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L’Empire face à la forte vague de Révolutions populaires en Afrique du Nord en 2011

Les grandes puissances feraient mieux de se taire

 

Drapeau égyptien

Les appels au calme adressés aux manifestants en Égypte par le président Obama et sa secrétaire d’État, Hilary Clinton, l’invitation qu’ils ont formulée au président égyptien de procéder à des réformes politiques et sociales « immédiates » et leur sommation de réfréner les forces de l’ordre et de l’armée sonnent faux dans la bouche de ces tenants de l’impérialisme. Les occupants de la Maison Blanche ont pris la parole « pour réclamer des réformes politiques «concrètes» et l’arrêt des violences ». « Je veux appeler très clairement les autorités égyptiennes à s’abstenir d’utiliser la violence contre les manifestants pacifiques», a déclaré le Président Obama, peu de temps après s’être entretenu, le 28 janvier dernier, par téléphone avec le président de l’Égypte (Les Égyptiens se soulèvent).

Figure 1. Place de la Libération, Le Caire, Égypte

 

De son côté, Madame Clinton a invité M. Moubarak à « faire tout ce qui est en son pouvoir pour réfréner les forces de l’ordre »  alors que l’on a appris que les États-Unis et Israël collaboreraient étroitement avec le régime Moubarak dans la répression du soulèvement du peuple égyptien. Le Pentagone, lui, a invité l’armée à faire preuve de “retenue”. (Égypte: au moins 20 morts, couvre-feu décrété, l’armée en renfort). Quelle hypocrisie de la part de ceux qui prônent le recours à la guerre pour régler les conflits qu’ils engendrent le plus souvent eux-mêmes!

L’Union européenne vient de se joindre à ce concert de doléances en appuyant le « plan bien préparé » des Étatsuniens: « C’est pourquoi nous voulons une transition ordonnée vers des élections libres et équitables » (Reuters, 01/02/2011).

Le président Obama a aussi déclaré que «le peuple égyptien a des droits qui sont universels. Cela inclut le droit de se réunir pacifiquement, le droit à la liberté d’expression et à la possibilité de choisir son propre destin, cela relève des droits de l’homme », a-t-il insisté. Quand on sait que les États-Unis ont fortement appuyé, soutenu et financé le régime répressif de Moubarak au cours des trois dernières décennies et qu’ils ont armé ce pays sans compter en achetant ainsi la fidélité de ce régime, contre la volonté du peuple, on ne peut que mettre en doute fortement la valeur de ces propos.

Le fait de s’ingérer directement dans les affaires intérieures de l’Égypte en dit long sur l’importance stratégique que représente ce pays pour l’impérialisme américain dans cette région du monde. La perte du contrôle politique et économique de ce pays serait pour la Maison Blanche un élément de grande préoccupation pour les divers intérêts qu’ils détiennent dans ce territoire et dans la région ainsi qu’une grande appréhension concernant la sécurité d’Israël.

Ce qui se produit en Égypte risque d’arriver maintenant dans un très grand nombre de pays. La vague de la libération des peuples va se montrer encore plus forte jusqu’à prendre la forme d’un tsunami. Les citoyens ont maintenant la conviction que les pouvoirs usurpés, télécommandés et corrompus ont des pieds d’argile et que la force et l’énergie des peuples les feront tomber un jour ou l’autre. C’est ainsi que nous assistons à ce processus dans les pays arabes, mais il en sera de même dans tous les continents. Cette vague pourrait aussi frapper durement les pays riches dits démocratiques. Comme le prédisait si bien Ernesto Che Guevara dans un discours célèbre prononcé dans l’enceinte de l’Organisation des Nations Unies à New York en 1964 la révolte ou lutte révolutionnaire des peuples prendra la forme d’une vague qui ne s’arrêtera jamais:

« Dans les territoires des autres pays du monde qui luttent pour leur liberté, cela signifie toujours la même chose: L’image de ce que l’on peut acquérir au moyen de la lutte révolutionnaire, l’espoir d’un monde meilleur, l’image avec laquelle il vaut la peine de risquer sa vie, de se sacrifier jusqu’à la mort dans les champs de bataille de tous les continents du monde, non seulement en Amérique mais dans tous les pays du monde dans lesquels on fera une lutte révolutionnaire… cette vague de rancoeur agitée, de justice réclamée, de droits piétinés qui commencent à se lever dans les terres de l’Amérique latine, cette vague ne s’arrêtera jamais. Cette vague ira en s’accroissant chaque jour. Parce que cette vague la forment les plus nombreux, ceux qui sont majoritaires dans tous les aspects du terme, ceux qui accumulent avec leur travail les richesses, créent les valeurs, font rouler la roue de l’histoire et qui sortent maintenant du profond sommeil abrutissant dans lequel ils ont été plongés ». (1)

« Parce que cette grande humanité a dit «C’est assez» et s’est mise à marcher. Et sa marche, de géants, ne s’arrêtera pas tant qu’elle n’aura pas conquis la vraie indépendance pour laquelle plusieurs sont morts le plus souvent de façon inutile. Maintenant, de toute façon, ceux qui meurent, mourront comme ceux de Cuba, ceux de la Playa Giron, ils mourront pour leur indépendance vraie et irrévocable ».(2)

Il convient de rappeler également ces paroles du Che prononcées en 1960:

«…tous les peuples du monde doivent s’unir pour acquérir ce qui est le plus sacré, soit la liberté, le bien-être économique et le sentiment de ne pas avoir de problèmes insolubles à régler…» (3)

Comment les principaux responsables de la situation politique, économique et sociale catastrophique qui affligent les Égyptiens peuvent-ils avoir la prétention de définir les actions à poser pour mettre un terme aux manifestations contre le pouvoir central en Égypte? Comment peuvent-ils oser faire semblant qu’ils ne sont en rien à l’origine de l’état d’oppression et de misère qui prévaut dans ce pays?

Le gouvernement au pouvoir depuis près de 30 ans a été grandement épaulé par les puissances occidentales le considérant comme celui pouvant apporter la stabilité requise pour la sauvegarde des intérêts des États-Unis, de l’Union européenne et d’Israël dans la région du Moyen-Orient.

 

Photo : Le président égyptien (2011), Moubarack

I. L’aide des États-Unis fournie à l’Égypte

Selon les données rapportées par la Federation of American Scientists :

« entre les Accords de paix de Camp David en 1978 et l’An 2000 (l’année pour laquelle les chiffres les plus récents sont disponibles) les États-Unis ont apporté une aide aux forces armées égyptiennes pour la somme totale de 38 milliards de dollars. L’Égypte a ainsi reçu, chaque année, une aide de deux milliards de dollars dont 1.3 milliard sous la forme d’un financement extérieur pour la défense et environ 815 millions de dollars pour un fonds d’aide économique, la plaçant, après Israël, au second rang des pays  récipiendaires de l’aide militaire et économique régulière des États-Unis (tableau 1). De plus, en 1990, les Étatsuniens ont effacé une dette cumulée pour des dépenses militaires de ce pays de l’ordre de 7.1 milliards de dollars et ce pour compenser le coût engendré pour la participation de ce pays à l’Opération Desert Shield. De plus, L’Égypte a reçu, à chaque année, du Pentagone une aide pour l’achat d’équipements militaires non prévus totalisant des centaines de millions de dollars…» (FAS).

Tableau 1. Ventes d’armements aux pays en développement 2002-2009: Les principaux importateurs

Source: Source: http://www.warisbusiness.com/wp-content/uploads/2010/09/crs-arms-sales-customers-02-09.jpg

Selon les données présentées par Agora Vox, le média citoyen, les cinq principaux pays exportateurs d’armements dans le monde, en 2004 sont, dans l’ordre : les USA, la Russie, la Grande-Bretagne, la France et Israël. Ces pays sont pourvus d’une industrie d’armement suffisamment importante et innovante pour pouvoir exporter leurs matériels. Les plus grands importateurs de leur production sont, depuis 2004, la Chine, l’Inde et l’Égypte (http://www.agoravox.fr/actualites/international/article/bilan-des-ventes-d-armes-dans-le-2332). Entre 2001 et 2008, selon le Congressional Research Service du Congrès des États-Unis, l’Égypte se classait au 5ième rang parmi les dix principaux importateurs de matériel militaire dans le monde après l’Arabie saoudite, l’Inde, les Émirats arabes unis et la Chine et ce avec des dépenses totalisant 12.3 milliards de dollars ou 5% des achats mondiaux (http://fr.wikipedia.org/wiki/Industrie_de_l’armement).

II. Des relations étroites et de coopération avec l’Égypte pour la stabilité et la «paix» au Moyen-Orient

Selon le Département d’État :

« les États-Unis et l’Égypte entretiennent des relations étroites et amicales fondées sur des intérêts communs pour la stabilité et la paix au Moyen-Orient, le tout en revitalisant l’économie égyptienne, en renforçant les relations commerciales et en faisant la promotion de la sécurité régionale. Au cours des années, l’Égypte et les États-Unis ont travaillé ensemble de façon assidue pour développer les négociations de paix pour le Moyen-Orient, se faisant les hôtes de pourparlers de paix et de négociations dans le cadre de la Conférence économique du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord (MENA). Des manoeuvres militaires multinationales, une aide américaine aux programmes de modernisation de l’arsenal militaire de l’Égypte … ainsi que la contribution de ce pays dans différentes opérations de maintien de la paix ont renforcé de façon continue les relations de coopération militaire américano-égyptiennes» (US Department of State).

On note aussi que « l’un des piliers importants des relations bilatérales repose sur l’aide des États-Unis pour la sécurité et l’économie de l’Égypte, aide qui s’est accrue de façon significative au moment de la signature du Traité de paix égypto-israélien en 1979. L’aide militaire des États-Unis à l’Égypte totalise plus de 1,3 milliard de dollars par année. En outre, l’Agence américaine pour le Développement international (USAID) a fourni plus de 28 milliards de dollars pour l’économie et le développement de l’Égypte depuis 1975. Au cours des premières années, l’aide était accordée pour la mise en place d’infrastructures, pour la santé, pour les denrées alimentaires et pour l’agriculture» (US Department of State).

L’Égypte a conclu le 24 décembre 2009 un marché en vue de l’acquisition de 24 avions de combat F-16, de l’entreprise américaine d’armement Lockheed Martin pour un montant de 3.2 milliards de dollars (24 avions de combat F-16 américains pour l’Égypte).

« Selon des informations persistantes, l’administration de l’ex-Président George Bush a refusé de vendre des avions F-16 ultramodernes à l’Égypte, du fait de la situation des droits de l’Homme et de la démocratie qui y prévaut, ainsi que pour préserver la suprématie militaire israélienne. L’Égypte possède des avions F-16 depuis 1982, et est entrée en possession de 220 appareils de ce type après des décennies où elle se ravitaillait principalement en armements soviétiques» (24 avions de combat F-16 américains pour l’Égypte).

III. La coopération militaire américaine avec l’Égypte aurait renforcé la sécurité régionale au Moyen Orient selon le Secrétariat d’État des USA

Selon les États-Unis, la coopération militaire étasunienne a contribué à la modernisation des forces armées de l’Égypte et a renforcé la sécurité régionale. Avec les programmes de financement des projets de la défense (FMF), les États-Unis ont fourni des chasseurs bombardiers F-4, des bombardiers F-16, des tanks M-60A3 et M-60A3 ainsi que des M1M1, ont armé des véhicules de transport pour le personnel, ont vendu des hélicoptères Apache, des missiles anti-aériens. de la surveillance aérienne et d’autres équipements. Les États-Unis et l’Égypte ont aussi participé à des manœuvres militaires, y compris le déploiement d’effectifs de combat américains. Au cours des années, l’Égypte a accueilli Operation Bright Star, une manœuvre militaire multilatérale conjointe…étant vue comme l’exercice le plus important dans la région Des unités de la VIIème Flotte utilisent fréquemment les ports égyptiens (U.S. Department of State. On peut donc comprendre que l’Égypte constitue un excellent marché pour les industries de guerre des États-Unis.

Conclusion

Les mouvements populaires de libération, dans plusieurs pays arabes, sont d’une grande signification au moment où les mesures de répression des peuples se sont intensifiées dans le contexte des pénuries causées par la crise économique mondiale et par une forte pression exercée, sous la commande des grandes puissances, pour la réduction des dépenses publiques en entraînant une nette détérioration des conditions de vie de la majorité.

L’invitation formelle adressée par Washington au président Moubarak de procéder à la tenue d’élections législatives est pour lui le moyen de s’assurer que les changements qui pourraient se produire ne viendraient pas modifier la trajectoire empruntée par le pays depuis près de trente ans. Selon Hilary Clinton, se faisant l’écho de la position de l’Administration Obama, « il y a nécessité d’une transition ordonnée pour que personne ne vienne combler un vide, pour qu’il n’y ait pas de vide, mais plutôt un plan bien préparé pour l’avènement d’un gouvernement démocratique participatif’» (Hetu, B., 2011, p. A2). Lire un gouvernement totalement soumis à l’ordre dicté par les États-Unis.

Enfin, nous ne cesserons pas de le répéter, il revient au peuple égyptien de choisir la voie qui lui semble appropriée dans le contexte actuel pour répondre à ses besoins fondamentaux et rétablir un environnement de liberté, d’autonomie, de justice et de paix et ce à l’instar des autres peuples qui cherchent à se soustraire de l’emprise hégémonique des grandes puissances.

Jules Dufour

Le 2 février 2011

Notes :

(1) Traduit par l’auteur. Texte original en espagnol : «…los campos de otros países del mundo que luchan por su liberdad significando siempre lo mismo: La imagen de lo que se puede conseguir mediante la lucha revolucionaria, la esperanza de un mundo mejor, la imagen con la cual vale la pena arriesgar la vida, sacrificarse hasta la muerte en los campos de batalla de todos los continentes del mundo, no solamente en América sino en todos los países del mundo en que se creará una lucha revolucionaria…esa ola de estremecido rencor, de justicia reclamada, de derechos pisoteados que se empiezan a levantar por entre las tierras de Latinoamérica, esta ola ya no parará más. Esa ola irá crediendo cada dia que pase. Porque esa ola la forman los más, los mayotarios en todos los aspectos, los que acumulan con su trabajo las riquezas, crean los valores, hacen andar la rueda de la historia, y que ahora despiertan del largo sueño embrutecedor al que los sometieron.

(2) Traduit par l’auteur. Texte original en espagnol : « Porque esta gran humanidad ha dicho «Basta!» y ha hecho a andar. Y su marcha, de gigantes, ya no se detendrá hasta conquistar la verdadera independencia por la que ya han muerto más de una vez inutilmente. Ahora, en todo caso, los que mueran, morirán como los de Cuba, los de Playa Girón, morirán por su única, verdadera e irrenunciable independencia ». (http://www.youtube.com/watch?v=l1Z8NGYv3SE ).

(3) Traduit par l’auteur. Texte original en espagnol : « …todos los pueblos del mundo deben unirse para conseguir lo más sagrado, que es la libertad, que es el bienestar económico, que es el sentimiento de no tener absolutamente ningún problema insolvable por delante…», le 30 de septembre 1960 (http://www.retoricas.com/2009/08/che-guevara-citas-y-discursos.html ).
Références

BELLAVANCE, Joël-Denis. 2011. Tensions en Égypte: Ottawa appelle à la retenue. La Presse. Cyberpresse.ca. Le 28 janvier 2011. En ligne: http://www.cyberpresse.ca/actualites/quebec-canada/politique-canadienne/201101/28/01-4364799-tensions-en-egypte-ottawa-appelle-a-la-retenue.php?utm_categorieinterne=trafficdrivers&utm_contenuinterne=cyberpresse_B4d_b4d_199693_accueil_POS5

CHOSSUDOVSKY, Michel. 2011. The Protest Movement in Egypt: “Dictators” do not Dictate, They Obey Orders. Montréal, Centre for Research on Globalization (CRG), le 29 janvier 2011. En ligne:http://www.globalresearch.ca/index.php?context=va&aid=22993

CICARDI, Francesca. 2010. L’Egypte sous surveillance : quand l’exception devient la règle. Cafébabel.com. Le Magazine européen. Le 19 octobre 2010. En ligne:http://www.cafebabel.fr/article/35426/l-egypte-sous-surveillance-loi-d-urgence.html

DUFOUR, Jules. 2011. Le message de la Tunisie pour un monde juste et solidaire. Montréal, Centre de recherche sur la mondialisation (CRM). Le 17 janvier 2011. En ligne:http://www.mondialisation.ca/index.php?context=va&aid=22827

EL-MALAWANI, Hania (AFP). 2011. Égypte: au moins 20 morts, couvre-feu décrété, l’armée en renfort. Le 28 janvier 2011. En ligne:http://www.google.com/hostednews/afp/article/ALeqM5gEHN_aKfduol3C9ap4D2CfyeblgQ?docId=CNG.6d89711dd32ac21c4b6ed357be8e3617.8d1

FEDERATION OF AMERICAN SCIENTISTS. Arms Sales Tables
U.S. Arms Clients Profiles—Egypt. En ligne: http://www.fas.org/asmp/profiles/egypt.htm

G. Philippe. 2005. Bilan des ventes d’armes dans le monde. Agoravox. Le 2 septembre 2005. En ligne: http://www.agoravox.fr/actualites/international/article/bilan-des-ventes-d-armes-dans-le-2332

HETU, Bernard. 2011. La crainte américaine du vide. La Presse, le 31 janvier 2011, p. A2.

REUTERS. 2009. 24 avions de combat F-16 américains pour l’Egypte.

Ara.reuters. Le 30 décembre 2009. En ligne: http://www.gnet.tn/index2.php?option=com_content&task=emailform&id=10449&itemid=957

REUTERS. LE CAIRE. 2011. «Transition ordonnée». Le Journal de Québec, le 1er février 2011, p. 15.

SCHMIDT, Christophe. AFP-Washington. 2011. Obama fait pression sur Moubarak. Cyberpresse.ca. Le 28 janvier 2011. En ligne:http://www.cyberpresse.ca/international/dossiers/les-egyptiens-se-soulevent/201101/28/01-4364918-obama-fait-pression-sur-moubarak.phphtm_categorieinterne=trafficdrivers&utm_contenuinterne=cyberpresse_B4_manchettes_231_accueil_POS1

U.S. DEPARTMENT OF STATE. 2010. Background Note: Egypt. Novembre 2010.http://www.state.gov/r/pa/ei/bgn/5309.htm

Sites Internet

Che Guevara citas y dicursos: http://www.retoricas.com/2009/08/che-guevara-citas-y-discursos.html

Che Guevara – Discurso Revolucionario.mp4: http://www.youtube.com/watch?v=mwfbfwdHylg

Federation of American Scientists: http://www.fas.org/

Industrie de l’armement: http://fr.wikipedia.org/wiki/Industrie_de_l’armement

 
Jules Dufour, Ph.D., est président de l’Association canadienne pour les Nations Unies (ACNU) /Section Saguenay-Lac-Saint-Jean, professeur émérite à l’Université du Québec à Chicoutimi,   membre du cercle universel des Ambassadeurs de la Paix, membre chevalier de l’Ordre national du Québec. Il est associé de recherche au CRM (Centre de recherche sur la Mondialisation).

http://www.mondialisation.ca/lempire-face-a-la-forte-vague-de-revolutions-populaires-en-afrique-du-nord-en-2011/5341560

L’Armée Electronique Syrienne (Syrian Electronic Army) dévoile le cybermensonge du journal Libération

La guerre informatique ou cyberguerre est d’actualité en France en ce moment ainsi qu’on a pu le constater en écoutant le ministre de la défense Jean-Yves Le Drian.

Le cyberespace est effectivement déjà un lieu où se jouent certains conflits comme par exemple celui qui oppose l’Iran à l’entité sioniste et aux Etats Unis, deux pays qui se sont apparemment associés pour lancer une attaque informatique particulièrement vicieuse contre la république islamique en infestant les systèmes informatiques du réacteur de Natan avec le virus Stuxnet.

Comme d’habitude, ces pionniers de la guerre informatique jouent aujourd’hui les pères « la vertu » maintenant qu’ils comprennent que ce qu’ils ont fait aux autres, les autres peuvent le leur faire.

D’autant que leur cyberattaque contre l’Iran a lamentablement échoué, les techniciens de ce pays ayant parfaitement su gérer la situation.

La guerre en Syrie se joue aussi en partie dans le cyberespace, quoique à une échelle plus modeste. Elle est le fait de l’Armée Electronique Syrienne, de jeunes hackers favorables au gouvernement en place qui piratent des sites ou des comptes Tweeter, d’organes de presse essentiellement.

L’article que je vous propose s’intéresse à cette « armée électronique » et cherche à savoir à quel point elle obéit aux ordres du gouvernement.

On retiendra que si les méthodes très simples employées par les hackers excluent l’action d’une officine gouvernementale spécialisée, leur action serait néanmoins impossible sans l’assentiment  et les encouragements des autorités.

On notera que cette affaire de l’Armée Electronique Syrienne (Syrian Electronic Army en anglais) a amené le journal Libération à se comporter une fois de plus comme le très banal outil de propagande qu’il est.

En effet, dans un article consacré à ces hackers Syriens, Libération se réfère à un article du magazine américain Vice qui a pu s’entretenir avec Th3Pr0, un des hackers cités dans l’article que j’ai traduit. Iris Deroeux du journal Libération nous donne l’extrait suivant:

En témoigne |de la collaboration avec la police et l’armée syriennes] l’interview d’un membre de la SEA – usant du pseudonyme Th3 Pr0 – par le magazine américain Vice, en avril. «Non, nous ne transmettons pas d’information sur des militants [anti-Al-Assad, ndlr]. Le régime n’a pas besoin de nos informations, il dispose de ses propres services de renseignement», s’y défend le hacker. Mais le journaliste insiste, et Th3 Pr0 lâche : «Si les militants de l’armée syrienne de libération planifient un attentat ou le kidnapping de quelqu’un, alors oui, nous le dirons au gouvernement. Nous ne nions pas le fait que de nombreux mails que nous avons obtenus ont été transmis au gouvernement.»

Si vous trouvez ce (long) passage dans les deux articles (1 & 2) sur le sujet publiés par le magazine Vice faites moi signe parce que pour l’instant je ne l’y ai pas trouvé! (si vous le trouvez, je ferai mon mea culpa avant de suppprimer ce post)

Elle a piraté l’Associated Press, le Financial Times et la BBC  – mais qui est l’Armée Electronique Syrienne?

La bataille pour la Syrie fait rage sur plusieurs fronts – notamment dans le cyberespace. Tim Walker et Richard Hall ont traqué un membre de l’équipe de pirates de l’ombre dans sa mission pour défendre Assad

Par Tim Walker, Richard Hall, The Independent (UK) 20 mai 2013 traduit de l’anglais par Djazaïri

Début mai, plusieurs employés du site satirique d’informations The Onion ont reçu ce qui ressemblait à des courriels non sollicités inoffensifs, contenant des liens hypertexte apparemment anodins. Un de ces messages était censé provenir d’une adresse au Haut Commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés, il invitait le destinataire à cliquer sur un article apparemment du Washington Post. En fait, le lien redirigeait vers une page qui  demandait le mot de passe Gmail de l’utilisateur. L’email ne venait pas de l’ONU, mais du groupe hacktiviste connu sous le nom d’Armée Electronique Syrienne (AES).

Selon un article rendant compte de l’incident publié par la suite par The Onion, au moins un de ses employés a été piégé dans l’attaque par phishing menée par l’AES, le 3 mai. A partir du compte mail de cette personne, les pirates ont envoyé des mails à  plusieurs autres employés de The Onion, le 6 mai, les dirigeant vers un autre lien internet caché.

Deux ont cédé involontairement leurs authentifiants Google, l’un des deux ayant accès aux comptes du site sur les médias sociaux. Avant que the Onion ait pu colmater la brèche, l’AES avait commencé à poster à partir du compte du site du journal sur Twitter, suivi par près de cinq millions d’abonnés.

Les tweets avaient une tonalité familière aux adeptes de l’humour de The Onion, mais dans un esprit quelque peu différent. «L’ONU retire son rapport sur l’utilisation d’armes chimiques en Syrie : ‘Des tests en laboratoire confirment que c’est une odeur de corps de djihadiste [sic],’ » lit-on par exemple. Comme le monde avait été mis au courant du piratage, The Onion a régi comme il sait le faire, par des informations satiriques avec le titre : «L’Armée Electronique Syrienne a un peu de bon temps avant son inévitable mort des mais des rebelles» publié sur son site un peu plus tard le même jour.

Les médias sociaux ont joué un rôle significatif dans la guerre civile en Syrie. Malgré l’étendue de la censure d’internet et au moins deux longues coupures des communications, les militants pro-révolution se sont servis d’internet pour diffuser l’information, organiser la résistance et obtenir du soutien en Syrie et ailleurs. Ils ont cependant dû faire face cependant aux hacktivistes contre-révolutionnaires de l’AES, des partisans résolus du régime du président Bachar al-Assad selon qui les forces rebelles sont en réalité des terroristes islamistes soutenus par l’occident. Les hackers de l’AES se sont donnés pour mission d’humilier les médias qu’ils perçoivent comme hostiles à Damas.

Dans un discours de juin 2011, le président Assad a personnellement fait l’éloge de l’AES pour son action, décrivant l’organisation comme une armée virtuelle dans le cyberespace.» Les pirates de l’AES ont attaqué depuis les pages Facebook d’Oprah Winfrey et de Nicolas Sarkozy, les comptes Tweeter de Sepp Blatter, président de la FIFA, et le site web de l’université de Harvard dont la page d’accueil avait été transformée en page de propagande en faveur d’Assad.

Mais leurs piratages de grande envergure ont été ceux des comptes Tweeter de grands organes de presse, dont le Financial Times, NPR, La BBC météo, The Guardian et E! News. Une tentative de pirater les comptes de journalistes de The Independent la semaine dernière s’est soldée par un échec.

Malgré ses méthodes de phishing peu sophistiquées, l’AES a quand même été capable de faire plonger brièvement de 136 milliards de dollars l’index Dow Jones le 23 avril dernier après avoir réussi à pirater le flux de l’Associated press sur Tweeter en faisant passer une info selon laquelle le président Obama avait été blessé dans un attentat à la bombe contre la maison Blanche.

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Certains observateurs supposent que l’AES est un groupe auto-organisé et sans chef, comme la célèbre organisation de piratage Anonymous. Mais l’AES a un site web officiel et un leader identifié, un jeune hacker de 24 ans connu sous le pseudonyme de L’Ombre. Dans une interview par email avec The Independent, Th3Pr0, le chef de la division des Opérations Spéciales de l’AES a expliqué que le groupe avait commencé par une communauté Facebook. «C’était en premier une page sur Facebook,» a-t-il dit. «En quelques jours, plus de 60 000 Syriens l’avaient rejointe. Facebook l’a fermée, c’est alors qu’in site web du groupe a été lancé en plus des comptes sur toutes sortes de médias sociaux. Beaucoup de gens nous ont rejoints, des centaines, des milliers.»

Le groupe est issu, soutient-il, d’une masse organique [sic] de jeunes Syriens, qui soutiennent le gouvernement mais ne sont pas sous sa direction. Ils travaillaient ensemble en ligne à partir de chez eux et sur des ordinateurs portables en Syrie et hors de Syrie, en se servant de compétences élémentaires en hacking acquises sur internet. «Notre mission était de défendre notre pays contre la campagne médiatique, d’abord dans les médias arabes et plus tard dans les médias occidentaux,» a déclaré Th3Pr0.

“Nous ne prenons pas d’argent pour notre travail, c’est notre devoir de défendre notre pays… Nous ne travaillons pas pour obtenir quelque chose. Nous voulons défendre notre pays dans le cyberespace, et c’est tout”

James Lewis, expert en sécurité informatique au Centre for Strategic and International Studies de Washington DC, pense que les motivations de l’AES étaient plus émotionnelles que stratégiques. «Il faut voir ç comme un graffiti numérique, » dit-il. «Vous pouvez écrire des graffiti sur le siège de la Banque Mondiale pour dire ‘A bas le capitalisme,’ ou vous pouvez altérer son site web. Dans les deux cas, c’est une protestation qui vous fait vous sentir mieux mais qui n’a pas beaucoup d’effet. Assad ne peut pas faire un piquet de protestation devant le siège de la BBC, mais il peut encourager des gens à prendre le contrôle du fil de la BBC Météo sur Tweeter.»

Le degré d’implication du président Assad dans les activités de l’AES est sujet à débat. Ses membres nient toute connexion directe avec le gouvernement syrien, mais plusieurs experts doutent de leurs affirmations d’indépendance. Peu de temps après que l’AES ait attiré l’attention de l’opinion publique il y a deux ans, Helmi Noman, un chercheur de l’université de Toronto observe que le groupe a des liens avec la Syrian Computer Society qui a autrefois été dirigée par  M. Assad lui-même.

Amjad Baiazy, un chercheur en informatique d’origine syrienne qui a passé plusieurs semaines comme prisonnier du régime en 2011, suppose que l’AES est financée par le gouvernement syrien et formée par des spécialistes Iraniens.

 «Un débutant amateur serait capable de faire tout ce qu’a fait l’Armée Electronique Syrienne, » affirme Lewis. «Mais on ne peut pas croire qu’ils agissent de façon indépendante, sans aucune connexion avec le gouvernement. Demandez-vous si une seule organisation opposée à Assad en Syrie a pu mener à bien ce genre de chose ?»

 «Si la réponse est non, cela signifie que  le gouvernement consent ou dirige l’activité de l’AES. Une technique possible serait qu’un agent des services de renseignement intérieurs recrute une personne pour mettre en place des groupes informels sur internet. Le lien avec le gouvernement serait alors très ténu – mais présent quand même.»

Un article du Guardian citait même des transfuges de l’AES qui prétendent que Rami Makhlouf, le riche cousin de M. Assad, a financé le déménagement du siège de l’AES à Dubaï. «Ce n’est pas vrai,» répond Th3Pr0. “Ils mentent encore”

De quelque endroit que viennent les attaques, elles vont se poursuivre. «Tous les ennemis de la Syrie sont des cibles pour nous,» observe Th3Pr0. «Tous les médias qui continuent à publier de fausses informations et nouvelles sur la Syrie sont aussi une cible… Nous portons les attaques au niveau le plus élevé.»

Ils ont été piratés par l’Armée Electronique Syrienne

Associated Press

Les hackers de l’Armée Electronique Syrienne ont revendiqué le piratage du compte tweeter de l’Associated Press le 23 avril et avoir tweeté que des explosions à la Maison Blanche avaient blessé le président Obama. L’information avait fait brièvement plonger le Dow Jones de plus de 150 points.

Financial Times

“Piraté par l’Armée Electronique Syrienne”, tel était le message de titre du blog du Financial Times sur la technologie la semaine dernière. Les comptes Tweeter du journal avait aussi été touché, les hacketrs se servant du compté du FT Markets pour tweeter «L’Armée Electronique Syrienne était ici.» à des centaines de milliers d’abonnés.

BBC Météo

Des tweets avec de fausses informations météo dans les pays du Moyen Orient sont apparus sur le compte Tweeter de BBC Météo le 21 mars, dont celle-ci : «Station météo saoudienne en panne à cause d’une collision frontale avec un chameau. » L’AES en a ensuite revendiqué la responsabilité.

http://mounadil.wordpress.com/2013/05/21/larmee-electronique-syrienne-syrian-electronic-army-devoile-le-cybermensonge-du-journal-liberation/