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La chute de Morsi et le Système

Il est très difficile de trouver un commentaire qui fasse des USA un artisan satisfait de la chute de Morsi et de l’arrivée au pouvoir, disons in fine, des militaires égyptiens. Nous en avons, pour notre part, trouvé un parmi nos références courantes, qui affirme cette thèse d’une façon abrupte, selon nous d’une façon arbitraire et contestable ; et constater cela ne nous remplit pas d’une satisfaction particulière, bien au contraire, puisque le commentateur est “notre ami” M K Bhadrakumar. Dans sa chronique du 5 juillet 2013, il fait un parallèle entre Morsi et Erdogan, faisant des deux des victimes d’un “complot” conduit par des “forces obscures” dans lesquelles il place manifestement celles qui représente pour nous le Système, et les USA en premier… Ainsi peut-il débuter sa chronique de cette façon, en laissant entendre qu’Erdogan pourrait subir le même sort que Morsi :

«The military coup in Egypt staged with green signal from Washington should alert Turkey’s Prime Minister Recep Erdogan. An Egypt-like convulsion of obscure origin has appeared in Turkey, too. There are some strange parallels….»

A part cette divergence (que nous retrouvons également, autre surprise désagréable, dans le commentaire de Bhadrakumar du 3 juillet 2013 approuvant le refus indien d’accorder l’asile politique à Snowden), la plupart des références que nous consultons voient dans la chute de Morsi un grave revers pour les USA ou, dans tous les cas, un embarras certain. Il nous semble qu’il y a d’excellentes raisons, sinon des raisons évidentes pour plaider de la sorte, tant la politique US qui tente d’appliquer les consignes de la politique-Système semble avoir jugé que la maladresse et le contrepied pour elle-même constituent les clefs disons à double tour de la réussite et du succès. Par contre, il y a des divergences intéressantes dans cette appréciation, non seulement de cet échec US, mais des implications de cet échec pour la politique suivie jusqu’alors par l’administration Obama.

• Wayne Madsen, qui a eu une certaine popularité médiatique par son intervention concernant la position européenne dans la crise transatlantique à l’intérieur de la crise-Snowden (voir le 1er juillet 2013) considère que la chute de Morsi est la fin de la “politique moyenne-orientale” (style refonte de fond en comble de la carte de la région) de l’administration Obama, appuyée sur le soutien des islamistes, éventuellement modérés, contre les sécularistes. Madsen fait lui aussi un parallèle entre Morsi et Erdogan, mais il les oppose frontalement au Syrien Assad et inscrit par conséquent Morsi dans le schéma du bloc BAO (plus les pays du Golfe) dans leur entreprise générale de soutien à l’attaque contre le régime Assad et, de façon plus générale, dans le contexte de la “croisade” sunnites versus chiites, ces derniers étant en état d’alliance objective avec les sécularistes. Madsen estime que c’est un grave échec pour la cabale des liberal hawks interventionnistes de Washington autour d’Obama (notamment Susan Rice et Samantha Powers, et Hillary Clinton avant elles), et particulièrement conduite par l’activisme de l’ambassadrice au Caire Anne Patterson, tandis qu’il juge que le Pentagone a objectivement soutenu l’action des militaires contre Morsi à cause du très récent appel de Morsi à la “guerre sainte” contre Assad. Interprétation acceptable, à la fois sur le fond, avec l’opposition du Pentagone à toute intervention US en Syrie, et sur la forme, par ce qu’elle nous dit et confirme de l’éclatement des pouvoirs à Washington, avec leur concurrence effrénée et leurs politiques spécifiques. Tout cela est dans un long texte de Strategic-Culture.org du 5 juillet 2013.

«President Barack Obama’s policy toward the Arab and Muslim world was born in Cairo and it died there… […]

»It is clear that U.S. military aid to Egypt will have to continue in order to placate the Egyptian military that saw Patterson’s support for Morsi increase as the Egyptian president became more intractable on dealing with Egypt’s growing opposition to his rule. Morsi’s public call for Egyptians to support the Syrian Salafist and Wahhabist Jihad against President Bashar al Assad’s government in Syria was the “red line” for the military. […] Morsi’s severance of relations with Damascus and his open support for the Jihadist rebels proved too much for the Egyptian military… […]

»Of course, the “Obama Doctrine”, which called for U.S. political and financial support for the ouster of secular regimes with legacies of pan-Arab socialism, followed by military support through third parties like NATO and the Arab Wahhabist monarchist Gulf Cooperation Council, died in Tahrir Square amid Egypt’s “Arab Summer” revolution. Many Egyptians who celebrated the ouster of Morsi said they hope Washington will now yank its ambassador from Cairo. Patterson has been called “Morsi’s girlfriend” by a number of Morsi’s opponents… […] Egypt’s new interim government, a newly-emboldened Assad, Lebanese Hezbollah, and Turkey’s secular opposition won the day against those who would take the Arab Middle East back to the thirteenth century. The Obama Doctrine was punched, kicked, and beaten in Tahrir Square. As America celebrated Independence Day, Egyptians celebrated their own independence from a regime that was the product of secret think tanks and planning sessions involving the most cursed names in the Middle East today: Brennan, Rice, Power, Rhodes, Hillary Clinton, and Patterson…»

• Divers textes montrent l’hésitation et le désarroi de l’administration Obama dans cette crise (voir Reuters, le 4 juillet 2013), ce qui retranscrit en fait, sous une forme très préoccupée, l’attitude fondamentale d’Obama qui est effectivement sa difficulté à prendre position et à trancher devant des événements rapides et brutaux. Le résultat se trouve dans des politiques extrêmement imprécises de la part de la Maison-Blanche elle-même. (Ce dernier point expliquant que la politique US peut alors devenir l’enjeu d’affrontements entre différents centres de pouvoir à Washington, voire être “kidnappée” par l’un de ces centres de pouvoir.) D’autre part, – bien entendu parce que ce point-là reste pour nous fondamental, – il y a aussi le constat de l’affaiblissement fondamental de l’influence US en général, et notamment en Egypte. On trouve ce thème développé dans un article du Wall Street Journal du 3 juillet 2013  : «In Egypt, a country where the U.S. has wielded enormous influence for the last four decades, the most striking aspect of the current upheaval there is that Washington appears to have relatively little left…»

• L’attaque contre l’administration Obama est très forte de la part de l’opposition républicaine. On dénonce le parti pris US en faveur de Morsi, et notamment le rôle joué par l’ambassadrice Patterson. Il y a là beaucoup de cuisine politique puisque, après tout, les républicains attaquent dans ce cas les islamistes, les Frères Musulmans et Morsi, qu’ils soutiennent par ailleurs à 150% en Syrie, contre Assad (et, par conséquent, le récent appel de Morsi à une guerre totale contre Assad). L’article de John Hudson sur ce thème, dans Foreign Policy du 2 juillet 2013 nous signale d’une façon intéressante, 1) que ce que Madsen considère comme l’échec de la “doctrine Obama“ avec notamment le rôle de l’ambassadrice Patterson, n’amènera pas nécessairement une révision critique de cette politique, avec Patterson promise au contraire à une promotion importante au département d’État, – car, selon l’adage, on ne change surtout pas une équipe qui perd  ; 2) que la thèse de la pénétration de l’administration Obama par les Frères Musulmans subsiste…

«Patterson, who is reportedly in line for a promotion as assistant secretary of state for Near Eastern Affairs, also came under criticism from Rep. Scott Perry (R-PA), who said she appeared to “offer support for a regime with a rather checkered record of support for democratic processes and institutions.” The State Department did not respond to a request for comment, but at Monday’s daily briefing, State Department spokesman Patrick Ventrell acknowledged the anti-Patterson protest signs. “We find it abhorrent and reprehensible,” Ventrell said. “The ambassador has very much stated U.S. policies.” He added that “we don’t take sides,” and that U.S. policy is “focused on the broader goal of reconciliation between the two groups.” […]

»Lastly, a fringe element of the Republican Party is opposed to Obama’s Egypt policy for a third reason: The insidious influence of Muslim Brotherhood “advisors” inside the White House. “Since this administration is advised by Muslim Brothers then of course they’re going to promote those in the Muslim Brotherhood,” Texas Congressman Louie Gohmert told The Cable. Gohmert did not recycle his discredited allegation that former Clinton Aide Huma Abedin is in cahoots with the Brotherhood, but he did mention others who allegedly explain why the “government is supporting the wrong people.” Some conspiracy theories die hard.»

• Sur ce sujet égyptien, DEBKAFiles a beaucoup apporté. L’appréciation générale du site israélien a été l’impuissance US devant les événements et l’attitude générale de l’administration Obama plutôt en faveur de Morsi. DEBKAFiles a aussi signalé, comme l’une des surprises des manifestations, la forte affirmation anti-US de la foule et, surtout, cet antiaméricanisme affirmée dans le cadre d’un néo panarabisme à-la-Nasser, qui est une tendance qui pénètre largement l’armée (DEBKAFiles le 1er juillet 2013 : «Rather than an outpouring of anti-Islamist rage, the tenor of the banners, placards and chants raised over Cairo’s Tahrir Square echoed the slogans of pan-Arab, nationalism, socialism and xenophobia, with which the charismatic Gemal Abdel Nasser caught the Arab world by storm half a century ago. The Muslim Brotherhood rule in Egypt, thrown up by the Arab Revolt, may face the challenge of a neo-Arab nationalistic uprising, a throwback to the Nasserist era.»

Dans une plus récente livraison (le 4 juillet 2013), DEBKAFiles va beaucoup plus loin, comme toujours au nom d’informations exclusives de sources non nommées qu’il est évidemment difficile de vérifier. Il s’agit de l’implication de l’Arabie et des Émirats en soutien des militaires contre Morsi et les frères Musulmans. L’affaire est agrémentée de promesses d’aides saoudienne et émirati à l’Égypte “nouvelle”, y compris la fourniture de l’aide militaire équivalente à l’aide US si les USA supprimaient leur aide. (Cela n’a pas l’air de devoir être le cas, les militaires US voulant garder de bons rapports avec les militaires égyptiens et Israël insistant auprès des USA pour le maintien de cette aide pour éviter une radicalisation du nouveau régime égyptien avec des répercussions au niveau du traité de paix Egypte-Israël, – tout cela plaçant les militaires égyptiens dans une position beaucoup plus favorable par rapport aux sollicitations extérieures que celle qu’on leur accorde en général.)

«The lightening coup which Wednesday, July 3, overthrew President Mohamed Morsi put in reverse gear for the first time the Obama administration’s policy of sponsoring the Muslim Brotherhood movement as a moderate force for Arab rule and partner in its Middle East policies. DEBKAfile reveals that the Egyptian military could not have managed their clockwork coup without the aid of Saudi and Dubai intelligence and funding. Saudi Arabia and the UAE threw their weight and purses behind Egypt’s generals aiming to put their first big spoke in the US-sponsored Arab Revolt (or Spring), after they failed to hold the tide back in Libya, Egypt and thus far Syria. […]

»The coup leader, Defense Minister and army chief Gen. Abdel Fattah El-Sisi, had two more Saudi-Gulf commitments in his pocket, say DEBKAfile’s Middle East sources: 1. Should the Obama administration cut off the annual US aid allocation of $1.3 billion, Saudi Arabia and the UAE would make up the military budget’s shortfall; 2. The Saudis, UAE and other Gulf nations, such as Bahrain and Kuwait, would immediately start pumping out substantial funds to keep the Egyptian economy running. The Egyptian masses would be shown that in a properly managed economy, they could be guaranteed a minimal standard of living and need not go hungry as many did under Muslim Brotherhood rule…»

Le commentaire général de DEBKAFiles est évident : «For the first time, a group of traditionally pro-US conservative Arab governments has struck out on its own to fill the leadership vacuum left by the Obama administration’s unwillingness to pursue direct initiatives in the savage Syrian civil war or forcibly preempt Iran’s drive for a nuclear bomb.» A ce commentaire de DEBKAFiles et dans l’hypothèse de la validité de ces informations, qui ont d’ailleurs leur cohérence, nous ajouterons celui-ci : il s’agirait d’un cas intéressant, le premier du genre de cet ordre dans la séquence dite du “printemps arabe”, où l’hostilité latente de l’Arabie (avec les EAU) à l’encontre du Qatar et des Frères Musulmans jusqu’alors maintenue dans le cadre d’une concurrence des interventions respectives en Syrie, aurait pris opérationnellement le pas sur l’antagonisme commun contre la Syrie. En aidant les militaires égyptiens, saoudiens et émiratis feraient ou ont fait objectivement le jeu d’Assad si l’on se réfère à la position radicalement anti-Assad que venait de prendre Morsi et le refus évident des mêmes militaires égyptiens de tout affrontement avec la Syrie. Cette dimension lie un peu plus tout un aspect de ce nième épisode de la crise égyptienne à la crise syrienne, comme une de ses retombées extérieures.

On peut aller plus loin, en reprenant l’analogie des positions de Morsi et d’Erdogan évoquée dans deux cas précédemment cités (Bhadrakumar et Madsen). On retrouve avec ces deux dirigeants, selon des circonstances et des orientations diverses, la même pente vers la perte de la légitimité, qui rencontre toujours, dans la situation présente, le projet de radicalisation d’une opposition au régime syrien, c’est-à-dire nécessairement un rapprochement et une accointance avec le bloc BAO, et leur subtil représentant que sont les USA. (Subtilité, en effet, dans le chef de l’ambassadrice US au Caire, de croire qu’une déclaration publique contre les manifestations et pour le président Morsi allaitent sauver celui-ci, alors que l’effet évident devait être et a été exactement l’inverse.) Quelles que soient les orientations, les méandres des uns et des autres dans ce tourbillon qu’est aujourd’hui le Moyen-Orient, on en revient toujours au même constat de la délégitimation qu’entraîne nécessairement un rapprochement avec le bloc BAO (les USA). Comment s’en étonner puisque, parlant d’eux (bloc BAO, USA), on parle en vérité du Système et que le Système, nécessairement déstructurant et dissolvant, est l’ennemi juré de toute posture principielle et de toutes les références à des principes, et donc le pourvoyeur évident de la délégitimation. A l’inverse, on n’a pas été sans noter, comme le fait DEBKAFiles, l’apparition de slogans néo-panarabes, les références à Nasser, les positions jugées néo-nassériennes du ministre de la défense égyptien devenu “homme fort” de l’actuelle séquence. Panarabisme, néo ou pas, nassérisme, etc., sont nécessairement des références qui portent en elles une dimension de légitimité dans le monde arabe.

 

Mis en ligne le 5 juillet 2013 à 11H21

http://www.dedefensa.org/article-la_chute_de_morsi_et_le_syst_me_05_07_2013.html

Égypte, nouvelle phase de la même crise

Égypte, nouvelle phase de la même crise

La situation égyptienne, que nous qualifions de “désordre immobile”, doit être suivie heure par heure pour seulement paraître être embrassée d’une façon à peu près cohérente par ceux qui la suivent ; on ne dit pas “comprise” car il n’y a pour l’instant rien de précis à comprendre. Cette situation est actuellement laissée aux forces primaires qui composent le pays, dont la puissance populaire, avec tous les relais de la communication, est la plus forte. Les acteurs sont connus et ne tiennent leur rôle que dans la mesure des capacités d’action que leur laisse la pression formidable de la puissance populaire.

La situation dans la nuit du 2 au 3 était donc celle d’une résistance de Morsi à l’ultimatum des militaires, tandis que la foule égyptienne continuait à “régner” dans la rue, imposant aux acteurs principaux la nécessité de faire évoluer la situation sans possibilité de la contrôler. Nous nous référons à Reuters, ce 3 juillet 2013, pour fixer un instant de l’évolution du tourbillon égyptien.

«In a defiant midnight television address responding to military demands that he share power with his opponents or see the army impose its own solution, Mursi warned that any deviation from the democratic order approved in a series of votes last year would lead Egypt down a dangerous path. He was speaking as vast crowds of protesters rallied in central Cairo and across the nation to demand the Muslim Brotherhood politician’s resignation in a third night of mass demonstrations. His supporters also turned out in force, and three people were killed and 97 injured in clashes between Islamists and security forces at Cairo University.

»“The price of preserving legitimacy is my life,” Mursi said in an impassioned, repetitive, 45-minute ramble. “Legitimacy is the only guarantee to preserve the country.” In a warning aimed as much at his own militant supporters as at the army, he said: “We do not declare jihad (holy war) against each other. We only wage jihad on our enemies.” Urging Egyptians not to heed the siren calls of what he called remnants of the former authoritarian government, the “deep state” and the corrupt, he said: “Don’t be fooled. Don’t fall into the trap. Don’t let them steal your revolution.” An opposition spokesman called Mursi’s defiance “an open call for civil war.” Peaceful protests would go on, he said… […]

»On Monday, army commander General Abdel Fattah al-Sisi gave Mursi 48 hours to reach an accommodation with his opponents. Otherwise, he said, the military would step in and implement its own road map for the country’s future. A military spokesman said the armed forces would not comment on the president’s statement until Wednesday afternoon. The deadline is set to expire at 5 p.m. (1500 GMT).

Les militaires ont retrouvé leur position de février 2011, avec à peine un peu moins d’ambiguïté dans une position de critique du pouvoir, puis d’exigences vis-à-vis de ce pouvoir, pour à nouveau tenter d’apparaître comme des soutiens de la puissance populaire en tentant de ne pas trop s’y compromettre. L’évolution de la situation et la résistance de Morsi à leurs exigences les contraignent à modifier leurs plans dans le sens d’une intervention plus active, tout cela avec des évolutions possibles et des adaptations nécessaires.

«Military sources told Reuters that, assuming the politicians fail to end a year of deadlock before the deadline, the generals have their own draft program ready to implement – although it could be fine-tuned in consultation with willing political parties.

»Under the road map, the military would install an interim council, composed mainly of civilians from different political groups and experienced technocrats, to run the country until an amended constitution was drafted within months. That would be followed by a new presidential election, but parliamentary polls would be delayed until strict conditions for selecting candidates were in force, the sources said. They would not say how the military intended to deal with Mursi if he refused to go quietly. Some of his Islamist supporters have vowed to defend what they see as the legitimate, democratic order, even if it means dying as martyrs. Some have a history of armed struggle against the state.»

Les interventions extérieures qui sont des interventions-Système se résument essentiellement aux pressions US. Comme d’habitude, les USA se trouvent dans la position de soutenir celui qui est l’objet d’une contestation difficilement tenable, et tentent de sauver ce qui peut l’être. Comme d’habitude, leurs interventions se font plus ou moins à ciel ouvert, avec une adresse et une habileté qu’on a assez de mal à identifier, exacerbant encore les conditions de tension pour la psychologie des acteurs principaux. Pour l’instant, ils soutiennent Morsi, comme ils soutinrent Moubarak jusqu’au moment de sa chute qu’ils prirent ensuite à leur compte ; contrairement aux interprétations qui tentent de rationnaliser la situation par la référence à la puissance manipulatrice, notre appréciation est que les USA en tant que principal représentant du Système ne font que suivre, aujourd’hui comme ils firent en février 2011. DEBKAFiles est une source acceptable, avec le sens des détails excitants pour l’attention, pour avoir un détail sans doute assez probable de ces agitations américanistes, dans des coulisses particulièrement transparentes et selon un scénario qui semble finalement, lui aussi, à peu près aussi “immobile” que le désordre… (Voir le 3 juillet 2013, qui reprend également des nouvelles de précédentes dépêches.)

«US President Barack Obama and Chief of US General Staff Gen. Martin Dempsey intervened in the Egyptian crisis early Tuesday, July 2, in an attempt to save the besieged President Mohamed Morsi and his Muslim Brotherhood. Obama called the Egyptian president and Gen. Dempsey phoned Chief of staff Gen. Sedki Sobhi, hoping to defuse the three-way crisis between the regime, the army and the protest movement before it gets out of hand.

»The crash of Morsi’s presidency would seriously undermine the objectives of the Arab Revolt pursued by the Obama administration as the arch-stone of his Middle East policy. The administration had earlier sought unsuccessfully to persuade the heads of the Egyptian army not to issue its 48-hour ultimatum to Egypt’s rulers “heed the will of the people” by Wednesday afternoon – or else the army would intervene. The Americans proposed instead to leave Morsi in place after stripping him of presidential authority and installing a transitional government to prepare the country for new elections to the presidency and parliament. DEBKAfile’s Middle East sources report that the army chiefs led by Defense Minister Gen. Abdel-Fattah el-Sissi rejected the American proposal.

»Obama promised to back steps taken by President Morsi to show he is “responsive to the opposition’s concerns,” while Gen. Dempsey asked Egyptian generals to moderate their stand against the Muslim Brotherhood. The underlying message was that if they failed to do so, Washington might reconsider its $1.3 billion annual military assistance package which is the main source of income for the armed forces.»

Nous reviendrons beaucoup plus en détails sur cette expression de “désordre immobile” que nous employons dans notre sous-titre et en début de texte, et ce que nous entendons par là. Bien sûr l’expression ne concerne pas que l’Égypte, mais bien l’infrastructure crisique en général qui caractérise la situation-Système des relations internationales. En Égypte, cette notion apparaît avec l’idée d’un redoublement de la situation de janvier-février 2011, qui semble être “rejouée” à peu près à l’identique, sur la partition nouvelle qui fut installée à partir du début février 2011 sur le fait acquis d’un effondrement de la structure régnante jusqu’alors (la structure Moubarak). L’idée est que cet effondrement déstructurant a installé un désordre qui n’a plus guère varié depuis, qui n’a été fixé en aucune façon. La chute de Moubarak, l’intervalle incertain, les divers rebondissements, l’élection de Morsi, le “choix” US de le soutenir, etc., tout cela n’a pas réussi à imposer de nouvelles structures. Le contenu des facteurs impliqués a évolué entre les bornes chronologiques depuis février 2011, plutôt vers l’aggravation bien entendu, mais sans réelle modification de ces facteurs.

Bien entendu, la “démocratisation” (pseudo-démocratisation) avec sa charge de narrative et d’illusion de communication, et qui ne peut être qu’insatisfaisante pour tous les acteurs selon leurs points de vue, n’a eu aucun effet stabilisant. Au contraire, la “démocratisation” reste une garantie paradoxale du maintien de ce “désordre immobile” qui apparaît pour ce qu’il est lors d’éruptions conjoncturelles qui peuvent avoir une puissance considérable où le facteur de l’insatisfaction populaire joue un rôle également considérable. L’aspect paradoxal de cette “démocratisation”, comme de l’expression de “désordre immobile”, est justifié par le fait que cette situation chronique de désordre est tout de même contenue dans des bornes, dans des espaces géographiques, dans une psychologie même du provisoire, aboutissant au paradoxe que le désordre qui est par définition mouvement ne change rien de fondamental et peut être justifié de recevoir le qualificatif d’“immobile”. Même une évolution dramatique de type “guerre civile” qui est envisagée pour le pire de la situation actuelle ne serait nullement assurée d’apporter des changements décisifs, et même au contraire (cela, à l’image de la situation syrienne qu’on estimait voir réglée en quelques semaines et qui dure depuis plus plus de deux ans). L’essentiel de la responsabilité de cette situation est évidemment à mettre à la charge du Système dans sa dynamique de surpuissance-autodestruction, qui maintient ses propres pressions (dans ce cas, celle des USA principalement) sans apporter aucun élément de structuration à cause de son propre affaiblissement, de ses propres crises (infrastructure crisique), de sa propre finalité déstructurante, et de son propre “désordre immobile” par conséquent.

 

Mis en ligne le 3 juillet 2013 à 05H52

http://www.dedefensa.org/article-_gypte_nouvelle_phase_de_la_m_me_crise_03_07_2013.html

La politique syrienne de Washington : faucons contre colombes

À l’image de Vladimir Poutine en Russie, la politique syrienne de Barack Obama est attaquée avec virulence, à la fois par les « faucons » et par les « colombes ». Le 13 juin dernier, Obama concéda deux victoires limitées mais inquiétantes aux faucons : des preuves que les troupes de Bachar el-Assad « ont utilisé des armes chimiques [c’est-à-dire le sarin] contre les forces rebelles », et la décision correspondante « de commencer à fournir pour la première fois aux rebelles des armes légères et des munitions. » (1)

Chacune de ces annonces semble particulièrement étrange, pour ne pas dire malhonnête, pour quiconque ayant suivi de près la crise syrienne. Le conseiller adjoint à la Sécurité nationale Benjamin Rhodes, l’un des principaux conseillers d’Obama en politique étrangère, fut cité dans le New York Times déclarant qu’« il n’y avait aucune raison de penser que la résistance avait accès à des armes chimiques. » Ainsi, comme la plupart des médias grand public aux États-Unis, Rhodes ignora tout simplement les informations parues en mai dernier dans les médias britanniques, selon lesquelles « des enquêteurs de l’ONU en charge des droits de l’Homme ont rassemblé des témoignages de victimes de la guerre civile en Syrie et de personnels médicaux [,] indiquant que les forces rebelles avaient employé du gaz neurotoxique sarin. » (2) Trois semaines plus tard, d’autres informations de ce genre ont été diffusées avant d’être remises en cause. Elles avançaient qu’un cylindre de 2kg contenant du gaz sarin avait été saisi sur des forces rebelles syriennes en Turquie. (3) Comme dix ans plus tôt lorsque l’Irak était en ligne de mire, nous pouvons observer aux États-Unis un nouveau cas où des impératifs politiques conditionnent le renseignement, et non le contraire.

La seconde annonce voulant que les États-Unis commencent « à fournir [en armes] les rebelles » est tout aussi peu crédible. Comme le Times l’a révélé il y a trois mois, la CIA a facilité un acheminement aérien de 3 500 tonnes d’armes (ou peut-être plus) en faveur des rebelles – l’Arabie saoudite et le Qatar étant au cœur de cette opération. (4)

Le rôle d’intermédiaires joué par ces deux pays reproduit un schéma observé en Bosnie en 2003, et plus particulièrement en Libye en 2011 ; et l’Histoire nous enseigne qu’il sera difficile – voire impossible – d’empêcher que des jihadistes ne s’emparent de ces armes, bien que Washington préférerait éviter cette question. (5) En revanche, il est clair que ces armes amplifieront le massacre sans y mettre fin – un carnage visant plus que jamais les civils, quel que soit le camp d’où provient la violence. (6)

Avec ces manœuvres prudentes, Obama a fait bien moins de concessions que ne le désiraient les faucons, comme le Sénateur républicain John McCain. Dans cette même annonce, Benjamin Rhodes a « tout bonnement exclu l’option d’une zone de non-survol », la stratégie d’« aucun soldat au sol » qui a renversé Kadhafi en Libye. En prenant cette décision, Obama pourrait toujours espérer prévenir la manœuvre russe de fournir à el-Assad des missiles anti-aériens perfectionnés – une démarche qui provoquerait très probablement un engagement militaire israélien, et peut-être même une expansion du conflit vers le Liban et l’Irak.

 

Appuyé par un éditorial dans le New York Times, (7) le secrétaire d’État John Kerry a rencontré au début du mois de mai son homologue russe Sergueï Lavrov. Alors qu’un embargo sur les armes de l’Union européenne devait expirer, ils sont tombés d’accord pour organiser une nouvelle conférence internationale à la fin du mois de mai, dans le but de répondre à la crise syrienne. Cependant, cette conférence fut repoussée et sa tenue reste incertaine, en grande partie du fait que les rebelles de l’ASL – clients favoris de l’Occident dans cette rébellion – ont refusé d’y participer, alors qu’ils sont en train de perdre la guerre.

Kerry et Lavrov se sont rencontrés de nouveau à Paris à la fin du mois de mai, et l’issue de cette rencontre fut cette fois-ci plus préoccupante. En effet, les médias russes ont de nouveau rapporté – avec un optimisme mesuré – qu’une rencontre était en projet, bien qu’étant retardée. (8) En revanche, les médias états-uniens ont ignoré ou minimisé l’idée d’une conférence. Au contraire, ils ont amplement cité Patrick Ventrell, un porte-parole du Département d’État, qui reprocha à Moscou d’avoir annoncé la livraison à la Syrie du S-300, un système sophistiqué de missiles guidés anti-aériens ; et il ajouta que les États-Unis soutiendraient dorénavant l’allègement de l’embargo de l’UE sur les armes. (9)

Depuis qu’il a pris ses fonctions, nous avons pu observer deux caractéristiques dans la politique syrienne d’Obama, qui se compensent mutuellement. La première a été son extrême prudence, et son refus de s’engager précipitamment dans des interventions militaires, comme celle où sont actuellement enlisés les États-Unis en Afghanistan. La seconde a été une tendance à justifier ses tactiques dilatoires par des annonces politiques aux buts abstraits, adaptés seulement pour les gros titres. Ce fut par exemple le cas en août 2011, lorsqu’il déclara de façon catégorique qu’el-Assad devait « quitter le pouvoir ». Ainsi, Obama s’est enfermé dans une position politique à laquelle la Russie n’adhèrera pas, sans se donner les moyens de parvenir à cette issue.

Dans le même temps, aux États-Unis et ailleurs, de nombreux analystes bien informés sur la crise syrienne ont mis en garde que ce conflit – qui est déjà une guerre par procuration opposant l’Iran à la Turquie et aux pays de la Péninsule arabique –, pourrait s’étendre et devenir encore plus menaçant. (10) Cependant, ces analyses ont tendance à ignorer la brutale réalité des hydrocarbures qui pourrait déterminer la chute d’el-Assad, si cette compétition énergétique n’est pas frontalement dénoncée.

En 2010, les réserves pétrolières en Syrie étaient estimées à 2.500.000.000 de barils. Plus important encore, la Syrie est la route terrestre la plus évidente pour tout oléoduc ou gazoduc exportant les hydrocarbures du golfe Persique (incluant l’Iran) vers les nations énergivores d’Europe de l’Ouest. Mais l’oléoduc Kirkuk-Bāniyās, qui acheminait le pétrole brut du champ de Kirkuk (Irak) vers la Méditerranée, fut détruit par des frappes aériennes de l’US Army en 2003 et il ne fut jamais rouvert.

En 2009, le Qatar et la Turquie commencèrent à négocier un nouveau pipeline de gaz naturel à travers l’Arabie saoudite et la Syrie, qui serait relié à Nabucco, un projet de gazoduc traversant la Turquie depuis l’Azerbaïdjan. (11) Cependant, un chemin à travers l’Irak semblait de plus en plus problématique, avec la multiplication des conflits dans cette zone. Parallèlement, selon Oilprice.com, l’Arabie saoudite refusa au Qatar l’utilisation de son territoire, ne laissant à cet émirat qu’une route à travers le sud de l’Irak et la Syrie, pour qu’il «sécurise une nouvelle source de revenus. En Turquie, les pipelines sont déjà construits pour recevoir le gaz. Seul el-Assad y fait obstacle.» (12)

Depuis, le Financial Times a rapporté que «Ces deux dernières années, ce minuscule État riche en gaz qu’est le Qatar a dépensé jusqu’à 3 milliards de dollars pour soutenir la rébellion en Syrie, bien plus que n’importe quel autre gouvernement. […] [S]on soutien financier pour la révolution devenue une guerre civile sournoise éclipse totalement le soutien occidental pour l’opposition.» (13)

Le site bien informé ZeroHedge.com a commenté que cet investissement considérable était, «comme c’est si souvent le cas au Moyen-Orient, […] encore une fois uniquement motivé par les ressources naturelles.» (14)

Le champ gazier North Dome du Qatar, situé au milieu du golfe Persique, ne fait qu’un avec le champ South Pars d’Iran, et ils constituent ensemble le plus grand champ gazier du monde. En 2011, el-Assad rejeta un ultimatum du Qatar. Au contraire, il se mit d’accord avec l’Iran et l’Irak pour construire un nouveau gazoduc entre l’Iran et la Syrie, qui transfèrerait le gaz naturel vers la mer Méditerranée depuis le champ iranien South Pars plutôt que depuis le North Dome du Qatar. (15) (N’oublions pas que des défis de cette ampleur contre l’hégémonie du pétrodollar US avaient été lancés par Saddam Hussein puis par Mouammar Kadhafi, avec des conséquences fatales tant pour leurs régimes que pour leurs vies.) (16)

Comme Pepe Escobar l’a commenté, «La raison centrale (mais inavouée) de l’obsession du Qatar pour un changement de régime en Syrie est d’anéantir le pipeline [de gaz naturel] de 10 milliards de dollars [projeté par] l’Iran, l’Irak et la Syrie, qui ont conclu cet accord en juillet 2011. Il en va de même pour la Turquie, car ce gazoduc éviterait Ankara, qui s’affiche perpétuellement comme le carrefour énergétique incontournable entre l’Orient et l’Occident.

Il est crucial de se rappeler que ce gazoduc Iran-Irak-Syrie est […] une abomination pour Washington. […] La différence est que, dans le cas présent, Washington peut compter sur ses alliés du Qatar et de la Turquie pour saboter intégralement cet accord.» (17)

L’un des grands inconvénients des politiques étrangères clandestines est que des décisions cruciales ayant des répercussions mondiales sont confiées à des cowboys va-t-en-guerre. Ces derniers sont peu contrôlés, et ils sont encore moins préoccupés par les conséquences de leurs actions déstabilisantes sur le long terme. Nous avons pu l’observer deux décennies plus tôt, lorsque la CIA aida l’ISI pakistanais – collaborant avec le jihadiste salafiste Hekmatyar – à renverser le gouvernement relativement modéré de Mohammed Najibullah en Afghanistan, qui était resté en place après le retrait des soviétiques. L’Agence avait alors contourné le Département d’État.18

L’ancien ambassadeur Peter Tomsen a écrit des mémoires éloquentes, The Wars of Afghanistan, au sujet de cette tragédie peu admise, de laquelle ont découlé à la fois le 11-Septembre et une guerre que les États-Unis sont encore en train de combattre :

«Le sous-secrétaire aux Affaires politiques Robert Kimmitt et moi-même avons tenté de faire disparaître le fossé entre le Département d’État et la Direction des opérations de la CIA sur la politique afghane. J’ai rencontré à deux reprises le directeur adjoint de la CIA Richard Kerr afin de régler nos divergences. Mais l’Agence persista à soutenir les attaques militaires de l’ISI contre Kaboul, qui visaient à remplacer Najib[ullah] par Hekmatyar. […] Chacun de leur côté, le Département d’État et la CIA agissaient pour remplir des objectifs contradictoires. Ce fut une certaine recette vers la paralysie et l’échec politique final.» (19)

En l’absence d’un changement significatif, nous pouvons anticiper la répétition de cette tragédie en Syrie – soit le fait que la CIA, avec la complicité de l’Arabie saoudite et du Qatar, facilite le transfert d’armes à des jihadistes sunnites, tandis que les responsables du Département d’État tentent de parvenir à une résolution pacifique de cette crise avec leurs homologues russes.

La solution alternative à cette situation serait une nouvelle conférence de Genève, que les diverses factions rebelles soient présentes ou non, mais avec la nécessaire participation du Qatar et de deux autres pays exclus de la précédente conférence : l’Iran et l’Arabie saoudite. Toutes ces nations sont déjà parties au conflit et, comme le reste du monde, elles ont des intérêts légitimes que la paix serait mieux à même de satisfaire. (20)

 

Peter Dale Scott (

(Traduction : Maxime Chaix, Article original : Peter Dale Scott, «Washington’s Battle Over Syrian Foreign Policy: Will Hawks Or Doves Prevail?», The Asia-Pacific Journal, Volume 11, Issue 24, N°1, 17 juin 2013.-

Notes

1). « U.S. Is Said To Plan To Send Weapons to Syrian Rebels », New York Times, 14 juin 2013.

2). «U.N. has testimony that Syrian rebels used sarin gas: investigator», Reuters, 5 mai 2013. Cf. BBC, 6 mai 20913. À cette époque Jay Carney, le porte-parole de la Maison Blanche, déclara que «Nous sommes très sceptiques devant toute suggestion indiquant que les rebelles aient utilisé des armes chimiques», Guardian (Londres), 6 mai 2013.

3). « Turkey finds sarin gas in homes of suspected Syrian Islamists – reports », RT, 30 mai 2013.

4). C.J. Chivers and Eric Schmitt, « Arms Airlift to Syria Rebels Expands, With Aid From C.I.A. », New York Times, 24 mars 2013.

5). Peter Dale Scott, « La Bosnie, le Kosovo et à présent la Libye : les coûts humains de la collusion perpétuelle entre Washington et les terroristes », Mondialisation.ca, 17 octobre 2011. Cf. Jason M. Breslow, «Can the U.S. Keep Its Weapons From Extremists in Syria ?», FRONTLINE, PBS, 14 juin 2013 : «Dans ce pays, comme l’a rapporté FRONTLINE dans [son documentaire] The Battle for Syria, les rebelles sont devenus de plus en plus islamistes et extrémistes, l’administration craignant ainsi que des armes US puissent tomber dans de mauvaises mains. À l’avenir, le défi serait d’éviter la réalisation un tel scénario, une tâche que la plupart des experts considèrent comme difficile, pour ne pas dire impossible. »

6). Dana El Baltaji, « Syria Rebels Threaten to Wipe Out Shiite, Alawite Towns », Bloomberg.com, 21 mai 2013 : «Selon des forces rebelles, les localités peuplées par des musulmans chiites et par la minorité alaouite dont est issue le Président Bachar el-Assad seront ‘rayées de la carte’ si la ville stratégique de Qousseir – située au centre de la Syrie – était reprise par les troupes gouvernementales. ‘Nous ne le souhaitons pas, mais ce sera une réalité imposée à tout le monde’ déclara hier sur la chaine de télévision Al-Arabiya le colonel Abdel-Hamid Zakaria, un porte-parole de l’Armée Syrienne Libre en Turquie [, issu de la faction que le Sénateur John McCain a rencontré le mois dernier]. ‘Ce sera une guerre interconfessionnelle brutale et sanglante jusqu’à la fin.’»

7). [L’ancien Ambassadeur] Daniel C. Kurtzer, « Obama Can’t Go It Alone in Syria », New York Times, 2 mai 2013 : «Construire une coalition internationale d’États – particulièrement avec la Russie, l’Égypte, l’Arabie saoudite et le Qatar – est la seule option stratégique viable pour les États-Unis. Sans une telle coalition, une intervention se soldera par un échec. Et sans une telle coalition, les États-Unis doivent rejeter l’option d’une intervention militaire unilatérale en Syrie.»

8). «Take two: Lavrov, Kerry working to broker redo of Syria peace conference», RT, 27 mai 2013.

9). « US supports EU easing of Syria arms embargo », AFP, 28 mai 2013 ; UPI, 29 mai 2013.

10). Voir par exemple David Bromwich, «Stay Out of Syria!», New York Review of Books, 20 juin 2013. M K Bhadrakumar pose le problème plus concrètement, son regard tourné vers un conflit entre les États-Unis et la Russie : «En somme, la décision capitale d’Obama visant à intervenir militairement en Syrie – qui pourrait bien lancer une nouvelle guerre froide – est une manœuvre désespérée de diversion, alors que son administration est profondément empêtrée dans le scandale Snowden. L’édifice moral tout entier sur lequel Obama a construit sa présidence, et les valeurs qu’il a placées au cœur de son ‘audace d’espérer’ lorsqu’il commença sa longue marche vers la Maison Blanche il y a 5 ans – transparence, responsabilité, légitimité, multilatéralisme, consensus –, s’avèrent aujourd’hui n’être qu’un tas de mensonges.» (« Obama’s Monica Moment », Asia Times, 14 juin 2013).

11. «Qatar seeks gas pipeline to Turkey», TheNational.ae, 26 août 2009. Cf. PipelinesInternational.com, mars 2010 : «La Turquie est en négociations pour discuter du développement du gazoduc Qatar-Turquie. Ce pipeline relirait Doha à Istanbul, une distance d’environ 2 500 km. Il acheminerait du gaz qatari vers la mer Méditerranée, traversant l’Arabie saoudite, la Jordanie et la Syrie, et il pourrait se connecter au gazoduc Nabucco, qui est en projet.».

12). Felix Imonti, « Qatar: Rich and Dangerous », Oilprice.com, 17 septembre 2012.

13). Financial Times, 16 mai 2013.

14). «Mystery Sponsor Of Weapons And Money To Syrian Mercenary “Rebels” Revealed», ZeroHedge.com, 16 mai 2013.

15). «Islamic Pipeline States Meet in Baghdad», Tehran Times, 14 juin 2013.

16). Peter Dale Scott, « La guerre en Libye, le pouvoir américain et le déclin du système des pétrodollars », Mondialisation.ca, 1er mai 2011.

17). Pepe Escobar, «Iran, Pakistan, Syria, Qatar: Pipelineistan at work», RT, 14 avril 2013.

18). Pour un récit terrifiant, voir Steve Coll, Ghost Wars, pp.173-214.

19). Peter Tomsen, The Wars of Afghanistan, p.422.

20). Zbigniew Brzezinski a intelligemment proposé que d’autres nations ayant des intérêts énergétiques dans le golfe Persique – dont la Chine et le Japon – devraient aussi être invitées à participer à cette conférence internationale (PBS News, 14 juin 2013).

http://www.dedefensa.org/article-la_politique_syrienne_de_washington_faucons_contre_colombes_18_06_2013.html

BHO choisit un antidépresseur massif pour sa dépression syrienne

Nous avons constaté ces derniers temps l’humeur dépressive (voir le 11 mai 2013) des USA et du bloc BAO vis-à-vis de la Syrie, notamment avec les doléances sévères de John Kerry (voir le 5 juin 2013) concernant la politique syrienne des USA depuis qu’a éclaté la crise en Syrie. Nous ne pourrons alors que constater que la nomination de Susan Rice à la tête du National Security Council (avec le complément de la nomination de Samantha Power comme ambassadrice des USA à l’ONU) peut se comparer à la prise d’un antidépresseur massif et brutal pour soigner cette “dépression syrienne”. Comme chacun sait, l’antidépresseur est une chose à utiliser avec prudence, sous surveillance médicale, et comme on devrait le conclure, le choix d’Obama apparaît pour le moins imprudent et dangereux, – à moins qu’il se soit trompé, qu’il ait pris l’Ecstasy pour un antidépresseur ? A moins qu’il s’en foute, d’ailleurs…

Rice a été ambassadrice des USA à l’ONU jusqu’à la vilaine affaire de Benghazi, qui a entraîné sa démission. Elle a été, à l’ONU, avec une constance rare, une représentante des USA agressive, parfois insultante, en général hystérique et utilisatrice déterminée d’une affectivité maquillée de beaux diplômes universitaires, enfin parfaite clone d’Hillary Clinton au sein du Conseil de Sécurité. Elle s’est notamment illustrée par des attaques insultantes contre la Russie. Power, qui va à l’ONU, est très proche de Rice, notamment dans ses conceptions humanitaristes qui font d’elle, comme Hillary-Rice, une liberal hawk ou une humanitarian hawk, au choix. (Mark Landkler, du New York Times, le 6 juin 2013 : «Ms. Power, who has written extensively about genocide, is closely allied with Ms. Rice on human rights issues.») Si on ajoute à ce duo la présence de Victoria Noland au département d’État après une rapide éclipse, passant du poste de porte-parole à celui, plus efficace et plus important, de directrice des affaires européennes et eurasiatiques (voir le 28 mai 2013), on arrive à un étrange trio de harpies déchaînées qui rappelle celui des années précédentes (Hillary-Noland-Rice) … Étrange, veut-on dire, par rapport à l’inflexion que John Kerry veut donner à la politique US, à sa critique quasi-inflexible de tout ce qui a précédé, qui fut enfanté effectivement par le même trio.

Eric Draitser, analyste géopolitique à New York, donne un commentaire à Russia Today, le 5 juin 2013. Il mentionne certaines raisons politiciennes et intérieures de la nomination de Rice, puis les conséquences extérieures évidentes…

«First and foremost, it allows the President to present himself as oppositional to Republicans, as a Democrat willing to stand his ground and defend one of his own against political and personal attacks. This point is not to be underestimated as President Obama continues to be accused by principled progressives of collusion and collaboration with Republicans on deficit reduction, cuts to vital social programs and other austerity-related policies. Essentially, Obama is able to use Rice as a shield, deflecting attention away from his destructive economic and political policies in favor of the much more manageable “controversy” about Susan Rice.

»Additionally, by keeping Rice within the top leadership of the administration, Obama also is able to create the false dichotomy between African-American woman Susan Rice, and the almost entirely white male Republican Party. In so doing, Obama insulates himself and his administration further by adding the socio-cultural element into the equation; Obama forces white male Republicans to attack Rice and consequently, left liberals to defend her. This kabuki theater politics has typified the clever tactics of the current administration: playing to its strengths by using the Republicans as a foil.

»Of course, what should not be lost on readers is the fact that not one of the “harshest” attacks on Susan Rice has ever questioned the fundamental thinking that underlies her entire world-view: that the United States must use military force, hegemony, and coercion to maintain and expand its imperial posture and protect the interests of Wall Street, London, and the multinational corporations. Obama’s appointment of Rice is far more than a “defiant gesture,” it is a validation and ringing endorsement of the “humanitarian war” and “Responsibility to Protect (R2P)” doctrine espoused by Rice since the Clinton administration. It is an unequivocal affirmation of the “righteousness” of US-NATO’s savage war on Libya and continued destabilization and subversion of Syria. It is the proclamation of a continued and sustained neo-colonial presence in Africa. It is here that we can clearly identify the true significance of this appointment. »

Draitzer cite ces mots de Landler, dans l’article du NYT déjà référencé, où il est rappelé que Rice ne devra pas passer devant le Sénart pour confirmation de sa nomination : «It is also a defiant gesture to Republicans who harshly criticized Ms. Rice for presenting an erroneous account of the deadly attacks on the American mission in Benghazi, Libya. The post of national security adviser, while powerful, does not require Senate confirmation.» Landler, lui, cite ces mots d’Obama, lors de sa présentation de la nomination de Rice, – qui marquent un étrange contrepoint des déclarations dépressives de Kerry (mais entendent également signifier aux républicains qu’ils n’ont aucune chance contre lui s’ils entendent le critiquer, comme ils l’ont fait ces derniers jours, pour sa prétendue “mollesse” en politique extérieure type-interventionnisme humanitaire) : «With her background as a scholar, Susan understands that there’s no substitute for American leadership. She is at once passionate and pragmatic. I think everybody understands Susan is a fierce champion for justice and human dignity, but she’s also mindful that we have to exercise our power wisely and deliberately.»

Le florilège de Rice comme ambassadrice des USA à l’ONU est connue et relève effectivement, lorsqu’il s’est agi du veto russo-chinois du 4 février 2012, d’une dialectique proche de l’insulte que les Russes n’ont certainement pas oubliée. Le 5 février 2012w, Rice faisait ces déclarations à la radio nationale NPR : «Russia and China blocked a U.N. Security Council resolution that would have condemned the Syrian government for attacks against civilians. U.S. Ambassador Susan Rice said the United States was “disgusted” by the double veto.

»“The international community must protect the Syrian people from this abhorrent brutality,” she said Saturday. “But a couple members of this council remain steadfast in their willingness to sell out the Syrian people and shield a craven tyrant.” “We’ll have to see if Russia and China, when they feel the full weight of the outrage of response to their actions in the region and in Syria, change course,” she says. “And if they don’t, we will certainly look at every means at our disposal to increase pressure on Assad. His days are numbered. There’s no question that this regime cannot endure. The only question is how many people will die before it ends.”»

Quelques mois plus tard, elle se signalait encore, après un nouveau veto russo-chinois, par son affirmation que les USA devaient suivre une voie absolument illégale selon les lois internationales, pour accomplir leur grande politique humanitaire (sur Alternet.org, le 21 juillet 2012 : «In the wake of the Russian and Chinese veto, US Ambassador to the UN Susan Rice said Washington would “intensify” its efforts “outside the Security Council” to bring pressure to bear on Assad, and assist “those in need.”»

Au vu de ces divers éléments, on est en droit de s’interroger sur la substance et l’orientation réelles de la politique des USA, si effectivement il y a orientation et substance. La nomination de Rice-Powell signifie-t-elle un durcissement de la politique syrienne d’Obama, et un acte que les Russes jugeront peu encourageant, sinon inamical ? Certes, on pourrait le penser et l’on ne s’en privera pas, en relevant aussitôt que la chose se produit au moment où Kerry reconnaît qu’il n’y a d’autre voie que celle de la diplomatie, qu’il faut arriver à réunir la conférence Genève-II, ce qui requiert la pleine coopération des Russes ; au moment, encore, où la Maison-Blanche ne cesse d’accueillir les nouvelles concernant l’usage du chimique par des fins de non-recevoir en affirmant que les preuves sont insuffisantes, pour ne pas se laisser entraîner dans l’amorce d’un engagement dans un processus d’intervention ; au moment où l’allié turc, si nécessaire pour son rôle dans l’usine à gaz des “Amis de la Syrie”, se trouve dans la situation qu’on sait…

Cela observé avec une consternation sans trop de préoccupation, tant la décision d’Obama s’inscrit bien, après tout et pour juger de plus haut, dans l’inconsistance entropique de la politique du bloc BAO, il ne faut pas du tout négliger l’aspect intérieur mis en évidence par Landler et repris par Draitzer. Il est très possible qu’il y ait une fine manœuvre d’Obama dans la volonté d’affronter, éventuellement de lancer une contre-offensive en direction des républicains par un mélange de provocation (Rice considérée comme une des principales fautives-coupables dans l’affaire de Benghazi) et de surenchère (Rice-Power, super-humanitarian hawks). On jugerait alors que cela pourrait diviser ces mêmes républicains, – les super-humanitarian hawks du type McCain-Graham pouvant après tout préférer abandonner l’affaire de Benghazi que le parti républicain tente d’exploiter au maximum contre Obama, pour ne pas affaiblir l’administration Obama au moment où le couple Rice-Power pourrait être soutenue pour faire pression, pour une politique agressive en Syrie. On en déduirait également qu’Obama est prêt à faire beaucoup de choses pour éviter qu’on poursuivre la guérilla dans le cadre des divers éléments du Scandalgate

“Cela observé avec…”, etc., on rappellera finalement que tous ces sapiens divers qui s’agitent ne peuvent pas grand’chose, et pas plus un discours pompeux d’Obama sur le «no substitute for American leadership», pour changer la vérité de la situation en Syrie et alentour (laquelle est reconnue par Kerry, et proclamée par les militaires US). Les USA ne sont pas plus puissants avec Rice-Power et les forces armées restent au niveau qu’on perçoit à l’ombre de la séquestration, les rebelles n’en sont pas moins en position de retraite, les Turcs plongés dans le désordre et ainsi de suite. Par contre, l’arrivée du duo Rice-Power devrait encore plus convaincre Assad et ses alliés divers, notamment du Hezbollah, qu’il importe plus que jamais de pousser leur avantage. C’est-à-dire que nous ne sommes plus à l’époque où l’on faisait la politique qu’on voulait, en y créant les événements à mesure, mais celle où l’on ne peut faire que la politique qui est permise par des événements que plus personne ne contrôle et qui prennent un tour de plus en plus inquiétant pour “les Amis de la Syrie”.

Un dernier point à observer avec la nomination de Rice, c’est de constater qu’elle recèle une réelle aggravation des relations USA-Russie. La personnalité et le curriculum vitae de Rice, avec les insultes onusiennes, en sont une des causes ; une autre, plus précisément, est sa nouvelle position à la tête du NSC. C’est par ce canal qu’il contrôlait bien, avec Tom Donilon, qu’Obama a tenté ces derniers mois de lancer une “diplomatie personnelle” d’entente et d’accommodement avec Poutine. Donilon servait de relais de cette politique du côté US, et les Russes n’y avaient rien à redire… Peut-on voir, et croire que Rice jouerait ce rôle à la complète satisfaction des Russes ? On ne serait pas étonné si les Russes, et Poutine-Lavrov précisément, voyaient la nomination de Rice, dans ce cadre en plus de celui de la Syrie, comme un développement incompréhensible et irrationnel pour eux, et de toutes les façons hostile, qui enterre par avance toute possibilité de cette sorte d’accord que recherche Obama.

Le résultat net de l’opération est donc un peu plus d’impuissance, un peu plus de paralysie, un peu plus de désordre et de politique extérieure réduite à l’état de bouillie de chats, un peu plus de probabilité d’aggravation de la situation de désordre en Syrie et alentour, un peu plus de possibilités de heurt avec les Russes, un peu plus de discrédit des USA… On y ajoutera la possibilité, également, de désaccords au sein du gouvernement US, où ni Kerry, ni les militaires n’apprécieront nécessairement l’arrivée de Rice. Par contre, le ministre français Fabius, une fois informé par une petite fiche ou l’autre d’un de ses experts, y verra confirmation de son audace et de sa sagesse.

 

Mis en ligne le 6 juin 2013 à 09H49

http://www.dedefensa.org/article-bho_choisit_un_antid_presseur_massif_pour_sa_d_pression_syrienne_06_06_2013.html

Le sénateur McCain venu encourager ses soldats en Syrie

McCain en Turquie, peu de temps avant son entrée en Syrie

McCain en Turquie, peu de temps avant son entrée en Syrie

Tout le monde croit que McCain avait perdu les élections il y a 5 ans et que c’était Obama qui les avait gagnées. Eh bien, non. Obama n’est qu’un figurant. Avec son ‘’Yes we cain’’, les vrais maîtres sont ailleurs. Ce sont entre autres un Dick Cheney qui lui intime l’ordre de laisser tomber Guantanamo, ou un McCain qui conduit les guerres et les subversions étatsuniennes à l’extérieur.

Mc CaïnPendant que l’administration Obama cherche des solutions pour s’en sortir en Syrie, McCain a déjà sa solution. Paix ou pas, accords ou pas accords, il veut en découdre jusqu’au bout.  Son armée, il l’a déjà sur place. Malgré la raclée qu’elle subit, elle reste hautement nocive. Apparemment il n’est pas question pour son clan de déposer les armes. C’est, en tout cas, ce que semble vouloir dire sa petite visite secrète en Syrie, via la Turquie, et sa rencontre (secrète, elle aussi) avec des personnalités de l’ASL. Qu’espère-t-il ? Ses mercenaires ont déjà tout ce qu’il faut : armes, argent, logistique. Malgré cela, ils boivent la tasse. S’ils continuent, ils seront décimés jusqu’au dernier.  Mais, de cela, il s’en fout. Il ne veut peut-être même pas gagner la guerre. Il voudrait juste qu’elle soit sans fin, quitte à aller chercher des mercenaires  à l’autre bout du monde. Alors il est venu remonter le moral de ses boys barbus, comme au bon vieux temps de son Vietnam. Il est venu leur promettre plus d’armes, plus d’argent et plus de logistique, tout ce qu’ils demanderont, mais pourvu qu’ils tiennent.

Finalement, peut-être bien que le monde l’a échappé belle, il y a 5 ans, lors de l’élection d’Obama.

Avic

http://avicennesy.wordpress.com/2013/05/29/le-senateur-mccain-venu-encourager-ses-soldats-en-syrie/

Syrie : La bataille de Qousseir, un tournant dans la guerre ?

Dans cette ville stratégique pour les livraisons d’armes aux rebelles en provenance du Liban, l’implication du mouvement chiite libanais Hezbollah pourrait servir à convaincre l’opposition que l’option armée est une impasse.

Les combats qui se déroulent dans la ville de Qousseir et ses alentours pourraient représenter un tournant dans la crise syrienne. Et pas seulement militairement. Certes, il s’agit d’une localité stratégique du centre de la Syrie. Comme le fait remarquer Bassam Abou Abdallah, directeur du Centre de Damas pour les études stratégiques : « Qousseir était la route d’approvisionnement la plus dangereuse pour le régime en raison de sa localisation au centre du pays et sa proximité avec le Liban. Sa prise portera un coup très dur, notamment aux rebelles. » En ce sens, une victoire de l’armée régulière aurait un impact psychologique non négligeable pour la troupe en même temps qu’elle pourrait regagner la confiance d’une partie de la population. Non pas que celle-ci se mette à adouber le régime toujours en place. Mais les signes sont de plus en plus fréquents d’une rupture entre les habitants et les groupes islamiques armés qui veulent imposer leur loi (lire l’encadré).

Ce qui est particulièrement nouveau, et donc politiquement très important, est la reconnaissance par le mouvement chiite libanais Hezbollah de son implication dans les combats sur le sol syrien. Al Manar, la télévision du Hezbollah, a diffusé des images montrant des centaines de personnes participant, lundi, aux funérailles de cinq membres du mouvement chiite « qui accomplissaient le devoir de djihad ». La télévision n’a pas précisé où ils avaient été tués, mais une source proche du mouvement dirigé par Hassan Nasrallah a révélé à l’AFP que la majorité de ses morts (on parle de plus de trente tués) l’avaient été par des engins piégés posés par les insurgés pour freiner l’avance du Hezbollah. Cette même source a précisé que de nouvelles troupes avaient été dépêchées pour combattre à Qousseir.

Un engagement qui pourrait évidemment changer la donne quand on connaît la puissance combattante de ce groupe. Pour Waddah Charara, professeur de sociologie à l’université libanaise, le Hezbollah libanais est impliqué dans « la bataille, car cette ville est la porte par laquelle passent les hommes et l’armement vers le nord du Liban et du nord du Liban vers la Syrie ». Or, explique l’auteur de l’État Hezbollah, « Tripoli est un bastion de l’opposition sunnite au Liban et en fermant cette porte il affaiblit ses principaux adversaires libanais, d’où l’importance de la prise de la ville ».

En vue de la conférence de Genève

Cependant, pour Bassam Abou Abdallah, l’opération militaire s’inscrit en vue de la conférence internationale prévue en juin à Genève. « Elle vise à convaincre les autres parties (l’opposition et les rebelles) que l’option militaire ne pourra pas réussir. » De son côté, le quotidien syrien Al-Watan, considéré comme proche du pouvoir, titrait en une : « Le drapeau syrien hissé sur les bâtiments gouvernementaux à Qousseir, la Turquie enflamme le front nord d’Alep avant la conférence internationale ».

On comprend mieux pourquoi, à la demande du Royaume-Uni, l’Union européenne envisage de mettre la branche armée du Hezbollah sur la liste des organisations terroristes. Pour sa part, le président américain, Barack Obama, a exprimé auprès du président du Liban, Michel Sleimane, ses inquiétudes sur la présence du Hezbollah en Syrie. Quant au premier ministre turc, Erdogan, 
il a dénoncé, sans rire, 
« l’intervention étrangère » du Hezbollah en Syrie !

Enlèvements et meurtres islamistes  L’avocat Abdoullah Al Khalil, militant des droits de l’homme, qui se trouve à la tête du conseil municipal de Raqa, a été enlevé, dimanche, par un groupe armé, alors qu’il quittait les locaux du conseil municipal. Les troupes du régime ne sont pas entrées depuis mars dans Raqa, première et seule capitale provinciale à être tombée aux mains des rebelles depuis le début de la révolte populaire contre le président Bachar Al Assad, en mars 2011. Un militant à Raqa a accusé des islamistes radicaux, refusant de se retirer de secteurs résidentiels de la ville, d’être derrière le rapt, « quelques jours avant de nouvelles élections du conseil municipal ». Il a précisé que plusieurs autres personnalités locales avaient été enlevées ou tuées récemment dans le secteur. « Auparavant, les gens aimaient (les groupes rebelles islamistes) Ahrar al-Sham et al-Nosra. (Mais) maintenant, ils nous volent notre pays », a-t-il dénoncé, en faisant par ailleurs état de tensions et de rivalités entre ces groupes.

Pierre Barbancey

http://www.humanite.fr/monde/la-bataille-de-qousseir-un-tournant-dans-la-guerre-541990

Pour Jeremy Salt, une seule option en Syrie: la victoire de l’armée et du gouvernement syriens

On connaît Jeremy Salt sur ce blog. Salt a la particularité d’être un universitaire américain, spécialiste du Moyen Orient, qui enseigne dans une université turque !

Son point de vue sur la Syrie est donc particulièrement autorisé.

Quand je dis point de vue, je ne parle pas d’opinions alimentées par les informations très partielles ou déformées et la conception qu’on a du bien et du mal. Pas besoin d’avoir fait des études pour ça, et ce mode de construction de l’opinion est précisément le pain quotidien des propagandistes et des politiciens habiles à manipuler les foules.

Un vrai point de vue est d’abord un point de vue informé qui est le résultat d’une mise en relation pertinente des informations importantes, c’est-à-dire qui définit l’objet sur lequel porte le point de vue parce que cet objet n’est pas un donné à priori.

Pour Jeremy Salt, sauf évènement imprévu, le conflit syrien tire vers sa fin.

Il tire à sa fin militairement par la victoire qui se dessine de l’armée gouvernementale.

Image

Samedi 19 mai l’armée syrienne a investi le centre d’al Qussayr

Il tire aussi à sa fin politiquement du fait de l’implosion de l’opposition d’une part et du choix fait par les Etats Unis d’une sortie de crise négociée avec la Russie.

Cette crise syrienne aura permis de voir quelles sont les puissances qui comptent en ce moment sur la scène internationale avec le retour prévisible de la Russie au premier plan et l’irruption de la Chine.

Si les Etats Unis restent, c’est évident, un acteur majeur (le plus important) on aura par contre pu constater la vanité de puissances comme la France ou la Grande Bretagne qui, peinant à suivre les orientations de leur maître de Washington, sont soit en retard, soit en avance d’un retournement de veste. Ainsi de cette dernière sortie du gouvernement français qui prétend interdire à l’Iran de participer aux négociations sur la Syrie.

Pathétique de la part d’un gouvernement français qui a longtemps cru qu’il pourrait procéder en Syrie comme il l’a fait en Libye alors qu’il n’aurait rien pu faire en Libye (et a Mali non plus) sans le soutien politique et militaire des Etats Unis.

Un gouvernement français qui n’a cessé de mettre de l’huile sur le feu en Syrie alors que les autorités iraniennes ont pris soin d’ouvrir leurs portes à toutes les parties.

La crise syrienne: L’Option

By Jeremy Salt à Ankara, The Palestine Chronicle 18 mai 2013 traduit de l’anglais par Djazaïri

Alors que toutes les options sont censées être toujours sur la table, Barack Obama s’éloigne clairement de l’éventualité d’une implication plus profonde en Syrie maintenant qu’il est évident que rien,  à part une intervention  militaire directe, ne fera tomber le régime de Damas. Au cours des derniers mois seulement, les groupes armés ont perdu des milliers d’hommes. Même si  le conflit va perdurer un certain temps encore, l’armée syrienne est en train de réduire progressivement l’insurrection.

Ceux qui sont derrière cette aventure sont en plein désarroi. Comme le Conseil national syrien avant elle, la Coalition nationale syrienne a implosé. Muadh al Khatib [ex chef de la coalition] est maintenant une voix en marge. Ghassan Hitto [en passe d’être limogé] est la seule personne au monde à être premier ministre d’un comité. Ces personnes sont une cause complètement perdue.

Dans le monde réel, et non pas le monde des illusions, on est horrifié par la vidéo qui montre un chef «rebelle» arracher  le coeur du corps d’un soldat mort et  mordre dedans. Ou peut-être étaient-ce les poumons ou le foie. Si les médias semblent hésiter là-dessus, ils semblent considérer important assez important de savoir de quel organe il s’agit exactement. Loin de nier cet acte sanguinaire, son auteur l’a revendiqué avant de se vanter de la façon dont il avait découpé en morceaux le corps de shabiha [shabiha : désignation habituelle des milices pro gouvernementales] faits prisonniers.

Le cannibalisme semble être une première mais sinon, il n’y a pas grand chose que les psychopathes des groups armés n’ont pas encore fait en Syrie. Mais peut-être ne doit-on pas appeler  psychopathes les gens qui font ce genre de choses ? Ce sont après tout exactement le genre de personnes qu’il faut pour faire une guerre aussi sauvage. La soi-disant Armée Syrienne Libre (ASL)a dit qu’elle  allait rechercher l’homme qui a découpé le cœur du soldat. Très bien. Elle pourrait aussi partir à la recherche des égorgeurs et des ‘rebelles’ qui ont décapité des gens.

Elle pourrait aussi traquer les homes qui ont tué des fonctionnaires avant de balancer leurs corps du tout du bureau de poste à Al Bab. Elle pourrait pourchasser leurs frères d’armes qui ont visé délibérément des civils avec des voitures piégées. Elle pourrait aussi traquer les assassins de l’imam et des 50 fidèles de la mosquée de Damas et elle pourrait pourchasser tous les violeurs et tous les ravisseurs, dont les Tchétchènes qui ont enlevé deux évêques  qui restent détenus à Alep tandis que les dirigeants Chrétiens des gouvernements occidentaux regardent ailleurs. Dans cette traque de tous les individus qui ont sali sa glorieuse réputation, l’ASL n’aura pas à aller chercher bien loin parce que beaucoup d’entre eux viennent de ses propres rangs. Ce ne sont pas les preuves qui manquent. Les médias regorgent de séquences vidéos sanguinolentes à la gloire des hauts faits de ces hommes qui sont fiers de leur bravoure et veulent la donner à voir au monde. Ce sont ces gens que le Qatar et l’Arabie Saoudite ont armés et financés pour prendre le contrôle de la Syrie.

Telle est la réalité derrière le récit bidon qu’ont refilé les médias pendant les deux dernières années. Les médias ont régurgité tous les mensonges et toutes les exagérations des ‘activistes’ et du soi-disant Observatoire Syrien des Droits de l’Homme (OSDH), selon qui la chute du ‘régime’ syrien était imminente et toutes les atrocités étaient du fait de l’armée syrienne. A l’exception de quelques reportages récemment publiés par Robert Fisk, pratiquement aucun média grand public n’a rapporté les combats vus de la perspective du gouvernement syrien et de son armée. Les journalistes passaient les frontières avec les groupes armés et rapportaient uniquement leur version des événements. C’est comme compter sur les journalistes ‘embedded’ avec l’armée des Etats Unis pour avoir un récit fiable de ce qui se passait en Irak. Et, encore comme en Irak, la même propagande se répète au sujet des armes chimiques.

La réalité devait finalement l’emporter. Ce n’est pas le ‘régime’ ou l’armé qui sont sur le point de s’effondrer mais l’insurrection. Seule une intervention militaire directe peut la sauver et, au vu des succès de l’armée syrienne et du ferme soutien apporté par la Russie au gouvernement syrien, elle est extrêmement improbable. Obama est exhorté à ‘faire plus’ mais il ne semble guère montrer d’inclination à se laisser aspirer plus avant dans ce bourbier. Les autres ne feront rien sans les Etats Unis à leur tête. L’Allemagne est opposée à une implication et l’Autriche a déclaré que fournir des armes aux ‘rebelles’, ce que la Grande Bretagne voulait faire, quand l’embargo de l’UE arrivera à terme le 31 mai, serait une violation du droit international.

Cette semaine, les projecteurs se sont tournés vers le Premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan, avec son voyage à Washington pour discuter de la Syrie avec Barack Obama. La Turquie a joué un rôle central dans l’évolution du conflit syrien. L’Arabie saoudite, le Qatar et la Libye ont fourni l’argent et les armes, mais c’est la Turquie qui a ouvert son territoire à la mobilisation des hommes armés qui passent la frontière pour faire tomber le «régime». Erdogan n’a pas reculé d’un pouce de la position qu’il a prise contre Bachar al Assad il ya plus de deux ans. Le seul cas démontré d’une attaque à l’arme chimique à été celle faite avec un mélange à base de chlore placé dans une ogive et tiré sur un barrage de l’armée syrienne à Khan al Assal, tuant un certain nombre de soldats et de civils. Erdogan, cependant, maintient que c’est l’armée syrienne qui a utilisé des armes chimiques et, ce faisant, a franchi la ligne rouge tracée par Obama. »Interrogé peu avant son départ pour Washington pour savoir s’il soutiendrait la mise en place d’une zone d’exclusion aérienne, il a répondu:« Nous dirions oui tout de suite ».

La semaine dernière, des voitures bourrées de plus d’une tonne de C4 et de TNT ont explosé dans la ville frontalière de Reyhanli dans la province de Hatay. Au moins 51 personnes ont été tuées. Les destructions ont été énormes. L’immeuble de la mairie et des dizaines de commerces ont été rasés. Dans les heurs qui ont suivi l’attentat, des voitures immatriculées en Syrie ont été détruites et des réfugiés Syriens ont été attaqués par des habitants fous de rage. Tout en s’affairant autour des décombres, ils maudissaient Erdogan. Cet attentat atroce suivait un modus operandi familier aux Syriens : une bombe explose suivie d’autres une fois que les gens se sont rassemblés atour du lieu de la première, ce qui permet de maximiser nombre de victimes.

En dépit des accusations du gouvernement turc pour qui l’attentat est l’oeuvre d’une organisation terroriste collaborant avec les services secrets syriens, seuls les groups armés ou un des gouvernements qui les soutient pouvait avoir un mobile evident de commettre ce crime. L’armée syrienne est en train d’écraser l’insurrection, le conseil des «traîtres» basé à Doha a implosé et les Russes et les Américains se sont assis pour discuter. L’attentat était clairement conçu pour attirer la Turquie à entrer directement dans le conflit de l’autre côté de la frontière.

L’attentat de Reyhanli est intervenu une semaine après qu’Israël a lancé une série d’attaques aériennes sauvages contre la Syrie. Ce n’était pas une frappe avec un seul missile. Deux attaques en trois jours, qui ont duré des heurs avec un largage massif de bombes sur la périphérie de Damas, ce qui donne à penser que le but était de provoquer une riposte syrienne, ouvrant la voie à une guerre générale dans laquelle l’Iran pourrait être attaqué. Israël a prétendu que la cible était un chargement de missiles destiné au Hezbollah, mais alors qu’un centre de recherche militaire et une usine alimentaires de l’armée été touchés, rien n’indique que des missiles auraient été détruits. Ces attaques se sont avérée par la suite avoir été un échec politique et stratégique. Poutine a passé un savon à Netanyahou et l’a puni en fournissant ou en menaçant de fournir à la Syrie des missiles anti-aériens évolués de type S300. On peut mesurer l’arrogance d’Israël à son insistance pour dire qu’il lancerait d’autres attaques si nécessaire et qu’il détruirait le régime syrien s’il osait riposter.

Obama subit en ce moment aux Etats Unis des pressions pour “faire plus”. A Washington, les mêmes personnes qui appelaient à la guerre contre l’Irak appellent maintenant à un élargissement du conflit en Syrie. Le Sénateur Bob Menendez, un chaud partisan d’Israël, comme presque tous les élus au Congrès, a introduit un projet de loi pour que l’administration Obama fournisse des armes aux ‘rebelles’ (comme si ce elle ne le faisait pas déjà secrètement ou par son soutien aux livraisons d’armes effectuées par le Qatar et l’Arabie Saoudite).L’ancien rédacteur en chef du New York Times Bill Keller qui soutenait la guerre en Irak veut aussi que les Etats Unis arment les ‘rebelles’  et ‘défendent les civils qui sont massacrés dans leurs maisons’ en Syrie. Il ne parle bien entendu pas des civils qui ont été massacrés par les groupes armés.

Le Washington Post a été force de reconnaître que l’armée syrienne est en train de gagner cette guerre mais reste déconcerté par la tournure défavorable des évènements. ‘Que se passera-t-il si les USA n’interviennent pas en Syrie ?’ demande-t-il avant de donner les réponses. La Syrie se fracturera selon des lignes sectaires, avec le Jabhat al-Nosra contrôlant le nord et les ‘résidus du régime’ contrôlant des bandes de territoire à l’ouest. La guerre sectaire s’étendra à l’Irak – comme si elle n’était pas déjà une des conséquences de l’intervention américaine – et au Liban. Les armes chimiques seraient un des enjeux, ‘forçant probablement à  une nouvelle intervention israélienne pour empêcher leur acquisition par le Hezbollah ou al Qaïda.’. Si les Etats Unis n’interviennent pas pour empêcher tout ça, la Turquie et l’Arabie Saoudite ‘pourraient conclure que les Etats Unis ne sont plus un allié fiable.’

Il existe une autre réponse plus plausible à la question sur “ce qui va arriver”.  Cette réponse est que l’armée syrienne finira par expulser du pays les ‘rebelles’ survivants et que Bachar al-Assad en sortira plus populaire que jamais parce qu’il aura vaincu la plus grande menace de son histoire pour l’Etat syrien. Des élections se tiendront en 2014 et il sera élu président avec 75 % des suffrages. C’est du moins ce que prédit la CIA.

Erdogan est venu à Washington pour avertir lui aussi Obama de ‘faire plus’, mais il est clair que le président US ne veut pas faire grand-chose de plus. Les médias turcs ont rapporté qu’Obama a dit qu’Assad «doit partir» mais ce n’est pas ce qu’il a dit. Obama a choisi ses mots avec soin. Dans sa conférence de presse avec Erdogan, il n’a pas dit qu’Assad ‘doit partir’ mais que «he needs to go» et que « he ‘needs ‘to tranfer power to a transitional body. (transférer le pouvoir à une autorité de transition) [effectivement on traduirait de la même façon ‘he must’ et ‘he needs’ par ‘il doit’ alors qu’il existe une nuance intraduisible me semble-t-il]. La différence est des plus importantes. A titre personnel, Obama ne voudra pas terminer sa présidence englué dans une guerre ingagnable et impopulaire, une guerre qui pourrait en outre rapidement évoluer d’une crise régionale vers une crise mondiale.

Un sondage récemment conduit par Pew montre que le peuple américain en a assez des guerres au Moyen Orient et les discussions entre Kerry et Lavrov indiquent que cette fois, après avoir permis à l’accord de Genève de juillet 2012 de tomber à plat, les Etats Unis sont sérieux dans la recherche d’une sortie négociée de la crise même si d’autres [pays] ne le sont pas [sérieux]. S’il existe un danger de déraillement de la position des Etats Unis, il viendra plus probablement des rangs de leurs amis et alliés.

– Jeremy Salt est professeur associé d’histoire et de politique du Moyen Orient à l’université Bilkent d’Ankara en Turquie.

http://mounadil.wordpress.com/2013/05/19/pour-jeremy-salt-une-seule-option-en-syrie-la-victoire-de-larmee-et-du-gouvernement-syriens/

Georges Sabra appelle l’ASL à « sauver » Qoussair

Alors que la ville de Qoussair a été libérée par l’Armée arabe syrienne appuyée par des combattants libanais du Hezbollah, le chef de la Coalition nationale (opposition), Georges Sabra, a appelé toutes les unités se réclamant de l’Armée syrienne libre (ASL) à envoyer des hommes pour « sauver » la ville.

L’Armée syrienne se bat actuellement contre des poches de jihadistes dans certains quartiers et la banlieue. L’appel du trotskiste Georges Sabra vise à rétablir la ligne de partage Nord-Sud de la Syrie que l’opposition voulait faire acter lors de la conférence de « Genève-2 ».

Plus de 80 000 chrétiens avaient été obligés de fuir Qoussair pour échapper à la furie des jihadistes, fin 2012.

La libération de Qoussair modifie profondément la donne stratégique syrienne et met fin au projet de partition.

Le président Barack Obama a appelé son homologue libanais, Michel Sleimane, pour protester contre l’intervention du Hezbollah en contradiction avec la politique de neutralité du Liban. Le Premier ministre turc, Reccep Erdogan, a également condamné l’intervention du Hezbollah lors d’une conférence de presse à Istanbul, à l’occasion de son retour des États-Unis.

http://www.voltairenet.org/article178577.html

Le Pentagone dit au Sénat américain que les guerres vont continuer durant des dizaines d’années

Syrie: Quand la Turquie change de cap…

L’équipe du site

Il semble que la Turquie remet en question sa politique envers la Syrie à en juger la presse turque, a rapporté le quotidien libanais asSafir.

Les commentaires turques sur la visite du Premier ministre Recep Tayyip Erdogan à Washington portent essentiellement sur la période post-visite  et ses impacts sur la situation syrienne en particulier.

La presse  est unanime : la position turque a changé dans le sens de la recherche d’une solution pacifique d’une part, et l’abandon du soutien aux groupes fondamentalistes comme le Front alNosra  qui utilise la Turquie comme passage d’acheminement d’armes vers la Syrie.

Sur le premier point, Erdogan a déclaré à Washington que la position turque a changé voire elle a évolué  par rapport à la question syrienne. Il s’est justifié en invoquant devoir céder aux pressions du président américain Barack Obama qui lui aurait demandé de soutenir  les groupes modérés de l’opposition syrienne.

Selon le quotidien turc Melliat, le journaliste  Kadri Gursel estime que « la  solution à la crise syrienne sera apportée  par la conférence internationale  Genève 2 et les moyens diplomatiques ». Selon Gursel, « la tenue d’une telle  conférence traduit la conviction de toutes les parties qu’il n’y a pas une solution militaire à la crise syrienne, ce qui signifie qu’il y aura ensuite Genève 3 ». Et donc,  la Turquie sera une partie intégrante à Genève 2 après qu’elle s’y était  opposée fermement.

Toujours selon le journaliste, «l’option militaire ne sera jamais posée sur la table compte tenu des efforts continus pour parvenir à un règlement pacifique  mais aussi parce que la communauté internationale ne veut pas que  la Syrie devienne un pays dominé par les jihadistes et Al-Qaïda. Et donc, la Turquie n’a aucune  justification à garder chez elle une base arrière pour les jihadistes. Il lui sera demandé de  contrôler ses frontières et de se comporter en Etat de droit ».

 «Erdogan n’est pas clair en parlant des organisations terroristes. Car si ce n’est pas du  Front alNosra dont il s’agit, mais du PKK et du Parti de l’union démocratique en Syrie, alors on ne peut pas dire qu’il y a un changement dans la politique turque. Par contre, quand il s’agit du rôle du président syrien Bachar al-Assad dans le processus de règlement, là il y a un changement dans la position turque : car désormais on parle d’une participation des  groupes du régime   dans le processus de règlement qui se devrait se terminer par le départ d’Assad », souligne le journaliste.

Et de poursuivre : «  La Turquie a décidé donc d’abandonner son  opposition au profit d’une participation  active à la Conférence de Genève -2. Son rôle sera de convaincre l’opposition sunnite syrienne de participer à la conférence et faire partie de la solution ».

Un autre  journaliste du quotidien Melliat,  Fouad Keyman a estimé que «les efforts actuels se concentreront sur le processus d’une solution pacifique à la crise syrienne où le rôle de la Turquie sera de persuader la Russie, la Chine et l’Iran à une telle solution ».

Il a indiqué que «l’objectif des Etats-Unis est de réussir la phase de transition, ce qui nécessite l’arrêt de la guerre et la participation de tous, y compris des personnalités de l’intérieur du régime pur parvenir  en fin de compte au départ du président Assad. Or,  la Turquie veut un règlement rapide pour  mettre fin au risque d’attentats comme celui de  Rihaniyya et aussi cesser le flux des réfugiés syriens . Pour jouer ce rôle, la Turquie doit se concentrer à régler le  problème kurde, afin d’éviter d’être un pays  au flan blessé et devenir une star de la carte du Moyen-Orient. Ainsi, le processus de résolution du problème kurde offre des possibilités à la Turquie de jouer des rôles plus importants dans la région ».

Pour le journaliste Ozil du quotidien Khabar turk ,  «le réalisme et le pragmatisme ont prévalu lors des réunions d’ Erdogan à Washington : la Turquie sait  maintenant ce que veulent  les États-Unis de la crise syrienne. Il est clair que la Turquie agira  dans la question syrienne en conformité avec les normes établies par l’administration d’ Obama ».

« La  politique étrangère d’Ankara a perdu de sa valeur,  la Turquie a dû affronter les limites de ses moyens. Désormais, l’influence turque dans les développements régionaux est limitée par les approbations de l’administration d’Obama. La Turquie devra faire preuve de plus de sérieux  dans le contrôle des frontières et envers les groupes jihadistes. Les deux parties seront plus rationnelles grâce à l’appui des groupes d’opposition modérés en Syrie. Par conséquent, on peut s’attendre à de résultats sérieux à Genève-2″ souligne Ozil.

Enfin, selon  le quotidien turc Star, il faut garder en mémoire que finalement « ce qui importe dans la question syrienne pour les Etats-Unis, c’est uniquement la sécurité d’Israël. Tout développement en Syrie qui ne menace pas la sécurité d’Israël n’a pas d’importance pour  les États-Unis. Et donc,  si une  guerre civile en Syrie ne constitue pas une menace pour Israël, qu’elle se prolonge. Ils ont bien prolongé  la guerre civile au Liban de 15 années c’est pourquoi la Turquie devrait se préparer à une guerre en Syrie qui ne se terminera pas bientôt ».

http://www.almanar.com.lb/french/adetails.php?eid=113009&cid=86&fromval=1&frid=86&seccatid=35&s1=1