Archives de Tag: Laurent Fabius

Syrie : Alep ou le « déséquilibre » fabiusien !

Syrie : l’incroyable aveu de Laurent FabiusCe que vous ne comprenez pas et dont le ministre français des Affaires étrangères doit vous convaincre est que la résistance d’Alep « la Syrienne » menace l’équilibre de son monde, de sa communauté prétendument internationale, et de ses larbins endoctrinés à prix d’or pour continuer à la piller et à en massacrer les citoyens coûte que coûte [1].

Mais rassurez-vous, il ne vous en coûtera rien ! Ce ne sont pas les soldats français qui se battront sur le sol syrien pour défendre la crédibilité de la France et « rééquilibrer » la perte de son influence et de sa grandeur. Cette lourde tâche est confiée à des sous-fifres traitres ou endoctrinés qui sont, en l’occurrence, les « néo-résistants »  made in France, US, et ailleurs…

Mais voilà, Monsieur Fabius est bien obligé de constater que  ses « prétendus résistants » sont dans une mauvaise passe. Qu’à cela ne tienne. Contrairement aux Russes, lui et ses collègues  arabes et ottomans empêcheront l’Armée de [Bachar] d’en délivrer les habitants d’Alep et, à défaut, la tenue de la « Conférence de Genève.2 » si les délégués de ces vendus, assassins et nécrophages ne peuvent y participer faute d’atouts dans leur jeu de poker menteur [2]. Et quel meilleur atout que de continuer à terroriser « Alep la somptueuse » en tentant d’empêcher ses fils, les soldats de l’Armée arabe syrienne, de remporter une deuxième victoire ? [3].

Et puisque les paroles s’en vont mais les écrits restent, ci-dessous la transcription de l’objet de ce « billet d’humeur », triste humeur autant pour la Syrie que pour la France !

Interview de Laurent Fabius sur France 2 (12.06.2013) :

[…]

Fabius : J’avais hier mon collègue David Oglü longuement au téléphone pour parler de la Syrie et puis on a parlé aussi de la Turquie. Et, il m’a expliqué quelle était sa vision de la situation [en Turquie] et je lui ai dit vraiment ce qu’était la position officielle de la France… que l’on souhaitait la retenue et l’apaisement… et la solution passe par le dialogue, là bas comme partout.

France 2 : Alors justement vous parliez de la Syrie. Les rebelles sont en train de perdre du terrain. Est-ce qu’il faut les armer ? Les Américains sont prêts à le faire.

Fabius : Il faut qu’il y ait un rééquilibrage, parce qu’au cours des derniers jours, des dernières semaines, les troupes de [Bachar] et surtout le Hezbollah et les Iraniens, avec les armes russes, ont repris un terrain considérable et il faut qu’on puisse arrêter cette progression avant Alep !

Là, c’est la prochaine cible qui est celle, à la fois, du Hezbollah et des Iraniens ! Et il faut qu’on l’arrête, parce que si on n’a pas de rééquilibrage sur le terrain il n’y aura pas de Conférence de la paix à Genève. L’opposition n’acceptera pas d’y venir ! Or, il faut qu’il y ait une solution politique. Donc, il faut qu’on puisse arrêter les troupes de [Bachar] et qu’on aille, si possible, au moment de Juillet vers une conférence politique.

C’est bien pour ça qu’on milite. Pour que « les soldats de la résistance » puissent se défendre, il faut qu’ils disposent d’armes parce que [Bachar], lui, il a des avions, plus de 500 ; il a des canons puissants ; et il a utilisé, d’une façon scandaleuse, des armes chimiques. Et donc, en face, il ne s’agit pas d’armer pour armer, mais il faut qu’il y ait un rééquilibrage !

France 2 : Alors qui va les armer ? L’Europe ? Les États-Unis ? Les pays arabes ?

Fabius : Déjà… Déjà… Il y a déjà des armes qui leur sont données par les pays arabes. Nous, vous savez qu’on respecte la réglementation européenne qui dit que c’est à partir du1er Août que des armes puissantes peuvent être données. Pour l’instant, nous n’avons pas encore décidé. Et les Américains – effectivement j’ai eu mon collègue Monsieur Kerry hier – ils sont en train d’examiner leur propre position. Je crois qu’il y a dans l’administration américaine des positions différentes. Les Américains auraient bien voulu se tenir à l’écart de tout cela, mais le conflit n’est plus local !

C’est un conflit régional et même international ! La Jordanie est touchée. La Turquie est touchée. Le Liban est touché. L’Irak est touché. En Syrie, c’est un désastre. Ça peut avoir des répercussions sur le conflit israélo-palestinien ! Donc, personne ne peut dire : moi ça ne me regarde pas !

France 2 : Est-ce qu’il faut une intervention militaire occidentale ?

Fabius : Non… personne ne demande, si vous voulez, qu’il y ait un envoi de troupes au sol en Syrie. Absolument pas. Ce serait la catastrophe ! Mais il faut que les « résistants » puissent avoir les moyens de se défendre.

J’ajoute en plus que ça devient un conflit, comme on dit en anglais [ !?], sectaire, c’est-à-dire religieux entre les chiites, les sunnites… Et c’est un imbroglio épouvantable avec des menaces, je dis bien, sur toute la région.

Et derrière l’affaire syrienne il y a évidemment la question iranienne : est-ce que l’Iran, l’an prochain, va oui ou non… pourra avoir l’arme nucléaire ? Notre position, à nous Français, c’est de dire que si on n’est pas capable d’empêcher l’Iran de prendre la main sur la Syrie, quelle crédibilité aurait-on en lui … en exigeant qu’elle n’ait pas l’arme atomique ? Donc, tout est lié.

[…]

Laurent Fabius/ France 2

12/06/2013

http://www.dailymotion.com/francediplotv

http://www.dailymotion.com/video/x10tgsn_interview-de-laurent-fabius-sur-france-2-12-06-2013_news?utm_source=dlvr.it&utm_medium=twitter#.Ubhrob5OJ_8

 

Notes :

[1] Syrie : Le pilleur d’Alep !

http://www.mondialisation.ca/syrie-le-pilleur-dalep-2/5323740

[2] Syrie : Les joueurs impénitents

http://mondialisation.ca/index.php?context=va&aid=29338

[3] Qousseir / Al-Qusayr Syrie, Une Victoire Stratégique Majeure

http://www.youtube.com/watch?v=DyXNF0Us7oE

http://www.mondialisation.ca/syrie-alep-ou-le-desequilibre-fabiusien/5338848

Dîner aux chandelles, entre (2 ou 3 ?) amis

C’est effectivement dans un salon particulier d’un restaurant très chic du VIIème arrondissement que le ministre français des affaires étrangères Laurent Fabius a reçu à dîner, hier soir, ses collègues Lavrov et Kerry, respectivement de Russie et des USA. Fabius n’était pas là comme maître d’hôtel mais comme hôte effectif, connaisseur de la bonne chère française, et même comme participant à la conversation qui portait exclusivement sur la crise syrienne vue de la lorgnette à divers réglages du bloc BAO et même de la “communauté internationale“ généreusement étendue à la Russie.

• Nous ricanons et faisons le mauvais esprit, – à peine… Nous pouvons citer au moins deux textes, de bonne tenue et d’excellente référence, qui présentent ou mentionnent cette rencontre de Paris sans dire un seul mot du ministre français. A les lire, on croirait que Lavrov et Kerry ont choisi Paris pour se rencontrer comme ils auraient choisi, – disons Genève (-II) ou Damas, par exemple… C’est le cas de Russia Today, le 27 mai 2013, qui titre (notre souligné en gras) «Take two: Lavrov, Kerry working to broker redo of Syria peace conference», et qui commence son texte de cette façon : «During their meeting in France, US Secretary of State John Kerry and Russian Foreign Minister Sergey Lavrov are expected…» ; bla bla bla pour la suite, avec cette question anecdotique dans notre esprit : Fabius nulle part mentionné, késako? L’autre texte (du 26 mai 2013) est de M K Bhadrakumar, plus général et portant sur les relations Russie-USA, sur un aspect que nous abordons plus loin. Certes, M K Bhadrakumar mentionne d’une façon marginale le dîner dont nous parlons, mais nous voyons bien que, bien qu’à Paris, bien qu’avec notre ministre, nulle mention au moins aimable n’est faite de ce dernier, avec un style et dans un esprit qui font croire à son inexistence et confirment l’impression que, oui, la chose aurait effectivement pu avoir lieu à Genève (-II) ou à Damas :

[Kerry et Lavrov] «… are having a candle light supper in Paris on Monday to figure out the actual modalities of the Geneva peace meet over Syria, now that they managed to shepherd the opposite sides towards the negotiating table. This is their fourth meeting in some twenty days. Amen.»

• Ainsi en est-il de la politique étrangère française, du type “Lost in Translation”, qui semblerait désormais inexistante tant l’échec que lui imposent les circonstances de la situation vraie semble l’avoir pulvérisée. Les habituelles “sources” du Quai d’Orsay, pompeuses et sûres d’elles comme il se doit, arrivent à faire porter le chapeau à la Russie, comme d’habitude objet de toutes les vindictes, mais avec une nuance qui nous rapproche du comique de l’absurde puisque le reproche conduirait à penser que son principal défaut, voire sa principale faiblesse, à la Russie, est d’avoir maîtrisé la complexe situation syrienne et d’avoir réussi à ouvrir la possibilité d’un règlement négocié de la crise : «… la Russie, elle, est obsédée par l’idée de retrouver une place sur scène internationale.» Drôle d’obsession, qui permet à la Russie de tenir ferme, et seule, une position principielle sur l’affaire syrienne, et de s’imposer comme la maîtresse du jeu en défendant des principes qui sont dans la droite ligne de la doctrine gaullienne du respect de la souveraineté, – ce qui, évidemment, ne peut que scandaliser les Français, mais pour un tout autre motif… Tout de même, quelques-uns, à Paris, sont en train de s’apercevoir qu’il se passe quelque chose de très catastrophique pour la France, comme Le Figaro peu après la rencontre Lavrov-Kerry à Moscou. (Voir notamment l’article du Figaro, le 10 mai 2013.) Quelques commentateurs, qu’on n’a pas toujours lus si avisés, se découvrent un bon sens nouveau, comme Georges Malbrunot, sur son blog du Figaro, le même 10 mai 2013, qui exécutait sans appel la politique française. Il en arrivait même à nous rappeler quelques précisions intéressantes, bonne “pour l’histoire”, quand on jugera la période.

«Depuis deux ans, la principale faiblesse de la position française a été au contraire de ne pas choisir clairement entre la diplomatie et les armes en Syrie, convaincue que les “jours du régime étaient comptés”, selon une formule, qui n’est pas l’apanage il faut le reconnaître du Quai d’Orsay. Cette prévision hasardeuse n’était pas celle, non plus, de notre ambassadeur à Damas Eric Chevallier qui écrivait dans des télégrammes datés des premiers mois de la révolte que le régime était encore trop solide pour tomber, alors qu’à Paris son ministre de tutelle, Alain Juppé, allait répétant que les “jours de Bachar el-Assad étaient comptés”. Un dysfonctionnement sur lequel des historiens se pencheront peut-être un jour.

»En condamnant rapidement Assad à comparaître devant un Tribunal international, la France – c’était toujours Alain Juppé en février 2012 – se coupait de toute possibilité de peser – à la mesure de son poids – dans un processus diplomatique à venir. “Nous étions pourtant bien placé”, regrette un ancien diplomate en poste à Damas qui rappelle la lune de miel franco-syrienne entre 2008 et 2010.»

• Le “dysfonctionnement” entre le ministre et son ambassadeur sur place, entre d’une part un Juppé-Fabius vivant dans la narrative-Système qui passionne les salons et d’autre part la vérité de la situation, n’est bien entendu ni une exception ni une circonstance de conjoncture. Si les Français s’alignent sur le tandem Lavrov-Kerry, dans le fracas étouffé d’une des catastrophes les plus achevées qu’ait connue la diplomatie française, le “dysfonctionnement” n’en continue pas moins. Cette fois, il vaut pour l’Europe, et la France y a évidemment sa part, et l’on sait combien, et l’on sait dans quel sens, – à deux, avec le Royaume-Uni en pointe absolument catastrophique, contre le reste. Il en a résulté une espèce de monstre qui est une sorte d’“accord pour qu’il n’y ait pas d’accord”, la fin de l’embargo UE sur les armes pour les rebelles syriens, une vague promesse informelle pour que rien ne soit fait avant le mois d’août, et l’Europe encore plus divisée qu’à l’accoutumé si c’est possible. Disons, puisque c’est de circonstance, que l’Europe est au moins aussi divisée que le sont, par exemple, les rebelles, et que la “décision” européenne, éventuellement appuyée sur la limite du mois d’août, doit donner un argument de plus à ceux des rebelles qui ne veulent pas aller aux négociations de Genève-II, pour décidément n’y pas aller ; le plus drôle, c’est que, dans la bouche du secrétaire au Foreign Office Hague, toute cette affaire de la levée de l’embargo des armes, c’est pour “forcer Assad à négocier”, – Assad qui devait disparaître dans les feux de l’enfer avant qu’on ne songe à ouvrir la bouche pour négocier, Assad qui a fait savoir avant que Hague n’ouvre la bouche dans le sens qu’on entend, qu’il était partant pour négocier à Genève-II… On peut lire le Guardian du 28 mai 2013 :

«Europe’s sanctions regime against Syria was plunged into uncertainty after Britain, backed by France, forced a lifting of the EU arms embargo on what it identifies as the moderate opposition to President Bashar al-Assad… [..] The long day of negotiations between the EU’s 27 foreign ministers saw Britain and France opposing plans to shelve a decision on arming the opposition until August, while Austria and the Czech Republic spearheaded the opposition to the Anglo-French push, with the Czechs supporting the Israeli line against sending arms to Syria and the Austrians alarmed at the impact on their UN peacekeeping mission in the Golan Heights between Syria and Israel. Spindelegger said that Vienna would now have to reconsider its deployment on Golan. A withdrawal could see an Israeli rush to fill the UN vacuum, ratcheting up the tension in the region… […] The dispute over how to respond to the civil war in Syria has exposed deep divisions in Europe. Senior European officials say much of the debate is “hypocritical” because some of the countries calling for a lifting of the embargo do not have the weapons to deliver or have no intention of taking part. They also point out that the White House and the State Department appear to be similarly split between hawks and doves.»

• Le dernier point mentionné immédiatement ci-dessus est indirectement mis en évidence dans le texte de M K Bhadrakumar (du 26 mai 2013) déjà mentionné plus haut ci-dessus. Le sujet du texte est le constat de ce qui semble être une entente entre Lavrov et Kerry, en même temps que le constat contradictoire de certains signes de renforcement de la fraction “dure” au sein de l’administration Obama ; et même, pour le cas cité, non seulement entre le département d’État et la Maison-Blanche, mais à l’intérieur du département d’État avec la nomination inattendue de Victoria Nuland, femme du neocon Robert Kagan et porte-parole à ce même département d’État jusque fin mars.

«But then, just when the Moscow-Washignton tango is getting to be noticed — and there are other signs too such as Obama’s meeting with the visiting Russian secretary of the national security council Nikolai Patrushev — the US administration introduces a discordant note by announcing the nomination of Victoria Nuland, former state department spokesperson under Hillary Clinton’s watch, as the new head of European and Eurasian Affairs at Faggy Bottom… […]

»But what is jarring in her career graph is also that [Nuland] was the hand-picked aide to Strobe Talbott, the then all-important point person for Boris Yeltsin’s Russia in the Bill Clinton administration. To cap it all, Nuland is also a former US ambassador to NATO — and, indeed, NATO’s eastward expansion is the legacy of Talbott to the US’s post-cold war diplomatic history, ignoring the prescient warnings by such iconic figures like George Kennan against such a move that would inflict lasting damage to the ties with Russia.»

Lorsque Kerry est arrivé au département d’État, il était assuré que Victoria Nuland allait perdre sa place de porte-parole (ce qui est fait) et qu’elle quitterait l’administration ; et voilà son retour à un poste plus important que celui de porte-parole, au même département d’État, et même à un poste clef où elle peut interférer sur les relations avec la Russie bien que cette puissance ne dépende pas entièrement de l’administration de ses services dans l’organigramme du département d’État. Cette interférence est d’autant plus probable que Nuland est professionnellement et idéologiquement proche de l’ambassadeur US à Moscou, Michael McFaul, les deux étant à la fois de tendance neocon et ayant été formés par le même Strobe Talbott que mentionne M K Bhadrakumar. (Talbott est un ancien journaliste, et spécialiste du contrôle des armements et de l’URSS à la fin de la guerre froide, passé au département d’État et devenu idéologue de l’expansion à l’Est et de l’“agression douce” contre la Russie du temps de l’administration Clinton. Talbott a notamment favorisé la politique de pillage de la Russie par l’hyper-capitalisme organisé par la finance US et ses commandos universitaires de spécialistes en économie, le tout manipulant l’accommodant Eltsine pour quelques verres de vodka.)

• Ce changement de personnel signifie que John Kerry, si l’on considère qu’il veut mener une politique de rapprochement avec la Russie, dans tous les cas sur l’affaire syrienne, est isolé au département d’État sur les politiques essentielles dont on parle, et principalement dans sa connexion vitale avec Moscou. Cela signifie dans tous les cas, quelle que soit son orientation, qu’il ne contrôle pas les nominations de sa haute administration ; en effet, la nomination de Nuland est due à des pressions des factions extrémistes et neocons relayées par les sénateurs qui vont bien (McCain, Lindsay & Cie), qui ont été déclenchées d’une façon inattendue et ont obtenu gain de cause, dans le chef d’une administration qui se sent toujours vulnérable face aux attaques lancées contre sa politique russe et sa politique syrienne, et qui est d’ailleurs elle-même divisée face à ces pressions puisque certaines fractions internes les relaient. Dans ce cas très kafkaïen, on trouverait alors un Kerry isolé à la tête de son ministère, dans une position qui ne serait pas très éloignée de celle d’Obama, comme on peut spéculer dans certains cas (voir le 24 mai 2013).

• Le résultat (pour le cas USA) n’est pas la promesse d’une politique plus “dure” avec la nouvelle position de Nuland mais l’apparition de nouvelles possibilités de blocage et d’interférences, et peut-être le renforcement de la paralysie dont Washington tente de se sortir depuis quelques semaines, dans tous les cas pour l’affaire syrienne, et éventuellement pour les relations avec la Russie. Le résultat (pour les USA et le reste, pour le bloc BAO à la lumière des divers événements considérés ci-dessus, et aussi pour la Syrie), c’est la probabilité d’un désordre encore plus grand puisque l’effet général des événements des dernières quarante-huit heures est la mise en route de nouveaux mécanismes de blocage ou d’aggravation de la situation, malgré la poursuite de la préparation d’une conférence Genève-II par le tandem Lavrov-Kerry. La réunion Genève-II apparaît de plus en plus comme une sorte de “dernière chance” (certes, il y en a eu d’autres dans la crise syrienne), et de plus en plus difficile à rassembler malgré le ralliement des Français. (Mais, comme l’écrit l’avisé Malbrunot, «comme l’issue à court terme de ladite conférence est pour le moins incertaine, la France aura encore le loisir de changer de cap…» ; c’est assez bien vu, avec une ligne Hollande-Fabius de politique étrangère aussi ferme que notre fameux et succulent éclair au chocolat.)

Ce “tour de table” général a donc permis à peu près dans toutes les directions d’observer que la politique du bloc BAO menée jusqu’ici a été catastrophique, qu’elle donne des résultats catastrophiques, avec même la reconnaissance de certains des acteurs de cette politique de cet aspect catastrophique. Il a permis de constater que la seule solution est une négociation, nécessairement avec Assad, et que Genève-II est la seule issue visible et peut-être la dernière chance. Il permet de conclure que, par conséquent, tout se passe comme s’il y avait de fortes chances pour que l’on continuât de plus en plus dans cette direction de cette politique catastrophique, et d’entrave dans les tentatives de négociation. Il permet de comprendre, en bref, que le processus de cause à effet se fait bien, mais dans sens complet de l’inversion, comme l’affectionne le Système en mode surpuissance-autodestruction : au plus l’on constate la catastrophe, on plus l’on en déduit qu’il faut poursuivre dans le sens de la catastrophe … On peut certes prier pour que survienne le “miracle de Genève-II”, mais on ne peut s’empêcher de constater que l’embourbement crisique est plus que jamais en action, et que l’infraresponsabilité semble bien l’attitude psychologique favorisée par l’essentiel de nos directions politiques. Le désordre règne, et on ne voit aucune raison pour lui dénier son empire. En un sens, il est la légitimité même “de l’Empire” (du Système).

 

Mis en ligne le 28 mai 2013 à 13H22

http://www.dedefensa.org/article-d_ner_aux_chandelles_entre_2_ou_3_amis_28_05_2013.html

Réunion des vrais amis de la Syrie le 29 mai à Téhéran

La France a été et reste très en pointe dans la démarche consistant à fédérer les énergies pour renverser le président Syrien Bachar al-Assad.

L’aspect le plus visible de cette démarche a été la mise en place du groupe des « amis de la Syrie » ou « du peuple syrien », soit une masse de pays supposés incarner une volonté internationale, en réalité un alibi pour couvrir les agissements d’une clique d’Etats voyous emmenée par le gouvernement français sous les couleurs de l’UMP puis du PS.

L’action française a fait long feu comme l’a montré la dernière réunion à Amman des « amis » de la Syrie, rassemblant péniblement onze Etats participants et une opposition syrienne à qui il a fallu tirer l’oreille pour qu’elle daigne être présente.

On rappellera qu’en juillet 2012, c’est une centaine de pays qui étaient présents à la réunion des « amis » de la Syrie qui se tenait à Paris.

Image

L’heure de gloire de Laurent Fabius en juillet 2012 à Paris

L’échec sur le plan diplomatique est patent pour Laurent Fabius qui n’en reste pas moins arrogant comme au premier jour.

Dans quelques jours, le 29 mai, une autre réunion des amis de la Syrie va se tenir mais à Téhéran et à l’invitation des autorités iraniennes.

Une quarantaine de pays devraient être représentés dont la Russie et la Chine. Le sultanat d’Oman a confirmé sa participation tandis que des invitations ont été adressées au Qatar, à la Turquie et à l’Arabie Saoudite.

jelveh20130523080141140

Téhéran août 2012: les représentants de 30 pays discutent de la situation en Syrie

On peut supposer que le royaume wahhabite sera présent parce que, et c’est quelque chose qui est négligé par vos journaux, l’Arabie Saoudite fait partie d’un groupe de contact sur la Syrie dans lequel elle est associée à l’Iran, à la Turquie et à l’Egypte. La création de ce groupe en mars 2012 s’était d’ailleurs faite à l’initiative de Mohamed Morsi, le président Egyptien.

Le gouvernement iranien est optimiste sur le succès de cette nouvelle réunion des vrais amis de la Syrie et sur les  progrès auxquels elle pourrait permettre d’aboutir.

Et n’oublions pas que dès le début, l’Iran a plaidé pour une résolution pacifique de la crise syrienne et, à cette fin, a pris langue et gardé contact avec toutes les parties.

L-emouvante-passation-de-pouvoir-entre-Juppe-et-Fabius_article_landscape_pm_v8

L’un est à gauche et l’autre à droite (du moins sur la photo)

A comparer avec le comportement barbare des deux énarques qui se sont succédé à la tête du Quai d’Orsay.

http://mounadil.wordpress.com/2013/05/26/reunion-des-vrais-amis-de-la-syrie-le-29-mai-a-teheran/

Syrie: l’armée pénètre dans une position rebelle clé près de Qousseir

Par AFP

L’armée syrienne a annoncé avoir pénétré samedi dans l’aéroport militaire de Dabaa, une position rebelle clé au nord de Qousseir, une semaine après le début de son offensive conjointe avec le Hezbollah contre cette ville stratégique.

Au Liban, le chef du mouvement chiite libanais Hassan Nasrallah a promis samedi à ses partisans la victoire dans la guerre en Syrie.

Sur le plan diplomatique, l’opposition syrienne, réunie à Istanbul, se montre réticente et surtout divisée au sujet d’une conférence internationale visant à réunir à Genève des représentants des deux parties, pour laquelle les préparatifs s’intensifient.

«L’armée syrienne s’est infiltrée à l’intérieur de l’aéroport de Debaa par le nord-ouest, après s’être emparée de la ligne de défense des rebelles. Les combats se déroulent désormais à l’intérieur», déclaré à l’AFP une source militaire.

Cet ancien aéroport se trouve à 6 km de Qousseir, sur la seule route au nord de la ville. D’après des militants, ce sont les forces spéciales de l’armée et le Hezbollah qui ont mené l’assaut.

Sur sa page Facebook, le militant Hadi al-Abbdallah, qui se trouve dans la ville, a lancé un cri désespéré. «O mon Dieu, Qousseir est détruite et brûle. Des centaines d’obus, de missiles tombent sur la ville».

La Tansikiyat (comité de coordination sur le terrain) de Qousseir a appelé à l’aide, également sur Facebook. «Si Qousseir tombe, nous nous relèverons plus. Aidez-nous, envoyez-nous de l’argent, de la nourriture et des médicaments».

Selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme, qui s’appuie sur un réseau de militants et de sources médicales, les violences ont fait au moins 30 morts, essentiellement des combattants rebelles, samedi dans la zone de Qousseir.

Dans un message, le chef par intérim de l’opposition syrienne, George Sabra, a déclaré à Istanbul: «Des milliers d’Iraniens et leurs collaborateurs terroristes du Hezbollah ont envahi la Syrie».

«Gestes de bonne volonté»

«Je dis aux gens honorables, aux moujahidine, aux héros: comme je vous ai toujours promis la victoire, je vous en promets une nouvelle», a déclaré le chef du Hezbollah lors d’une cérémonie tenue à Machghara, dans le sud-est du Liban, à l’occasion du 13ème anniversaire du retrait israélien du Liban.

«La Syrie, c’est la protection arrière et le support de la résistance. La résistance ne peut rester les bras croisés quand sa protection arrière est exposée et quand son support se brise. Si nous n’agissons pas, nous sommes des idiots», a-t-il souligné.

Pour Ghassan al-Azzi, professeur de sciences politiques à l’Université libanaise, «les Iraniens ont demandé au Hezbollah de s’engager une fois pour toute et de façon publique car cette guerre doit décider de l’avenir de l’alliance entre l’Iran et la Syrie et peut-être de toute la région».

Le mouvement chiite a dépêché 1.700 hommes pour la bataille de Qousseir, selon une source proche de l’organisation.

Pendant les combats, les préparatifs se poursuivent en vue d’une conférence internationale de paix dite «Genève II».

Si le régime a donné, selon la Russie, son «accord de principe» pour participer, l’opposition est très hésitante à s’engager dans des négociations alors qu’elle est en perte de vitesse sur le terrain.

Elle est en outre divisée en raison de la guerre d’influence des puissances régionales, avec d’un côté l’Arabie Saoudite et les Emirats arabes unis qui veulent élargir la coalition pour réduire l’influence des Frères musulmans et de l’autre la Turquie et le Qatar qui soutiennent la confrérie islamiste.

Lundi, le ministre français des Affaires étrangères Laurent Fabius reçoit à Paris ses homologues américain John Kerry et russe Serguei Lavrov pour évoquer cette conférence initiée par Washington et Moscou.

Lundi également, le Conseil des ministres des Affaires étrangères de l’UE doit se prononcer sur une levée de l’embargo sur les armes à destination de l’opposition syrienne. Plusieurs pays, comme la Suède et l’Autriche, y sont farouchement opposés.

A New York, Israël a adressé un courrier à l’ONU accusant la Syrie de chercher à provoquer un conflit, quelques jours après un nouvel incident sur le plateau du Golan dont les deux pays se rejettent la responsabilité.

http://www.liberation.fr/monde/2013/05/25/syrie-combats-acharnes-a-qousseir-l-opposition-hesite-a-negocier_905643

France – Syrie, le sens du mot amitié selon Laurent Fabius

Je vous reproduis un article de Reuters dont le moins que l’on puisse dire est qu’il n’a pas beaucoup de succès dans la presse française qui le reprend fort peu.

Et qui permet de constater que le gouvernement français, qui se prétend « ami » de la Syrie (sans doute au nom de son passé e force occupante dans ce pays, rechigne à accueillir le réfugiés Syriens.

La même France qui a pourtant tout fait pour aggraver et prolonger le conflit dans ce pays arabe, dépêchant sur place et dans les pays voisins des conseillers militaires pour encadrer l’opposition armée, plaidant aussi comme une forcenée pour un accroissement quantitatif et qualitatif des livraisons d’armes aux milices d’opposition, exigeant comme condition préalable à tout arrêt des hostilités le départ de Bachar al-Assad qui « ne mériterait pas de vivre », dixit Laurent Fabius qui lui, par contre , mériterait de vivre.

C'est aux autres d'assumer les conséquences choix de la France

C’est aux autres d’assumer les conséquences des choix politiques de la France

L’article expose dans toute sa nudité l »hypocrisie de l’amitié de la France pour la Syrie

La France rechigne à accueillir plus de réfugiés syriens

Capital.fr
Source : Reuters 24/05/2013 à 12:40 / Mis à jour le 24/05/2013 à 12:45

Plusieurs centaines de Syriens ont demandé l’asile en France depuis 2011 dans l’espoir d’échapper au conflit qui fait rage depuis plus de deux ans et qui a causé la mort de 80.000 personnes et la fuite de plus de 1,5 million de personnes. Des chiffres dérisoires au regard des demandes adressées à l’Allemagne et à la Suède, – avec respectivement, pour la seule année 2012, 6.200 et 7.800 demandes de réfugiés syriens -, mais qui selon certaines ONG pourrait être revu à la hausse si la France acceptait de revoir ses capacités d’accueil.

Pour Marouane, tout à basculé à l’été 2012 lors de la bataille d’Alep opposant les rebelles aux forces du président Bachar al Assad. En l’espace de quelques semaines, les allusions jusque là discrètes à son engagement en faveur de la démocratie se sont transformées en menaces à peine voilées.

« J’ai reçu plusieurs coups de téléphone. Quand j’ai vu que les choses se dégradaient, j’ai décidé de partir pour mettre à l’abri ma femme et mes deux filles », explique ce médecin chrétien de 55 ans, qui a rejoint en novembre la France, où il a déposé une demande d’asile.

Comme lui, plusieurs centaines de Syriens ont demandé l’asile en France depuis 2011 dans l’espoir d’échapper au conflit qui fait rage depuis plus de deux ans et qui a causé la mort de 80.000 personnes et la fuite de plus de 1,5 million de personnes. Ils étaient 100 à faire cette demande en 2011, 450 en 2012 et 282 au cours de quatre premiers mois de 2013.

Des chiffres dérisoires au regard des demandes adressées à l’Allemagne et à la Suède, – avec respectivement, pour la seule année 2012, 6.200 et 7.800 demandes de réfugiés syriens -, mais qui selon certaines ONG pourrait être revu à la hausse si la France acceptait de revoir ses capacités d’accueil.

Un scénario qui permettrait de désengorger les camps de réfugiés en Turquie et en Jordanie mais qui est pour l’heure écarté par les autorités françaises qui évoquent un « système d’asile à bout de souffle » et appellent à s’attaquer aux racines du problème en trouvant en priorité une solution politique.

« L’Europe n’est pour l’instant pas affectée par l’exode des Syriens mais cela pourrait changer, notamment au vu du nombre important de Syriens dans les camps situés dans les pays limitrophes qui risquent d’être complètement submergés par l’afflux », souligne William Spindler, porte-parole du Haut commissariat aux réfugiés à Paris.

Selon le HCR, le nombre de réfugiés syriens, actuellement d’un million et demi, risque en effet d’être multiplié par deux ou par trois d’ici à la fin de l’année.

« SATURES »

Face à la dégradation de la situation, l’Allemagne a annoncé en mars qu’elle accueillerait au moins 5.000 réfugiés syriens supplémentaires en 2013, une décision saluée par la Commission européenne qui a émis l’espoir que d’autres Etats membres de l’UE suivent cet exemple.

Un espoir partagé par le HCR qui estime qu’il est temps pour la France d’accueillir davantage de réfugiés face à la situation alarmante observée dans les camps turcs et jordaniens où les conditions sanitaires et sécuritaires se dégradent chaque jour.

Pour la présidente d’Amnesty International France, Geneviève Garrigos, « la dégradation de la situation et l’afflux constant de réfugiés peut avoir un impact sur la stabilité de toute la région et l’UE portera une grande part de responsabilité pour son inaction aujourd’hui. »

Invoquant des centres d’hébergement des demandeurs d’asile (Cada) « saturés », Paris, pourtant en première ligne dans le dossier syrien, se dit dans l’incapacité d’accueillir en urgence des réfugiés comme ce fut le cas pour les chrétiens d’Irak en 2010 après l’attaque de leurs lieux de culte.

« La saturation du dispositif d’accueil, due à la hausse de la demande d’asile et à l’augmentation des délais de traitement, ne permet pas à la France, à ce jour, de s’engager auprès du HCR à examiner un plus grand nombre de demandes », indiquait le ministère de l’Intérieur en mars.

« Consciente de la situation alarmante en Syrie, la France agit afin d’apporter des réponses concrètes aux difficultés des réfugiés syriens, elle apporte un soutien financier à l’aide humanitaire d’urgence en Syrie ainsi qu’aux ONG oeuvrant dans les pays voisin », faisait-il alors valoir.

Au total, selon le quai d’Orsay, la France a versé une aide de 11,2 millions d’euros pour les réfugiés situés dans les pays limitrophes sur une aide totale de 40 millions d’euros dans le cadre de la crise syrienne.

SOLIDARITÉ

Pour le directeur général de France Terre d’asile, si cet argument est recevable, il ne doit toutefois pas empêcher la France de réfléchir à son devoir de solidarité.

« Quand on dit que le dispositif est en crise, c’est vrai mais cela doit être réforme et cela ne doit pas nous empêcher de réfléchir à l’expression de notre solidarité avec notamment les réfugiés syriens et en liaison avec les organisations internationales », souligne Pierre Henry.

La création de 4.000 places d’hébergement, dont 2.000 ouvertes dès juillet et les autres avant le premier trimestre 2014 pourraient débloquer la situation, estime-t-il.

Dans le cadre du programme de réinstallation mené actuellement par la France, le HCR soumet 100 dossiers de candidature pour la réinstallation de réfugiés par an.

Un processus jugé marginal par Amnesty International qui appelle la France à mettre en place une procédure de réinstallation d’urgence.

« L’histoire se répète et on n’arrive pas à trouver de réponse », déplore Jean-François Dubost, responsable du programme personnes déracinées. « Au moment de la guerre en Libye, on a eu exactement le même phénomène. Il y avait des réfugiés libyens venus se réfugier en Tunisie et en Egypte et il y a eu des demandes de réinstallation par le HCR auprès des pays de l’UE dont la France. C’est la même chose pour la Syrie. »

PRÉCARITÉ

La durée du conflit et l’absence de solution politique à court ou moyen terme joue en défaveur de la population syrienne au sein de l’opinion publique davantage préoccupée par la crise économique, estiment les ONG.

La décision en janvier de la France de réintroduire de façon temporaire le visa de transit aéroportuaire pour les ressortissants syriens serait passée inaperçue si plusieurs ONG n’avaient pas déposé deux recours, tous deux rejetés, devant le Conseil d’Etat en dénonçant une entrave au droit d’asile.

« L’introduction de ce visa n’était pas une manière de freiner les flux de réfugiés demandant éventuellement à se rendre en France », assure-t-on au Quai d’Orsay. « Tout au contraire, c’était un moyen d’éviter que les réfugiés ne se retrouvent dans des zones de transit des aéroports internationaux dans des situations de très grande précarité. »

Pour le ministère des Affaires étrangères, la crise syrienne ne se réglera pas via la question des réfugiés.

« Il faut replacer les choses dans l’ordre, la manière de régler la question des réfugiés syriens c’est de leur permettre de rentrer chez eux, de rétablir des conditions qui permettent de le faire. »

Avec John Irish, édité par Yves Clarisse

http://mounadil.wordpress.com/2013/05/25/france-syrie-le-sens-du-mot-amitie-selon-laurent-fabius/

 

Les désillusions de la France en Syrie

Par Samer R. Zoughaib

Dès le début de la crise syrienne, la France se tient aux premières lignes dans la guerre contre le régime du président Bachar al-Assad. Ses services spéciaux s’activent sur le terrain, ses diplomates occupent le devant de la scène et ses dirigeants jouent les durs. Mais depuis quelques semaines, le ton a changé. Finis le refrain : «Bachar doit partir!» et les projets d’armer les rebelles. Paris appelle désormais à une solution politique. Comment expliquer cette reculade?

Au lieu de jouer un rôle constructif, encourageant le dialogue et la solution négociée à la crise syrienne, la France a poussé l’opposition de l’extérieur à la radicalisation et s’est largement dépensée pour isoler les opposants raisonnables, favorables à la négociation et hostiles à toute intervention étrangère en Syrie; elle a été un des premiers pays à mobiliser ses services spéciaux pour des actions subversives sur le terrain, allant des «conseils» offerts aux rebelles à l’entrainement des groupes armés; elle a joué un rôle de premier plan dans la dissidence et l’exfiltration du général Manaf Tlass (au fait qu’est-il devenu?); a été un des premiers pays à reconnaitre la «Coalition nationale syrienne» comme représentant légitime du peuple syrien, à lui accréditer un ambassadeur à Paris, à organiser, il y a un an, la première grande conférence des «Amis de la Syrie»…

Début avril, la France a décrété qu’il était temps de lever l’embargo sur les armes destinées aux rebelles, entamant un vaste lobbying au sein de l’Union européenne, pour convaincre ses partenaires de lui emboiter le pas. Elle a même menacé de passer outre la décision européenne et de briser unilatéralement l’embargo, qu’elle a elle-même initié.

Mais il y a trois semaines, les choses ont changé. Les fanfaronnades ont disparu, le ton a baissé, le discours est devenu moins belliqueux. Le même Laurent Fabius qui fixait des dates, dans ses rencontres privées, pour annoncer la chute prochaine de Bachar al-Assad, devient subitement un fervent partisan de la solution politique, exprimant ses craintes à l’égard d’«une tragédie syrienne qui peut être la pire catastrophe humanitaire de ce début de siècle», oubliant que son pays est coupable, avec d’autres, d’avoir allumé le feu.

Dans une interview accordée au quotidien Le Monde, le 9 mai, le chef de la diplomatie française affirme que «si on ne porte pas un coup d’arrêt au conflit, c’est l’éclatement du pays qui se profile, l’ultra-radicalisation sectaire des deux camps, la déstabilisation de toutes les composantes de cette zone déjà éruptive». Rompant avec ses discours belliqueux, M. Fabius plaide pour «une solution politique». «Les Etats-Unis doivent pleinement s’engager, les discussions avec la Russie se renforcer; nous proposons depuis longtemps un Genève II, faisant suite à la réunion de Genève en juin 2012 qui avait failli réussir». Le ministre français fait semblant d’oublier que son pays n’a rien fait pour mettre en œuvre cet accord qui avait été accepté par le gouvernement syrien et rejeté par l’opposition pro-occidentale, encouragée dans ses positions extrémistes par la France, entre autres.

M. Fabius propose aussi de classer comme «organisation terroriste au sens de l’Onu le Front Al-Nosra, opposé à Bachar al-Assad mais filiale d’Al-Qaïda». Une déclaration étonnante lorsque l’on sait que la France s’est obstinée à nier, pendant des mois, l’existence, d’abord d’une opposition armée -pendant un an, elle n’a parlé que de manifestations pacifiques- puis l’existence d’une composante terroriste extrémiste -elle ne parlait que de dissidents de l’armée et d’opposants modérés. Ce même Fabius avait même qualifié, un jour, les membres d’al-Nosra de «résistants».

Ambiguïté, embarras et confusion

Le moins que l’on puisse dire, c’est que la diplomatie française baigne dans l’ambiguïté, l’embarras et la confusion. Ces revirements sont dus à une myopie politique et une profonde méconnaissance de la Syrie, des capacités de résistance de son régime et de son Etat, de la solidité et de la loyauté de ses alliés, mais surtout, à des illusions d’une grandeur qui n’existe plus depuis longtemps.

Les analystes en France sont de plus en plus nombreux à dénoncer une «incohérence désastreuse de la diplomatie française» et parlent d’une «diplomatie d’intérêt», au détriment des «traditions républicaines».

D’abord en Europe, le bellicisme de la France s’est heurté au réalisme de l’Allemagne. Berlin freine les penchants interventionnistes de Paris et de Londres et malgré plusieurs tentatives, ces deux capitales n’ont pas réussi à convaincre la majorité des membres de l’Union européenne de lever l’embargo sur les armes à destination des rebelles. Aujourd’hui, c’est la France qui souligne le danger de voir les armes tomber aux mains des extrémistes.

En France même, le pouvoir politique a fait pendant des mois la sourde oreille aux conseils des services de renseignements qui ont rédigé des montagnes de notes sur le fait que la Syrie est devenue un véritable sanctuaire pour les extrémistes d’Al-Qaïda et consorts. Selon des informations sûres, les services de renseignements français et occidentaux observent avoir effroi une «émigration jihadiste dans l’autre sens». C’est-à-dire que les extrémistes, après avoir acquis l’expérience militaire adéquate en Syrie, reviennent dans leurs pays d’origine, en Occident, ou se dirigent vers d’autres fronts, comme celui du Mali.

Le troisième facteur qui explique la reculade de la France est sans doute le plus décisif. Lorsque les Etats-Unis ont décidé -pour des raisons qu’ils n’ont même pas pris la peine d’expliquer à Paris et à leurs autres «alliés»- que le moment est venu de discuter avec la Russie d’une solution politique en Syrie, la France est rentrée dans le rang. Elle a ravalé tous ses arguments, rangé son disque rayé -«Bachar doit partir»- et a répété, comme un perroquet, que «la solution politique est une nécessité».

Autant que l’affaire Georges Ibrahim Abdallah, maintenu en prison à la demande de Washington bien qu’il ait purgé sa peine en France, la crise syrienne montre à quel point la diplomatie française est inféodée aux agendas américains.

La Russie l’a bien compris, et avec elle l’Iran et la Syrie. Il faut parler au maitre… les disciples s’exécuteront.

Source : moqawama.org

http://french.moqawama.org/essaydetails.php?eid=9425&cid=324#.UZvz0dh3dDw

Paris reste «partie prenante» en Syrie

Ecartée des tractations pour l’organisation d’une conférence internationale sur le conflit en Syrie, Paris fait le forcing. Au cours d’une conférence de presse, François Hollande a fait valoir qu’il participait aux discussions de cette conférence.

Washington et Moscou sont en première ligne sur le dossier syrien en discutant d’une conférence internationale. Mais François Hollande a fait valoir jeudi qu’il restait dans le jeu. La France, a-t-il déclaré, est «partie prenante» des tractations visant à réunir cette conférence, encore bien hypothétique toutefois, qui permettrait un début de dialogue entre représentants de l’opposition et du régime de Damas. D’ailleurs, la résolution de ce conflit «ne peut pas être simplement traitée à deux pays, ça doit se faire avec l’ensemble de la communauté internationale», a déclaré François Hollande. La France, a-t-il poursuivi, a «toujours été à l’initiative» sur cette question depuis mai 2012. Le président de la République a d’ailleurs expliqué avoir proposé à Vladimir Poutine l’organisation d’une telle conférence regroupant des «personnalités qui pourraient être acceptées» qui engageraient le dialogue sur une transition en Syrie. «Poutine a dit d’accord», a déclaré le chef de l’État en répétant sa volonté de trouver un chemin sur la base de l’accord de Genève, signé en juin dernier, à ce jour le seul texte adopté par les protagonistes du conflit.

Il y a quelques semaines, la position de la France sur le conflit syrien a connu un revirement remarquable. Dès le début de la crise syrienne, la France s’est tenue aux premières lignes dans la guerre contre le régime du président Bachar al-Assad. Ses services spéciaux s’activent sur le terrain, ses diplomates occupent le devant de la scène et ses dirigeants jouent les durs. Mais depuis quelques semaines, le ton a changé. Les fanfaronnades ont disparu, le ton a baissé, le discours est devenu moins belliqueux. Le même Laurent Fabius qui fixait des dates, dans ses rencontres privées, pour annoncer la chute prochaine de Bachar al-Assad, devient subitement un fervent partisan de la solution politique, exprimant ses craintes à l’égard d’«une tragédie syrienne qui peut être la pire catastrophe humanitaire de ce début de siècle», oubliant que son pays est coupable, avec d’autres, d’avoir allumé le feu.

«Le sort d’Assad principal écueil»

La principale pierre d’achoppement demeure le sort de Bachar el-Assad, que la Russie se refuse toujours à «lâcher». Lors de sa conférence de presse, François Hollande a rappelé le préalable qu’il met en avant, comme son prédécesseur d’ailleurs: le départ de Bachar que l’on ne peut absolument «pas convier» à une future conférence. «Il faut discuter franchement avec les Russes pour les convaincre qu’il est de leur intérêt d’en terminer avec Bachar», a souligné François Hollande. La participation de l’Iran, exigée jeudi par Moscou, s’annonce également comme un sérieux problème.

Dans l’immédiat, le conflit se poursuit et son onde de choc s’approfondit dans la région, s’est alarmé le chef de l’État. «Il y a urgence à régler la question sur le plan politique mais tout en maintenant la pression sur le plan militaire», a-t-il ajouté, relevant que les Russes, eux, même «s’ils parlent d’une conférence, continuent de livrer des armes» au régime de Damas. Le président ne pouvait donc éluder la question de l’embargo européen, et son corollaire, la livraison d’armes aux rebelles, qui doit être tranchée par les Vingt-Sept d’ici à la fin mai. Paris aiderait bien la rébellion modérée à se défendre. Mais il est «inimaginable» de livrer des armes aux «djihadistes» radicaux du Front al-Nosra, a-t-il rappelé.

Source : le Figaro, édité par : moqawama.org

http://french.moqawama.org/essaydetails.php?eid=9457&cid=287

La Syrie : L’immense humiliation de la France _ samedi 11 mai 2013

http://www.dailymotion.com/video/xzn5ep_irib-2013-05-06-bassam-tahhan-la-ligue-arabe-anti-cause-palestinienne_news?start=2#.UZDiuEqQjrM

Irib 2013.05.06 Bassam Tahhan « la ligue arabe… par Hieronymus20

J’ai mal pour la France comme j’ai mal pour la Syrie. Nous avons des amateurs, des guignols, ou des traitres à la nation. Chacun en fonction de ses analyses pourra se faire une idée de notre classe politique.
Nous avons (beaucoup de blogueurs, certains hommes politiques dont la voix est mise en sourdine, journalistes marginalisés) mis en garde contre l’aventure syrienne.
Une aventure criminelle, qui n’apporte ni prestige ni richesse à la France, rien que le déshonneur. Comme souvent la France se fait doublée par les pays anglo-saxons. La France a perdu son honneur et son prestige ou le peu de ce qui lui en reste. Elle a pris fait et cause pour un projet criminel. Et à aucun moment elle n’a pas cherché à tempérer sa conduite et son engagement, au mépris des conventions et des accords internationaux.
Je n’ose crier victoire, la guerre fait toujours rage en Syrie. Encore des morts et des déplacés. Je suis méfiante et j’ai bien peur que la joie soit courte de durée. Les Anglo-saxons sont perfides. Rappelons nous les accords de Genève, à peine sortis de la salle de réunion que les Américains présentaient leur propre interprétation des textes.
Comment expliquer ce revirement ? Est-ce que les Russes montrent leur détermination d’armer d’avantage la Syrie ? L’Iran et le Hezbollah qui ont déclaré dernièrement qu’ils deviendront partie prenante dans le conflits pour éviter que Damas tombe dans les mains américaines ou israéliennes ? Ou d’autres raisons que l’on ne connait pas ?
En tout cas, la France sort amoindrie comme d’habitude, décidément, incapable de tirer les leçons de son histoire avec les Anglo-saxons. Elle s’est fait doublée à plusieurs reprises, souvent elle fait le sale boulot à leur profit.
Question armes chimiques et notamment l’utilisation du sarin, même les Américains reconnaissent maintenant qu’il a été utilisé pas les terroristes. Surement dans le but d’accélérer l’intervention étrangère en Syrie. Mais nos médias persistent dans la fable de l’utilisation par Damas d’armes chimiques.
Notre diplomatie fera-t-elle son inventaire, son état des lieux, en tirera-t-elle les conséquences qui s’mposent et surtout que les responsables et les coupables devront payer le prix.
Au moins le prix politique, un ostracisme à perpétuité.
Le Figaro titre « Syrie : la diplomatie française en échec » « Trop peu ? Trop tard ? Paradoxalement, Paris, qui apparaît aujourd’hui à la traîne, était à l’initiative sur le front syrien. Mais cette proactivité n’a pas toujours été menée à bon escient, pas plus qu’elle n’a conduit aux bons interlocuteurs. Elle a nourri des ambiguïtés et s’est accompagnée d’une absence de lisibilité qui fait dire à un autre expert que « jamais nos intérêts et les conséquences stratégiques de nos décisions n’ont été clairement définis et évalués ».

Trop souvent aussi, les initiatives ont été dictées par des « considérations médiatiques », ajoute cette source. À son arrivée au Quai d’Orsay, Laurent Fabius a plaidé, comme son prédécesseur Alain Juppé , pour une saisie de la Cour pénale internationale (CPI) à l’encontre de Bachar. Un an plus tard et alors que les massacres se poursuivent, aucune démarche n’a été engagée vis-à-vis de la Cour de La Haye. »

Même nos journalistes ne se gênent plus de citer du président syrien par son prénom, comme notre lulu national. Un mépris que ni les cours criminelles ni les assises n’affichent ostensiblement vis à vis des pires criminels, ou la civilité reste de rigueur. Sur ce point, la presse anglophone ne déroge presque jamais. Cela montre la décadence de nos intellectuels, de nos politiques et de nos communicants.

http://reflexionssurlemonde.blogspot.com/2013/05/la-syrie-limmense-humiliation-de-la.html

Syrie : la diplomatie française en échec

Par Alain Barluet

La 3e réunion des Amis du peuple syrien, en juillet à Paris, en présence de Laurent Fabius et de François Hollande. La France était à l'initiative de la création de ce groupe.
La 3e réunion des Amis du peuple syrien, en juillet à Paris, en présence de Laurent Fabius et de François Hollande. La France était à l’initiative de la création de ce groupe. Crédits photo : JACQUES BRINON/AFP

L’accord entre Moscou et Washington pour réunir une conférence internationale marginalise l’action de la France, qui a fait du départ de Bachar el-Assad une priorité absolue.

«Dans cette crise, la France a voulu jouer le rôle d’éclaireur. Le problème, c’est que le quartier général a décidé de rappeler les troupes.» En une image, un bon connaisseur du dossier syrien décrit le contre-pied dans lequel se trouve prise la diplomatie française, alors que deux protagonistes majeurs, les États-Unis et la Russie, semblent maintenant décidés à agir de concert. L’enjeu: tourner la page d’une abomination qui, en deux ans, a fait plus de 70.000 morts, des centaines de milliers de blessés et des millions de déplacés et de réfugiés.

Qu’il s’agisse d’un trompe l’œil destiné à gagner du temps ou de l’amorce, enfin, d’une véritable sortie politique du conflit, l’accord russo-américain ressemble à un tournant dans le sanglant feuilleton syrien. Laurent Fabius en a pris acte mercredi dans Le Monde en se déclarant favorable à une solution politique et partisan «depuis longtemps» d’une réunion (dite «Genève 2», dans le langage diplomatique) visant à mettre en chantier un gouvernement de transition à Damas. Façon, diront certains, de monter en marche dans un train dont les deux locomotives sont à Washington et à Moscou. «Seuls, nous ne pouvons résoudre ce conflit», a lucidement concédé le patron du Quai d’Orsay.

Ni armes, ni recours à la CPI

Trop peu? Trop tard? Paradoxalement, Paris, qui apparaît aujourd’hui à la traîne, était à l’initiative sur le front syrien. Mais cette proactivité n’a pas toujours été menée à bon escient, pas plus qu’elle n’a conduit aux bons interlocuteurs. Elle a nourri des ambiguïtés et s’est accompagnée d’une absence de lisibilité qui fait dire à un autre expert que «jamais nos intérêts et les conséquences stratégiques de nos décisions n’ont été clairement définis et évalués».

Trop souvent aussi, les initiatives ont été dictées par des «considérations médiatiques», ajoute cette source. À son arrivée au Quai d’Orsay, Laurent Fabius a plaidé, comme son prédécesseur Alain Juppé , pour une saisie de la Cour pénale internationale (CPI) à l’encontre de Bachar. Un an plus tard et alors que les massacres se poursuivent, aucune démarche n’a été engagée vis-à-vis de la Cour de La Haye.

Paris a été parmi les toutes premières capitales à décréter que «Bachar doit partir» et à le répéter avec une constance qui honorerait notre diplomatie si, au fil du temps, le décalage ne s’était creusé avec la réalité. La proclamation de cet impératif catégorique a d’emblée «braqué» la Russie et contrarié la possibilité d’une issue négociée alors qu’il en était, peut-être, encore temps. Bachar, conviennent diplomates et militaires, «n’est pas près de partir», de même que la partie n’est pas gagnable sur le terrain où les lignes de front entre l’armée et les rebelles sont peu ou prou figées.

Vendredi, le Quai d’Orsay a une nouvelle fois appelé à une «solution excluant le maintien de Bachar». Il y a trois jours, John Kerry lui-même, face à son homologue Sergueï Lavrov, a convenu que ce n’était pas aux Américains d’en décider…

En pointe, Paris l’a également été pour reconnaître officiellement la coalition de l’opposition syrienne, constellation pourtant désunie. Avec de piètres résultats. Car ceux sur qui la diplomatie française comptait s’appuyer, tel Moaz al-Khatib, se sont dérobés, marginalisés par les bataillons djihadistes. Des franges radicales de la rébellion dont, paradoxalement là encore, pour un pays qui martèle son soutien aux opposants «modérés», la France aura accompagné la montée en puissance, à travers ses liens avec le Qatar. Tardivement, Laurent Fabius vient d’annoncer son intention de classer le Front al-Nosra, notoirement affilié à al-Qaida, sur la liste des organisations terroristes. La possibilité d’y adjoindre la branche armée du Hezbollah fait toujours débat à Paris.

Même ambivalence, même jeu dangereux, concernant le projet, un temps revendiqué haut et fort par Paris, d’aider militairement la rébellion. Permettre aux résistants bombardés de se défendre, mais éviter que nos armes ne tombent aux mains des terroristes: ce dilemme n’a pu être surmonté et l’impression de flou ne s’est pas dissipée, fin mars, lorsque François Hollande a exclu toute livraison d’armement à court terme. Parmi les Vingt-Sept divisés, l’équation juridiquement complexe de l’embargo européen risque de se résoudre, à la fin du mois, par une non-décision… «Les États-Unis ont fini par bouger parce qu’ils ne souhaitent surtout pas se faire happer dans un nouveau conflit ; la Russie, elle, est obsédée par l’idée de retrouver une place sur scène internationale», relève un observateur. La France, pour sa part, semble surtout ravalée aux seconds rôles en Syrie.

http://www.lefigaro.fr/international/2013/05/10/01003-20130510ARTFIG00458-syrieparis-a-la-traine-du-tandem-russo-americain.php

 

Le spectaculaire revirement français sur la Syrie

 

Fabius.jpg
Il faut reconnaître une qualité à Laurent Fabius : sa capacité à changer de pied. Fin politique, le ministre des Affaires étrangères nous le montre une fois de plus sur le dossier syrien, où craignant d’être marginalisée par le récent accord américano-russe sur la tenue d’une conférence internationale pour sortir de l’impasse, Paris donne l’impression d’être à la manœuvre, dans le sens souhaité bien sûr par Washington et Moscou, c’est-à-dire la recherche d’une solution diplomatique à un conflit qui a fait plus de 70 000 tués en deux ans. Un rapide examen des faits montre pourtant que la France a surtout joué la mouche du coche sur ce douloureux dossier. Mais à la décharge de M.Fabius, il convient de reconnaître que son prédécesseur au Quai d’Orsay, Alain Juppé, lui avait montré la voie.

Dans un long entretien à nos confrères du Monde, Laurent Fabius déclare que la France « poursuit quatre orientations. D’abord continuer de pousser une solution politique. Les Etats-Unis doivent pleinement s’engager, les discussions avec la Russie se renforcer. Nous proposons depuis longtemps un Genève II faisant suite à la réunion de Genève en juin 2012 ».

Mauvais diagnostic

Ceux qui suivent de près le dossier syrien seront quand même un peu surpris d’entendre M. Fabius assurer que Paris a toujours privilégié l’option diplomatique. Depuis deux ans, la principale faiblesse de la position française a été au contraire de ne pas choisir clairement entre la diplomatie et les armes en Syrie, convaincue que les « jours du régime étaient comptés », selon une formule, qui n’est pas l’apanage il faut le reconnaître du Quai d’Orsay. Cette prévision hasardeuse n’était pas celle, non plus, de notre ambassadeur à Damas Eric Chevallier qui écrivait dans des télégrammes datés des premiers mois de la révolte que le régime était encore trop solide pour tomber, alors qu’à Paris son ministre de tutelle, Alain Juppé, allait répétant que les « jours de Bachar el-Assad étaient comptés ». Un dysfonctionnement sur lequel des historiens se pencheront peut-être un jour.

En condamnant rapidement Assad à comparaître devant un Tribunal international, la France – c’était toujours Alain Juppé en février 2012 – se coupait de toute possibilité de peser – à la mesure de son poids – dans un processus diplomatique à venir. « Nous étions pourtant bien placé », regrette un ancien diplomate en poste à Damas qui rappelle la lune de miel franco-syrienne entre 2008 et 2010.

En Europe, la France a été ensuite – avec la Grande-Bretagne – à la pointe de l’armement des rebelles, afin, nous disait-on, de rééquilibrer le rapport des forces, défavorable aux insurgés face à une armée régulière qui réprime sauvagement les opposants. Une annonce qui a fait long feu, en raison des avertissements du ministère de la Défense, notamment. Au grand chagrin d’insurgés désarmés, qui espéraient dans les promesses françaises et qui aujourd’hui se réfugient auprès des djihadistes du groupe al-Nosra.

D’autre part, entendre M. Fabius se faire le chantre d’un Genève II parait là encore pour le moins surprenant. Après Genève I qui ouvrait la voie à une transition négociée, Paris n’a eu de cesse de répéter que cet accord ne pouvait être appliqué que si Assad quittait le pouvoir dès le lancement de cette transition. Ce à quoi s’opposait Moscou, s’appuyant sur les termes même de l’arrangement. D’où le blocage de Genève I.

« Mais Genève, c’est du passé », entendait-on l’été dernier à Paris, après l’attentat qui coûta la vie à quatre hauts-responsables syriens parmi lesquels le général Assef Shawkat, beau-frère d’Assad.

On joue les mauvaises cartes chez les opposants

Puis quelques semaines après, on nous jurait qu’avec les premiers hélicoptères du régime abattus par les rebelles, « on assistait à une accélération de l’histoire ». Bref, comme le soutenait encore à l’automne M. Fabius, le régime allait tomber – cette fois –ci – dans « quelques semaines ». Il était donc inutile de plaider pour une solution diplomatique. D’autant qu’en parallèle, sous très fortes pressions diplomatiques et financières de nos alliés qatariens, on parvenait tant bien que mal à rassembler l’opposition dans une « Coalition nationale » que la France a été la première à reconnaître. Contrairement aux Etats-Unis qui, pragmatiques, ont vu rapidement que cette Coalition allait exploser sous les mêmes contradictions que le Conseil national syrien qui l’avait précédée : une structure noyautée par les Frères musulmans. Ce qui a alimenté les divisions internes, et débouché finalement sur la démission de son chef Moaz al-Khatib qui s’apprête à créer une nouvelle force politique avec d’autres opposants, moins islamistes, pour faire contrepoids à une Coalition, moribonde.

Or la Coalition est autant le bébé de la France que du Qatar et de la Turquie. Conscients de ses défauts, Etats-Unis et Russie ont choisi d’inviter à titre personnel des opposants à leur conférence de Genève. Ce qui veut dire que la Coalition a quasiment perdu son titre de représentant de l’opposition. Paris – nous dit encore M. Fabius – souhaite ardemment que cette opposition s’élargisse. Surprise là encore : depuis deux ans bientôt, la France a placé ses œufs dans un seul et même panier, celui du CNS puis de la Coalition, refusant d’engager un dialogue conséquent avec d’autres opposants – eux pourtant laïcs – et n’hésitant pas à exercer parfois de vilaines pressions sur certains d’entre eux. Or ceux-là vont aussi être invités à Genève.

On donne des gages aux Américains sur al-Nosra

Pour raccrocher le train de Genève et occuper un strapontin à la conférence internationale qui s’annonce, la France cherche à se redonner une virginité sur le dossier syrien. Et pour donner des gages à ses partenaires américains et russes, Paris en profite pour annoncer qu’il va, cinq mois après Washington, proposer de mettre le groupe rebelle Jabhat al-Nosra lié à Al Qaida, sur la liste des organisations terroristes.

Cette manœuvre sera bien accueillie par les diplomates russes, américains ou onusiens qui depuis le début ne comprennent guère le jusqu’au boutisme verbal de Paris. « La France est la grande perdante de la conférence internationale », souligne l’un d’entre eux. « Son revirement est spectaculaire ». Mais comme l’issue à court terme de ladite conférence est pour le moins incertaine, la France aura encore le loisir de changer de cap…

http://blog.lefigaro.fr/malbrunot/2013/05/le-spectaculaire-revirement-fr.html