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Réunion des vrais amis de la Syrie le 29 mai à Téhéran

La France a été et reste très en pointe dans la démarche consistant à fédérer les énergies pour renverser le président Syrien Bachar al-Assad.

L’aspect le plus visible de cette démarche a été la mise en place du groupe des « amis de la Syrie » ou « du peuple syrien », soit une masse de pays supposés incarner une volonté internationale, en réalité un alibi pour couvrir les agissements d’une clique d’Etats voyous emmenée par le gouvernement français sous les couleurs de l’UMP puis du PS.

L’action française a fait long feu comme l’a montré la dernière réunion à Amman des « amis » de la Syrie, rassemblant péniblement onze Etats participants et une opposition syrienne à qui il a fallu tirer l’oreille pour qu’elle daigne être présente.

On rappellera qu’en juillet 2012, c’est une centaine de pays qui étaient présents à la réunion des « amis » de la Syrie qui se tenait à Paris.

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L’heure de gloire de Laurent Fabius en juillet 2012 à Paris

L’échec sur le plan diplomatique est patent pour Laurent Fabius qui n’en reste pas moins arrogant comme au premier jour.

Dans quelques jours, le 29 mai, une autre réunion des amis de la Syrie va se tenir mais à Téhéran et à l’invitation des autorités iraniennes.

Une quarantaine de pays devraient être représentés dont la Russie et la Chine. Le sultanat d’Oman a confirmé sa participation tandis que des invitations ont été adressées au Qatar, à la Turquie et à l’Arabie Saoudite.

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Téhéran août 2012: les représentants de 30 pays discutent de la situation en Syrie

On peut supposer que le royaume wahhabite sera présent parce que, et c’est quelque chose qui est négligé par vos journaux, l’Arabie Saoudite fait partie d’un groupe de contact sur la Syrie dans lequel elle est associée à l’Iran, à la Turquie et à l’Egypte. La création de ce groupe en mars 2012 s’était d’ailleurs faite à l’initiative de Mohamed Morsi, le président Egyptien.

Le gouvernement iranien est optimiste sur le succès de cette nouvelle réunion des vrais amis de la Syrie et sur les  progrès auxquels elle pourrait permettre d’aboutir.

Et n’oublions pas que dès le début, l’Iran a plaidé pour une résolution pacifique de la crise syrienne et, à cette fin, a pris langue et gardé contact avec toutes les parties.

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L’un est à gauche et l’autre à droite (du moins sur la photo)

A comparer avec le comportement barbare des deux énarques qui se sont succédé à la tête du Quai d’Orsay.

http://mounadil.wordpress.com/2013/05/26/reunion-des-vrais-amis-de-la-syrie-le-29-mai-a-teheran/

Syrie: l’opposition, bloquée par ses divisions, ne peut se prononcer sur Genève 2

Bulent Kilic/AFP Des membres de la coalition nationale syrienne, le 23 mai 2013 à Istanbul

Alors que Damas a annoncé son intention de participer à une conférence internationale de paix dite « Genève 2 », l’opposition syrienne réunie depuis jeudi à Istanbul ne parvenait pas dimanche à surmonter ses divisions et à adopter une position claire sur ces négociations avec le régime du président Bachar al-Assad.

La situation est d’autant plus grave que les ministres français, américain et russe des Affaires étrangères doivent se réunir lundi soir à Paris pour discuter de la préparation de la conférence internationale et que les membres de l’Union européenne doivent débattre à Bruxelles d’une éventuelle levée de son embargo sur les armes à destination de l’opposition syrienne.

Dans la métropole turque, la Coalition nationale de l’opposition syrienne avait prévu de venir à bout en trois jours d’un agenda chargé : entrée de nouveaux membres dans l’organisation –qui fédère de nombreux groupes de l’opposition syrienne–, élection d’un nouveau président, approbation d’un gouvernement pour les territoires aux mains des rebelles, et enfin débat sur une participation à « Genève 2 ».

Mais dimanche soir, à l’issue d’une quatrième journée de débats, les opposants n’étaient toujours pas parvenus à se mettre d’accord sur le premier point de leur ordre du jour.

Et les accusations fusaient entre les protagonistes, se reprochant réciproquement de vouloir s’approprier le pouvoir en modifiant les rapports de force dans la Coalition avec l’entrée de nouveaux membres ou au contraire de vouloir le garder en fermant la porte à l’élargissement.

« Vous avez l’Arabie saoudite et les Emirats arabes unis qui s’acharnent à inclure jusqu’à 30 membres dans la Coalition nationale. Leur objectif est de réduire l’influence des Frères musulmans dans cette structure », affirmait ainsi samedi à l’AFP un membre de la Coalition sous couvert d’anonymat.

Bulent Kilic/AFP Des membres de la coalition nationale syrienne, le 23 mai 2013 à Istanbul

« Le problème pour nous (les rebelles), c’est que si l’Arabie saoudite prend le contrôle, ils vont se contenter de soutenir les groupes armés de leur choix. Ils n’ont aucune envie de respecter une quelconque structure créée par les Syriens », a commenté dimanche une source proche de l’Armée syrienne libre (ASL).

Arabie saoudite et Emirats contre Qatar et Turquie, c’est en effet « la toile de fond » de cette bataille de tranchée, les premiers soutenant l’entrée dans la Coalition d’un groupe réuni autour de l’opposant historique Michel Kilo, les autres tentant de préserver leur position de force dans l’organisation à travers leurs alliés les Frères musulmans, a confirmé un diplomate parlant sous le couvert de l’anonymat.

Mais les dissensions ont aussi des motivations plus obscures, souvent liées à des questions de personnes, a souligné cette source.

Parvenir à un élargissement de la Coalition, avec plus de femmes, plus de représentants des minorités, mais aussi pour « ne pas s’aliéner certains pays donateurs » comme l’Arabie saoudite, est pourtant « crucial » avant les sommets de Paris et Bruxelles, « pour qu’on puisse montrer que l’opposition est unie », a ajouté le diplomate.

Les sanctions décidées par l’Union européenne (UE) contre la Syrie doivent être renouvelées fin mai. A cette occasion, la France et surtout la Grande-Bretagne font pression pour une levée de l’embargo sur les livraison d’armes afin de pouvoir équiper les rebelles syriens.

« Nous devons parvenir à un résultat, même s’il faut y passer du temps, il faut que nous puissions constituer une délégation qui soit à la hauteur de sa mission » si des négociations entre l’opposition et le régime ont bien lieu, comme les y encouragent les Etats-Unis et la Russie, à l’origine de l’initiative « Genève 2 », a déclaré une autre source diplomatique.

Et c’est en plein étalage par l’opposition de ses divisions que le ministre syrien des Affaires étrangères, Walid Mouallem, a choisi d’annoncer une « décision de principe de participer à la conférence internationale qui doit avoir lieu à Genève ».

Le temps presse d’autant plus pour l’opposition que, sur le terrain, l’armée syrienne, épaulée par la milice chiite libanaise du Hezbollah, progresse dans son offensive contre la ville stratégique de Qousseir (centre), tenue par les rebelles.

« La situation sur le terrain est tellement mauvaise que je pense que ces membres de la Coalition devraient commencer à transpirer », a déclaré la source proche de l’ASL.

AFP

http://www.lechorepublicain.fr/france-monde/actualites/a-la-une/international/2013/05/26/syrie-l-opposition-bloquee-par-ses-divisions-ne-peut-se-prononcer-sur-geneve-2-1563749.html

« Le Qatar a besoin de s’afficher pour exister »

Par Nadéra Bouazza, publié le 16/05/2013

Les Français ne peuvent plus ignorer l’existence du Qatar. Ce micro-Etat de 300 000 autochtones semble être de tous les projets: du rachat du PSG il y a bientôt deux ans au soutien déterminant lors de l’intervention française en Libye. Ici comme ailleurs, ce nouvel acteur de la scène internationale passionne et agace. Il effraie aussi, parfois. Entretien avec le chercheur Nabil Ennasri, auteur de L’Enigme du Qatar (IRIS).

"Le Qatar a besoin de s'afficher pour exister"

Le Premier ministre du Qatar, le cheikh Hamad bin Jassim bin al-Thani, reçoit le secrétaire d’Etat américain John Kerry à Doha, en mars 2013.

REUTERS/stringer

Comment expliquer le volontarisme grandissant du Qatar depuis une dizaine d’années?

Le premier facteur est la vision qui anime les dirigeants de l’émirat. Leurs ambitions ont été décrites dans un document, le « Qatar National Vision 2030 ». C’est une sorte de feuille de route dont l’objectif est de faire de l’émirat un acteur majeur de la communauté internationale à l’horizon 2030. Pour ce faire, une série de plans quinquennaux sont prévus. Aucun domaine n’est sous-estimé, car le Qatar entend jouer dans la cour des grands, sur les terrains diplomatique, médiatique, économique, sportif et culturel. Le deuxième facteur est la place géostratégique qu’occupe cet Etat. Situé dans un Moyen-Orient mouvementé, l’émirat est dans l’oeil du cyclone, au coeur d’une région du Golfe qui reste la source de toutes les convoitises en raison de la richesse de son sous-sol. Or le Qatar est un Etat petit et vulnérable. Ses dirigeants sont déterminés à compenser cette fragilité par une politique de visibilité. En d’autres termes, le Qatar a besoin de s’afficher pour exister. Grâce au  » soft power  » — dans les médias et le sport, en particulier, – l’émirat a pu sortir de l’anonymat. C’est en grande partie cette équation qui explique son dynamisme grandissant.

Quels sont ces objectifs à l’horizon 2030?

S’ériger en poids lourd du rapport de forces régional, voire international. Au-delà, les autorités qataries souhaitent faire de leur pays une sorte de modèle pour les pays du Golfe et plus largement le monde arabe. La famille royale souhaite que le pays puisse faire le lien entre islam et modernité, entre fidélité aux valeurs traditionnelles et volonté d’intégrer la nouvelle marche du monde. Pour autant, le Qatar n’est pas à l’abri de certaines contradictions : il lui sera difficile de s’ériger en exemple s’il n’améliore pas la condition des travailleurs asiatiques. Ces derniers, qui forment la majorité de la population dans le pays, sont soumis à des conditions de vie drastiques. Et puis, ce dessein de faire le pont entre l’Orient et l’Occident commence à agacer certaines franges conservatrices de la société autochtone, qui voient d’un mauvais oeil cette modernisation à marche forcée, car elle pourrait menacer l’identité arabo-islamique du pays. 2030 est donc une forme de nouvelle frontière, où le Qatar se projette comme un État stable, florissant et puissant… mais il risque d’être rattrapé par des obstacles qui pourraient lui être fatales.

Quelle place tient le sport dans sa stratégie?

C’est l’un des outils majeurs déployés comme vecteur de rayonnement. Le football, naturellement considéré comme le sport-roi, est au coeur de cette stratégie. Outre l’utilisation du sport sous la forme d’un marketing d’Etat, il faut souligner deux autres aspects importants. D’abord, le sport est conçu comme un facteur de stabilité de la société : chaque année, au Qatar, un jour férié est consacré au sport et chaque habitant(e) est invité(e) à exercer une activité ; il n’est pas rare de voir l’émir en personne donner l’exemple. Surtout, le sport et toute l’industrie qui l’accompagne est perçu comme un moteur de croissance qui pourra tirer l’économie future du pays. A l’horizon 2030, le Qatar souhaite que seule la moitié de sa richesse dépende de ses hydrocarbures. Cette stratégie de diversification économique se base sur trois piliers : l’économie de la connaissance, le tourisme et l’industrie du sport. C’est dans cette perspective que l’émirat a lancé un plan d’investissement de plus de 100 milliards de dollars afin d’accueillir le mieux possible les grandes compétitions internationales. Le Mondial 2022 et les Jeux olympiques de 2024 sont dans sa ligne de mire.

Le Qatar semble avoir une relation particulière avec la France. Pourquoi?

C’est un pays qui a toujours occupé une place à part auprès des décideurs qataris. Francophile, l’émir a très tôt envoyé plusieurs de ses enfants étudier en France. Le prince héritier est lui-même francophone et la France – Paris, surtout, considéré comme la « Ville-lumière » — détient un capital symbolique unique au monde. Plus fondamentalement, le Qatar souhaite densifier son partenariat stratégique avec les pays qui comptent dans le concert des nations, d’autant que l’émirat ne veut pas dépendre exclusivement de l’aide américaine. Cette équation fait de la France le partenaire naturel, car il cumule plusieurs atouts : membre permanent du Conseil de sécurité, puissance militaire de premier plan…L’ensemble de ces éléments ont poussé le président Nicolas Sarkozy et l’émir Hamad Ben Khalifa Al Thani d’envisager un rehaussement spectaculaire des relations bilatérales. Plus discrète, la diagonale n’a guère changé.

La France est loin d’être le pays où le Qatar investit le plus…

Effectivement. L’émirat investit deux à trois fois plus en Grande-Bretagne, mais l’implication qatarie sur le terrain français est aujourd’hui source de nombreux fantasmes. En Allemagne, en Italie et jusqu’en Grèce, on ne décèle pas autant de commentaires passionnés sur les « sombres desseins » de l’investissement du Qatar. De mon point de vue, il faudrait poser les termes du débat avec sérénité et abandonner les procès d’intention. Le problème est plus profond, sans doute : la France a un problème avec l’argent et un problème avec l’islam. Monarchie opulente où l’islam est religion d’Etat, le Qatar cristallise ces deux malaises.

Source : http://www.lexpress.fr/actualite/monde/proche-orient/le-qatar-a-besoin-de-s-afficher-pour-exister_1248994.html

La Syrie : L’immense humiliation de la France _ samedi 11 mai 2013

http://www.dailymotion.com/video/xzn5ep_irib-2013-05-06-bassam-tahhan-la-ligue-arabe-anti-cause-palestinienne_news?start=2#.UZDiuEqQjrM

Irib 2013.05.06 Bassam Tahhan « la ligue arabe… par Hieronymus20

J’ai mal pour la France comme j’ai mal pour la Syrie. Nous avons des amateurs, des guignols, ou des traitres à la nation. Chacun en fonction de ses analyses pourra se faire une idée de notre classe politique.
Nous avons (beaucoup de blogueurs, certains hommes politiques dont la voix est mise en sourdine, journalistes marginalisés) mis en garde contre l’aventure syrienne.
Une aventure criminelle, qui n’apporte ni prestige ni richesse à la France, rien que le déshonneur. Comme souvent la France se fait doublée par les pays anglo-saxons. La France a perdu son honneur et son prestige ou le peu de ce qui lui en reste. Elle a pris fait et cause pour un projet criminel. Et à aucun moment elle n’a pas cherché à tempérer sa conduite et son engagement, au mépris des conventions et des accords internationaux.
Je n’ose crier victoire, la guerre fait toujours rage en Syrie. Encore des morts et des déplacés. Je suis méfiante et j’ai bien peur que la joie soit courte de durée. Les Anglo-saxons sont perfides. Rappelons nous les accords de Genève, à peine sortis de la salle de réunion que les Américains présentaient leur propre interprétation des textes.
Comment expliquer ce revirement ? Est-ce que les Russes montrent leur détermination d’armer d’avantage la Syrie ? L’Iran et le Hezbollah qui ont déclaré dernièrement qu’ils deviendront partie prenante dans le conflits pour éviter que Damas tombe dans les mains américaines ou israéliennes ? Ou d’autres raisons que l’on ne connait pas ?
En tout cas, la France sort amoindrie comme d’habitude, décidément, incapable de tirer les leçons de son histoire avec les Anglo-saxons. Elle s’est fait doublée à plusieurs reprises, souvent elle fait le sale boulot à leur profit.
Question armes chimiques et notamment l’utilisation du sarin, même les Américains reconnaissent maintenant qu’il a été utilisé pas les terroristes. Surement dans le but d’accélérer l’intervention étrangère en Syrie. Mais nos médias persistent dans la fable de l’utilisation par Damas d’armes chimiques.
Notre diplomatie fera-t-elle son inventaire, son état des lieux, en tirera-t-elle les conséquences qui s’mposent et surtout que les responsables et les coupables devront payer le prix.
Au moins le prix politique, un ostracisme à perpétuité.
Le Figaro titre « Syrie : la diplomatie française en échec » « Trop peu ? Trop tard ? Paradoxalement, Paris, qui apparaît aujourd’hui à la traîne, était à l’initiative sur le front syrien. Mais cette proactivité n’a pas toujours été menée à bon escient, pas plus qu’elle n’a conduit aux bons interlocuteurs. Elle a nourri des ambiguïtés et s’est accompagnée d’une absence de lisibilité qui fait dire à un autre expert que « jamais nos intérêts et les conséquences stratégiques de nos décisions n’ont été clairement définis et évalués ».

Trop souvent aussi, les initiatives ont été dictées par des « considérations médiatiques », ajoute cette source. À son arrivée au Quai d’Orsay, Laurent Fabius a plaidé, comme son prédécesseur Alain Juppé , pour une saisie de la Cour pénale internationale (CPI) à l’encontre de Bachar. Un an plus tard et alors que les massacres se poursuivent, aucune démarche n’a été engagée vis-à-vis de la Cour de La Haye. »

Même nos journalistes ne se gênent plus de citer du président syrien par son prénom, comme notre lulu national. Un mépris que ni les cours criminelles ni les assises n’affichent ostensiblement vis à vis des pires criminels, ou la civilité reste de rigueur. Sur ce point, la presse anglophone ne déroge presque jamais. Cela montre la décadence de nos intellectuels, de nos politiques et de nos communicants.

http://reflexionssurlemonde.blogspot.com/2013/05/la-syrie-limmense-humiliation-de-la.html

Syrie : la diplomatie française en échec

Par Alain Barluet

La 3e réunion des Amis du peuple syrien, en juillet à Paris, en présence de Laurent Fabius et de François Hollande. La France était à l'initiative de la création de ce groupe.
La 3e réunion des Amis du peuple syrien, en juillet à Paris, en présence de Laurent Fabius et de François Hollande. La France était à l’initiative de la création de ce groupe. Crédits photo : JACQUES BRINON/AFP

L’accord entre Moscou et Washington pour réunir une conférence internationale marginalise l’action de la France, qui a fait du départ de Bachar el-Assad une priorité absolue.

«Dans cette crise, la France a voulu jouer le rôle d’éclaireur. Le problème, c’est que le quartier général a décidé de rappeler les troupes.» En une image, un bon connaisseur du dossier syrien décrit le contre-pied dans lequel se trouve prise la diplomatie française, alors que deux protagonistes majeurs, les États-Unis et la Russie, semblent maintenant décidés à agir de concert. L’enjeu: tourner la page d’une abomination qui, en deux ans, a fait plus de 70.000 morts, des centaines de milliers de blessés et des millions de déplacés et de réfugiés.

Qu’il s’agisse d’un trompe l’œil destiné à gagner du temps ou de l’amorce, enfin, d’une véritable sortie politique du conflit, l’accord russo-américain ressemble à un tournant dans le sanglant feuilleton syrien. Laurent Fabius en a pris acte mercredi dans Le Monde en se déclarant favorable à une solution politique et partisan «depuis longtemps» d’une réunion (dite «Genève 2», dans le langage diplomatique) visant à mettre en chantier un gouvernement de transition à Damas. Façon, diront certains, de monter en marche dans un train dont les deux locomotives sont à Washington et à Moscou. «Seuls, nous ne pouvons résoudre ce conflit», a lucidement concédé le patron du Quai d’Orsay.

Ni armes, ni recours à la CPI

Trop peu? Trop tard? Paradoxalement, Paris, qui apparaît aujourd’hui à la traîne, était à l’initiative sur le front syrien. Mais cette proactivité n’a pas toujours été menée à bon escient, pas plus qu’elle n’a conduit aux bons interlocuteurs. Elle a nourri des ambiguïtés et s’est accompagnée d’une absence de lisibilité qui fait dire à un autre expert que «jamais nos intérêts et les conséquences stratégiques de nos décisions n’ont été clairement définis et évalués».

Trop souvent aussi, les initiatives ont été dictées par des «considérations médiatiques», ajoute cette source. À son arrivée au Quai d’Orsay, Laurent Fabius a plaidé, comme son prédécesseur Alain Juppé , pour une saisie de la Cour pénale internationale (CPI) à l’encontre de Bachar. Un an plus tard et alors que les massacres se poursuivent, aucune démarche n’a été engagée vis-à-vis de la Cour de La Haye.

Paris a été parmi les toutes premières capitales à décréter que «Bachar doit partir» et à le répéter avec une constance qui honorerait notre diplomatie si, au fil du temps, le décalage ne s’était creusé avec la réalité. La proclamation de cet impératif catégorique a d’emblée «braqué» la Russie et contrarié la possibilité d’une issue négociée alors qu’il en était, peut-être, encore temps. Bachar, conviennent diplomates et militaires, «n’est pas près de partir», de même que la partie n’est pas gagnable sur le terrain où les lignes de front entre l’armée et les rebelles sont peu ou prou figées.

Vendredi, le Quai d’Orsay a une nouvelle fois appelé à une «solution excluant le maintien de Bachar». Il y a trois jours, John Kerry lui-même, face à son homologue Sergueï Lavrov, a convenu que ce n’était pas aux Américains d’en décider…

En pointe, Paris l’a également été pour reconnaître officiellement la coalition de l’opposition syrienne, constellation pourtant désunie. Avec de piètres résultats. Car ceux sur qui la diplomatie française comptait s’appuyer, tel Moaz al-Khatib, se sont dérobés, marginalisés par les bataillons djihadistes. Des franges radicales de la rébellion dont, paradoxalement là encore, pour un pays qui martèle son soutien aux opposants «modérés», la France aura accompagné la montée en puissance, à travers ses liens avec le Qatar. Tardivement, Laurent Fabius vient d’annoncer son intention de classer le Front al-Nosra, notoirement affilié à al-Qaida, sur la liste des organisations terroristes. La possibilité d’y adjoindre la branche armée du Hezbollah fait toujours débat à Paris.

Même ambivalence, même jeu dangereux, concernant le projet, un temps revendiqué haut et fort par Paris, d’aider militairement la rébellion. Permettre aux résistants bombardés de se défendre, mais éviter que nos armes ne tombent aux mains des terroristes: ce dilemme n’a pu être surmonté et l’impression de flou ne s’est pas dissipée, fin mars, lorsque François Hollande a exclu toute livraison d’armement à court terme. Parmi les Vingt-Sept divisés, l’équation juridiquement complexe de l’embargo européen risque de se résoudre, à la fin du mois, par une non-décision… «Les États-Unis ont fini par bouger parce qu’ils ne souhaitent surtout pas se faire happer dans un nouveau conflit ; la Russie, elle, est obsédée par l’idée de retrouver une place sur scène internationale», relève un observateur. La France, pour sa part, semble surtout ravalée aux seconds rôles en Syrie.

http://www.lefigaro.fr/international/2013/05/10/01003-20130510ARTFIG00458-syrieparis-a-la-traine-du-tandem-russo-americain.php