prévu d’unifier la distribution des armes via le Général Idriss , le chef de l’Armée Syrienne Libre contrôlée par la CIA pour mettre un tant soit peu les djihadistes à l’écart du flot d’armement :

Les opposants Arabes et Occidentaux à Bachar al-Assad se sont réunis au Qatar ce samedi pour renforcer la coordination de leur soutien aux rebelles qui luttent pour renverser le président Syrien.

Les ministres de onze pays, dont les Etats Unis, des puissances européennes et régionales musulmanes Sunnites, ont tenu des discussions qui, selon les Etats Unis, devraient engager les participants à acheminer toute l’aide via le Conseil Militaire Suprême soutenu par l’Occident, dont Washington espère qu’il pourra compenser la rapide montée en puissance des forces rebelles djihadistes.

Cette démarche a été jugée nécessaire parce que l’Arabie Saoudite tout comme le Qatar distribuaient librement des armes aux différentes organisations terroristes takfiristes :

Deux sources du Golfe ont indiqué à Reuters que l’Arabie Saoudite, qui a joué un rôle de chef de file parmi les opposants Arabes à Assad, a aussi accéléré la livraison d’armes sophistiquées aux rebelles.

“Il y a eu ces dernières semaines des arrivages supplémentaires d’armes sophistiquées. Ils en reçoivent plus fréquemment ,»  déclare une source sans donner de détails. Une autre source du Golfe parle de ces armes comme de fournitures de nature à «potentiellement faire pencher la balance.»

Avant la réunion d’aujourd’hui, le Qatar a essayé de placer les takfiristes qu’il soutient sous  l’égide nominale de l’Armée Syrienne Libre :

L’Armée Syrienne Libre a proposé aux puissantes organisations rebelles islamistes une part des nouvelles armes sophistiquées si elles s’unifient sous la bannière de l’ASL.

 «Idriss a proposé de soutenir les factions islamistes en partageant les armes qu’il s’attend à recevoir si elles rejoignent une alliance avec l’ASL et acceptent certaines conditions, » a déclaré hier le rebelle basé à Damas.

Il a également déclaré qu’une délégation  du Qatar était présente – la seule présence non syrienne à cette réunion [à Ankara jeudi dernier]. Cela a surpris les participants mais était sans doute en lien avec la réunion des soutiens de l’opposition, connus sous l’appellation d’Amis de la Syrie, qui doit se tenir à Doha aujourd’hui

 La conférence de Doha est maintenant terminée et Kerry a [encore] échoué :

Les ministres des onze principaux pays qui forment le groupe des Amis de la Syrie s’est mis d’accord «pour fournir urgemment tout le matériel et l’équipement nécessaires pour l’opposition sur le terrain, chaque pays le faisant à sa propre manière,  afin de la mettre en capacité de contrer les brutales attaques du régime et de ses alliés.»

“Chaque pays a sa propre manière” signifie que Kerry a échoué – complètement – à unifier le flux d’armement. Il semble alors que le Qatar et l’Arabie Saoudite continueront à livrer des armes au Jabhat al-Nosra et aux autres organisations terroristes takfiristes en Syrie.

Cette désunion devrait amener l’administration Obama à admettre que ses arguments pour donner des armes aux “bons rebelles” pour en priver les takfiristes ne marchera pas. Le Qatar et l’Arabie Saoudite continuant à fournir ces armes «à leur propre manière», les takfiristes resteront la plus forte composante de l’insurrection.

Compte tenu de l’afflux de nouvelles armes, l’armée syrienne devrait probablement stopper son offensive en cours et rester sur la défensive en attendant de définir de nouvelles tactiques contre ces armes. Des chars avançant à découvert ou restant immobiles à des checkpoints sont des cibles faciles et ne pourront pas échapper à des attaques menées avec des Konkurs-M, des Kornets [le Kornet un missile russe] ou d’autres armes antichars modernes. Il est possible de les contrer mais cela nécessite du temps pour se préparer et se former. Entretemps, les importants transports d’armes peuvent être surveillés et attaqués par surprise et détruits dans des raids éclair.

PS : je le dis à l’intention d’un certain crétin sioniste (pléonasme) : Moon of Alabama est le titre d’une chanson écrite en anglais par Bertolt Brecht et mise en musique par Kurt Weill.

Moon of Alabama a été interprétée par de nombreux artistes dont les Doors, Nina Simone, Dalida où, comme on le voit dans la vidéo ci-dessous, David Bowie.

http://mounadil.wordpress.com/2013/06/23/en-syrie-la-propagande-est-une-arme-comme-une-autre/

La politique syrienne de Washington : faucons contre colombes

À l’image de Vladimir Poutine en Russie, la politique syrienne de Barack Obama est attaquée avec virulence, à la fois par les « faucons » et par les « colombes ». Le 13 juin dernier, Obama concéda deux victoires limitées mais inquiétantes aux faucons : des preuves que les troupes de Bachar el-Assad « ont utilisé des armes chimiques [c’est-à-dire le sarin] contre les forces rebelles », et la décision correspondante « de commencer à fournir pour la première fois aux rebelles des armes légères et des munitions. » (1)

Chacune de ces annonces semble particulièrement étrange, pour ne pas dire malhonnête, pour quiconque ayant suivi de près la crise syrienne. Le conseiller adjoint à la Sécurité nationale Benjamin Rhodes, l’un des principaux conseillers d’Obama en politique étrangère, fut cité dans le New York Times déclarant qu’« il n’y avait aucune raison de penser que la résistance avait accès à des armes chimiques. » Ainsi, comme la plupart des médias grand public aux États-Unis, Rhodes ignora tout simplement les informations parues en mai dernier dans les médias britanniques, selon lesquelles « des enquêteurs de l’ONU en charge des droits de l’Homme ont rassemblé des témoignages de victimes de la guerre civile en Syrie et de personnels médicaux [,] indiquant que les forces rebelles avaient employé du gaz neurotoxique sarin. » (2) Trois semaines plus tard, d’autres informations de ce genre ont été diffusées avant d’être remises en cause. Elles avançaient qu’un cylindre de 2kg contenant du gaz sarin avait été saisi sur des forces rebelles syriennes en Turquie. (3) Comme dix ans plus tôt lorsque l’Irak était en ligne de mire, nous pouvons observer aux États-Unis un nouveau cas où des impératifs politiques conditionnent le renseignement, et non le contraire.

La seconde annonce voulant que les États-Unis commencent « à fournir [en armes] les rebelles » est tout aussi peu crédible. Comme le Times l’a révélé il y a trois mois, la CIA a facilité un acheminement aérien de 3 500 tonnes d’armes (ou peut-être plus) en faveur des rebelles – l’Arabie saoudite et le Qatar étant au cœur de cette opération. (4)

Le rôle d’intermédiaires joué par ces deux pays reproduit un schéma observé en Bosnie en 2003, et plus particulièrement en Libye en 2011 ; et l’Histoire nous enseigne qu’il sera difficile – voire impossible – d’empêcher que des jihadistes ne s’emparent de ces armes, bien que Washington préférerait éviter cette question. (5) En revanche, il est clair que ces armes amplifieront le massacre sans y mettre fin – un carnage visant plus que jamais les civils, quel que soit le camp d’où provient la violence. (6)

Avec ces manœuvres prudentes, Obama a fait bien moins de concessions que ne le désiraient les faucons, comme le Sénateur républicain John McCain. Dans cette même annonce, Benjamin Rhodes a « tout bonnement exclu l’option d’une zone de non-survol », la stratégie d’« aucun soldat au sol » qui a renversé Kadhafi en Libye. En prenant cette décision, Obama pourrait toujours espérer prévenir la manœuvre russe de fournir à el-Assad des missiles anti-aériens perfectionnés – une démarche qui provoquerait très probablement un engagement militaire israélien, et peut-être même une expansion du conflit vers le Liban et l’Irak.

 

Appuyé par un éditorial dans le New York Times, (7) le secrétaire d’État John Kerry a rencontré au début du mois de mai son homologue russe Sergueï Lavrov. Alors qu’un embargo sur les armes de l’Union européenne devait expirer, ils sont tombés d’accord pour organiser une nouvelle conférence internationale à la fin du mois de mai, dans le but de répondre à la crise syrienne. Cependant, cette conférence fut repoussée et sa tenue reste incertaine, en grande partie du fait que les rebelles de l’ASL – clients favoris de l’Occident dans cette rébellion – ont refusé d’y participer, alors qu’ils sont en train de perdre la guerre.

Kerry et Lavrov se sont rencontrés de nouveau à Paris à la fin du mois de mai, et l’issue de cette rencontre fut cette fois-ci plus préoccupante. En effet, les médias russes ont de nouveau rapporté – avec un optimisme mesuré – qu’une rencontre était en projet, bien qu’étant retardée. (8) En revanche, les médias états-uniens ont ignoré ou minimisé l’idée d’une conférence. Au contraire, ils ont amplement cité Patrick Ventrell, un porte-parole du Département d’État, qui reprocha à Moscou d’avoir annoncé la livraison à la Syrie du S-300, un système sophistiqué de missiles guidés anti-aériens ; et il ajouta que les États-Unis soutiendraient dorénavant l’allègement de l’embargo de l’UE sur les armes. (9)

Depuis qu’il a pris ses fonctions, nous avons pu observer deux caractéristiques dans la politique syrienne d’Obama, qui se compensent mutuellement. La première a été son extrême prudence, et son refus de s’engager précipitamment dans des interventions militaires, comme celle où sont actuellement enlisés les États-Unis en Afghanistan. La seconde a été une tendance à justifier ses tactiques dilatoires par des annonces politiques aux buts abstraits, adaptés seulement pour les gros titres. Ce fut par exemple le cas en août 2011, lorsqu’il déclara de façon catégorique qu’el-Assad devait « quitter le pouvoir ». Ainsi, Obama s’est enfermé dans une position politique à laquelle la Russie n’adhèrera pas, sans se donner les moyens de parvenir à cette issue.

Dans le même temps, aux États-Unis et ailleurs, de nombreux analystes bien informés sur la crise syrienne ont mis en garde que ce conflit – qui est déjà une guerre par procuration opposant l’Iran à la Turquie et aux pays de la Péninsule arabique –, pourrait s’étendre et devenir encore plus menaçant. (10) Cependant, ces analyses ont tendance à ignorer la brutale réalité des hydrocarbures qui pourrait déterminer la chute d’el-Assad, si cette compétition énergétique n’est pas frontalement dénoncée.

En 2010, les réserves pétrolières en Syrie étaient estimées à 2.500.000.000 de barils. Plus important encore, la Syrie est la route terrestre la plus évidente pour tout oléoduc ou gazoduc exportant les hydrocarbures du golfe Persique (incluant l’Iran) vers les nations énergivores d’Europe de l’Ouest. Mais l’oléoduc Kirkuk-Bāniyās, qui acheminait le pétrole brut du champ de Kirkuk (Irak) vers la Méditerranée, fut détruit par des frappes aériennes de l’US Army en 2003 et il ne fut jamais rouvert.

En 2009, le Qatar et la Turquie commencèrent à négocier un nouveau pipeline de gaz naturel à travers l’Arabie saoudite et la Syrie, qui serait relié à Nabucco, un projet de gazoduc traversant la Turquie depuis l’Azerbaïdjan. (11) Cependant, un chemin à travers l’Irak semblait de plus en plus problématique, avec la multiplication des conflits dans cette zone. Parallèlement, selon Oilprice.com, l’Arabie saoudite refusa au Qatar l’utilisation de son territoire, ne laissant à cet émirat qu’une route à travers le sud de l’Irak et la Syrie, pour qu’il «sécurise une nouvelle source de revenus. En Turquie, les pipelines sont déjà construits pour recevoir le gaz. Seul el-Assad y fait obstacle.» (12)

Depuis, le Financial Times a rapporté que «Ces deux dernières années, ce minuscule État riche en gaz qu’est le Qatar a dépensé jusqu’à 3 milliards de dollars pour soutenir la rébellion en Syrie, bien plus que n’importe quel autre gouvernement. […] [S]on soutien financier pour la révolution devenue une guerre civile sournoise éclipse totalement le soutien occidental pour l’opposition.» (13)

Le site bien informé ZeroHedge.com a commenté que cet investissement considérable était, «comme c’est si souvent le cas au Moyen-Orient, […] encore une fois uniquement motivé par les ressources naturelles.» (14)

Le champ gazier North Dome du Qatar, situé au milieu du golfe Persique, ne fait qu’un avec le champ South Pars d’Iran, et ils constituent ensemble le plus grand champ gazier du monde. En 2011, el-Assad rejeta un ultimatum du Qatar. Au contraire, il se mit d’accord avec l’Iran et l’Irak pour construire un nouveau gazoduc entre l’Iran et la Syrie, qui transfèrerait le gaz naturel vers la mer Méditerranée depuis le champ iranien South Pars plutôt que depuis le North Dome du Qatar. (15) (N’oublions pas que des défis de cette ampleur contre l’hégémonie du pétrodollar US avaient été lancés par Saddam Hussein puis par Mouammar Kadhafi, avec des conséquences fatales tant pour leurs régimes que pour leurs vies.) (16)

Comme Pepe Escobar l’a commenté, «La raison centrale (mais inavouée) de l’obsession du Qatar pour un changement de régime en Syrie est d’anéantir le pipeline [de gaz naturel] de 10 milliards de dollars [projeté par] l’Iran, l’Irak et la Syrie, qui ont conclu cet accord en juillet 2011. Il en va de même pour la Turquie, car ce gazoduc éviterait Ankara, qui s’affiche perpétuellement comme le carrefour énergétique incontournable entre l’Orient et l’Occident.

Il est crucial de se rappeler que ce gazoduc Iran-Irak-Syrie est […] une abomination pour Washington. […] La différence est que, dans le cas présent, Washington peut compter sur ses alliés du Qatar et de la Turquie pour saboter intégralement cet accord.» (17)

L’un des grands inconvénients des politiques étrangères clandestines est que des décisions cruciales ayant des répercussions mondiales sont confiées à des cowboys va-t-en-guerre. Ces derniers sont peu contrôlés, et ils sont encore moins préoccupés par les conséquences de leurs actions déstabilisantes sur le long terme. Nous avons pu l’observer deux décennies plus tôt, lorsque la CIA aida l’ISI pakistanais – collaborant avec le jihadiste salafiste Hekmatyar – à renverser le gouvernement relativement modéré de Mohammed Najibullah en Afghanistan, qui était resté en place après le retrait des soviétiques. L’Agence avait alors contourné le Département d’État.18

L’ancien ambassadeur Peter Tomsen a écrit des mémoires éloquentes, The Wars of Afghanistan, au sujet de cette tragédie peu admise, de laquelle ont découlé à la fois le 11-Septembre et une guerre que les États-Unis sont encore en train de combattre :

«Le sous-secrétaire aux Affaires politiques Robert Kimmitt et moi-même avons tenté de faire disparaître le fossé entre le Département d’État et la Direction des opérations de la CIA sur la politique afghane. J’ai rencontré à deux reprises le directeur adjoint de la CIA Richard Kerr afin de régler nos divergences. Mais l’Agence persista à soutenir les attaques militaires de l’ISI contre Kaboul, qui visaient à remplacer Najib[ullah] par Hekmatyar. […] Chacun de leur côté, le Département d’État et la CIA agissaient pour remplir des objectifs contradictoires. Ce fut une certaine recette vers la paralysie et l’échec politique final.» (19)

En l’absence d’un changement significatif, nous pouvons anticiper la répétition de cette tragédie en Syrie – soit le fait que la CIA, avec la complicité de l’Arabie saoudite et du Qatar, facilite le transfert d’armes à des jihadistes sunnites, tandis que les responsables du Département d’État tentent de parvenir à une résolution pacifique de cette crise avec leurs homologues russes.

La solution alternative à cette situation serait une nouvelle conférence de Genève, que les diverses factions rebelles soient présentes ou non, mais avec la nécessaire participation du Qatar et de deux autres pays exclus de la précédente conférence : l’Iran et l’Arabie saoudite. Toutes ces nations sont déjà parties au conflit et, comme le reste du monde, elles ont des intérêts légitimes que la paix serait mieux à même de satisfaire. (20)

 

Peter Dale Scott (

(Traduction : Maxime Chaix, Article original : Peter Dale Scott, «Washington’s Battle Over Syrian Foreign Policy: Will Hawks Or Doves Prevail?», The Asia-Pacific Journal, Volume 11, Issue 24, N°1, 17 juin 2013.-

Notes

1). « U.S. Is Said To Plan To Send Weapons to Syrian Rebels », New York Times, 14 juin 2013.

2). «U.N. has testimony that Syrian rebels used sarin gas: investigator», Reuters, 5 mai 2013. Cf. BBC, 6 mai 20913. À cette époque Jay Carney, le porte-parole de la Maison Blanche, déclara que «Nous sommes très sceptiques devant toute suggestion indiquant que les rebelles aient utilisé des armes chimiques», Guardian (Londres), 6 mai 2013.

3). « Turkey finds sarin gas in homes of suspected Syrian Islamists – reports », RT, 30 mai 2013.

4). C.J. Chivers and Eric Schmitt, « Arms Airlift to Syria Rebels Expands, With Aid From C.I.A. », New York Times, 24 mars 2013.

5). Peter Dale Scott, « La Bosnie, le Kosovo et à présent la Libye : les coûts humains de la collusion perpétuelle entre Washington et les terroristes », Mondialisation.ca, 17 octobre 2011. Cf. Jason M. Breslow, «Can the U.S. Keep Its Weapons From Extremists in Syria ?», FRONTLINE, PBS, 14 juin 2013 : «Dans ce pays, comme l’a rapporté FRONTLINE dans [son documentaire] The Battle for Syria, les rebelles sont devenus de plus en plus islamistes et extrémistes, l’administration craignant ainsi que des armes US puissent tomber dans de mauvaises mains. À l’avenir, le défi serait d’éviter la réalisation un tel scénario, une tâche que la plupart des experts considèrent comme difficile, pour ne pas dire impossible. »

6). Dana El Baltaji, « Syria Rebels Threaten to Wipe Out Shiite, Alawite Towns », Bloomberg.com, 21 mai 2013 : «Selon des forces rebelles, les localités peuplées par des musulmans chiites et par la minorité alaouite dont est issue le Président Bachar el-Assad seront ‘rayées de la carte’ si la ville stratégique de Qousseir – située au centre de la Syrie – était reprise par les troupes gouvernementales. ‘Nous ne le souhaitons pas, mais ce sera une réalité imposée à tout le monde’ déclara hier sur la chaine de télévision Al-Arabiya le colonel Abdel-Hamid Zakaria, un porte-parole de l’Armée Syrienne Libre en Turquie [, issu de la faction que le Sénateur John McCain a rencontré le mois dernier]. ‘Ce sera une guerre interconfessionnelle brutale et sanglante jusqu’à la fin.’»

7). [L’ancien Ambassadeur] Daniel C. Kurtzer, « Obama Can’t Go It Alone in Syria », New York Times, 2 mai 2013 : «Construire une coalition internationale d’États – particulièrement avec la Russie, l’Égypte, l’Arabie saoudite et le Qatar – est la seule option stratégique viable pour les États-Unis. Sans une telle coalition, une intervention se soldera par un échec. Et sans une telle coalition, les États-Unis doivent rejeter l’option d’une intervention militaire unilatérale en Syrie.»

8). «Take two: Lavrov, Kerry working to broker redo of Syria peace conference», RT, 27 mai 2013.

9). « US supports EU easing of Syria arms embargo », AFP, 28 mai 2013 ; UPI, 29 mai 2013.

10). Voir par exemple David Bromwich, «Stay Out of Syria!», New York Review of Books, 20 juin 2013. M K Bhadrakumar pose le problème plus concrètement, son regard tourné vers un conflit entre les États-Unis et la Russie : «En somme, la décision capitale d’Obama visant à intervenir militairement en Syrie – qui pourrait bien lancer une nouvelle guerre froide – est une manœuvre désespérée de diversion, alors que son administration est profondément empêtrée dans le scandale Snowden. L’édifice moral tout entier sur lequel Obama a construit sa présidence, et les valeurs qu’il a placées au cœur de son ‘audace d’espérer’ lorsqu’il commença sa longue marche vers la Maison Blanche il y a 5 ans – transparence, responsabilité, légitimité, multilatéralisme, consensus –, s’avèrent aujourd’hui n’être qu’un tas de mensonges.» (« Obama’s Monica Moment », Asia Times, 14 juin 2013).

11. «Qatar seeks gas pipeline to Turkey», TheNational.ae, 26 août 2009. Cf. PipelinesInternational.com, mars 2010 : «La Turquie est en négociations pour discuter du développement du gazoduc Qatar-Turquie. Ce pipeline relirait Doha à Istanbul, une distance d’environ 2 500 km. Il acheminerait du gaz qatari vers la mer Méditerranée, traversant l’Arabie saoudite, la Jordanie et la Syrie, et il pourrait se connecter au gazoduc Nabucco, qui est en projet.».

12). Felix Imonti, « Qatar: Rich and Dangerous », Oilprice.com, 17 septembre 2012.

13). Financial Times, 16 mai 2013.

14). «Mystery Sponsor Of Weapons And Money To Syrian Mercenary “Rebels” Revealed», ZeroHedge.com, 16 mai 2013.

15). «Islamic Pipeline States Meet in Baghdad», Tehran Times, 14 juin 2013.

16). Peter Dale Scott, « La guerre en Libye, le pouvoir américain et le déclin du système des pétrodollars », Mondialisation.ca, 1er mai 2011.

17). Pepe Escobar, «Iran, Pakistan, Syria, Qatar: Pipelineistan at work», RT, 14 avril 2013.

18). Pour un récit terrifiant, voir Steve Coll, Ghost Wars, pp.173-214.

19). Peter Tomsen, The Wars of Afghanistan, p.422.

20). Zbigniew Brzezinski a intelligemment proposé que d’autres nations ayant des intérêts énergétiques dans le golfe Persique – dont la Chine et le Japon – devraient aussi être invitées à participer à cette conférence internationale (PBS News, 14 juin 2013).

http://www.dedefensa.org/article-la_politique_syrienne_de_washington_faucons_contre_colombes_18_06_2013.html

Moyen-Orientaux, Russes, Chinois… Ils s’offrent un morceau de France

Ils s'offrent un morceau de France

L’historique domaine bourguignon Gevrey-Chambertin et ses 2,3 hectares de vignobles ont été rachetés en août 2012 par un Chinois de Macao Louis Ng Chi Sing. © Ohann Michalczak/Maxppp

Ils sont nombreux à être attirés par nos palaces, nos ­vignobles, nos griffes de luxe. Quand la France n’a plus les moyens d’entretenir et de développer ses ­richesses, ce sont les pays émergents, du Moyen-Orient à l’Asie, qui prennent le relais. Un processus inéluctable.

Peu après l’élection de François Hollande, sa compagne Valérie Trierweiler effectue son premier voyage officiel aux Etats-Unis. Le samedi 19 mai 2012, elle offre à Michelle Obama un modèle Vicky tressé beige de la marque Le Tanneur. Un produit de maroquinerie « made in Corrèze », fief électoral du nouveau chef de l’Etat. Sacré coup de pub pour cette marque fondée en 1898. Ce qu’on ignore, c’est que Le Tanneur appartient au… Qatar. Et que c’est lors d’un thé avec Carla Bruni que la cheikha Moza, épouse de l’émir, fut sensibilisée à cette entreprise de cuir menacée par la crise. Désireuse de monter un empire du luxe, la cheikha racheta aussitôt Le Tanneur via le puissant Qatar Luxury Group. ­Sauvée, l’entreprise de Bort-les-Orgues a pu conserver ses 320 salariés et affiche depuis des résultats en hausse.

L’histoire de ce sac illustre la complexité de notre rapport au Qatar. On peut jouer les Cassandre et s’effrayer de voir filer nos labels entre des mains étrangères. On peut aussi y voir, comme Arnaud Montebourg, ministre du Redressement productif, « une opportunité pour l’économie du pays », au même titre que les investissements venus des quatre coins du monde. En pleine crise, comment refuser ces mannes financières qui dopent la croissance ?  Décidé par Bercy, un clip publicitaire « Say oui to France » est diffusé actuellement dans le monde pour attirer les investisseurs dans notre pays. Seulement voilà, il y a des symboles de notre patrimoine auxquels il ne faut pas toucher. Quand il s’agit du Qatar, le sujet est encore plus sensible. Alors qu’en Bourse des fleurons tricolores sont passés discrètement entre les mains de groupes et de fonds étrangers, les flux de capitaux de ce pays grand comme la Corse qui se déversent dans l’Hexagone alimentent des peurs diffuses. Le Printemps, Lenôtre, Cartier, le Royal Monceau, le Palais de la Méditerranée à Nice, le Carlton à Cannes, le Paris Saint-Germain, des participations dans ­Lagardère, Vinci, Veolia, Vivendi, Total, LVMH… Le Qatar est présent partout !

La cheikha Moza et sa fille adorent la France

«  Le Qatar rachète la France » ont titré récemment les journaux télévisés. Dans « Le Journal du dimanche », Jaham Al-Kuwari, l’ambassadeur du Qatar en France, s’est aussitôt fendu d’une tribune intitulée « Pourquoi ce “Qatar bashing” ? ». L’émotion est forte, les mots sont durs : « Le conspirationnisme bat son plein, assorti d’une xénophobie à peine voilée. Qu’on le veuille ou non, cela a des airs de “délit de faciès”. » Dans son bureau situé place de la Concorde, Guy Delbès, en charge de l’immobilier pour le fonds souverain qatari QIA, ne mâche pas ses mots : « On assiste à une désinformation ! Comme si le Qatar rachetait la France. On confond les achats privés comme celui du Carlton à Cannes et les investissements du Fonds souverain. Ce n’est pas la même chose. Dans les entreprises du Cac 40, il ne s’agit que de faibles participations génératrices de revenus afin de préparer le jour où ses ressources en gaz et pétrole seront taries. Il n’y a qu’en France que cela pose problème. En Grande-Bretagne, les investissements sont trois ou quatre fois plus importants, et ils sont les bienvenus. »

Même indignation en face, à l’Assemblée nationale où le président du Groupe d’amitié France-Qatar se demande si l’on n’est pas « masochiste » en critiquant le Qatar. « Cet argent n’est ni sale ni suspect ; il vient d’un pays qui prépare son avenir économique en aidant notre présent, en période de crise. Pourquoi ne pas s’en réjouir ? Cela va créer de la richesse et des emplois, tempête Maurice Leroy, député du Loir-et-Cher. Si l’on continue à faire de tels titres dans les médias, on va faire partir ces investisseurs. » Qu’il se rassure, le Qatar a intérêt à rester en France. Depuis 1990, une convention fiscale avantageuse permet l’allégement des impositions sur les dividendes des sociétés qataries basées en France. En contrepartie, les entreprises françaises se taillent la part du lion dans l’émirat. Vinci pourrait même participer prochainement à la construction du plus long pont du monde reliant le Qatar au Bahreïn. En 2008, Nicolas Sarkozy a révisé cette convention en ajoutant un nouvel article qui exonère d’impôt sur les plus-values tous les investissements immobiliers réalisés dans l’Hexagone par « l’Etat du Qatar ou ses entités publiques ». Vérification faite, cette convention fiscale si décriée a simplement été réajustée pour s’aligner sur celles conclues avec… le Koweït ou l’Arabie saoudite.

Le Qatar voue une fascination pour le modèle français

Seul le projet de fonds qatari pour les banlieues a suscité des réserves mezza voce de la part de François Hollande. « Les décisions seront prises ensemble. Ce n’est pas un pays qui va choisir le talent », a-t-il déclaré le 11 octobre dernier sur France 24. Finalement, le futur fonds sera piloté par la Caisse des dépôts, financé à parts égales par la France et le Qatar, et sera destiné aux PME françaises. Comme il le fait partout ailleurs, le Qatar va continuer de poursuivre en France sa diversification économique. Ses fabuleuses réserves de pétrole et de gaz – les troisièmes au monde, après la Russie et l’Iran – ne sont pas éternelles. Allié et partenaire depuis longtemps – un accord de sécurité et de défense lie la France et le Qatar depuis 1994 –, ce pays de moins de 2 millions d’habitants veut aussi préserver cette relation pour se faire entendre au niveau international.

Comme l’expliquent Christian Chesnot et Georges Malbrunot dans « Qatar. Les secrets du coffre-fort » (éd. Michel Lafon), l’émir est un admirateur de la politique arabe du général de Gaulle, et il perçoit la France comme un contrepoids à la domination anglo-saxonne dans le Golfe. Son projet politique consiste à faire connaître le Qatar au monde entier pour se protéger des visées de ses turbulents voisins saoudiens ou iraniens. S’il investit partout – 10 milliards de livres en Grande-­Bretagne dont l’emblématique Harrods à Londres ; en Allemagne, avec par exemple 17 % de Volkswagen –, le Qatar a, selon les termes de Jaham Al-Kuwari, « une réelle admiration pour la France et la francophonie, qui correspond à une ­vision à long terme et à son insertion dans la mondialisation ». Cette fascination pour le modèle français est incarnée par la cheikha Moza, francophone passionnée de culture française, reçue en 2009 au sein de l’Académie des arts, sous la coupole de l’Institut de France, et sa fille, la cheikha ­Al-Mayassa passée par Sciences po Paris et la Sorbonne, considérée comme l’une des femmes les plus influentes du monde de la culture et de l’art. En charge du Qatar Museums Authority, elle a notamment acquis « Les joueurs de cartes » de Paul Cézanne au prix record de 250 millions de dollars !

Le Qatar, mais aussi le Koweït, Dubai, Abu Dhabi…

Avec tous ces achats spectaculaires et très médiatisés, on en oublierait que d’autres pays achètent et investissent des sommes tout aussi considérables en France. Mais cela se fait sans bruit, de manière plus discrète.
 « On parle beaucoup du Qatar parce que l’émirat investit dans les fleurons de l’économie française ou dans des symboles qui ont une résonance affective particulière, souligne Denis Bauchard, de l’Institut français des relations internationales. Mais on oublie qu’il y a aussi les fonds d’investissements américains comme Carlyle [achat à l’Etat français des locaux de l’Imprimerie nationale pour les lui revendre, quatre ans après, quatre fois plus cher !]  et les fonds souverains qui pèsent 3 000 milliards de dollars, parmi lesquels ceux du Koweït, de Dubai ou celui d’Abu Dhabi. » Bien plus important que le fonds souverain qatari, le Abu Dhabi Investment Authority (Adia) est doté de plus de 900 milliards ! Créé dans le but de placer les surplus de revenus pétroliers du pays, il est assez puissant pour pouvoir s’offrir des fleurons de l’économie française du Cac 40, comme Total, BNP Paribas, Société générale ou Bouygues. Et l’émirat est associé depuis 2009 à la Caisse des dépôts et au Fonds stratégique d’investissement (FSI) dans le cadre du Club des investisseurs de long terme pour investir au capital de PME françaises. Pour le tourisme, Abu Dhabi s’appuie sur Tourism Development & Investment Company (TDIC). C’est cette entité qui avait collaboré avec le Musée du Louvre pour en faire une « marque » mondiale de la culture.

Gevrey-Chambertin : le Chinois doit mettre de l’eau dans son vin

En août dernier, l’affaire avait défrayé la chronique. Le château de Gevrey-Chambertin est racheté au prix fort par un investisseur venu de Macao. Un décès brutal, un bien prestigieux mais en mauvais état, des propriétaires nombreux et divisés, l’impossibilité de faire face aux droits de succession autrement que par la vente et un acquéreur étranger au chéquier en or. Cela ressemble à une histoire familiale comme les notaires en voient régulièrement dans leurs études. Mais elle se déroule autour d’un symbole du patrimoine viticole français. Gevrey-Chambertin, son château du XIIe siècle et son vignoble de 2,3 hectares qui donne un grand cru de Bourgogne très coloré, puissant, aux arômes intenses. Le vin préféré de Napoléon ! En une signature, un homme d’affaires chinois propriétaire d’un complexe d’hôtels et de casinos à Macao s’empare du fleuron estimé à 3,5 millions pour 8 millions d’euros !

«C’est comme si l’on vendait l’âme des ancêtres», constate Casanis, du réseau Vignobles Investissement

La vente se fait au nez et à la barbe des récoltants locaux fédérés par Jean-Michel Guillon, président du syndicat des vignerons de Gevrey-Chambertin. Ils en avaient proposé 5 millions. « Encore une vente qui fait flamber les cours », s’indignent les vignerons qui redoutent que la hausse des prix du foncier, et donc des droits de succession, ne leur permette plus de transmettre leurs terres à leurs enfants. Plusieurs mois après l’affaire, les familles Masson et Mitran, ex-propriétaires, pointent aux abonnés absents. « C’est comme si l’on vendait l’âme des ancêtres, constate Casanis, du réseau Vignobles Investissement, il y a une honte des vendeurs dans notre pays maurassien marqué par un attachement à la terre, contrairement aux pays anglo-saxons où elle n’est qu’un actif parmi d’autres. »

Un héritier, ­Masson, se risque à un commentaire : « Ma mère, décédée brutalement, avait pourtant consacré une grande partie de sa vie à tenter de maintenir le domaine dans la famille. Mais j’étais minoritaire et il m’était impossible de racheter les parts des autres… » Soucieux de soigner son image, le nouveau propriétaire rappelle à qui veut l’entendre qu’il achète depuis 1990 des crus français en quantité importante et qu’avec Gevrey-Chambertin il réalise le « vieux rêve » de posséder une parcelle pour produire le vin dont il raffole. « Je ne m’attendais pas à tout ce bruit, mais je comprends parfaitement la réaction des Français à l’acquisition par des étrangers d’une partie de leur patrimoine collectif, se défend Louis Ng Chi Sing. Je n’ai pas voulu faire un coup financier, il s’agit d’un investissement affectif. »

Pour calmer la fronde, « le Chinois » a fait appel au meilleur vinificateur de Bourgogne, le domaine Armand Rousseau. Une consolation pour les professionnels locaux. Même le maire de la ville confie du bout des lèvres : « Au moins, les vignes n’échapperont pas à un viticulteur de la commune. » Quant à la restauration du château, elle a été confiée à l’architecte Christian Laporte. « C’est mon engagement envers les riverains et toute la population : renforcer ce patrimoine ­collectif, rassure Louis Ng Chi Sing. Puis, lorsque la rénovation sera terminée, je viendrai vivre ma première expérience de la vie bourguignonne. » Furieux, Jean-Michel Guillon n’y croit pas : « L’acheteur du château sera là peut-être trois fois dans l’année. Avec ce genre d’achats on va vers la paupérisation des vignerons, qui deviendront de simples locataires de vignes, voire des employés. » Un « coup de cœur » du Chinois ? « Comme beaucoup de ceux qui réussissent, ils ont plutôt un besoin de reconnaissance. Appartenant à la deuxième puissance économique mondiale, ils se sentent pousser les ailes… » Il faut préciser que 2 domaines sur 3 800 ont été achetés en Bourgogne… mais une vingtaine sur 8  000 dans le Bordelais.

Hôtel de Bourbon-Condé : du Roi-Soleil à la reine de Bahreïn

Propriété de la congrégation des petites sœurs de Marie, l’hôtel particulier de Bourbon-Condé, rue Monsieur, dans le VIIe arrondissement de Paris, appartient désormais à la famille royale du Bahreïn qui a déboursé 66 millions d’euros. Un « coup de cœur de la reine »… pour renflouer les caisses de l’enseignement catholique.

Retour en arrière. La scène se déroule un beau matin du printemps 2008. La mère supérieure découvre la cheikha ­Sabika, une reine du Moyen-Orient, très européanisée, ­moderne et francophone. Loin de l’image qu’elle s’en faisait. « Férue d’histoire de France, la reine savait déjà tout sur les lieux, nous avons fait la visite, et l’après-midi elle renchérissait l’offre d’un million, raconte Marie-Hélène Lundgreen, directrice de Belles Demeures de France. S’acheter une part de la France, c’est une manière de s’offrir un rêve avec tout ce qui va avec : la culture, le luxe, la mode, la gastronomie. » Quelques jours plus tard, lorsque l’émir arrive pour la signature, un mobilier style safari a été installé dans un immense salon vide à l’abandon ! Un rapide coup d’œil pour exprimer sa satisfaction et la vente record est réalisée. La sœur peut enfin souffler. Car cette cession a suscité des tensions au sein même de la communauté. L’affaire est remontée au Vatican qui a dépêché un « commissaire pontifical ». La décision de vendre n’a finalement été approuvée que dans la mesure où l’argent récolté était destiné à rénover une dizaine d’écoles religieuses en France et à permettre la modernisation de quatre écoles primaires.

Les Français attachés à leur patrimoine et paradoxalement « xénophobes » quand il y a un geste de générosité

«  A un tel niveau, l’argent n’a plus d’odeur », persifle un habitant du VIIe arrondissement qui ne supporte pas de voir l’hôtel royal passé aux mains d’étrangers, à l’instar de l’hôtel de Montesquiou, acquis par l’ambassade de Chine… après avoir été vendu par l’Etat à des investisseurs russes. « Nous avons vu très vite que la reine avait un réel respect de la tradition française, une ouverture aux autres religions avec un fort engagement pour faire travailler tous les corps de métier à la restauration dont le montant est supérieur au coût d’acquisition », commente Bertrand de Feydeau, ­ancien directeur de l’immobilier chez Axa, désigné par le Vatican pour diriger le processus de vente. « Il y a un paradoxe chez les Français entre l’attachement au patrimoine et une forme de réaction xénophobe quand il y a un geste de générosité. » La chapelle, réplique de la Sainte-­Chapelle, va-t-elle être détruite ? Telle fut l’une des rumeurs véhiculées par les ­opposants à la vente dans ce quartier très catholique.

Même inquiétude du côté de l’association du Vieux Paris inquiète au début de voir l’hôtel « modernisé » avec du « clinquant ». Le sang de l’ambassadeur de Bahreïn en France ne fait qu’un tour. « Comment peut-on imaginer pareille chose ? Tout se fait dans les règles de l’art avec l’architecte des Monuments historiques et dans le respect minutieux des peintures et des matériaux de l’époque », rappelle Naser Mohamed Youssef Al Belooshi. Et de citer les recherches ­réalisées dans les archives pour retrouver une relique de ­facture du temps de Brongniart concernant… les persiennes. « Il ne s’agit pas de détruire mais de raviver le passé. La reine a même indiqué que son personnel, en majorité catholique, apprécierait beaucoup la chapelle. » Rien n’est laissé au hasard dans la communication de ce petit pays en quête de reconnaissance et souffrant de l’« amalgame » avec certains Etats voisins de la région.

http://www.parismatch.com/Actu/Societe/Ils-s-offrent-un-morceau-de-France-516595

La face cachée du Qatar

Jacques-Marie Bourget,co-auteur avec Nicolas Beau de l’ouvrage « Le Vilain Petit Qatar — Cet ami qui nous veut du mal« . Un livre qui dévoile la face cachée de cette richissime dictature.

http://lavoixdelasyrie.com/data/?p=13570

Blog d’Alexandre Latsa: Guerre en Syrie: victoire de la realpolitik et défaite du mainstream médiatique?

Alexandre Latsa

12:39 22/05/2013

Сe 22 mai 2013, l’armée Syrienne semble en passe de remporter une bataille locale importante, en reprenant le contrôle d’un des principaux bastions de l’opposition, la ville de Qousseir. Cette victoire militaire, qui devrait être confirmée dans les jours qui viennent, arriverait alors que l’Etat Syrien a repris le contrôle de plusieurs dizaines de localités ces dernières semaines.

Cette chute de Qousseir, qui résiste au régime depuis plus d’un an, serait stratégique pour l’Etat Syrien et lui permettrait de couper la principale route d’approvisionnement des rebelles dans le centre de la Syrie. L’armée Syrienne devrait ensuite vraisemblablement concentrer ses forces sur Homs, ville que près de 80.000 chrétiens ont fui depuis le début de la guerre et ainsi plausiblement reprendre le contrôle du centre du pays.

On peut imaginer qu’ensuite, le régime décide d’en finir avec Alep et lance un assaut décisif pour reprendre cette ville partiellement aux mains des rebelles, réduisant ainsi à néant toute possibilité pour ces derniers d’en faire un bastion du nord, pourquoi pas même la pré-capitale d’une région indépendante du nord. Le régime Syrien avait du reste lui-même qualifié la bataille d’Alep, qui a commencé en juillet 2012, de mère des batailles.

Ce faisant, le régime resterait sur la tactique qui est la sienne depuis le début du conflit, c’est à dire garder le contrôle des villes et refouler les rebelles dans les campagnes, les empêchant ainsi d’exercer tout contrôle politique.

Il semble donc bien que le gouvernement syrien reprend lentement l’avantage, une situation que la presse occidentale n’arrive même plus à maquiller, après avoir proclamé et martelé pendant deux ans et demi, depuis le début de la guerre civile, que la défaite d’Assad était évidente, certaine et toujours très proche. Cette situation remet de nouveau sur la table le projet de négociations internationales sur la question Syrienne.

Toutefois, c’est une équation totalement nouvelle qui apparait pour ces éventuelles négociations internationales. L’image médiatique de l’opposition en Syrie s’est beaucoup dégradée, sans doute au grand dam de ses sponsors. On parle moins d’opposition démocratique, on décrit maintenant des groupes Djihadistes sans coordination, et les multiples vidéos de tortures et massacres commis par certains de ces groupes armés ont semble t-il considérablement porté atteinte à la détermination de nombre de pays occidentaux d’armer ces mêmes groupes.

Peu à peu, une scission semble s’être en effet créée au sein des partisans du départ d’Assad, qui forment une étrange coalition entre des états occidentaux (Amérique, Israël et nations européennes) et des pays islamo-sunnites, Qatar en tête. Pour les premiers, l’absence d’une opposition politique modérée (laïque titrait même le New York Times) avec la rébellion qui n’arrive pas à contrôler le terrain, et ce malgré deux ans et demie de guerre, pose un réel problème de tactique diplomatique. Pour les seconds visiblement, la montée en puissance du Front Al-Nosra ne semble pas être un problème et l’organisation, qui a affirmé son rattachement a Al-Qaïda, vient d’ailleurs de faire des émules puisque l’opposition Syrienne comprend désormais également une brigade Oussama-Ben-Laden.

Sur le terrain il est sans doute encore très prématuré de parler d’une potentielle victoire d’Assad, militaire ou politique, ou de dire que la Syrie ne se dirige pas vers une partition de fait. Mais sans intervention militaire étrangère, on imagine mal comment l’armée Syrienne, qui a désormais elle aussi le soutien de milliers de combattants étrangers (notamment du Hezbollah) ainsi que directement de l’Iran pourrait perdre cette guerre.

Il y a même une hypothèse selon laquelle la guerre pourrait continuer, même en cas de départ ou d’élimination physique d’Assad, ce reportage d’un journaliste anglais tente de l’expliquer. Cette situation militaire redonne du poids à la position diplomatique russe qui depuis le début de la crise prône une solution politique. La plupart des états qui travaillent sur le dossier Syrien sont sans doute convaincus qu’une défaire militaire totale d’Assad semble de moins en moins probable, malgré les certitudes récentes du MAE Français Laurent Fabius qui n’en finit plus de ridiculiser la diplomatie française durant ce conflit.

Il reste l’idée d’une intervention militaire sur le scénario Libyen, mais visiblement ce n’est plus a l’ordre du jour  et cette fois la diplomatie Russe ne la laisserait pas se mettre en place. La solution diplomatique et politique semble prendre forme puisque des sources diplomatique affirment que Damas a désigné des représentants chargés de négocier avec l’opposition en vue d’une conférence sous égide Russo-américaine devant faire suite à celle qui s’est tenue le 30 juin 2012 à Genève.

Finalement, le conflit syrien qui était présenté comme une lutte de démocrates contre une dictature a complètement changé de visage. Ce délire absolu du mainstream médiatique français, qui a lui par contre totalement perdu cette guerre, ne tient plus aujourd’hui et on voit désormais bien qu’il s’agit d’une guerre stratégique contre l’Etat Syrien, soutenue de l’extérieur, pour que l’axe Chiite (Liban-Syrie-Iran-Sud de l’Irak) perde son influence régionale.

La guerre en Syrie pourrait donc faire apparaitre des réalités inattendues: Marquer le point d’arrêt définitif du printemps islamiste que la région connaît? Faire échouer la politique anti-chiite développée par les Occidentaux en collaboration avec leurs alliés sunnites? Confirmer le statut de la Russie comme protectrice des chrétiens d’Orient et des minorités en Syrie, en lieu et place de l’Europe?

http://fr.rian.ru/blogs/20130522/198361921.html