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La politique syrienne de Washington : faucons contre colombes

À l’image de Vladimir Poutine en Russie, la politique syrienne de Barack Obama est attaquée avec virulence, à la fois par les « faucons » et par les « colombes ». Le 13 juin dernier, Obama concéda deux victoires limitées mais inquiétantes aux faucons : des preuves que les troupes de Bachar el-Assad « ont utilisé des armes chimiques [c’est-à-dire le sarin] contre les forces rebelles », et la décision correspondante « de commencer à fournir pour la première fois aux rebelles des armes légères et des munitions. » (1)

Chacune de ces annonces semble particulièrement étrange, pour ne pas dire malhonnête, pour quiconque ayant suivi de près la crise syrienne. Le conseiller adjoint à la Sécurité nationale Benjamin Rhodes, l’un des principaux conseillers d’Obama en politique étrangère, fut cité dans le New York Times déclarant qu’« il n’y avait aucune raison de penser que la résistance avait accès à des armes chimiques. » Ainsi, comme la plupart des médias grand public aux États-Unis, Rhodes ignora tout simplement les informations parues en mai dernier dans les médias britanniques, selon lesquelles « des enquêteurs de l’ONU en charge des droits de l’Homme ont rassemblé des témoignages de victimes de la guerre civile en Syrie et de personnels médicaux [,] indiquant que les forces rebelles avaient employé du gaz neurotoxique sarin. » (2) Trois semaines plus tard, d’autres informations de ce genre ont été diffusées avant d’être remises en cause. Elles avançaient qu’un cylindre de 2kg contenant du gaz sarin avait été saisi sur des forces rebelles syriennes en Turquie. (3) Comme dix ans plus tôt lorsque l’Irak était en ligne de mire, nous pouvons observer aux États-Unis un nouveau cas où des impératifs politiques conditionnent le renseignement, et non le contraire.

La seconde annonce voulant que les États-Unis commencent « à fournir [en armes] les rebelles » est tout aussi peu crédible. Comme le Times l’a révélé il y a trois mois, la CIA a facilité un acheminement aérien de 3 500 tonnes d’armes (ou peut-être plus) en faveur des rebelles – l’Arabie saoudite et le Qatar étant au cœur de cette opération. (4)

Le rôle d’intermédiaires joué par ces deux pays reproduit un schéma observé en Bosnie en 2003, et plus particulièrement en Libye en 2011 ; et l’Histoire nous enseigne qu’il sera difficile – voire impossible – d’empêcher que des jihadistes ne s’emparent de ces armes, bien que Washington préférerait éviter cette question. (5) En revanche, il est clair que ces armes amplifieront le massacre sans y mettre fin – un carnage visant plus que jamais les civils, quel que soit le camp d’où provient la violence. (6)

Avec ces manœuvres prudentes, Obama a fait bien moins de concessions que ne le désiraient les faucons, comme le Sénateur républicain John McCain. Dans cette même annonce, Benjamin Rhodes a « tout bonnement exclu l’option d’une zone de non-survol », la stratégie d’« aucun soldat au sol » qui a renversé Kadhafi en Libye. En prenant cette décision, Obama pourrait toujours espérer prévenir la manœuvre russe de fournir à el-Assad des missiles anti-aériens perfectionnés – une démarche qui provoquerait très probablement un engagement militaire israélien, et peut-être même une expansion du conflit vers le Liban et l’Irak.

 

Appuyé par un éditorial dans le New York Times, (7) le secrétaire d’État John Kerry a rencontré au début du mois de mai son homologue russe Sergueï Lavrov. Alors qu’un embargo sur les armes de l’Union européenne devait expirer, ils sont tombés d’accord pour organiser une nouvelle conférence internationale à la fin du mois de mai, dans le but de répondre à la crise syrienne. Cependant, cette conférence fut repoussée et sa tenue reste incertaine, en grande partie du fait que les rebelles de l’ASL – clients favoris de l’Occident dans cette rébellion – ont refusé d’y participer, alors qu’ils sont en train de perdre la guerre.

Kerry et Lavrov se sont rencontrés de nouveau à Paris à la fin du mois de mai, et l’issue de cette rencontre fut cette fois-ci plus préoccupante. En effet, les médias russes ont de nouveau rapporté – avec un optimisme mesuré – qu’une rencontre était en projet, bien qu’étant retardée. (8) En revanche, les médias états-uniens ont ignoré ou minimisé l’idée d’une conférence. Au contraire, ils ont amplement cité Patrick Ventrell, un porte-parole du Département d’État, qui reprocha à Moscou d’avoir annoncé la livraison à la Syrie du S-300, un système sophistiqué de missiles guidés anti-aériens ; et il ajouta que les États-Unis soutiendraient dorénavant l’allègement de l’embargo de l’UE sur les armes. (9)

Depuis qu’il a pris ses fonctions, nous avons pu observer deux caractéristiques dans la politique syrienne d’Obama, qui se compensent mutuellement. La première a été son extrême prudence, et son refus de s’engager précipitamment dans des interventions militaires, comme celle où sont actuellement enlisés les États-Unis en Afghanistan. La seconde a été une tendance à justifier ses tactiques dilatoires par des annonces politiques aux buts abstraits, adaptés seulement pour les gros titres. Ce fut par exemple le cas en août 2011, lorsqu’il déclara de façon catégorique qu’el-Assad devait « quitter le pouvoir ». Ainsi, Obama s’est enfermé dans une position politique à laquelle la Russie n’adhèrera pas, sans se donner les moyens de parvenir à cette issue.

Dans le même temps, aux États-Unis et ailleurs, de nombreux analystes bien informés sur la crise syrienne ont mis en garde que ce conflit – qui est déjà une guerre par procuration opposant l’Iran à la Turquie et aux pays de la Péninsule arabique –, pourrait s’étendre et devenir encore plus menaçant. (10) Cependant, ces analyses ont tendance à ignorer la brutale réalité des hydrocarbures qui pourrait déterminer la chute d’el-Assad, si cette compétition énergétique n’est pas frontalement dénoncée.

En 2010, les réserves pétrolières en Syrie étaient estimées à 2.500.000.000 de barils. Plus important encore, la Syrie est la route terrestre la plus évidente pour tout oléoduc ou gazoduc exportant les hydrocarbures du golfe Persique (incluant l’Iran) vers les nations énergivores d’Europe de l’Ouest. Mais l’oléoduc Kirkuk-Bāniyās, qui acheminait le pétrole brut du champ de Kirkuk (Irak) vers la Méditerranée, fut détruit par des frappes aériennes de l’US Army en 2003 et il ne fut jamais rouvert.

En 2009, le Qatar et la Turquie commencèrent à négocier un nouveau pipeline de gaz naturel à travers l’Arabie saoudite et la Syrie, qui serait relié à Nabucco, un projet de gazoduc traversant la Turquie depuis l’Azerbaïdjan. (11) Cependant, un chemin à travers l’Irak semblait de plus en plus problématique, avec la multiplication des conflits dans cette zone. Parallèlement, selon Oilprice.com, l’Arabie saoudite refusa au Qatar l’utilisation de son territoire, ne laissant à cet émirat qu’une route à travers le sud de l’Irak et la Syrie, pour qu’il «sécurise une nouvelle source de revenus. En Turquie, les pipelines sont déjà construits pour recevoir le gaz. Seul el-Assad y fait obstacle.» (12)

Depuis, le Financial Times a rapporté que «Ces deux dernières années, ce minuscule État riche en gaz qu’est le Qatar a dépensé jusqu’à 3 milliards de dollars pour soutenir la rébellion en Syrie, bien plus que n’importe quel autre gouvernement. […] [S]on soutien financier pour la révolution devenue une guerre civile sournoise éclipse totalement le soutien occidental pour l’opposition.» (13)

Le site bien informé ZeroHedge.com a commenté que cet investissement considérable était, «comme c’est si souvent le cas au Moyen-Orient, […] encore une fois uniquement motivé par les ressources naturelles.» (14)

Le champ gazier North Dome du Qatar, situé au milieu du golfe Persique, ne fait qu’un avec le champ South Pars d’Iran, et ils constituent ensemble le plus grand champ gazier du monde. En 2011, el-Assad rejeta un ultimatum du Qatar. Au contraire, il se mit d’accord avec l’Iran et l’Irak pour construire un nouveau gazoduc entre l’Iran et la Syrie, qui transfèrerait le gaz naturel vers la mer Méditerranée depuis le champ iranien South Pars plutôt que depuis le North Dome du Qatar. (15) (N’oublions pas que des défis de cette ampleur contre l’hégémonie du pétrodollar US avaient été lancés par Saddam Hussein puis par Mouammar Kadhafi, avec des conséquences fatales tant pour leurs régimes que pour leurs vies.) (16)

Comme Pepe Escobar l’a commenté, «La raison centrale (mais inavouée) de l’obsession du Qatar pour un changement de régime en Syrie est d’anéantir le pipeline [de gaz naturel] de 10 milliards de dollars [projeté par] l’Iran, l’Irak et la Syrie, qui ont conclu cet accord en juillet 2011. Il en va de même pour la Turquie, car ce gazoduc éviterait Ankara, qui s’affiche perpétuellement comme le carrefour énergétique incontournable entre l’Orient et l’Occident.

Il est crucial de se rappeler que ce gazoduc Iran-Irak-Syrie est […] une abomination pour Washington. […] La différence est que, dans le cas présent, Washington peut compter sur ses alliés du Qatar et de la Turquie pour saboter intégralement cet accord.» (17)

L’un des grands inconvénients des politiques étrangères clandestines est que des décisions cruciales ayant des répercussions mondiales sont confiées à des cowboys va-t-en-guerre. Ces derniers sont peu contrôlés, et ils sont encore moins préoccupés par les conséquences de leurs actions déstabilisantes sur le long terme. Nous avons pu l’observer deux décennies plus tôt, lorsque la CIA aida l’ISI pakistanais – collaborant avec le jihadiste salafiste Hekmatyar – à renverser le gouvernement relativement modéré de Mohammed Najibullah en Afghanistan, qui était resté en place après le retrait des soviétiques. L’Agence avait alors contourné le Département d’État.18

L’ancien ambassadeur Peter Tomsen a écrit des mémoires éloquentes, The Wars of Afghanistan, au sujet de cette tragédie peu admise, de laquelle ont découlé à la fois le 11-Septembre et une guerre que les États-Unis sont encore en train de combattre :

«Le sous-secrétaire aux Affaires politiques Robert Kimmitt et moi-même avons tenté de faire disparaître le fossé entre le Département d’État et la Direction des opérations de la CIA sur la politique afghane. J’ai rencontré à deux reprises le directeur adjoint de la CIA Richard Kerr afin de régler nos divergences. Mais l’Agence persista à soutenir les attaques militaires de l’ISI contre Kaboul, qui visaient à remplacer Najib[ullah] par Hekmatyar. […] Chacun de leur côté, le Département d’État et la CIA agissaient pour remplir des objectifs contradictoires. Ce fut une certaine recette vers la paralysie et l’échec politique final.» (19)

En l’absence d’un changement significatif, nous pouvons anticiper la répétition de cette tragédie en Syrie – soit le fait que la CIA, avec la complicité de l’Arabie saoudite et du Qatar, facilite le transfert d’armes à des jihadistes sunnites, tandis que les responsables du Département d’État tentent de parvenir à une résolution pacifique de cette crise avec leurs homologues russes.

La solution alternative à cette situation serait une nouvelle conférence de Genève, que les diverses factions rebelles soient présentes ou non, mais avec la nécessaire participation du Qatar et de deux autres pays exclus de la précédente conférence : l’Iran et l’Arabie saoudite. Toutes ces nations sont déjà parties au conflit et, comme le reste du monde, elles ont des intérêts légitimes que la paix serait mieux à même de satisfaire. (20)

 

Peter Dale Scott (

(Traduction : Maxime Chaix, Article original : Peter Dale Scott, «Washington’s Battle Over Syrian Foreign Policy: Will Hawks Or Doves Prevail?», The Asia-Pacific Journal, Volume 11, Issue 24, N°1, 17 juin 2013.-

Notes

1). « U.S. Is Said To Plan To Send Weapons to Syrian Rebels », New York Times, 14 juin 2013.

2). «U.N. has testimony that Syrian rebels used sarin gas: investigator», Reuters, 5 mai 2013. Cf. BBC, 6 mai 20913. À cette époque Jay Carney, le porte-parole de la Maison Blanche, déclara que «Nous sommes très sceptiques devant toute suggestion indiquant que les rebelles aient utilisé des armes chimiques», Guardian (Londres), 6 mai 2013.

3). « Turkey finds sarin gas in homes of suspected Syrian Islamists – reports », RT, 30 mai 2013.

4). C.J. Chivers and Eric Schmitt, « Arms Airlift to Syria Rebels Expands, With Aid From C.I.A. », New York Times, 24 mars 2013.

5). Peter Dale Scott, « La Bosnie, le Kosovo et à présent la Libye : les coûts humains de la collusion perpétuelle entre Washington et les terroristes », Mondialisation.ca, 17 octobre 2011. Cf. Jason M. Breslow, «Can the U.S. Keep Its Weapons From Extremists in Syria ?», FRONTLINE, PBS, 14 juin 2013 : «Dans ce pays, comme l’a rapporté FRONTLINE dans [son documentaire] The Battle for Syria, les rebelles sont devenus de plus en plus islamistes et extrémistes, l’administration craignant ainsi que des armes US puissent tomber dans de mauvaises mains. À l’avenir, le défi serait d’éviter la réalisation un tel scénario, une tâche que la plupart des experts considèrent comme difficile, pour ne pas dire impossible. »

6). Dana El Baltaji, « Syria Rebels Threaten to Wipe Out Shiite, Alawite Towns », Bloomberg.com, 21 mai 2013 : «Selon des forces rebelles, les localités peuplées par des musulmans chiites et par la minorité alaouite dont est issue le Président Bachar el-Assad seront ‘rayées de la carte’ si la ville stratégique de Qousseir – située au centre de la Syrie – était reprise par les troupes gouvernementales. ‘Nous ne le souhaitons pas, mais ce sera une réalité imposée à tout le monde’ déclara hier sur la chaine de télévision Al-Arabiya le colonel Abdel-Hamid Zakaria, un porte-parole de l’Armée Syrienne Libre en Turquie [, issu de la faction que le Sénateur John McCain a rencontré le mois dernier]. ‘Ce sera une guerre interconfessionnelle brutale et sanglante jusqu’à la fin.’»

7). [L’ancien Ambassadeur] Daniel C. Kurtzer, « Obama Can’t Go It Alone in Syria », New York Times, 2 mai 2013 : «Construire une coalition internationale d’États – particulièrement avec la Russie, l’Égypte, l’Arabie saoudite et le Qatar – est la seule option stratégique viable pour les États-Unis. Sans une telle coalition, une intervention se soldera par un échec. Et sans une telle coalition, les États-Unis doivent rejeter l’option d’une intervention militaire unilatérale en Syrie.»

8). «Take two: Lavrov, Kerry working to broker redo of Syria peace conference», RT, 27 mai 2013.

9). « US supports EU easing of Syria arms embargo », AFP, 28 mai 2013 ; UPI, 29 mai 2013.

10). Voir par exemple David Bromwich, «Stay Out of Syria!», New York Review of Books, 20 juin 2013. M K Bhadrakumar pose le problème plus concrètement, son regard tourné vers un conflit entre les États-Unis et la Russie : «En somme, la décision capitale d’Obama visant à intervenir militairement en Syrie – qui pourrait bien lancer une nouvelle guerre froide – est une manœuvre désespérée de diversion, alors que son administration est profondément empêtrée dans le scandale Snowden. L’édifice moral tout entier sur lequel Obama a construit sa présidence, et les valeurs qu’il a placées au cœur de son ‘audace d’espérer’ lorsqu’il commença sa longue marche vers la Maison Blanche il y a 5 ans – transparence, responsabilité, légitimité, multilatéralisme, consensus –, s’avèrent aujourd’hui n’être qu’un tas de mensonges.» (« Obama’s Monica Moment », Asia Times, 14 juin 2013).

11. «Qatar seeks gas pipeline to Turkey», TheNational.ae, 26 août 2009. Cf. PipelinesInternational.com, mars 2010 : «La Turquie est en négociations pour discuter du développement du gazoduc Qatar-Turquie. Ce pipeline relirait Doha à Istanbul, une distance d’environ 2 500 km. Il acheminerait du gaz qatari vers la mer Méditerranée, traversant l’Arabie saoudite, la Jordanie et la Syrie, et il pourrait se connecter au gazoduc Nabucco, qui est en projet.».

12). Felix Imonti, « Qatar: Rich and Dangerous », Oilprice.com, 17 septembre 2012.

13). Financial Times, 16 mai 2013.

14). «Mystery Sponsor Of Weapons And Money To Syrian Mercenary “Rebels” Revealed», ZeroHedge.com, 16 mai 2013.

15). «Islamic Pipeline States Meet in Baghdad», Tehran Times, 14 juin 2013.

16). Peter Dale Scott, « La guerre en Libye, le pouvoir américain et le déclin du système des pétrodollars », Mondialisation.ca, 1er mai 2011.

17). Pepe Escobar, «Iran, Pakistan, Syria, Qatar: Pipelineistan at work», RT, 14 avril 2013.

18). Pour un récit terrifiant, voir Steve Coll, Ghost Wars, pp.173-214.

19). Peter Tomsen, The Wars of Afghanistan, p.422.

20). Zbigniew Brzezinski a intelligemment proposé que d’autres nations ayant des intérêts énergétiques dans le golfe Persique – dont la Chine et le Japon – devraient aussi être invitées à participer à cette conférence internationale (PBS News, 14 juin 2013).

http://www.dedefensa.org/article-la_politique_syrienne_de_washington_faucons_contre_colombes_18_06_2013.html

Dîner aux chandelles, entre (2 ou 3 ?) amis

C’est effectivement dans un salon particulier d’un restaurant très chic du VIIème arrondissement que le ministre français des affaires étrangères Laurent Fabius a reçu à dîner, hier soir, ses collègues Lavrov et Kerry, respectivement de Russie et des USA. Fabius n’était pas là comme maître d’hôtel mais comme hôte effectif, connaisseur de la bonne chère française, et même comme participant à la conversation qui portait exclusivement sur la crise syrienne vue de la lorgnette à divers réglages du bloc BAO et même de la “communauté internationale“ généreusement étendue à la Russie.

• Nous ricanons et faisons le mauvais esprit, – à peine… Nous pouvons citer au moins deux textes, de bonne tenue et d’excellente référence, qui présentent ou mentionnent cette rencontre de Paris sans dire un seul mot du ministre français. A les lire, on croirait que Lavrov et Kerry ont choisi Paris pour se rencontrer comme ils auraient choisi, – disons Genève (-II) ou Damas, par exemple… C’est le cas de Russia Today, le 27 mai 2013, qui titre (notre souligné en gras) «Take two: Lavrov, Kerry working to broker redo of Syria peace conference», et qui commence son texte de cette façon : «During their meeting in France, US Secretary of State John Kerry and Russian Foreign Minister Sergey Lavrov are expected…» ; bla bla bla pour la suite, avec cette question anecdotique dans notre esprit : Fabius nulle part mentionné, késako? L’autre texte (du 26 mai 2013) est de M K Bhadrakumar, plus général et portant sur les relations Russie-USA, sur un aspect que nous abordons plus loin. Certes, M K Bhadrakumar mentionne d’une façon marginale le dîner dont nous parlons, mais nous voyons bien que, bien qu’à Paris, bien qu’avec notre ministre, nulle mention au moins aimable n’est faite de ce dernier, avec un style et dans un esprit qui font croire à son inexistence et confirment l’impression que, oui, la chose aurait effectivement pu avoir lieu à Genève (-II) ou à Damas :

[Kerry et Lavrov] «… are having a candle light supper in Paris on Monday to figure out the actual modalities of the Geneva peace meet over Syria, now that they managed to shepherd the opposite sides towards the negotiating table. This is their fourth meeting in some twenty days. Amen.»

• Ainsi en est-il de la politique étrangère française, du type “Lost in Translation”, qui semblerait désormais inexistante tant l’échec que lui imposent les circonstances de la situation vraie semble l’avoir pulvérisée. Les habituelles “sources” du Quai d’Orsay, pompeuses et sûres d’elles comme il se doit, arrivent à faire porter le chapeau à la Russie, comme d’habitude objet de toutes les vindictes, mais avec une nuance qui nous rapproche du comique de l’absurde puisque le reproche conduirait à penser que son principal défaut, voire sa principale faiblesse, à la Russie, est d’avoir maîtrisé la complexe situation syrienne et d’avoir réussi à ouvrir la possibilité d’un règlement négocié de la crise : «… la Russie, elle, est obsédée par l’idée de retrouver une place sur scène internationale.» Drôle d’obsession, qui permet à la Russie de tenir ferme, et seule, une position principielle sur l’affaire syrienne, et de s’imposer comme la maîtresse du jeu en défendant des principes qui sont dans la droite ligne de la doctrine gaullienne du respect de la souveraineté, – ce qui, évidemment, ne peut que scandaliser les Français, mais pour un tout autre motif… Tout de même, quelques-uns, à Paris, sont en train de s’apercevoir qu’il se passe quelque chose de très catastrophique pour la France, comme Le Figaro peu après la rencontre Lavrov-Kerry à Moscou. (Voir notamment l’article du Figaro, le 10 mai 2013.) Quelques commentateurs, qu’on n’a pas toujours lus si avisés, se découvrent un bon sens nouveau, comme Georges Malbrunot, sur son blog du Figaro, le même 10 mai 2013, qui exécutait sans appel la politique française. Il en arrivait même à nous rappeler quelques précisions intéressantes, bonne “pour l’histoire”, quand on jugera la période.

«Depuis deux ans, la principale faiblesse de la position française a été au contraire de ne pas choisir clairement entre la diplomatie et les armes en Syrie, convaincue que les “jours du régime étaient comptés”, selon une formule, qui n’est pas l’apanage il faut le reconnaître du Quai d’Orsay. Cette prévision hasardeuse n’était pas celle, non plus, de notre ambassadeur à Damas Eric Chevallier qui écrivait dans des télégrammes datés des premiers mois de la révolte que le régime était encore trop solide pour tomber, alors qu’à Paris son ministre de tutelle, Alain Juppé, allait répétant que les “jours de Bachar el-Assad étaient comptés”. Un dysfonctionnement sur lequel des historiens se pencheront peut-être un jour.

»En condamnant rapidement Assad à comparaître devant un Tribunal international, la France – c’était toujours Alain Juppé en février 2012 – se coupait de toute possibilité de peser – à la mesure de son poids – dans un processus diplomatique à venir. “Nous étions pourtant bien placé”, regrette un ancien diplomate en poste à Damas qui rappelle la lune de miel franco-syrienne entre 2008 et 2010.»

• Le “dysfonctionnement” entre le ministre et son ambassadeur sur place, entre d’une part un Juppé-Fabius vivant dans la narrative-Système qui passionne les salons et d’autre part la vérité de la situation, n’est bien entendu ni une exception ni une circonstance de conjoncture. Si les Français s’alignent sur le tandem Lavrov-Kerry, dans le fracas étouffé d’une des catastrophes les plus achevées qu’ait connue la diplomatie française, le “dysfonctionnement” n’en continue pas moins. Cette fois, il vaut pour l’Europe, et la France y a évidemment sa part, et l’on sait combien, et l’on sait dans quel sens, – à deux, avec le Royaume-Uni en pointe absolument catastrophique, contre le reste. Il en a résulté une espèce de monstre qui est une sorte d’“accord pour qu’il n’y ait pas d’accord”, la fin de l’embargo UE sur les armes pour les rebelles syriens, une vague promesse informelle pour que rien ne soit fait avant le mois d’août, et l’Europe encore plus divisée qu’à l’accoutumé si c’est possible. Disons, puisque c’est de circonstance, que l’Europe est au moins aussi divisée que le sont, par exemple, les rebelles, et que la “décision” européenne, éventuellement appuyée sur la limite du mois d’août, doit donner un argument de plus à ceux des rebelles qui ne veulent pas aller aux négociations de Genève-II, pour décidément n’y pas aller ; le plus drôle, c’est que, dans la bouche du secrétaire au Foreign Office Hague, toute cette affaire de la levée de l’embargo des armes, c’est pour “forcer Assad à négocier”, – Assad qui devait disparaître dans les feux de l’enfer avant qu’on ne songe à ouvrir la bouche pour négocier, Assad qui a fait savoir avant que Hague n’ouvre la bouche dans le sens qu’on entend, qu’il était partant pour négocier à Genève-II… On peut lire le Guardian du 28 mai 2013 :

«Europe’s sanctions regime against Syria was plunged into uncertainty after Britain, backed by France, forced a lifting of the EU arms embargo on what it identifies as the moderate opposition to President Bashar al-Assad… [..] The long day of negotiations between the EU’s 27 foreign ministers saw Britain and France opposing plans to shelve a decision on arming the opposition until August, while Austria and the Czech Republic spearheaded the opposition to the Anglo-French push, with the Czechs supporting the Israeli line against sending arms to Syria and the Austrians alarmed at the impact on their UN peacekeeping mission in the Golan Heights between Syria and Israel. Spindelegger said that Vienna would now have to reconsider its deployment on Golan. A withdrawal could see an Israeli rush to fill the UN vacuum, ratcheting up the tension in the region… […] The dispute over how to respond to the civil war in Syria has exposed deep divisions in Europe. Senior European officials say much of the debate is “hypocritical” because some of the countries calling for a lifting of the embargo do not have the weapons to deliver or have no intention of taking part. They also point out that the White House and the State Department appear to be similarly split between hawks and doves.»

• Le dernier point mentionné immédiatement ci-dessus est indirectement mis en évidence dans le texte de M K Bhadrakumar (du 26 mai 2013) déjà mentionné plus haut ci-dessus. Le sujet du texte est le constat de ce qui semble être une entente entre Lavrov et Kerry, en même temps que le constat contradictoire de certains signes de renforcement de la fraction “dure” au sein de l’administration Obama ; et même, pour le cas cité, non seulement entre le département d’État et la Maison-Blanche, mais à l’intérieur du département d’État avec la nomination inattendue de Victoria Nuland, femme du neocon Robert Kagan et porte-parole à ce même département d’État jusque fin mars.

«But then, just when the Moscow-Washignton tango is getting to be noticed — and there are other signs too such as Obama’s meeting with the visiting Russian secretary of the national security council Nikolai Patrushev — the US administration introduces a discordant note by announcing the nomination of Victoria Nuland, former state department spokesperson under Hillary Clinton’s watch, as the new head of European and Eurasian Affairs at Faggy Bottom… […]

»But what is jarring in her career graph is also that [Nuland] was the hand-picked aide to Strobe Talbott, the then all-important point person for Boris Yeltsin’s Russia in the Bill Clinton administration. To cap it all, Nuland is also a former US ambassador to NATO — and, indeed, NATO’s eastward expansion is the legacy of Talbott to the US’s post-cold war diplomatic history, ignoring the prescient warnings by such iconic figures like George Kennan against such a move that would inflict lasting damage to the ties with Russia.»

Lorsque Kerry est arrivé au département d’État, il était assuré que Victoria Nuland allait perdre sa place de porte-parole (ce qui est fait) et qu’elle quitterait l’administration ; et voilà son retour à un poste plus important que celui de porte-parole, au même département d’État, et même à un poste clef où elle peut interférer sur les relations avec la Russie bien que cette puissance ne dépende pas entièrement de l’administration de ses services dans l’organigramme du département d’État. Cette interférence est d’autant plus probable que Nuland est professionnellement et idéologiquement proche de l’ambassadeur US à Moscou, Michael McFaul, les deux étant à la fois de tendance neocon et ayant été formés par le même Strobe Talbott que mentionne M K Bhadrakumar. (Talbott est un ancien journaliste, et spécialiste du contrôle des armements et de l’URSS à la fin de la guerre froide, passé au département d’État et devenu idéologue de l’expansion à l’Est et de l’“agression douce” contre la Russie du temps de l’administration Clinton. Talbott a notamment favorisé la politique de pillage de la Russie par l’hyper-capitalisme organisé par la finance US et ses commandos universitaires de spécialistes en économie, le tout manipulant l’accommodant Eltsine pour quelques verres de vodka.)

• Ce changement de personnel signifie que John Kerry, si l’on considère qu’il veut mener une politique de rapprochement avec la Russie, dans tous les cas sur l’affaire syrienne, est isolé au département d’État sur les politiques essentielles dont on parle, et principalement dans sa connexion vitale avec Moscou. Cela signifie dans tous les cas, quelle que soit son orientation, qu’il ne contrôle pas les nominations de sa haute administration ; en effet, la nomination de Nuland est due à des pressions des factions extrémistes et neocons relayées par les sénateurs qui vont bien (McCain, Lindsay & Cie), qui ont été déclenchées d’une façon inattendue et ont obtenu gain de cause, dans le chef d’une administration qui se sent toujours vulnérable face aux attaques lancées contre sa politique russe et sa politique syrienne, et qui est d’ailleurs elle-même divisée face à ces pressions puisque certaines fractions internes les relaient. Dans ce cas très kafkaïen, on trouverait alors un Kerry isolé à la tête de son ministère, dans une position qui ne serait pas très éloignée de celle d’Obama, comme on peut spéculer dans certains cas (voir le 24 mai 2013).

• Le résultat (pour le cas USA) n’est pas la promesse d’une politique plus “dure” avec la nouvelle position de Nuland mais l’apparition de nouvelles possibilités de blocage et d’interférences, et peut-être le renforcement de la paralysie dont Washington tente de se sortir depuis quelques semaines, dans tous les cas pour l’affaire syrienne, et éventuellement pour les relations avec la Russie. Le résultat (pour les USA et le reste, pour le bloc BAO à la lumière des divers événements considérés ci-dessus, et aussi pour la Syrie), c’est la probabilité d’un désordre encore plus grand puisque l’effet général des événements des dernières quarante-huit heures est la mise en route de nouveaux mécanismes de blocage ou d’aggravation de la situation, malgré la poursuite de la préparation d’une conférence Genève-II par le tandem Lavrov-Kerry. La réunion Genève-II apparaît de plus en plus comme une sorte de “dernière chance” (certes, il y en a eu d’autres dans la crise syrienne), et de plus en plus difficile à rassembler malgré le ralliement des Français. (Mais, comme l’écrit l’avisé Malbrunot, «comme l’issue à court terme de ladite conférence est pour le moins incertaine, la France aura encore le loisir de changer de cap…» ; c’est assez bien vu, avec une ligne Hollande-Fabius de politique étrangère aussi ferme que notre fameux et succulent éclair au chocolat.)

Ce “tour de table” général a donc permis à peu près dans toutes les directions d’observer que la politique du bloc BAO menée jusqu’ici a été catastrophique, qu’elle donne des résultats catastrophiques, avec même la reconnaissance de certains des acteurs de cette politique de cet aspect catastrophique. Il a permis de constater que la seule solution est une négociation, nécessairement avec Assad, et que Genève-II est la seule issue visible et peut-être la dernière chance. Il permet de conclure que, par conséquent, tout se passe comme s’il y avait de fortes chances pour que l’on continuât de plus en plus dans cette direction de cette politique catastrophique, et d’entrave dans les tentatives de négociation. Il permet de comprendre, en bref, que le processus de cause à effet se fait bien, mais dans sens complet de l’inversion, comme l’affectionne le Système en mode surpuissance-autodestruction : au plus l’on constate la catastrophe, on plus l’on en déduit qu’il faut poursuivre dans le sens de la catastrophe … On peut certes prier pour que survienne le “miracle de Genève-II”, mais on ne peut s’empêcher de constater que l’embourbement crisique est plus que jamais en action, et que l’infraresponsabilité semble bien l’attitude psychologique favorisée par l’essentiel de nos directions politiques. Le désordre règne, et on ne voit aucune raison pour lui dénier son empire. En un sens, il est la légitimité même “de l’Empire” (du Système).

 

Mis en ligne le 28 mai 2013 à 13H22

http://www.dedefensa.org/article-d_ner_aux_chandelles_entre_2_ou_3_amis_28_05_2013.html

Syrie: l’UE lève l’embargo sur les armes pour les rebelles

Les ministres européens des Affaires étrangères ont décidé lundi soir à Bruxelles de lever l’embargo sur les armes pour les rebelles syriens. Ils maintiennent en revanche l’ensemble des sanctions prises depuis deux ans contre le régime de Bachar al-Assad.

Cette décision va dans le sens de la Grande-Bretagne et de la France. Ces deux pays sont les seuls Etats de l’Union européenne (UE) à réclamer depuis plusieurs mois la possibilité de fournir des armes aux forces de l’opposition modérée.

« Ce soir, l’UE a décidé de mettre fin à l’embargo sur les armes pour l’opposition syrienne et de maintenir les autres sanctions contre le régime syrien », a déclaré le chef de la diplomatie britannique William Hague. Il s’exprimait à l’issue de la réunion avec ses homologues européens.

« C’est le résultat que souhaitait la Grande-Bretagne ». Il s’agit « de la bonne décision », car elle « envoie un message très fort de l’Europe au régime d’Assad », a-t-il insisté.

Pas d’armes envoyées dans l’immédiat

M. Hague a cependant affirmé que son pays n’avait pas l’intention d’envoyer « dans l’immédiat » des armes aux rebelles. La levée de l’embargo « nous donne la possibilité de le faire si la situation se détériore ».

Le reste des sanctions, qui vise des personnalités et des entités du régime, et comprend aussi une série de mesures commerciales et financières, a été prolongé pour une durée de douze mois.

L’UE « réexaminera sa position avant le 1er août », à la lumière notamment des résultats de la conférence Genève-2 prévue en juin et initiée par les Etats-Unis et la Russie.

Les ministres russe et américain des Affaires étrangères Sergueï Lavrov et John Kerry se sont auparavant rencontrés à Paris pour parler de la date de la conférence, de la manière d’amener les belligérants à la table des négociations et du bien-fondé de la présence de l’Iran à un tel forum.

(ats / 28.05.2013 01h47)

http://www.romandie.com/news/n/Syrie_l_UE_leve_l_embargo_sur_les_armes_pour_les_rebelles23280520130147.asp

Syrie: l’armée pénètre dans une position rebelle clé près de Qousseir

Par AFP

L’armée syrienne a annoncé avoir pénétré samedi dans l’aéroport militaire de Dabaa, une position rebelle clé au nord de Qousseir, une semaine après le début de son offensive conjointe avec le Hezbollah contre cette ville stratégique.

Au Liban, le chef du mouvement chiite libanais Hassan Nasrallah a promis samedi à ses partisans la victoire dans la guerre en Syrie.

Sur le plan diplomatique, l’opposition syrienne, réunie à Istanbul, se montre réticente et surtout divisée au sujet d’une conférence internationale visant à réunir à Genève des représentants des deux parties, pour laquelle les préparatifs s’intensifient.

«L’armée syrienne s’est infiltrée à l’intérieur de l’aéroport de Debaa par le nord-ouest, après s’être emparée de la ligne de défense des rebelles. Les combats se déroulent désormais à l’intérieur», déclaré à l’AFP une source militaire.

Cet ancien aéroport se trouve à 6 km de Qousseir, sur la seule route au nord de la ville. D’après des militants, ce sont les forces spéciales de l’armée et le Hezbollah qui ont mené l’assaut.

Sur sa page Facebook, le militant Hadi al-Abbdallah, qui se trouve dans la ville, a lancé un cri désespéré. «O mon Dieu, Qousseir est détruite et brûle. Des centaines d’obus, de missiles tombent sur la ville».

La Tansikiyat (comité de coordination sur le terrain) de Qousseir a appelé à l’aide, également sur Facebook. «Si Qousseir tombe, nous nous relèverons plus. Aidez-nous, envoyez-nous de l’argent, de la nourriture et des médicaments».

Selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme, qui s’appuie sur un réseau de militants et de sources médicales, les violences ont fait au moins 30 morts, essentiellement des combattants rebelles, samedi dans la zone de Qousseir.

Dans un message, le chef par intérim de l’opposition syrienne, George Sabra, a déclaré à Istanbul: «Des milliers d’Iraniens et leurs collaborateurs terroristes du Hezbollah ont envahi la Syrie».

«Gestes de bonne volonté»

«Je dis aux gens honorables, aux moujahidine, aux héros: comme je vous ai toujours promis la victoire, je vous en promets une nouvelle», a déclaré le chef du Hezbollah lors d’une cérémonie tenue à Machghara, dans le sud-est du Liban, à l’occasion du 13ème anniversaire du retrait israélien du Liban.

«La Syrie, c’est la protection arrière et le support de la résistance. La résistance ne peut rester les bras croisés quand sa protection arrière est exposée et quand son support se brise. Si nous n’agissons pas, nous sommes des idiots», a-t-il souligné.

Pour Ghassan al-Azzi, professeur de sciences politiques à l’Université libanaise, «les Iraniens ont demandé au Hezbollah de s’engager une fois pour toute et de façon publique car cette guerre doit décider de l’avenir de l’alliance entre l’Iran et la Syrie et peut-être de toute la région».

Le mouvement chiite a dépêché 1.700 hommes pour la bataille de Qousseir, selon une source proche de l’organisation.

Pendant les combats, les préparatifs se poursuivent en vue d’une conférence internationale de paix dite «Genève II».

Si le régime a donné, selon la Russie, son «accord de principe» pour participer, l’opposition est très hésitante à s’engager dans des négociations alors qu’elle est en perte de vitesse sur le terrain.

Elle est en outre divisée en raison de la guerre d’influence des puissances régionales, avec d’un côté l’Arabie Saoudite et les Emirats arabes unis qui veulent élargir la coalition pour réduire l’influence des Frères musulmans et de l’autre la Turquie et le Qatar qui soutiennent la confrérie islamiste.

Lundi, le ministre français des Affaires étrangères Laurent Fabius reçoit à Paris ses homologues américain John Kerry et russe Serguei Lavrov pour évoquer cette conférence initiée par Washington et Moscou.

Lundi également, le Conseil des ministres des Affaires étrangères de l’UE doit se prononcer sur une levée de l’embargo sur les armes à destination de l’opposition syrienne. Plusieurs pays, comme la Suède et l’Autriche, y sont farouchement opposés.

A New York, Israël a adressé un courrier à l’ONU accusant la Syrie de chercher à provoquer un conflit, quelques jours après un nouvel incident sur le plateau du Golan dont les deux pays se rejettent la responsabilité.

http://www.liberation.fr/monde/2013/05/25/syrie-combats-acharnes-a-qousseir-l-opposition-hesite-a-negocier_905643

Y a-t-il encore une diplomatie française ?, par Alain Corvez

 

IRIB-La France ne veut pas que l’Iran participe à la conférence internationale ….
…en projet sur la Syrie, a affirmé vendredi le ministère français des Affaires étrangères, alors que Moscou, allié de Damas, a demandé au contraire la présence de cet autre grand soutien du régime syrien.« En ce qui nous concerne, en tous les cas, (nous ne voulons) pas l’Iran » à la conférence souhaitée par Moscou et Washington et prévue pour le mois de juin à Genève, a souligné le porte-parole du Quai d’Orsay, Philippe Lalliot, lors d’un point-presse.« La crise syrienne, par contagion, touche toute la zone. Il y a un enjeu de stabilité régionale, on voit mal qu’un pays (l’Iran) qui représente une menace pour cette stabilité participe à cette conférence », a-t-il ajouté.La Russie a affirmé jeudi qu’elle voulait que l’Iran et l’Arabie Saoudite soient invités à la conférence, considérant ces pays comme deux acteurs clés pour trouver une solution politique à la crise syrienne.———————————————-

 Après avoir effectué un revirement spectaculaire de sa position, souligné ironiquement par la presse, pour courir après les efforts russo-américains en vue de l’organisation  d’une conférence internationale pour mettre au point une solution négociée du conflit syrien (Il y a seulement quelques jours nos dirigeants ne voulaient pas entendre parler d’un dialogue entre le régime et l’opposition et proposaient d’armer les rebelles, même contre la volonté de l’UE) , La France, par la voix de M. Philippe Lalliot, Porte-parole du Quai d’Orsay déclarait vendredi dernier qu’elle s’opposait à la présence de l’Iran à cette réunion au prétexte que c’était un pays perturbateur de la région qui n’avait pas sa place dans une conférence cherchant à apaiser le Moyen-Orient.

Comment peut-on envisager un seul instant de régler la crise syrienne sans impliquer l’Iran ?

Il n’y a plus de réflexion géopolitique mais des foucades idéologiques au Quai que les diplomates chevronnés sont chargés de mettre en œuvre. Une négociation doit évidemment se dérouler entre les acteurs du conflit, dès lors qu’ils ont accepté de parler après une médiation, en l’occurrence russo-américaine. Dans cet esprit,  la France s’opposerait aussi à la présence de l’opposition réelle, celle de l’intérieur, pour n’accepter que les pantins qui ne représentent qu’eux-mêmes mais qui  ont étés « élus » par elle comme seuls représentants légitimes des Syriens !Allons encore plus loin, elle s’opposerait à tous ceux qui ne partagent pas ses vues, donc non seulement Bachar El Assad mais aussi tout représentant du régime.

Si l’Amérique a finalement accepté de réunir avec la Russie une conférence internationale sur les bases de la déclaration de Genève du 30 juin 2012, c’est parce qu’elle sait que le régime ne tombera pas car il est solide, soutenu de l’intérieur et de l’extérieur, que son Armée est restée soudée et disciplinée aux ordres de ses chefs. Les experts militaires savent qu’une armée qui fait preuve d’une telle cohésion face aux attaques multiples bénéficie du soutien populaire, et que son comportement mesuré et proportionné face aux atrocités prouve qu’elle est  encadrée par des chefs issus de la population qui font corps avec elle.

C’est avec les  ennemis, ou ceux considérés comme tels, qu’on discute pour trouver un arrangement de paix et, dans le cas syrien, on voit mal comment l’Iran ne pourrait pas être appelé à la table des négociations, de même que l’Arabie Séoudite, qui n’était pas partie prenante de Genève, ainsi que la Turquie, base de départ et de repli des rebelles.Il faut revenir aux réalités et cesser de poursuivre la chimère d’imposer à la Syrie une solution concoctée avec des opposants coupés de leur pays depuis des lustres, qui n’ont d’existence politique que celle que la France et certains pays du Golfe veulent leur donner. Le droit international est sans cesse bafoué par ces prétendus Conseil ou Coalition national(e), ou ce pseudo Premier Ministre trouvé au Texas qui voudraient s’arroger les prérogatives du vrai gouvernement de la Syrie.

Les vrais opposants à Bachar El Assad ne sont pas en priorité  les acteurs pour la plupart extrémistes islamisés sur le terrain, qui ne sont que des intermédiaires, mais les nations hostiles à un régime qui n’obéit pas à leurs choix et alliances. L’Amérique en était mais elle a montré sa volonté d’en finir avec ce conflit et l’annonce clairement au monde en s’entendant avec la Russie (et indirectement avec la Chine). Que John Kerry, après avoir fait des déclarations mesurées sur l’avenir du Président syrien se soit trouvé obligé sous les pressions de prôner son départ n’a pas de réelle importance, car il est clair qu’il n’y a pas de solution à la crise sans lui, au moins jusqu’à l’élection de 2014 quand les Syriens choisiront démocratiquement leur président. Pas un négociateur du régime à cette conférence n’accepterait son départ, mais il est certain aussi que les négociateurs de l’opposition qui le souhaiteraient ne seront pas majoritaires du fait de leurs désunions.

Alors notre diplomatie devrait descendre de son nuage idéologique pour comprendre le nouveau monde en train de naître. Avec sans doute encore des péripéties dramatiques, la crise syrienne sera réglée par la négociation parce que les forces principales du nouveau monde en ont besoin. Genève II devra inclure l’Iran sinon elle échouera et Bachar El Assad devra rester jusqu’à l’échéance électorale de 2014.Ensuite, les négociations entre Américains et Iraniens avanceront rapidement vers une solution négociée du contentieux nucléaire et, là encore, notre diplomatie a un effort à faire pour comprendre où sont les intérêts de la France.

http://french.irib.ir/analyses/articles/item/257976-y-a-t-il-encore-une-diplomatie-fran%C3%A7aise-,-par-alain-corvez

Assad nie l’utilisation d’armes chimiques par ses forces

Le président syrien Bachar al-Assad a nié que ses forces utilisent des armes chimiques contre la rébellion, et il a exclu de démissionner, dans une interview accordée à deux médias argentins et publiée samedi.

Dans un long entretien à l’agence de presse officielle argentine Telam et au grand quotidien Clarin, le président Assad estime que les informations de sources occidentales sur de possibles attaques aux armes chimiques des forces gouvernementales servent à préparer les opinions publiques à une intervention militaire contre la Syrie.

« Les accusations contre la Syrie concernant l’utilisation d’armes chimiques ou (les déclarations) concernant ma démission changent tous les jours. Et il est probable qu’il s’agit d’un prélude à une guerre contre notre pays », a déclaré M. Assad.

« On a dit que nous utilisions des armes chimiques contre des zones résidentielles. Si ces armes étaient utilisées contre une ville ou un faubourg, avec un bilan de dix ou vingt victimes, serait-ce crédible ? », a demandé le président syrien, avant de répondre par la négative.

« Leur utilisation signifierait la mort de milliers ou de dizaines de milliers de personnes en quelques minutes. Qui pourrait cacher une pareille chose ? », a insisté M. Assad.

Par ailleurs, le président syrien a déclaré ne pas envisager de démissionner. Interrogé sur des propos du secrétaire d’Etat américain John Kerry, qui lui a demandé de se mettre à l’écart, M. Assad a exclu cette possibilité.
« Démissionner, ce serait fuir », a-t-il dit.
« Je ne sais pas si Kerry ou un autre a reçu du peuple syrien le pouvoir de parler en son nom sur la question de savoir qui doit partir et qui doit rester. Cela, c’est le peuple syrien qui le déterminera lors de l’élection présidentielle de 2014 », a déclaré M. Assad.

http://www.almanar.com.lb/french/adetails.php?eid=112659&cid=18&fromval=1&frid=18&seccatid=37&s1=1

Assad: « Israël » soutient les groupes armés

S’exprimant pour la première fois sur le sujet, le président syrien Bachar al-Assad a nié que ses forces utilisent des armes chimiques contre la rébellion, affirmant que les informations en ce sens servent à préparer les opinions publiques à une intervention militaire contre la Syrie. Dans un entretien accordé à deux médias argentins et publié samedi 18 mai, M. Assad a exclu de démissionner.

« Les accusations d’usage d’armes chimiques, un prélude à une intervention militaire »

« Les accusations contre la Syrie concernant l’utilisation d’armes chimiques ou (les déclarations) concernant ma démission changent tous les jours. Et il est probable qu’il s’agit d’un prélude à une guerre contre notre pays », a déclaré M. Assad, dans un entretien réalisé à Damas à une date non précisée avec l’agence de presse officielle argentine Telam et le grand quotidien Clarin.
« On a dit que nous utilisions des armes chimiques contre des zones résidentielles. Si ces armes étaient utilisées contre une ville ou un faubourg, avec un bilan de dix ou vingt victimes, serait-ce crédible ? », a demandé le président syrien, avant de répondre par la négative. « Leur utilisation signifierait la mort de milliers ou de dizaines de milliers de personnes en quelques minutes. Qui pourrait cacher une pareille chose ? », a expliqué M. Assad.
Mercredi, un haut responsable américain avait prétendu que des armes chimiques auraient été utilisées « en faibles quantités » à deux reprises dans le conflit syrien, quelques jour après que le secrétaire d’Etat américain John Kerry eut déclaré que les Etats-Unis pensaient détenir une « preuve solide » de l’utilisation d’armes chimiques par le régime syrien. Damas a toujours réfuté ces accusations, se déclarant prête à accueillir une commission d’enquête de l’ONU.

« Seul le peuple syrien le déterminera qui part et qui reste »


M. Assad a d’autre part mis en doute le bilan de dizaines de milliers de morts avancé par certaines organisations, s’interrogeant sur la crédibilité de ces sources. Il a affirmé ne pas pouvoir fournir de bilan mais a cependant reconnu que « des milliers de Syriens étaient morts ». Selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH), 94 000 personnes ont trouvé la mort en deux ans de conflit. « Nous ne pouvons pas oublier que nombre de morts dont on parle étaient des étrangers venus pour tuer le peuple syrien », a martelé le président Assad qui a mis en cause « le terrorisme local et celui venu ensuite de l’extérieur ».
Interrogé sur des propos de John Kerry, qui lui a demandé de se mettre à l’écart, M. Assad a exclu cette possibilité. « Démissionner, ce serait fuir », a-t-il dit. « Je ne sais pas si Kerry ou un autre a reçu du peuple syrien le pouvoir de parler en son nom sur la question de savoir qui doit partir et qui doit rester. Cela, c’est le peuple syrien qui le déterminera lors de l’élection présidentielle de 2014 », a déclaré M. Assad.

Assad salue le rapprochement américano-russe

Le président syrien a salué l’accord entre la Russie et les Etats-Unis sur la Syrie. Russes et Américains se sont entendus début mai pour inciter le régime syrien et les rebelles à trouver une solution politique au conflit, et pour encourager l’organisation d’une conférence internationale sur la Syrie.
« Nous avons bien accueilli le rapprochement américano-russe et nous espérons que cela débouchera sur une conférence internationale pour aider les Syriens à surmonter la crise », a-t-il dit selon Clarin. Il a toutefois ajouté que « de nombreux pays occidentaux ne voulaient pas d’une solution en Syrie. Et nous ne pensons pas que les forces qui soutiennent les terroristes souhaitent une solution à la crise ».

« Israël » soutient les groupes armés

M. Assad a affirmé que l’opposition est formée des centaines de groupes et de gangs dispersés, dirigé chacun par un chef local. « Qui peut unifier de telles bandes? » s’est-il interrogé. « Les chefs de l’opposition sont incapables de s’engager à un cessez-le-feu ou de déposer leurs armes, parce qu’ils manquent d’unité entre eux. Nous ne pouvons discuter d’aucun horaire avec une partie dont on ignore l’identité », a-t-il affirmé.
Le président syrien a également expliqué que l’entité sioniste soutient les groupes armés, premièrement en leur assurant le soutien logistique, et deuxièmement en déterminant les sites qu’ils doivent attaquer. « Israël oriente les terroristes et les dirige selon ses propres intérêts, et c’est ce que font également plusieurs pays extérieurs, dont le Qatar et la Turquie », a martelé M. Assad.

Sources: agences, traduit et édité par moqawama.org

http://french.moqawama.org/essaydetails.php?eid=9464&cid=287

Le dénouement du conflit syrien, proche?, par Fedor Loukianov

IRIB-Ca sent la fin de partie à Damas… Les nouvelles s’enchaînent après une détente relative.

Côté positif, le secrétaire d’Etat américain John Kerry et le premier ministre britannique David Cameron sont optimistes après leurs négociations avec les autorités russes. Une conférence internationale pour régler le conflit est en préparation.

Barack Obama apprécie particulièrement la coopération avec Moscou et l’Occident et la Russie ont désormais un credo commun : empêcher l’effondrement de la Syrie.Tout le monde est d’accord sur ce point – quant aux moyens d’y parvenir, Moscou et l’Occident les perçoivent différemment et préfèrent ne pas en parler publiquement.On ignore qui participera à la conférence. Pour l’instant, il s’agit seulement d’une initiative mais on aspire clairement à la mettre en œuvre.

Plusieurs « histoires destructrices » se déroulent en parallèle. Une vague de fuites dans la presse révèle que la Russie s’apprêterait à fournir à la Syrie des missiles sol-air S-300 et certains affirment même que c’est déjà fait. Rien n’est confirmé au niveau officiel mais c’est probablement ce que voulait dire le premier ministre israélien Benjamin Netanyahou à Moscou. D’après les rumeurs – en vain. Israël lui-même attaque la Syrie en s’approchant d’une ingérence dans le conflit. Une discussion étrange est lancée sur l’arme chimique – a-t-elle été utilisée, et si oui, par qui.
Etant donné qu’auparavant Obama annonçait que l’utilisation d’une arme de destruction massive serait un casus belli pour les USA, tout le monde a prêté l’oreille. Washington ne souhaite certainement pas mettre en application ses menaces : le président semble avoir une approche singulière des problèmes proche-orientaux, ce qui fait rager ses nombreux opposants.

Quoi qu’il en soit le moment est décisif – les partisans et les opposants d’un règlement politique du conflit passent à l’offensive les uns contre les autres. La guerre civile pourrait durer indéfiniment sans intervention extérieure. Plus elle durera longtemps, plus l’Amérique doutera de l’opposition syrienne – ceux contre qui les USA se battaient jusqu’à présent dans le cadre de « l’opération antiterroriste » prennent le dessus en Syrie. De facto et même de jure, il est politiquement impossible de soutenir Assad. Il est pourtant risqué d’intervenir du côté des rebelles d’autant que la Russie et la Chine ne l’autoriseront jamais au Conseil de sécurité des Nations unies. Aucun espoir pour une Syrie « post-Assad » en paix. La conférence internationale dont on parle actuellement semble être une réunion de la dernière chance. Mais ces chances sont minces.

Même si les Etats-Unis, le Royaume-Uni, la France, la Russie et d’autres forces extérieures dessinaient le nouveau visage de la Syrie, cela ne signifie pas que les belligérants l’accepteront. Moscou ne commande pas Damas, de même que Washington ne maîtrise pas les opposants syriens. Les pays dont dépend le plus la situation en Syrie – l’Iran, l’Arabie saoudite et le Qatar – restent silencieux.

Leurs ordres du jour diffèrent de ceux des puissances mondiales.

En fait, l’Amérique et la Russie ont un seul différend fondamental : par où commencer. Par le départ d’Assad ou l’élaboration de la nouvelle structure de la Syrie ? Les USA penchent pour la première option et la Russie pour la seconde. La position russe n’est pas dictée par la sympathie envers le président syrien mais par l’allergie à toute action qui pourrait être considérée comme un changement de régime. En d’autres termes, le départ d’Assad dans le cadre d’un processus politique entre les belligérants ne serait pas une tragédie pour Moscou. Mais il ne veut rien avant, et encore moins sur décision extérieure.

L’échec de la prochaine conférence mettrait les puissances dans une situation difficile. La pression de ceux qui estiment que les rebelles doivent bénéficier de tous les types d’assistance, y compris militaire, se renforcerait significativement sur Washington et les capitales européennes. L’opinion publique occidentale ne tolérerait pas que la guerre civile dure encore des mois, alimentée par les descriptions des cruautés commises. Une intervention militaire est improbable alors que la levée de l’embargo sur la livraison d’armes et la délégitimation d’Assad est très plausible. La Russie devrait alors pencher davantage du côté de Damas et lui fournir des armes, afin de maintenir l’équilibre. Dans ce cas le convoi de missiles sol-air S-300 serait assurément envoyé en direction des côtes syriennes. Cela ne rend pas les perspectives de la Syrie plus réjouissantes : la fragmentation du pays deviendrait pratiquement inévitable.

Pendant la crise syrienne les diplomates russes ont mentionné les accords de Dayton, qui avaient mis fin à la guerre de Bosnie. A l’époque, les dirigeants des camps en conflit avaient été enfermés dans une base américaine et n’avaient pas été relâchés avant qu’ils se soient entendus sur la structure de la nouvelle Bosnie. Certes, ils subissaient de fortes pressions mais personne n’avait été exclu du processus.

Une variante de ce modèle pourrait être appliquée en Syrie. L’histoire ne se répète pas littéralement mais au moins, il existe des schémas. Dans la situation actuelle il ne faut pas mettre entre parenthèses les efforts entrepris par les représentants d’Assad (ou lui-même, comme dans le cas des négociations directes avec Milosevic) et l’Iran, ainsi que des acteurs centraux.

En deux ans de crise Moscou n’a pratiquement pas bougé de sa position initiale mais continue toujours de viser le succès. Car son intransigeance sera justifiée après une solution politique en Syrie. On pourrait alors dire que les longs efforts de la Russie pour défendre ses principes et ses intérêts ont permis de réussir. En cas d’échec – avec ou sans ingérence extérieure – Moscou pourrait s’en distancer mais ce travail de longue haleine de plus de deux ans serait réduit à néant, et sa réputation d’allié des « éternels condamnés » ne ferait que se renforcer.

« Le Qatar a besoin de s’afficher pour exister »

Par Nadéra Bouazza, publié le 16/05/2013

Les Français ne peuvent plus ignorer l’existence du Qatar. Ce micro-Etat de 300 000 autochtones semble être de tous les projets: du rachat du PSG il y a bientôt deux ans au soutien déterminant lors de l’intervention française en Libye. Ici comme ailleurs, ce nouvel acteur de la scène internationale passionne et agace. Il effraie aussi, parfois. Entretien avec le chercheur Nabil Ennasri, auteur de L’Enigme du Qatar (IRIS).

"Le Qatar a besoin de s'afficher pour exister"

Le Premier ministre du Qatar, le cheikh Hamad bin Jassim bin al-Thani, reçoit le secrétaire d’Etat américain John Kerry à Doha, en mars 2013.

REUTERS/stringer

Comment expliquer le volontarisme grandissant du Qatar depuis une dizaine d’années?

Le premier facteur est la vision qui anime les dirigeants de l’émirat. Leurs ambitions ont été décrites dans un document, le « Qatar National Vision 2030 ». C’est une sorte de feuille de route dont l’objectif est de faire de l’émirat un acteur majeur de la communauté internationale à l’horizon 2030. Pour ce faire, une série de plans quinquennaux sont prévus. Aucun domaine n’est sous-estimé, car le Qatar entend jouer dans la cour des grands, sur les terrains diplomatique, médiatique, économique, sportif et culturel. Le deuxième facteur est la place géostratégique qu’occupe cet Etat. Situé dans un Moyen-Orient mouvementé, l’émirat est dans l’oeil du cyclone, au coeur d’une région du Golfe qui reste la source de toutes les convoitises en raison de la richesse de son sous-sol. Or le Qatar est un Etat petit et vulnérable. Ses dirigeants sont déterminés à compenser cette fragilité par une politique de visibilité. En d’autres termes, le Qatar a besoin de s’afficher pour exister. Grâce au  » soft power  » — dans les médias et le sport, en particulier, – l’émirat a pu sortir de l’anonymat. C’est en grande partie cette équation qui explique son dynamisme grandissant.

Quels sont ces objectifs à l’horizon 2030?

S’ériger en poids lourd du rapport de forces régional, voire international. Au-delà, les autorités qataries souhaitent faire de leur pays une sorte de modèle pour les pays du Golfe et plus largement le monde arabe. La famille royale souhaite que le pays puisse faire le lien entre islam et modernité, entre fidélité aux valeurs traditionnelles et volonté d’intégrer la nouvelle marche du monde. Pour autant, le Qatar n’est pas à l’abri de certaines contradictions : il lui sera difficile de s’ériger en exemple s’il n’améliore pas la condition des travailleurs asiatiques. Ces derniers, qui forment la majorité de la population dans le pays, sont soumis à des conditions de vie drastiques. Et puis, ce dessein de faire le pont entre l’Orient et l’Occident commence à agacer certaines franges conservatrices de la société autochtone, qui voient d’un mauvais oeil cette modernisation à marche forcée, car elle pourrait menacer l’identité arabo-islamique du pays. 2030 est donc une forme de nouvelle frontière, où le Qatar se projette comme un État stable, florissant et puissant… mais il risque d’être rattrapé par des obstacles qui pourraient lui être fatales.

Quelle place tient le sport dans sa stratégie?

C’est l’un des outils majeurs déployés comme vecteur de rayonnement. Le football, naturellement considéré comme le sport-roi, est au coeur de cette stratégie. Outre l’utilisation du sport sous la forme d’un marketing d’Etat, il faut souligner deux autres aspects importants. D’abord, le sport est conçu comme un facteur de stabilité de la société : chaque année, au Qatar, un jour férié est consacré au sport et chaque habitant(e) est invité(e) à exercer une activité ; il n’est pas rare de voir l’émir en personne donner l’exemple. Surtout, le sport et toute l’industrie qui l’accompagne est perçu comme un moteur de croissance qui pourra tirer l’économie future du pays. A l’horizon 2030, le Qatar souhaite que seule la moitié de sa richesse dépende de ses hydrocarbures. Cette stratégie de diversification économique se base sur trois piliers : l’économie de la connaissance, le tourisme et l’industrie du sport. C’est dans cette perspective que l’émirat a lancé un plan d’investissement de plus de 100 milliards de dollars afin d’accueillir le mieux possible les grandes compétitions internationales. Le Mondial 2022 et les Jeux olympiques de 2024 sont dans sa ligne de mire.

Le Qatar semble avoir une relation particulière avec la France. Pourquoi?

C’est un pays qui a toujours occupé une place à part auprès des décideurs qataris. Francophile, l’émir a très tôt envoyé plusieurs de ses enfants étudier en France. Le prince héritier est lui-même francophone et la France – Paris, surtout, considéré comme la « Ville-lumière » — détient un capital symbolique unique au monde. Plus fondamentalement, le Qatar souhaite densifier son partenariat stratégique avec les pays qui comptent dans le concert des nations, d’autant que l’émirat ne veut pas dépendre exclusivement de l’aide américaine. Cette équation fait de la France le partenaire naturel, car il cumule plusieurs atouts : membre permanent du Conseil de sécurité, puissance militaire de premier plan…L’ensemble de ces éléments ont poussé le président Nicolas Sarkozy et l’émir Hamad Ben Khalifa Al Thani d’envisager un rehaussement spectaculaire des relations bilatérales. Plus discrète, la diagonale n’a guère changé.

La France est loin d’être le pays où le Qatar investit le plus…

Effectivement. L’émirat investit deux à trois fois plus en Grande-Bretagne, mais l’implication qatarie sur le terrain français est aujourd’hui source de nombreux fantasmes. En Allemagne, en Italie et jusqu’en Grèce, on ne décèle pas autant de commentaires passionnés sur les « sombres desseins » de l’investissement du Qatar. De mon point de vue, il faudrait poser les termes du débat avec sérénité et abandonner les procès d’intention. Le problème est plus profond, sans doute : la France a un problème avec l’argent et un problème avec l’islam. Monarchie opulente où l’islam est religion d’Etat, le Qatar cristallise ces deux malaises.

Source : http://www.lexpress.fr/actualite/monde/proche-orient/le-qatar-a-besoin-de-s-afficher-pour-exister_1248994.html

Lavrov: la Russie finalise la livraison de missiles à la Syrie

La Russie finalise les livraisons de ses missiles de défense aérienne à la Syrie, a déclaré vendredi à Varsovie le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov.
 

«La Russie vend (des missiles) depuis longtemps, elle a signé des contrats et est en train de finaliser les livraisons en vertu des contrats signés. Ceci n’est interdit par aucun accord international», a-t-il déclaré devant la presse.

Selon le chef de la diplomatie russe, «il s’agit d’une arme défensive pour que la Syrie, qui est le pays importateur, ait la possibilité de se défendre contre des frappes aériennes».

Le secrétaire d’Etat américain John Kerry avait estimé jeudi à Rome que la livraison de missiles russes à la Syrie serait «potentiellement déstabilisante» pour la région.

De son côté, le chef de la diplomatie allemande Guido Westerwelle a fait état vendredi à Varsovie d’une «controverse» à ce sujet avec son homologue russe et a réclamé l’arrêt des livraisons d’armes à la Syrie.

«Nous sommes convaincus que les livraisons internationales d’armes à la Syrie doivent cesser et que nous devons tout faire pour donner une chance à une solution politique», a-t-il dit à l’issue d’une rencontre tripartite des ministres des Affaires étrangères polonais, russe et allemand.

Ces déclarations sont intervenues au moment où le Premier ministre britannique David Cameron discutait vendredi à Sotchi, en Russie, avec le président russe Vladimir Poutine des «options possibles» pour régler la crise en Syrie.

«Nous avons un intérêt commun, mettre fin rapidement à la violence et lancer un processus de règlement pacifique, conserver l’intégrité territoriale de la Syrie comme Etat souverain», a déclaré à Moscou le président Poutine.

M. Cameron a de son côté indiqué que même si les points de vue de la Russie et la Grande-Bretagne sur le règlement de la crise syrienne différaient, les deux pays cherchaient le même but, mettre fin au conflit et enrayer l’extrémisme dans le pays.

Il a aussi salué la proposition d’organiser une conférence internationale afin de trouver un règlement politique conforme à l’accord conclu à Genève le 30 juin 2012 entre les grandes puissances, proposition sur laquelle se sont entendus Moscou et Washington mardi.

Source: agences

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