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« Sous nos yeux » Le monde sans le Qatar _ par Thierry Meyssan

Le subit retrait politique du Qatar hors de la scène internationale a été suivi, une semaine plus tard, du renversement Mohamed Morsi en Égypte. Bien qu’il n’y ait qu’une concomitance entre les deux événements, sans lien de cause à effet, leur survenue change radicalement l’avenir du monde arabe.

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Mohamed Morsi et l’émir Hamad Al-Thani

En deux semaines, les Frères musulmans, à qui Washington promettait de gouverner le monde arabe, ont perdu deux de leurs principaux leviers de pouvoir. L’émir Hamad Al-Thani du Qatar a été contraint d’abdiquer le 25 juin, et avec lui son inspirateur et Premier ministre, HBJ. Le 3 juillet, le président Mohamed Morsi a été renversé par l’Armée égyptienne, tandis que des mandats d’arrêt étaient bientôt lancés contre les principaux responsables du mouvement égyptien, dont le Guide suprême de la confrérie, Mohammed Badie.

Il ne semble pas qu’en poussant l’émir Hamad vers la sortie, Washington prévoyait un autre changement de régime en Égypte. Les États-Unis, qui n’ont pas supporté ses magouilles politico-financières, ont remis le Qatar à sa place de micro-État. Jamais Washington n’a remis en cause l’aide apportée par l’émir aux Frères musulmans, ni leur rôle au Caire, mais juste l’enflure de l’émirat.

Le rôle des Frères

Quoi qu’il en soit, l’inattendue accession légale de la Confrérie au pouvoir, en juin 2012, en Égypte, laissait entendre le véritable objectif du « printemps arabe » : une nouvelle ère de colonisation fondée sur l’accord secret des Frères, des États-Unis et d’Israël. Pour la Confrérie, l’islamisation forcée des sociétés d’Afrique du Nord et du Levant ; pour Washington, la globalisation économique, incluant des privatisations massives ; et pour Tel-Aviv, la continuation de la paix séparée de Camp David.

Il importe de bien comprendre que, ce faisant, « La Confrérie est devenue le fer de lance du sionisme arabe », selon l’expression du penseur libanais Hassan Hamade. Ce que confirme à sa manière le « conseiller spirituel » de la chaîne qatarie Al-Jazeera, cheikh Yusuf al-Qaradawi lorsqu’il prêche que si Mahomet était parmi nous aujourd’hui, il vivrait en paix avec les Israéliens et soutiendrait l’Otan.

L’idéologie de la Confrérie

Cette position a été favorisée par la structure des Frères musulmans. Bien qu’elle dispose d’une coordination internationale, la Confrérie n’est pas constituée d’une organisation unique, mais d’une multitude de groupes distincts. En outre, il existe des niveaux différents d’adhésion avec chacun leur propre idéologie. Cependant, tous se retrouvent autour d’une même devise : « Allah est notre but, le Coran est notre loi, le Prophète notre leader, le Jihad notre voie, et le martyr notre plus haute espérance ». En outre, ils se réclament tous de l’enseignement d’Hassan el-Banna (1906-1949) et de Saïd Qutb (1906-1966).

De facto, la Confrérie est la matrice de tous les mouvements salafistes (c’est-à-dire cherchant à vivre comme les compagnons du prophète) et takfiristes (c’est-à-dire luttant contre les apostats) travaillant avec la CIA. Ainsi Ayman al-Zawahari, actuel chef d’Al-Qaïda, est issu de leurs rangs. Fidèle agent US, il fut l’instigateur de la présidence d’Hosni Moubarak, en organisant l’assassinat d’Anouar el-Sadate. Il est aujourd’hui devenu le chef spirituel des Contras syriens.

La Confrérie a toujours été minoritaire, dans tous les États où elle s’est développée, y compris en Égypte où elle ne doit sa victoire électorale qu’au boycott des urnes par les 2/3 de la population. Elle a donc suscité, face à des dictatures, toutes sortes de groupes armés qui ont tenté de s’emparer du pouvoir par la force ou la dissimulation. Ce qui caractérise son comportement, c’est que, pour elle, « La fin justifie les moyens ». Dès lors, il est difficile de distinguer, dans son évolution idéologique, ce qui est authentique de ce qui ressort de la séduction politique. Précisément, le cas égyptien a montré que son évolution démocratique était de pure façade, juste le temps d’une élection.

Surtout, bien qu’il soit au départ un mouvement destiné à lutter contre l’impérialisme britannique, il entra immédiatement en conflit avec le nationalisme arabe, principal adversaire de l’impérialisme dans la région. Comprenant l’usage qu’ils pouvaient faire des Frères, les Britanniques, experts en maniement de sectes, loin de les éliminer, les pénétrèrent et les soutinrent pour lutter contre les nationalistes. Aujourd’hui encore, la coordination internationale des Frères est installée à Londres.

Le « printemps arabe » (depuis décembre 2010) n’est au fond qu’un remake de l’ancienne stratégie franco-britannique de la « révolte arabe » contre les Ottomans (1916-1918). Sauf que cette fois, le but n’était pas de placer des fantoches pseudo-indépendants à la place de la vieille administration ottomane, mais des fantoches vierges adaptés à la globalisation à la place d’alliés usés.

Le repli stratégique du Qatar

Depuis le changement d’équipe au Qatar, l’argent a cessé de couler à flots vers les Frères, que ce soit en Syrie, en Palestine, en Égypte, en Libye ou ailleurs. L’émirat se recentre sur ses ambitions intérieures et prévoit de consacrer 200 milliards de dollars pour préparer la Coupe du monde de football, dans neuf ans.

Cette soudaine disparition de la scène internationale laisse le champ libre aux Saoudiens et aux Émiratis, qui se sont tous deux précipités pour soutenir le nouveau régime égyptien.

A contrario, la rivalité entre le Qatar et l’Arabie saoudite a conduit l’Iran à soutenir Mohamed Morsi en Égypte —alors qu’il soutient Bachar el-Assad en Syrie—. Du coup, Téhéran se trouvait plus d’affinités avec le projet des Frères égyptiens « d’islamiser la société » qu’avec celui des nassériens de libérer la Palestine de l’occupation coloniale.

En définitive, le retrait du Qatar correspond à un rééquilibrage des forces dans le monde anglo-saxon. Successivement, les commissions de contrôle des services secrets au Congrès des États-Unis et à la Chambre britannique des Communes se sont opposées à l’envoi d’armes aux « rebelles » en Syrie.

La chute des Frères musulmans n’est donc pas seulement l’échec d’une Confrérie, mais aussi celui de ceux qui, à Londres et Washington, ont pensé pouvoir remodeler l’Afrique du Nord et le Proche-Orient, puis à défaut y faire régner le chaos plutôt que d’y perdre la main.

Le bordel patiemment globalisé du bloc BAO

«Ils envoient leur conscience au bordel et tiennent leur contenance en règle», disait fameusement Michel Eyquem de Montaigne, – cela, tout de même, pour nous couvrir de l’accusation de l’emploi d’un mot un peu trop leste. Cela donnerait pour notre compte, pour décrire la situation générale : “Ils envoient la vérité au bordel et tiennent leur contenance en narrative”. La différence, dans tous les cas, est au moins dans la dimension de la chose : avec nous, le bordel est globalisé.

La conjonction des événements, c’est-à-dire des crises essentiellement suscitées par l’activisme en tous sens du bloc BAO, réserve nécessairement des surprises révélatrices et, somme toute, plus réjouissantes que désagréables. On veut dire par là que les automatismes des contradictions internes sont toujours réjouissants quand ils forment une part essentielle de la description de la situation. Ainsi en est-il et en sera-t-il de plus en plus dans la situation des relations internationales marquées, d’une part, par l’existence de plus en plus prégnante et contraignante d’une infrastructure crisique, d’autre part, par une politique-Système dénuée de toute orientation principielle, ne répondant qu’à des impératifs déstructurants-dissolvants complètement détachés de considérations de cohérence et de logique constructive, et par conséquent en constant état d’antagonisme avec les différentes crises de l’infrastructure crisique, les unes après les autres ou plusieurs en même temps, les nouvelles après les vétéranes et bientôt avec les vétéranes entrées dans une nouvelle phase éruptive après les nouvelles.

Ces “surprises révélatrices” qu’on signale plus haut sont, elles, complètement dans la logique de situations ainsi conduits à des occurrences complètement contradictoires et antagonistes. On en trouve désormais tous les jours, et même plus encore… Le même jour, on en trouve la manifestation majeure dans deux circonstances, c’est-à-dire deux crises récentes et encore en phase éruptive, qui se sont superposées l’une à l’autre.

• Le premier cas est celui de la situation égyptienne. La chute du président Morsi, soutenu si longuement par les aubades extérieures pour figurer la disposition vivante du miracle démocratique en Égypte, est le résultat d’une action de l’armée égyptienne qui constitue dans la lettre et dans l’esprit de la lettre un “coup d’État”, et que certains, très artistes dans l’art de la dialectique, s’emploient à désigner comme “une décision”. (Voir le commentaire du Ron Paul Institute du 7 juillet 2013 : «The hypocrisy of the US administration on these events in Egypt is stunning. As the New York Times reported: “President Obama urged the military to move quickly to return Egypt to a democratically elected government, saying, ‘We are deeply concerned by the decision of the Egyptian Armed Forces to remove President Morsi and suspend the Egyptian Constitution.’ The president notably did not refer to the military’s takeover as a coup – a phrase that would have implications for the $1.3 billion a year in American military aid to Egypt.” Well, Egypt had a democratically-elected government, but it was overthrown by the US-funded Egyptian military!») Par conséquent, le sort de Morsi, renvoyé et accepté au moins momentanément aux oubliettes, est largement entériné, au nom des intérêts stratégiques du Pentagone et des souhaits israéliens qui veulent que les militaires égyptiens continuent à recevoir leur aide annuelle des USA pour les empêcher de changer d’attitude vis-à-vis du traité de paix Égypte-Israël. (Sans parler des avis encore plus autorisés et avancés, qui décrivent “la décision” de l’armée égyptienne comme un “coup” évidemment fomenté par les USA.) Bref, cela signifie que le bloc BAO, les USA assurément, prennent la nouvelle situation à leur compte… Le résultat le plus assuré, – si l’on s’en est avisé en attendant de mesurer ce que devient le sort de l’Égypte, – est qu’il s’agit d’une défaite majeure pour les rebelles syriens que soutiennent le bloc bAO et les USA, et une victoire pour Assad, comme le résume Antiwar.com le 6 juillet 2013.

«Western-backed Syrian Islamist rebels are facing a major setback this week that didn’t even happen on their own territory. The coup in Egypt ousted an Islamist president who was outspokenly sympathetic to them, and has left Syria’s own opposition blocs in even more of a shambles than they already were. Under President Morsi, Egypt’s government permitted its citizens to go a-jihading into Syria, and Morsi even appeared at rallies where they were encouraged to do so. That decision was seen as a factor in the coup, and the new junta is likely to keep fighters from flowing into Syria.

»But the bigger problem is the Syrian National Coalition, which is still unable to settle on a leader and now seems even more rudderless, as the Syrian Muslim Brotherhood dominates the coalition, and the group is reeling from the loss of its Egyptian counterpart, whose members are being arrested en masse.»

• Prise avec l’élégance qu’on lui connaît entre le respect vertueux de ses engagements de servilité vis-à-vis des USA d’une part, et la considération vertueuse des protestations et autres clameurs émises lors de la mise à jour publique de “tout ce que le monde sait” (l’espionnage intensif et massif de tout ce qui chuchote, parle et écrit sur la planète, dont l’UE, par la NSA) d’autre part, l’UE a donc reporté sa décision de reporter les conversations USA-UE sur un grand marché transatlantique au prix modique de l’établissement de négociations parallèles sur les susdites pratiques de surveillance. Mais cette décision s’est heurtée au veto décidé et décisif du Royaume-Uni, pour l’excellente raison que ce Royaume-Uni, qui fait partie de l’UE surveillée et écoutée par la NSA, fait aussi partie du réseau NSA qui surveille et écoute l’UE. Il n’y aura donc qu’un “groupe de travail”, sans beaucoup d’effets espère-t-on, sur la vaste question des surveillances et des écoutes auxquels participeront les USA et l’UE (avec le Royaume-Uni), et qui sera sans aucun doute, – car nul ne doute de la responsabilité professionnelle des uns et des autres, – surveillé et écouté par la NSA (avec le Royaume-Uni). Selon Antiwar.com le 6 juillet2013 :

«European Union proposals for broad talks with the United States over American surveillance of EU ambassadors and broad surveillance of EU citizens won’t take place, following a veto by the British government. Britain’s veto means that only a single “working group” aimed at discussing issues of data privacy with the US will be allowed, and the broader issue of surveillance will be “off-limits” for the EU to approach with America.

»The “why” behind this is fairly straightforward, as the US had extensive data-sharing agreements with Britain, which it considers a “second-party” nation, and Britain was known to be a beneficiary of US surveillance against the rest of the world, even other EU member nations, none of whom were in the same position of priviledge.»

…Mais il y a bordel et bordel, lorsqu’il s’agit également des figurants-Systèmes que sont les dirigeants du bloc BAO. Celui dont parle Michel Eyquem de Montaigne, qui est plutôt lieu de débauche, c’est-à-dire corruption des sens mais aussi de la psychologie, n’est pas nécessairement le nôtre, qui est désordre pur. Les deux ne peuvent-il être liés, après tout, c’est-à-dire fondus ensemble ? Le désordre auquel le bloc BAO parvient par l’impulsion irrésistible mais sans intérêts pour les effets qu’elle produit de la politique-Système à finalité dd&e (déstructuration, dissolution & entropisation), n’est-il pas après tout débauche pure et simple, et corruption par conséquent, de la diplomatie, de la politique, etc., et de toute activité organisatrice, lesquelles sont elles-mêmes produits par la psychologie effectivement débauchée et corrompue au bordel de Montaigne ?

Ce qui caractérise la phase actuelle, c’est que plus rien n’est fait pour tenter d’empêcher, voire seulement de masquer cette situation complètement catastrophique. Les dirigeants-Système prennent les avatars des diverses crises qui viennent les uns après les autres, exactement de cette manière, les uns après les autres sans tenter d’établir le moindre lien. On tente d’aveugler les voies d’eau les unes après les autres, au gré de la fureur des éléments. Effectivement complètement corrompus psychologiquement, un pied dans chacun des deux bordels, ils assistent, impuissants, à cet affrontement titanesque entre la politique-Système qui est hors de tout contrôle et l’infrastructure crisique qui est dans la même situation. Les occurrences les plus scandaleuses, les plus contradictoires jusqu’au surréalisme schizophrénique, comme celle de voir les Britanniques faire partie d’un “groupe de travail” demandant aux USA de modérer ou de réglementer leurs pratiques de surveillance et d’espionnage dont eux-mêmes sont partie prenante, sont assumées sans la moindre hésitation. Inutile d’opposer, pour un cas, le “on savait” (évidemment) à propos des Britanniques et de leur assimilation zélée à toutes les entreprises américanistes ; cela n’a pas cours ici car ce qui importe est l’acte de communication ; nous parlons de l’étalage au grand jour, certifiée, officialisée, de telles situations effectivement complètement schizophréniques. C’est cette exposition qui est le fait important, et nullement la situation elle-même. Elle indique que le Système ne prend plus aucune précaution d’habillage et de dissimulation, qu’il agit au grand jour ; on peut croire que c’est par certitude de la victoire aussi bien que par la pression de la panique… Peu nous importe ses humeurs, ce que nous voyons, nous, c’est que cet étalage montre au grand jour les catastrophes qu’entraîne son intervention, et le fait de ne plus chercher à rien en dissimuler n’est pas vraiment l’assurance du triomphe final du Système.

 

Mis en ligne le 6 juillet 2013 à 17H42

http://www.dedefensa.org/article-le_bordel_patiemment_globalis_du_bloc_bao_06_07_2013.html

Égypte, nouvelle phase de la même crise

Égypte, nouvelle phase de la même crise

La situation égyptienne, que nous qualifions de “désordre immobile”, doit être suivie heure par heure pour seulement paraître être embrassée d’une façon à peu près cohérente par ceux qui la suivent ; on ne dit pas “comprise” car il n’y a pour l’instant rien de précis à comprendre. Cette situation est actuellement laissée aux forces primaires qui composent le pays, dont la puissance populaire, avec tous les relais de la communication, est la plus forte. Les acteurs sont connus et ne tiennent leur rôle que dans la mesure des capacités d’action que leur laisse la pression formidable de la puissance populaire.

La situation dans la nuit du 2 au 3 était donc celle d’une résistance de Morsi à l’ultimatum des militaires, tandis que la foule égyptienne continuait à “régner” dans la rue, imposant aux acteurs principaux la nécessité de faire évoluer la situation sans possibilité de la contrôler. Nous nous référons à Reuters, ce 3 juillet 2013, pour fixer un instant de l’évolution du tourbillon égyptien.

«In a defiant midnight television address responding to military demands that he share power with his opponents or see the army impose its own solution, Mursi warned that any deviation from the democratic order approved in a series of votes last year would lead Egypt down a dangerous path. He was speaking as vast crowds of protesters rallied in central Cairo and across the nation to demand the Muslim Brotherhood politician’s resignation in a third night of mass demonstrations. His supporters also turned out in force, and three people were killed and 97 injured in clashes between Islamists and security forces at Cairo University.

»“The price of preserving legitimacy is my life,” Mursi said in an impassioned, repetitive, 45-minute ramble. “Legitimacy is the only guarantee to preserve the country.” In a warning aimed as much at his own militant supporters as at the army, he said: “We do not declare jihad (holy war) against each other. We only wage jihad on our enemies.” Urging Egyptians not to heed the siren calls of what he called remnants of the former authoritarian government, the “deep state” and the corrupt, he said: “Don’t be fooled. Don’t fall into the trap. Don’t let them steal your revolution.” An opposition spokesman called Mursi’s defiance “an open call for civil war.” Peaceful protests would go on, he said… […]

»On Monday, army commander General Abdel Fattah al-Sisi gave Mursi 48 hours to reach an accommodation with his opponents. Otherwise, he said, the military would step in and implement its own road map for the country’s future. A military spokesman said the armed forces would not comment on the president’s statement until Wednesday afternoon. The deadline is set to expire at 5 p.m. (1500 GMT).

Les militaires ont retrouvé leur position de février 2011, avec à peine un peu moins d’ambiguïté dans une position de critique du pouvoir, puis d’exigences vis-à-vis de ce pouvoir, pour à nouveau tenter d’apparaître comme des soutiens de la puissance populaire en tentant de ne pas trop s’y compromettre. L’évolution de la situation et la résistance de Morsi à leurs exigences les contraignent à modifier leurs plans dans le sens d’une intervention plus active, tout cela avec des évolutions possibles et des adaptations nécessaires.

«Military sources told Reuters that, assuming the politicians fail to end a year of deadlock before the deadline, the generals have their own draft program ready to implement – although it could be fine-tuned in consultation with willing political parties.

»Under the road map, the military would install an interim council, composed mainly of civilians from different political groups and experienced technocrats, to run the country until an amended constitution was drafted within months. That would be followed by a new presidential election, but parliamentary polls would be delayed until strict conditions for selecting candidates were in force, the sources said. They would not say how the military intended to deal with Mursi if he refused to go quietly. Some of his Islamist supporters have vowed to defend what they see as the legitimate, democratic order, even if it means dying as martyrs. Some have a history of armed struggle against the state.»

Les interventions extérieures qui sont des interventions-Système se résument essentiellement aux pressions US. Comme d’habitude, les USA se trouvent dans la position de soutenir celui qui est l’objet d’une contestation difficilement tenable, et tentent de sauver ce qui peut l’être. Comme d’habitude, leurs interventions se font plus ou moins à ciel ouvert, avec une adresse et une habileté qu’on a assez de mal à identifier, exacerbant encore les conditions de tension pour la psychologie des acteurs principaux. Pour l’instant, ils soutiennent Morsi, comme ils soutinrent Moubarak jusqu’au moment de sa chute qu’ils prirent ensuite à leur compte ; contrairement aux interprétations qui tentent de rationnaliser la situation par la référence à la puissance manipulatrice, notre appréciation est que les USA en tant que principal représentant du Système ne font que suivre, aujourd’hui comme ils firent en février 2011. DEBKAFiles est une source acceptable, avec le sens des détails excitants pour l’attention, pour avoir un détail sans doute assez probable de ces agitations américanistes, dans des coulisses particulièrement transparentes et selon un scénario qui semble finalement, lui aussi, à peu près aussi “immobile” que le désordre… (Voir le 3 juillet 2013, qui reprend également des nouvelles de précédentes dépêches.)

«US President Barack Obama and Chief of US General Staff Gen. Martin Dempsey intervened in the Egyptian crisis early Tuesday, July 2, in an attempt to save the besieged President Mohamed Morsi and his Muslim Brotherhood. Obama called the Egyptian president and Gen. Dempsey phoned Chief of staff Gen. Sedki Sobhi, hoping to defuse the three-way crisis between the regime, the army and the protest movement before it gets out of hand.

»The crash of Morsi’s presidency would seriously undermine the objectives of the Arab Revolt pursued by the Obama administration as the arch-stone of his Middle East policy. The administration had earlier sought unsuccessfully to persuade the heads of the Egyptian army not to issue its 48-hour ultimatum to Egypt’s rulers “heed the will of the people” by Wednesday afternoon – or else the army would intervene. The Americans proposed instead to leave Morsi in place after stripping him of presidential authority and installing a transitional government to prepare the country for new elections to the presidency and parliament. DEBKAfile’s Middle East sources report that the army chiefs led by Defense Minister Gen. Abdel-Fattah el-Sissi rejected the American proposal.

»Obama promised to back steps taken by President Morsi to show he is “responsive to the opposition’s concerns,” while Gen. Dempsey asked Egyptian generals to moderate their stand against the Muslim Brotherhood. The underlying message was that if they failed to do so, Washington might reconsider its $1.3 billion annual military assistance package which is the main source of income for the armed forces.»

Nous reviendrons beaucoup plus en détails sur cette expression de “désordre immobile” que nous employons dans notre sous-titre et en début de texte, et ce que nous entendons par là. Bien sûr l’expression ne concerne pas que l’Égypte, mais bien l’infrastructure crisique en général qui caractérise la situation-Système des relations internationales. En Égypte, cette notion apparaît avec l’idée d’un redoublement de la situation de janvier-février 2011, qui semble être “rejouée” à peu près à l’identique, sur la partition nouvelle qui fut installée à partir du début février 2011 sur le fait acquis d’un effondrement de la structure régnante jusqu’alors (la structure Moubarak). L’idée est que cet effondrement déstructurant a installé un désordre qui n’a plus guère varié depuis, qui n’a été fixé en aucune façon. La chute de Moubarak, l’intervalle incertain, les divers rebondissements, l’élection de Morsi, le “choix” US de le soutenir, etc., tout cela n’a pas réussi à imposer de nouvelles structures. Le contenu des facteurs impliqués a évolué entre les bornes chronologiques depuis février 2011, plutôt vers l’aggravation bien entendu, mais sans réelle modification de ces facteurs.

Bien entendu, la “démocratisation” (pseudo-démocratisation) avec sa charge de narrative et d’illusion de communication, et qui ne peut être qu’insatisfaisante pour tous les acteurs selon leurs points de vue, n’a eu aucun effet stabilisant. Au contraire, la “démocratisation” reste une garantie paradoxale du maintien de ce “désordre immobile” qui apparaît pour ce qu’il est lors d’éruptions conjoncturelles qui peuvent avoir une puissance considérable où le facteur de l’insatisfaction populaire joue un rôle également considérable. L’aspect paradoxal de cette “démocratisation”, comme de l’expression de “désordre immobile”, est justifié par le fait que cette situation chronique de désordre est tout de même contenue dans des bornes, dans des espaces géographiques, dans une psychologie même du provisoire, aboutissant au paradoxe que le désordre qui est par définition mouvement ne change rien de fondamental et peut être justifié de recevoir le qualificatif d’“immobile”. Même une évolution dramatique de type “guerre civile” qui est envisagée pour le pire de la situation actuelle ne serait nullement assurée d’apporter des changements décisifs, et même au contraire (cela, à l’image de la situation syrienne qu’on estimait voir réglée en quelques semaines et qui dure depuis plus plus de deux ans). L’essentiel de la responsabilité de cette situation est évidemment à mettre à la charge du Système dans sa dynamique de surpuissance-autodestruction, qui maintient ses propres pressions (dans ce cas, celle des USA principalement) sans apporter aucun élément de structuration à cause de son propre affaiblissement, de ses propres crises (infrastructure crisique), de sa propre finalité déstructurante, et de son propre “désordre immobile” par conséquent.

 

Mis en ligne le 3 juillet 2013 à 05H52

http://www.dedefensa.org/article-_gypte_nouvelle_phase_de_la_m_me_crise_03_07_2013.html

Des protestations de masse ont éclaté en Egypte contre le régime de Morsi, soutenu par les Etats-Unis

Égypte : Les Frères Musulmans l’épreuve de la révolution (2/3)

L’Egypte est témoin d’une nouvelle recrudescence de luttes massive de la classe ouvrière. Pour le premier anniversaire de l’arrivée au pouvoir du président islamiste Mohamed Morsi, des millions de gens ont envahi les rues et les places du pays pour exiger son éviction et celle des Frères Musulmans (FM) de Morsi.

Dans des scènes rappelant les luttes qui, il y a près de deux ans et demi, ont entraîné la chute du dictateur de longue date de l’Egypte, les travailleurs et les jeunes se sont rassemblés sur les places emblématiques de la Révolution égyptienne, en scandant : « Dégage ! » et « Le peuple veut la chute du régime ».

Au Caire, plusieurs défilés ont convergé vers la Place Tahrir. La foule a grossi au point d’être évaluée en début de soirée à un million, jurant de rester jusqu’au départ de Morsi. Une autre manifestation a eu lieu dans la capitale devant le palais présidentiel lourdement gardé à Ittihadia où des centaines de milliers s’étaient retrouvés.

Des protestations de masse ont eu lieu dans toutes les principales villes des 27 gouvernorats du pays. Dans la cité portuaire méditerranéenne d’Alexandrie, des centaines de milliers de gens ont afflué sur la place Sidi Gaber, déterminés à faire partir Morsi.

Dans la ville industrielle de Mahalla, l’un des centres de la révolution égyptienne, des dizaines de milliers se sont rassemblés sur la Place Al-Shoun, scandant des slogans révolutionnaires contre Morsi. Environ 90 pour cent des travailleurs de la société de filature et de tissage Misr Spinning and Weaving company qui appartient à l’Etat, l’usine la plus grande d’Egypte qui emploie plus de 25.000 travailleurs, ont débrayé pour rejoindre les manifestations.

D’autres protestations de masse ont eu lieu à Mansoura, Damanhour, Minya, Tanta, Sharqia et dans les villes de la région du canal de Suez, à Port Saïd, Suez et Ismaïlia. Une source de l’armée citée par le quotidien égyptien Al-Shorouk a dit que 17 millions de personnes étaient descendues dans la rue pour former l’une des plus importantes manifestations depuis le début de la révolution.

« Les scènes des manifestations sont sans précédent en taille et en portée et semblent dépasser celles observées durant le soulèvement qui a duré 18 jours pour renverser Moubarak, » a dit au Guardian britannique, Michael Hanna, membre de la Century Foundation de New York et spécialiste de l’ Egypte.

Dans certains endroits, les protestations présentaient un caractère insurrectionnel et de violents affrontements entre des manifestants anti-gouvernement et des partisans de Morsi ont éclaté. Au Caire, des manifestants ont attaqué avec des cocktails Molotov le quartier général national des FM tandis que des activistes islamistes se sont défendus de l’intérieur du bâtiment à l’aide de fusils.

Dans la ville d’Assiut, dans la haute Egypte, des assaillants ont tué trois manifestants alors que des milliers de protestataires anti-Morsi défilaient vers les quartiers généraux locaux du parti Liberté et Justice (FJP, Freedom & Justice Party).

Comme en 2011, les protestations de masse sont motivées par l’inégalité sociale stupéfiante en Egypte, et qui s’est accentuée sous le régime de la junte militaire et des Frères musulmans, et le caractère répressif de l’appareil d’Etat appuyé par les Etats-Unis.

Mohamed Ramadan Badawy, un manifestant du gouvernorat de Qena dans le Sud du pays et qui avait rejoint une délégation de Haute Egypte se rendant au Caire pour se joindre aux protestations sur la Place Tahrir a dit à Ahram Online : « Les besoins fondamentaux des Egyptiens ne sont pas satisfaits, nous avons un problème de chômage de masse, notamment parmi les jeunes, les meurtres continuent sous le régime [de Morsi] et puis il y a l’effondrement de l’Etat, des accidents de trains et des coupures d’électricité. La pauvreté ne cesse de croître en Egypte au point que les gens se nourrissent dans les poubelles. »

Comme en 2011, la colère de masse vise une fois de plus les Etats-Unis, principale puissance à soutenir le régime islamiste répressif de Morsi. Après l’éviction révolutionnaire de son laquais de longue date, Moubarak, Washington a tout d’abord soutenu une junte militaire en donnant ensuite son appui aux FM pour défendre ses intérêts économiques et stratégiques partout au Moyen-Orient. Morsi a souscrit à la guerre en cours menée par les Etats-Unis en Syrie dans le but de faire chuter le président Bachar al-Assad, en promettant de soutenir « matériellement et moralement » les milices islamistes d’opposition appuyées par l’Occident.

Il y a à peine quelques jours, l’ambassadrice américaine en Egypte, Anne Patterson, a dénoncé les protestations contre Morsi en émettant quasiment un chèque en blanc aux islamistes pour réprimer brutalement les protestations.

« Certains disent qu’une action dans la rue produira de meilleurs résultats que des élections. Pour être honnête, mon gouvernement et moi-même sommes profondément sceptiques », a-t-elle dit en ajoutant : « L’Egypte a besoin de stabilité pour mettre de l’ordre dans sa maison économique et davantage de violence dans la rue ne contribuera qu’à ajouter de nouveaux noms à la liste des martyrs. »

« Reflétant la haine généralisée contre l’impérialisme américain en Egypte, des manifestants brandissaient des affiches à l’effigie de Patterson et de Morsi barrées d’un « X ». Sur une bannière anti-Patterson on pouvait lire « Vieille sorcière, rentre chez toi. »

Le palais présidentiel, les bâtiments gouvernementaux et d’autres sites clé à travers le pays étaient gardés par l’armée égyptienne subventionnée par les Etats-Unis. Des chars et des soldats étaient spécialement stationnés dans les villes avoisinant le stratégique canal de Suez où des manifestations anti-Morsi avaient déjà revêtu un caractère insurrectionnel après le second anniversaire de la Révolution égyptienne le 25 janvier dernier.

Comme aux premiers jours de la révolution, des hélicoptères de l’armée ont survolé le Caire en surveillant la foule se trouvant sur la Place Tahrir et devant le palais présidentiel. Selon des sources de l’armée, le ministre de la Défense et commandant en chef des forces armées égyptiennes, le général Abdul Fatah Khalil Al-Sisi, a suivi les protestations depuis une salle de contrôle spéciale.

Dimanche dernier dans un discours Al-Sisi a proféré la menace que si les partis politiques ne réussissaient pas à arriver à un consensus et si la situation venait à déraper, l’armée interviendrait. Spiegel Online a rapporté que des milliers d’Islamistes organisant un sit-in dans le quartier de Nasr au Caire avaient formé des brigades armées. Les FM et d’autres groupes d’islamistes, tels Gamaa Islamiyya et diverses organisations salafistes ont à maintes reprises juré de défendre la « légitimité » de Morsi.

Essam al-Erian, vice-président du parti de la Liberté et de la Justice (FJP), le bras politique des FM, a qualifié les protestations anti-Morsi de « tentative de coup d’Etat ». Il a accusé l’opposition de « tout simplement rassembler des masses de gens dans des protestations violentes, de recourir à des méthodes de voyous et de faire couler le sang précieux des Egyptiens. »

Les leçons de ces deux dernières années de lutte révolutionnaire sont cruciales au moment où la classe ouvrière entre une fois de plus en lutte. La lutte pour les droits démocratiques et sociaux des travailleurs ne peut être confiée à une quelconque faction de la bourgeoisie égyptienne, qu’il s’agisse de l’armée, des islamistes ou des forces d’opposition de tendance laïque, elle requiert une lutte révolutionnaire indépendante pour le pouvoir, fondée sur une perspective socialiste.

Le programme mis en avant par la campagne « Tamarod » (« rébellion ») qui a appelé ces manifestations, soutenu par le Front de Salut national (NSF) et des groupes pseudo-gauches comme les Socialistes révolutionnaires (SR), est une tentative de plus de la bourgeoisie égyptienne de remodeler son régime, de désamorcer la colère massive de la classe ouvrière et de défendre par la force le pouvoir et la richesse de l’élite dirigeante.

Mercredi, lors d’une conférence de presse, Tamarod a présenté son programme politique. Son co-fondateur, Mohamed Abdel Aziz, a réclamé un « premier ministre indépendant » pour « diriger un gouvernement technocratique dont la principale mission est d’élaborer un plan économique d’urgence pour sauver l’économie égyptienne. » Ses commentaires ont clairement fait comprendre qu’il s’agirait d’une dictature non élue servant les intérêts du capital financier international et imposant la politique d’austérité exigée par le Fonds monétaire international.

Il a dit que « le président de la Cour constitutionnelle suprême (CCS) serait investi des droits du président conformément au protocole tandis que les pouvoirs exécutifs seront attribués au premier ministre pour une période transitoire de six mois, qui s’achèvera par des élections présidentielles encadrées judiciairement et supervisées internationalement, et qui sera suivie par des élections parlementaires. »

Johannes Stern

Article original, WSWS, paru le 1er juillet 2013

http://www.mondialisation.ca/des-protestations-de-masse-ont-eclate-en-egypte-contre-le-regime-de-morsi-soutenu-par-les-etats-unis/5341386

Égypte : De la démystification des Frères musulmans

Egypte: Les Frères Musulmans au seuil du pouvoir
Les Frères musulmans égyptiens auront-ils autant de mal à percevoir leur défaite que les Américains à reconnaître la fin de leur leadership solitaire sur le monde ?
Le discernement théorique est, en temps politique normal, rarement une qualité des acteurs politiques, pour des raisons de formation et d’alignements idéologiques, mais surtout pour les raisons connues d’opacité des ressorts réels, mais inconscients, de nos choix et de nos actes. En période de mutation historique aussi profonde que traverse l’Egypte, ce discernement devient quasi impossible. Pour cette raison, les Frères, au lieu de comprendre la réalité des énergies qui pousse sur le champ de la confrontation politique des masses longtemps tenues à tort comme fatalistes et accommodantes, vont alimenter en carburants divers le feu qui a pris sous Moubarak, mais n’a pas encore tout à fait incendié le pays.
Quel que soient les évolutions à court terme du rapport des forces et des arrangements entre Morsi et l’armée, ou entre la direction du mouvement et les puissances de l’argent indigène ou du Golfe, les Frères ont perdu la guerre sur le terrain choisi par eux : la rédemption d’un monde anomique et l’instauration d’un ordre prescrit pour l’ordonnance de notre monde. Avant d’être élus par les citoyens et de porter leurs voix et leurs vœux, ils avaient déjà averti qu’ils portaient la voix et les vœux de cet ordre religieux et que les élections ne servaient pas à les choisir, mais à s’inscrire dans la voie de Dieu. Ce type de démarche ne peut réussir que s’il tétanise la grande masse des populations concernées devant l’immensité de l’enjeu d’obéir ou de désobéir à Dieu, ou s’il les oblige à l’obéissance par le moyen de l’épée. Hors ces deux moyens, l’entreprise est vouée à l’échec immédiat, et l’épée ne peut subjuguer les peuples très longtemps, l’hypnose non plus. L’opposition résolue, déterminée, du peuple égyptien fait ressortir au moins un élément essentiel parmi d’autres enseignements passionnants.
L’impression d’une hégémonie des Frères sur la société égyptienne relevait largement du mythe. Il apparaît, au contraire, qu’ils sont loin d’être dominants, en dépit de l’élection sur le fil de leurs députés et de Morsi. Pis, à aucun moment ils n’ont réussi à « activer » cette rue réputée être à leur dévotion pour peser sur ses « choix » quand ils ont rejoint, contraints et forcés, le mouvement de protestation pour ne pas se retrouver à la marge d’un phénomène dont toutes les apparences et le caractère identifiaient comme une révolution. Les réunions secrètes et répétées des responsables des Frères avec les Américains laissent penser à un marchandage pour un soutien U.S. (auprès de l’armée) à leur prise de pouvoir, en contrepartie d’un alignement sans réserve sur des Frères sur les positions américaines. Très vite, l’exfiltration d’activistes américains condamnés par un tribunal égyptien, le maintien de Ghaza sous blocus (allégé, mais blocus quand même), la destruction ou la lutte contre les tunnels autour de Rafah, le respect religieux de Camp David, l’alignement sur le camp des agresseurs de la Syrie, confirment cette hypothèse d’un accord américano-frèriste : les Frères avaient bien pour mission d’ancrer l’Egypte dans le camp du capitalisme, en rajoutant au travail antérieur de Moubarak la « persuasion religieuse » qui ferait aux yeux des masses égyptiennes la similitude de l’ordre divin avec l’ordre du capitalisme. L’intimité du nouveau pouvoir égyptien avec les monarchies du Golfe ne laisse plus aucun doute sur les mutations profondes qui ont mené les interprétations wahhabite, salafiste et frèriste de l’islam à une rupture d’avec l’islam de la compassion, de la solidarité, de la justice, de l’échange et de la recherche de Dieu dans la diversité de ses créations et de ceux qui le quêtent.
Si l’ordre capitaliste occidental n’a pu s’imposer dans la tête des masses arabes à partir de ses catégories mentales particulières bombardées « universelles », il restait cette chance de nous faire entrer dans l’uniformité du capitalisme en mobilisant nos catégories religieuses particulières présentées comme « solution universelle » : « L’Islam est la solution. » Il faut noter que les interprétations wahhabites ou péri-wahhabites ont mis plus de deux siècles pour s’imposer, grâce aux pétrodollars, comme idéologies de masse compatibles avec le capitalisme. Cela fait autant de siècles que le peuple égyptien cherche des élites, des représentations et des voies pour combattre la domination franco-anglaise puis américano-sioniste. Quand les paysans égyptiens menaient la guérilla dans le Delta du Nil contre les troupes de Napoléon, les wahhabites s’alliaient avec les Anglais pour se tailler un empire sectaire dans le corps malade de l’Empire ottoman, et quand les officiers libres se préparaient en Egypte, les Saoudiens se livraient aux Américains par l’Accord dit du « Quincy ». C’est cela que joue en Egypte ce peuple admirable, et les Frères comprendront bientôt qu’ils ont déjà perdu la bataille idéologique. Le reste suivra.
Mohamed Bouhamidi
Alger le 29 juin- publié le 1er juilletIn Reporters.DZ

Réunion des vrais amis de la Syrie le 29 mai à Téhéran

La France a été et reste très en pointe dans la démarche consistant à fédérer les énergies pour renverser le président Syrien Bachar al-Assad.

L’aspect le plus visible de cette démarche a été la mise en place du groupe des « amis de la Syrie » ou « du peuple syrien », soit une masse de pays supposés incarner une volonté internationale, en réalité un alibi pour couvrir les agissements d’une clique d’Etats voyous emmenée par le gouvernement français sous les couleurs de l’UMP puis du PS.

L’action française a fait long feu comme l’a montré la dernière réunion à Amman des « amis » de la Syrie, rassemblant péniblement onze Etats participants et une opposition syrienne à qui il a fallu tirer l’oreille pour qu’elle daigne être présente.

On rappellera qu’en juillet 2012, c’est une centaine de pays qui étaient présents à la réunion des « amis » de la Syrie qui se tenait à Paris.

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L’heure de gloire de Laurent Fabius en juillet 2012 à Paris

L’échec sur le plan diplomatique est patent pour Laurent Fabius qui n’en reste pas moins arrogant comme au premier jour.

Dans quelques jours, le 29 mai, une autre réunion des amis de la Syrie va se tenir mais à Téhéran et à l’invitation des autorités iraniennes.

Une quarantaine de pays devraient être représentés dont la Russie et la Chine. Le sultanat d’Oman a confirmé sa participation tandis que des invitations ont été adressées au Qatar, à la Turquie et à l’Arabie Saoudite.

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Téhéran août 2012: les représentants de 30 pays discutent de la situation en Syrie

On peut supposer que le royaume wahhabite sera présent parce que, et c’est quelque chose qui est négligé par vos journaux, l’Arabie Saoudite fait partie d’un groupe de contact sur la Syrie dans lequel elle est associée à l’Iran, à la Turquie et à l’Egypte. La création de ce groupe en mars 2012 s’était d’ailleurs faite à l’initiative de Mohamed Morsi, le président Egyptien.

Le gouvernement iranien est optimiste sur le succès de cette nouvelle réunion des vrais amis de la Syrie et sur les  progrès auxquels elle pourrait permettre d’aboutir.

Et n’oublions pas que dès le début, l’Iran a plaidé pour une résolution pacifique de la crise syrienne et, à cette fin, a pris langue et gardé contact avec toutes les parties.

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L’un est à gauche et l’autre à droite (du moins sur la photo)

A comparer avec le comportement barbare des deux énarques qui se sont succédé à la tête du Quai d’Orsay.

http://mounadil.wordpress.com/2013/05/26/reunion-des-vrais-amis-de-la-syrie-le-29-mai-a-teheran/