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Révolution égyptienne, suite ou fin?

Pour qu’il y ait contre-révolution, il faudrait qu’il y ait eu une révolution.

 

Le processus vers le changement qui a abouti au renversement de Moubarak il y a deux ans et à la chute de Morsi ces derniers jours a commencé depuis longtemps. Il a laissé des traces pour qui veut bien les relever sur les pages de l’histoire de la dernière décennie.

Le nombre de grèves et de protestations n’a cessé de s’amplifier depuis 2005. Il a culminé en 2008 lorsque le prix des denrées alimentaires, sous l’effet des opérations spéculatives d’un capital financier qui a fui les produits dérivés adossés aux crédits hypothécaires pour les matières premières et l’agro-alimentaire, ont flambé alors que les salaires minima étaient bloqués depuis 1984 à 25 $ mensuels. En avril 2008, les grèves dans le textile à Mahalla al Koubra avaient créé un précédent inouï, la rue demandait déjà la chute du régime. À cette occasion, les travailleurs s’étaient affranchis de la tutelle des syndicats officiels liés au parti de Moubarak.

En résonance avec cet événement qui a servi de matrice au soulèvement de janvier 2011, 23 000 ouvriers se sont mis en grève dans ce même secteur du textile en juillet 2012. Ils exigeaient l’amélioration de leurs conditions de travail, la revalorisation de leurs salaires et le licenciement des cadres corrompus.

 

Du point de vue social, qu’a donc fait le gouvernement Morsi et surtout quel espoir a-t-il donné à une jeunesse affectée par un taux de chômage estimé à largement plus de 25%?

 

La consultation référendaire de décembre 2012 pour l’adoption de la nouvelle Constitution a été précédée par de nombreuses manifestations qui ont donné lieu à des heurts avec la police. Peu d’électeurs se sont déplacées, environ 30% de participation, et moyennant quelques manipulations semble-t-il dans les urnes, elle a été adoptée avec 60% des voix exprimées.

Trente ans d’absolutisme, d’humiliations, d’un État fondé sur une police pléthorique avec 1,5 millions de policiers très qualifiés en corruption et en torture, un an d’insurrections, d’émeutes, de rassemblements, de grèves, des milliers de blessés et de morts pour “ça”.

 

Le texte précise que la source principale de la législation serait la loi coranique sans que ne soit explicitée la liberté de culte pour les minorités religieuses.

Mais surtout il ne garantit pas la liberté d’expression, il confie à la police sans restrictions explicites la tâche de veiller à la moralité publique.

Il prévoit que sera fixé un salaire maximum, lequel pourra souffrir des exceptions que prévoira la loi (article 14), mais en aucun cas la Constitution n’établit le principe d’un salaire minimum. L’article 15 proclame le principe de la justice pour les travailleurs agricoles mais ne se prononce pas sur le plafonnement de l’étendue de la propriété agraire latifundiaire.

L’article 26 relatif à l’impôt est très évasif, il n’établit pas de connexion entre le niveau de revenus et les contributions fiscales.

Les libertés syndicales sont très restreintes, un seul syndicat par catégorie professionnelle est autorisé (article 53).

Nulle part n’apparaît la responsabilité du gouvernement devant la Chambre des Représentants.

Dans nombre d’articles, la Constitution laisse la part belle aux militaires. En particulier, le 197 réserve au Conseil de Défense Nationale la discussion du budget militaire. Il est constitué de sept civils et de huit militaires.

Ce type de dispositif annonce clairement qu’il ne prend pas la peine pas de faire des promesses qui ne seront pas tenues, comme c’est le cas des démocraties représentatives à l’occidentale. Les prêches dans les mosquées assimilaient l’acquiescement au texte constituant à un devoir religieux. Pourtant le texte élaboré en trois mois par un conseil dominé numériquement par les Frères et d’où se sont rapidement retirées les personnalités de gauche et les laïcs n’a été validé que par 20% des électeurs. Ce piètre score annonçait la poursuite des protestations.

 

Morsi, son gouvernement et sa Constitution n’ont de musulman que le nom et rien de démocrate. L’un des principes économiques et donc politiques les plus cités dans les versets coraniques concerne l’interdiction absolue du prêt avec intérêts. L’autre concerne les jeux de hasard et spéculatifs.

 

La Bourse du Caire n’a pas été menacée dans les activités spéculatives.

Quémander des rallonges de prêt au Qatar, au FMI, à l’UE et aux Usa ne peut que conduire à des réformes qui privatisent des pans résiduels dans le service public pour obéir aux injonctions des prêteurs.

Le gouvernement précédent oeuvrait de même : Élargir et approfondir une dette impossible à rembourser vis-à-vis de puissances qui imposent leur politique économique (et dictent les alliances internationales), anémier jusqu’à leur disparition toutes les structures qui organisent une solidarité nationale.

 

Il avait fallu des semaines de protestation après la chute de Moubarak pour que soient tenues les élections législatives. Jusqu’au bout, le Conseil Suprême des Forces Armées menaçait implicitement de ne pas valider l’élection présidentielle.

 

On a cru un instant que le premier Président élu de l’Égypte s’était affranchi de la tutelle de l’armée quand il avait remercié le Maréchal Tantaoui, ministre de la Défense pendant 20 ans et chef du CSFA en août 2012. Mais les plaintes déposées auprès de la justice militaire contre l’armée pour sa répression dans la très lourde répression des manifestations n’aboutissent pas. La Constitution lui assure un pouvoir législatif et une grande autonomie financière et politique.

 

On a également espéré une ouverture permanente du terminal de Rafah qui permettrait aux emprisonnés de Gaza de se sentir des humains comme les autres. Le passage par le poste frontière a été aléatoire et le gouvernement craignant des actes ‘terroristes’ a noyé de nombreux tunnels qui demeurent la seule voie à peu près assurée pour les marchandises et les humains.

l était attendu que le traité de paix avec Israël soit dénoncé.

Il n’en a rien été. Dès le 1,3 milliard de dollars accordés par les Usa à l’armée, véritable arbitre du pouvoir et détentrice d’une part considérable de l’économie nationale, on apprenait que le gouvernement Morsi rompait les relations diplomatiques de l’Égypte avec la Syrie.

 

6 millions d’Égyptiens, selon une estimation basse, sont sortis dans la rue le dimanche 30 juin, jour travaillé.

Après deux années de lutte, ils n’ont obtenu ni dignité, ni liberté, ni pain.

Les raisons de la colère se sont même amplifiées car la révolution tant espérée n’a pas abouti.

Le travail d’accouchement de l’histoire se poursuit.

Il est urgent de ne pas y voir la main invisible ou apparente d’un Deus ex machina qui manipulerait 22 millions de Tamarridoune (1) pleins de fureur et bouillonnant d’impatience pour une vie plus digne.

D’abord et avant tout, la solution à venir devra éviter de réemprunter le chemin du capitalisme libéral qui ne profite qu’à ceux qui captent pour leur compte la dette contractée à l’extérieur. Pour l’extrême majorité, elle signifie absence de services publics, pauvreté et chômage.

L’Égypte devrait développer une économie productive intégrée régionalement et renoncer à vivre exclusivement de la rente pétrolière indirecte. Les revenus du canal de Suez par lequel transitent 40% du pétrole aux mains des Séoud et 20% de l’or noir iranien restent très inférieurs aux flux financiers générés par les travailleurs égyptiens émigrés dans les pays arabes gros producteurs.

Quand ce qui est à parcourir est si difficile, un chef charismatique explique le projet qu’il formule pour son peuple, il le soulève d’enthousiasme et obtient son adhésion.

Les Frères n’ont pas élaboré une vision d’avenir pour l’Égypte, et Morsi n’a pas la compétence ni le talent d’un rassembleur.

Désormais, les peuples ne se contentent pas de ce TINA (2) qui leur a été servi ces dernières décennies, au Brésil comme en Turquie comme en Grèce et au Portugal.

La fin de ce Système englobant la moindre activité humaine et l’incorporant dans le circuit marchand mondial, est sifflée.

 

Badia Benjelloun

Notes

 

(1) Le substantif Tamarroud veut dire rébellion, Tamarridoune, les rebelles.

(2) There Is No Alternative de Margaret Thatcher

http://www.dedefensa.org/article-r_volution_gyptienne_suite_ou_fin_08_07_2013.html

Les faits démentent le mythe “Bachar allié d’Israël”

Cécilia Fany Fandi

8 juin 2013

Certains justifient la guerre menée par le Qatar, l’Arabie saoudite et d’autres forces contre la Syrie en disant que “de toute façon, Bachar ne combat pas Israël, il est son allié”. Mais les faits démentent ce mythe, comme le démontre cet article qui analyse ensuite pourquoi la rébellion armée est en position stratégique de plus en plus difficile… (IGA)

 

« Le plateau du Golan a été occupé par Israël en 1967 et depuis cette date il n’y a pas eu de violences directes entre les deux pays, théoriquement en état de guerre » (sic). C’est du moins ce que Le Figaro avec l’AFP nous annonce dans son numéro du 30 mai effaçant ainsi d’un simple trait sur le papier une guerre avec des conséquences mondiales graves, à savoir la guerre israélo-arabe de 1973. Celle-ci a opposé du 6 octobre au 24 octobre 1973 Israël à une coalition menée par l’Égypte et la Syrie qui voulaient libérer leurs territoires occupés par Israël en 1967.

 

En effet, le monde entier a été touché par cette guerre qui a connu le choc pétrolier de 1973, quand l’OPEP a décidé de l’augmentation de 70 % du prix du baril de pétrole ainsi que de la réduction de sa production sans parler des accords de paix de Camp David entre l’Etat hébreux et l’Egypte et sans oublier non plus que la Syrie a pu libérer la ville Kuneitra, capitale du Golan, occupée en 1967. Mais comment AFP suivie par ses consoeurs a-t-elle oublier ce détail d’une telle importance de notre Histoire contemporaine avec une telle conséquence sur l’économie mondiale ? Décidément, les médias français ont la mémoire trop courte ou peut-être, l’AFP ne faisait que répéter les propos de ses amis opposants selon lesquels « le régime n’a jamais tiré une balle sur le Plateau du Golan  », prenant ainsi partie dans ce conflit abandonnant toute éthique professionnelle.

 

Par ailleurs, un article publié le 15 mai (15 jours avant l’article de l’AFP) par le site français Slate, fait un rapprochement entre la situation actuelle entre la Syrie et Israël et la guerre de Kippour de 1973 dans le cas d’une « introduction de S-300 en Syrie [qui] sera considérée par Israël comme un casus belli qui le pousserait à renoncer à sa neutralité dans le conflit syrien avec toutes les conséquences militaires que cela entraine pour la région ».


Faux, Israël n’est pas neutre dans le conflit syrien

 

Israël menace d’intervenir en Syrie et utilise le Hezbollah comme prétexte

 

Israël a déjà mené trois raids aériens en territoire syrien, le premier en janvier, les deux derniers il y a trois semaines sous prétexte d’empêcher le transfert d’armes au Hezbollah.

 

Pour l’Etat hébreux, comme le dit Benyamin Netanyahu, le Premier ministre israélien, cette attaque militaire contre un pays souverain est justifiée pour défendre son pays contre l’Iran et le Hezbollah, oubliant que son pays occupe non seulement un territoire syrien, à savoir le Plateau du Golan depuis 1967, mais qu’il l’a annexé purement et simplement contre la volonté et la décision de l’ONU, et enfin que ni le Hezbollah ni l’Iran n’ont agressé son pays. Par contre, c’est l’Etat hébreux qui a agressé le Liban occupant même Beyrouth, la capitale, en 1982. D’ailleurs, le sud du Liban a été aussi occupé lors de la Guerre israélo-arabe de 1948-1949 et envahi par l’armée israélienne lors de l’Opération Hiram.

 

C’est suite à l’intervention militaire israélienne au Liban de 1982 qu’Israël a occupé cette zone jusqu’en juin 2000. C’est le Hezbollah, un mouvement de résistance islamique, qui l’a libéré. Et en juillet 2006, Israël pénètre dans la zone une trentaine de jours puis s’en retire.

 

Cette guerre de 2006 contre le Hezbollah a imposé de nouvelles équations stratégiques dans la région où Israël n’a plus la suprématie militaire. Pour Israël, il faut donc casser cette nouvelle force de résistance pour garder sa suprématie dans la région.

 

Rappelons que la Syrie a toujours soutenu Hezbollah – même militairement – depuis sa création, notamment dans sa guerre contre l’occupation israélienne et c’est aussi pour cette raison que le Hezbollah soutient la direction actuelle de la Syrie. Le 9 mai dernier, Hassan Nasrallah, le chef du Hezbollah, a affirmé que « Nous ne permettrons pas que le pays tombe aux mains des Etats-Unis, d’Israël ou des groupes takfir. » (les fondamentalistes sunnites, alliés de l’Occident).

 

Rebelles le dos au mur… israélien, soignés par Tsahal

 

Plusieurs combats et des accrochages sont souvent en cours à l’extrémité ouest de la Syrie, autour de la localité de Jubata al-Khachab depuis au moins l’été dernier.

 

Déjà en novembre dernier, ces idiots utiles cherchaient à prendre le contrôle de plusieurs villages dans cette zone sensible, notamment Bir Ajm et al-Herche. Ils se sont filmés samedi 24 novembre en train d’attaquer non l’armée israélienne mais leurs propres compatriotes, les soldats syriens avec leur habituel hystérique « Allah Akbar ! ».

 

Après le dernier bombardement israélien contre Damas, début mai dernier, Hassan Rastanaoui, un chef de l’opposition armée à Homs (Syrie centre) et l’invité surpris du journaliste Yaari Ehud de la deuxième chaine israélienne, a exprimé sa joie et sa gratitude à l’armée israélienne.

 

D’ailleurs, selon l’AFP (16 février) et Le Figaro (29 mars 2013), les soi-disants patriotes syriens de l’ASL sont hébergés et se font soigner auprès de Tsahal dans l’hôpital de Ziv, à Safed en Galilée. Quel raccourci symbolique et signifiant !

 

Ce contact entre officiels rebelles syriens et Israël remonte au moins à l’année dernière où une équipe de la télévision israélienne Channel 2 rentre en territoire syrien avec les deux journalistes Itai Anghel et Amir Tibone à Khirbet al-Joz à Jisr al-Choughour dans la région d’Idleb au nord-ouest à la frontière turque.

 

C’est ainsi que dans le même temps, les troupes israéliennes s’activaient ouvertement sur la ligne de démarcation au Golan pour apporter des facilités aux terroristes et leur offrir une protection. En coordination avec leurs amis du Golfe et jordaniens, les Israéliens sont devenus des partenaires à part entière dans l’agression contre la Syrie, après s’être réconciliés avec la Turquie, sous le parrainage de Barak Obama. Les chambres d’opération installées sur le territoire turc jouent un rôle de premier plan dans la destruction de la Syrie

 

Israël se sert des rebelles syriens pour accroître son emprise sur le Golan

 

Des bandes rebelles tentent régulièrement de « transiter » par la zone démilitarisée (5 kilomètres dans sa plus grande largeur) qui fait tampon entre le Golan annexée et le territoire syrien, notamment à Jubata al-Khachab.

 

Il y a plusieurs mois, Benjamin Netanyahu a annoncé la construction d’une « clôture de sécurité » sur la ligne de démarcation entre Israël et la Syrie, sur les hauteurs du Plateau du Golan syrien occupé par l’Etat hébreu depuis 1967 et annexé depuis 1981. Cette clôture d’une dizaine de kilomètres serait sur le modèle de celle séparant déjà Israël des territoires palestiniens autonomes. Cet audacieux programme de « travaux publics » concrétise l’isolement et l’enferment d’un pays-ghetto, cadenassé de partout, faisant de lui le seul Etat au monde dont les frontières seront visibles par satellite, comme l’est la muraille de Chine.

 

 

En effet, Israël se sert du prétexte des djihadistes pour pérenniser son emprise sur un territoire géographiquement et économiquement stratégique, riche en eau (alors que la pénurie d’eau est une réalité qui alimente aussi la tension), et dont l’annexion n’a jamais été reconnue, ni par la Syrie ni par l’ONU. Et la « révolution syrienne » joue le rôle de l’idiot utile pour l’État hébreu en lui permettant de consolider, de la plus concrète des façons, son emprise sur un territoire syrien. Voilà au moins un « apport » de la révolution syrienne sous perfusion occidentale et wahhabite sans oublier que le Golan est devenu aussi une colonie de peuplement israélien au mépris des résolutions de l’ONU.

 

 

Donc, ce conflit risque de plus en plus de dépasser les frontières syriennes. D’ailleurs, Bachar al-Assad a affirmé, dans une interview diffusée la semaine dernière sur al-Manar, la chaine libanaise pro-Hezbollah, sa volonté d’ouvrir le front au Golan avec Israël. De même, il a promis de riposter à toute nouvelle attaque de l’Etat hébreux qui a mené depuis janvier dernier trois raids contre des positions militaires syriennes près de Damas. D’autre part, personne ne connait le sort des casques bleus enlevés par les rebelles terroristes depuis plusieurs semaines déjà.


Qussayr, une guerre sans merci où se joue le destin de la région

 

C’est bien un gigantesque fiasco qui s’est accéléré depuis quelques semaines pour le front des faux amis de la Syrie. Et le sens qu’il a pris est très loin d’être favorable à la « révolution » et ses parrains étrangers.

 

La victoire militaire de l’armée syrienne dans la région stratégique de Qussayr est plus que vitale non parce qu’« elle sur le chemin d’une région côtière où vivent les alaouites, la communauté chiite à laquelle appartient Bachar el-Assad et où il pourrait se replier, en cas de défaite » (sic) comme nous écrivait rfi dans son numéro du 20 mai dernier, mais bien parce que dans cette région stratégique endossée à 35 km au sud de Homs (Syrie centre), l’avenir de la soi-disant « révolution » syrienne se joue cruellement et pour plusieurs raisons :

 

  1. Perdre une zone maintenue depuis plus d’un an et demie est non seulement un échec mais une défaite quasi décisive. Les rebelles terroristes, al-Nosra à leur tête, sont prêts à « rayer les villages alaouites et chiites de la carte » comme le menace le colonel Abdul-Hamid Zakaraya depuis Istanbul à travers la chaine saoudienne, Alarabia.
  2. Côté syrien. Pour le régime syrien, cette bataille est un objectif prioritaire. Le mois dernier, le président Bachar al-Assad avait affirmé que les combats dans cette région étaient « la principale bataille » menée par l’armée syrienne. Vu sa position stratégique, l’armée peut sécuriser pour toujours la route reliant la capitale à la côte, une zone épargnée par la violence à part les incidents de Bayada à Banyass il y a quelque temps, privant ainsi les rebelles de toute aide extérieure, sans parler du coup psychologique d’une telle victoire sur leur moral.
  3. Côté Hezbollah. La vraie raison de l’intervention des combattants du Hezbollah dans cette région dépasse de loin la volonté de défendre les chiites ou les chrétiens, en majorité libanais, habitant les vingt trois villages et fermes du Qussayr ayant survécus aux accords de Sykes Picot du 1916.
  4. Le Front al-Nosra, allié d’Al-Qaïda avec la brigade al-Farouq, jadis héros de Bab Amr à Homs, a occupé non seulement la quasi-totalité de la région de Qussayr pendant plus d’un an et demi, mais il a obligé la population « hérétique » – à savoir chiites et chrétiens – à partir et avec eux beaucoup des sunnites non inspirés par leur « révolution » nihiliste au risque d’être qualifiés des chabihas, mot devenu bien utile pour épurer tout ce qui ne marche pas avec la « révolution » démocratique.

 

L’intervention des miliciens du Hezbollah n’est donc pas pour protéger les chiites sinon, pourquoi n’interviennent-ils pas dans d’autres localités chiites comme, par exemple, pour les 60 000 habitants de villages Nubbol et Zahra, situés au Nord d’Alep, assiégés et terrorisés depuis plus de dix mois ? (Voir l’article http://www.michelcollon.info/Solida…, mis en ligne le 1er mai)


Cependant, les vraies raisons de l’intervention des combattants du Hezbollah dans cette région dépassent de loin cette volonté à caractère religieux :

 

  1. Vu sa proximité avec le Liban, cette zone est stratégique car les rebelles peuvent fermer la route reliant Damas à la côte depuis Qussayr et gêner ainsi les mouvements de troupes de l’armée syrienne.
  2. Sa proximité avec le Liban lui facilite aussi le trafic d’hommes et d’armes de tout genre.

 

Mais la raison la plus importante, c’est que cette zone présente un menace direct contre le Hezbollah car elle se trouve à mi-chemin entre Hermel et Bekaa, deux zones libanaises où se trouvent les réserves des armes du Hezbollah, notamment les missiles. Par ailleurs, c’est pour cette même raison que l’aviation israélienne a bombardé en 2006 la localité libanaise de Bekaa al-Qaa, limitrophe de Jussiyeh, village syrien (al-Qaa, c’est aussi cette même localité chiite qui a accueilli les déplacés chrétiens syriens de Rableh dans la région de Qussayr, chassés par les islamistes).

 

  1. Le passage de Jussiyeh, le plus proche de Homs, tombé aux mains de l’armée syrienne, prive non seulement les rebelles de tout secours venant du Liban mais il fait du Qussayr une tenaille.
  2. De même, la chute des villages de Tal Mendou, de Tal al-Hanach et de Jabal al-Charqi affaiblit à jamais la rébellion islamiste qui connait sa plus grande concentration en hommes et en armes dans cette zone.
  3. Le reportage Russia al-Yaoum dans al-Ghassaniyeh et d’autres villages libérés montre une armée nationaliste reçue en libérateur avec le riz, très loin de cliché présenté par les médias occidentaux.

 

Le reportage de la télévision russe montre les dégâts laissés par les terroristes qui ont privé les habitants d’eau et coupé le pont reliant les deux côtés de la ville, voulant empoisonner le maximum des personnes sans aucune distinction entre civiles et militaires. On voit aussi les dégâts du couvent de Rableh, un village chrétien de Qussayr.

 

 

Signalons aussi qu’il existe huit villages chiites dans la province de Qssayr qui ont subi destruction et déplacement de leurs habitants par les fanatiques islamistes les considérant comme hérétiques.

 

 

Destruction du monastère Mar Elias à Qusseir par l’ASL/Al-Nosra.

 

Reportage : al-Manar, al-Mayadeen.

 

Le monastère de Mar Elias, victime du terrorisme et des auteurs de l’idéologie obscurantiste. Occupé, profané, utilisé comme lieu de détention et torture puis détruit par les obscurantistes, il vient d’être libéré par l’armée syrienne.

 

Le monastère de Mar Elias à Jussiyeh dans le Qusseir dans la banlieue de Homs occupe une place très importante chez les Chrétiens et Musulmans, puisque la fête de Mar Elias est célébrée chaque année comme une incarnation de la cohésion entre les différentes confessions et les habitants de la région. Ce monastère est considéré comme l’un des plus importants vestiges antiques et remonte à 2000 ans. Le monastère comprend l’icône de Mar Elias datant de 1000 ans.


  • Côté français

 

Avec l’entrée des miliciens du Hezbollah en scène, la bataille de Qussayr prend encore plus d’importance, non seulement pour les Syriens et le Hezbollah, leur allié, mais aussi pour les Occidentaux, notamment les Français. Pourquoi ?

 

Depuis que Paris a annoncé sa décision d’inscrire la branche armée du Hezbollah sur la liste du terrorisme en Europe, la France est confrontée à des échéances syriennes et libanaises embarrassantes et la bataille de Qoussayr pourrait bien être la dernière chance pour la France qui a parié dès le départ sur le mauvais cheval, espérant aujourd’hui une victoire militaire des rebelles terroristes de Qussayr, une victoire qui pourrait éventuellement lui redorer son image tant ternie sur la scène internationale.

 

De même, l’ancien colonel de l’armée française Alain Corvez indique dans une interview sur le site Manar que Qoussayr présente une grande importance en raison de « sa position stratégique ». En effet, la ville contrôle toutes les routes menant à la côte syrienne et à Damas et constitue, comme il le dit si bien, « le nœud de communication stratégique entre Tripoli, Homs et la Békaa libanaise d’un côté, et Tripoli et la capitale syrienne Damas de l’autre ».

 

Celui qui contrôle cette ville remporte la bataille du centre de la Syrie, et assure la protection de son dos dans la bataille de Damas et toutes les batailles du nord de la Syrie.

 

De plus, confie Corvez, cette bataille permettra une étude approfondie pour mieux comprendre les tactiques du Hezbollah face à la guérilla, surtout concernant les tunnels qu’il a été le premier à inventer dans la guerre moderne. Ce qui constitue tout le contraire de la guerre de juillet 2006, menée par Hezbollah.

 

Rappelons que ce sont les Français qui ont qualifié la stratégie de la Résistance islamique durant la guerre de juillet 2006 de stratégie du « combat inégal », d’après une longue analyse présentée en 2007 par le colonel Michel Goya, écrivain militaire de l’armée française et auteur de La théorie du Hezbollah.

 

Selon ces militaires français, « l’opposition armée engagée dans la bataille a commis d’importantes erreurs stratégiques et meurtrières, tandis que le Hezbollah a réussi à les vaincre psychologiquement parlant, en les forçant à quitter une colline stratégique dans la province de Qousseir, et qu’ils n’auraient pas dû abandonner si facilement », sans parler de beaucoup d’autres erreurs commises dans cette bataille.

 

La volonté farouche de Paris soutenue par Londres de lever l’embargo de l’UE sur les armes à destination des rebelles n’est-elle pas pour changer la donne des combats à Qussayr, surtout avant la conférence de Genève ? La question reste posée.

 

Ici le lien de l’article publié mardi 4 juin.

 

Dans cette guerre de Qussayr, l’armée syrienne, une grande armée classique préparée pour une guerre contre Israël, a du se muer en une force de contre-guérilla, et apprendre sur le tas les exigences de la guerre asymétrique en milieu urbain. La rébellion ne peut que mettre son drapeau en berne vu sa situation d’encerclement et les pertes importantes qu’elle subit. L’armée secondée désormais par les miliciens du Hezbollah, les prenant à la gorge, mène des opérations chirurgicales, une stratégie dictée par la configuration urbaine. Une stratégie certes plus lente que celle du marteau-pilon. Pourtant, les hélicoptères continuent de mitrailler à Qussayr et les secteurs avoisinants les positions et déplacement des rebelles terroristes.

 

Ces fanatiques qui ont mis à dos non seulement la minorité chrétienne de Qussayr en lançant l’année dernière des appels à partir des mosquées demandant ainsi à plus de dix milles chrétiens de quitter la ville mais surtout les chiites avec des appels haineux à les égorger, appuyés par des fatwas des cheikhs salafo-wahhabites dont la dernière venait tout juste lors du prêche de vendredi dernier dans la mosquée de Doha, lancée par le cheikh Qaradawi, mufti du Qatar et de l’OTAN qui a appelé les musulmans dans les quatre coins du monde à venir en Syrie tuer les chiites pour défendre les sunnites massacrés selon lui par ces « hérétiques ».

 

On ne voit vraiment pas, dans ces conditions, ce que peuvent espérer les rebelles fanatiques. Ils sont condamnés à la défaite, et à la fuite en avant dans le terrorisme, malheureusement. La Syrie est capable de gagner la partie militaire surtout que le front international anti-syrien est de plus en plus fissuré. Le rapport de force international a basculé et pour Poutine et son administration, il s’agit non seulement de la crédibilité internationale de la Russie mais aussi de sa sécurité nationale, et ce n’est pas seulement la base navale de Tartous qui est en jeu en Syrie comme certains le pensent naïvement.

 

 

Source : Invetsig’Action

Rôde l’insaisissables S-300, qui arrive, s’en va, revient…

Hier, à 16H00, c’était assuré : au moins un contingent de S-300 russes était arrivés en Syrie, selon une déclaration télévisée de Bachar Al-Assad non encore diffusée mais dont on avait “fuité” quelques extraits. Hier, à 18H00, la chose était démentie : mais non, Assad ne dit pas du tout cela, ou, dans tous les cas, il ne dirait pas cela. Il n’y a pas de S-300 en Syrie. Hier, en fin de soirée, après la transmission de l’interview d’Assad, on restait tout de même dans l’incertitude : Assad n’a pas dit que des S-300 étaient arrivés en Syrie, mais il n’a pas dit non plus que des S-300 n’étaient pas arrivés en Syrie, – simplement parce qu’il a refusé de répondre à la question précise sur le cas. Par contre, il a dit que les Russes ont toujours rempli leurs obligations contractuelles vis-à-vis de la Syrie, et comme il y a eu un contrat signé pour des S-300… Ce qui veut dire à peu près tout, que des S-300 ont été livrés, qu’ils sont en cours de livraison, qu’ils seront livrés plus tard…

Les nouvelles ont donc dû être ajustées selon ces nouveaux développements, comme le fait DEBKAFiles, le 30 mai 2013 en citant comme toujours des “sources du renseignement israélien”, comme nous-mêmes après tout avec ce texte, après notre texte du 30 mai 2013… Le Guardian qui, comme tout le monde, avait annoncé la livraison des S-300 (ce 30 mai 2013), puis dans sa rubrique Live avait démenti («Earlier reports that Assad claimed he had received a first shipment of anti-aircraft missiles from Russia appear to have been wrong»), aboutit finalement à un commentaire mi-figue mi-raisin, où l’on admirera la rhétorique à la fois retenue et pourtant évocatrice qui est finalement un reflet assez exact de la perception qu’on a de cette situation… (Ce 31 mai 2013.)

«Syria’s president, Bashar al-Assad, has said Russia will deliver anti-aircraft missiles to Syria – a claim likely to dramatically increase tensions in the region and which could provoke the Israelis to launch a future strike against the weapons. In an interview with Lebanon’s al-Manar channel Assad refused to confirm if Moscow had already begun to deliver long-range S-300 air defence rockets. But he said he expected the Kremlin to fulfil the order, and added: “All our agreements with Russia will be implemented and parts of them have already been implemented.” […]

«There was confusion on Thursday in western capitals after an early version of the interview quoted Assad as saying the S-300s had already arrived. US officials said they did not know the situation. One high-ranking Israeli official said: “We are trying to find out exactly what the situation is but currently we just don’t know.” Analysts said it was possible some elements of the S-300 system – made up of launchers, radar and a command-and-control vehicle – had turned up but doubted the system was yet operational.»

L’annonce initiale de l’affirmation supposée d’Assad de la livraison d’une première série de S-300 avait provoqué un amoncellement de commentaires, selon les hypothèses sur l’attitude d’Israël qui avait auparavant annoncé qu’il attaquerait une telle livraison de S-300. Parmi ces commentaires, retenons celui de Giora Eiland que nous avons déjà cité (voir le 27 mai 2013), qui exprime la préoccupation générale des milieux de sécurité nationale israéliens : «If we do something soon after the transfer, we might have business not only with Syria but with the Russians. This is a real hot potato.» D’une façon générale, les Israéliens reportent leur frustration dans cette affaire sur les Européens, dont ils estiment que la décision de lever l’embargo sur les armes pour les rebelles est la cause de cette aggravation générale de la perception de la situation. Un officiel est cité par le Guardian, qui parlait alors qu’on tenait pour assurée la livraison d’un premier contingent de S-300, mais qui exprime un sentiment israélien général, livraison effective ou pas :

«This move will certainly change the whole dynamic. This is mostly as a result of the EU’s reckless decision to lift the arms embargo. I don’t know if the shipment of the missiles was a direct result of that decision, but it certainly gave the Russians a pretext to go ahead and do what they wanted to do in the first place. If they had any misgivings, doubts about the timing, the EU decision rid them of these.»

Les Russes, eux, sont restés complètement silencieux durant tout cet épisode d’hier avant d’affirmer qu’aucun envoi de S-300 opérationnels n’avait encore été fait, et ce silence est plutôt le signe de l’inflexibilité de leur position principielle générale, telle que les Israéliens ont pu s’en apercevoir lors des rencontres qu’ils ont eues avec eux à propos des S-300. Les Russes ne bougent pas d’un pouce ; sur le fait en débat, ils s’en tiennent à leur position bien connue qui est, d’abord, que le contrat signé en 2010 sera honoré d’une façon ou l’autre ; qui est, ensuite, que le S-300 est un “facteur stabilisant” (voir Russia Today le 28 mai 2013), parce qu’il est là pour dissuader Israël, et d’autres bien entendu, d’attaquer. La position des Russes est ainsi caractéristique, ou dans tous les cas symbolique : ils entendent montrer et sans doute garder le plus grand sang-froid, d’abord parce que leur ligne inflexible le leur permet, ensuite parce qu’ils tiennent les cartes de cette séquence en mains (c’est eux qui sont la source de livraison des S-300) ; et ils observent, sans doute avec une certaine ironie, le désordre et l’alarme extraordinaire causés par une annonce “fuitée”, puis démentie, puis apparaissant comme pas tout à fait complètement démentie… Si le discours très vague et sans signification d’Assad maintient tout de même la tension, c’est parce que, quelques heures auparavant, il y a eu l’épisode de la “fuite” qui, même s’il était basé sur une fausse interprétation ou bien sur une interprétation volontairement distordue (une telle manœuvre, si non e vero, e ben trovato), a suscité une situation de vérité : la mise à nue de l’extrême tension qui entoure une affaire finalement très secondaire (le cas des S-300) dans l’étrange et insaisissable “guerre syrienne”. Mais cette “affaire secondaire” exprime aujourd’hui le climat général. Tout cela montre la sensibilité extrême, l’absence de contrôle même, qui caractérise, du côté du bloc BAO, y compris et surtout du côté des Israéliens qu’on a connus plus maîtres d’eux, tout ce qui concerne la Syrie. La cause de ce climat est que la position du bloc BAO vis-à-vis de la Syrie est elle-même structurée sur une vision et une référence complètement distordues par la narrative générale, donc par une construction d’une fausse réalité, finalement très déstabilisante pour les psychologies.

C’est cet aspect qui est intéressant, cet emballement, cette dramatisation, jusqu’à l’évocation d’un affrontement entre Israël et la Russie qui est pour certains la voie vers une guerre généralisée, qui se déclenchent sur la foi d’une information “fuitée”, concernant un aspect très secondaire du conflit. La confusion est d’ailleurs étendue à l’objet du litige, puisque les avis continuent à être très divergents sur les capacités opérationnelles du S-300. Mais finalement, lorsque le Guardian qualifie ce missile de “game-changer” (le 30 mai 2013), il a raison psychologiquement, et c’est ce qui compte : quelles que soient les performances du S-300, l’idée que sa livraison constitue un élément fondamentalement nouveau, sans vraiment d’autres précisions ni la moindre certitude, est désormais un fait politique avéré d’une grande importance, qui a effectivement changé la situation de la “guerre syrienne”… Et des précisions techniques disponibles, on ne retient que celles qui alimentent l’incertitude aggravant le désarroi et la tension. Cet officiel du ministre de la défense russe énumère pour Reuters les limitations de l’efficacité du S-300, qui est un engin déjà ancien, mais on ne retient que la dernière remarque (soulignée en gras par nous), qui est anodine dans son évidence, – mais qui convient à l’état de la psychologie autour de la “guerre syrienne” aggravée par le S-300 :

«A Russian defence ministry source has told Reuters he knew of no qualified Syrians trained by Moscow to use the S-300s, putting the completion of the anti-aircraft system in Syria at “six to 12 months from now”. He added that the Israelis “likely have a million ways to combat the S-300 electronically”, but said that since these methods had not been tested in war “whether the S-300 would fail or not cannot be known.”»

L’épisode d’hier, qui est un épisode lorsqu’il est appréciée dans son intégralités sans aucun élément nouveau, a pourtant complètement modifié le climat, et changé la psychologie autour de la “guerre syrienne”. Il l’a soudain rendu ce climat beaucoup plus tendu et alarmant dans sa potentialité effective, et non plus théorique, en agitant la possibilité très concrète d’un affrontement entre Israël et la Russie, – affrontement que ni l’un ni l’autre ne veulent pourtant, et qu’ils tenteront à tout prix d’éviter (mais sans céder sur l’essentiel dans le cas des Russes). On voit bien l’influence de l’infrastructure crisique où se trouve embourbée cette “insaisissable guerre syrienne”, totalement caractérisée du côté du bloc BAO par l’incohérence, la confusion, la narrative comme référence des politiques conduites, et cela si complètement grossi par le système de la communication que la vérité de la situation finit par en être influencée. La crise syrienne s’est donc brusquement aggravée hier sans que rien de concrètement nouveau n’ait eu lieu, et à cause d’un épisode complètement secondaire (les S-300) par rapport à la substance de la crise. Voilà une bonne définition de la vérité générale elle-même de la situation, qui est de faire d’une crise (la crise syrienne) qui n’a en elle-même qu’une importance secondaire, la messagère et l’expression de toutes les tensions intérieures suscitées par la crise générale du Système.

 

Mis en ligne le 31 mai 2013 à 06H48

http://www.dedefensa.org/article-r_de_l_insaisissables_s-300_qui_arrive_s_en_va_revient_31_05_2013.html

Poursuite de l’aventureuse épopée des S-300

L’épopée des S-300 russes promis aux Syriens se poursuit, et il n’est pas assuré que la décision européenne (par non-décision) de lever l’embargo sur les armes à destination des rebelles syriens, ainsi que les avertissements israéliens, n’aient pas largement contribué à ce qui serait une livraison d’ores et déjà faite d’un premier contingent de S-300. C’est dans tous les cas le président syrien Assad lui-même qui assure que cette livraison est faite, dans une interview qui doit être diffusée ce soir à la télévision, et dont des extraits obtenus par le journal sont publiés par Al Akhbar ce 30 mai 2013.

«“Syria has received the first batch of Russian S-300 anti-aircraft missiles,” Assad declared in the interview to be aired Thursday night on Al-Manar, pointing out that, “the rest of the load will arrive soon.”

»Assad said that the Syrian army has made great achievements on the ground against the armed groups, adding that the military balance of power has completely turned in the army’s favor. “Syria and Hezbollah are in one axis. There are Hezbollah fighters in the border areas with Lebanon, but the Syrian army is the force that is fighting and managing battles in the face of the armed opposition groups,” Assad said.»

• La nouvelle a aussitôt été reprise par le site DEBKAFiles, le 30 mai 2013 : «Directly taunting Israel, Syrian president Basher Assad says in an interview prerecorded for broadcast Thursday night, May 30, that the first batch of Russian S-300 anti-air missiles has arrived in Syria and a second consignment is on the way. The broadcast is scheduled to air simultaneously Thursday night over Hizballah’s Al Manar and Syrian state television channels. The Syrian ruler was replying directly to the quote from Israel’s National Security Adviser Yakov Amidror that the S-300 batteries have not been delivered yet and when they are, Israel will destroy them.

»Wednesday, May 29, DEBKAfile reported the landing at Latakia airport of a large Russian transport carrying 60 tons of unidentified freight. Labeled by Moscow “humanitarian aid,” it was in fact the first S-300 delivery to which Assad referred… […]

»DEBKAfile’s military sources add: Moscow has made a point of stressing that the S-300s for Syria will arrive accompanied by Russian officers and advisers, in the belief that Israel will think twice before tangling with Moscow by attacking the missiles still in their crates and risking harm to Russian personnel. This eventuality came up in the tough conversation Prime Minister Binyamin Netanyahu had with Russian President Vladimir Putin in Sochi on May 14…»

• Ces derniers jours, Israël a donné diverses variations sur le thème des S-300. Deux commentaires d’officiels (voir Antiwar.com le 29 mai 2013) ont été dans le sens extrêmement belliqueux d’une probabilité d’attaque d’Israël, d’ailleurs dans deux circonstances différentes puisque l’une prévoit une attaque pour empêcher les S-300 de devenir opérationnel (ce qui implique éventuellement une attaque en Syrie), et l’autre rien de moins qu’une attaque de navires russes transportant les missiles, de la part du ministre israélien de la défense… (Mais il semble bien que les S-300 aient été transportés par air, – ce qui rendrait la déclaration du ministre à la fois inutile, et inutilrement provocatrice, et éventuellement assez mal informée.)

Antiwar.com expose ces interventions israéliennes… «In a meeting with European Union ambassadors, Israeli National Security Advisor Yaakov Amidror declared the Syrian government’s imminent acquisition of S-300 anti-aircraft missiles to be a “red line” that would obligate Israeli military action to prevent them becoming operational. […] The comments come just a day after Israeli Defense Minister Moshe Ya’alon suggested in an interview that Israel might attack the Russian Navy in an attempt to sink the ships and prevent the delivery. That is seen as extremely unlikely given Russia’s military capabilities.»

• En même temps que se déroulaient ces divers événements et qu’on prenait connaissance de ces diverses déclarations, le Guardian annonçait qu’une délégation d’officiels du renseignement israélien s’était rendue à Moscou de toute urgence dans la nuit de mardi pour tenter de convaincre les Russes de ne pas livrer les S-300, – qui sembleraient alors avoir d’ores et déjà été livrés, sinon en cours de livraison. Dans le même article dfu 29 mai 2013, le journal britannique rapportait des déclarations d’officiels israéliens contredisant nettement certaines des déclarations belliqueuses rapportés ci-dessus, et apaiser une certaine tension diplomatique. “Notre ego est développé, disait en substance un officiel israélien, mais pas au point de nous risquer à attaquer un objectif russe”. L’idée serait alors plutôt éventuellement celle de Yaakov Amidror, d’attaquer les missiles alors qu’ils sont livrés aux Syriens, en évitant soigneusement de toucher des Russes. (Le même comportement était observé par Israël lors de conflits précédents avec des pays arabes, ou par les USA lors de divers engagements durant la guerre froide, lorsque du matériel russe était livré, notamment au Vietnam : c’est-à-dire s’abstenir d’intervenir si l’on risque de toucher des personnes ou des biens de nationalité russe [soviétique].) Le point intéressant dans ces déclarations, – qui durera ce qu’il durera, selon la suite des événements, – c’est que les Israéliens tentent de présenter désormais l’affaire des S-300 d’abord comme un affrontement d’influence type-guerre froide, entre la Russie et les USA, la Russie voulant montrer aux USA qu’ils n’ont aucun compte à tenir des exhortations US de ne pas livrer des armements à Assad. “Dans ce cas, disent ces mêmes Israéliens, ce n’est pas notre affaire” … Mais la chose redevient “leur affaire” lorsqu’il s’agit des S-300 effectivement déployés en Syrie, servis par des Syriens.

«Top-level Israeli intelligence figures flew into Moscow on Tuesday night in a last-ditch attempt to talk the Kremlin out of supplying sophisticated anti-aircraft missiles to the Assad regime, which once installed in Syria would have the range and power to target civilian and military aircraft over Tel Aviv. Israeli diplomats will continue to work both privately and publicly to prevent the transfer until the shipment sails, but officials attempted to lower the diplomatic temperature, insisting Israel had no intention of fighting Russia on the issue. Israel has read Moscow’s insistence on pursuing its deal to supply Damascus with the powerful missile systems as part of a “cold war” power struggle between the US and Russia playing out in the theatre of the Syrian civil war in which it wants no part.

»“We are unhappy with the prospect of these very serious weapons arriving in Syria but we cannot stop Russia delivering them to the Middle East. We would not strike a Russian target – our egos are big but they’re not that big,” one senior Israeli diplomat told the Guardian on condition of anonymity. The Israeli military will not hesitate, however, to take any steps necessary to prevent the transfer of this sophisticated Russian anti-aircraft technology to Hezbollah militants or other hostile groups. “I don’t know how upset the Russians would be if, at some point between payment and the installation of this technology in Damascus by Russian experts, something was done to damage the weaponry. As long as no Russians were hurt and they got paid, I don’t think they would care,” the diplomat added.»

• Un autre point de vue pour substantiver l’évolution de l’affaire des S-300, point de vue venu de Russie, implique essentiellement les relations entre la Russie et l’Union Européenne, à la différence de la thèse israélienne vue plus haut. (Mais toutes ces thèses peuvent parfaitement se compléter plutôt que s’exclure.) Ce point de vue est que la décision européenne de levée de l’embargo joue un rôle central dans l’argumentation russe, en faveur de la livraison des S-300. (Et, a fortiori, en faveur de la livraison effective.)

Bien que cette analyse d’AFP du 29 mai 2013 enregistre des déclarations d’experts russes préjugeant que les S-300 ne sont pas encore livrés et qu’ils ne semblent pas sur le point de l’être immédiatement, ces déclarations n’en sont pas moins intéressantes pour observer ce que la décision, ou non-décision des Européens, peut entraîner comme conséquence. Il s’agit en l’occurrence d’un exemple remarquable d’une diplomatie (européenne) complètement paralysée, de diplomaties nationales (notamment française et britannique) braquées sur les seuls effets de communication intérieure et les obsessions des élites-Système, et donc irresponsables, ou “infraresponsables” en ce sens, le tout fournissant aux Russes un argument pour faire ce que l’on veut empêcher qu’ils fassent… Hollande disait (le 27 mai 2013), en faisant un commentaire hésitant, plutôt par méconnaissance du dossier certes, en faveur d’une levée de l’embargo et de la livraison d’armes aux rebelles : «La Russie continue de fournir des armements. Il faut lui adresser un signe. […] Oui, un signe, que nous aussi nous pouvons armer» Pour l’instant, cela n’a pas l’air de se passer de cette façon… Le le “signe” semblant devoir être interprété d’une façon plus exotique que dans le sens de l’affirmation de la puissance européenne et française.

«Russia’s Defence Minister Sergei Shoigu implied Wednesday that the EU’s decision had untied Moscow’s hands, hinting that Russia could now supply weapons banned by international treaties. “Every decision has two sides. If one side lifts its restrictions, then the other side may no longer feel compelled to keep its previously adopted obligations,” Shoigu said while on a visit to Helsinki… […]

»Regional expert Alexei Malashenko of the Carnegie Moscow Centre said that “Russia could use the EU embargo to strengthen its own position concerning the S-300 deliveries.” “They are going to use this argument,” said Malashenko. But he added that Russia was unlikely to fulfil its S-300 contract if Moscow and Washington were successful in their ongoing efforts to arrange a Syria peace conference to get the two warring sides engaged in their first round of direct talks… […]

»Foreign and Defence Policy Council think-tank chairman Fyodor Lukyanov called the EU embargo lifting and Russia’s 3-300s threat a diplomatic “game” that the two sides were playing while the situation on the ground deteriorated. “You are seeing both sides use the same arguments,” Lukyanov said. “They are saying that in order to push the two sides toward peace, you have to put pressure on the other side,” he added. “And to do that, the European Union is supporting the opposition, and Russia — Assad.”»

 

Mis en ligne le 30 mai 2013 à 15H51

http://www.dedefensa.org/article-poursuite_de_l_aventureuse_pop_e_des_s-300_30_05_2013.html

La Syrie révèle Israël

22 mai 2013 – La politique israélienne vis-à-vis de la Syrie représente un cas remarquable des erreurs des pays du bloc BAO, puisque effectivement nous incluons Israël dans le bloc BAO. On devrait alors même préciser que c’est le cas le plus remarquable, le plus significatif du bloc BAO parce que ce pays est directement au contact de la Syrie et qu’il souffre (le verbe est à prendre dans son sens propre) d’une réputation d’une des meilleures capacités de renseignement au monde. Le problème d’Israël vient d’être illustré par un tournant stratégique qu’il semble avoir effectué la semaine dernière en passant brusquement d’une politique de contribution de plus en plus appuyée à la tentative de faire chuter le régime syrien, à l’affirmation d’une politique de désengagement, avec la précision semi-officielle (dans le Times du 18 mai) que le maintien au pouvoir d’Assad était préférable à la victoire des rebelles.

Tout cela repose sur cette réputation d’excellence proche de la perfection de ses services de renseignement, qui fait plutôt figure, à la lumière de diverses péripéties, de mythe fabriqué selon une tendance irrépressible à l’autosatisfaction. Comme le résumait en d’autres temps l’ancien Premier ministre et ministre de la défense Ehud Barak après la cinglante défaite israélienne de l’été 2006 face au Hezbollah, «[d]espite having the best intelligence and forecasts in the world, we still need a dreidel to know how Hezbollah got us». Il apparaît donc, à côté de leur réputation d’exceptionnalité, que les services de renseignement et de sécurité israéliens montrent une constance remarquable dans l’erreur. Cette caractéristique fut notamment illustrée de façon spectaculaire et très dangereuse, qui amena Israël au bord de la défaite dans les trois premiers jours de la bataille, lors de la guerre du Yom Kippour d’octobre 1973. Le renseignement israélien avait catégoriquement annoncé que cette guerre n’aurait pas lieu, que ni l’Égypte ni la Syrie n’oseraient attaquer, ce qui donna naissance à une plaisanterie courante en Israël : «Every time the intelligence agencies claim there is no war on the horizon, Yom Kippur War veterans run for cover.»

Mohamed Bdeir, dans Al-Akhbar English du 20 mai 2013, fait un historique des erreurs sans nombre du renseignement israélien, essentiellement des erreurs stratégiques que semblent dissimuler des victoires tactiques auxquelles il est fait une grande publicité. Il termine par la description de la situation actuelle en Syrie où, par son intervention armée du début du mois, Israël semble avoir provoqué une riposte inattendue et extrêmement préoccupante, qui est la réouverture du front du Golan après un apaisement de près de quatre décennies. Une telle perspective promet pour Israël une “guerre d’attrition” particulièrement épuisante…

«However, Israel had another appointment with a new mistake in its calculations, when the Syria-Iran-Hezbollah reply came in a different manner than expected. Israel seemed to gain tactically, but lose strategically. This was not only due to the commitment to the Syrian leadership – exceeding all political caveats – to supply the Resistance with weapons, but a strategic decision to open the Golan front, which means nothing less than a war of attrition where Israel does not have the upper hand.

»Faced with this challenge, Israel played its favorite game, fleeing forward, through an official insistence to implement with the “red lines” policy, threatening to overthrow the Syrian regime if it dares to implement its latest decisions to arm the Resistance, open the Golan front, and strike back with military force in the event of a future Israeli attack.

»What does that mean in terms of the fractured regional situation? It means we will be facing a new bout of the Israeli miscalculation syndrome. It does not take a genius to conclude that Syria’s strategic allies (Russia, Iran, and Hezbollah), who prohibited and deterred the UN Security Council, NATO, Turkey, and other countries from direct military intervention, will not stand and watch while Israel intervenes to achieve this goal.»

Un autre article virulent contre les erreurs israéliennes est publié par le journaliste israélien Shlomi Eldar, fameux en Israël où il travaille pour la télévision et qui a été couronné en 2007 par la plus haute distinction journalistique, le Prix Sokolov. Eldar décrit, le 19 mai 2013, pour Al-Monitor Israel Pulse, les errements israéliens vis-à-vis de la Syrie, couronnés par le tournant stratégique radical décrit plus haut, effectué la semaine dernière selon des sources officieuses. Nous donnons ci-dessous des extraits substantiels de cet intéressant article, qui permet d’avoir, d’une plume israélienne expérimentée, une bonne idée de la posture stratégique israélienne actuelle.

«For the past two years, there have been a number of generally accepted assumptions about what will finally happen in Syria. By late last week, these assumptions came crashing down with the raucous force of an earthquake. We are talking about the very opinions that were considered to be conventional wisdom among the Israeli public, and which had considerable impact on political decision-makers and military strategists alike for the past two years. These are the core assumptions:

»1. International intervention in Syria is inevitable. Sooner or later the free world will be forced to take action to save the country’s civilian population from the clutches of Syrian President Bashar al-Assad and his army.

»2. An Israeli attack on Assad will cause him to recoil in terror and force him to avoid transferring arms to Hezbollah or responding with a counter-attack.

»3. The aid that Qatar and Turkey provide to the rebels should ultimately change the balance of power.

»4. The apple (Bashar) has fallen far from the tree (former Syrian President Hafez al-Assad). According to this assumption, Bashar is afraid of his own shadow, and even the faintest breeze can discombobulate him and throw him off balance (this is, by the way, how he is portrayed in the popular Israeli television satire “Eretz Nehederet,” but more on that later).

»5. Israeli intelligence assessments provide an accurate account of the situation and should be the basis of any future decisions about how to respond to the situation in Syria.

»6. “Assad’s regime will be deposed in a matter of weeks” (former Defense Minister Ehud Barak on Dec. 11, 2011).

»Then, within a week, everyone woke up to the fact that the most important parameter of all was overlooked in the most recent analyses of the situation in the Middle East in general and Syria in particular… […]

»By late last week [on May 17], 12 Russian battleships were sent to patrol the waters off the Russian naval base in Syria and to demonstrate a presence in the region. This was hardly some subtle hint. It had the volume of a Russian aircraft carrier. What the Russians were effectively saying was that no one should even consider making any decision whatsoever about the future of Syria, and by extension, of Assad, without first considering Moscow’s strategic interests. Both the United States and Israel got the hint.

»The Soviet Union had strategic interests in Syria ever since the mid-1960s. So does modern Russia. It is the largest advance base that Russia still has in the Middle East, and someone like Russian President Vladimir Putin would never give it up, certainly not for “humanitarian reasons,” and even more certainly when the Russians see a certain symmetry there, and believe that Israel is the most important US advance base in the region.

»Yes, Russia had strategic interests of its own in Syria, which makes Israeli Prime Minister Benjamin Netanyahu’s slog to Moscow last week seem all the more ridiculous. The prime minister tried to dissuade Putin from selling S-300 [anti-craft] missiles to Assad, since that would have far-reaching repercussions on the Israeli air force. Did Netanyahu really believe that sitting Putin down for a heart to heart talk would really convince the Russian leader to forego his support for Assad?

»By the end of last week, reality seemed to prove that Israeli intelligence assessments claiming Assad would soon fall were premature at best. Furthermore, an Israeli source was now quoted by the London Times as saying (May 18, 2013) that in the current circumstances, Assad is actually good for Israel: “Better the devil we know than the demons we can only imagine if Syria falls into chaos and the extremists from across the Arab world gain a foothold there.” The real question is: “Where were they before this?” By “they” I mean those people described as “Israeli decision-makers” and “senior officials,” who are quoted in the press.

»When a political, diplomatic or military correspondent errs in some assessment or other, the greatest damage is to his reputation, or at most to the reputation of the media he represents. Commentators and journalists base what they write on public information, and frequently on intentional leaks from various interested parties.

»The U-turn that Israel has made this past week in its attitude toward Assad raises serious questions about the people behind our defense strategy. Did none of them know before last week what Assad has been saying for a long time now, that his country has become home to a hodgepodge of terrorist organizations?

»Instead of responding to this, analyzing it, and preparing for the worst-case scenario, Israel preferred to mock Assad instead. The parodies of Assad (such as the aforementioned “Eretz Nehederet”) depict him as a reluctant coward, a “wimp” to use a more colloquial term, who will not be able to withstand all the pressure being placed on him. In this, he is juxtaposed with other Arab leaders, who were once perceived as being strong: former Egyptian President Hosni Mubarak and former Libyan leader Moammar Gadhafi both come to mind. But perhaps that is the root of the problem. People are too quick to compare him to the leaders of Egypt and Libya, who were both deposed fairly quickly. I do not want to think that Israel’s leaders are also influenced by TV satire.

»As we already noted, the high point of Israel’s failure to understand what is going on in Syria came in Ehud Barak’s statement of 2011. At the time, he gave Assad just a few weeks before he would be toppled. That was a year and a half ago. Since then, Barak has been “toppled,” while Assad remains in power. The one person to best express this was the former Israeli Military Intelligence head Uri Sagi, who rose up like a thundering prophet, ignored by the people of his city, to ask, “Who are we to decide? What tools do we have to determine who will rule in neighboring Syria and how?”»

Nous proposons d’ajouter à cette bordée de critiques contre le renseignement et la stratégie israéliennes plusieurs faits qui se détachent de ces deux seules questions. Cela permet d’élargir le tableau et d’introduire une appréciation générale de la posture actuelle d’Israël.

• Il y a d’abord le fait symbolique de la concentration en cours d’un flotille russe de Méditerranée, avec 5-6 navires initialement, qui devrait passer à huit unités en déploiement constant. Les USA, eux, ont entamé le mouvement inverse avec le retrait d’un porte-avions de la zone. Ce mouvement de décroissement de la présence militaire US devrait se poursuivre avec le retrait de forces aériennes d’Europe, tout cela étant dû aux contraintes de la séquestration qui coupent les budgets de fonctionnement. Parallèlement, la rumeur de la présence de SS-26 Iskander en Syrie est à nouveau identifiée dans divers textes (par exemple, voir sur PressTV.com, Gordon Duff le 22 mai 2013). L’ensemble fait peser encore plus le poids stratégique de la Russie sur la crise dans ses ramifications géographiques autant que sur la psychologie de sa perception, – et l’on sait que cette présence n’est pas favorable aux écarts et aux foucades israéliennes, et passe par une ferme protection de la légitimité et de la souveraineté en Syrie.

• On peut suivre, sur DEBKAFiles, une chronique féroce des déboires israéliens. Ce site, qui est connu comme une des voix des services de sécurité israéliens, a pris une posture suivie de mise en cause radicale de la politique du gouvernement Netanyahou, – si tant est qu’on puisse parler de “politique”. DEBKAFiles ne cesse de tresser des couronnes aux performances des Syriens avec le Hezbollah, s’ouvrant une voie vers le Golan pour établir leur “front” et, d’une façon générale, sur le comportement de l’armée syrienne. Voyez par exemple ce rapport du 22 mai 2013 :

«The Syrian army in more than two years of fighting a civil war has proved to be highly professional, steadfast under pressure and above all disciplined. Not once in this brutal conflict were there instances of lone initiatives by a local unit or commander. Every move was directed by the presidential palace via the general staff in Damascus. Even when Syrian troops faced setbacks, they retreated in orderly fashion. For some months, nothing more has been heard of mass desertions, whose scale turned out to be highly inflated by the opposition.

»Therefore, the proposition, which unnamed Israeli defense quarters fed military correspondents Wednesday, May 22, that more time was needed to tell whether Monday’s Syrian shooting attack on the Golan was ordered by Assad or a local initiative was not just way off track but harmful: It conveyed the impression of dithering among Israel’s decision-makers in the face of the Syrian ruler’s firm resolve, backed by Iran and Hizballah, to turn the divided Golan into the next “resistance front” against Israel…»

… Le paradoxe de cette situation, avec ces événements qui se précipitent, et avec cette activité intense de la communication, est certainement le rôle qu’y a joué Israël, notamment avec son attaque du début mai qui semble désormais ne devoir plus être perçue que comme une sorte de deus ex machina déclenchant une dégradation inutile de la situation à un des pires moments, opérationnellement et diplomatiquement, pour le bloc BAO, et donc pour Israël. Il y a un mois et demi, le 18 avril 2013, nous pouvions reprendre ce commentaire d’un analyste israélien, qui est sans aucun doute le contraire d’un libéral et d’un peacenik, Guy Bechor, consultant pour l’armée et la police israéliennes, et pour le ministère des affaires étrangères, classé parmi les nationalistes intransigeants… Bechor protestait contre le rapprochement avec la Turquie, elle-même engagée dans le guêpier syrien, et développait une conception naturelle et impérative en faveur du maintien d’Israël dans une position neutre et attentiste : «We have succeeded in steering clear of the turmoil in Syria, which is worsening, for two years. Our renewed close ties with Turkey are liable to suck us into a world war between the Sunnis and the Shiites, and between Russia and the United States. […] Why are we even getting into this mess? The best thing is to sit on the sidelines. We have no reason to join this war, which will never end. For the first time in our history we are not the point, we are the spectators. Why get involved?»

Cette sensation d’incertitude de l’orientation stratégique, voire d’affrontements de tendances qu’on ressent au sein de l’appareil de sécurité nationale israélien, nous rappelle d’une façon assez significative la confusion et les nombreuses querelles qui déchirèrent ce même appareil en Israël durant et après la catastrophique campagne de l’été 2006, après qu’il fût apparu que le Hezbollah se battait bien et que les forces israéliennes se battaient de moins en moins bien face à cet adversaire. (Voir divers échos de querelles, d’incompréhensions, de divergences, etc., au sein de l’appareil israélien le 28 juillet 2006, le 2 août 2006, etc.) Cette confusion et ces querelles impliquent évidemment des accusations implicites croisées sur la responsabilité d’une situation de moins en moins satisfaisante… Disons que, cette fois, on s’y prendrait un peu à l’avance par rapport à 2006, avant même qu’un conflit réel ait commencé, ou bien est-ce que, depuis 2006, le malaise n’a jamais vraiment cessé au sein de l’appareil de sécurité nationale israélien.

L’ombre de l’été 2006

Revenons un peu en arrière… Le mythe de la puissance paradoxale d’Israël illustré par l’image biblique de David contre Goliath a été construit sur de solides réalités initiales, essentiellement sur la période de la guerre d’indépendance à la Guerre des Six Jours, avec les deux foudroyantes victoires de 1956 et 1967, et jusqu’au rétablissement in extremis d’octobre 1973. Comme on le comprend, ce mythe n’en était alors pas un, illustrant une réelle puissance d’Israël malgré un volume de capacités extrêmement réduites. Nous avons déjà décrit, dans plusieurs analyses, le tournant entamé en 1967-1973 et réalisé immédiatement après 1973, lorsqu’Israël fut intégré dans l’ensemble américaniste et mis complètement sous influence des méthodes et de l’esprit américanistes, essentiellement par le biais des liens avec le Pentagone qui furent alors établis. On peut se référer à ce propos à des textes d’analyses de l’époque de la défaite israélienne de 2006 face au Hezbollah, notamment les analyses du 17 juillet 2006 et, surtout, du 7 septembre 2006. Dans cette dernière analyse, nous concluions, faisant allusion aux fameux neocons à Washington non comme à des inspirateurs et à des manipulateurs, mais comme à des outils, éventuellement à des “idiots utiles” de cette puissance anthropotechnologique qu’on pourrait juger comme quasiment autonome et douée d’une stratégie spécifique qu’est le Pentagone… (Et le Pentagone, certes, comme une des représentations les plus puissantes et le “bras armé” par excellence du Système.)

«Dès les années Reagan, ce groupe d’idéologues extrémistes était déjà dans les rouages de l’administration. (On y trouvait notamment Perle et Wolfowitz, tandis que Powell occupait des fonctions politico-militaires. Rumsfeld avait été secrétaire à la défense entre 1975 et 1977.) C’est eux, et avec eux le nouveau courant de pression qu’ils exprimaient, qui instrumentèrent la complète “annexion” d’Israël à ce complexe bureaucratique de puissance qu’est le Pentagone. Ce n’était pas un “complot” dans le sens humain du terme. Ils ne faisaient qu’exprimer la puissance extraordinaire du Pentagone et de sa culture, qui avaient définitivement mis la haute main sur la politique de sécurité nationale des Etats-Unis. En ce sens, c’est bien le Pentagone en tant que tel, en tant que puissance autonome et incontrôlée, qui imposa à Israël, dès les années 1980, une main-mise qui bouleversa complètement les conceptions et les structures de Tsahal, et qui réduisit d’autant, jusqu’à l’inexistence totale, la souveraineté nationale d’Israël.

»Le conflit avec le Hezbollah de juillet-août 2006 a confirmé de façon éclatante un état des choses où les capacités guerrières, les équipements, les tactiques, mais aussi la culture fondamentale des forces armées israéliennes se sont révélés comme complètement transformés, — transmutés, sans aucun doute, — par rapport aux conditions originelles de l’Etat d’Israël…»

Bien entendu, cette “transmutation” culturelle et psychologique, dans le sens de l’américanisation disions-nous à l’époque, dans le sens-Système disons-nous aujourd’hui, s’est réalisée dans le sens du pire. On constate, à la lecture des appréciations recueillies plus haut, que rien n’a changé depuis 2006, et que les choses se sont même aggravées. On retrouve paradoxalement dans les services de renseignement ce même travers que les anciens chef du Shin Bet dénonçait récemment dans le chef des directions politiques israéliennes, que nous mentionnions dans notre texte du 23 mars 2013 : «Alors aux commandes, Yaakov Peri estime n’avoir reçu durant les six ans de son mandat aucune consigne des gouvernements successifs. Ou bien il a cette formule, dont les termes sont partagés par ses collègues : Israël remporte la plupart des batailles, sans gagner la guerre. “Nous ne savions pas dans quelle direction aller, résume Peri. C’était toujours de la tactique, jamais de vision stratégique.”»

Dans ce texte cité du 23 mars 2013 et basé sur le précédent fondamental de la bataille de la Marne avec l’échec allemand du plan Schlieffen représentant l’“idéal de puissance” (retrouvé aujourd’hui dans son stade terminal dans le chef du bloc BAO), nous observions : «Le schéma de la bataille de la Marne est symboliquement intéressant parce qu’il restitue ce moment où la dynamique de surpuissance est à son maximum et passe en dynamique d’autodestruction dès lors que la clef stratégique s’effrite, que la direction des forces centrales disparaît.» La “clef stratégique” était une circonstance somme toute anodine, – l’effondrement psychologique du grand chef de l’armée allemande, von Moltke, – mais cette “circonstance anodine” ne représentait que le moyen effectivement de circonstance d’une destinée écrite dans le concept de l’“idéal de puissance” représentant une théorisation du Système dans sa fureur de surpuissance se transmutant en autodestruction… La destinée, elle, est l’essence même du phénomène, et elle est retrouvée aujourd’hui, intacte dans sa fatalité qui est comme une inversion de la Providence, dans des conditions moins assourdissantes, moins dramatiquement claires que la Grande Guerre, mais beaucoup plus spécifiques à la crise générale que nous connaissons.

«Ce qu’on observe, à partir de notre analogie, c’est que le Système pullule aujourd’hui de Moltke divers et de différentes factures, plus ou moins bien fardés en grands chefs réduits à la volubilité de communication. Obama est un Moltke, comme le sont les différents Premiers ministres israéliens. Comme l’enjeu national et la pression d’une situation de guerre massive n’existent pas en vérité, les exécuteurs des tactiques nécessaires sont beaucoup plus libres et mesurent de plus en plus l’absence (au propre et au figuré) de leurs Moltke, et ils s’interrogent de plus en plus furieusement sur cette situation où des développements tactiques sans fin ne sont nulle part chapeautés, orientés, inspirés par le moindre but stratégique. Ils en viennent donc au soupçon central qui est de se demander : la stratégie existe-t-elle encore ? Puis, rapidement : a-t-elle été complètement détournée par le Système à son profit, ce qui entraîne tout le monde dans une folie autodestructrice ?»

Ces dernières questions nous ramènent à l’Israël d’aujourd’hui, dans le cadre des erreurs décrites à propos de la Syrie. Ce que nous montrent les textes cités comme le cheminement de la “pensée stratégique” de la direction israélienne réduite à des à-coups tactiques peinturlurés du triomphalisme de la communication, c’est une situation pathétique où l’Israël si souvent décrit comme habile, décidé, voire machiavélique par ses partisans comme par ses adversaires, se révèle au même degré zéro d’imagination, de liberté de jugement, et chargé du même épuisement psychologique à force de s’abîmer dans ses narrative que ses compères du bloc BAO. Certes, nous disent les commentateurs cités, les erreurs d’aujourd’hui confirment celles d’hier, mais elles sont bien plus désolantes, bien plus basses encore. Il n’y a même pas eu de conflit, d’affrontement, de cette sorte d’urgence qui peut expliquer les faux-pas, pour Israël dans ce cas ; il y a eu simplement la croyance dans sa propre narrative de suffisance et d’irréalité, sa croyance aux jugements du niveau des satiristes et des people de talk shows (du type “Assad le méchant” ou “Assad la brute”, qu’on retrouve aussi dans les cénacles intellectuels parisiens), avec confirmation des services de renseignement eux-mêmes influencés par les exigences de cette communication complètement grotesque.

Le système de la communication utilisé pour le renforcement de l’inversion des jugements et la dissolution des psychologies, jusqu’à une pensée aussi ferme “qu’un éclair au chocolat” (comme la colonne vertébrale du président McKinley, selon son vice-président Teddy Roosevelt), triomphe en alimentant l’arrogance et la suffisance, en confirmant les aveuglements qui font prendre les victoires tactiques de communication pour une stratégie décisive. Combien de fois l’Israël des Netanyahou, Barak & Cie s’est-il cru triomphant et prêt à frapper décisivement l’Iran, et nous attendons depuis huit ans cette attaque annoncée chaque jour et fleurie d’innombrables descriptions de manigances et manœuvres complotistes diverses. Cette fois, il y a de l’action : le fracas des bombes israéliennes autour de Damas fait croire, communication et narrative à l’œuvre, à une irrésistible puissance stratégique. La visite piteuse de Netanyahou à Poutine, à Sotchi, enchaîne sur la révélation (?) qu’il ne s’agissait que d’une péripétie tactique enluminée par la communication, donnant des effets pervers bien préoccupants, et que la stratégie, elle, se règle face au président russe, et l’on sait bien dans quel sens. Effectivement, il s’agit bien d’une défaite stratégique à partir d’impulsions tactiques magnifiées par leurs effets de communication, et interprétées faussement comme des actes stratégiques.

Comme le bloc BAO dans son ensemble, Israël est complètement prisonnier du système de la communication, de ses narrative et de ses illusions, de ses obsessions et de son étrange affectivité, transformant les erreurs courantes depuis l’américanisation de ses forces armées qui portaient essentiellement sur le contexte et les conditions de l’engagement, en des dérives catastrophiques qui portent désormais, en plus, sur l’exécution et l’opérationnalisation. Cette évolution, qui a été engagée avec la catastrophe de l’été 2006 est désormais la marque de l’activité de cet Israël américanisé, devenu depuis un Israël-Système, qui semble n’avoir même plus besoin de s’engager vraiment dans un conflit pour le perdre, – comme il semble pouvoir envisager de le faire avec la Syrie. Recette aussi parfaite après tout que celle des prévisions erronées des meilleurs services de renseignement du monde : Israël n’a plus besoin de faire une guerre pour la perdre.

La spécificité d’Israël a complètement disparu dans la phase finale de la constitution du bloc BAO depuis l’automne 2008, avec sa psychologie réduite à une opérationnalisation faussaire et trompeuse. Le résultat concret, pour ce pays, est une situation où l’on pourrait dire que la défaite de l’été 2006 contre le Hezbollah suivant l’américanisation de ses capacités et de ses conceptions militaires ressemblerait, pour les structures financières, économiques et bureaucratiques du bloc BAO, à la crise financière d’effondrement de l’automne 2008. L’analogie s’énoncerait alors de cette façon : puisque le Système, – l’américanisation militaire pour Israël, les structures bancaires ultra-libérales pour l’appareil financier du bloc BAO, – ne marche pas, c’est donc qu’il faut plus que jamais poursuivre sur cette voie et l’appliquer plus que jamais. Des deux côtés, la consigne est suivie et appliquée à la lettre.

http://www.dedefensa.org/article-la_syrie_r_v_le_isra_l_22_05_2013.html

Israël menace Assad !!!

 

IRIB-le chef d’état major interarme israélien ,
trop en colère après la destruction d’un véhicule blindé israélien dans le Golan, s’est mis à menacer le président syrien.  » si Assad sème le désordre dans le Golan , il va en payer le prix, a lancé Benny Gantz . Gantz s’exprimait devant le colloque du centre de recherches sécuritaires à l’université de Haïfa .  » nous ne permettrons pas à Assad de transformer le Golan en une scène où faire des reglements de compte »le ministre sioniste de la guerre a affirmé ne pas s’ingérer en Syrie mais ne pas permettre une extension du conflit en Israël

Israël s’apprête-il à attaquer Qusseir?

 

IRIB- Depuis que l’armée syrienne a réussi à bouter les terroristes d’Al Nosra de la vilel starétgqiue de Qusseir, les israéliens ont perdu le sommeil. les officiels de Telm Aviv ont même menacé de s’attaquer militairement à cette ville si l’assaut de l’armée syrienne se poursuit.
cet assaut se poursuit effectivement mais le plus grand souci du régime sionsiet réside ailleurs. Israël a une présence très active dans cette bastion du qaidisme ! ses officiers de renseignement , ses equipement d’espîonnage et d’écoute , ses armes sont partout présents. ces menaces d’une action armée contre Qusseir sont-elles donc à être prises au sérieux? Le président de la commission de la sécurité nationale et de la politique étrangère du parlement iranien n’en croit pas un seul mot.  » Les propos tenus par les responsables israéliens après la quasi chute de Qusseir sont destinés à remonter le moral aux terroristes qui à l’appuie des israéliens et des forces occidentales ont maintenu pendant un an le siège de la ville »  » l’armée syrienne a réussi à reprendre une grande partie de cette ville stratégique située près des frontières libanaises . une grande quantité d’armes et de munitions qui arrive à Qusseir franchit les frontières syro libanaises . les menaces sionistes visent à amortir les pressions de l’armée syrienne de ce côté là pour empêcher la fermeture de cette principale voie de transit  » l’armée syrienne poursuit avec force et vigueur le nettoyage de cette localité de la présence des terroristes et en dépit de la dispersion des combats , l’armée a préservé sa cohésion  pour pouvoir résister aux offensives ennemies. «  » les pays occidentaux et Israël se sont trompés dans leurs calcules en ce qui concerne la capacité de l’armée syrienne à résister. le think tank qui a élaboré le scenario de la chute d’Assad n’aurait jamais crû que l’armée syrienne puisse tenir le coup dans une guerre d’usure ou encore qu’elle puisse résister face à l’assaut des milliers de terroristes takfiris »./

UE à Israël: « il est temps d’attaquer l’Iran »!!

 

IRIB- Selon la chaine d’information Al Mayadin qui cite le journal Maariv ,  » les pays européens auraient exprimé leur souhait de voir Israël attaquer l’Iran ».
le journal israélien évoque en effet les propos du ministre israélien des Affaires stratégiques et du renseignement, Youval Steinitz,qui s’exprimait au sujet de la Syrie et de la chute de Assad :  » la chute de Assad est une évolution positive pour Israël qui finira par affaiblir l’Iran et le Hezbollah, selon Steinitz avant d’ajouter :  » j’ai reçu de nombreuses lettres (!!!) de la part des pays européens qui affirment toutes et en choeur une seule et unique chose , il est temps de déclencher une action militaire contre l’Iran car les sanctions ne peuvent pas à elles seules empêcher l’enrichissemnt de l’uranium iranien  » !! si le ministre sioniste dit vrai, il faut douter de la volonté de l’Europe de voir la crise syrienne être réglée par voies diplomatiques ; l’accord russo-américain sur le dossier syrien ne plait visiblement pas à certaines parties européenne (Grande Bretagne, France?!!) qui ont tout fait pour armer les terroristes en action en Syrie et faire prolonger l’effusion du sang! déclencher la guerre contre l’iran équivaut à plonger toute la région dans un chaos généralisé qui ne laissera pas intact l’Europe elle même, affirment les analystes.

Blog d’Alexandre Latsa: Guerre en Syrie: victoire de la realpolitik et défaite du mainstream médiatique?

Alexandre Latsa

12:39 22/05/2013

Сe 22 mai 2013, l’armée Syrienne semble en passe de remporter une bataille locale importante, en reprenant le contrôle d’un des principaux bastions de l’opposition, la ville de Qousseir. Cette victoire militaire, qui devrait être confirmée dans les jours qui viennent, arriverait alors que l’Etat Syrien a repris le contrôle de plusieurs dizaines de localités ces dernières semaines.

Cette chute de Qousseir, qui résiste au régime depuis plus d’un an, serait stratégique pour l’Etat Syrien et lui permettrait de couper la principale route d’approvisionnement des rebelles dans le centre de la Syrie. L’armée Syrienne devrait ensuite vraisemblablement concentrer ses forces sur Homs, ville que près de 80.000 chrétiens ont fui depuis le début de la guerre et ainsi plausiblement reprendre le contrôle du centre du pays.

On peut imaginer qu’ensuite, le régime décide d’en finir avec Alep et lance un assaut décisif pour reprendre cette ville partiellement aux mains des rebelles, réduisant ainsi à néant toute possibilité pour ces derniers d’en faire un bastion du nord, pourquoi pas même la pré-capitale d’une région indépendante du nord. Le régime Syrien avait du reste lui-même qualifié la bataille d’Alep, qui a commencé en juillet 2012, de mère des batailles.

Ce faisant, le régime resterait sur la tactique qui est la sienne depuis le début du conflit, c’est à dire garder le contrôle des villes et refouler les rebelles dans les campagnes, les empêchant ainsi d’exercer tout contrôle politique.

Il semble donc bien que le gouvernement syrien reprend lentement l’avantage, une situation que la presse occidentale n’arrive même plus à maquiller, après avoir proclamé et martelé pendant deux ans et demi, depuis le début de la guerre civile, que la défaite d’Assad était évidente, certaine et toujours très proche. Cette situation remet de nouveau sur la table le projet de négociations internationales sur la question Syrienne.

Toutefois, c’est une équation totalement nouvelle qui apparait pour ces éventuelles négociations internationales. L’image médiatique de l’opposition en Syrie s’est beaucoup dégradée, sans doute au grand dam de ses sponsors. On parle moins d’opposition démocratique, on décrit maintenant des groupes Djihadistes sans coordination, et les multiples vidéos de tortures et massacres commis par certains de ces groupes armés ont semble t-il considérablement porté atteinte à la détermination de nombre de pays occidentaux d’armer ces mêmes groupes.

Peu à peu, une scission semble s’être en effet créée au sein des partisans du départ d’Assad, qui forment une étrange coalition entre des états occidentaux (Amérique, Israël et nations européennes) et des pays islamo-sunnites, Qatar en tête. Pour les premiers, l’absence d’une opposition politique modérée (laïque titrait même le New York Times) avec la rébellion qui n’arrive pas à contrôler le terrain, et ce malgré deux ans et demie de guerre, pose un réel problème de tactique diplomatique. Pour les seconds visiblement, la montée en puissance du Front Al-Nosra ne semble pas être un problème et l’organisation, qui a affirmé son rattachement a Al-Qaïda, vient d’ailleurs de faire des émules puisque l’opposition Syrienne comprend désormais également une brigade Oussama-Ben-Laden.

Sur le terrain il est sans doute encore très prématuré de parler d’une potentielle victoire d’Assad, militaire ou politique, ou de dire que la Syrie ne se dirige pas vers une partition de fait. Mais sans intervention militaire étrangère, on imagine mal comment l’armée Syrienne, qui a désormais elle aussi le soutien de milliers de combattants étrangers (notamment du Hezbollah) ainsi que directement de l’Iran pourrait perdre cette guerre.

Il y a même une hypothèse selon laquelle la guerre pourrait continuer, même en cas de départ ou d’élimination physique d’Assad, ce reportage d’un journaliste anglais tente de l’expliquer. Cette situation militaire redonne du poids à la position diplomatique russe qui depuis le début de la crise prône une solution politique. La plupart des états qui travaillent sur le dossier Syrien sont sans doute convaincus qu’une défaire militaire totale d’Assad semble de moins en moins probable, malgré les certitudes récentes du MAE Français Laurent Fabius qui n’en finit plus de ridiculiser la diplomatie française durant ce conflit.

Il reste l’idée d’une intervention militaire sur le scénario Libyen, mais visiblement ce n’est plus a l’ordre du jour  et cette fois la diplomatie Russe ne la laisserait pas se mettre en place. La solution diplomatique et politique semble prendre forme puisque des sources diplomatique affirment que Damas a désigné des représentants chargés de négocier avec l’opposition en vue d’une conférence sous égide Russo-américaine devant faire suite à celle qui s’est tenue le 30 juin 2012 à Genève.

Finalement, le conflit syrien qui était présenté comme une lutte de démocrates contre une dictature a complètement changé de visage. Ce délire absolu du mainstream médiatique français, qui a lui par contre totalement perdu cette guerre, ne tient plus aujourd’hui et on voit désormais bien qu’il s’agit d’une guerre stratégique contre l’Etat Syrien, soutenue de l’extérieur, pour que l’axe Chiite (Liban-Syrie-Iran-Sud de l’Irak) perde son influence régionale.

La guerre en Syrie pourrait donc faire apparaitre des réalités inattendues: Marquer le point d’arrêt définitif du printemps islamiste que la région connaît? Faire échouer la politique anti-chiite développée par les Occidentaux en collaboration avec leurs alliés sunnites? Confirmer le statut de la Russie comme protectrice des chrétiens d’Orient et des minorités en Syrie, en lieu et place de l’Europe?

http://fr.rian.ru/blogs/20130522/198361921.html

Guerre d’usure au Golan

En d’autres termes, après plus de deux de bouleversements, de troubles et de conflits affectant la région connue sous l’acronyme US de MENA (Middle-East and North Africa), le plan de remodelage de cette région centrale du monde a débouché sur une véritable guerre d’usure entre la Syrie et Israël autour du plateau stratégique du Golan, occupé et annexé par Israël.

Rupture d’un statu quo vieux de 38 ans. Et retour à une situation similaire à celle qui prévalait au Levant en 1974. Un an à peine après la fin de la quatrième guerre israélo-arabe d’octobre 1973.

L’état-major de l’armée syrienne de l’époque ne voulait pas s’avouer vaincu. Déçus par ce qu’ils considèrent jusqu’à aujourd’hui par le jeu trouble de l’Egypte de Sadate, voir sa trahison (les généraux syriens se battaient avec acharnement pour gagner et non pas pour négocier comme l’ont fait les égyptiens dixit Daoud Rajha, l’ex-ministre syrien de la Défense, assassiné le 18 juillet 2012), les syriens s’engageront alors dans une guerre d’usure contre Israël avec l’appui de l’Union soviétique et de pays alliés comme Cuba. Cette guerre ne dura cependant pas et les deux pays cessèrent les hostilités tout en restant techniquement en guerre jusqu’à aujourd’hui.

La concentration des forces israéliennes près des frontières avec le Liban et la Syrie (ce que Tel-Aviv appelle le front Nord) a précédé de peu le Printemps arabe et a été perçue comme une volonté de revanche sur le Hezbollah libanais avec lequel Israël a eu maille à partir en juillet 2006. En réalité, les stratèges israéliens préparaient depuis longtemps une guerre avec l’Iran et dans cette optique, il fallait isoler Téhéran de ces deux principaux alliés au Levant: la Syrie et le Hezbollah. La Syrie a été considérée comme le maillon faible de cet axe qui ne dit pas son nom.

Pour rappel, la Syrie a évité d’extrême justesse d’être envahie par les forces américaines qui venaient juste de prendre Bagdad d’assaut en 2003. Ce pays a toujours été dans le collimateur des néoconservateurs US et des innombrables lobbies de soutien à Israël aux Etats-Unis d’Amérique et en Europe, notamment en France depuis la présidence de Sarkozy.

En Péninsule arabique, le régime de Damas est honni pour des raisons confessionnelles. Les origines Alouites de la famille du président Al-Assad et son alliance avec l’Iran « chiite » sont perçues comme une menace suprême qu’il faut éradiquer.

Après avoir évité une démocratisation aéroportée à l’irakienne en 2004, La Syrie participe activement à la guerre de juillet 2006 entre le Hezbollah et Israël, au cours de laquelle le Hezbollah parvient à détruire des chars Mirkava de l’arme blindée israélienne et à atteindre des cibles sensibles en profondeur avec ses roquettes et missiles. Auparavant, la Syrie avait fait face à une formidable campagne de dénigrement et des pressions croissantes pour qu’elle retire ses forces du Liban où elles sont intervenues dès 1976. L’assassinat en 2004 de l’ex-premier ministre libanais Rafik Al-Hariri dans un supposé attentat à la bombe, mais plus probablement suite à une frappe de drone (thèse jamais vérifiée) en fut l’élément déclencheur.

Des tractations secrètes entre Damas et Israël ont lieu via plusieurs intermédiaires, notamment le grand ami turc qui allait se révéler un peu plus tard comme le plus acharné des ennemis de la Syrie. On exige de Damas de renoncer à son « partenariat stratégique » avec la république islamique d’Iran et de cesser son soutien au Hezbollah. Le Qatar a également mené trois médiations dans ce sens. Non sans des incitations financières et des opportunités d’ouverture diplomatiques assez importantes. Le Président Bachar Al-Assad est alors invité par Sarkozy à une cérémonie du 14 juillet à Paris.

En vain.

Le discours d’Obama au Caire en 2009 laisse entrevoir un changement radical de la politique étrangère US dans le monde musulman. C’était plutôt le signal de l’adoption d’une nouvelle approche. Les guerre d’Afghanistan et d’Irak ont ruiné les Etats-Unis et profondément nui à l’économie des pays de L’OCDE.
A l’approche du « Nous allons vous ramener à l’âge de pierre (à coups de bombes et de daisy cutters cela s’entend) » s’est substituée une nouvelle approche plus subtile. L’ingénierie du chaos appliqué à l’échelle géopolitique. Une amélioration des techniques des révolutions colorées adaptées à l’humus local et propagées à grands coups de slogans issus du marketing ciblé via les réseaux sociaux.

En parallèle, les forces spéciales jouaient un rôle primordial en arrière-plan. La déliquescence, l’incurie, la mauvaise gestion et l’impopularité de l’ensemble des régimes arabes rendait la manipulation assez aisée. Il fallait s’appuyer sur l’élément le plus persécuté par ces Etats: les forces du radicalisme islamiste. Des années durant, les Etats-Unis pressaient les pays arabes pour qu’ils combattent le terrorisme. L’ironie du sort a voulu que les Etats-Unis utilisent ce dont il ordonnait de combattre à ses fins géopolitiques pour un remodelage en profondeur de la région afin d’instaurer une zone de pseudo-Etats faibles ouverts au libre-échange néolibéral et n’ayant plus de griefs contre Israël ou le sionisme.

Les premiers pays arabes à en faire les frais sont deux solides alliés des Etats-Unis et des pays du Golfe arabo-persique (quoique Ryad ne pardonnera jamais à Obama le lâchage de Moubarak) avant de se tourner contre les pays arabes les plus rétifs ou les plus hostiles à l’égard de Tel-Aviv: la Libye et la Syrie. Si le changement de régime en Libye s’avère un peu facile, avec l’appui de l’Otan et, pour la première fois, la mise en avant de la Grande-Bretagne, la France et l’Allemagne comme principaux sous-traitants des Etats-Unis et d’Israël, le cas de la Syrie s’avère infiniment plus problématique.

Contrairement à la Libye de Mouammar Kadhafi qui n’avait plus d’armée ou d’allié régionaux ou internationaux, la Syrie dispose de solides alliances stratégiques. Plus encore, elle est en première ligne avec le commanditaire secret du plan de remodelage.

Son armée, assez modeste comparativement aux normes occidentales, est cependant bien organisée et dispose de l’expérience de plusieurs conflits. Ses forces ont participé aux guerres israélo-arabes. Elle a été la principale force organisée au Liban durant plus d’une décennie. Elle a défié la Turquie sous dictature militaire tout le long des années 70 et 80. Enfin l’armée syrienne a bien observé ce qui s’est passé en Irak voisin sous occupation US. Non sans en payer le prix à plusieurs reprises. Nous avons tous cru au début de la révolte en Syrie, partie de Deraa, non loin des confins frontaliers avec la Jordanie (Sud de la Syrie), que l’armée syrienne ne pouvait tenir plus de 18 mois en avançant des raisons économiques. Nous avions eu tort. La Syrie n’est pas seule. Dans ce conflit qui dure depuis le 15 mars 2011, l’Iran y a engagé sa survie économique. Pour Téhéran, c’est une guerre par procuration.

La Russie et la chine, échaudés par l’expérience libyenne et ses très graves dérapages incontrôlés, veillent à ce que cette expérience malencontreuse ne s’y répète plus jamais. Plus concrètement, un changement de régime en Syrie produira un chaos favorable pour la destruction du Liban et une attaque contre l’Iran. La chute de l’Iran compléterait la partie de jeu d’échec que poursuivent les grandes puissances tout le long d’un arc de crise s’étendant du Turkestan chinois à l’Atlantique, en épousant les trajets énergétiques les plus importants. La chute de l’Iran mettrait à nu le flanc de la Russie et menacerait la Chine. D’où les positions adoptés par les uns et les autres.

Pour le moment, ce conflit a eu de graves répercussions économiques sur la Jordanie, l’Arabie Saoudite, la Turquie, l’Irak et Israël. On tenta les mêmes méthodes éprouvées ailleurs. Campagnes médiatiques intenses, black-out, manipulations, utilisation des fatwas religieuses, opérations secrètes, infiltrations, sabotages, envoi d’extrémistes religieux se prévalant de l’islamisme militant de plus d’une quarantaine de pays avec un nette prédominance de tchétchènes, de jordaniens, de tunisiens et de libyens. On évoque le chiffre de 50.000 à 80.000 « volontaires » étrangers venus faire la guerre au « régime impie et apostat » de Damas. La Syrie est décrétée par des pseudo-clercs religieux saoudiens et égyptiens comme une terre de « Djihad » à « nettoyer ». La Turquie sert de base de transit. Des forces US stationnent en Jordanie et en Turquie tandis que les forces spéciales de plusieurs pays européens dont un que sa Constitution interdit d’envoyer des troupes en dehors de son territoire s’activent au Liban, en Turquie, à Chypre, en Géorgie, en Bulgarie, en Arabie Saoudite et au Qatar. La machine de propagande tourne en branle.

L’armée syrienne dont la doctrine de base est la lutte asymétrique contre Israël fait face à une violente guérilla armée jusqu’aux dents. Pour Damas, l’ennemi est connu mais se cache. Les erreurs stratégiques de Tel-Aviv ou plutôt son impatience font qu’il se dévoile en plein jour. Changement de cap. La guerre est désormais dirigée sur le plateau du Golan. Pour cela il faut dégager la province centrale de Homs, réinvestir le Sud et créer un chaos défavorable à la Turquie d’Erdoğan sur son flanc méridional en remettant la question kurde.

Fahd Al-Freij, l’actuel ministre syrien de la défense a toujours été favorable à une lutte sans merci contre Israël. En sunnite, il n’a jamais admis que son armée se batte contre ses propres citoyens mais écrasait volontiers les milliers d’étrangers venus répandre la terreur dans son pays. Damas rend un précieux service à des pays comme la Tunisie, la Libye, la Jordanie ou l’Arabie Saoudite (tous des pays très alliés de Washington) en éliminant des centaines de leurs terroristes.

L’entrée en lice du Hezbollah libanais répondait à cet impératif stratégique: dégager les confins syro-libanais pour rouvrir le front du Golan.

C’est bien calculé. L’enjeu du Golan est immense: celui qui le contrôle, a le contrôle de tout le Levant. Israël frappe. Sans modération comme à son habitude. Mais cela nuit à son image et détruit le mythe d’une révolution. Damas menace. Tel-Aviv menace également. On fait appel à de vieilles connaissances. Le Front populaire de libération de Palestine. On met sur place des milices chargées de la guerre asymétrique au Golan.

De l’autre côté, l’armée israélienne met en place des hôpitaux de campagne aux blessés de la rébellion syrienne, leur fournit une aide logistique, des informations, des roquettes. Mieux, des commandos israéliens et des unités de reconnaissance des Golanis appuient les rebelles. Des drones israéliens antiradars détruisent des sites de surveillance de l’armée de l’air syrienne. Plus de 2.000 agents du Mossad opèrent au sein des phalanges de combattants étrangers contre le régime syrien. La plupart sont arabes ou tchétchènes. Certains observateurs assistent, médusés, à une alliance contre-nature entre extrémistes islamistes et sionistes. Cette implication trop visible devient bruyante et gênante. Même pour le bouillant Netanyahou qui ordonne à ses ministres de s’abstenir formellement d’émettre des déclarations sur la Syrie. Mais les jeux sont faits.

Un obus lancé par le FPLP palestinien à partir de Syrie atterrit sur le mont Hermon. Ce n’est pas la première fois mais c’est la première fois qu’un groupe militant palestinien brise le barrage du silence entourant la plupart des frontières israéliennes depuis trente ans. Des échanges de tirs sont signalés de part et d’autres.

C’est la guerre d’usure. Que va faire Tel-Aviv? S’adapter à cette nouvelle donne ou tenter de préserver le statu quo? Déclencher une guerre régionale avec un risque avéré d’embrasement généralisée?
Dans tous les cas, Israël devra payer le prix des erreurs stratégiques d’une équipe dirigeante aveugle qui se dirige tout droit vers un mur. Encore un autre. Invisible celui-ci et nettement plus dur.

 

Wissem Chekkat
Source Alterinfo

http://www.almanar.com.lb/french/adetails.php?eid=113179&cid=18&fromval=1&frid=18&seccatid=37&s1=1