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ALERTE – Armes chimiques en Syrie: Paris analyse les échantillons rapportés par un média français

PARIS – La France va analyser les échantillons de potentielles armes chimiques rapportés de Syrie par des journalistes du quotidien français Le Monde, a annoncé mardi un haut responsable français sous couvert de l’anonymat.

Des échantillons nous ont été remis (par les journalistes du Monde). Nous sommes d’accord pour procéder à des analyses, a déclaré ce haut responsable, indiquant que le gouvernement avait par ailleurs, comme les Etats-Unis et les Grande-Bretagne, analysé ses propres échantillons et conclu à des indices mais pas de preuve formelle de l’utilisation de gaz de combats en Syrie.

(©AFP / 28 mai 2013 02h00)

http://www.romandie.com/news/n/_ALERTE___Armes_chimiques_en_Syrie_Paris_analyse_les_echantillons_rapportes_par_un_media_francais_11280520130203.asp

Qusseir : Comment l’armée syrienne aide-elle les civils à fuir?

 

IRIB- Alors que les terroristes assiégés à Qousseir cherchent  à utiliser les civils comme bouclier humain, l’armée arabe syrienne, elle, s’efforce de les éloigner des zones de combats.
Quelque 42000 Syriens vivent à Qousseir, ville située à 15 kilomètres des frontières avec le Liban .C’est une ville transformée depuis un an en une véritable base pour les terroristes salafo6wahhabites d’Al6Nosra. Une dizaine de villages dans la banlieue de Qousseir ont été  « nettoyés » de la présence des terroristes  ces trois derniers jours, ce qui constitue un exploit selon les experts militaires. Les terroristes d’Al6Nosra déguisés en femme fuient la ville mais les habitants de celle-ci préfèrent rester. Selon le journaliste de l’agence de presse iranienne Fars , seuls 10% de la population de Qousseir l’ont quittée car les terroristes prennent désormais refuge dans les villages d’alentours où ils sèment l’insécurité. Un intense trafic d’armes en provenace du Liban se poursuit en direction de ces mêmes villages. Comment faire alors pour sauver la vie des populations civiles de Qousseir qu’Al6Nosra utilise ouvertement comme bouclier humain ? Les soldats de l’armée arabe syrienne combattent les terroristes positionnés non loin des axes de communication reliant Qousseir aux villages voisins. C’est seulement à ce prix qu’ils peuvent sécuriser les routes et les autoroutes et aider ainsi au départ des populations civiles. A l’ouest de Qousseir, les routes sont sécurisées et outre les habitants de la ville, les rebelles ayant déposé leurs armes quittent en ce moment la ville. Quant aux habitants des localités du nord de Qousseir, l’armée syrienne a réussi à évacuer 40% de la population en sécurisant les points de passages et les  voies de sortie mais les Nosratistes ont pris en otage de nombreux syriens , des femmes et des enfants pour les utiliser comme bouclier humain. Le pire est craint pour les habitants du nord de Qousseir composée en partie de chrétiens.

Propagande coloniale (1/2) Syrie : le mensonge de l’État et des médias français par François Belliot

L’Institut du Monde arabe proposait à Paris une « Journée de solidarité avec le peuple syrien » au cours de laquelle une dizaine d’orateurs devaient répondre au public. Présent dans la salle, François Belliot est resté sur sa faim : discours non-argumentés et questions interdites. Analyse d’un « débat » de propagande.

| Paris (France) | 13 mai 2013

 

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Depuis plus de 2 ans les événements de Syrie sont couverts de façon unilatérale et caricaturale dans les grands médias commerciaux français (cette remarque peut être étendue à tous les pays situés dans la zone OTAN ou celle du Conseil de coopération du Golfe). Pour ceux-ci, nous aurions affaire, en Syrie comme en Libye, à « un dictateur sanguinaire qui massacre son propre peuple ». Face à lui, une opposition courageuse, démunie, et pacifique qui, dans le sillage du « printemps arabe », voudrait s’émanciper en vain d’une ignoble tutelle. Les dizaines de milliers de morts depuis le début de la crise seraient, dans des proportions écrasantes, dues aux exactions des troupes loyales au régime baathiste. Voilà à peu près ce que l’on entend, quotidiennement, depuis 2 ans, martelé sur TF1, Le Monde, France Inter, Le Point, Libération, Le Figaro, etc.

 

Je vous propose dans cette étude un démontage de cette propagande à partir de l’analyse de deux exemples précis.

 

Dans le premier j’examinerai un compte rendu détaillé d’un débat sur la Syrie tenu à l’institut du monde arabe le 24 février dernier, débat à l’évidence truqué, et truqué dans les plus grandes largeurs. On y entend des « journalistes » proférer les mensonges les plus incroyables. On y entend des incitations à la haine, des présentations simplistes, des déformations, des appels à l’émotion.

 

Dans le second je vous propose une analyse de la couverture médiatique en France du point de vue des chrétiens de Syrie. J’y démontre que les seuls chrétiens qui sont invités sur les plateaux de télévision, et évoqués dans les grands quotidiens, sont les chrétiens hostiles au régime, qui appellent à armer l’opposition. J’y démontre aussi que ce point de vue est ultra minoritaire dans cette composante de la société syrienne, et que les médias français, ont reçu consigne ou choisi de passer sous silence des témoignages très différents, de les déformer, ou de les caricaturer.

 

Le lien entre ces deux sujets est qu’il permet de bien comprendre la façon dont fonctionne la propagande politico-médiatique.

 

Cette propagande n’est pas seulement une propagande «  d’État », dans le sens où seul l’État en serait le responsable et l’auteur, mais une propagande dans laquelle viennent s’imbriquer l’État donc (en particulier par la voix du ministre des Affaires étrangères), la totalité des médias commerciaux possédés par des grands groupes privés, des institutions et des bâtiments de l’État, enfin des associations qui vont servir de force militante pour organiser des « événements », en profitant largement de millions d’euros venus d’on ne sait où. Tout ce monde-là fonctionne main dans la main et agit comme un rouleau compresseur, pour imposer dans l’opinion une version officielle mensongère, rendre inaudible tout point de vue contestataire.

 

Le débat truqué à l’Institut du Monde arabe

 

Dimanche 24 février, l’Institut du Monde arabe (IMA) organisait une « journée de solidarité avec le peuple syrien ». Divers événements se sont ainsi succédé pendant 12 heures entre midi et minuit : concerts, expositions, présentations d’ouvrages, et débats.

 

L’initiative venait du nouveau président de l’institut, Jack Lang, et était coorganisée par I télé et le quotidien Le Monde.
Si l’intitulé de la « journée » pouvait laisser présager un traitement neutre de la crise syrienne, dans les faits c’était, comme nous allons le voir clairement une journée de soutien à « l’opposition armée syrienne » appelant à la chute du régime de Bachar el Assad.
C’est flagrant si l’on ne considère que le moment fort de la journée, qui consistait en un « débat » sur le « devenir de la Syrie ». Il a eu lieu de 14 h à 16 h 30 dans la salle du Haut-Conseil. Il était animé par Abderrahim Hafidi, animateur de l’émission « Islam » sur France 2. Les caméras de télévision étaient nombreuses, parmi lesquelles : France 24, TV5, et bien sûr, I télé.
Dix personnalités et intellectuels avaient été conviés à ce « débat », parmi lesquels, clou de l’aréopage, « l’ambassadeur représentant » de la « Coalition nationale syrienne » à Paris, Monzer Makhous. Tous les intervenants étaient des adversaires résolus du régime syrien et du président Bachar el-Assad, et entièrement acquis à la version de la crise syrienne quotidiennement martelée dans tous les grands médias depuis deux ans.

 

Nous avons assisté à ce débat. Nous étions curieux de voir jusqu’à quel point les organisateurs et les intervenants étaient capables de pousser la mascarade.
Tout habitués que nous soyons aux mensonges de la version officielle, à la violence verbale de ceux qui dénoncent le régime syrien et son président Bachar el-Assad, nous pouvons dire que ce dimanche 24 février, tous les records ont été battus en terme de mauvaise foi, de mensonges, d’amalgames, et de violence verbale.

 

Le débat fut lancé par une courte allocution de Jack Lang, dans laquelle il remercia les équipes de l’IMA, et les associations de soutien qui s’étaient beaucoup mobilisées pour cet événement. M. Hafidi ensuite introduisit le « débat ».

 

Je diviserai le compte-rendu de ce débat en deux parties. Dans la première je résume brièvement chacune des interventions en en soulignant les points les plus marquants. Dans la seconde j’entre dans le détail des mensonges les plus énormes avancés par les intervenants, et des conditions douteuses dans lesquelles ce débat a été organisé et mené.

 

Abderrahim Hafidi, présentateur de l’émission « Islam » sur France 2

 

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Abderrahim Hafidi, journaliste frnçais d’origine marocaine. Elu municipal (PRG) d’Aubervilliers.

 

L’animateur de ce « débat », sans doute pour respecter la neutralité de sa position, dénonça les « châtiments barbares d’un gouvernement qui n’a ni cœur ni miséricorde. » Il appela à la conscience internationale. Il invoqua la mémoire d’Albert Camus. Il soutint qu’il fallait « combattre pour la liberté du peuple syrien ». Il se félicita de la présence de journalistes du Monde et de Libération à cet événement.
Il présenta les divers intervenants, et annonça que leurs interventions seraient suivies d’un échange avec le public.
Pour introduire le débat, il dit qu’ils avaient trouvé opportun commencer par la lecture d’un poème.
Le poème, intitulé « La dame de Damas », de Jean-Pierre Filiu, fut lu avec emphase par une chanteuse/poétesse nommé Sapho. C’était un réquisitoire sans concession contre le régime d’el-Assad. N’entrant dans le détail d’aucun fait ni d’aucun argument, mais plein de pathos et de cris de rage, ce poème émut considérablement le public qui applaudit longuement. En terme de conditionnement par l’émotion il était difficile faire mieux. M. Hafidi passa ensuite la parole aux autres intervenants.

 

Jean-Pierre Filiu, professeur à Sciences Po

 

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Diplomate, Jean-Pierre Filiu fut premier conseiller de l’ambassade de France à Damas de 1996 à 1999. Ancien conseiller de Lionel Jospin, il est aussi ancien professeur aux universités US de Columbia et de Georgetown.

 

L’auteur du poème fut le premier à prendre la parole. Présenté comme un « spécialiste », il était visiblement encore dans son poème. Son intervention fut la dénonciation en prose de ce qu’il avait écrit en vers. Il s’indigna de ce que le « barbare Bachar » fût « toujours à l’ONU ». « Ce qui tue les Syriens, c’est Bachar », affirma-t-il. Nous avions là affaire à « un régime infâme », « qui tue, abat, viole son peuple ». Il appela de ses vœux la comparution de Bachar el-Assad devant la Cour pénale internationale (CPI). Il conclut en avançant que «  les personnes qui se battent ont le droit d’être armés. » Cette intervention ne contenait presqu’aucun fait et transpirait l’indignation violente à chaque mot.

 

Monzer Makhous, « ambassadeur représentant de la Coalition nationale syrienne »

 

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Monzer Makhous, géologue syrien, spécialiste du pétrole.

 

Beaucoup des personnes qui s’étaient déplacées étaient curieuses, en particulier, de voir et entendre cette figure du déjà célèbre Conseil national syrien. Pour le coup je crois que tout le monde fut déçu. Il est impossible de résumer son intervention qu’il fit dans un français extrêmement incertain et dans des phrases peu construites. C’étaient des blocs de mots qui s’enchaînaient ; parfois sans liens logiques. Il fustigea l’ONU, remarquant que les deux résolutions proposées avaient certes été votées par deux membres de Conseil de sécurité, mais que l’immense majorité des autres pays avaient voté contre (135 contre 9 pour l’une). En conséquence de quoi on pouvait déduire que le Conseil de sécurité ne valait rien. Il évoqua un attentat dans lequel étaient morts de nombreux enfants, l’imputant au régime. Sur la question des groupes terroristes islamistes semant la terreur, il avança que le régime était le premier responsable du terrorisme, qu’il avait tout fait pour le faire émerger, afin de se donner un prétexte pour réprimer. Il conclut en rendant hommage à Omar Aziz, mort selon lui « sous la torture » du régime d’Assad la semaine dernière.
Des membres arabophones de la Coordination font remarquer que l’homme s’exprime aussi mal en arabe qu’en français, et que sa conversation dans cette langue est tout aussi approximative et incohérente. Voilà le genre d’homme qu’on trouve dans le Conseil de transition syrien.

 

Ziyad Majed, professeur à l’université américaine de Paris

 

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Ziyad Majed est un universitaire libanais qui joua un rôle dans la révolution colorée du cèdre.

 

Pour M. Majed, au diapason du premier orateur (et de l’animateur), le régime syrien fait preuve d’un «  imaginaire criminel rare », et est animé du « plaisir sadique de punir des esclaves ». On ne s’inquiète pas assez du « possible usage de l’arme chimique ». Chaque mois le régime est réduit à recourir à « une stratégie plus violente ». Nous avons là affaire à un « régime barbare qui n’hésite pas à massacrer son peuple ». Au départ, prétend-il, il n’y avait pas de terrorisme. Pendant 6 mois les manifestations ont été pacifiques. Il devenait urgent, à présent, d’armer l’opposition.
Gravement, il rappela que dans ces circonstances, « ce sont les journalistes qui ont la lourde responsabilité d’informer  ».
Ziyad Majed fut le seul des 10 intervenants à s’expliquer sur l’absence de contestataire la version officielle à ce colloque. « À l’époque de l’apartheid, aurait-on accepté que dans un débat la parole soit donné à des tenants du suprématisme blanc ? » Ou quelque chose comme ça… comparaison d’autant plus ignoble qu’il ne jugea pas utile d’expliquer la pertinence de ce parallèle. Le public était ainsi amené, insidieusement, à considérer les contestataires de la version officielle de la crise syrienne comme des racistes tenants d’une idéologie inacceptable.
C’est du reste d’une ineptie totale de faire ce genre de rapprochements entre des affaires qui n’ont strictement rien à voir entre elles.

 

Jack Ralite, ancien ministre

 

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Jack Ralite, ancien ministre communiste (1981-84).

 

Comme les deux intervenants précédents, Jack Ralite alla de sa diatribe contre Bachar el-Assad, un « bourreau haineux », « un dictateur massacreur qui tue son peuple ». Il se risqua à interpréter la présence de djihadistes sur le sol syrien : c’était une « histoire que certains grossissaient ». Il remercia l’engagement résolu de l’Institut du Monde arabe et se félicita de l’avancée de la mobilisation française. Son intervention fut la plus creuse car il n’avança strictement aucun fait, et pour se donner du crédit multiplia les références pédantes vers des sources livresques complètement hors-sujet. Nous eûmes ainsi droit à des citations de Camus, de René Char, de Holderlïn, de Boulez, de Bukowski, d’Aragon, de Ricoeur. L’homme parlait avec emphase et semblait heureux d’étaler sa culture.
Remarquons que dans cette liste se trouvent des résistants comme René Char, dont il a souillé la mémoire (peut-être sans s’en rendre compte, mais le mal est fait) en les citant dans ce genre de contexte.

 

Basma Kodmani, politologue

 

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Basma Kodmani est la maîtresse de l’ancien directeur général de la DGSE, Jean-Claude Cousseran. Sa soeur collabore à la rubrique « Syrie » de Libération.

 

L’intervention de Bassma Kodmani fut des plus étranges. Elle se lança dans un très curieux développement sur des conversations qu’elle avait eues avec des jeunes de la rébellion. Elle était émerveillée par ceux qui découvraient la liberté, qui enfin pouvaient commencer à respirer. Ces jeunes gens avaient vu des choses affreuses, et passaient rapidement du rire aux larmes et inversement. Il fallait voir comme ces jeunes chantaient avec cœur, s’émut-elle. La révolution permettait aux Syriens, selon elle, enfin de se parler. Elle rapporta l’anecdote d’un Syrien qui s’émerveillait d’avoir, pour la première fois de sa vie, rencontré un chrétien. Dans le propos de Mme Kodmani, pas le moindre fait, pas le moindre argument, juste ces histoires de jeunes qui passent du rire aux larmes. En revanche elle jouait à fond sur l’émotion.
En présentant Bassma Kodmani, M. Hafidi aurait pu mentionner les informations suivantes : Bassma Kodmani a fait toute sa carrière aux États-Unis. Elle n’a aucun ancrage sur le terrain. Elle a travaillé pour la NED [1], a été directrice de la branche régionale de la Ford Foundation au Caire, et assisté à plusieurs forums du Club de Bilderberg [2]. Co-fondatrice du conseil national de transition syrien (jusqu’à sa démission en aout 2012), elle est considérée par le reste de l’opposition comme « la principale représentante des intérêts des États-Unis  ».

 

Jean-Pierre Perrin, grand reporter pour Libération

 

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Jean-Pierre Perrin, journaliste à Libération, double national franco-israélien.

 

Il commença par se présenter comme quelqu’un ayant « écrit sur la Syrie depuis 20 ans ». Il revint d’abord longtemps sur les événements de Hama de 1982, qui vit entre 15 000 et 25 000 Syriens tués [3]. À l’époque, rapporte-t-il, ces événements n’eurent pas le moindre écho, et l’homme en était désespéré. Il rapporta quelques anecdotes poignantes de témoins de ces massacres dont il avait recueilli le témoignage, il y a une quinzaine d’années. Quant à la situation actuelle, il voulut souligner la place très particulière de la torture en Syrie. « On torture dans tous les pays arabes, affirma-t-il, mais en Syrie on torture pour torturer ». Cela témoigne d’une «  forme de perversité assez extraordinaire ». On a pu observer selon lui que les services, souvent, se livraient entre eux à des « compétitions » pour savoir lequel était capable d’atteindre le plus haut degré de cruauté dans la torture. Il signala qu’au début de la crise, des enfants avaient été torturés.
Il rappela l’anecdote d’une personne lui ayant affirmé avoir été torturée dans les années 80… parce qu’elle parlait le français dans la rue. Ceux qui croient que le français et son apprentissage sont interdits en Syrie, peuvent chaque jour le constater en visionnant le journal d’informations quotidien en français sur la chaîne gouvernementale, dont voici un échantillon du 12 décembre 2012.
Cette anecdote est aussi grotesque que celle du jeune Syrien qui était heureux de rencontrer (enfin) un chrétien pour la première fois de sa vie. Il conclut son intervention en indiquant qu’au vu de la gravité de la torture en Syrie, il adoptait moins une posture de « journaliste », qu’une posture « humaniste ». Il aurait pu aussi s’excuser de s’être trompé de sujet en parlant essentiellement des événements de Hama (et en oubliant de préciser la réaction du régime en 1982 répondait en partie à une série d’attaques terroristes de mercenaires infiltrés depuis la Jordanie et l’Irak, dans un contexte comparable à maintenant).

 

Fabrice Weismann, conseiller à la direction des opérations de MSF

 

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Fabrice Weismann, coordinateur de CRASH, la Fondation de Médecins sans frontières, est double national franco-israélien.

 

De toutes les interventions, celle de M. Weismann fut la plus factuelle et la plus mesurée. Il commença par préciser qu’il ne pouvait parler que « des zones contrôlées par l’opposition ». Le problème de ces zones, c’est que le gouvernement syrien a le monopole de l’aide humanitaire. Il est d’autant plus difficile d’acheminer l’aide dans ces zones que les opposants refusent souvent de recevoir une aide émanant du camp qu’ils combattent.
Dans ces zones, il y a de nombreux blessés, et on compte 3 blessés sérieux pour un mort. Les soins sont difficiles à prodiguer car selon lui l’armée syrienne (ce qui pour M. Weismann constitue sa spécialité), cible dans ses bombardements les hôpitaux et les dispensaires.
S’il imputait cette situation à Bachar el-Assad il fustigea aussi la communauté internationale, qui pour lui se rendait coupable d’une démission humanitaire.
Cette intervention, exprimée sur un ton dépassionné et tout en nuances, est la seule qui apporta quelques informations authentiques au public. Il faut tout de même souligner le caractère grotesque de ce qu’il considère comme la spécialité de Bachar el-Assad : qui pourrait croire qu’un État détruise volontairement et systématiquement des infrastructures vitales qu’il a lui-même construites ?

 

Christophe Ayad, journaliste au Monde

 

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Christophe Ayad, journaliste au Monde, est double national franco-israélien.

 

Le journaliste a commencé par rapporter une anecdote : à son retour en France, il s’entretient avec un commerçant qu’il connaît bien, et ce dernier se plaint de ce la situation en Syrie ne serait plus couverte par les médias. À ce moment-là, le journaliste est saisi d’états d’âme, et se demande si, avec ses collègues, ils n’auraient pas fait leur travail sur la Syrie, s’ils n’avaient pas, finalement, assez insisté, n’avaient pas assez été relayés. Ce témoignage anonyme et non averti n’a absolument aucune valeur, et il faut un culot formidable pour avancer que « les-horreurs-du-régime-de-Bachar-el-Assad » ne seraient pas assez couvertes par les grands médias, que les citoyens français n’en seraient pas assez informés.
Il a trouvé une nouvelle spécialité du régime syrien (une de plus !) : le fait de tirer avec des scuds sur les quartiers résidentiels, parfois très peuplés de civils.
Il rapporta une anecdote de 15 enfants qui auraient été tués par le régime.
Il conclut son intervention en saluant la mémoire d’Olivier Voisin, photographe récemment mort sur le terrain dont il lut la dernière lettre envoyée à sa compagne.
De la part d’un journaliste on se serait attendu à une vue d’ensemble de la situation, mais l’homme s’est concentré sur des anecdotes, vagues, des faits non étayés, des témoignages sans intérêt. Dans l’ensemble, il a essayé, comme Jean-Pierre Filiu (quoique sur un ton plus mesuré), de jouer sur l’émotion plus que sur la raison.

 

Une conclusion en chanson

 

Le « débat » avait commencé par un poème, il se termina par un poème et une chanson récitée par Sapho. Le poème de son cru était ampoulé et n’avait qu’un rapport lointain avec la crise syrienne. La chanson consistait en un début de vers arabes qui ne furent pas traduits et que personne ne comprit. De l’émotion, encore de l’émotion, et toujours de l’émotion…

 

Critique des aspects les plus choquants du « débat »

 

Faire un sort à tous les mensonges et approximations contenues dans ces dix interventions demanderait plusieurs dizaines de pages. Nous nous contenterons donc de faire un sort aux plus considérables, en évoquant au passage quelques curiosités comme la nomination de Jack Lang à la tête de l’Institut du Monde arabe.

 

Des interventions qui vont toutes dans le même sens, et qui jouent sur l’émotion

 

C’est le principe de toute propagande de faire appel aux émotions plutôt qu’à la raison. En submergeant un auditoire ou un lectorat d’émotions, on éteint sa capacité de réflexion. Si en plus on joint à l’émotion la répétition, on obtient un effet puissant sur les citoyens non avertis.
Les intervenants ont systématiquement joué sur l’émotion lors de leurs interventions, et ils ont joué notamment sur la peur et l’indignation : ils ont rapporté ainsi plusieurs anecdotes d’enfants ou de groupes d’enfants tués et torturés. Ils ont systématiquement rendu coupable de ces exactions les troupes régulières du régime syrien, en apportant des éléments de preuve très vagues, ou pas de preuve du tout.

 

La propagande fonctionne avec des formules simples et bouleversantes. C’est ainsi qu’a été utilisée par presque tous les intervenants l’éculée mais très efficace formule de « l’horrible dictateur qui massacre son propre peuple ». Le même procédé a été utilisé par les grands médias commerciaux pour préparer l’opinion au renversement de Kadhafi et de Saddam Husseïn. C’est un grand classique qui marche toujours aussi bien pour préparer l’opinion à accepter la nécessité de la guerre.
La propagande fonctionne par la répétition des mêmes formules. Vu l’extrême similitude de la plupart des interventions (et leur pauvreté), le nombre d’intervenants aurait pu aisément être réduit de 10 à 3. Tous ont effet recouru à la même rhétorique simpliste, faite de formules chocs. Les auditeurs présents dans la salle ont entendu à de nombreuses reprises les mêmes slogans simplistes incitant à l’indignation contre Bachar el-Assad et « son » régime.
Il est significatif que ce débat qui n’en était pas un ait été introduit par un poème et clos par un poème et une chanson, qui jouaient sur l’émotion et n’entraient que de façon très superficielle dans les faits et les arguments. Clairement nous ne nous situions pas dans le domaine de la géopolitique, de l’histoire, et du journalisme, mais dans celui de la poésie, du chant, et de la propagande.
La propagande doit aller dans une direction unique. Aucune voix discordante ne doit se faire entendre. C’est pourquoi aucun contestataire de la version officielle ne devait être invité ou autorisé à prendre la parole.

 

Était-ce vraiment un débat ?

 

Sur le fascicule de présentation de la journée de soutien, il était mentionné que la table ronde devant se tenir de 14 h à 16 h 30 était un « débat ». Cet intitulé est mensonger, ce pourquoi nous l’avons mis entre guillemets depuis le début de ce compte-rendu. Les 10 intervenants, comme on l’a vu, ont débité, parfois au mot près le même discours et ne se sont jamais opposés sur le moindre point. Si, selon M. Perrin, les bourreaux syriens rivalisaient d’imagination dans la pratique de la torture, eux se livraient entre eux à une autre compétition, dont l’enjeu était de savoir qui allait trouver les mots les plus durs et les plus sales pour dénoncer « le régime d’Assad ».

 

Nous avons été choqués par ailleurs par la conclusion de ce « débat ». L’animateur de la table ronde, M. Hafidi, avait annoncé au départ une demi-heure d’échange entre les conférenciers et le public à la fin des prises de parole. Nous attendions ce moment avec impatience, espérant pouvoir équilibrer les propos, tant la somme de mensonges proférés par les conférenciers était monstrueuse. Las, sans donner la moindre explication, l’animateur annonça qu’il n’y aurait finalement pas d’échange. Le mot « débat » se trouvait ainsi complètement vidé de sa substance, et la supercherie apparaissait dans toute sa lumière.
Terminons sur un point sur un détail : une femme contestant la version officielle voulut prendre la parole. Non seulement elle n’eut pas de micro, mais elle fut ignorée et sifflée, procédé que nous avons eu souvent l’occasion de constater dans ce genre de « débat ». Non seulement il est très difficile de pouvoir exprimer un point de vue différent, mais on encourt des sifflets, des propos insultants, et parfois des intimidations physiques. Cela reflète sans doute l’idée que les partisans en France de la « rébellion » se font de la liberté d’expression qu’ils veulent apporter au peuple syrien.
Rappelons enfin la comparaison avancée par l’un des intervenants pour justifier l’absence de voix discordante dans cet aréopage : contester la version officielle équivaudrait à défendre le régime d’apartheid en Afrique du sud. Comparaison lancée comme une brique, sans argumentation, et qui ne peut donc être regardée que comme une grave insulte. Comparaison honteuse pour son auteur, Ziyad Majed, mais qui reflète bien la mentalité des participants.

 

L’hypothèse de l’instrumentation du terrorisme par le « régime »

 

Pour cet argument on peut parler de fable incroyable. Le nombre de morts chaque jour en Syrie avancé par l’OSDH ne donne pas de détails sur l’identité des victimes. Or dans les faits, les forces de l’ordre et l’armée essuient de lourdes pertes imputables à des groupes armés. Ils comptaient pour un tiers des victimes à un moment. Les membres de l’armée par ailleurs capturés par les mercenaires sont systématiquement torturés et assassinés. Comment le régime pourrait-il forger des groupes terroristes de toutes pièces, qu’il chargerait d’attaquer sa propre armée ? Cela démoraliserait l’armée, engendrerait une terrible crise de confiance ; les soldats déserteraient en masse. Par ailleurs ces mercenaires visaient particulièrement, au début du conflit, les chrétiens et les alaouites, réputés proches du régime. Pourquoi ce régime sèmerait-il la terreur et la désolation dans des populations qui le soutiennent ? Le simple bon sens doit nous amener à considérer l’hypothèse de l’instrumentation du terrorisme par le régime comme un énorme mensonge.
Mensonge qui du reste n’a rien de gratuit : Pendant longtemps les grands médias ont nié la présence de terroristes djihadistes sur le sol syrien. La situation néanmoins traînant en longueur, et les preuves de leur présence et de leurs exactions se multipliant, il devint à un moment impossible pour les grands médias de nier l’évidence. Comme cela n’allait cependant pas dans le sens de la version officielle initiale, il fallait accommoder cette reconnaissance d’une explication convenable. C’est ainsi qu’après avoir nié leur existence, les grands médias ont été contraints de relayer cette interprétation complotiste et mensongère. Du négationnisme ils sont passés au conspirationnisme.
Nous rappelons que le journal Le Monde avait avancé ce genre d’explication à propos de l’attentat qui avait décapité l’état-major syrien, le 18 juillet 2012. Bachar el-Assad aurait voulu en cette occasion effectuer une purge pour mieux asseoir une autorité qui lui échappait. Interprétation absurde, tirée par les cheveux, mais qui se comprend fort bien si le mot d’ordre obligatoire est de dire que le mal, tout le mal¸ ne peut venir que de « Bachar-el-Assad-et-de-son-régime-ignoble-qui-massacre-son-propre-peuple ». C’est bien digne de cet outil idéologique mondialiste qu’est devenue le journal Le Monde avec les années.

 

L’hypothèse de l’irruption tardive du terrorisme en Syrie

 

On n’insistera pas assez sur la gravité de ce mensonge. Voici quelques faits cités par Bahar Kimyongur dans son livre Syriana publié fin 2011 aux éditions Investig’action. Tous ces faits (qui ne sont qu’un échantillon), sont survenus dans la période où les intervenants du débat prétendent qu’il y avait uniquement des manifestants pacifiques.

 

« • Le 17 avril, huit membres des forces de sécurité sont égorgés dans une petite commune de la banlieue de Deraa.
• Le 8 mai, dix policiers sont froidement égorgés à leur tour à Homs
• Le 19 avril, plusieurs officiers sont sauvagement massacrés. Trois enfants d’un général syrien sont achevés au sabre.
• Le 7 juin, 120 militaires et policiers sont attaqués dans leur caserne à Jisr el-Choughour à la frontière turco syrienne et décapités après avoir été tués. Al Jazeera et BBC ont préféré parler de 120 manifestants pacifistes tués par les forces de sécurité ! D’autres ont essayé de faire croire à la fable d’une mutinerie écrasée par leurs supérieurs hiérarchiques.
• Le 21 juillet, 13 soldats ont été tués et 100 autres blessés lors d’affrontements avec des groupes armés dans la ville de Homs.
 » (p 120-121).

nidal jannoud killers

Nous nous contenterons de rappeler, pour clore cette liste macabre, cet épisode particulièrement atroce survenu dès le début des événements. Nous sommes le 2 avril 2011. Nidal Jannoud (alaouite), le gardien du club des officiers de la ville de Banyas, sur la côte méditerranéenne, en se rendant au marché se fait arrêter par des hommes en armes. Les terroristes prenant souvent soin (sans doute par amour des Droits de l’homme), de filmer les boucheries qu’ils perpètrent, nous avons la vidéo de son lynchage. On voit ainsi qu’après l’avoir torturé, après lui avoir affreusement lacéré le visage, les rebelles le criblent de balles à l’arme automatique. Les 20 coupables seront retrouvés, condamnés, et avoueront (les traces vidéos étant irréfutables). On saura par la suite, que l’un des participants au lynchage était l’un des meneurs d’une manifestation « pacifique » appelant à la chute du régime dans la même ville. 6 jours plus tard, 9 soldats syriens à Banyas périront dans une embuscade tendue par un groupe armé.

De telles histoires sont malheureusement trop nombreuses pour être toutes rapportées. Elles attestent sans doute possible l’action violente et cruelle de groupes armés sur le sol syrien dès le début des événements. Nous ne pouvons imaginer que des « spécialistes » comme les personnes présentes à l’IMA puissent être passées à côté. Ce serait faire insulte à leurs « diplômes » et à leurs employeurs (le quotidien Le Monde par exemple) Elles connaissent cette réalité, mais ont choisi de la dissimuler aux citoyens qui s’étaient déplacés lors de cette journée. Cette posture est d’autant plus choquante quand on constate la barbarie dont font montre les mercenaires étrangers pour torturer et assassiner leurs victimes.

L’hypothèse de l’emploi d’armes chimiques

Cet argument était attendu et a été de nouveau lancé par Ziyad Majed. Des armes chimiques pourraient être utilisées en Syrie. En effet, l’hypothèse est redoutable, et elle s’est réalisée… Le 19 mars dernier, un missile chimique a été tiré sur le village de Khan el-Aklass dans la banlieue d’Alep. Ce village, occupé depuis un mois par le Front al-Nosra, venait d’être repris d’être repris par l’armée syrienne. Le missile a fait trente victimes (femmes, enfants, vieillards, soldats), et en a intoxiqué une centaine d’autres. Les villageois ont unanimement dénoncé la provenance du missile : une zone contrôlée par le Front al-Nosra. Pour plus de détails, ouvrir ce lien.
De manière tout à fait remarquable, cette information a été très peu relayée dans les grands médias commerciaux. L’impossibilité de donner une version officielle crédible en est sans doute la cause. « Assad envoie des missiles chimiques sur les villages que son armée libère d’une organisation terroriste (le Front al-Nosra), il tue ainsi des civils qu’auparavant il protège… » Si c’était le cas ce serait vraiment ignoble, mais il faut être un demeuré ou un menteur pour croire un instant à un tel scénario, d’autant plus improbable que M. el-Assad sait que l’usage de ce genre d’armes amènera mécaniquement une opération décisive de renversement.
Le silence des médias sur ce point s’explique sans doute par le fait qu’ils sentent qu’ils ne peuvent pas mettre ce crime sur le dos d’el-Assad, que ce serait trop énorme à faire gober. En conséquence, au lieu de lancer le battage médiatique habituel, ils en parlent très brièvement, sans entrer dans le détail, et en renvoyant les deux parties dos à dos sans explication.
On voit bien avec cet exemple horrible, que pour les médias et le gouvernement français (M. Hollande et M. Fabius en tête), le problème ce n’est pas l’usage des armes chimiques en soi, mais uniquement celui qui y a recours. Si des « rebelles » utilisent des armes chimiques, ce n’est finalement pas si grave que cela. Si le régime de Bachar en utilise, en revanche, là une ligne rouge est franchie, et il faut faire 15 unes de suite dans la totalité des grands quotidiens subventionnés par l’État.
De comparaisons infâmes avec l’apartheid aux dénonciations infondées du possible usage de l’arme chimique, on voit que certains ne reculent devant rien dans ce mensonge organisé qu’est la couverture des événements de Syrie par les médias commerciaux français.

Jack Lang, l’organisateur de cette journée

On peut s’interroger sur la personne qui a organisé cette journée de soutien à la rébellion et d’appel au renversement du régime syrien n’est autre que le récemment nommé directeur de l’Institut du Monde arabe, Jack Lang. Si Jack Lang a une incontestable expérience de l’État et des activités culturelles, son CV ne montre aucune expérience du monde arabe. C’est apparemment une région qu’il connaît très mal, et il ne parle même pas la langue qui donne son nom à l’institut. C’est donc un homme dépourvu de toute légitimité intellectuelle qui a organisé cette journée de solidarité avec le peuple syrien.

Cette initiative peut s’interpréter de plusieurs façons, par exemple :
1) Comme il ne connaît pas la situation en Syrie, qu’il ne connaît rien de l’histoire de la Syrie, qu’il en ignore la complexité, qu’il n’en connaît pas la langue, qu’il doit s’occuper de mille autres affaires concernant d’autres pays, il n’a pas eu le temps de s’informer correctement sur la réalité de la situation sur place, et est vulnérable à la propagande de médias comme Le Monde ou I télé, qui présentent les événements de Syrie de la même façon unilatérale et diabolisante.
2) En tant que membre du Parti socialiste, et soutien du gouvernement actuel (qui ne diffère en rien du précédent sur le sujet de la crise syrienne), il peut à l’occasion servir de courroie de transmission pour relayer sa propagande. Cette journée ne serait donc pas une initiative personnelle mais une initiative gouvernementale.

Il est certain dans tous les cas que la nomination d’une personnalité aussi illégitime a de quoi semer les doutes les plus profonds dans les esprits.

Une comparaison éclairante : le colloque organisé à l’Assemblée nationale le 20 février par l’Académie de géopolitique de Paris

Pour comprendre l’étendue de la fraude que représente ce « débat », il peut être utile de faire la comparaison avec d’autres événements du même genre.
4 jours avant, le mercredi 20 février, nous avons assisté, et pour certains d’entre nous participé (Alain Corvez, Alain Benajam), à un colloque sur la « Crise en Syrie : défi à la diplomatie mondiale ».
Ce colloque était organisé par l’Académie de géopolitique de Paris, et se tenait dans une annexe de l’Assemblée nationale (un résumé de cet événement est consultable ici)
Instructif et de haute volée, ce colloque se distinguait du faux débat de l’Institut du Monde arabe sur de nombreux points :
- Les participants critiquaient majoritairement (tout ou partie) la version officielle martelée par les grands médias commerciaux.
- L’animateur du colloque, le président de l’Académie de géopolitique, a adopté une posture neutre du début à la fin du débat.
- Aucune télévision n’était présente, ou n’a jugé utile de relater (ou de s’associer à) l’événement, qui n’a donc eu qu’un écho insignifiant dans l’opinion. Bassam Tahhan, le huitième intervenant de ce colloque, a révélé qu’il était interdit d’antenne sur France 24 (qui couvrait le « débat » le dimanche à l’IMA) depuis 2 ans car son opinion n’allait pas dans le sens de la propagande du gouvernement français.
Certains intervenants ont joué sur l’émotion, mais dans l’ensemble ils se sont concentrés sur les faits et les arguments. Ils appelaient plus à la raison qu’à l’émotion.
Ils ont remis la crise syrienne dans une perspective historique, informant que la situation actuelle prenait racine dans les années 20, ce qui n’a été signalé par aucun des intervenants de l’IMA.
À chaque fin de tour de parole, toutes les personnes présentes dans la salle pouvaient poser des questions, sans la moindre censure.
Les intervenants se sont contestés sur des points généraux ou de détail, parfois avec vigueur. On ne ressentait pas cette impression comme à l’IMA d’être devant un groupe de clones invités pour matraquer sans arguments les mêmes slogans simplistes et incitant à la haine.
Le rôle des médias a été unanimement critiqué, alors qu’à l’IMA les intervenants leur rendaient hommage.

Bref, la véritable « Journée de solidarité avec le peuple syrien », et son fameux « débat » n’ont pas eu lieu le 24 février dernier à l’Institut du Monde arabe, mais à l’Assemblée nationale, à la faveur du colloque organisé par l’Académie géopolitique de Paris, dont aucun média n’a rendu compte.

Conclusion

Nous pouvons de ce résumé et de cette somme de remarques tirer un certain nombre de conclusions :
Cet ensemble d’interventions ne peut en aucune façon être qualifié de « débat », et cet intitulé est donc mensonger.
L’intitulé de la « Journée » elle-même (« Journée de solidarité avec le peuple syrien »), qui semble neutre, est mensonger. Le titre : « Journée d’appel à la chute du régime de Bachar el-Assad » aurait beaucoup mieux convenu.

En appelant unanimement à armer « l’opposition », les intervenants acceptent le risque que ces armes tombent entre les mains de mercenaires sans pitié qui multiplient les attentats terroristes et les massacres. Ils prennent ainsi le risque de se rendre complices de crimes contre l’humanité. Ils ont menti en prétendant que les premiers mois de la crise il n’y avait que des manifestations pacifiques.
Ils ont raconté n’importe quoi en avançant que le seul terrorisme en Syrie était le fait du gouvernement syrien.
Jack Lang n’a pas la moindre légitimité pour diriger l’Institut du Monde arabe, et doit être considéré dans cette affaire comme une simple courroie de transmission de la propagande gouvernementale.
L’IMA étant financé sur des fonds publics, très majoritairement français, l’organisation de cet événement s’apparente à un détournement de fonds publics à des fins de propagande.
L’argument avancé pour expliquer l’absence de contradicteurs dans ce débat (la comparaison avec le débat sur l’apartheid), est infâme et dénuée de fondement.
Ce « débat » révèle avec éclat, de nouveau, que les grands médias commerciaux ont pour but, avant tout, non pas d’informer mais de relayer la propagande gouvernementale et de justifier des guerres injustes. Pour l’occasion ils sont allés encore plus loin : non seulement ils ont massivement couvert l’événement, mais ils s’y sont pour certains associés (I télé, Le Monde). Il est vrai maintenant, qu’à l’instar de l’IMA, le journal Le Monde n’est pas indépendant puisqu’il est financé à hauteur de 17 millions d’euros par an par l’État. Son rôle, en tant que « journal de référence » de la pensée unique, est de relayer la propagande du gouvernement en mentant au besoin à ses lecteurs. La preuve n’est malheureusement plus à faire.

Ce « débat » révèle que non seulement «  l’État » tient les médias dans sa main, mais qu’il n’hésite pas à nommer des relais à la tête d’instituts financés sur des fonds publics, détournant ainsi l’argent public à des fins de propagande. Du reste, peut-on parler d’ « État », existe-t-il encore un État en France ? C’est la question que l’on peut se poser en constatant l’alignement systématique des gouvernements de gauche comme de droite sur des positons atlantistes et européistes.
Plus généralement, les médias commerciaux appliquent à la lettre la consigne de ne relayer qu’une seule opinion sur la crise syrienne.

On peut conclure ce compte-rendu en affirmant que ce débat constitue une opération de manipulation de l’opinion publique. Son financement par des fonds publics rend l’opération d’autant plus scandaleuse. Il est une nouvelle preuve de la dissolution irrésistible de l’État français, de son inféodation à des intérêts étrangers et d’une compromission de plus en plus évidente des médias commerciaux comme Le Monde ou I télé.

(À suivre …)

Le Front al-Nosra, la face visible de l’iceberg de la « révolution » syrienne _ Cécilia

8 mai 2013

Il y a encore une quinzaine de jours, François Hollande voulait nous les vendre comme les « combattants de la liberté » et souhaitait les armer en dépit de l’embargo européen. Mais ils sont aujourd’hui de moins en moins légitimes alors que le groupe armé le plus puissant de Syrie, le Front al-Nosra, vient de prêter allégeance à Ayman al-Zawahiri, successeur de Ben Laden à la tête d’Al-Qaïda, qui vit caché quelque part entre l’Afghanistan et le Pakistan. Ce rapprochement officialisé démontre une fois de plus une réalité du terrain qui a échappé totalement aux Occidentaux qui ont préféré bâtir leur propre réalité de papier. Car la vraie réalité est compliquée et « décevante » de leur point de vue.

En effet, ni le Front du Nosra, ni son projet n’étaient en aucun cas secrets depuis sa « sortie » officielle diffusée sur le Net en janvier 2012. Dès le début, il a non seulement appelé à lutter contre le régime « rafidi, kafer, mécréant » de Bachar al-Assad, mais il a aussi annoncé vouloir instaurer « un État islamique jihadiste en Syrie » en vue du « rétablissement du califat islamique ». Tels propos ont été répétés à maintes reprises sur la chaine al-Manara al-Baydaa, la propre chaine du Nosra, qui diffuse aussi les communiqués et les vidéos des opérations militaires, y compris les attentas suicides.

C’est ainsi que durant toute cette période longue de plus d’un an, cette réalité du terrain n’a pas trouvé sa place dans les médias occidentaux qui ont préféré des présentations hollywoodiennes, romancées, déconnectées de toute réalité en nous « vendant » une « révolution » de tout un peuple en lutte contre un clan. Le dernier article du journal Le Monde n’est qu’un petit exemple parmi beaucoup d’autres : « En Syrie, la révolution c’est aussi cela. C’est surtout cela  », mis en ligne le 6 avril. C’est un fait et les « faits sont têtus » comme disait Lénine. L’imagination de l’opposition avec la complicité et l’habileté des médias sont allés jusqu’à nous prétendre que le Nosra pouvait être, à l’origine, une manipulation du régime syrien pour décrédibiliser la rébellion syrienne.

Cette propagande éveille en nous de mauvais souvenirs, de l’Irak et de la Yougoslavie, puis de la Côte d’Ivoire et de la Libye. La même propagande, simpliste et belliciste, qui maquille, sous le nom de la défense de la démocratie et de la liberté, les intérêts géostratégiques des atlantistes et de leurs amis, suiveurs et clients.

Mais l’habileté et l’imagination des Occidentaux ne peuvent tout de même plus continuer vaille que vaille à nous « vendre » cette « révolution » pour la liberté et la démocratie dirigée par des islamo-fanatiques, même avec la complicité des médias qui manipulent les cadavres aussi bien que les images, les statistiques et les événements. Une chose est sûre : la « révolte » syrienne telle qu’elle est présentée par les Occidentaux n’est plus la même depuis cette fameuse déclaration et elle risque bien de passer pour une révolte de « leurres ». Cela pour plusieurs raisons.

Opposition armée composée dans sa majorité de jihadistes fanatiques obscurantistes

En effet, la révolte qui a éclaté en mars 2011 risque de passer pour « un leurre » et l’allégeance que vient de prêter le Front al-Nosra au chef d’Al-Qaïda en est une preuve supplémentaire. Rappelons que la rentrée officielle du Nosra sur la scène syrienne a commencé en janvier 2012, c’est-à-dire dix mois après la « révolte », six à sept mois seulement après le massacre odieux de 120 policiers à Jisr al-Chougour (dans le nord-ouest) en juin 2011 et celui d’une vingtaine de leurs collègues d’Hama (centre) tués, mutilés et jetés dans l’Oronte en aout 2011. Massacres que les médias s’empressaient d’imputer au gouvernement syrien. Aucun média occidental n’a cherché à savoir qui a tué ces policiers de cette manière barbare. Pire, des civils ont été accusés d’être chabbihas. Le terme est utilisé pour désigner non seulement les supplétifs du régime, mais aussi toute personne qui n’est pas avec la « révolution », même celles qui sont neutres. Al-Bouti, le grand théologien sunnite assassiné dernièrement, était accusé d’être « chabbih ». C’est ainsi que des cadres syriens, médecins, chercheurs, enseignants, sportifs, journalistes, religieux (chrétiens ou musulmans), homme d’affaires ou parfois de simples fonctionnaires ou citoyens ont été assassinés froidement et dans le silence et le mépris des médias occidentaux sous prétexte qu’ils étaient chabbihas. Pour comprendre cette réalité du terrain, il faut prendre en compte certains éléments.
Le gouvernement syrien a toujours soutenu que la majeure partie des combats et des atrocités est menée par ces entités extrémistes, venues de l’étranger et financées par une coalition de pays ennemis. Selon le gouvernement, il n’y a pas de guerre civile. Soit, nous ne sommes pas là pour relayer la thèse du régime. Mais il y a des faits sur terrain. En Occident, personne ne crut bon de prêter attention à « la propagande du régime ». Des images et des informations seront donc censurées même si certains médias osent s’interroger, ne fût-ce que benoîtement, comme c’était le cas avec le quotidien Ouest-France dans sa brève publiée, le 8 avril 2011, c’est-à-dire trois semaines à peine après le déclenchement du « soulèvement syrien », « 19 morts et 75 blessés parmi les forces de l’ordre à Deraa ? »

Le Front al-Nosra est connu non seulement pour ses attentats suicides, mais il est aussi le groupe le mieux armé et le mieux structuré. Pire, c’est le groupe qui occupe le terrain et les zones « libérées », à Alep, Idleb, Deir Ezzor, Ras al-Aïn ou à Raqqa, et la majorité de leurs combattants sont des étrangers venus des quatre coins du monde. Du plus, ce groupe gère les « régions libérées » « comme un vrai État » sous la forme d’une cour islamique avec d’autres groupes jihadistes malgré une certaine rivalité. D’ailleurs « face à ces rebelles sans foi ni loi, c’est le Nosra qui fait la loi […], car ce sont les seuls qui ont la force suffisante », explique un combattant dans un reportage de l’AFP mis en ligne le 11 avril.

Et sous cette bannière se sont, en effet, regroupées les plus importantes forces rebelles d’Alep, avec à leur tête les jihadistes du Front Al-Nosra et les salafistes d’Ahrar al-Cham, ainsi que Liwa al-Tawhid.
Cependant, ces trois groupes suscitent aussi des questionnements, car leur radicalisme religieux fait peur : « Le problème avec nos frères d’Al-Nosra, c’est qu’ils veulent du jour au lendemain voiler nos femmes comme en Afghanistan », juge le chef d’une brigade rebelle d’origine kurde. « Nous n’avons jamais vécu comme cela, on ne peut pas nous imposer la charia comme ça d’un coup ».

De plus, c’est la bannière du Front al-Nosra qui a été déployée lors de la prise de la base aérienne de Taftanaz (aux environs d’Idlib, en janvier dernier), de la base de Cheikh Souleymane, de la ville de Raqqa ou Deir Ezzor, même le drapeau des révolutionnaires a laissé sa place à celui du Nosra.

D’autres groupes djihadistes se composent aussi des étrangers

En effet, le Nosra ne fait pas exception et d’autres groupes jihadistes sont aussi constitués en majeure partie par des étrangers comme le célèbre Ghuraba al-Cham (nom qui veut dire en arabe « les Étrangers du Levant (Syrie) ». Ce groupe mène des opérations en commun avec le Nosra, notamment dans le nord-est de la Syrie, dans les villes frontalières avec la Turquie et avec la complicité de celle-ci, comme à Ras al-Aïn, une ville à majorité kurde avec une population arabe chrétienne et arménienne. Nous pouvons dire la même chose concernant le groupe al-Mouhajirine (nom arabe qui veut dire « les immigrés » en référence aux Mecquois qui ont quitté la Mecque pour Médine à l’époque de Mahomet pour fuir les « mécréants » mecquois). À vrai dire, tous les groupes jihadistes acceptent n’importe quel étranger dans leurs rangs. La mort, dimanche dernier, dans le nord, d’un Français de 38 ans, Raphaël Gendron, alors qu’il combattait au seinde la brigade salafiste, Souqour al-Cham (Les Faucons du Cham), dirigée par Abdelrahman Ayachi, fils de l’imam radical Bassam Ayachi, n’est qu’un petit exemple parmi d’autres (Article de Georges Malbrunot du Figaro du 15 avril).

Le Nosra avec les autres groupes jihadistes ont pratiqué et pratiquent toujours des atrocités

Des atrocités sont constamment pratiquées non seulement contre les soldats de l’armée syrienne, mais aussi contre les civils syriens, notamment les minorités : épuration ethnique, destruction des lieux de culte, villages et quartiers chrétiens, chiites, alaouites entièrement vidés de leur population à Alep et à Jisr al-Choughour en passant par Idleb jusqu’à Ras al-Aïn. Rien qu’à Homs (centre), plus de 80 000 chrétiens ont été déplacés et leurs biens confisqués comme butin de guerre selon la charia. Sans parler de la destruction de leurs églises, notamment dans leur quartier historique al-Hamidyeh, célèbre pour son église Oum al-Zennar, vieille de presque deux mille ans. Rappelons que l’usine de chlore et des dépôts ont été pris par le Nosra en août dernier. Cette usine située à 50 km à l’est d’Alep sur la route de Raqqa est toujours sous le contrôle du Nosra qui est probablement responsable de l’attaque chimique contre Khan al-Assal à Alep le mois dernier.

Cependant, ces faits n’ont pas empêché Georges Malbrunot du Figaro d’essayer de nous « vendre » une image assez « propre » de cette branche d’Al-Qaïda : « En Syrie, al-Nosra cherche à n’attaquer au contraire que les soldats et les responsables du régime », écrit-il ainsi dans son article du 10 avril dernier gardant le silence sur des attentats suicides très spectaculaires qui ont coûté la vie à des centaines des civils syriens à Damas comme à Alep, attentats revendiqués par ce même groupe.

Et si nous parlions des massacres à vocation diplomatique, ceux perpétrés avant chaque réunion de l’ONU ou de la Ligue arabe et que les gouvernements et médias occidentaux s’empressent d’attribuer au régime ? Houla, Treimseh, Aqrab… et la liste est longue !

ASL et le Front al-Nosra, même armée, même combat

Dans un reportage diffusé dans la région de Houran (sud de la Syrie, proche de la frontière jordanienne) par les rebelles, le 14 avril (donc après la déclaration de l’allégeance du Nosra au chef d’Al-Qaïda), le commentateur dit que l’ASL mène une opération en commun avec le Nosra contre l’armée syrienne. Il explique que cette opération consiste « à bloquer la route internationale liant cette région à Damas pour empêcher l’avancée de l’armée syrienne ».

De même, vendredi 12 avril, sur la chaine saoudienne al-Arabia, Abdel-Kader Saleh, le chef de la brigade salafiste al-Tawhid, l’une des plus grandes brigades dans la région d’Alep, soutenue par le Nosra et les Frères musulmans et très active dans le nord, refuse de considérer le Nosra comme organisme terroriste.

Il y a quelques semaines, le chef de l’ASL, le colonel Riyad al-Assaad avait ouvertement affiché son soutien au groupe djihadiste refusant que le Front al-Nosra soit qualifié d’ « organisation terroriste » par Washington. Mouaz al-Khatib, président de la Coalition, a fait la même chose. Il a demandé il y a peu à Washington de reconsidérer la position du Nosra sur la liste des organisations terroristes.

De plus, cette coopération entre les djihadistes et l’ASL vient d’être confirmée sans surprise par Louaï Mikdad, porte-parole de l’armée syrienne libre (ASL), tout en refusant « l’idéologie d’Al-Qaïda » : « L’ASL n’adopte pas l’idéologie d’Al-Qaïda, mais la coopération avec le Front Al-Nosra a été imposée par la situation sur le terrain ». C’est ainsi que l’opposition reste fidèle à son habituelle et naturelle divergence au sein même de son appareil militaire qu’est l’ASL.

Révolution islamo-nihiliste à coup de répression et épuration politico-religieuse

Mais le facteur le plus important, c’est le visage de cette révolution islamo-wahhabite et leurs destructions en tous genres. Ce sont les acquis les plus immédiats de la « libération » apportée par ces révolutionnaires fanatiques payés par les pétropotentats. Il y a les morts, les appels au génocide des minorités, notamment les alaouites… « Alaouites au cercueil, chrétiens à Beyrouth » clament des slogans incitant à la haine confessionnelle et prononcés par l’icône de la « révolution » syrienne, le footballeur, Abdel-Basset Saroute, filmé l’année dernière, sans le savoir à Khaldiyeh (Homs) par la chaine française : « Nous sommes tous des jihadistes. Homs a pris sa décision : nous voulons exterminer les alaouites ! »

Au dixième jour à peine du « printemps syrien », soit le 25 mars 2011, une foule rassemblée devant la mosquée Abou Bakr al-Siddiq à Jableh, crie non seulement la notion de la foi musulmane « Il n’y a de Dieu qu’Allah et Mahomet est son prophète ! », mais surtout « Nous ne voulons pas des chiites, non à l’Iran, non au Hezbollah ! » comme on peut le voir et l’entendre dans la vidéo.

Un mois après, le cheikh wahhabite Saleh Lahidan, et il n’est pas le seul, demande aux Syriens de continuer « la révolution contre Bachar, le nussairit mécréant et sa secte … même s’il faut tuer le tiers des Syriens selon le théologien, ibn Malik ». Ibn Malik (711-795) est le fondateur de l’école Malikite, la plus ancienne des quatre écoles officielles du droit musulman sunnite. Elle est suivie par environ 20 % des musulmans dans le monde. C’est la troisième école en nombre de pratiquants ; en France, elle est la première.
Pire, pour justifier le massacre des alaouites, le cheikh wahhabite Saleh Lahidan utilise une vieille fatwa moyenâgeuse d’Ibn Taymiyya, inspirateur du wahhabisme et du djihadisme moderne, tout en insistant sur le fait que « l’islam interdit les manifestations sauf si le gouverneur est “mécréant” comme c’est le cas de Bachar al-Assad ». Il ajoute que « les djihadistes en Syrie doivent combattre pour Allah et sa religion et non pour établir un État laïc  ». Mais comment le cheikh sait-il qu’il y a des jihadistes en Syrie à peine un mois après le début du « printemps syrien » ?

Il a fallu attendre la fin de 2012 pour que même les articles sur la Syrie d’un site franco(néo) conservateur Atlantico connaissent une évolution sensible, n’hésitant plus à dénoncer le caractère peu démocratique et franchement extrémiste de la « révolution » syrienne et mettant du coup en cause la désinformation pratiquée par les plus prestigieux des médias français. Par exemple, l’article très critique contre la couverture de la guerre en Syrie, mis en ligne mardi 18 décembre, en s’appuyant sur les témoignages de deux reporters anglo-saxons, l’Irlandais, Patrick Cockbun, trois prix internationaux en 2005, 2006 et 2009, et Élisabeth Kennedy. Cockbun a livré ses impressions au quotidien anglais, généraliste et plutôt politiquement centriste, The Independent.

D’ailleurs, l’essence même du wahhabisme takfirit combat non seulement l’islam modéré, mais surtout les minorités. Wahhabisme et minorités ne peuvent pas coexister. Il suffit d’écouter les chaines wahhabo-salafistes, notamment Wissal et Safa, appelant à égorger les impies pour gagner le paradis.

Et voici un appel général au djihad en tant que devoir pour tout musulman pour protéger « les sunnites massacrés par les mécréants alaouites, gangs de Bachar al-Assad !  » Cet appel a été lancé par les soit-disant « savants et théologiens de Bilad al-Cham, le Levant » nous présentant la « révolution » syrienne comme une guerre religieuse contre une minorité « mécréante », aidée par les « mécréants chiites d’Iran et du Hezbollah » qui extermine une majorité sunnite.


Position ambigüe et sans réel poids de l’opposition fantoche de la Coalition syrienne

Cette opposition fantoche, sans aucune base populaire en Syrie et non élue par le peuple, a déjà critiqué en décembre dernier la décision américaine d’inscrire al-Nosra sur la liste des organisations terroristes. Elle dit désormais tout faire pour « convaincre al-Nosra de confiner son combat dans les limites du nationalisme syrien, loin du califat sur l’ensemble du Levant qu’Al-Qaïda souhaite établir, après la chute d’Assad » (sic). Comme si cette Coalition avait son mot à dire ! Et comme nous avons vu plus haut que sur le terrain, les passerelles sont nombreuses entre al-Nosra, d’autres groupes djihadistes et l’ASL qui se battent sans armes sophistiquées, ces derniers risquent de continuer à faire pâle figure face aux combattants expérimentés et bien payés d’al-Nosra.

Au-delà de ces précisions, l’allégeance du Nosra à Al-Qaïda affaiblirait le front anti-Assad, à l’intérieur comme à l’extérieur de la Syrie. La France, la Grande-Bretagne et le Qatar veulent armer non seulement une rébellion islamiste, mais aussi les fils de Ben Laden à travers le Front du Nosra. En outre, cette affaire rend finalement service au régime qui a la chance de pouvoir compter sur des adversaires aussi obligeants que stupides et qui n’ont qu’une seule obsession : faire tomber le régime quelque soit le moyen utilisé et même si cela doit prendre vingt ans.

« Il est clair aujourd’hui que la France et l’Angleterre ne peuvent décemment pas fournir des armes sophistiquées à l’opposition syrienne en sachant qu’il y a un fort risque qu’elles tombent entre les mains de groupes djihadistes comme le Front Al-Nosra qui pourraient les retourner contre les intérêts des Occidentaux et d’autres pays de la région », explique Fabrice Balanche, directeur du Groupe de recherches et d’études sur la Méditerranée et le Moyen-Orient, interrogé par FRANCE 24. C’est la voix de la sagesse, mais Hollande, frappé du sceau du conformisme anti-Bachar et pro rébellion, est-il prêt à l’entendre ? A-t-il entendu parler du trafic de drogue afghane pour financer quelque 20 000 mercenaires en Syrie ?

« Jusqu’à 20.000 mercenaires opérant en Syrie sont financés avec l’argent provenant du trafic de drogue afghane », a déclaré jeudi 11 avril aux journalistes le directeur du Service fédéral russe de contrôle des stupéfiants, Viktor Ivanov.

Et combien sont ceux financés par les pétrodollars ?

De même, Finian Cunningham, journaliste et écrivain irlandais, dénonce les médias « mainstream » qui utilisent le terme rebelle au lieu de terroriste lorsqu’il s’agit de qualifier les mercenaires qui opèrent en Syrie : « Ce sont des gens qui revendiquent les méthodes terroristes. Ils commettent les pires exactions et nos médias les justifient au nom de la démocratie », conclut-il dans son article, mis en ligne le 14 avril par la Fondation de la Culture stratégique.
Et il continue : « C’est un fait bien perceptible. La crise syrienne est le résultat des actes perfides des gouvernements occidentaux à l’aide de leur appareil médiatique. Les médias en Occident ne disent guère la vérité sur ce qui se passe réellement en Syrie, sur le fait que l’impérialisme occidental est à l’origine de la crise humanitaire dans ce pays. Tout porte à croire que les Occidentaux cherchent à dessein à prolonger les violences, quitte à en tirer le prétexte nécessaire à la multiplication de leurs équipées guerrières dans le Moyen-Orient ».
Il est rare qu’une fondation à vocation culturelle aux États-Unis brise les barrières de la censure et parle ouvertement de la guerre internationale menée depuis plus de deux ans contre la Syrie.

Terrorisme et révolution sont-ils compatibles ?

Un regard diagnostique sur la crise syrienne nous démontre que le temps et les islamistes travaillent pour Bachar. En effet, après plus de deux ans d’un conflit de plus en plus disputé et sanglant, Bachar et son gouvernement sont loin d’être finis. Le président syrien peut toujours compter sur une armée loyale composée de milliers de troupes sans parler de son monopole de la puissance aérienne. De plus, une connaissance minimale du terrain et de la société syrienne nous démontre que la grande majorité de ce peuple n’est en aucun cas tentée par le projet de califat ou de chaos « porté » par les bandes armées islamo-ASL.

De même, l’impasse diplomatique et l’entêtement de vouloir à tout prix et sans aucune lucidité politique le départ d’Assad, refusant tout dialogue avec lui, servent objectivement le régime syrien. Ils lui donnent surtout une « certaine marge de manœuvre » militaire et politique et font peut-être de lui un héros de la résistance nationale contre les projets atlantistes. Il est d’ailleurs vu ainsi par une bonne partie de la population syrienne.

En effet, le terrorisme d’Al-Qaïda est une notion malléable, liée à la géopolitique et aux alliances. Lorsqu’Al-Qaïda sert les intérêts des atlantistes, ceux-ci ferment les yeux. Nous avons le meilleur exemple avec un Hollande qui combat les islamistes au Mali, mais veut les armer en Syrie. Cherchez l’erreur !

Pour le journal syrien al-Watan, proche du régime, les prises de position d’Al-Qaïda confirment le fait que l’armée arabe syrienne « lutte contre des terroristes » et de ce fait, Assad peut les frapper là où il estime nécessaire, car, à présent et aux yeux du monde entier, il combat Al-Qaïda.

Bref, rien de nouveau sous le soleil diplomatique : on reconnait que le Nosra est une organisation terroriste liée à Al-Qaïda, mais on refuse tout dialogue avec le régime cultivant l’illusion d’une victoire militaire des rebelles islamistes ou d’un changement de la position russe. « Les succès militaires engrangés par la rébellion syrienne pourraient obliger Moscou à réévaluer sa position à l’égard du régime de Damas » (sic), nous annonce le Figaro dans son numéro du 5 décembre alors que la réalité est tout autre, aujourd’hui comme hier.

Tout cela ne fait que prolonger la souffrance de tout un peuple et donne le feu vert à la poursuite de la destruction massive et programmée de la Syrie. Pourtant, indépendamment de toutes considérations militaires, le projet de société de ces islamo-fanatiques leur interdit tout espoir de succès en Syrie. Sans parler de leur nature idéologique et psychologique de fanatiques obscurantistes bien illustrée depuis deux ans déjà…