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« Sous nos yeux » Le monde sans le Qatar _ par Thierry Meyssan

Le subit retrait politique du Qatar hors de la scène internationale a été suivi, une semaine plus tard, du renversement Mohamed Morsi en Égypte. Bien qu’il n’y ait qu’une concomitance entre les deux événements, sans lien de cause à effet, leur survenue change radicalement l’avenir du monde arabe.

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Mohamed Morsi et l’émir Hamad Al-Thani

En deux semaines, les Frères musulmans, à qui Washington promettait de gouverner le monde arabe, ont perdu deux de leurs principaux leviers de pouvoir. L’émir Hamad Al-Thani du Qatar a été contraint d’abdiquer le 25 juin, et avec lui son inspirateur et Premier ministre, HBJ. Le 3 juillet, le président Mohamed Morsi a été renversé par l’Armée égyptienne, tandis que des mandats d’arrêt étaient bientôt lancés contre les principaux responsables du mouvement égyptien, dont le Guide suprême de la confrérie, Mohammed Badie.

Il ne semble pas qu’en poussant l’émir Hamad vers la sortie, Washington prévoyait un autre changement de régime en Égypte. Les États-Unis, qui n’ont pas supporté ses magouilles politico-financières, ont remis le Qatar à sa place de micro-État. Jamais Washington n’a remis en cause l’aide apportée par l’émir aux Frères musulmans, ni leur rôle au Caire, mais juste l’enflure de l’émirat.

Le rôle des Frères

Quoi qu’il en soit, l’inattendue accession légale de la Confrérie au pouvoir, en juin 2012, en Égypte, laissait entendre le véritable objectif du « printemps arabe » : une nouvelle ère de colonisation fondée sur l’accord secret des Frères, des États-Unis et d’Israël. Pour la Confrérie, l’islamisation forcée des sociétés d’Afrique du Nord et du Levant ; pour Washington, la globalisation économique, incluant des privatisations massives ; et pour Tel-Aviv, la continuation de la paix séparée de Camp David.

Il importe de bien comprendre que, ce faisant, « La Confrérie est devenue le fer de lance du sionisme arabe », selon l’expression du penseur libanais Hassan Hamade. Ce que confirme à sa manière le « conseiller spirituel » de la chaîne qatarie Al-Jazeera, cheikh Yusuf al-Qaradawi lorsqu’il prêche que si Mahomet était parmi nous aujourd’hui, il vivrait en paix avec les Israéliens et soutiendrait l’Otan.

L’idéologie de la Confrérie

Cette position a été favorisée par la structure des Frères musulmans. Bien qu’elle dispose d’une coordination internationale, la Confrérie n’est pas constituée d’une organisation unique, mais d’une multitude de groupes distincts. En outre, il existe des niveaux différents d’adhésion avec chacun leur propre idéologie. Cependant, tous se retrouvent autour d’une même devise : « Allah est notre but, le Coran est notre loi, le Prophète notre leader, le Jihad notre voie, et le martyr notre plus haute espérance ». En outre, ils se réclament tous de l’enseignement d’Hassan el-Banna (1906-1949) et de Saïd Qutb (1906-1966).

De facto, la Confrérie est la matrice de tous les mouvements salafistes (c’est-à-dire cherchant à vivre comme les compagnons du prophète) et takfiristes (c’est-à-dire luttant contre les apostats) travaillant avec la CIA. Ainsi Ayman al-Zawahari, actuel chef d’Al-Qaïda, est issu de leurs rangs. Fidèle agent US, il fut l’instigateur de la présidence d’Hosni Moubarak, en organisant l’assassinat d’Anouar el-Sadate. Il est aujourd’hui devenu le chef spirituel des Contras syriens.

La Confrérie a toujours été minoritaire, dans tous les États où elle s’est développée, y compris en Égypte où elle ne doit sa victoire électorale qu’au boycott des urnes par les 2/3 de la population. Elle a donc suscité, face à des dictatures, toutes sortes de groupes armés qui ont tenté de s’emparer du pouvoir par la force ou la dissimulation. Ce qui caractérise son comportement, c’est que, pour elle, « La fin justifie les moyens ». Dès lors, il est difficile de distinguer, dans son évolution idéologique, ce qui est authentique de ce qui ressort de la séduction politique. Précisément, le cas égyptien a montré que son évolution démocratique était de pure façade, juste le temps d’une élection.

Surtout, bien qu’il soit au départ un mouvement destiné à lutter contre l’impérialisme britannique, il entra immédiatement en conflit avec le nationalisme arabe, principal adversaire de l’impérialisme dans la région. Comprenant l’usage qu’ils pouvaient faire des Frères, les Britanniques, experts en maniement de sectes, loin de les éliminer, les pénétrèrent et les soutinrent pour lutter contre les nationalistes. Aujourd’hui encore, la coordination internationale des Frères est installée à Londres.

Le « printemps arabe » (depuis décembre 2010) n’est au fond qu’un remake de l’ancienne stratégie franco-britannique de la « révolte arabe » contre les Ottomans (1916-1918). Sauf que cette fois, le but n’était pas de placer des fantoches pseudo-indépendants à la place de la vieille administration ottomane, mais des fantoches vierges adaptés à la globalisation à la place d’alliés usés.

Le repli stratégique du Qatar

Depuis le changement d’équipe au Qatar, l’argent a cessé de couler à flots vers les Frères, que ce soit en Syrie, en Palestine, en Égypte, en Libye ou ailleurs. L’émirat se recentre sur ses ambitions intérieures et prévoit de consacrer 200 milliards de dollars pour préparer la Coupe du monde de football, dans neuf ans.

Cette soudaine disparition de la scène internationale laisse le champ libre aux Saoudiens et aux Émiratis, qui se sont tous deux précipités pour soutenir le nouveau régime égyptien.

A contrario, la rivalité entre le Qatar et l’Arabie saoudite a conduit l’Iran à soutenir Mohamed Morsi en Égypte —alors qu’il soutient Bachar el-Assad en Syrie—. Du coup, Téhéran se trouvait plus d’affinités avec le projet des Frères égyptiens « d’islamiser la société » qu’avec celui des nassériens de libérer la Palestine de l’occupation coloniale.

En définitive, le retrait du Qatar correspond à un rééquilibrage des forces dans le monde anglo-saxon. Successivement, les commissions de contrôle des services secrets au Congrès des États-Unis et à la Chambre britannique des Communes se sont opposées à l’envoi d’armes aux « rebelles » en Syrie.

La chute des Frères musulmans n’est donc pas seulement l’échec d’une Confrérie, mais aussi celui de ceux qui, à Londres et Washington, ont pensé pouvoir remodeler l’Afrique du Nord et le Proche-Orient, puis à défaut y faire régner le chaos plutôt que d’y perdre la main.

Révolution égyptienne, suite ou fin?

Pour qu’il y ait contre-révolution, il faudrait qu’il y ait eu une révolution.

 

Le processus vers le changement qui a abouti au renversement de Moubarak il y a deux ans et à la chute de Morsi ces derniers jours a commencé depuis longtemps. Il a laissé des traces pour qui veut bien les relever sur les pages de l’histoire de la dernière décennie.

Le nombre de grèves et de protestations n’a cessé de s’amplifier depuis 2005. Il a culminé en 2008 lorsque le prix des denrées alimentaires, sous l’effet des opérations spéculatives d’un capital financier qui a fui les produits dérivés adossés aux crédits hypothécaires pour les matières premières et l’agro-alimentaire, ont flambé alors que les salaires minima étaient bloqués depuis 1984 à 25 $ mensuels. En avril 2008, les grèves dans le textile à Mahalla al Koubra avaient créé un précédent inouï, la rue demandait déjà la chute du régime. À cette occasion, les travailleurs s’étaient affranchis de la tutelle des syndicats officiels liés au parti de Moubarak.

En résonance avec cet événement qui a servi de matrice au soulèvement de janvier 2011, 23 000 ouvriers se sont mis en grève dans ce même secteur du textile en juillet 2012. Ils exigeaient l’amélioration de leurs conditions de travail, la revalorisation de leurs salaires et le licenciement des cadres corrompus.

 

Du point de vue social, qu’a donc fait le gouvernement Morsi et surtout quel espoir a-t-il donné à une jeunesse affectée par un taux de chômage estimé à largement plus de 25%?

 

La consultation référendaire de décembre 2012 pour l’adoption de la nouvelle Constitution a été précédée par de nombreuses manifestations qui ont donné lieu à des heurts avec la police. Peu d’électeurs se sont déplacées, environ 30% de participation, et moyennant quelques manipulations semble-t-il dans les urnes, elle a été adoptée avec 60% des voix exprimées.

Trente ans d’absolutisme, d’humiliations, d’un État fondé sur une police pléthorique avec 1,5 millions de policiers très qualifiés en corruption et en torture, un an d’insurrections, d’émeutes, de rassemblements, de grèves, des milliers de blessés et de morts pour “ça”.

 

Le texte précise que la source principale de la législation serait la loi coranique sans que ne soit explicitée la liberté de culte pour les minorités religieuses.

Mais surtout il ne garantit pas la liberté d’expression, il confie à la police sans restrictions explicites la tâche de veiller à la moralité publique.

Il prévoit que sera fixé un salaire maximum, lequel pourra souffrir des exceptions que prévoira la loi (article 14), mais en aucun cas la Constitution n’établit le principe d’un salaire minimum. L’article 15 proclame le principe de la justice pour les travailleurs agricoles mais ne se prononce pas sur le plafonnement de l’étendue de la propriété agraire latifundiaire.

L’article 26 relatif à l’impôt est très évasif, il n’établit pas de connexion entre le niveau de revenus et les contributions fiscales.

Les libertés syndicales sont très restreintes, un seul syndicat par catégorie professionnelle est autorisé (article 53).

Nulle part n’apparaît la responsabilité du gouvernement devant la Chambre des Représentants.

Dans nombre d’articles, la Constitution laisse la part belle aux militaires. En particulier, le 197 réserve au Conseil de Défense Nationale la discussion du budget militaire. Il est constitué de sept civils et de huit militaires.

Ce type de dispositif annonce clairement qu’il ne prend pas la peine pas de faire des promesses qui ne seront pas tenues, comme c’est le cas des démocraties représentatives à l’occidentale. Les prêches dans les mosquées assimilaient l’acquiescement au texte constituant à un devoir religieux. Pourtant le texte élaboré en trois mois par un conseil dominé numériquement par les Frères et d’où se sont rapidement retirées les personnalités de gauche et les laïcs n’a été validé que par 20% des électeurs. Ce piètre score annonçait la poursuite des protestations.

 

Morsi, son gouvernement et sa Constitution n’ont de musulman que le nom et rien de démocrate. L’un des principes économiques et donc politiques les plus cités dans les versets coraniques concerne l’interdiction absolue du prêt avec intérêts. L’autre concerne les jeux de hasard et spéculatifs.

 

La Bourse du Caire n’a pas été menacée dans les activités spéculatives.

Quémander des rallonges de prêt au Qatar, au FMI, à l’UE et aux Usa ne peut que conduire à des réformes qui privatisent des pans résiduels dans le service public pour obéir aux injonctions des prêteurs.

Le gouvernement précédent oeuvrait de même : Élargir et approfondir une dette impossible à rembourser vis-à-vis de puissances qui imposent leur politique économique (et dictent les alliances internationales), anémier jusqu’à leur disparition toutes les structures qui organisent une solidarité nationale.

 

Il avait fallu des semaines de protestation après la chute de Moubarak pour que soient tenues les élections législatives. Jusqu’au bout, le Conseil Suprême des Forces Armées menaçait implicitement de ne pas valider l’élection présidentielle.

 

On a cru un instant que le premier Président élu de l’Égypte s’était affranchi de la tutelle de l’armée quand il avait remercié le Maréchal Tantaoui, ministre de la Défense pendant 20 ans et chef du CSFA en août 2012. Mais les plaintes déposées auprès de la justice militaire contre l’armée pour sa répression dans la très lourde répression des manifestations n’aboutissent pas. La Constitution lui assure un pouvoir législatif et une grande autonomie financière et politique.

 

On a également espéré une ouverture permanente du terminal de Rafah qui permettrait aux emprisonnés de Gaza de se sentir des humains comme les autres. Le passage par le poste frontière a été aléatoire et le gouvernement craignant des actes ‘terroristes’ a noyé de nombreux tunnels qui demeurent la seule voie à peu près assurée pour les marchandises et les humains.

l était attendu que le traité de paix avec Israël soit dénoncé.

Il n’en a rien été. Dès le 1,3 milliard de dollars accordés par les Usa à l’armée, véritable arbitre du pouvoir et détentrice d’une part considérable de l’économie nationale, on apprenait que le gouvernement Morsi rompait les relations diplomatiques de l’Égypte avec la Syrie.

 

6 millions d’Égyptiens, selon une estimation basse, sont sortis dans la rue le dimanche 30 juin, jour travaillé.

Après deux années de lutte, ils n’ont obtenu ni dignité, ni liberté, ni pain.

Les raisons de la colère se sont même amplifiées car la révolution tant espérée n’a pas abouti.

Le travail d’accouchement de l’histoire se poursuit.

Il est urgent de ne pas y voir la main invisible ou apparente d’un Deus ex machina qui manipulerait 22 millions de Tamarridoune (1) pleins de fureur et bouillonnant d’impatience pour une vie plus digne.

D’abord et avant tout, la solution à venir devra éviter de réemprunter le chemin du capitalisme libéral qui ne profite qu’à ceux qui captent pour leur compte la dette contractée à l’extérieur. Pour l’extrême majorité, elle signifie absence de services publics, pauvreté et chômage.

L’Égypte devrait développer une économie productive intégrée régionalement et renoncer à vivre exclusivement de la rente pétrolière indirecte. Les revenus du canal de Suez par lequel transitent 40% du pétrole aux mains des Séoud et 20% de l’or noir iranien restent très inférieurs aux flux financiers générés par les travailleurs égyptiens émigrés dans les pays arabes gros producteurs.

Quand ce qui est à parcourir est si difficile, un chef charismatique explique le projet qu’il formule pour son peuple, il le soulève d’enthousiasme et obtient son adhésion.

Les Frères n’ont pas élaboré une vision d’avenir pour l’Égypte, et Morsi n’a pas la compétence ni le talent d’un rassembleur.

Désormais, les peuples ne se contentent pas de ce TINA (2) qui leur a été servi ces dernières décennies, au Brésil comme en Turquie comme en Grèce et au Portugal.

La fin de ce Système englobant la moindre activité humaine et l’incorporant dans le circuit marchand mondial, est sifflée.

 

Badia Benjelloun

Notes

 

(1) Le substantif Tamarroud veut dire rébellion, Tamarridoune, les rebelles.

(2) There Is No Alternative de Margaret Thatcher

http://www.dedefensa.org/article-r_volution_gyptienne_suite_ou_fin_08_07_2013.html

Le bordel patiemment globalisé du bloc BAO

«Ils envoient leur conscience au bordel et tiennent leur contenance en règle», disait fameusement Michel Eyquem de Montaigne, – cela, tout de même, pour nous couvrir de l’accusation de l’emploi d’un mot un peu trop leste. Cela donnerait pour notre compte, pour décrire la situation générale : “Ils envoient la vérité au bordel et tiennent leur contenance en narrative”. La différence, dans tous les cas, est au moins dans la dimension de la chose : avec nous, le bordel est globalisé.

La conjonction des événements, c’est-à-dire des crises essentiellement suscitées par l’activisme en tous sens du bloc BAO, réserve nécessairement des surprises révélatrices et, somme toute, plus réjouissantes que désagréables. On veut dire par là que les automatismes des contradictions internes sont toujours réjouissants quand ils forment une part essentielle de la description de la situation. Ainsi en est-il et en sera-t-il de plus en plus dans la situation des relations internationales marquées, d’une part, par l’existence de plus en plus prégnante et contraignante d’une infrastructure crisique, d’autre part, par une politique-Système dénuée de toute orientation principielle, ne répondant qu’à des impératifs déstructurants-dissolvants complètement détachés de considérations de cohérence et de logique constructive, et par conséquent en constant état d’antagonisme avec les différentes crises de l’infrastructure crisique, les unes après les autres ou plusieurs en même temps, les nouvelles après les vétéranes et bientôt avec les vétéranes entrées dans une nouvelle phase éruptive après les nouvelles.

Ces “surprises révélatrices” qu’on signale plus haut sont, elles, complètement dans la logique de situations ainsi conduits à des occurrences complètement contradictoires et antagonistes. On en trouve désormais tous les jours, et même plus encore… Le même jour, on en trouve la manifestation majeure dans deux circonstances, c’est-à-dire deux crises récentes et encore en phase éruptive, qui se sont superposées l’une à l’autre.

• Le premier cas est celui de la situation égyptienne. La chute du président Morsi, soutenu si longuement par les aubades extérieures pour figurer la disposition vivante du miracle démocratique en Égypte, est le résultat d’une action de l’armée égyptienne qui constitue dans la lettre et dans l’esprit de la lettre un “coup d’État”, et que certains, très artistes dans l’art de la dialectique, s’emploient à désigner comme “une décision”. (Voir le commentaire du Ron Paul Institute du 7 juillet 2013 : «The hypocrisy of the US administration on these events in Egypt is stunning. As the New York Times reported: “President Obama urged the military to move quickly to return Egypt to a democratically elected government, saying, ‘We are deeply concerned by the decision of the Egyptian Armed Forces to remove President Morsi and suspend the Egyptian Constitution.’ The president notably did not refer to the military’s takeover as a coup – a phrase that would have implications for the $1.3 billion a year in American military aid to Egypt.” Well, Egypt had a democratically-elected government, but it was overthrown by the US-funded Egyptian military!») Par conséquent, le sort de Morsi, renvoyé et accepté au moins momentanément aux oubliettes, est largement entériné, au nom des intérêts stratégiques du Pentagone et des souhaits israéliens qui veulent que les militaires égyptiens continuent à recevoir leur aide annuelle des USA pour les empêcher de changer d’attitude vis-à-vis du traité de paix Égypte-Israël. (Sans parler des avis encore plus autorisés et avancés, qui décrivent “la décision” de l’armée égyptienne comme un “coup” évidemment fomenté par les USA.) Bref, cela signifie que le bloc BAO, les USA assurément, prennent la nouvelle situation à leur compte… Le résultat le plus assuré, – si l’on s’en est avisé en attendant de mesurer ce que devient le sort de l’Égypte, – est qu’il s’agit d’une défaite majeure pour les rebelles syriens que soutiennent le bloc bAO et les USA, et une victoire pour Assad, comme le résume Antiwar.com le 6 juillet 2013.

«Western-backed Syrian Islamist rebels are facing a major setback this week that didn’t even happen on their own territory. The coup in Egypt ousted an Islamist president who was outspokenly sympathetic to them, and has left Syria’s own opposition blocs in even more of a shambles than they already were. Under President Morsi, Egypt’s government permitted its citizens to go a-jihading into Syria, and Morsi even appeared at rallies where they were encouraged to do so. That decision was seen as a factor in the coup, and the new junta is likely to keep fighters from flowing into Syria.

»But the bigger problem is the Syrian National Coalition, which is still unable to settle on a leader and now seems even more rudderless, as the Syrian Muslim Brotherhood dominates the coalition, and the group is reeling from the loss of its Egyptian counterpart, whose members are being arrested en masse.»

• Prise avec l’élégance qu’on lui connaît entre le respect vertueux de ses engagements de servilité vis-à-vis des USA d’une part, et la considération vertueuse des protestations et autres clameurs émises lors de la mise à jour publique de “tout ce que le monde sait” (l’espionnage intensif et massif de tout ce qui chuchote, parle et écrit sur la planète, dont l’UE, par la NSA) d’autre part, l’UE a donc reporté sa décision de reporter les conversations USA-UE sur un grand marché transatlantique au prix modique de l’établissement de négociations parallèles sur les susdites pratiques de surveillance. Mais cette décision s’est heurtée au veto décidé et décisif du Royaume-Uni, pour l’excellente raison que ce Royaume-Uni, qui fait partie de l’UE surveillée et écoutée par la NSA, fait aussi partie du réseau NSA qui surveille et écoute l’UE. Il n’y aura donc qu’un “groupe de travail”, sans beaucoup d’effets espère-t-on, sur la vaste question des surveillances et des écoutes auxquels participeront les USA et l’UE (avec le Royaume-Uni), et qui sera sans aucun doute, – car nul ne doute de la responsabilité professionnelle des uns et des autres, – surveillé et écouté par la NSA (avec le Royaume-Uni). Selon Antiwar.com le 6 juillet2013 :

«European Union proposals for broad talks with the United States over American surveillance of EU ambassadors and broad surveillance of EU citizens won’t take place, following a veto by the British government. Britain’s veto means that only a single “working group” aimed at discussing issues of data privacy with the US will be allowed, and the broader issue of surveillance will be “off-limits” for the EU to approach with America.

»The “why” behind this is fairly straightforward, as the US had extensive data-sharing agreements with Britain, which it considers a “second-party” nation, and Britain was known to be a beneficiary of US surveillance against the rest of the world, even other EU member nations, none of whom were in the same position of priviledge.»

…Mais il y a bordel et bordel, lorsqu’il s’agit également des figurants-Systèmes que sont les dirigeants du bloc BAO. Celui dont parle Michel Eyquem de Montaigne, qui est plutôt lieu de débauche, c’est-à-dire corruption des sens mais aussi de la psychologie, n’est pas nécessairement le nôtre, qui est désordre pur. Les deux ne peuvent-il être liés, après tout, c’est-à-dire fondus ensemble ? Le désordre auquel le bloc BAO parvient par l’impulsion irrésistible mais sans intérêts pour les effets qu’elle produit de la politique-Système à finalité dd&e (déstructuration, dissolution & entropisation), n’est-il pas après tout débauche pure et simple, et corruption par conséquent, de la diplomatie, de la politique, etc., et de toute activité organisatrice, lesquelles sont elles-mêmes produits par la psychologie effectivement débauchée et corrompue au bordel de Montaigne ?

Ce qui caractérise la phase actuelle, c’est que plus rien n’est fait pour tenter d’empêcher, voire seulement de masquer cette situation complètement catastrophique. Les dirigeants-Système prennent les avatars des diverses crises qui viennent les uns après les autres, exactement de cette manière, les uns après les autres sans tenter d’établir le moindre lien. On tente d’aveugler les voies d’eau les unes après les autres, au gré de la fureur des éléments. Effectivement complètement corrompus psychologiquement, un pied dans chacun des deux bordels, ils assistent, impuissants, à cet affrontement titanesque entre la politique-Système qui est hors de tout contrôle et l’infrastructure crisique qui est dans la même situation. Les occurrences les plus scandaleuses, les plus contradictoires jusqu’au surréalisme schizophrénique, comme celle de voir les Britanniques faire partie d’un “groupe de travail” demandant aux USA de modérer ou de réglementer leurs pratiques de surveillance et d’espionnage dont eux-mêmes sont partie prenante, sont assumées sans la moindre hésitation. Inutile d’opposer, pour un cas, le “on savait” (évidemment) à propos des Britanniques et de leur assimilation zélée à toutes les entreprises américanistes ; cela n’a pas cours ici car ce qui importe est l’acte de communication ; nous parlons de l’étalage au grand jour, certifiée, officialisée, de telles situations effectivement complètement schizophréniques. C’est cette exposition qui est le fait important, et nullement la situation elle-même. Elle indique que le Système ne prend plus aucune précaution d’habillage et de dissimulation, qu’il agit au grand jour ; on peut croire que c’est par certitude de la victoire aussi bien que par la pression de la panique… Peu nous importe ses humeurs, ce que nous voyons, nous, c’est que cet étalage montre au grand jour les catastrophes qu’entraîne son intervention, et le fait de ne plus chercher à rien en dissimuler n’est pas vraiment l’assurance du triomphe final du Système.

 

Mis en ligne le 6 juillet 2013 à 17H42

http://www.dedefensa.org/article-le_bordel_patiemment_globalis_du_bloc_bao_06_07_2013.html

L’Égypte après Morsi

On a déjà pu lire dans cette rubrique (voir depuis le 22 octobre 2012) des présentations et des citations de l’institut de recherche Conflicts Forum de Beyrouth, sous la direction d’Alastair Crooke. L’institut produit d’excellentes analyses sur la situation et les crises de la région du Moyen-Orient.

L’institut édite un commentaire hebdomadaire général sur la région, son Weekly Comment, auquel nous avons déjà fait référence. Cette édition pour la semaine du 28 juin au 5 juillet 2013 est entièrement consacrée aux événements égyptiens. Conflicts Forum donne une analyse en profondeur des conditions politiques intérieures égyptiennes existantes et des implications géopolitiques. Il met en évidence combien l’Égypte reste un pays fracturé, plus que jamais confronté à un risque de guerre civile, et de quelle façon la chute de Morsi a constitué un revers important pour le Qatar notamment, et son ambitieuse politique.

Conflicts Forum : Weekly Comment (28 June – 5 July 2013)

Egypt: Whilst opponents of Morsi, both at home and overseas, exuberantly voiced their elation at his (and the Brotherhood’s) humiliation, detention and removal from power in a coup devoid of any legal or constitutional basis, the basic contradictions to the situation largely have been obscured by the media focus on Tahrir partying. Polls held in Egypt over the course of the last five years indicate a clear trend: the Egyptian public is becoming more religious and conservative. This is also the trend across the region: the poor, less educated, rural population (the huge majority in Egypt), are soaking up the Salafism irradiating through their societies (see last week’s Comment), whilst the urban middle-class elites are becoming more assertively secular. It may seem contrarian to underline this fact at a time when the world’s media outlets are hailing the ousting of the ‘Islamists’, but this is the reality. Clearly the Egyptian opposition imagine they have got what they wanted. They are now riding high. But here is the problem: it is not clear that what the mainly middle-class urban youth of Cairo want is the same as what the majority of Egyptians want. A recent Zogby poll found that whilst seventy-four percent of Egypt’s electorate said they lacked confidence in the Brotherhood (mainly because of the deteriorating economic situation and Morsi’s undoubted errors of judgment), an even larger proportion (75-78%) expressed little trust in the opposition parties, either. The wider Muslim Brotherhood camp (with its large rural constituency) now feels that the country was stolen from it – its candidate had won 51.7% votes in an Presidential election that was widely accepted as free and fair. Not only that, but the Brotherhood additionally has won during the past two and a half years, the parliamentary poll and a referendum on a constitution drafted by them — three election wins. The Brotherhood, who had waited eighty years for their project come to fruition, saw it crumble to nothing in three days. Too many people in Egypt felt that last Sunday was Egypt’s ‘now or never moment’: the opposition believed that if they did not act, Morsi and the Brotherhood would control them forever; the Brotherhood for its part, feared that if their key platform over eight decades – their coming to power legitimately – were taken from them by force (think Algeria, Hamas in 2006 and now Cairo), the movement might simply implode – with young Muslims concluding that the only course must be ‘to burn the system’ in order to re-make it. As Conflicts Forum has been noting, Egypt is unbridgeably fractured. Each faction wants absolute victory; all camps aspire to defeat their rivals resoundingly. But if the Brotherhood’s legitimacy has been so peremptorily and arbitrarily withdrawn, why should anyone else’s subsequent claim to legitimacy be treated with any greater respect? Regrettably, in post-Hosni Mubarak Egypt, consensus is not available. The consequences of this coup will reverberate violently through not just Egypt, but the region as a whole.

Why did the army do it? It is a complex story (see here), but essentially the Brotherhood ideologues had come to believe that the AKP’s success in Turkey was rooted in wooing the businessmen, and in pursuing a liberal-market economic policy (many Islamists have come to believe that pursuit of a neo-liberal platform somehow can inoculate them from western interference). Such economic success, they hoped, would allow them to implement social Islam à la Turque. The Brotherhood could not have been less fortunate in the economic circumstances that faced them however, as they took power in Egypt. Economically matters were set to go from bad to worse, and any government would face extreme difficulties and possible failure. In any event, this economic programme was called the ‘Turkish model’ by such Brotherhood ideologues, such as Esam al-Arian. But it was a misnomer, since the Brotherhood ‘model’ was really Ataturk-esque in one important respect: It accorded the Egyptian military a privileged position, both in terms of protection from political oversight – as well as allowing it to maintain its huge economic interests too. It entrenched the ‘deep state’, rather than undermined it as happened in Turkey. This was the essence of the “Al-Selmi” pact struck between the Brotherhood and the Army in November 2011. This self-interest pact between the Army and the Brotherhood, to preserve the status quo, worked well for a time, but the Egyptian ‘deep state’ still smarted from the ousting of Mubarak, and plotted its comeback. Certain Gulf states (notably the UAE, Kuwait and Saudi Arabia) were only too happy to fund and encourage the new secular/liberal revolt against Morsi and the Brotherhood – spurred by their growing anger at Qatar’s pro-Brotherhood sponsorship. This aggravating and bitter Gulf rift has been central to how matters subsequently developed. In May, a delegation of Gulf leaders lobbied President Obama to rein in the Amir of Doha and his promotion of the Brotherhood, which they feared held aspirations to power in the Gulf states too. The US had already begun to wonder whether the Qatari leadership was ‘two-timing’ the US in its support for radical Islamist movements, whilst ostensibly pursuing US interests in the region, but Obama was cautious. Internally in Egypt, the growing brouhaha being mounted by the secular-liberal, urban opposition, (funded by the anti-Qatari faction) both frightened an Army concerned that popular mobilization might threaten the status quo through metamorphosis into a genuinely revolutionary movement; and as Prof Frisch has noted, gave the opportunity for the deep state to bring themselves back into power. Paradoxically, the same upper-middle class youth, who just a year ago, shouted “down with the military” and were then used by Morsi in his confrontation with the army, now have been used again by the military and others in the “deep state” to bring themselves back to power. The military lost power to Morsi after ruling Egypt ineptly for eighteen months in the aftermath of Mubarak’s ouster. Just one year later they find themselves back on top. Of course, this is presented as the transition to democracy; but three key factors may suggest a different course: Firstly, the drive behind the coup came from Saudi Arabia, which additionally has promised, reportedly, to indemnify the Egyptian Army against any loss of US aid (which legally must be halted in the event of a coup); the appointment of a Mubarak henchman to the ‘transitional’ Presidency; and the striking absence of any timetable for the transition.

Geo-strategic implications: The most obvious is the reversal of fortunes of Qatar, which has led with its financial and political support for the Brotherhood. It has been politically crushed by Saudi Arabia. First, we had the Emir’s (ostensibly, timely) abdication, the PM’s unexpected departure for comfortable exile in London; its Brotherhood protégé deposed from power; its Egyptian leadership arrested; and the new Emir obliged to have to congratulate the Egyptian Army for safeguarding Egypt’s national security. The Gulf states are feeling their fragility. They would never have reacted so assertively in Egypt unless deeply concerned at their own domestic situation. This shift of Qatar’s fortunes, plus the western-sanctioned overthrowing of an elected Islamist administration will undoubtedly adversely impact on the Syrian opposition’s already fading fortunes. There may be the possibility of a renewed Saudi-Egyptian axis, but whether this ever will materialize will depend wholly on how Egypt unfolds in the coming months. What is far more significant and impossible to predict, however, are the consequences and impact of this weekend’s events on the already fractured and increasingly adversarial identities – now perceived in polar opposition to one another – that comprise the Sunni sphere. Across the region, the break-up of overarching identities (such as Arabism) into polarized factional identities, historically has almost invariably ended with civil conflict and war. Although there are some fragile intimations of a new Arabic identity arising, in opposition to the present polarization, it is doubtful this will emerge sufficiently quickly or strongly to mitigate the wider dynamics toward civil conflict.

 

Conflicts Forum

http://www.dedefensa.org/article-l_gypte_apr_s_morsi_06_07_2013.html

La chute de Morsi et le Système

Il est très difficile de trouver un commentaire qui fasse des USA un artisan satisfait de la chute de Morsi et de l’arrivée au pouvoir, disons in fine, des militaires égyptiens. Nous en avons, pour notre part, trouvé un parmi nos références courantes, qui affirme cette thèse d’une façon abrupte, selon nous d’une façon arbitraire et contestable ; et constater cela ne nous remplit pas d’une satisfaction particulière, bien au contraire, puisque le commentateur est “notre ami” M K Bhadrakumar. Dans sa chronique du 5 juillet 2013, il fait un parallèle entre Morsi et Erdogan, faisant des deux des victimes d’un “complot” conduit par des “forces obscures” dans lesquelles il place manifestement celles qui représente pour nous le Système, et les USA en premier… Ainsi peut-il débuter sa chronique de cette façon, en laissant entendre qu’Erdogan pourrait subir le même sort que Morsi :

«The military coup in Egypt staged with green signal from Washington should alert Turkey’s Prime Minister Recep Erdogan. An Egypt-like convulsion of obscure origin has appeared in Turkey, too. There are some strange parallels….»

A part cette divergence (que nous retrouvons également, autre surprise désagréable, dans le commentaire de Bhadrakumar du 3 juillet 2013 approuvant le refus indien d’accorder l’asile politique à Snowden), la plupart des références que nous consultons voient dans la chute de Morsi un grave revers pour les USA ou, dans tous les cas, un embarras certain. Il nous semble qu’il y a d’excellentes raisons, sinon des raisons évidentes pour plaider de la sorte, tant la politique US qui tente d’appliquer les consignes de la politique-Système semble avoir jugé que la maladresse et le contrepied pour elle-même constituent les clefs disons à double tour de la réussite et du succès. Par contre, il y a des divergences intéressantes dans cette appréciation, non seulement de cet échec US, mais des implications de cet échec pour la politique suivie jusqu’alors par l’administration Obama.

• Wayne Madsen, qui a eu une certaine popularité médiatique par son intervention concernant la position européenne dans la crise transatlantique à l’intérieur de la crise-Snowden (voir le 1er juillet 2013) considère que la chute de Morsi est la fin de la “politique moyenne-orientale” (style refonte de fond en comble de la carte de la région) de l’administration Obama, appuyée sur le soutien des islamistes, éventuellement modérés, contre les sécularistes. Madsen fait lui aussi un parallèle entre Morsi et Erdogan, mais il les oppose frontalement au Syrien Assad et inscrit par conséquent Morsi dans le schéma du bloc BAO (plus les pays du Golfe) dans leur entreprise générale de soutien à l’attaque contre le régime Assad et, de façon plus générale, dans le contexte de la “croisade” sunnites versus chiites, ces derniers étant en état d’alliance objective avec les sécularistes. Madsen estime que c’est un grave échec pour la cabale des liberal hawks interventionnistes de Washington autour d’Obama (notamment Susan Rice et Samantha Powers, et Hillary Clinton avant elles), et particulièrement conduite par l’activisme de l’ambassadrice au Caire Anne Patterson, tandis qu’il juge que le Pentagone a objectivement soutenu l’action des militaires contre Morsi à cause du très récent appel de Morsi à la “guerre sainte” contre Assad. Interprétation acceptable, à la fois sur le fond, avec l’opposition du Pentagone à toute intervention US en Syrie, et sur la forme, par ce qu’elle nous dit et confirme de l’éclatement des pouvoirs à Washington, avec leur concurrence effrénée et leurs politiques spécifiques. Tout cela est dans un long texte de Strategic-Culture.org du 5 juillet 2013.

«President Barack Obama’s policy toward the Arab and Muslim world was born in Cairo and it died there… […]

»It is clear that U.S. military aid to Egypt will have to continue in order to placate the Egyptian military that saw Patterson’s support for Morsi increase as the Egyptian president became more intractable on dealing with Egypt’s growing opposition to his rule. Morsi’s public call for Egyptians to support the Syrian Salafist and Wahhabist Jihad against President Bashar al Assad’s government in Syria was the “red line” for the military. […] Morsi’s severance of relations with Damascus and his open support for the Jihadist rebels proved too much for the Egyptian military… […]

»Of course, the “Obama Doctrine”, which called for U.S. political and financial support for the ouster of secular regimes with legacies of pan-Arab socialism, followed by military support through third parties like NATO and the Arab Wahhabist monarchist Gulf Cooperation Council, died in Tahrir Square amid Egypt’s “Arab Summer” revolution. Many Egyptians who celebrated the ouster of Morsi said they hope Washington will now yank its ambassador from Cairo. Patterson has been called “Morsi’s girlfriend” by a number of Morsi’s opponents… […] Egypt’s new interim government, a newly-emboldened Assad, Lebanese Hezbollah, and Turkey’s secular opposition won the day against those who would take the Arab Middle East back to the thirteenth century. The Obama Doctrine was punched, kicked, and beaten in Tahrir Square. As America celebrated Independence Day, Egyptians celebrated their own independence from a regime that was the product of secret think tanks and planning sessions involving the most cursed names in the Middle East today: Brennan, Rice, Power, Rhodes, Hillary Clinton, and Patterson…»

• Divers textes montrent l’hésitation et le désarroi de l’administration Obama dans cette crise (voir Reuters, le 4 juillet 2013), ce qui retranscrit en fait, sous une forme très préoccupée, l’attitude fondamentale d’Obama qui est effectivement sa difficulté à prendre position et à trancher devant des événements rapides et brutaux. Le résultat se trouve dans des politiques extrêmement imprécises de la part de la Maison-Blanche elle-même. (Ce dernier point expliquant que la politique US peut alors devenir l’enjeu d’affrontements entre différents centres de pouvoir à Washington, voire être “kidnappée” par l’un de ces centres de pouvoir.) D’autre part, – bien entendu parce que ce point-là reste pour nous fondamental, – il y a aussi le constat de l’affaiblissement fondamental de l’influence US en général, et notamment en Egypte. On trouve ce thème développé dans un article du Wall Street Journal du 3 juillet 2013  : «In Egypt, a country where the U.S. has wielded enormous influence for the last four decades, the most striking aspect of the current upheaval there is that Washington appears to have relatively little left…»

• L’attaque contre l’administration Obama est très forte de la part de l’opposition républicaine. On dénonce le parti pris US en faveur de Morsi, et notamment le rôle joué par l’ambassadrice Patterson. Il y a là beaucoup de cuisine politique puisque, après tout, les républicains attaquent dans ce cas les islamistes, les Frères Musulmans et Morsi, qu’ils soutiennent par ailleurs à 150% en Syrie, contre Assad (et, par conséquent, le récent appel de Morsi à une guerre totale contre Assad). L’article de John Hudson sur ce thème, dans Foreign Policy du 2 juillet 2013 nous signale d’une façon intéressante, 1) que ce que Madsen considère comme l’échec de la “doctrine Obama“ avec notamment le rôle de l’ambassadrice Patterson, n’amènera pas nécessairement une révision critique de cette politique, avec Patterson promise au contraire à une promotion importante au département d’État, – car, selon l’adage, on ne change surtout pas une équipe qui perd  ; 2) que la thèse de la pénétration de l’administration Obama par les Frères Musulmans subsiste…

«Patterson, who is reportedly in line for a promotion as assistant secretary of state for Near Eastern Affairs, also came under criticism from Rep. Scott Perry (R-PA), who said she appeared to “offer support for a regime with a rather checkered record of support for democratic processes and institutions.” The State Department did not respond to a request for comment, but at Monday’s daily briefing, State Department spokesman Patrick Ventrell acknowledged the anti-Patterson protest signs. “We find it abhorrent and reprehensible,” Ventrell said. “The ambassador has very much stated U.S. policies.” He added that “we don’t take sides,” and that U.S. policy is “focused on the broader goal of reconciliation between the two groups.” […]

»Lastly, a fringe element of the Republican Party is opposed to Obama’s Egypt policy for a third reason: The insidious influence of Muslim Brotherhood “advisors” inside the White House. “Since this administration is advised by Muslim Brothers then of course they’re going to promote those in the Muslim Brotherhood,” Texas Congressman Louie Gohmert told The Cable. Gohmert did not recycle his discredited allegation that former Clinton Aide Huma Abedin is in cahoots with the Brotherhood, but he did mention others who allegedly explain why the “government is supporting the wrong people.” Some conspiracy theories die hard.»

• Sur ce sujet égyptien, DEBKAFiles a beaucoup apporté. L’appréciation générale du site israélien a été l’impuissance US devant les événements et l’attitude générale de l’administration Obama plutôt en faveur de Morsi. DEBKAFiles a aussi signalé, comme l’une des surprises des manifestations, la forte affirmation anti-US de la foule et, surtout, cet antiaméricanisme affirmée dans le cadre d’un néo panarabisme à-la-Nasser, qui est une tendance qui pénètre largement l’armée (DEBKAFiles le 1er juillet 2013 : «Rather than an outpouring of anti-Islamist rage, the tenor of the banners, placards and chants raised over Cairo’s Tahrir Square echoed the slogans of pan-Arab, nationalism, socialism and xenophobia, with which the charismatic Gemal Abdel Nasser caught the Arab world by storm half a century ago. The Muslim Brotherhood rule in Egypt, thrown up by the Arab Revolt, may face the challenge of a neo-Arab nationalistic uprising, a throwback to the Nasserist era.»

Dans une plus récente livraison (le 4 juillet 2013), DEBKAFiles va beaucoup plus loin, comme toujours au nom d’informations exclusives de sources non nommées qu’il est évidemment difficile de vérifier. Il s’agit de l’implication de l’Arabie et des Émirats en soutien des militaires contre Morsi et les frères Musulmans. L’affaire est agrémentée de promesses d’aides saoudienne et émirati à l’Égypte “nouvelle”, y compris la fourniture de l’aide militaire équivalente à l’aide US si les USA supprimaient leur aide. (Cela n’a pas l’air de devoir être le cas, les militaires US voulant garder de bons rapports avec les militaires égyptiens et Israël insistant auprès des USA pour le maintien de cette aide pour éviter une radicalisation du nouveau régime égyptien avec des répercussions au niveau du traité de paix Egypte-Israël, – tout cela plaçant les militaires égyptiens dans une position beaucoup plus favorable par rapport aux sollicitations extérieures que celle qu’on leur accorde en général.)

«The lightening coup which Wednesday, July 3, overthrew President Mohamed Morsi put in reverse gear for the first time the Obama administration’s policy of sponsoring the Muslim Brotherhood movement as a moderate force for Arab rule and partner in its Middle East policies. DEBKAfile reveals that the Egyptian military could not have managed their clockwork coup without the aid of Saudi and Dubai intelligence and funding. Saudi Arabia and the UAE threw their weight and purses behind Egypt’s generals aiming to put their first big spoke in the US-sponsored Arab Revolt (or Spring), after they failed to hold the tide back in Libya, Egypt and thus far Syria. […]

»The coup leader, Defense Minister and army chief Gen. Abdel Fattah El-Sisi, had two more Saudi-Gulf commitments in his pocket, say DEBKAfile’s Middle East sources: 1. Should the Obama administration cut off the annual US aid allocation of $1.3 billion, Saudi Arabia and the UAE would make up the military budget’s shortfall; 2. The Saudis, UAE and other Gulf nations, such as Bahrain and Kuwait, would immediately start pumping out substantial funds to keep the Egyptian economy running. The Egyptian masses would be shown that in a properly managed economy, they could be guaranteed a minimal standard of living and need not go hungry as many did under Muslim Brotherhood rule…»

Le commentaire général de DEBKAFiles est évident : «For the first time, a group of traditionally pro-US conservative Arab governments has struck out on its own to fill the leadership vacuum left by the Obama administration’s unwillingness to pursue direct initiatives in the savage Syrian civil war or forcibly preempt Iran’s drive for a nuclear bomb.» A ce commentaire de DEBKAFiles et dans l’hypothèse de la validité de ces informations, qui ont d’ailleurs leur cohérence, nous ajouterons celui-ci : il s’agirait d’un cas intéressant, le premier du genre de cet ordre dans la séquence dite du “printemps arabe”, où l’hostilité latente de l’Arabie (avec les EAU) à l’encontre du Qatar et des Frères Musulmans jusqu’alors maintenue dans le cadre d’une concurrence des interventions respectives en Syrie, aurait pris opérationnellement le pas sur l’antagonisme commun contre la Syrie. En aidant les militaires égyptiens, saoudiens et émiratis feraient ou ont fait objectivement le jeu d’Assad si l’on se réfère à la position radicalement anti-Assad que venait de prendre Morsi et le refus évident des mêmes militaires égyptiens de tout affrontement avec la Syrie. Cette dimension lie un peu plus tout un aspect de ce nième épisode de la crise égyptienne à la crise syrienne, comme une de ses retombées extérieures.

On peut aller plus loin, en reprenant l’analogie des positions de Morsi et d’Erdogan évoquée dans deux cas précédemment cités (Bhadrakumar et Madsen). On retrouve avec ces deux dirigeants, selon des circonstances et des orientations diverses, la même pente vers la perte de la légitimité, qui rencontre toujours, dans la situation présente, le projet de radicalisation d’une opposition au régime syrien, c’est-à-dire nécessairement un rapprochement et une accointance avec le bloc BAO, et leur subtil représentant que sont les USA. (Subtilité, en effet, dans le chef de l’ambassadrice US au Caire, de croire qu’une déclaration publique contre les manifestations et pour le président Morsi allaitent sauver celui-ci, alors que l’effet évident devait être et a été exactement l’inverse.) Quelles que soient les orientations, les méandres des uns et des autres dans ce tourbillon qu’est aujourd’hui le Moyen-Orient, on en revient toujours au même constat de la délégitimation qu’entraîne nécessairement un rapprochement avec le bloc BAO (les USA). Comment s’en étonner puisque, parlant d’eux (bloc BAO, USA), on parle en vérité du Système et que le Système, nécessairement déstructurant et dissolvant, est l’ennemi juré de toute posture principielle et de toutes les références à des principes, et donc le pourvoyeur évident de la délégitimation. A l’inverse, on n’a pas été sans noter, comme le fait DEBKAFiles, l’apparition de slogans néo-panarabes, les références à Nasser, les positions jugées néo-nassériennes du ministre de la défense égyptien devenu “homme fort” de l’actuelle séquence. Panarabisme, néo ou pas, nassérisme, etc., sont nécessairement des références qui portent en elles une dimension de légitimité dans le monde arabe.

 

Mis en ligne le 5 juillet 2013 à 11H21

http://www.dedefensa.org/article-la_chute_de_morsi_et_le_syst_me_05_07_2013.html

Égypte, nouvelle phase de la même crise

Égypte, nouvelle phase de la même crise

La situation égyptienne, que nous qualifions de “désordre immobile”, doit être suivie heure par heure pour seulement paraître être embrassée d’une façon à peu près cohérente par ceux qui la suivent ; on ne dit pas “comprise” car il n’y a pour l’instant rien de précis à comprendre. Cette situation est actuellement laissée aux forces primaires qui composent le pays, dont la puissance populaire, avec tous les relais de la communication, est la plus forte. Les acteurs sont connus et ne tiennent leur rôle que dans la mesure des capacités d’action que leur laisse la pression formidable de la puissance populaire.

La situation dans la nuit du 2 au 3 était donc celle d’une résistance de Morsi à l’ultimatum des militaires, tandis que la foule égyptienne continuait à “régner” dans la rue, imposant aux acteurs principaux la nécessité de faire évoluer la situation sans possibilité de la contrôler. Nous nous référons à Reuters, ce 3 juillet 2013, pour fixer un instant de l’évolution du tourbillon égyptien.

«In a defiant midnight television address responding to military demands that he share power with his opponents or see the army impose its own solution, Mursi warned that any deviation from the democratic order approved in a series of votes last year would lead Egypt down a dangerous path. He was speaking as vast crowds of protesters rallied in central Cairo and across the nation to demand the Muslim Brotherhood politician’s resignation in a third night of mass demonstrations. His supporters also turned out in force, and three people were killed and 97 injured in clashes between Islamists and security forces at Cairo University.

»“The price of preserving legitimacy is my life,” Mursi said in an impassioned, repetitive, 45-minute ramble. “Legitimacy is the only guarantee to preserve the country.” In a warning aimed as much at his own militant supporters as at the army, he said: “We do not declare jihad (holy war) against each other. We only wage jihad on our enemies.” Urging Egyptians not to heed the siren calls of what he called remnants of the former authoritarian government, the “deep state” and the corrupt, he said: “Don’t be fooled. Don’t fall into the trap. Don’t let them steal your revolution.” An opposition spokesman called Mursi’s defiance “an open call for civil war.” Peaceful protests would go on, he said… […]

»On Monday, army commander General Abdel Fattah al-Sisi gave Mursi 48 hours to reach an accommodation with his opponents. Otherwise, he said, the military would step in and implement its own road map for the country’s future. A military spokesman said the armed forces would not comment on the president’s statement until Wednesday afternoon. The deadline is set to expire at 5 p.m. (1500 GMT).

Les militaires ont retrouvé leur position de février 2011, avec à peine un peu moins d’ambiguïté dans une position de critique du pouvoir, puis d’exigences vis-à-vis de ce pouvoir, pour à nouveau tenter d’apparaître comme des soutiens de la puissance populaire en tentant de ne pas trop s’y compromettre. L’évolution de la situation et la résistance de Morsi à leurs exigences les contraignent à modifier leurs plans dans le sens d’une intervention plus active, tout cela avec des évolutions possibles et des adaptations nécessaires.

«Military sources told Reuters that, assuming the politicians fail to end a year of deadlock before the deadline, the generals have their own draft program ready to implement – although it could be fine-tuned in consultation with willing political parties.

»Under the road map, the military would install an interim council, composed mainly of civilians from different political groups and experienced technocrats, to run the country until an amended constitution was drafted within months. That would be followed by a new presidential election, but parliamentary polls would be delayed until strict conditions for selecting candidates were in force, the sources said. They would not say how the military intended to deal with Mursi if he refused to go quietly. Some of his Islamist supporters have vowed to defend what they see as the legitimate, democratic order, even if it means dying as martyrs. Some have a history of armed struggle against the state.»

Les interventions extérieures qui sont des interventions-Système se résument essentiellement aux pressions US. Comme d’habitude, les USA se trouvent dans la position de soutenir celui qui est l’objet d’une contestation difficilement tenable, et tentent de sauver ce qui peut l’être. Comme d’habitude, leurs interventions se font plus ou moins à ciel ouvert, avec une adresse et une habileté qu’on a assez de mal à identifier, exacerbant encore les conditions de tension pour la psychologie des acteurs principaux. Pour l’instant, ils soutiennent Morsi, comme ils soutinrent Moubarak jusqu’au moment de sa chute qu’ils prirent ensuite à leur compte ; contrairement aux interprétations qui tentent de rationnaliser la situation par la référence à la puissance manipulatrice, notre appréciation est que les USA en tant que principal représentant du Système ne font que suivre, aujourd’hui comme ils firent en février 2011. DEBKAFiles est une source acceptable, avec le sens des détails excitants pour l’attention, pour avoir un détail sans doute assez probable de ces agitations américanistes, dans des coulisses particulièrement transparentes et selon un scénario qui semble finalement, lui aussi, à peu près aussi “immobile” que le désordre… (Voir le 3 juillet 2013, qui reprend également des nouvelles de précédentes dépêches.)

«US President Barack Obama and Chief of US General Staff Gen. Martin Dempsey intervened in the Egyptian crisis early Tuesday, July 2, in an attempt to save the besieged President Mohamed Morsi and his Muslim Brotherhood. Obama called the Egyptian president and Gen. Dempsey phoned Chief of staff Gen. Sedki Sobhi, hoping to defuse the three-way crisis between the regime, the army and the protest movement before it gets out of hand.

»The crash of Morsi’s presidency would seriously undermine the objectives of the Arab Revolt pursued by the Obama administration as the arch-stone of his Middle East policy. The administration had earlier sought unsuccessfully to persuade the heads of the Egyptian army not to issue its 48-hour ultimatum to Egypt’s rulers “heed the will of the people” by Wednesday afternoon – or else the army would intervene. The Americans proposed instead to leave Morsi in place after stripping him of presidential authority and installing a transitional government to prepare the country for new elections to the presidency and parliament. DEBKAfile’s Middle East sources report that the army chiefs led by Defense Minister Gen. Abdel-Fattah el-Sissi rejected the American proposal.

»Obama promised to back steps taken by President Morsi to show he is “responsive to the opposition’s concerns,” while Gen. Dempsey asked Egyptian generals to moderate their stand against the Muslim Brotherhood. The underlying message was that if they failed to do so, Washington might reconsider its $1.3 billion annual military assistance package which is the main source of income for the armed forces.»

Nous reviendrons beaucoup plus en détails sur cette expression de “désordre immobile” que nous employons dans notre sous-titre et en début de texte, et ce que nous entendons par là. Bien sûr l’expression ne concerne pas que l’Égypte, mais bien l’infrastructure crisique en général qui caractérise la situation-Système des relations internationales. En Égypte, cette notion apparaît avec l’idée d’un redoublement de la situation de janvier-février 2011, qui semble être “rejouée” à peu près à l’identique, sur la partition nouvelle qui fut installée à partir du début février 2011 sur le fait acquis d’un effondrement de la structure régnante jusqu’alors (la structure Moubarak). L’idée est que cet effondrement déstructurant a installé un désordre qui n’a plus guère varié depuis, qui n’a été fixé en aucune façon. La chute de Moubarak, l’intervalle incertain, les divers rebondissements, l’élection de Morsi, le “choix” US de le soutenir, etc., tout cela n’a pas réussi à imposer de nouvelles structures. Le contenu des facteurs impliqués a évolué entre les bornes chronologiques depuis février 2011, plutôt vers l’aggravation bien entendu, mais sans réelle modification de ces facteurs.

Bien entendu, la “démocratisation” (pseudo-démocratisation) avec sa charge de narrative et d’illusion de communication, et qui ne peut être qu’insatisfaisante pour tous les acteurs selon leurs points de vue, n’a eu aucun effet stabilisant. Au contraire, la “démocratisation” reste une garantie paradoxale du maintien de ce “désordre immobile” qui apparaît pour ce qu’il est lors d’éruptions conjoncturelles qui peuvent avoir une puissance considérable où le facteur de l’insatisfaction populaire joue un rôle également considérable. L’aspect paradoxal de cette “démocratisation”, comme de l’expression de “désordre immobile”, est justifié par le fait que cette situation chronique de désordre est tout de même contenue dans des bornes, dans des espaces géographiques, dans une psychologie même du provisoire, aboutissant au paradoxe que le désordre qui est par définition mouvement ne change rien de fondamental et peut être justifié de recevoir le qualificatif d’“immobile”. Même une évolution dramatique de type “guerre civile” qui est envisagée pour le pire de la situation actuelle ne serait nullement assurée d’apporter des changements décisifs, et même au contraire (cela, à l’image de la situation syrienne qu’on estimait voir réglée en quelques semaines et qui dure depuis plus plus de deux ans). L’essentiel de la responsabilité de cette situation est évidemment à mettre à la charge du Système dans sa dynamique de surpuissance-autodestruction, qui maintient ses propres pressions (dans ce cas, celle des USA principalement) sans apporter aucun élément de structuration à cause de son propre affaiblissement, de ses propres crises (infrastructure crisique), de sa propre finalité déstructurante, et de son propre “désordre immobile” par conséquent.

 

Mis en ligne le 3 juillet 2013 à 05H52

http://www.dedefensa.org/article-_gypte_nouvelle_phase_de_la_m_me_crise_03_07_2013.html

L’Empire face à la forte vague de Révolutions populaires en Afrique du Nord en 2011

Les grandes puissances feraient mieux de se taire

 

Drapeau égyptien

Les appels au calme adressés aux manifestants en Égypte par le président Obama et sa secrétaire d’État, Hilary Clinton, l’invitation qu’ils ont formulée au président égyptien de procéder à des réformes politiques et sociales « immédiates » et leur sommation de réfréner les forces de l’ordre et de l’armée sonnent faux dans la bouche de ces tenants de l’impérialisme. Les occupants de la Maison Blanche ont pris la parole « pour réclamer des réformes politiques «concrètes» et l’arrêt des violences ». « Je veux appeler très clairement les autorités égyptiennes à s’abstenir d’utiliser la violence contre les manifestants pacifiques», a déclaré le Président Obama, peu de temps après s’être entretenu, le 28 janvier dernier, par téléphone avec le président de l’Égypte (Les Égyptiens se soulèvent).

Figure 1. Place de la Libération, Le Caire, Égypte

 

De son côté, Madame Clinton a invité M. Moubarak à « faire tout ce qui est en son pouvoir pour réfréner les forces de l’ordre »  alors que l’on a appris que les États-Unis et Israël collaboreraient étroitement avec le régime Moubarak dans la répression du soulèvement du peuple égyptien. Le Pentagone, lui, a invité l’armée à faire preuve de “retenue”. (Égypte: au moins 20 morts, couvre-feu décrété, l’armée en renfort). Quelle hypocrisie de la part de ceux qui prônent le recours à la guerre pour régler les conflits qu’ils engendrent le plus souvent eux-mêmes!

L’Union européenne vient de se joindre à ce concert de doléances en appuyant le « plan bien préparé » des Étatsuniens: « C’est pourquoi nous voulons une transition ordonnée vers des élections libres et équitables » (Reuters, 01/02/2011).

Le président Obama a aussi déclaré que «le peuple égyptien a des droits qui sont universels. Cela inclut le droit de se réunir pacifiquement, le droit à la liberté d’expression et à la possibilité de choisir son propre destin, cela relève des droits de l’homme », a-t-il insisté. Quand on sait que les États-Unis ont fortement appuyé, soutenu et financé le régime répressif de Moubarak au cours des trois dernières décennies et qu’ils ont armé ce pays sans compter en achetant ainsi la fidélité de ce régime, contre la volonté du peuple, on ne peut que mettre en doute fortement la valeur de ces propos.

Le fait de s’ingérer directement dans les affaires intérieures de l’Égypte en dit long sur l’importance stratégique que représente ce pays pour l’impérialisme américain dans cette région du monde. La perte du contrôle politique et économique de ce pays serait pour la Maison Blanche un élément de grande préoccupation pour les divers intérêts qu’ils détiennent dans ce territoire et dans la région ainsi qu’une grande appréhension concernant la sécurité d’Israël.

Ce qui se produit en Égypte risque d’arriver maintenant dans un très grand nombre de pays. La vague de la libération des peuples va se montrer encore plus forte jusqu’à prendre la forme d’un tsunami. Les citoyens ont maintenant la conviction que les pouvoirs usurpés, télécommandés et corrompus ont des pieds d’argile et que la force et l’énergie des peuples les feront tomber un jour ou l’autre. C’est ainsi que nous assistons à ce processus dans les pays arabes, mais il en sera de même dans tous les continents. Cette vague pourrait aussi frapper durement les pays riches dits démocratiques. Comme le prédisait si bien Ernesto Che Guevara dans un discours célèbre prononcé dans l’enceinte de l’Organisation des Nations Unies à New York en 1964 la révolte ou lutte révolutionnaire des peuples prendra la forme d’une vague qui ne s’arrêtera jamais:

« Dans les territoires des autres pays du monde qui luttent pour leur liberté, cela signifie toujours la même chose: L’image de ce que l’on peut acquérir au moyen de la lutte révolutionnaire, l’espoir d’un monde meilleur, l’image avec laquelle il vaut la peine de risquer sa vie, de se sacrifier jusqu’à la mort dans les champs de bataille de tous les continents du monde, non seulement en Amérique mais dans tous les pays du monde dans lesquels on fera une lutte révolutionnaire… cette vague de rancoeur agitée, de justice réclamée, de droits piétinés qui commencent à se lever dans les terres de l’Amérique latine, cette vague ne s’arrêtera jamais. Cette vague ira en s’accroissant chaque jour. Parce que cette vague la forment les plus nombreux, ceux qui sont majoritaires dans tous les aspects du terme, ceux qui accumulent avec leur travail les richesses, créent les valeurs, font rouler la roue de l’histoire et qui sortent maintenant du profond sommeil abrutissant dans lequel ils ont été plongés ». (1)

« Parce que cette grande humanité a dit «C’est assez» et s’est mise à marcher. Et sa marche, de géants, ne s’arrêtera pas tant qu’elle n’aura pas conquis la vraie indépendance pour laquelle plusieurs sont morts le plus souvent de façon inutile. Maintenant, de toute façon, ceux qui meurent, mourront comme ceux de Cuba, ceux de la Playa Giron, ils mourront pour leur indépendance vraie et irrévocable ».(2)

Il convient de rappeler également ces paroles du Che prononcées en 1960:

«…tous les peuples du monde doivent s’unir pour acquérir ce qui est le plus sacré, soit la liberté, le bien-être économique et le sentiment de ne pas avoir de problèmes insolubles à régler…» (3)

Comment les principaux responsables de la situation politique, économique et sociale catastrophique qui affligent les Égyptiens peuvent-ils avoir la prétention de définir les actions à poser pour mettre un terme aux manifestations contre le pouvoir central en Égypte? Comment peuvent-ils oser faire semblant qu’ils ne sont en rien à l’origine de l’état d’oppression et de misère qui prévaut dans ce pays?

Le gouvernement au pouvoir depuis près de 30 ans a été grandement épaulé par les puissances occidentales le considérant comme celui pouvant apporter la stabilité requise pour la sauvegarde des intérêts des États-Unis, de l’Union européenne et d’Israël dans la région du Moyen-Orient.

 

Photo : Le président égyptien (2011), Moubarack

I. L’aide des États-Unis fournie à l’Égypte

Selon les données rapportées par la Federation of American Scientists :

« entre les Accords de paix de Camp David en 1978 et l’An 2000 (l’année pour laquelle les chiffres les plus récents sont disponibles) les États-Unis ont apporté une aide aux forces armées égyptiennes pour la somme totale de 38 milliards de dollars. L’Égypte a ainsi reçu, chaque année, une aide de deux milliards de dollars dont 1.3 milliard sous la forme d’un financement extérieur pour la défense et environ 815 millions de dollars pour un fonds d’aide économique, la plaçant, après Israël, au second rang des pays  récipiendaires de l’aide militaire et économique régulière des États-Unis (tableau 1). De plus, en 1990, les Étatsuniens ont effacé une dette cumulée pour des dépenses militaires de ce pays de l’ordre de 7.1 milliards de dollars et ce pour compenser le coût engendré pour la participation de ce pays à l’Opération Desert Shield. De plus, L’Égypte a reçu, à chaque année, du Pentagone une aide pour l’achat d’équipements militaires non prévus totalisant des centaines de millions de dollars…» (FAS).

Tableau 1. Ventes d’armements aux pays en développement 2002-2009: Les principaux importateurs

Source: Source: http://www.warisbusiness.com/wp-content/uploads/2010/09/crs-arms-sales-customers-02-09.jpg

Selon les données présentées par Agora Vox, le média citoyen, les cinq principaux pays exportateurs d’armements dans le monde, en 2004 sont, dans l’ordre : les USA, la Russie, la Grande-Bretagne, la France et Israël. Ces pays sont pourvus d’une industrie d’armement suffisamment importante et innovante pour pouvoir exporter leurs matériels. Les plus grands importateurs de leur production sont, depuis 2004, la Chine, l’Inde et l’Égypte (http://www.agoravox.fr/actualites/international/article/bilan-des-ventes-d-armes-dans-le-2332). Entre 2001 et 2008, selon le Congressional Research Service du Congrès des États-Unis, l’Égypte se classait au 5ième rang parmi les dix principaux importateurs de matériel militaire dans le monde après l’Arabie saoudite, l’Inde, les Émirats arabes unis et la Chine et ce avec des dépenses totalisant 12.3 milliards de dollars ou 5% des achats mondiaux (http://fr.wikipedia.org/wiki/Industrie_de_l’armement).

II. Des relations étroites et de coopération avec l’Égypte pour la stabilité et la «paix» au Moyen-Orient

Selon le Département d’État :

« les États-Unis et l’Égypte entretiennent des relations étroites et amicales fondées sur des intérêts communs pour la stabilité et la paix au Moyen-Orient, le tout en revitalisant l’économie égyptienne, en renforçant les relations commerciales et en faisant la promotion de la sécurité régionale. Au cours des années, l’Égypte et les États-Unis ont travaillé ensemble de façon assidue pour développer les négociations de paix pour le Moyen-Orient, se faisant les hôtes de pourparlers de paix et de négociations dans le cadre de la Conférence économique du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord (MENA). Des manoeuvres militaires multinationales, une aide américaine aux programmes de modernisation de l’arsenal militaire de l’Égypte … ainsi que la contribution de ce pays dans différentes opérations de maintien de la paix ont renforcé de façon continue les relations de coopération militaire américano-égyptiennes» (US Department of State).

On note aussi que « l’un des piliers importants des relations bilatérales repose sur l’aide des États-Unis pour la sécurité et l’économie de l’Égypte, aide qui s’est accrue de façon significative au moment de la signature du Traité de paix égypto-israélien en 1979. L’aide militaire des États-Unis à l’Égypte totalise plus de 1,3 milliard de dollars par année. En outre, l’Agence américaine pour le Développement international (USAID) a fourni plus de 28 milliards de dollars pour l’économie et le développement de l’Égypte depuis 1975. Au cours des premières années, l’aide était accordée pour la mise en place d’infrastructures, pour la santé, pour les denrées alimentaires et pour l’agriculture» (US Department of State).

L’Égypte a conclu le 24 décembre 2009 un marché en vue de l’acquisition de 24 avions de combat F-16, de l’entreprise américaine d’armement Lockheed Martin pour un montant de 3.2 milliards de dollars (24 avions de combat F-16 américains pour l’Égypte).

« Selon des informations persistantes, l’administration de l’ex-Président George Bush a refusé de vendre des avions F-16 ultramodernes à l’Égypte, du fait de la situation des droits de l’Homme et de la démocratie qui y prévaut, ainsi que pour préserver la suprématie militaire israélienne. L’Égypte possède des avions F-16 depuis 1982, et est entrée en possession de 220 appareils de ce type après des décennies où elle se ravitaillait principalement en armements soviétiques» (24 avions de combat F-16 américains pour l’Égypte).

III. La coopération militaire américaine avec l’Égypte aurait renforcé la sécurité régionale au Moyen Orient selon le Secrétariat d’État des USA

Selon les États-Unis, la coopération militaire étasunienne a contribué à la modernisation des forces armées de l’Égypte et a renforcé la sécurité régionale. Avec les programmes de financement des projets de la défense (FMF), les États-Unis ont fourni des chasseurs bombardiers F-4, des bombardiers F-16, des tanks M-60A3 et M-60A3 ainsi que des M1M1, ont armé des véhicules de transport pour le personnel, ont vendu des hélicoptères Apache, des missiles anti-aériens. de la surveillance aérienne et d’autres équipements. Les États-Unis et l’Égypte ont aussi participé à des manœuvres militaires, y compris le déploiement d’effectifs de combat américains. Au cours des années, l’Égypte a accueilli Operation Bright Star, une manœuvre militaire multilatérale conjointe…étant vue comme l’exercice le plus important dans la région Des unités de la VIIème Flotte utilisent fréquemment les ports égyptiens (U.S. Department of State. On peut donc comprendre que l’Égypte constitue un excellent marché pour les industries de guerre des États-Unis.

Conclusion

Les mouvements populaires de libération, dans plusieurs pays arabes, sont d’une grande signification au moment où les mesures de répression des peuples se sont intensifiées dans le contexte des pénuries causées par la crise économique mondiale et par une forte pression exercée, sous la commande des grandes puissances, pour la réduction des dépenses publiques en entraînant une nette détérioration des conditions de vie de la majorité.

L’invitation formelle adressée par Washington au président Moubarak de procéder à la tenue d’élections législatives est pour lui le moyen de s’assurer que les changements qui pourraient se produire ne viendraient pas modifier la trajectoire empruntée par le pays depuis près de trente ans. Selon Hilary Clinton, se faisant l’écho de la position de l’Administration Obama, « il y a nécessité d’une transition ordonnée pour que personne ne vienne combler un vide, pour qu’il n’y ait pas de vide, mais plutôt un plan bien préparé pour l’avènement d’un gouvernement démocratique participatif’» (Hetu, B., 2011, p. A2). Lire un gouvernement totalement soumis à l’ordre dicté par les États-Unis.

Enfin, nous ne cesserons pas de le répéter, il revient au peuple égyptien de choisir la voie qui lui semble appropriée dans le contexte actuel pour répondre à ses besoins fondamentaux et rétablir un environnement de liberté, d’autonomie, de justice et de paix et ce à l’instar des autres peuples qui cherchent à se soustraire de l’emprise hégémonique des grandes puissances.

Jules Dufour

Le 2 février 2011

Notes :

(1) Traduit par l’auteur. Texte original en espagnol : «…los campos de otros países del mundo que luchan por su liberdad significando siempre lo mismo: La imagen de lo que se puede conseguir mediante la lucha revolucionaria, la esperanza de un mundo mejor, la imagen con la cual vale la pena arriesgar la vida, sacrificarse hasta la muerte en los campos de batalla de todos los continentes del mundo, no solamente en América sino en todos los países del mundo en que se creará una lucha revolucionaria…esa ola de estremecido rencor, de justicia reclamada, de derechos pisoteados que se empiezan a levantar por entre las tierras de Latinoamérica, esta ola ya no parará más. Esa ola irá crediendo cada dia que pase. Porque esa ola la forman los más, los mayotarios en todos los aspectos, los que acumulan con su trabajo las riquezas, crean los valores, hacen andar la rueda de la historia, y que ahora despiertan del largo sueño embrutecedor al que los sometieron.

(2) Traduit par l’auteur. Texte original en espagnol : « Porque esta gran humanidad ha dicho «Basta!» y ha hecho a andar. Y su marcha, de gigantes, ya no se detendrá hasta conquistar la verdadera independencia por la que ya han muerto más de una vez inutilmente. Ahora, en todo caso, los que mueran, morirán como los de Cuba, los de Playa Girón, morirán por su única, verdadera e irrenunciable independencia ». (http://www.youtube.com/watch?v=l1Z8NGYv3SE ).

(3) Traduit par l’auteur. Texte original en espagnol : « …todos los pueblos del mundo deben unirse para conseguir lo más sagrado, que es la libertad, que es el bienestar económico, que es el sentimiento de no tener absolutamente ningún problema insolvable por delante…», le 30 de septembre 1960 (http://www.retoricas.com/2009/08/che-guevara-citas-y-discursos.html ).
Références

BELLAVANCE, Joël-Denis. 2011. Tensions en Égypte: Ottawa appelle à la retenue. La Presse. Cyberpresse.ca. Le 28 janvier 2011. En ligne: http://www.cyberpresse.ca/actualites/quebec-canada/politique-canadienne/201101/28/01-4364799-tensions-en-egypte-ottawa-appelle-a-la-retenue.php?utm_categorieinterne=trafficdrivers&utm_contenuinterne=cyberpresse_B4d_b4d_199693_accueil_POS5

CHOSSUDOVSKY, Michel. 2011. The Protest Movement in Egypt: “Dictators” do not Dictate, They Obey Orders. Montréal, Centre for Research on Globalization (CRG), le 29 janvier 2011. En ligne:http://www.globalresearch.ca/index.php?context=va&aid=22993

CICARDI, Francesca. 2010. L’Egypte sous surveillance : quand l’exception devient la règle. Cafébabel.com. Le Magazine européen. Le 19 octobre 2010. En ligne:http://www.cafebabel.fr/article/35426/l-egypte-sous-surveillance-loi-d-urgence.html

DUFOUR, Jules. 2011. Le message de la Tunisie pour un monde juste et solidaire. Montréal, Centre de recherche sur la mondialisation (CRM). Le 17 janvier 2011. En ligne:http://www.mondialisation.ca/index.php?context=va&aid=22827

EL-MALAWANI, Hania (AFP). 2011. Égypte: au moins 20 morts, couvre-feu décrété, l’armée en renfort. Le 28 janvier 2011. En ligne:http://www.google.com/hostednews/afp/article/ALeqM5gEHN_aKfduol3C9ap4D2CfyeblgQ?docId=CNG.6d89711dd32ac21c4b6ed357be8e3617.8d1

FEDERATION OF AMERICAN SCIENTISTS. Arms Sales Tables
U.S. Arms Clients Profiles—Egypt. En ligne: http://www.fas.org/asmp/profiles/egypt.htm

G. Philippe. 2005. Bilan des ventes d’armes dans le monde. Agoravox. Le 2 septembre 2005. En ligne: http://www.agoravox.fr/actualites/international/article/bilan-des-ventes-d-armes-dans-le-2332

HETU, Bernard. 2011. La crainte américaine du vide. La Presse, le 31 janvier 2011, p. A2.

REUTERS. 2009. 24 avions de combat F-16 américains pour l’Egypte.

Ara.reuters. Le 30 décembre 2009. En ligne: http://www.gnet.tn/index2.php?option=com_content&task=emailform&id=10449&itemid=957

REUTERS. LE CAIRE. 2011. «Transition ordonnée». Le Journal de Québec, le 1er février 2011, p. 15.

SCHMIDT, Christophe. AFP-Washington. 2011. Obama fait pression sur Moubarak. Cyberpresse.ca. Le 28 janvier 2011. En ligne:http://www.cyberpresse.ca/international/dossiers/les-egyptiens-se-soulevent/201101/28/01-4364918-obama-fait-pression-sur-moubarak.phphtm_categorieinterne=trafficdrivers&utm_contenuinterne=cyberpresse_B4_manchettes_231_accueil_POS1

U.S. DEPARTMENT OF STATE. 2010. Background Note: Egypt. Novembre 2010.http://www.state.gov/r/pa/ei/bgn/5309.htm

Sites Internet

Che Guevara citas y dicursos: http://www.retoricas.com/2009/08/che-guevara-citas-y-discursos.html

Che Guevara – Discurso Revolucionario.mp4: http://www.youtube.com/watch?v=mwfbfwdHylg

Federation of American Scientists: http://www.fas.org/

Industrie de l’armement: http://fr.wikipedia.org/wiki/Industrie_de_l’armement

 
Jules Dufour, Ph.D., est président de l’Association canadienne pour les Nations Unies (ACNU) /Section Saguenay-Lac-Saint-Jean, professeur émérite à l’Université du Québec à Chicoutimi,   membre du cercle universel des Ambassadeurs de la Paix, membre chevalier de l’Ordre national du Québec. Il est associé de recherche au CRM (Centre de recherche sur la Mondialisation).

http://www.mondialisation.ca/lempire-face-a-la-forte-vague-de-revolutions-populaires-en-afrique-du-nord-en-2011/5341560

Des protestations de masse ont éclaté en Egypte contre le régime de Morsi, soutenu par les Etats-Unis

Égypte : Les Frères Musulmans l’épreuve de la révolution (2/3)

L’Egypte est témoin d’une nouvelle recrudescence de luttes massive de la classe ouvrière. Pour le premier anniversaire de l’arrivée au pouvoir du président islamiste Mohamed Morsi, des millions de gens ont envahi les rues et les places du pays pour exiger son éviction et celle des Frères Musulmans (FM) de Morsi.

Dans des scènes rappelant les luttes qui, il y a près de deux ans et demi, ont entraîné la chute du dictateur de longue date de l’Egypte, les travailleurs et les jeunes se sont rassemblés sur les places emblématiques de la Révolution égyptienne, en scandant : « Dégage ! » et « Le peuple veut la chute du régime ».

Au Caire, plusieurs défilés ont convergé vers la Place Tahrir. La foule a grossi au point d’être évaluée en début de soirée à un million, jurant de rester jusqu’au départ de Morsi. Une autre manifestation a eu lieu dans la capitale devant le palais présidentiel lourdement gardé à Ittihadia où des centaines de milliers s’étaient retrouvés.

Des protestations de masse ont eu lieu dans toutes les principales villes des 27 gouvernorats du pays. Dans la cité portuaire méditerranéenne d’Alexandrie, des centaines de milliers de gens ont afflué sur la place Sidi Gaber, déterminés à faire partir Morsi.

Dans la ville industrielle de Mahalla, l’un des centres de la révolution égyptienne, des dizaines de milliers se sont rassemblés sur la Place Al-Shoun, scandant des slogans révolutionnaires contre Morsi. Environ 90 pour cent des travailleurs de la société de filature et de tissage Misr Spinning and Weaving company qui appartient à l’Etat, l’usine la plus grande d’Egypte qui emploie plus de 25.000 travailleurs, ont débrayé pour rejoindre les manifestations.

D’autres protestations de masse ont eu lieu à Mansoura, Damanhour, Minya, Tanta, Sharqia et dans les villes de la région du canal de Suez, à Port Saïd, Suez et Ismaïlia. Une source de l’armée citée par le quotidien égyptien Al-Shorouk a dit que 17 millions de personnes étaient descendues dans la rue pour former l’une des plus importantes manifestations depuis le début de la révolution.

« Les scènes des manifestations sont sans précédent en taille et en portée et semblent dépasser celles observées durant le soulèvement qui a duré 18 jours pour renverser Moubarak, » a dit au Guardian britannique, Michael Hanna, membre de la Century Foundation de New York et spécialiste de l’ Egypte.

Dans certains endroits, les protestations présentaient un caractère insurrectionnel et de violents affrontements entre des manifestants anti-gouvernement et des partisans de Morsi ont éclaté. Au Caire, des manifestants ont attaqué avec des cocktails Molotov le quartier général national des FM tandis que des activistes islamistes se sont défendus de l’intérieur du bâtiment à l’aide de fusils.

Dans la ville d’Assiut, dans la haute Egypte, des assaillants ont tué trois manifestants alors que des milliers de protestataires anti-Morsi défilaient vers les quartiers généraux locaux du parti Liberté et Justice (FJP, Freedom & Justice Party).

Comme en 2011, les protestations de masse sont motivées par l’inégalité sociale stupéfiante en Egypte, et qui s’est accentuée sous le régime de la junte militaire et des Frères musulmans, et le caractère répressif de l’appareil d’Etat appuyé par les Etats-Unis.

Mohamed Ramadan Badawy, un manifestant du gouvernorat de Qena dans le Sud du pays et qui avait rejoint une délégation de Haute Egypte se rendant au Caire pour se joindre aux protestations sur la Place Tahrir a dit à Ahram Online : « Les besoins fondamentaux des Egyptiens ne sont pas satisfaits, nous avons un problème de chômage de masse, notamment parmi les jeunes, les meurtres continuent sous le régime [de Morsi] et puis il y a l’effondrement de l’Etat, des accidents de trains et des coupures d’électricité. La pauvreté ne cesse de croître en Egypte au point que les gens se nourrissent dans les poubelles. »

Comme en 2011, la colère de masse vise une fois de plus les Etats-Unis, principale puissance à soutenir le régime islamiste répressif de Morsi. Après l’éviction révolutionnaire de son laquais de longue date, Moubarak, Washington a tout d’abord soutenu une junte militaire en donnant ensuite son appui aux FM pour défendre ses intérêts économiques et stratégiques partout au Moyen-Orient. Morsi a souscrit à la guerre en cours menée par les Etats-Unis en Syrie dans le but de faire chuter le président Bachar al-Assad, en promettant de soutenir « matériellement et moralement » les milices islamistes d’opposition appuyées par l’Occident.

Il y a à peine quelques jours, l’ambassadrice américaine en Egypte, Anne Patterson, a dénoncé les protestations contre Morsi en émettant quasiment un chèque en blanc aux islamistes pour réprimer brutalement les protestations.

« Certains disent qu’une action dans la rue produira de meilleurs résultats que des élections. Pour être honnête, mon gouvernement et moi-même sommes profondément sceptiques », a-t-elle dit en ajoutant : « L’Egypte a besoin de stabilité pour mettre de l’ordre dans sa maison économique et davantage de violence dans la rue ne contribuera qu’à ajouter de nouveaux noms à la liste des martyrs. »

« Reflétant la haine généralisée contre l’impérialisme américain en Egypte, des manifestants brandissaient des affiches à l’effigie de Patterson et de Morsi barrées d’un « X ». Sur une bannière anti-Patterson on pouvait lire « Vieille sorcière, rentre chez toi. »

Le palais présidentiel, les bâtiments gouvernementaux et d’autres sites clé à travers le pays étaient gardés par l’armée égyptienne subventionnée par les Etats-Unis. Des chars et des soldats étaient spécialement stationnés dans les villes avoisinant le stratégique canal de Suez où des manifestations anti-Morsi avaient déjà revêtu un caractère insurrectionnel après le second anniversaire de la Révolution égyptienne le 25 janvier dernier.

Comme aux premiers jours de la révolution, des hélicoptères de l’armée ont survolé le Caire en surveillant la foule se trouvant sur la Place Tahrir et devant le palais présidentiel. Selon des sources de l’armée, le ministre de la Défense et commandant en chef des forces armées égyptiennes, le général Abdul Fatah Khalil Al-Sisi, a suivi les protestations depuis une salle de contrôle spéciale.

Dimanche dernier dans un discours Al-Sisi a proféré la menace que si les partis politiques ne réussissaient pas à arriver à un consensus et si la situation venait à déraper, l’armée interviendrait. Spiegel Online a rapporté que des milliers d’Islamistes organisant un sit-in dans le quartier de Nasr au Caire avaient formé des brigades armées. Les FM et d’autres groupes d’islamistes, tels Gamaa Islamiyya et diverses organisations salafistes ont à maintes reprises juré de défendre la « légitimité » de Morsi.

Essam al-Erian, vice-président du parti de la Liberté et de la Justice (FJP), le bras politique des FM, a qualifié les protestations anti-Morsi de « tentative de coup d’Etat ». Il a accusé l’opposition de « tout simplement rassembler des masses de gens dans des protestations violentes, de recourir à des méthodes de voyous et de faire couler le sang précieux des Egyptiens. »

Les leçons de ces deux dernières années de lutte révolutionnaire sont cruciales au moment où la classe ouvrière entre une fois de plus en lutte. La lutte pour les droits démocratiques et sociaux des travailleurs ne peut être confiée à une quelconque faction de la bourgeoisie égyptienne, qu’il s’agisse de l’armée, des islamistes ou des forces d’opposition de tendance laïque, elle requiert une lutte révolutionnaire indépendante pour le pouvoir, fondée sur une perspective socialiste.

Le programme mis en avant par la campagne « Tamarod » (« rébellion ») qui a appelé ces manifestations, soutenu par le Front de Salut national (NSF) et des groupes pseudo-gauches comme les Socialistes révolutionnaires (SR), est une tentative de plus de la bourgeoisie égyptienne de remodeler son régime, de désamorcer la colère massive de la classe ouvrière et de défendre par la force le pouvoir et la richesse de l’élite dirigeante.

Mercredi, lors d’une conférence de presse, Tamarod a présenté son programme politique. Son co-fondateur, Mohamed Abdel Aziz, a réclamé un « premier ministre indépendant » pour « diriger un gouvernement technocratique dont la principale mission est d’élaborer un plan économique d’urgence pour sauver l’économie égyptienne. » Ses commentaires ont clairement fait comprendre qu’il s’agirait d’une dictature non élue servant les intérêts du capital financier international et imposant la politique d’austérité exigée par le Fonds monétaire international.

Il a dit que « le président de la Cour constitutionnelle suprême (CCS) serait investi des droits du président conformément au protocole tandis que les pouvoirs exécutifs seront attribués au premier ministre pour une période transitoire de six mois, qui s’achèvera par des élections présidentielles encadrées judiciairement et supervisées internationalement, et qui sera suivie par des élections parlementaires. »

Johannes Stern

Article original, WSWS, paru le 1er juillet 2013

http://www.mondialisation.ca/des-protestations-de-masse-ont-eclate-en-egypte-contre-le-regime-de-morsi-soutenu-par-les-etats-unis/5341386

Égypte : De la démystification des Frères musulmans

Egypte: Les Frères Musulmans au seuil du pouvoir
Les Frères musulmans égyptiens auront-ils autant de mal à percevoir leur défaite que les Américains à reconnaître la fin de leur leadership solitaire sur le monde ?
Le discernement théorique est, en temps politique normal, rarement une qualité des acteurs politiques, pour des raisons de formation et d’alignements idéologiques, mais surtout pour les raisons connues d’opacité des ressorts réels, mais inconscients, de nos choix et de nos actes. En période de mutation historique aussi profonde que traverse l’Egypte, ce discernement devient quasi impossible. Pour cette raison, les Frères, au lieu de comprendre la réalité des énergies qui pousse sur le champ de la confrontation politique des masses longtemps tenues à tort comme fatalistes et accommodantes, vont alimenter en carburants divers le feu qui a pris sous Moubarak, mais n’a pas encore tout à fait incendié le pays.
Quel que soient les évolutions à court terme du rapport des forces et des arrangements entre Morsi et l’armée, ou entre la direction du mouvement et les puissances de l’argent indigène ou du Golfe, les Frères ont perdu la guerre sur le terrain choisi par eux : la rédemption d’un monde anomique et l’instauration d’un ordre prescrit pour l’ordonnance de notre monde. Avant d’être élus par les citoyens et de porter leurs voix et leurs vœux, ils avaient déjà averti qu’ils portaient la voix et les vœux de cet ordre religieux et que les élections ne servaient pas à les choisir, mais à s’inscrire dans la voie de Dieu. Ce type de démarche ne peut réussir que s’il tétanise la grande masse des populations concernées devant l’immensité de l’enjeu d’obéir ou de désobéir à Dieu, ou s’il les oblige à l’obéissance par le moyen de l’épée. Hors ces deux moyens, l’entreprise est vouée à l’échec immédiat, et l’épée ne peut subjuguer les peuples très longtemps, l’hypnose non plus. L’opposition résolue, déterminée, du peuple égyptien fait ressortir au moins un élément essentiel parmi d’autres enseignements passionnants.
L’impression d’une hégémonie des Frères sur la société égyptienne relevait largement du mythe. Il apparaît, au contraire, qu’ils sont loin d’être dominants, en dépit de l’élection sur le fil de leurs députés et de Morsi. Pis, à aucun moment ils n’ont réussi à « activer » cette rue réputée être à leur dévotion pour peser sur ses « choix » quand ils ont rejoint, contraints et forcés, le mouvement de protestation pour ne pas se retrouver à la marge d’un phénomène dont toutes les apparences et le caractère identifiaient comme une révolution. Les réunions secrètes et répétées des responsables des Frères avec les Américains laissent penser à un marchandage pour un soutien U.S. (auprès de l’armée) à leur prise de pouvoir, en contrepartie d’un alignement sans réserve sur des Frères sur les positions américaines. Très vite, l’exfiltration d’activistes américains condamnés par un tribunal égyptien, le maintien de Ghaza sous blocus (allégé, mais blocus quand même), la destruction ou la lutte contre les tunnels autour de Rafah, le respect religieux de Camp David, l’alignement sur le camp des agresseurs de la Syrie, confirment cette hypothèse d’un accord américano-frèriste : les Frères avaient bien pour mission d’ancrer l’Egypte dans le camp du capitalisme, en rajoutant au travail antérieur de Moubarak la « persuasion religieuse » qui ferait aux yeux des masses égyptiennes la similitude de l’ordre divin avec l’ordre du capitalisme. L’intimité du nouveau pouvoir égyptien avec les monarchies du Golfe ne laisse plus aucun doute sur les mutations profondes qui ont mené les interprétations wahhabite, salafiste et frèriste de l’islam à une rupture d’avec l’islam de la compassion, de la solidarité, de la justice, de l’échange et de la recherche de Dieu dans la diversité de ses créations et de ceux qui le quêtent.
Si l’ordre capitaliste occidental n’a pu s’imposer dans la tête des masses arabes à partir de ses catégories mentales particulières bombardées « universelles », il restait cette chance de nous faire entrer dans l’uniformité du capitalisme en mobilisant nos catégories religieuses particulières présentées comme « solution universelle » : « L’Islam est la solution. » Il faut noter que les interprétations wahhabites ou péri-wahhabites ont mis plus de deux siècles pour s’imposer, grâce aux pétrodollars, comme idéologies de masse compatibles avec le capitalisme. Cela fait autant de siècles que le peuple égyptien cherche des élites, des représentations et des voies pour combattre la domination franco-anglaise puis américano-sioniste. Quand les paysans égyptiens menaient la guérilla dans le Delta du Nil contre les troupes de Napoléon, les wahhabites s’alliaient avec les Anglais pour se tailler un empire sectaire dans le corps malade de l’Empire ottoman, et quand les officiers libres se préparaient en Egypte, les Saoudiens se livraient aux Américains par l’Accord dit du « Quincy ». C’est cela que joue en Egypte ce peuple admirable, et les Frères comprendront bientôt qu’ils ont déjà perdu la bataille idéologique. Le reste suivra.
Mohamed Bouhamidi
Alger le 29 juin- publié le 1er juilletIn Reporters.DZ

L’islam salafiste au service de la politique israélienne de désagrégation des états et des sociétés arabes _ Dr. Jean Brière

Barbenchon le 6 mai 2013

Sauve qui peut !

L’islam salafiste au service de la politique « israélienne » de désagrégation des états et des sociétés arabes

L’islamisation des politiques arabes issues du «  printemps arabe » sous le contrôle idéologique et financier des émirs du pétrole , simples agents de la politique américaine est l’instrument privilégié de la destruction des états organisés , issus de la décolonisation .Ceux de ces états qui échappaient à la tutelle américaine , constituant une menace contre la colonisation de la Palestine devaient être détruits : Irak , Libye,  Syrie , Algérie ? ,Iran

En Tunisie, pas question de soutenir le Hezbollah chiite. En Egypte, la prise du pouvoir par des gens pour qui l’unique but politique est in fine l’application de la charia, ne peut qu’accélérer l’effondrement prévisible du pays dans des famines malthusiennes . Les Egyptiens devront payer au prix fort une absence de politique démographique dans un pays dominé par la foi  .

 L’affrontement chiites – sunnites qui rappellent les terribles guerres de religions en France, est certainement l’élément désagrégateur le plus efficace au service de la survie de l’entité sioniste . En Syrie , l’affrontement s’est dramatisé par l’intrusion directe de groupes armés , djihadistes de toutes obédiences soutenus et  armés par les émirs du golfe . Intrusion légitimée par le soutien européen et américain  et l’aide directe de la Turquie . C’est l’état syrien qui doit être démantelé et qui est en voie de l’être

L’affaire des gaz toxiques montée de toutes pièce par l’entrité sioniste pour exiger une intervention directe officielle des Etats-Unis , interroge .

Plus grave le soutien inconditionnel d’Obama aux violations les plus extêrmes du droit international que constitue les bombardements « israéliens » de Damas , montre que désormais la seule régle  internationale reconnue par les USA est la loi du plus fort . L’intervention directe de l’entité sioniste dans le conflit ,  montre qu’elle est une alliée direct des djhiadistes .

La capacité de nuisance des colons sionistes de Palestine et de leur co-religionnaires occidentaux inquiète la justification de la colonisation de la Palestine au nom d’un mythe biblique entraîne ce peuple  à croire qu’il peut  conduire la planète à l’embrasement .

Le soutien inconditionnel des pays européens à cette politique de non droit entrainera mécaniquement l’Europe dans l’affrontement planétaire en gestation .

On pourra enfin voir l’effet civilisateur de l’arme nucléaire en action

Comme l’écrit Bouthoul : la guerre , «expression profonde privilégiée des sociétés est l’une des causes essentielles de leur transformation »

Il écrit également :  « Plus l’accumulation est excessive ,plus la destruction risque d’être violente »  L’accumulation de biens matériels et d’instruments de destruction de notre civilisation industrielle fera quelle sera nécessairement explosive . L’amusant dans cette affaire est le rôle déterminant du rôle des religions hébraiques et sa variante chrétienne et islamiste dans cette course à l’effondrement final .

Comme l’écrivait Montaigne , l’homme périra d’anerie »

Il est impossible de croire que nous allons convaincre tous ces fous de Dieu d’être raisonnables . L’espéce humaine ce comporte exactement comme une force cosmique qui échappe totalement à tout contrôle .

http://lavoixdelasyrie.com/data/?p=13007

L’islam salafiste au service de la politique « israélienne » de désagrégation des états et des sociétés arabes