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La politique syrienne de Washington : faucons contre colombes

À l’image de Vladimir Poutine en Russie, la politique syrienne de Barack Obama est attaquée avec virulence, à la fois par les « faucons » et par les « colombes ». Le 13 juin dernier, Obama concéda deux victoires limitées mais inquiétantes aux faucons : des preuves que les troupes de Bachar el-Assad « ont utilisé des armes chimiques [c’est-à-dire le sarin] contre les forces rebelles », et la décision correspondante « de commencer à fournir pour la première fois aux rebelles des armes légères et des munitions. » (1)

Chacune de ces annonces semble particulièrement étrange, pour ne pas dire malhonnête, pour quiconque ayant suivi de près la crise syrienne. Le conseiller adjoint à la Sécurité nationale Benjamin Rhodes, l’un des principaux conseillers d’Obama en politique étrangère, fut cité dans le New York Times déclarant qu’« il n’y avait aucune raison de penser que la résistance avait accès à des armes chimiques. » Ainsi, comme la plupart des médias grand public aux États-Unis, Rhodes ignora tout simplement les informations parues en mai dernier dans les médias britanniques, selon lesquelles « des enquêteurs de l’ONU en charge des droits de l’Homme ont rassemblé des témoignages de victimes de la guerre civile en Syrie et de personnels médicaux [,] indiquant que les forces rebelles avaient employé du gaz neurotoxique sarin. » (2) Trois semaines plus tard, d’autres informations de ce genre ont été diffusées avant d’être remises en cause. Elles avançaient qu’un cylindre de 2kg contenant du gaz sarin avait été saisi sur des forces rebelles syriennes en Turquie. (3) Comme dix ans plus tôt lorsque l’Irak était en ligne de mire, nous pouvons observer aux États-Unis un nouveau cas où des impératifs politiques conditionnent le renseignement, et non le contraire.

La seconde annonce voulant que les États-Unis commencent « à fournir [en armes] les rebelles » est tout aussi peu crédible. Comme le Times l’a révélé il y a trois mois, la CIA a facilité un acheminement aérien de 3 500 tonnes d’armes (ou peut-être plus) en faveur des rebelles – l’Arabie saoudite et le Qatar étant au cœur de cette opération. (4)

Le rôle d’intermédiaires joué par ces deux pays reproduit un schéma observé en Bosnie en 2003, et plus particulièrement en Libye en 2011 ; et l’Histoire nous enseigne qu’il sera difficile – voire impossible – d’empêcher que des jihadistes ne s’emparent de ces armes, bien que Washington préférerait éviter cette question. (5) En revanche, il est clair que ces armes amplifieront le massacre sans y mettre fin – un carnage visant plus que jamais les civils, quel que soit le camp d’où provient la violence. (6)

Avec ces manœuvres prudentes, Obama a fait bien moins de concessions que ne le désiraient les faucons, comme le Sénateur républicain John McCain. Dans cette même annonce, Benjamin Rhodes a « tout bonnement exclu l’option d’une zone de non-survol », la stratégie d’« aucun soldat au sol » qui a renversé Kadhafi en Libye. En prenant cette décision, Obama pourrait toujours espérer prévenir la manœuvre russe de fournir à el-Assad des missiles anti-aériens perfectionnés – une démarche qui provoquerait très probablement un engagement militaire israélien, et peut-être même une expansion du conflit vers le Liban et l’Irak.

 

Appuyé par un éditorial dans le New York Times, (7) le secrétaire d’État John Kerry a rencontré au début du mois de mai son homologue russe Sergueï Lavrov. Alors qu’un embargo sur les armes de l’Union européenne devait expirer, ils sont tombés d’accord pour organiser une nouvelle conférence internationale à la fin du mois de mai, dans le but de répondre à la crise syrienne. Cependant, cette conférence fut repoussée et sa tenue reste incertaine, en grande partie du fait que les rebelles de l’ASL – clients favoris de l’Occident dans cette rébellion – ont refusé d’y participer, alors qu’ils sont en train de perdre la guerre.

Kerry et Lavrov se sont rencontrés de nouveau à Paris à la fin du mois de mai, et l’issue de cette rencontre fut cette fois-ci plus préoccupante. En effet, les médias russes ont de nouveau rapporté – avec un optimisme mesuré – qu’une rencontre était en projet, bien qu’étant retardée. (8) En revanche, les médias états-uniens ont ignoré ou minimisé l’idée d’une conférence. Au contraire, ils ont amplement cité Patrick Ventrell, un porte-parole du Département d’État, qui reprocha à Moscou d’avoir annoncé la livraison à la Syrie du S-300, un système sophistiqué de missiles guidés anti-aériens ; et il ajouta que les États-Unis soutiendraient dorénavant l’allègement de l’embargo de l’UE sur les armes. (9)

Depuis qu’il a pris ses fonctions, nous avons pu observer deux caractéristiques dans la politique syrienne d’Obama, qui se compensent mutuellement. La première a été son extrême prudence, et son refus de s’engager précipitamment dans des interventions militaires, comme celle où sont actuellement enlisés les États-Unis en Afghanistan. La seconde a été une tendance à justifier ses tactiques dilatoires par des annonces politiques aux buts abstraits, adaptés seulement pour les gros titres. Ce fut par exemple le cas en août 2011, lorsqu’il déclara de façon catégorique qu’el-Assad devait « quitter le pouvoir ». Ainsi, Obama s’est enfermé dans une position politique à laquelle la Russie n’adhèrera pas, sans se donner les moyens de parvenir à cette issue.

Dans le même temps, aux États-Unis et ailleurs, de nombreux analystes bien informés sur la crise syrienne ont mis en garde que ce conflit – qui est déjà une guerre par procuration opposant l’Iran à la Turquie et aux pays de la Péninsule arabique –, pourrait s’étendre et devenir encore plus menaçant. (10) Cependant, ces analyses ont tendance à ignorer la brutale réalité des hydrocarbures qui pourrait déterminer la chute d’el-Assad, si cette compétition énergétique n’est pas frontalement dénoncée.

En 2010, les réserves pétrolières en Syrie étaient estimées à 2.500.000.000 de barils. Plus important encore, la Syrie est la route terrestre la plus évidente pour tout oléoduc ou gazoduc exportant les hydrocarbures du golfe Persique (incluant l’Iran) vers les nations énergivores d’Europe de l’Ouest. Mais l’oléoduc Kirkuk-Bāniyās, qui acheminait le pétrole brut du champ de Kirkuk (Irak) vers la Méditerranée, fut détruit par des frappes aériennes de l’US Army en 2003 et il ne fut jamais rouvert.

En 2009, le Qatar et la Turquie commencèrent à négocier un nouveau pipeline de gaz naturel à travers l’Arabie saoudite et la Syrie, qui serait relié à Nabucco, un projet de gazoduc traversant la Turquie depuis l’Azerbaïdjan. (11) Cependant, un chemin à travers l’Irak semblait de plus en plus problématique, avec la multiplication des conflits dans cette zone. Parallèlement, selon Oilprice.com, l’Arabie saoudite refusa au Qatar l’utilisation de son territoire, ne laissant à cet émirat qu’une route à travers le sud de l’Irak et la Syrie, pour qu’il «sécurise une nouvelle source de revenus. En Turquie, les pipelines sont déjà construits pour recevoir le gaz. Seul el-Assad y fait obstacle.» (12)

Depuis, le Financial Times a rapporté que «Ces deux dernières années, ce minuscule État riche en gaz qu’est le Qatar a dépensé jusqu’à 3 milliards de dollars pour soutenir la rébellion en Syrie, bien plus que n’importe quel autre gouvernement. […] [S]on soutien financier pour la révolution devenue une guerre civile sournoise éclipse totalement le soutien occidental pour l’opposition.» (13)

Le site bien informé ZeroHedge.com a commenté que cet investissement considérable était, «comme c’est si souvent le cas au Moyen-Orient, […] encore une fois uniquement motivé par les ressources naturelles.» (14)

Le champ gazier North Dome du Qatar, situé au milieu du golfe Persique, ne fait qu’un avec le champ South Pars d’Iran, et ils constituent ensemble le plus grand champ gazier du monde. En 2011, el-Assad rejeta un ultimatum du Qatar. Au contraire, il se mit d’accord avec l’Iran et l’Irak pour construire un nouveau gazoduc entre l’Iran et la Syrie, qui transfèrerait le gaz naturel vers la mer Méditerranée depuis le champ iranien South Pars plutôt que depuis le North Dome du Qatar. (15) (N’oublions pas que des défis de cette ampleur contre l’hégémonie du pétrodollar US avaient été lancés par Saddam Hussein puis par Mouammar Kadhafi, avec des conséquences fatales tant pour leurs régimes que pour leurs vies.) (16)

Comme Pepe Escobar l’a commenté, «La raison centrale (mais inavouée) de l’obsession du Qatar pour un changement de régime en Syrie est d’anéantir le pipeline [de gaz naturel] de 10 milliards de dollars [projeté par] l’Iran, l’Irak et la Syrie, qui ont conclu cet accord en juillet 2011. Il en va de même pour la Turquie, car ce gazoduc éviterait Ankara, qui s’affiche perpétuellement comme le carrefour énergétique incontournable entre l’Orient et l’Occident.

Il est crucial de se rappeler que ce gazoduc Iran-Irak-Syrie est […] une abomination pour Washington. […] La différence est que, dans le cas présent, Washington peut compter sur ses alliés du Qatar et de la Turquie pour saboter intégralement cet accord.» (17)

L’un des grands inconvénients des politiques étrangères clandestines est que des décisions cruciales ayant des répercussions mondiales sont confiées à des cowboys va-t-en-guerre. Ces derniers sont peu contrôlés, et ils sont encore moins préoccupés par les conséquences de leurs actions déstabilisantes sur le long terme. Nous avons pu l’observer deux décennies plus tôt, lorsque la CIA aida l’ISI pakistanais – collaborant avec le jihadiste salafiste Hekmatyar – à renverser le gouvernement relativement modéré de Mohammed Najibullah en Afghanistan, qui était resté en place après le retrait des soviétiques. L’Agence avait alors contourné le Département d’État.18

L’ancien ambassadeur Peter Tomsen a écrit des mémoires éloquentes, The Wars of Afghanistan, au sujet de cette tragédie peu admise, de laquelle ont découlé à la fois le 11-Septembre et une guerre que les États-Unis sont encore en train de combattre :

«Le sous-secrétaire aux Affaires politiques Robert Kimmitt et moi-même avons tenté de faire disparaître le fossé entre le Département d’État et la Direction des opérations de la CIA sur la politique afghane. J’ai rencontré à deux reprises le directeur adjoint de la CIA Richard Kerr afin de régler nos divergences. Mais l’Agence persista à soutenir les attaques militaires de l’ISI contre Kaboul, qui visaient à remplacer Najib[ullah] par Hekmatyar. […] Chacun de leur côté, le Département d’État et la CIA agissaient pour remplir des objectifs contradictoires. Ce fut une certaine recette vers la paralysie et l’échec politique final.» (19)

En l’absence d’un changement significatif, nous pouvons anticiper la répétition de cette tragédie en Syrie – soit le fait que la CIA, avec la complicité de l’Arabie saoudite et du Qatar, facilite le transfert d’armes à des jihadistes sunnites, tandis que les responsables du Département d’État tentent de parvenir à une résolution pacifique de cette crise avec leurs homologues russes.

La solution alternative à cette situation serait une nouvelle conférence de Genève, que les diverses factions rebelles soient présentes ou non, mais avec la nécessaire participation du Qatar et de deux autres pays exclus de la précédente conférence : l’Iran et l’Arabie saoudite. Toutes ces nations sont déjà parties au conflit et, comme le reste du monde, elles ont des intérêts légitimes que la paix serait mieux à même de satisfaire. (20)

 

Peter Dale Scott (

(Traduction : Maxime Chaix, Article original : Peter Dale Scott, «Washington’s Battle Over Syrian Foreign Policy: Will Hawks Or Doves Prevail?», The Asia-Pacific Journal, Volume 11, Issue 24, N°1, 17 juin 2013.-

Notes

1). « U.S. Is Said To Plan To Send Weapons to Syrian Rebels », New York Times, 14 juin 2013.

2). «U.N. has testimony that Syrian rebels used sarin gas: investigator», Reuters, 5 mai 2013. Cf. BBC, 6 mai 20913. À cette époque Jay Carney, le porte-parole de la Maison Blanche, déclara que «Nous sommes très sceptiques devant toute suggestion indiquant que les rebelles aient utilisé des armes chimiques», Guardian (Londres), 6 mai 2013.

3). « Turkey finds sarin gas in homes of suspected Syrian Islamists – reports », RT, 30 mai 2013.

4). C.J. Chivers and Eric Schmitt, « Arms Airlift to Syria Rebels Expands, With Aid From C.I.A. », New York Times, 24 mars 2013.

5). Peter Dale Scott, « La Bosnie, le Kosovo et à présent la Libye : les coûts humains de la collusion perpétuelle entre Washington et les terroristes », Mondialisation.ca, 17 octobre 2011. Cf. Jason M. Breslow, «Can the U.S. Keep Its Weapons From Extremists in Syria ?», FRONTLINE, PBS, 14 juin 2013 : «Dans ce pays, comme l’a rapporté FRONTLINE dans [son documentaire] The Battle for Syria, les rebelles sont devenus de plus en plus islamistes et extrémistes, l’administration craignant ainsi que des armes US puissent tomber dans de mauvaises mains. À l’avenir, le défi serait d’éviter la réalisation un tel scénario, une tâche que la plupart des experts considèrent comme difficile, pour ne pas dire impossible. »

6). Dana El Baltaji, « Syria Rebels Threaten to Wipe Out Shiite, Alawite Towns », Bloomberg.com, 21 mai 2013 : «Selon des forces rebelles, les localités peuplées par des musulmans chiites et par la minorité alaouite dont est issue le Président Bachar el-Assad seront ‘rayées de la carte’ si la ville stratégique de Qousseir – située au centre de la Syrie – était reprise par les troupes gouvernementales. ‘Nous ne le souhaitons pas, mais ce sera une réalité imposée à tout le monde’ déclara hier sur la chaine de télévision Al-Arabiya le colonel Abdel-Hamid Zakaria, un porte-parole de l’Armée Syrienne Libre en Turquie [, issu de la faction que le Sénateur John McCain a rencontré le mois dernier]. ‘Ce sera une guerre interconfessionnelle brutale et sanglante jusqu’à la fin.’»

7). [L’ancien Ambassadeur] Daniel C. Kurtzer, « Obama Can’t Go It Alone in Syria », New York Times, 2 mai 2013 : «Construire une coalition internationale d’États – particulièrement avec la Russie, l’Égypte, l’Arabie saoudite et le Qatar – est la seule option stratégique viable pour les États-Unis. Sans une telle coalition, une intervention se soldera par un échec. Et sans une telle coalition, les États-Unis doivent rejeter l’option d’une intervention militaire unilatérale en Syrie.»

8). «Take two: Lavrov, Kerry working to broker redo of Syria peace conference», RT, 27 mai 2013.

9). « US supports EU easing of Syria arms embargo », AFP, 28 mai 2013 ; UPI, 29 mai 2013.

10). Voir par exemple David Bromwich, «Stay Out of Syria!», New York Review of Books, 20 juin 2013. M K Bhadrakumar pose le problème plus concrètement, son regard tourné vers un conflit entre les États-Unis et la Russie : «En somme, la décision capitale d’Obama visant à intervenir militairement en Syrie – qui pourrait bien lancer une nouvelle guerre froide – est une manœuvre désespérée de diversion, alors que son administration est profondément empêtrée dans le scandale Snowden. L’édifice moral tout entier sur lequel Obama a construit sa présidence, et les valeurs qu’il a placées au cœur de son ‘audace d’espérer’ lorsqu’il commença sa longue marche vers la Maison Blanche il y a 5 ans – transparence, responsabilité, légitimité, multilatéralisme, consensus –, s’avèrent aujourd’hui n’être qu’un tas de mensonges.» (« Obama’s Monica Moment », Asia Times, 14 juin 2013).

11. «Qatar seeks gas pipeline to Turkey», TheNational.ae, 26 août 2009. Cf. PipelinesInternational.com, mars 2010 : «La Turquie est en négociations pour discuter du développement du gazoduc Qatar-Turquie. Ce pipeline relirait Doha à Istanbul, une distance d’environ 2 500 km. Il acheminerait du gaz qatari vers la mer Méditerranée, traversant l’Arabie saoudite, la Jordanie et la Syrie, et il pourrait se connecter au gazoduc Nabucco, qui est en projet.».

12). Felix Imonti, « Qatar: Rich and Dangerous », Oilprice.com, 17 septembre 2012.

13). Financial Times, 16 mai 2013.

14). «Mystery Sponsor Of Weapons And Money To Syrian Mercenary “Rebels” Revealed», ZeroHedge.com, 16 mai 2013.

15). «Islamic Pipeline States Meet in Baghdad», Tehran Times, 14 juin 2013.

16). Peter Dale Scott, « La guerre en Libye, le pouvoir américain et le déclin du système des pétrodollars », Mondialisation.ca, 1er mai 2011.

17). Pepe Escobar, «Iran, Pakistan, Syria, Qatar: Pipelineistan at work», RT, 14 avril 2013.

18). Pour un récit terrifiant, voir Steve Coll, Ghost Wars, pp.173-214.

19). Peter Tomsen, The Wars of Afghanistan, p.422.

20). Zbigniew Brzezinski a intelligemment proposé que d’autres nations ayant des intérêts énergétiques dans le golfe Persique – dont la Chine et le Japon – devraient aussi être invitées à participer à cette conférence internationale (PBS News, 14 juin 2013).

http://www.dedefensa.org/article-la_politique_syrienne_de_washington_faucons_contre_colombes_18_06_2013.html

BHO choisit un antidépresseur massif pour sa dépression syrienne

Nous avons constaté ces derniers temps l’humeur dépressive (voir le 11 mai 2013) des USA et du bloc BAO vis-à-vis de la Syrie, notamment avec les doléances sévères de John Kerry (voir le 5 juin 2013) concernant la politique syrienne des USA depuis qu’a éclaté la crise en Syrie. Nous ne pourrons alors que constater que la nomination de Susan Rice à la tête du National Security Council (avec le complément de la nomination de Samantha Power comme ambassadrice des USA à l’ONU) peut se comparer à la prise d’un antidépresseur massif et brutal pour soigner cette “dépression syrienne”. Comme chacun sait, l’antidépresseur est une chose à utiliser avec prudence, sous surveillance médicale, et comme on devrait le conclure, le choix d’Obama apparaît pour le moins imprudent et dangereux, – à moins qu’il se soit trompé, qu’il ait pris l’Ecstasy pour un antidépresseur ? A moins qu’il s’en foute, d’ailleurs…

Rice a été ambassadrice des USA à l’ONU jusqu’à la vilaine affaire de Benghazi, qui a entraîné sa démission. Elle a été, à l’ONU, avec une constance rare, une représentante des USA agressive, parfois insultante, en général hystérique et utilisatrice déterminée d’une affectivité maquillée de beaux diplômes universitaires, enfin parfaite clone d’Hillary Clinton au sein du Conseil de Sécurité. Elle s’est notamment illustrée par des attaques insultantes contre la Russie. Power, qui va à l’ONU, est très proche de Rice, notamment dans ses conceptions humanitaristes qui font d’elle, comme Hillary-Rice, une liberal hawk ou une humanitarian hawk, au choix. (Mark Landkler, du New York Times, le 6 juin 2013 : «Ms. Power, who has written extensively about genocide, is closely allied with Ms. Rice on human rights issues.») Si on ajoute à ce duo la présence de Victoria Noland au département d’État après une rapide éclipse, passant du poste de porte-parole à celui, plus efficace et plus important, de directrice des affaires européennes et eurasiatiques (voir le 28 mai 2013), on arrive à un étrange trio de harpies déchaînées qui rappelle celui des années précédentes (Hillary-Noland-Rice) … Étrange, veut-on dire, par rapport à l’inflexion que John Kerry veut donner à la politique US, à sa critique quasi-inflexible de tout ce qui a précédé, qui fut enfanté effectivement par le même trio.

Eric Draitser, analyste géopolitique à New York, donne un commentaire à Russia Today, le 5 juin 2013. Il mentionne certaines raisons politiciennes et intérieures de la nomination de Rice, puis les conséquences extérieures évidentes…

«First and foremost, it allows the President to present himself as oppositional to Republicans, as a Democrat willing to stand his ground and defend one of his own against political and personal attacks. This point is not to be underestimated as President Obama continues to be accused by principled progressives of collusion and collaboration with Republicans on deficit reduction, cuts to vital social programs and other austerity-related policies. Essentially, Obama is able to use Rice as a shield, deflecting attention away from his destructive economic and political policies in favor of the much more manageable “controversy” about Susan Rice.

»Additionally, by keeping Rice within the top leadership of the administration, Obama also is able to create the false dichotomy between African-American woman Susan Rice, and the almost entirely white male Republican Party. In so doing, Obama insulates himself and his administration further by adding the socio-cultural element into the equation; Obama forces white male Republicans to attack Rice and consequently, left liberals to defend her. This kabuki theater politics has typified the clever tactics of the current administration: playing to its strengths by using the Republicans as a foil.

»Of course, what should not be lost on readers is the fact that not one of the “harshest” attacks on Susan Rice has ever questioned the fundamental thinking that underlies her entire world-view: that the United States must use military force, hegemony, and coercion to maintain and expand its imperial posture and protect the interests of Wall Street, London, and the multinational corporations. Obama’s appointment of Rice is far more than a “defiant gesture,” it is a validation and ringing endorsement of the “humanitarian war” and “Responsibility to Protect (R2P)” doctrine espoused by Rice since the Clinton administration. It is an unequivocal affirmation of the “righteousness” of US-NATO’s savage war on Libya and continued destabilization and subversion of Syria. It is the proclamation of a continued and sustained neo-colonial presence in Africa. It is here that we can clearly identify the true significance of this appointment. »

Draitzer cite ces mots de Landler, dans l’article du NYT déjà référencé, où il est rappelé que Rice ne devra pas passer devant le Sénart pour confirmation de sa nomination : «It is also a defiant gesture to Republicans who harshly criticized Ms. Rice for presenting an erroneous account of the deadly attacks on the American mission in Benghazi, Libya. The post of national security adviser, while powerful, does not require Senate confirmation.» Landler, lui, cite ces mots d’Obama, lors de sa présentation de la nomination de Rice, – qui marquent un étrange contrepoint des déclarations dépressives de Kerry (mais entendent également signifier aux républicains qu’ils n’ont aucune chance contre lui s’ils entendent le critiquer, comme ils l’ont fait ces derniers jours, pour sa prétendue “mollesse” en politique extérieure type-interventionnisme humanitaire) : «With her background as a scholar, Susan understands that there’s no substitute for American leadership. She is at once passionate and pragmatic. I think everybody understands Susan is a fierce champion for justice and human dignity, but she’s also mindful that we have to exercise our power wisely and deliberately.»

Le florilège de Rice comme ambassadrice des USA à l’ONU est connue et relève effectivement, lorsqu’il s’est agi du veto russo-chinois du 4 février 2012, d’une dialectique proche de l’insulte que les Russes n’ont certainement pas oubliée. Le 5 février 2012w, Rice faisait ces déclarations à la radio nationale NPR : «Russia and China blocked a U.N. Security Council resolution that would have condemned the Syrian government for attacks against civilians. U.S. Ambassador Susan Rice said the United States was “disgusted” by the double veto.

»“The international community must protect the Syrian people from this abhorrent brutality,” she said Saturday. “But a couple members of this council remain steadfast in their willingness to sell out the Syrian people and shield a craven tyrant.” “We’ll have to see if Russia and China, when they feel the full weight of the outrage of response to their actions in the region and in Syria, change course,” she says. “And if they don’t, we will certainly look at every means at our disposal to increase pressure on Assad. His days are numbered. There’s no question that this regime cannot endure. The only question is how many people will die before it ends.”»

Quelques mois plus tard, elle se signalait encore, après un nouveau veto russo-chinois, par son affirmation que les USA devaient suivre une voie absolument illégale selon les lois internationales, pour accomplir leur grande politique humanitaire (sur Alternet.org, le 21 juillet 2012 : «In the wake of the Russian and Chinese veto, US Ambassador to the UN Susan Rice said Washington would “intensify” its efforts “outside the Security Council” to bring pressure to bear on Assad, and assist “those in need.”»

Au vu de ces divers éléments, on est en droit de s’interroger sur la substance et l’orientation réelles de la politique des USA, si effectivement il y a orientation et substance. La nomination de Rice-Powell signifie-t-elle un durcissement de la politique syrienne d’Obama, et un acte que les Russes jugeront peu encourageant, sinon inamical ? Certes, on pourrait le penser et l’on ne s’en privera pas, en relevant aussitôt que la chose se produit au moment où Kerry reconnaît qu’il n’y a d’autre voie que celle de la diplomatie, qu’il faut arriver à réunir la conférence Genève-II, ce qui requiert la pleine coopération des Russes ; au moment, encore, où la Maison-Blanche ne cesse d’accueillir les nouvelles concernant l’usage du chimique par des fins de non-recevoir en affirmant que les preuves sont insuffisantes, pour ne pas se laisser entraîner dans l’amorce d’un engagement dans un processus d’intervention ; au moment où l’allié turc, si nécessaire pour son rôle dans l’usine à gaz des “Amis de la Syrie”, se trouve dans la situation qu’on sait…

Cela observé avec une consternation sans trop de préoccupation, tant la décision d’Obama s’inscrit bien, après tout et pour juger de plus haut, dans l’inconsistance entropique de la politique du bloc BAO, il ne faut pas du tout négliger l’aspect intérieur mis en évidence par Landler et repris par Draitzer. Il est très possible qu’il y ait une fine manœuvre d’Obama dans la volonté d’affronter, éventuellement de lancer une contre-offensive en direction des républicains par un mélange de provocation (Rice considérée comme une des principales fautives-coupables dans l’affaire de Benghazi) et de surenchère (Rice-Power, super-humanitarian hawks). On jugerait alors que cela pourrait diviser ces mêmes républicains, – les super-humanitarian hawks du type McCain-Graham pouvant après tout préférer abandonner l’affaire de Benghazi que le parti républicain tente d’exploiter au maximum contre Obama, pour ne pas affaiblir l’administration Obama au moment où le couple Rice-Power pourrait être soutenue pour faire pression, pour une politique agressive en Syrie. On en déduirait également qu’Obama est prêt à faire beaucoup de choses pour éviter qu’on poursuivre la guérilla dans le cadre des divers éléments du Scandalgate

“Cela observé avec…”, etc., on rappellera finalement que tous ces sapiens divers qui s’agitent ne peuvent pas grand’chose, et pas plus un discours pompeux d’Obama sur le «no substitute for American leadership», pour changer la vérité de la situation en Syrie et alentour (laquelle est reconnue par Kerry, et proclamée par les militaires US). Les USA ne sont pas plus puissants avec Rice-Power et les forces armées restent au niveau qu’on perçoit à l’ombre de la séquestration, les rebelles n’en sont pas moins en position de retraite, les Turcs plongés dans le désordre et ainsi de suite. Par contre, l’arrivée du duo Rice-Power devrait encore plus convaincre Assad et ses alliés divers, notamment du Hezbollah, qu’il importe plus que jamais de pousser leur avantage. C’est-à-dire que nous ne sommes plus à l’époque où l’on faisait la politique qu’on voulait, en y créant les événements à mesure, mais celle où l’on ne peut faire que la politique qui est permise par des événements que plus personne ne contrôle et qui prennent un tour de plus en plus inquiétant pour “les Amis de la Syrie”.

Un dernier point à observer avec la nomination de Rice, c’est de constater qu’elle recèle une réelle aggravation des relations USA-Russie. La personnalité et le curriculum vitae de Rice, avec les insultes onusiennes, en sont une des causes ; une autre, plus précisément, est sa nouvelle position à la tête du NSC. C’est par ce canal qu’il contrôlait bien, avec Tom Donilon, qu’Obama a tenté ces derniers mois de lancer une “diplomatie personnelle” d’entente et d’accommodement avec Poutine. Donilon servait de relais de cette politique du côté US, et les Russes n’y avaient rien à redire… Peut-on voir, et croire que Rice jouerait ce rôle à la complète satisfaction des Russes ? On ne serait pas étonné si les Russes, et Poutine-Lavrov précisément, voyaient la nomination de Rice, dans ce cadre en plus de celui de la Syrie, comme un développement incompréhensible et irrationnel pour eux, et de toutes les façons hostile, qui enterre par avance toute possibilité de cette sorte d’accord que recherche Obama.

Le résultat net de l’opération est donc un peu plus d’impuissance, un peu plus de paralysie, un peu plus de désordre et de politique extérieure réduite à l’état de bouillie de chats, un peu plus de probabilité d’aggravation de la situation de désordre en Syrie et alentour, un peu plus de possibilités de heurt avec les Russes, un peu plus de discrédit des USA… On y ajoutera la possibilité, également, de désaccords au sein du gouvernement US, où ni Kerry, ni les militaires n’apprécieront nécessairement l’arrivée de Rice. Par contre, le ministre français Fabius, une fois informé par une petite fiche ou l’autre d’un de ses experts, y verra confirmation de son audace et de sa sagesse.

 

Mis en ligne le 6 juin 2013 à 09H49

http://www.dedefensa.org/article-bho_choisit_un_antid_presseur_massif_pour_sa_d_pression_syrienne_06_06_2013.html

Le sénateur McCain venu encourager ses soldats en Syrie

McCain en Turquie, peu de temps avant son entrée en Syrie

McCain en Turquie, peu de temps avant son entrée en Syrie

Tout le monde croit que McCain avait perdu les élections il y a 5 ans et que c’était Obama qui les avait gagnées. Eh bien, non. Obama n’est qu’un figurant. Avec son ‘’Yes we cain’’, les vrais maîtres sont ailleurs. Ce sont entre autres un Dick Cheney qui lui intime l’ordre de laisser tomber Guantanamo, ou un McCain qui conduit les guerres et les subversions étatsuniennes à l’extérieur.

Mc CaïnPendant que l’administration Obama cherche des solutions pour s’en sortir en Syrie, McCain a déjà sa solution. Paix ou pas, accords ou pas accords, il veut en découdre jusqu’au bout.  Son armée, il l’a déjà sur place. Malgré la raclée qu’elle subit, elle reste hautement nocive. Apparemment il n’est pas question pour son clan de déposer les armes. C’est, en tout cas, ce que semble vouloir dire sa petite visite secrète en Syrie, via la Turquie, et sa rencontre (secrète, elle aussi) avec des personnalités de l’ASL. Qu’espère-t-il ? Ses mercenaires ont déjà tout ce qu’il faut : armes, argent, logistique. Malgré cela, ils boivent la tasse. S’ils continuent, ils seront décimés jusqu’au dernier.  Mais, de cela, il s’en fout. Il ne veut peut-être même pas gagner la guerre. Il voudrait juste qu’elle soit sans fin, quitte à aller chercher des mercenaires  à l’autre bout du monde. Alors il est venu remonter le moral de ses boys barbus, comme au bon vieux temps de son Vietnam. Il est venu leur promettre plus d’armes, plus d’argent et plus de logistique, tout ce qu’ils demanderont, mais pourvu qu’ils tiennent.

Finalement, peut-être bien que le monde l’a échappé belle, il y a 5 ans, lors de l’élection d’Obama.

Avic

http://avicennesy.wordpress.com/2013/05/29/le-senateur-mccain-venu-encourager-ses-soldats-en-syrie/

La Syrie, ou le temps suspendu de l’effondrement du système

La Syrie, ou le temps suspendu

Ce 18 mai 2013, M K Bhadrakumar décrit, sur son Indian PunchLine, la situation syrienne après la rencontre Obama-Erdogan à Washington. Non que cette rencontre promettait d’être décisive en quelque manière que ce soit mais parce que, c’est vrai, elle présentait un aspect symbolique significatif d’une situation générale.

Il n’est pas déraisonnable d’observer que l’on identifie, pour colorer la perception et le jugement général, des traits tels que l’amertume et le désenchantement, déjà devinés dans ce que nous percevions comme un sentiment dépressif, le 11 mai 2013.

(Nous parlons là d’abord des “amis de la Syrie” du bloc BAO qui demandent la tête d’Assad depuis deux ans, et, par conséquent l’amertume et le désenchantement concernant d’abord leur projet.

Mais nous pensons que ces deux sentiments dépassent largement le cadre de ce projet…) Pour cette fois, – car le plus souvent il commente dans le sens de distinguer un vainqueur dans la partie diplomatique qu’il observe, – l’ex-diplomate M K Bhadrakumar ne s’attache pas, fort justement à notre sens, à détailler une “victoire”, mais plutôt à décrire une débâcle générale qui n’entraînerait pas nécessairement une victoire de l’un ou l’autre, dans le sens constructif, éventuellement re-structurant, qu’affectionne un esprit de diplomate.

«The Turkish prime minister Recep Erdogan’s visit to Washington on Thursday was expected to put pressure on the Obama administration to take a tougher stance against the Syrian regime. Erdogan was quoted as seeking the imposition of a US-led ‘no-fly-zone’ in Syria and increased arms supplies to the rebel fighters. In the event, however, Obama stood his ground and insisted there is no “magic formula” to resolve the crisis… […] Simply put, Obama is unwilling to let the US be drawn into an Iraq-like quagmire. Regime change is the objective alright, but there must be a negotiated transition… […]

»The video clipping showed an uncharacteristically subdued Erdogan standing in the rain the Rose Garden, while Obama dictated the terms. Erdogan politely listened, but then, later on at the Brookings, he took off on a tangent and hit back his own way where it hurts the US interests — by insisting that Hamas is a legitimate participant in the Middle East peace talks. He disclosed that he is heading for Russia and the Gulf countries soon for Syria talks “to assess the situation there.” Erdogan has further reiterated his intention to visit Gaza next month.

»Erdogan isn’t the only one who feels let down. The Saudis are livid. The government-owned Asharq Al-Awsat tore into the US’ policy on Syria in an opinion piece entitled “Obama’s Betrayal” under the byline of the daily’s managing editor Eyad Abu Shakra. It says: “Obama has given in to the Russian interpretation… Washington has accepted the reality of Bashar Al-Assad remaining at the helm in Syria until the end of his presidential term next year, exactly as Russia and Iran wanted.” […]

»Unsurprisingly, Russia is keeping its fingers crossed. As the Moscow-based strategic analyst Fyodor Lukyanov noted in an opinion piece in the official Novosti news agency, it is indeed a situation where things could go either way — “a critical moment, with advocates and opponents of a negotiated settlement in Syria at each other’s throats.” “Indeed, what Russia can do for the present is to make sure that any western adventurist enterprise to ratchet up the current level of military intervention in Syria proves costly and unacceptable.”»

• Dans son commentaire, M K Bhadrakumar cite effectivement le texte du 16 mai 2013 de Eyad Abu Shakra, rédacteur en chef du quotidien arabe édité à Londres, et représentant les intérêts saoudiens, Asharq Al-Awsat.

On y trouve effectivement toute la fureur et la rancœur de ceux qui se sentent trahis, y compris par d’autres que le traître principal («Obama’s Betrayal») ; dans son texte, Eyad Abu Shakra désigne également la Turquie, comme autre “traître”, suivant sa propre voie qui est de ne prendre aucun risque avec la Syrie («[T]he rhetoric of Turkish prime minister Recep Tayyip Erdogan has changed completely, stressing defensively that Turkey “will not be drawn into a deliberate Syrian trap”»).

L’on comprend alors la logique de la recherche de certains nouveaux arrangements, comme le ferait justement l’Arabie avec l’Iran, que M K Bhadrakumar lui-même signale en se référant au même texte de DEBKAFiles que nous signalions le 14 mai 2013.

«However, if we look beyond the naiveté of believing that human rights are the only factor that moves major international politics, we find that the results of this week’s US-British summit are no longer surprising.

»It no longer requires a genius to work out that President Obama has given in to the Russian interpretation of the Geneva Agreement on Syria. It has become clear that Washington has accepted the reality of Bashar Al-Assad remaining at the helm in Syria until the end of his presidential term next year, exactly as Russia and Iran wanted.

No one will believe Obama’s promises—or those of his British ally—whose rhetoric fooled many in the last few months: promises such as “a Syria without Assad” with no deadline, and without stating that Assad’s departure is a necessary prelude for any political resolution.

»This sweet talk is merely a cover for the failures of a foreign policy that either lacks understanding or is comprehensively conspiring against a vital region whose people’s interests Washington sees no wrong in ignoring… […]

In light of the events of the past two years, the US administration’s adoption of Moscow’s interpretation of the Geneva Agreement represents a betrayal of the Syrian people which is, in many ways, parallel to Obama’s betrayal of the Palestinian people after the promises he made on his first presidential visit to the Middle East.»

• Toutes les positions de la plupart des acteurs extérieurs se trouvent paradoxalement définies par les plus extrêmes fluctuations, témoignant de la confusion et du désordre qui sont dans cette période intermédiaire la marque de la situation syrienne et alentour.

Un cas exemplaire se développe avec la position d’Israël, où les signes de division interne se multiplient, confirmés par la visite en Russie de Netanyahou et ses entretiens avec Poutine. Eli Bardenstein écrit, dans Ma’ariv, le 16 mai :

«Prime Minister Binyamin Netanyahu shares Russia’s concern about Assad’s fall from power and the rise of radical Islamic forces in his stead, said a Russian political official who was privy to the conversation that Netanyahu held with Russian President Vladimir Putin on Tuesday in Sochi.

That said, a high-ranking Russian civil servant who was privy to the conversation […] explained the differences between the Russian and Israeli attitudes: “Israel doesn’t want Assad’s continued rule, but is afraid of the alternatives, whereas Russia wants Assad to be part of the political solution in the country, at least in the initial stage.”

»Those assessments conform to the fact that there are differences of opinion within Israel about whether to support actions that would lead to Assad’s downfall. Israeli intelligence officials believe that despite the fact that this [Assad’s fall from power] would strengthen the radical rebel forces in Syria and would raise the threat of terrorism against Israel, stopping the Iranian nuclear program is Israel’s supreme objective, and Assad’s downfall would serve that objective because it would destroy the axis of evil that is comprised of Iran, Syria and Hizbullah. Alternately, other Israeli officials believe that increased terrorism from the direction of Syria in the post-Assad era is the more troubling scenario. Apparently, Netanyahu supports the latter view.»

• D’un autre côté, qui est celui de l’évolution la plus dramatique, il y a certains commentaires autour de la livraison des missiles sol-air russes S-300 à la Syrie, dont nul ne sait précisément le statut (déjà livrés ? En voie de l’être ? Toujours rien de fait ? Etc.). Certains commentateurs israéliens envisagent le pire, soit l’attaque des S-300 par Israël.

Dans Al-Monitor Israel Pulse, le 17 mai 2013, Ben Caspit explore l’hypothèse d’une telle attaque selon diverses options. Dans tous les cas qu’il envisage, le danger est considérable d’une extension de la crise syrienne vers une guerre généralisée dans la région, y compris avec l’implication de puissances extérieures d’un poids énorme, – dans ce cas, il s’agit de la Russie…

(Il est à noter que toutes ces situations s’appuient sur le fait, qui semble avéré pour les commentateurs, que le S-300 est une arme terrifiante, qui paralyserait complètement l’activité aérienne des forces israéliennes. On a vu [le 13 mai 2013] que certains experts ne partagent pas du tout ce point de vue.)

«The situation is more dangerous than ever, mainly because everyone involved — and there are plenty of people involved — is caught up in a kind of “Catch-22” situation. Israel cannot accept the presence of S-300 missiles in Syria, since these missiles can be used to shoot down its air force jets al most as soon as they take off from their bases in Israel.

This would be a harsh blow to Israel’s longstanding dominance of the air in the Middle East. On the other hand, if Israel attacks those missiles, it would find itself entangled with all of its enemies at once, and with Russia too. That may be too much to handle, even for Israel…»

• Les Russes, eux, ont une ligne. Ils sont cohérents avec eux-mêmes et, dans cette confusion générale, apparaissent à tous comme une puissance déterminée et un pôle de stabilité, avec une politique bien déterminée et surtout bien structurée puisqu’appuyés sur des principes.

C’est pourquoi, certes, ils dominent la situation en termes d’autorité et d’influence, ce qui est aujourd’hui l’essentiel dans cette région. Leur plus grand adversaire, c’est donc le désordre, – le désordre que causerait une prise de contrôle totale du mouvement rebelle par les extrémistes islamistes, le désordre que causerait une maladresse de trop des USA quittant leur ligne actuelle (ce qu’on peut en juger) pour un interventionnisme soudain plus affirmé, le désordre que causerait une attaque israélienne de plus et ainsi de suite.

Pour cette raison, les Russes ont déterminé habilement que leur position d’influence parce qu’elle est aussi une position d’autorité peut aussi bien marier une certaine attitude d’arbitrage et une certaine attitude de fermeté qui apparaît subjectivement favorable à Assad, mais essentiellement parce que Assad représente pour l’instant l’ordre et la souveraineté.

Le problème actuel est que la situation est si confuse, que l’“alliance” du bloc BAO & consorts craque si fortement de toutes parts, que la position des rebelles sur le terrain est si incertaine, qu’existent diverses tentations de l’une ou l’autre poussée, de l’une ou l’autre tentative de coup d’éclat, dont le résultat craint par les Russes serait moins une victoire-surprise du camp anti-Assad qu’une brutale accélération et une rapide extension du désordre devenu incontrôlable.

Pour eux, par conséquent, l’incertaine conférence de Genève (Genève-2) est devenue le but essentiel, non par sa vertu intrinsèque mais parce que faute de grives, on mange des merles, – parce que cette conférence est le seul espoir au moins temporaire de stabilisation institutionnalisé de la situation.Russia is keeping its fingers crossed… […] [I]t is indeed a situation where things could go either way — “a critical moment, with advocates and opponents of a negotiated settlement in Syria at each other’s throats.” “Indeed, what Russia can do for the present is to make sure…»)

Le plus remarquable de l’attitude russe, c’est effectivement, comme on en a vu le principe, que ce désir d’ordre presque à tout prix, ne l’est justement que “presque”. Les Russes parviennent, notamment grâce à une convergence de fermeté des deux personnalités de Poutine et de Lavrov, à ne pas se laisser emporter par la fragilité et la vulnérabilité potentielle du seul acteur responsable jusqu’à paraître l’arbitre du drame syrien qu’implique leur position, – ce qui serait le cas si, par exemple, ils abandonnaient le principe de la livraison de S-300, apparaissant brusquement affaiblis par leur rôle, donc ayant ôté toute sa substance d’autorité et d’influence à ce rôle, ayant gagné un peu de répit pour le court terme mais en perdant autorité et influence.

En gardant cet aspect de fermeté à leur politique, ils prennent des risques à court terme mais ménagent une chance pour le terme plus long et renforcent finalement leur position ; d’autre part, ils s’affirment prêts à l’affrontement si des conditions nouvelles et brutales l’imposaient.

Il n’empêche, – à partir d’une entame bien incertaine et faite de seule communication autour de l’emploi possible de l’armement chimique en Syrie, la période est devenue bien significative, sinon cruciale (mais pourtant pas décisive). Elle est effectivement transitoire (“temps suspendu”), mais pour un but (réunion d’une conférence Genève-2) qui, s’il est atteint, établira une situation nouvelle qui, elle aussi à son tour, générera de nouvelles manifestations de désordre.

Il s’agit d’une période de transition dont l’alternative est d’une part un “progrès” qui ne fera que poser les termes de la crise syrienne dans des orientations différentes où le désordre se développera d’une autre façon, ou d’autre part la possibilité de l’accélération brutale du désordre.

Tout le brio des Russes ne peut rien sur l’essentiel, parce que personne ne peut rien sur l’essentiel. La présence de ce que nous nommons l’infrastructure crisique ne permet pas une résolution de la crise syrienne selon une procédure politique classique :

la crise syrienne fait partie du contexte général de la crise d’effondrement du Système et elle dépend complètement de l’évolution générale de cette crise, qui s’exprime comme la “crise haute” par excellence. Cela dépasse les capacités du sapiens courant, format-XXIème siècle.

http://stationzebra.net/?p=18421

Benghazi et l’aggravation de la crise du gouvernement Obama

Obama et Cameron se réunissent pour un sommet de guerre à Washington

Appels arabes à Obama: contrôlez le Qatar!

L’équipe du site

« Des pays arabes alliés des Etats-Unis cherchent à faire pression sur le président Barack Obama afin que son administration contrôle entièrement  le dossier de la crise syrienne et le libérer de la domination du Qatar » a rapporté le quotidien libanais asSafir, citant le Wall Street Journal.

« En effet, au cours des récentes visites effectuées par le roi Abdallah II de Jordanie, le prince héritier des Émirats arabes unis Mohammed bin Ziyad Al Nahyan, et le ministre saoudien des Affaires étrangères le prince Saoud al-Fayçal à Washington, un message unifié a été adressé au président Obama , au cours de ces réunions séparées, ont rapporté des sources américaines  et arabes » poursuit le journal.

Le message  souligne  la préoccupation de ces trois pays envers le Qatar qui soutient le Front alNosra d’alQaïda mais aussi  leur principale préoccupation est le soutien turc et qatari aux Frères musulmans.

Un responsable arabe impliqué dans les pourparlers a déclaré que «Nous voulons quelqu’un qui puisse diriger les acteurs de la région», ajoutant que «les Etats-Unis et son président sont la seule force capable de remettre le Qatar sur la bonne voie ».

Il est à noter que ces pays (Emirats arabes unis, la Jordanie, l’Arabie Saoudite, le Qatar et la Turquie) ont depuis le début de la crise syrienne soutenu l’opposition armée en Syrie, mais ils se sont séparés plus tard en deux camps quand il s’agissait de soutenir certaines factions, ce qui a contribué à la fragmentation de l’opposition militairement et politiquement.

L’Arabie saoudite, la Jordanie et les EAU représentent pour les Etats-Unis un axe incontournable pour trouver une solution syrienne, contenir le projet nucléaire iranien et  commencer les pourparlers de paix israélo-arabe.

Néanmoins,  les États-Unis comptent largement sur le Qatar et la Turquie afin  de provoquer un changement de régime en Syrie et la reprise du processus de paix au Moyen-Orient.

Selon des responsables occidentaux cités par le  Wall Street journal,  Riyad,  Amman et Abu Dhabi se posent à travers la crise syrienne comme étant les modérés, ils visent à soutenir les factions modérées de l’opposition armée, en particulier celles qui ne sont pas alliées ou liées  aux Frères musulmans ou à Al-Qaïda.

Un responsable  de la Maison Blanche a refusé de commenter les réunions qui ont eu lieu entre les représentants de ces pays et le président Obama.

Toutefois,  il a souligné qu’elles se sont concentrées sur les moyens d’unifier  les rangs arabes contre  la Syrie. Le président Obama a également rencontré à Washington le  Premier ministre qatari Hamad bin Jassim Al-Thani et s’entretiendra avec le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan bientôt.

Toujours selon ces responsables, les conséquences de la crise syrienne ont pesé  lourd  sur la Jordanie, en particulier après avoir reçu plus d’un demi-million de réfugiés syriens, provoquant une   crise financière et sociale, sans compter la montée en puissance  des Frères musulmans parmi les Jordaniens.

Pour ce qui est des Émirats arabes unis et de l’Arabie saoudite, les responsables arabes et américains estiment que  le président Obama n’a pas joué le  rôle qu’il fallait  envers le président égyptien renversé Hosni Moubarak ou envers  la famille royale du Bahreïn, voire  l’administration américaine n’a pas bien évalué  ce que des groupes comme  les Frères musulmans ou même l’Iran pourraient faire en exploitant la situation chaotique dans la région.

De plus,  il est important pour le président Obama d’unir les Arabes et la Turquie en vue de relancer le processus de paix. Mais le jeu des influences dans la région a changé radicalement depuis au moins  2011 où le Qatar et la Turquie ont remplacé l’ Egypte et la Jordanie dans les pourparlers de paix. Or, les Arabes appréhendent la politique du Qatar dans la région qui est proche du mouvement Hamas, groupe principalement associé aux Frères musulmans.

Selon des responsables américains et arabes, le Qatar et la Turquie tentent frénétiquement de profiter de la phase de transition que traverse aujourd’hui le Moyen-Orient afin d’étendre leur influence diplomatique, économique et même religieuse.

Ainsi, le  Qatar représente le principal soutien financier des nouveaux régimes du Caire et de la Tunisie. Selon des responsables qataris, des milliards de dollars ont été offert au président égyptien Mohammad Morsi.

http://www.almanar.com.lb/french/adetails.php?eid=111599&cid=13&fromval=1&frid=13&seccatid=15&s1=1