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Syrie: l’opposition, bloquée par ses divisions, ne peut se prononcer sur Genève 2

Bulent Kilic/AFP Des membres de la coalition nationale syrienne, le 23 mai 2013 à Istanbul

Alors que Damas a annoncé son intention de participer à une conférence internationale de paix dite « Genève 2 », l’opposition syrienne réunie depuis jeudi à Istanbul ne parvenait pas dimanche à surmonter ses divisions et à adopter une position claire sur ces négociations avec le régime du président Bachar al-Assad.

La situation est d’autant plus grave que les ministres français, américain et russe des Affaires étrangères doivent se réunir lundi soir à Paris pour discuter de la préparation de la conférence internationale et que les membres de l’Union européenne doivent débattre à Bruxelles d’une éventuelle levée de son embargo sur les armes à destination de l’opposition syrienne.

Dans la métropole turque, la Coalition nationale de l’opposition syrienne avait prévu de venir à bout en trois jours d’un agenda chargé : entrée de nouveaux membres dans l’organisation –qui fédère de nombreux groupes de l’opposition syrienne–, élection d’un nouveau président, approbation d’un gouvernement pour les territoires aux mains des rebelles, et enfin débat sur une participation à « Genève 2 ».

Mais dimanche soir, à l’issue d’une quatrième journée de débats, les opposants n’étaient toujours pas parvenus à se mettre d’accord sur le premier point de leur ordre du jour.

Et les accusations fusaient entre les protagonistes, se reprochant réciproquement de vouloir s’approprier le pouvoir en modifiant les rapports de force dans la Coalition avec l’entrée de nouveaux membres ou au contraire de vouloir le garder en fermant la porte à l’élargissement.

« Vous avez l’Arabie saoudite et les Emirats arabes unis qui s’acharnent à inclure jusqu’à 30 membres dans la Coalition nationale. Leur objectif est de réduire l’influence des Frères musulmans dans cette structure », affirmait ainsi samedi à l’AFP un membre de la Coalition sous couvert d’anonymat.

Bulent Kilic/AFP Des membres de la coalition nationale syrienne, le 23 mai 2013 à Istanbul

« Le problème pour nous (les rebelles), c’est que si l’Arabie saoudite prend le contrôle, ils vont se contenter de soutenir les groupes armés de leur choix. Ils n’ont aucune envie de respecter une quelconque structure créée par les Syriens », a commenté dimanche une source proche de l’Armée syrienne libre (ASL).

Arabie saoudite et Emirats contre Qatar et Turquie, c’est en effet « la toile de fond » de cette bataille de tranchée, les premiers soutenant l’entrée dans la Coalition d’un groupe réuni autour de l’opposant historique Michel Kilo, les autres tentant de préserver leur position de force dans l’organisation à travers leurs alliés les Frères musulmans, a confirmé un diplomate parlant sous le couvert de l’anonymat.

Mais les dissensions ont aussi des motivations plus obscures, souvent liées à des questions de personnes, a souligné cette source.

Parvenir à un élargissement de la Coalition, avec plus de femmes, plus de représentants des minorités, mais aussi pour « ne pas s’aliéner certains pays donateurs » comme l’Arabie saoudite, est pourtant « crucial » avant les sommets de Paris et Bruxelles, « pour qu’on puisse montrer que l’opposition est unie », a ajouté le diplomate.

Les sanctions décidées par l’Union européenne (UE) contre la Syrie doivent être renouvelées fin mai. A cette occasion, la France et surtout la Grande-Bretagne font pression pour une levée de l’embargo sur les livraison d’armes afin de pouvoir équiper les rebelles syriens.

« Nous devons parvenir à un résultat, même s’il faut y passer du temps, il faut que nous puissions constituer une délégation qui soit à la hauteur de sa mission » si des négociations entre l’opposition et le régime ont bien lieu, comme les y encouragent les Etats-Unis et la Russie, à l’origine de l’initiative « Genève 2 », a déclaré une autre source diplomatique.

Et c’est en plein étalage par l’opposition de ses divisions que le ministre syrien des Affaires étrangères, Walid Mouallem, a choisi d’annoncer une « décision de principe de participer à la conférence internationale qui doit avoir lieu à Genève ».

Le temps presse d’autant plus pour l’opposition que, sur le terrain, l’armée syrienne, épaulée par la milice chiite libanaise du Hezbollah, progresse dans son offensive contre la ville stratégique de Qousseir (centre), tenue par les rebelles.

« La situation sur le terrain est tellement mauvaise que je pense que ces membres de la Coalition devraient commencer à transpirer », a déclaré la source proche de l’ASL.

AFP

http://www.lechorepublicain.fr/france-monde/actualites/a-la-une/international/2013/05/26/syrie-l-opposition-bloquee-par-ses-divisions-ne-peut-se-prononcer-sur-geneve-2-1563749.html

Comment va s’organiser la conférence sur la Syrie

Par Georges Malbrunot

Le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon, avant de rencontrer Vladimir Poutine, le 17 mai.
Le secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon, avant de rencontrer Vladimir Poutine, le 17 mai.

INFO LE FIGARO – Elle devrait se réunir à Genève à partir du 10 juin prochain pour plusieurs jours, sous la présidence du secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon, et rassembler, pour la première fois depuis le début du conflit, une douzaine d’opposants et autant de membres du régime.

Diplomates américains et russes travaillent d’arrache-pied pour convoquer à partir du 10 juin à Genève et pour plusieurs jours la conférence internationale sur la Syrie qui réunira, pour la première fois en deux ans de conflit, opposants et membres du régime en vue de parvenir à une transition négociée du pouvoir à Damas.

Selon des informations recueillies auprès d’opposants et de diplomates actifs dans la préparation de ce rendez-vous international, cette conférence serait présidée par le secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon qui lancera les invitations.

Le régime a transmis une liste de participants qui comprendrait les ministres Ali Haydar, en charge de la réconciliation, Qadri Jamil, vice-premier ministre, ainsi que Mohammed al-Zoabi, à l’Information. Walid Mouallem, chef de la diplomatie, et Bouthaina Shaaban, conseillère politique du président Bachar el-Assad feraient également partie de la délégation syrienne. En revanche, la participation du premier ministre Wael al-Halaqi n’est pas acquise. «Le régime a essayé d’envoyer à Genève ses propres opposants, mais ses alliés russes ont refusé», souligne un diplomate européen.

La délégation d’une douzaine de membres de l’opposition est encore à l’étude. Deux schémas sont avancés. Le premier consiste à envoyer à Genève cinq représentants de la Coalition nationale, le principal groupe de l’opposition, adoubé par l’Europe et les États-Unis ; cinq autres de la Coordination nationale, un mouvement d’opposition laïc assez proche de Moscou, et cinq rebelles de l’Armée syrienne libre. «Les Américains souhaitent que de part et d’autre, des militaires soient présents à Genève pour que les discussions sur des cessez-le-feu locaux puissent commencer rapidement», rapporte un opposant, lui aussi actif en coulisses. Mais certains opposants y sont hostiles, estimant que la participation de militaires au processus de Genève est prématurée. Moscou se serait ralliée à cet argument.

Bachar el-Assad pourrait exploiter la désunion des opposants au régime

L’autre option, sans doute plus réaliste, vise à réunir quatre groupes d’opposants. Le premier composé de Moaz al-Khatib, ancien président de la Coalition nationale et un islamiste modéré à ses côtés (Abdelkarim Bakar probablement). Un deuxième autour de quatre dirigeants de la Coalition, avec sans doute à sa tête Riad Seïf et à ses côtés un représentant des Frères musulmans, Farouk Tayfour. «Mais pas plus d’un Frère musulman, ajoute l’opposant. Les Américains et les Russes sont d’accord là-dessus.» Le troisième groupe associerait Michel Kilo et Walid al-Bouni, qui ont gelé leur participation à la Coalition nationale. Enfin, le dernier réunirait quatre dirigeants de la Coordination nationale autour de Haytham Mannar et Nasser Raja auxquel«pourrait se joindre un opposant de l’intérieur Louaï Hussein.

Se pose le problème de la présidence de cette délégation d’opposants, qui ont étalé leurs divisions depuis le début de la révolte contre Bachar el-Assad. Pour éviter que le président syrien exploite cette désunion, les États-Unis cherchent à placer à la tête de la délégation, Riyadh Turk, le doyen de tous les opposants politiques syriens qui a passé plus de vingt ans sous les verrous. Mais certains s’y opposent préférant que Riad Seïf dirige la délégation, seul ou en binôme avec Haytham Manna.

Proposer de nouveaux principes constitutionnels pour la période de transition

Avant Genève, la douzaine d’opposants devrait se réunir à partir du 1er juin à huis clos au Caire pour parvenir à définir «un programme commun minimum». L’agenda de la conférence internationale s’articule autour de deux priorités: l’établissement d’une nouvelle charte intersyrienne et la formation d’un gouvernement de transition. «Dès l’ouverture de Genève, nous devons affirmer que la constitution syrienne de Bachar el-Assad est caduque et proposer de nouveaux principes constitutionnels pour la période de transition», souligne l’opposant.

Dans l’esprit des Américains et des Russes, Genève est «un processus» de négociations qui devra être suivi par de nouvelles réunions des groupes de travail en charge des différents dossiers (sécurité, libération des prisonniers, gouvernement de transition etc.).

http://www.lefigaro.fr/international/2013/05/22/01003-20130522ARTFIG00408-comment-va-s-organiser-la-conference-sur-la-syrie.php