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En Syrie, la propagande est une arme comme une autre

Et l’Occident en a la maîtrise la plus aboutie.

Un article paru hier dans le New York Times sous la plume de CJ Chivers évoque les armes venues de Libye qui équipent les «rebelles» en Syrie.

Cet article est repris par la presse française qui n’analyse cependant pas sa place dans le dispositif propagandiste que les puissances occidentales ont mis en marche depuis le début de la crise syrienne.

Ce que la presse ordinaire ne fait pas, le blog Moon of Alabama  le fait et expose la réalité de la machine de propagande simplement en mettant en relation le dernier article de CJ Chivers avec son reportage précédent transmis depuis la Syrie le 12 juin dernier, il n’y a pas même quinze jours.

Ce que montre Moon of Alabama est que le dernier article de Chivers contredit le précédent. En effet, dans l’article du 12 juin, le journaliste du New York Times parlait de rebelles réduits à fabriquer artisanalement eux-mêmes armes et munitions du fait de la rareté des approvisionnements en provenance des pays étrangers.

Une situation complètement inversée  dans l’article du 21 juin qui parle d’un effort multinational et complexe financé en partie par le Qatar pour acheminer en Syrie armes et munitions venues de Libye.

Or, dans le même article Chivers remarque que les armes libyennes ne constituent qu’une partie de l’arsenal des rebelles. Et que cet arsenal, loin d’être de nature artisanale comprend des canons sans recul et des missiles antichars évolués.

Cette mise au jour de la démarche propagandiste d’un quotidien américain réputé par Moon of Alabama demande, outre de la perspicacité, une qualité qui fait défaut dans ce monde où prime l’instantané en matière d’information : la mémoire.

Journalisme de propagande – L’échec de Kerry au Qatar

Moon of Alabama, 22 juin 2013 traduit de l’anglais par Djazaïri

Le 12 juin dernier, CJ Chivers du New York Times était en Syrie pour reportage dans lequel il parlait d’ateliers qui fabriquent quelques munitions pour l’insurrection en Syrie qui est soutenue par l’étranger. L’article, à commencer par le titre, était une longue complainte sur la prétendue insuffisance d’armement pour ces pauvres tueurs. L’article était illustré par des photos des ateliers prises par  son complice Tyler Hicks.

 Privés d’armes, les rebelles Syriens les fabriquent eux-mêmes

« Tout le monde sait que nous n’avons pas les armes dont nous avons besoin pour nous défendre », déclare Abou Trad, un commandant du Front des Rebelles de Saraqib, peu de temps avant de permettre aux visiteurs d’entrer dans cet atelier de fabrication d’obus de mortier. « Mais nous avons la volonté, et nous avons de modestes moyens, et nous avons des outils. »

Les ateliers d’armement restent un élément important de la logistique de l’opposition car le flux des armes en provenance du monde arabe ne parvient pas à suivre la demande.

“Tout ce dont nous avons besoin, c’est d’armes efficaces,” dit Khaled Muhammed Addibis, un commandant rebelle. «Des armes efficaces, rien d’autre.»

Quand Chivers a écrit ce qui précède, la ligne officielle de la propagande disait que les Etats Unis n’armaient pas activement les «rebelles» mais qu’Obama «résistait aux pressions pour ce faire» [armer les opposants]. C’était absurde et Chivers le savait. Alors même qu’il racontait son histoire sur ces pauvres «rebelles» qui devaient fabriquer des armes eux-mêmes parce qu’ils n’en recevaient pas par ailleurs, Chivers avait pu voir de nombreuses armes modernes venues de Libye et d’ailleurs et il savait que la CIA participait à leur distribution. Il n’en a jamais parlé, mais il a au contraire raconté les mensonges ci-dessus. Comment savons-nous qu’il a menti ? Eh bien, jetez juste un œil sur ce que Chivers écrit aujourd’hui :

Les informations recueillies en Syrie , ainsi que les données du contrôle aérien et des entretiens avec des membres des milices, des contrebandiers, des rebelles, des analystes et des officiels  dans plusieurs pays, dressent l’image  d’un effort multinational complexe et actif, financé en grande partie par le Qatar, pour transporter des armes en provenance de Libye aux combattants de l’opposition syrienne.

Si ce système semble réussir à acheminer des armes à travers de multiples frontières et à faire un tri parmi les organisations rebelles, une fois en Syrie, le flux d’armement se ramifie. Les combattants islamistes, dont certains sont alignés sur al Qaïda, ont l’argent pour acheter les stocks qui viennent d’arriver, et beaucoup de rebelles sont prêts à les vendre.

Mais les apports venus de Libye semblent représenter au moins une partie des armes antichars que nous avons vues dans le conflit ce printemps, dont des projectiles de fabrication belge pour des canons sans recul M40 et certains des missiles guidés Konkurs-M  de fabrication russe qui ont détruit des blindés syriens ces derniers mois.

Système antichar Konkurs

Système antichar Konkurs

La présence de munitions venant de l’ancien arsenal de Kadhafi est aisément visible.

Fin mai dernier, le New York Times a trouvé des caisses, des gaines de stockage et des douilles de munitions antichars en provenance de Libye et en possession d’ Ahfad al-Rasul, une importante organisation combattante affiliée au Conseil Suprême Militaire.

Alors qu’ils écrivaient sur des insurgés “privés d’armes”, Chivers et son photographe Hicks avaient en réalité vu les canons sans recul, les missiles guides et quantités de caisses de munitions venues de Libye. Mais à ce moment là, le thème officiel de la propagande était ces «pauvres rebelles sous-armés » et Chivers avait obligeamment suivi cette ligne.

Quad de l'armée chinoise équipé d'un canon sans recul

Quad de l’armée chinoise équipé d’un canon sans recul

Ce thème de la propagande avait pour but de créer un certain soutien dans l’opinion à une escalade de la guerre en mettant encore plus d’armes entre les mains des rebelles. L’histoire des «rebelles privés d’armes» était fausse et Chivers le savait depuis la «fin du mois de mai» lors de son séjour en Syrie.

Comme souvent, ainsi qu’on le constate ici, les journalistes sont incités, ou obligés silencieusement, à coller à la ligne officielle livrée par la Maison Blanche. Les rares fois où le New York Times va contre la propagande américaine officielle sont juste un moyen de diversion pour entretenir l’image d’une presse libre.

Les onze pays qui forment le groupe des amis pour la destruction de la Syrie se sont réunis aujourd’hui au Qatar. Avant le commencement de la réunion, le Secrétaire d’Etat Kerry avait prévu d’unifier la distribution des armes via le Général Idriss , le chef de l’Armée Syrienne Libre contrôlée par la CIA pour mettre un tant soit peu les djihadistes à l’écart du flot d’armement :

Les opposants Arabes et Occidentaux à Bachar al-Assad se sont réunis au Qatar ce samedi pour renforcer la coordination de leur soutien aux rebelles qui luttent pour renverser le président Syrien.

Les ministres de onze pays, dont les Etats Unis, des puissances européennes et régionales musulmanes Sunnites, ont tenu des discussions qui, selon les Etats Unis, devraient engager les participants à acheminer toute l’aide via le Conseil Militaire Suprême soutenu par l’Occident, dont Washington espère qu’il pourra compenser la rapide montée en puissance des forces rebelles djihadistes.

Cette démarche a été jugée nécessaire parce que l’Arabie Saoudite tout comme le Qatar distribuaient librement des armes aux différentes organisations terroristes takfiristes :

Deux sources du Golfe ont indiqué à Reuters que l’Arabie Saoudite, qui a joué un rôle de chef de file parmi les opposants Arabes à Assad, a aussi accéléré la livraison d’armes sophistiquées aux rebelles.

“Il y a eu ces dernières semaines des arrivages supplémentaires d’armes sophistiquées. Ils en reçoivent plus fréquemment ,»  déclare une source sans donner de détails. Une autre source du Golfe parle de ces armes comme de fournitures de nature à «potentiellement faire pencher la balance.»

Avant la réunion d’aujourd’hui, le Qatar a essayé de placer les takfiristes qu’il soutient sous  l’égide nominale de l’Armée Syrienne Libre :

L’Armée Syrienne Libre a proposé aux puissantes organisations rebelles islamistes une part des nouvelles armes sophistiquées si elles s’unifient sous la bannière de l’ASL.

 «Idriss a proposé de soutenir les factions islamistes en partageant les armes qu’il s’attend à recevoir si elles rejoignent une alliance avec l’ASL et acceptent certaines conditions, » a déclaré hier le rebelle basé à Damas.

Il a également déclaré qu’une délégation  du Qatar était présente – la seule présence non syrienne à cette réunion [à Ankara jeudi dernier]. Cela a surpris les participants mais était sans doute en lien avec la réunion des soutiens de l’opposition, connus sous l’appellation d’Amis de la Syrie, qui doit se tenir à Doha aujourd’hui

 La conférence de Doha est maintenant terminée et Kerry a [encore] échoué :

Les ministres des onze principaux pays qui forment le groupe des Amis de la Syrie s’est mis d’accord «pour fournir urgemment tout le matériel et l’équipement nécessaires pour l’opposition sur le terrain, chaque pays le faisant à sa propre manière,  afin de la mettre en capacité de contrer les brutales attaques du régime et de ses alliés.»

“Chaque pays a sa propre manière” signifie que Kerry a échoué – complètement – à unifier le flux d’armement. Il semble alors que le Qatar et l’Arabie Saoudite continueront à livrer des armes au Jabhat al-Nosra et aux autres organisations terroristes takfiristes en Syrie.

Cette désunion devrait amener l’administration Obama à admettre que ses arguments pour donner des armes aux “bons rebelles” pour en priver les takfiristes ne marchera pas. Le Qatar et l’Arabie Saoudite continuant à fournir ces armes «à leur propre manière», les takfiristes resteront la plus forte composante de l’insurrection.

Compte tenu de l’afflux de nouvelles armes, l’armée syrienne devrait probablement stopper son offensive en cours et rester sur la défensive en attendant de définir de nouvelles tactiques contre ces armes. Des chars avançant à découvert ou restant immobiles à des checkpoints sont des cibles faciles et ne pourront pas échapper à des attaques menées avec des Konkurs-M, des Kornets [le Kornet un missile russe] ou d’autres armes antichars modernes. Il est possible de les contrer mais cela nécessite du temps pour se préparer et se former. Entretemps, les importants transports d’armes peuvent être surveillés et attaqués par surprise et détruits dans des raids éclair.

PS : je le dis à l’intention d’un certain crétin sioniste (pléonasme) : Moon of Alabama est le titre d’une chanson écrite en anglais par Bertolt Brecht et mise en musique par Kurt Weill.

Moon of Alabama a été interprétée par de nombreux artistes dont les Doors, Nina Simone, Dalida où, comme on le voit dans la vidéo ci-dessous, David Bowie.

http://mounadil.wordpress.com/2013/06/23/en-syrie-la-propagande-est-une-arme-comme-une-autre/

Le « Lion Impatient » de mettre en pièces sa proie, la Syrie

L’art de la guerre

Par Manlio Dinucci

Mondialisation.ca, 18 juin 2013

ilmanifesto.i

Eager_Lion

Quand le président Napolitano rencontra l’an dernier en Jordanie S.M Le Roi Abdallah II, il lui exprima « la haute considération avec laquelle l’Italie voit la volonté de paix et la ligne de modération poursuivie depuis toujours par la dynastie hachémite ». C’est dans cet esprit, à coup sûr, que l’Italie participe en Jordanie à la manœuvre « Eager Lion » (lion impatient) sous commandement étasunien, en cours du 9 au 20 juin. Y participent 19 pays, unis par l’ « objectif commun de renforcer la sécurité et stabilité régionale », menacées, ils n’en ont aucun doute, par la Syrie d’Assad qui utilise des armes chimiques pour écraser la rébellion. Les « preuves » ont été fournies par la Cia, la même qui, il y a dix ans, fournît la documentation photographique, montrée par Colin Powell au Conseil de sécurité, sur la possession par l’Irak de 500 tonnes d’armes chimiques et biologiques et de laboratoires mobiles pour la guerre biologique. On a découvert ensuite, comme a reconnu Powell lui-même, que de telles armes n’existaient pas et que les laboratoires mobiles étaient en réalité des générateurs de gaz pour des ballons aérostatiques à usage météorologique. Mais désormais les jeux étaient faits : les « preuves » de la Cia avaient servi à justifier la guerre contre l’Irak. Peu importe donc si, une fois la guerre gagnée contre la Syrie, on découvrait que ce sont les « rebelles » qui ont utilisé des armes chimiques, comme a déclaré Carla Del Ponte de la Commission Onu sur les crimes de guerre.

D’après le jugement sans appel de Washington, la Syrie a franchi la « ligne rouge » et le président Obama, à contrecœur, a décidé de fournir des armes aux « rebelles ». En dissimulant le fait, émergé de l’enquête du New York Times (26 mars), que depuis janvier 2012 la Cia fournit des armes aux « rebelles », en les faisant arriver par un pont aérien en Turquie et Jordanie et en entraînant là les forces infiltrées en Syrie. C’est sur ce fond que se déroule « Eager lion », une véritable manœuvre de guerre avec forces aériennes, aérotransportées, navales, amphibies et terrestres, comprenant plus de 8mille hommes. Parmi lesquels des militaires italiens, y inclus probablement le 185ème régiment Reconnaissance Acquisition Objectifs de la Brigade Folgore (foudre). Aux côtés de militaires d’une foi démocratique exceptionnelle, tels que saoudiens, yéménites, qataris et autres. Tous aux ordres du Commandement central des Etats-Unis, dont l’ « aire de responsabilité » embrasse Moyen-Orient et Asie Centrale (y compris Syrie, Irak, Iran et Afghanistan), plus l’Egypte.

Ce qu’est l’objectif réel de « Eager Lion » est démontré par le fait que, la manœuvre finie, le Pentagone laissera en Jordanie les chasseurs F-16 et les missiles terre-air Patriot. Ceux-ci viendront s’ajouter aux Patriot étasuniens, allemands et hollandais déjà déployés en Turquie à la frontière avec la Syrie. Tout est prêt pour une « no-fly zone limitée », étendue à 40 Kms à l’intérieur de la Syrie, qui –selon des fonctionnaires USA interviewés par le Wall Street Journal– servira à « protéger les camps d’entraînement des rebelles et la fourniture des armes ». La no-fly zone sera imposée par les chasseurs étasuniens qui, décollant de Jordanie et des porte-avions, pourront détruire avec leurs missiles les avions et les défenses anti-aériennes de la Syrie sans survoler son territoire. La no-fly zone, donc, « ne requerra pas une résolution du Conseil de sécurité de l’Onu ». Le coût prévu est de « seulement » 50 millions de dollars (37 millions d’euros) par jour qui, assure Washington, seront payés aussi par les alliés. On ne sait pas encore quel sera le pourcentage italien, mais le gouvernement trouvera les sous, en pressurant les caisses publiques et en faisant de nouvelles coupes dans les dépenses sociales.

 Manlio Dinucci

Edition de mardi 18 juin de il manifesto

Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio

 

Apostille de la traductrice pour la version française :

Aucune information officielle (sites gouvernementaux) sur la participation de la France à « Eager Lion ». D’après le site « Infosdefense, le magazine des questions stratégiques et d’actualité » :

  « […] la Jordanie a annoncé aujourd’hui (9 juin, NdT) la tenue d’un exercice majeur rassemblant 19 pays dont la France, la Grande-Bretagne, l’Italie, l’Arabie Saoudite ou encore le Qatar. On ignore la teneur de la participation française » (surlignages de la traductrice). « Au total 8000 militaires, dont 4500 américains et 3000 jordaniens […] ».

Si l’on se fie aux informations d’Infosdéfense, cela nous fait donc 500 militaires pour les 17 autres pays participants. On peut toujours espérer que ce lion bien qu’impatient ne sera pas trop coûteux pour nous (même avec les interprètes, pour 19 pays).

http://www.infosdefense.com/exercice-eager-lion-en-jordanie-43760/ 

« Depuis plusieurs mois, les Forces Spéciales américaines conduisent des pénétrations en territoire syrien pour recueillir du renseignement. Aidés par des français et des britanniques, elles forment également les insurgés syriens au maniement des armes ».

http://www.infosdefense.com/syrie-entre-defections-et-livraisons-darmes-13564/

Coût de la participation française à cette « aide », et à l’opération « Eager Lion » ? Chacun appréciera la précision et la retenue des informations d’Infosdéfense.

http://www.mondialisation.ca/lart-de-la-guerre-le-lion-impatient-de-mettre-en-pieces-sa-proie/5339616

La politique syrienne de Washington : faucons contre colombes

À l’image de Vladimir Poutine en Russie, la politique syrienne de Barack Obama est attaquée avec virulence, à la fois par les « faucons » et par les « colombes ». Le 13 juin dernier, Obama concéda deux victoires limitées mais inquiétantes aux faucons : des preuves que les troupes de Bachar el-Assad « ont utilisé des armes chimiques [c’est-à-dire le sarin] contre les forces rebelles », et la décision correspondante « de commencer à fournir pour la première fois aux rebelles des armes légères et des munitions. » (1)

Chacune de ces annonces semble particulièrement étrange, pour ne pas dire malhonnête, pour quiconque ayant suivi de près la crise syrienne. Le conseiller adjoint à la Sécurité nationale Benjamin Rhodes, l’un des principaux conseillers d’Obama en politique étrangère, fut cité dans le New York Times déclarant qu’« il n’y avait aucune raison de penser que la résistance avait accès à des armes chimiques. » Ainsi, comme la plupart des médias grand public aux États-Unis, Rhodes ignora tout simplement les informations parues en mai dernier dans les médias britanniques, selon lesquelles « des enquêteurs de l’ONU en charge des droits de l’Homme ont rassemblé des témoignages de victimes de la guerre civile en Syrie et de personnels médicaux [,] indiquant que les forces rebelles avaient employé du gaz neurotoxique sarin. » (2) Trois semaines plus tard, d’autres informations de ce genre ont été diffusées avant d’être remises en cause. Elles avançaient qu’un cylindre de 2kg contenant du gaz sarin avait été saisi sur des forces rebelles syriennes en Turquie. (3) Comme dix ans plus tôt lorsque l’Irak était en ligne de mire, nous pouvons observer aux États-Unis un nouveau cas où des impératifs politiques conditionnent le renseignement, et non le contraire.

La seconde annonce voulant que les États-Unis commencent « à fournir [en armes] les rebelles » est tout aussi peu crédible. Comme le Times l’a révélé il y a trois mois, la CIA a facilité un acheminement aérien de 3 500 tonnes d’armes (ou peut-être plus) en faveur des rebelles – l’Arabie saoudite et le Qatar étant au cœur de cette opération. (4)

Le rôle d’intermédiaires joué par ces deux pays reproduit un schéma observé en Bosnie en 2003, et plus particulièrement en Libye en 2011 ; et l’Histoire nous enseigne qu’il sera difficile – voire impossible – d’empêcher que des jihadistes ne s’emparent de ces armes, bien que Washington préférerait éviter cette question. (5) En revanche, il est clair que ces armes amplifieront le massacre sans y mettre fin – un carnage visant plus que jamais les civils, quel que soit le camp d’où provient la violence. (6)

Avec ces manœuvres prudentes, Obama a fait bien moins de concessions que ne le désiraient les faucons, comme le Sénateur républicain John McCain. Dans cette même annonce, Benjamin Rhodes a « tout bonnement exclu l’option d’une zone de non-survol », la stratégie d’« aucun soldat au sol » qui a renversé Kadhafi en Libye. En prenant cette décision, Obama pourrait toujours espérer prévenir la manœuvre russe de fournir à el-Assad des missiles anti-aériens perfectionnés – une démarche qui provoquerait très probablement un engagement militaire israélien, et peut-être même une expansion du conflit vers le Liban et l’Irak.

 

Appuyé par un éditorial dans le New York Times, (7) le secrétaire d’État John Kerry a rencontré au début du mois de mai son homologue russe Sergueï Lavrov. Alors qu’un embargo sur les armes de l’Union européenne devait expirer, ils sont tombés d’accord pour organiser une nouvelle conférence internationale à la fin du mois de mai, dans le but de répondre à la crise syrienne. Cependant, cette conférence fut repoussée et sa tenue reste incertaine, en grande partie du fait que les rebelles de l’ASL – clients favoris de l’Occident dans cette rébellion – ont refusé d’y participer, alors qu’ils sont en train de perdre la guerre.

Kerry et Lavrov se sont rencontrés de nouveau à Paris à la fin du mois de mai, et l’issue de cette rencontre fut cette fois-ci plus préoccupante. En effet, les médias russes ont de nouveau rapporté – avec un optimisme mesuré – qu’une rencontre était en projet, bien qu’étant retardée. (8) En revanche, les médias états-uniens ont ignoré ou minimisé l’idée d’une conférence. Au contraire, ils ont amplement cité Patrick Ventrell, un porte-parole du Département d’État, qui reprocha à Moscou d’avoir annoncé la livraison à la Syrie du S-300, un système sophistiqué de missiles guidés anti-aériens ; et il ajouta que les États-Unis soutiendraient dorénavant l’allègement de l’embargo de l’UE sur les armes. (9)

Depuis qu’il a pris ses fonctions, nous avons pu observer deux caractéristiques dans la politique syrienne d’Obama, qui se compensent mutuellement. La première a été son extrême prudence, et son refus de s’engager précipitamment dans des interventions militaires, comme celle où sont actuellement enlisés les États-Unis en Afghanistan. La seconde a été une tendance à justifier ses tactiques dilatoires par des annonces politiques aux buts abstraits, adaptés seulement pour les gros titres. Ce fut par exemple le cas en août 2011, lorsqu’il déclara de façon catégorique qu’el-Assad devait « quitter le pouvoir ». Ainsi, Obama s’est enfermé dans une position politique à laquelle la Russie n’adhèrera pas, sans se donner les moyens de parvenir à cette issue.

Dans le même temps, aux États-Unis et ailleurs, de nombreux analystes bien informés sur la crise syrienne ont mis en garde que ce conflit – qui est déjà une guerre par procuration opposant l’Iran à la Turquie et aux pays de la Péninsule arabique –, pourrait s’étendre et devenir encore plus menaçant. (10) Cependant, ces analyses ont tendance à ignorer la brutale réalité des hydrocarbures qui pourrait déterminer la chute d’el-Assad, si cette compétition énergétique n’est pas frontalement dénoncée.

En 2010, les réserves pétrolières en Syrie étaient estimées à 2.500.000.000 de barils. Plus important encore, la Syrie est la route terrestre la plus évidente pour tout oléoduc ou gazoduc exportant les hydrocarbures du golfe Persique (incluant l’Iran) vers les nations énergivores d’Europe de l’Ouest. Mais l’oléoduc Kirkuk-Bāniyās, qui acheminait le pétrole brut du champ de Kirkuk (Irak) vers la Méditerranée, fut détruit par des frappes aériennes de l’US Army en 2003 et il ne fut jamais rouvert.

En 2009, le Qatar et la Turquie commencèrent à négocier un nouveau pipeline de gaz naturel à travers l’Arabie saoudite et la Syrie, qui serait relié à Nabucco, un projet de gazoduc traversant la Turquie depuis l’Azerbaïdjan. (11) Cependant, un chemin à travers l’Irak semblait de plus en plus problématique, avec la multiplication des conflits dans cette zone. Parallèlement, selon Oilprice.com, l’Arabie saoudite refusa au Qatar l’utilisation de son territoire, ne laissant à cet émirat qu’une route à travers le sud de l’Irak et la Syrie, pour qu’il «sécurise une nouvelle source de revenus. En Turquie, les pipelines sont déjà construits pour recevoir le gaz. Seul el-Assad y fait obstacle.» (12)

Depuis, le Financial Times a rapporté que «Ces deux dernières années, ce minuscule État riche en gaz qu’est le Qatar a dépensé jusqu’à 3 milliards de dollars pour soutenir la rébellion en Syrie, bien plus que n’importe quel autre gouvernement. […] [S]on soutien financier pour la révolution devenue une guerre civile sournoise éclipse totalement le soutien occidental pour l’opposition.» (13)

Le site bien informé ZeroHedge.com a commenté que cet investissement considérable était, «comme c’est si souvent le cas au Moyen-Orient, […] encore une fois uniquement motivé par les ressources naturelles.» (14)

Le champ gazier North Dome du Qatar, situé au milieu du golfe Persique, ne fait qu’un avec le champ South Pars d’Iran, et ils constituent ensemble le plus grand champ gazier du monde. En 2011, el-Assad rejeta un ultimatum du Qatar. Au contraire, il se mit d’accord avec l’Iran et l’Irak pour construire un nouveau gazoduc entre l’Iran et la Syrie, qui transfèrerait le gaz naturel vers la mer Méditerranée depuis le champ iranien South Pars plutôt que depuis le North Dome du Qatar. (15) (N’oublions pas que des défis de cette ampleur contre l’hégémonie du pétrodollar US avaient été lancés par Saddam Hussein puis par Mouammar Kadhafi, avec des conséquences fatales tant pour leurs régimes que pour leurs vies.) (16)

Comme Pepe Escobar l’a commenté, «La raison centrale (mais inavouée) de l’obsession du Qatar pour un changement de régime en Syrie est d’anéantir le pipeline [de gaz naturel] de 10 milliards de dollars [projeté par] l’Iran, l’Irak et la Syrie, qui ont conclu cet accord en juillet 2011. Il en va de même pour la Turquie, car ce gazoduc éviterait Ankara, qui s’affiche perpétuellement comme le carrefour énergétique incontournable entre l’Orient et l’Occident.

Il est crucial de se rappeler que ce gazoduc Iran-Irak-Syrie est […] une abomination pour Washington. […] La différence est que, dans le cas présent, Washington peut compter sur ses alliés du Qatar et de la Turquie pour saboter intégralement cet accord.» (17)

L’un des grands inconvénients des politiques étrangères clandestines est que des décisions cruciales ayant des répercussions mondiales sont confiées à des cowboys va-t-en-guerre. Ces derniers sont peu contrôlés, et ils sont encore moins préoccupés par les conséquences de leurs actions déstabilisantes sur le long terme. Nous avons pu l’observer deux décennies plus tôt, lorsque la CIA aida l’ISI pakistanais – collaborant avec le jihadiste salafiste Hekmatyar – à renverser le gouvernement relativement modéré de Mohammed Najibullah en Afghanistan, qui était resté en place après le retrait des soviétiques. L’Agence avait alors contourné le Département d’État.18

L’ancien ambassadeur Peter Tomsen a écrit des mémoires éloquentes, The Wars of Afghanistan, au sujet de cette tragédie peu admise, de laquelle ont découlé à la fois le 11-Septembre et une guerre que les États-Unis sont encore en train de combattre :

«Le sous-secrétaire aux Affaires politiques Robert Kimmitt et moi-même avons tenté de faire disparaître le fossé entre le Département d’État et la Direction des opérations de la CIA sur la politique afghane. J’ai rencontré à deux reprises le directeur adjoint de la CIA Richard Kerr afin de régler nos divergences. Mais l’Agence persista à soutenir les attaques militaires de l’ISI contre Kaboul, qui visaient à remplacer Najib[ullah] par Hekmatyar. […] Chacun de leur côté, le Département d’État et la CIA agissaient pour remplir des objectifs contradictoires. Ce fut une certaine recette vers la paralysie et l’échec politique final.» (19)

En l’absence d’un changement significatif, nous pouvons anticiper la répétition de cette tragédie en Syrie – soit le fait que la CIA, avec la complicité de l’Arabie saoudite et du Qatar, facilite le transfert d’armes à des jihadistes sunnites, tandis que les responsables du Département d’État tentent de parvenir à une résolution pacifique de cette crise avec leurs homologues russes.

La solution alternative à cette situation serait une nouvelle conférence de Genève, que les diverses factions rebelles soient présentes ou non, mais avec la nécessaire participation du Qatar et de deux autres pays exclus de la précédente conférence : l’Iran et l’Arabie saoudite. Toutes ces nations sont déjà parties au conflit et, comme le reste du monde, elles ont des intérêts légitimes que la paix serait mieux à même de satisfaire. (20)

 

Peter Dale Scott (

(Traduction : Maxime Chaix, Article original : Peter Dale Scott, «Washington’s Battle Over Syrian Foreign Policy: Will Hawks Or Doves Prevail?», The Asia-Pacific Journal, Volume 11, Issue 24, N°1, 17 juin 2013.-

Notes

1). « U.S. Is Said To Plan To Send Weapons to Syrian Rebels », New York Times, 14 juin 2013.

2). «U.N. has testimony that Syrian rebels used sarin gas: investigator», Reuters, 5 mai 2013. Cf. BBC, 6 mai 20913. À cette époque Jay Carney, le porte-parole de la Maison Blanche, déclara que «Nous sommes très sceptiques devant toute suggestion indiquant que les rebelles aient utilisé des armes chimiques», Guardian (Londres), 6 mai 2013.

3). « Turkey finds sarin gas in homes of suspected Syrian Islamists – reports », RT, 30 mai 2013.

4). C.J. Chivers and Eric Schmitt, « Arms Airlift to Syria Rebels Expands, With Aid From C.I.A. », New York Times, 24 mars 2013.

5). Peter Dale Scott, « La Bosnie, le Kosovo et à présent la Libye : les coûts humains de la collusion perpétuelle entre Washington et les terroristes », Mondialisation.ca, 17 octobre 2011. Cf. Jason M. Breslow, «Can the U.S. Keep Its Weapons From Extremists in Syria ?», FRONTLINE, PBS, 14 juin 2013 : «Dans ce pays, comme l’a rapporté FRONTLINE dans [son documentaire] The Battle for Syria, les rebelles sont devenus de plus en plus islamistes et extrémistes, l’administration craignant ainsi que des armes US puissent tomber dans de mauvaises mains. À l’avenir, le défi serait d’éviter la réalisation un tel scénario, une tâche que la plupart des experts considèrent comme difficile, pour ne pas dire impossible. »

6). Dana El Baltaji, « Syria Rebels Threaten to Wipe Out Shiite, Alawite Towns », Bloomberg.com, 21 mai 2013 : «Selon des forces rebelles, les localités peuplées par des musulmans chiites et par la minorité alaouite dont est issue le Président Bachar el-Assad seront ‘rayées de la carte’ si la ville stratégique de Qousseir – située au centre de la Syrie – était reprise par les troupes gouvernementales. ‘Nous ne le souhaitons pas, mais ce sera une réalité imposée à tout le monde’ déclara hier sur la chaine de télévision Al-Arabiya le colonel Abdel-Hamid Zakaria, un porte-parole de l’Armée Syrienne Libre en Turquie [, issu de la faction que le Sénateur John McCain a rencontré le mois dernier]. ‘Ce sera une guerre interconfessionnelle brutale et sanglante jusqu’à la fin.’»

7). [L’ancien Ambassadeur] Daniel C. Kurtzer, « Obama Can’t Go It Alone in Syria », New York Times, 2 mai 2013 : «Construire une coalition internationale d’États – particulièrement avec la Russie, l’Égypte, l’Arabie saoudite et le Qatar – est la seule option stratégique viable pour les États-Unis. Sans une telle coalition, une intervention se soldera par un échec. Et sans une telle coalition, les États-Unis doivent rejeter l’option d’une intervention militaire unilatérale en Syrie.»

8). «Take two: Lavrov, Kerry working to broker redo of Syria peace conference», RT, 27 mai 2013.

9). « US supports EU easing of Syria arms embargo », AFP, 28 mai 2013 ; UPI, 29 mai 2013.

10). Voir par exemple David Bromwich, «Stay Out of Syria!», New York Review of Books, 20 juin 2013. M K Bhadrakumar pose le problème plus concrètement, son regard tourné vers un conflit entre les États-Unis et la Russie : «En somme, la décision capitale d’Obama visant à intervenir militairement en Syrie – qui pourrait bien lancer une nouvelle guerre froide – est une manœuvre désespérée de diversion, alors que son administration est profondément empêtrée dans le scandale Snowden. L’édifice moral tout entier sur lequel Obama a construit sa présidence, et les valeurs qu’il a placées au cœur de son ‘audace d’espérer’ lorsqu’il commença sa longue marche vers la Maison Blanche il y a 5 ans – transparence, responsabilité, légitimité, multilatéralisme, consensus –, s’avèrent aujourd’hui n’être qu’un tas de mensonges.» (« Obama’s Monica Moment », Asia Times, 14 juin 2013).

11. «Qatar seeks gas pipeline to Turkey», TheNational.ae, 26 août 2009. Cf. PipelinesInternational.com, mars 2010 : «La Turquie est en négociations pour discuter du développement du gazoduc Qatar-Turquie. Ce pipeline relirait Doha à Istanbul, une distance d’environ 2 500 km. Il acheminerait du gaz qatari vers la mer Méditerranée, traversant l’Arabie saoudite, la Jordanie et la Syrie, et il pourrait se connecter au gazoduc Nabucco, qui est en projet.».

12). Felix Imonti, « Qatar: Rich and Dangerous », Oilprice.com, 17 septembre 2012.

13). Financial Times, 16 mai 2013.

14). «Mystery Sponsor Of Weapons And Money To Syrian Mercenary “Rebels” Revealed», ZeroHedge.com, 16 mai 2013.

15). «Islamic Pipeline States Meet in Baghdad», Tehran Times, 14 juin 2013.

16). Peter Dale Scott, « La guerre en Libye, le pouvoir américain et le déclin du système des pétrodollars », Mondialisation.ca, 1er mai 2011.

17). Pepe Escobar, «Iran, Pakistan, Syria, Qatar: Pipelineistan at work», RT, 14 avril 2013.

18). Pour un récit terrifiant, voir Steve Coll, Ghost Wars, pp.173-214.

19). Peter Tomsen, The Wars of Afghanistan, p.422.

20). Zbigniew Brzezinski a intelligemment proposé que d’autres nations ayant des intérêts énergétiques dans le golfe Persique – dont la Chine et le Japon – devraient aussi être invitées à participer à cette conférence internationale (PBS News, 14 juin 2013).

http://www.dedefensa.org/article-la_politique_syrienne_de_washington_faucons_contre_colombes_18_06_2013.html

Blog d’Alexandre Latsa: Guerre en Syrie: victoire de la realpolitik et défaite du mainstream médiatique?

Alexandre Latsa

12:39 22/05/2013

Сe 22 mai 2013, l’armée Syrienne semble en passe de remporter une bataille locale importante, en reprenant le contrôle d’un des principaux bastions de l’opposition, la ville de Qousseir. Cette victoire militaire, qui devrait être confirmée dans les jours qui viennent, arriverait alors que l’Etat Syrien a repris le contrôle de plusieurs dizaines de localités ces dernières semaines.

Cette chute de Qousseir, qui résiste au régime depuis plus d’un an, serait stratégique pour l’Etat Syrien et lui permettrait de couper la principale route d’approvisionnement des rebelles dans le centre de la Syrie. L’armée Syrienne devrait ensuite vraisemblablement concentrer ses forces sur Homs, ville que près de 80.000 chrétiens ont fui depuis le début de la guerre et ainsi plausiblement reprendre le contrôle du centre du pays.

On peut imaginer qu’ensuite, le régime décide d’en finir avec Alep et lance un assaut décisif pour reprendre cette ville partiellement aux mains des rebelles, réduisant ainsi à néant toute possibilité pour ces derniers d’en faire un bastion du nord, pourquoi pas même la pré-capitale d’une région indépendante du nord. Le régime Syrien avait du reste lui-même qualifié la bataille d’Alep, qui a commencé en juillet 2012, de mère des batailles.

Ce faisant, le régime resterait sur la tactique qui est la sienne depuis le début du conflit, c’est à dire garder le contrôle des villes et refouler les rebelles dans les campagnes, les empêchant ainsi d’exercer tout contrôle politique.

Il semble donc bien que le gouvernement syrien reprend lentement l’avantage, une situation que la presse occidentale n’arrive même plus à maquiller, après avoir proclamé et martelé pendant deux ans et demi, depuis le début de la guerre civile, que la défaite d’Assad était évidente, certaine et toujours très proche. Cette situation remet de nouveau sur la table le projet de négociations internationales sur la question Syrienne.

Toutefois, c’est une équation totalement nouvelle qui apparait pour ces éventuelles négociations internationales. L’image médiatique de l’opposition en Syrie s’est beaucoup dégradée, sans doute au grand dam de ses sponsors. On parle moins d’opposition démocratique, on décrit maintenant des groupes Djihadistes sans coordination, et les multiples vidéos de tortures et massacres commis par certains de ces groupes armés ont semble t-il considérablement porté atteinte à la détermination de nombre de pays occidentaux d’armer ces mêmes groupes.

Peu à peu, une scission semble s’être en effet créée au sein des partisans du départ d’Assad, qui forment une étrange coalition entre des états occidentaux (Amérique, Israël et nations européennes) et des pays islamo-sunnites, Qatar en tête. Pour les premiers, l’absence d’une opposition politique modérée (laïque titrait même le New York Times) avec la rébellion qui n’arrive pas à contrôler le terrain, et ce malgré deux ans et demie de guerre, pose un réel problème de tactique diplomatique. Pour les seconds visiblement, la montée en puissance du Front Al-Nosra ne semble pas être un problème et l’organisation, qui a affirmé son rattachement a Al-Qaïda, vient d’ailleurs de faire des émules puisque l’opposition Syrienne comprend désormais également une brigade Oussama-Ben-Laden.

Sur le terrain il est sans doute encore très prématuré de parler d’une potentielle victoire d’Assad, militaire ou politique, ou de dire que la Syrie ne se dirige pas vers une partition de fait. Mais sans intervention militaire étrangère, on imagine mal comment l’armée Syrienne, qui a désormais elle aussi le soutien de milliers de combattants étrangers (notamment du Hezbollah) ainsi que directement de l’Iran pourrait perdre cette guerre.

Il y a même une hypothèse selon laquelle la guerre pourrait continuer, même en cas de départ ou d’élimination physique d’Assad, ce reportage d’un journaliste anglais tente de l’expliquer. Cette situation militaire redonne du poids à la position diplomatique russe qui depuis le début de la crise prône une solution politique. La plupart des états qui travaillent sur le dossier Syrien sont sans doute convaincus qu’une défaire militaire totale d’Assad semble de moins en moins probable, malgré les certitudes récentes du MAE Français Laurent Fabius qui n’en finit plus de ridiculiser la diplomatie française durant ce conflit.

Il reste l’idée d’une intervention militaire sur le scénario Libyen, mais visiblement ce n’est plus a l’ordre du jour  et cette fois la diplomatie Russe ne la laisserait pas se mettre en place. La solution diplomatique et politique semble prendre forme puisque des sources diplomatique affirment que Damas a désigné des représentants chargés de négocier avec l’opposition en vue d’une conférence sous égide Russo-américaine devant faire suite à celle qui s’est tenue le 30 juin 2012 à Genève.

Finalement, le conflit syrien qui était présenté comme une lutte de démocrates contre une dictature a complètement changé de visage. Ce délire absolu du mainstream médiatique français, qui a lui par contre totalement perdu cette guerre, ne tient plus aujourd’hui et on voit désormais bien qu’il s’agit d’une guerre stratégique contre l’Etat Syrien, soutenue de l’extérieur, pour que l’axe Chiite (Liban-Syrie-Iran-Sud de l’Irak) perde son influence régionale.

La guerre en Syrie pourrait donc faire apparaitre des réalités inattendues: Marquer le point d’arrêt définitif du printemps islamiste que la région connaît? Faire échouer la politique anti-chiite développée par les Occidentaux en collaboration avec leurs alliés sunnites? Confirmer le statut de la Russie comme protectrice des chrétiens d’Orient et des minorités en Syrie, en lieu et place de l’Europe?

http://fr.rian.ru/blogs/20130522/198361921.html

« Israël » met en garde la Syrie contre les envois d’armes au Hezbollah

L’équipe du site

L’entité sioniste a mis en garde la Syrie contre la poursuite des envois d’armes sophistiquées au Hezbollah, laissant entendre qu’il envisageait de nouveaux raids aériens pour empêcher ces transferts, selon le New York Times de jeudi.

« Israël est déterminé à poursuivre ses efforts pour empêcher les envois d’armes sophistiquées au Hezbollah. Le transfert de telles armes au Hezbollah va déstabiliser et mettre en danger l’ensemble de la région », a déclaré un responsable israélien au quotidien new-yorkais.

« Si le président syrien Bachar al-Assad réagit en attaquant Israël, ou essaie d’atteindre Israël par le biais de terroristes (…) Israël répondra », a ajouté ce responsable qui a contacté le journal mercredi mais n’a pas souhaité être identifié.
Cette nouvelle mise en garde israélienne intervient deux jours après que le président russe Vladimir Poutine a appelé à éviter tout acte risquant de déstabiliser la Syrie. M. Poutine s’était exprimé après une entrevue avec le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu à Sotchi (sud de la Russie).

La visite en Russie de M. Netanyahu faisait suite à la confirmation par Moscou de son intention de livrer au régime de Damas des systèmes sol-air sophistiqués S-300, capables d’intercepter en vol des avions ou des missiles guidés.

L’installation d’un tel système de défense sol-air compliquerait fortement toute nouvelle frappe israélienne, et tout projet des Etats-Unis ou de leurs alliés d’établir une zone d’exclusion aérienne au-dessus de la Syrie ou d’intervenir pour sécuriser ou démanteler des armes chimiques.

http://www.almanar.com.lb/french/adetails.php?eid=112319&cid=18&fromval=1&frid=18&seccatid=22&s1=1

Syrie : l’OTAN suppléée ?, par Ahmed Halfaoui

 

IRIB- Tout le monde finira bien par admettre que l’entité sioniste n’a pas d’armée,
mais des Forces de défense (FDI), affectueusement, appelées Tsahal, pour «Tsva Hagana LeIsrael», en hébreu. Comprendre que si les FDI s’attaquent aux enfants palestiniens, font un carnage, à Gaza ou au Sud-Liban ou bombardent la Syrie, comme ces derniers jours, ce ne sont pas des agresseurs. Il s’agit, seulement, de se défendre contre des «menaces émergentes». D’où l’explication que les Etats-Unis ont toujours mis un veto, lorsque, par extraordinaire, il y a une résolution onusienne, qui risque de «dénoncer» les Sionistes et ont toujours insisté sur «le droit d’Israël à se défendre». Par exemple, les derniers deux raids aériens, qui ont fait des dizaines de morts, au sein de la Garde républicaine syrienne, relèvent de ce principe. Ne nous étonnons donc pas que l’ONU ne s’est pas cru obligée de réagir, sur ce qui serait, communément, appelé une agression contre un pays tiers, au moins, une ingérence, dans ses affaires intérieures. Dans le même temps, c’est tout bénéfice, pour les «révolutionnaires», qui se frottent les mains devant l’aubaine, même s’ils n’osent pas afficher toute leur satisfaction. Car les raids, tout en visant une «menace» contre les sionistes, ont, comme par hasard, affecté les lignes de défenses de la capitale Damas. Un résultat collatéral d’une «attaque contre un convoi d’armes destiné au Hezbollah», pourrait-on conclure. Il faut s’en tenir au fait que le Hezbollah fait partie des «menaces émergentes» permanentes, celle qui va certainement justifier d’autres bombardements aériens et d’autres bénéfices collatéraux, au profit de la «révolution». Tant pis, si certains vont y voir une similitude avec l’action de l’Alliance atlantique, en Libye. Parce qu’il est tout de même évident que l’armée sioniste a débuté le travail que l’OTAN a été empêchée de faire, par la Russie et la Chine. Avec l’inestimable avantage de l’immunité-impunité, qui lui est conférée, depuis 65 ans. L’OTAN sera, ainsi, avantageusement, suppléée, sans les risques de confrontation planétaire que son intervention aurait posés. Un analyste israélien est, par contre, inquiet. Selon lui : «Si certains, dans la région, en particulier, en Syrie ou au Liban, voyaient, dans ces attaques, une intervention directe, dans la guerre civile, ce serait un vrai problème, pour Israël.» On ne voit pas pourquoi il y aurait un problème, quand le Sionisme n’a jamais cessé de se situer en dehors de la «légalité internationale», par dérogation des puissances occidentales. A moins qu’il ne s’agisse de la probabilité que la chose renforce encore plus la détermination des populations syriennes, qui refusent la destruction de leur pays. «Il ne faut jamais sous-estimer le nombre de Syriens, qui s’accrochent au tyrannique Bachar al-Assad», nous dit Thomas Loren Friedman du « New York Times ». Là serait l’objet de la crainte. C’est-à-dire le caractère contre-productif des frappes aériennes, par l’impact fortement négatif, qui aggraverait l’isolement des «révolutionnaires», qui n’ont pas eu le luxe, soulignons-le, de voir une armada occidentale leur offrir la «victoire» sur un plateau.