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Attentats de Reyhanli : le peuple turc accuse Erdogan et ses mercenaires syriens

Par Bahar Kimyongür

Samedi 11 mai, la ville turque de Reyhanli (Rihaniye en arabe) située dans la province frontalière turco-syrienne du Hatay a été secouée par un double attentat à la voiture piégée. On dénombre pour l’heure 50 morts et des dizaines de blessés graves.
14 mai 2013

Les autorités turques ont immédiatement pointé la responsabilité des services secrets syriens puis annoncé l’arrestation de neuf citoyens turcs affiliés à un « groupe marxiste » pro-syrien en lien avec le massacre. Dans la foulée, la justice turque a décrété la censure sur « toutes les informations relatives à l’enquête sur l’attentat ». Comment expliquer la panique et la précipitation qui se sont emparés du gouvernement néo-conservateur turc ? A qui profite le crime ? Que dit le principal accusé ? Nous avons tenté d’apporter quelques éclairages.

Le système judiciaire d’Erdogan, un instrument de propagande et de guerre psychologique

Dès le début de l’enquête sur les attentats de Reyhanli, les autorités turques ont accusé les « moukhabarats », les services secrets syriens d’en être les auteurs. La police turque a ensuite procédé à des perquisitions et des arrestations dans les milieux de la gauche radicale. Quelques formules lapidaires, deux ou trois slogans, un décret de censure et le tour était joué. Enfin, c’est ce que croyait l’administration AKP…

Le système judiciaire turc n’a jamais été un modèle en matière d’impartialité et la politisation de la magistrature turque n’est un secret pour personne. Le gouvernement turc se sert régulièrement de ses tribunaux pour faire taire ses adversaires. C’est ainsi que la Turquie est devenue la plus grande prison pour journalistes du monde.

Dans les affaires Ergenekon et Balyoz, les enquêteurs se sont évertués à démontrer sans succès qu’il existerait un grand complot contre le gouvernement AKP mêlant politiciens, journalistes et militaires kémalistes, groupes mafieux liés à la contre-guérilla, militants marxistes et groupuscules d’extrême droite.

L’accusation selon laquelle des réseaux d’extrême gauche en lien avec les services secrets syriens seraient les responsables de l’attentat de Reyhanli fait partie des classiques de l’AKP et n’a pas vraiment convaincu la population.

La majorité des habitants de Reyhanli pense d’ailleurs que l’attaque est l’œuvre de l’Armée syrienne libre (ASL).

De nombreuses personnes interrogées sur place disent même que les rebelles syriens ont été avertis et ont quitté la ville peu avant les explosions.

C’est en tout cas ce que relève le député turc du Congrès démocratique du peuple Ertugrul Kükçü en visite aujourd’hui sur les lieux de l’attentat. (Radikal, 12 mai 2013).

Le modus operandi est étranger à la gauche turque

Avec un bilan de 50 morts, 155 blessés et des dégâts ayant touché 735 commerces, 62 véhicules, 8 bâtiments publics et 120 appartements, le double attentat de Reyhanli est l’attaque à l’explosif la plus sanglante de l’histoire de la République de Turquie. Les deux autres attentats les plus meurtriers qui suivent dans cette liste macabre ont été perpétrés par Al Qaïda, les 15 et 23 novembre 2003 à Istanbul et ont respectivement coûté la vie à 27 et à 30 personnes.

Ce détail a son importance. La Turquie est coutumière de la violence politique et la lutte armée y existe depuis le début des années 70. Des dizaines de mouvements marxistes et nationalistes ont pris le maquis contre le régime d’Ankara. Pourtant, aucun d’entre eux, pas même les indépendantistes du PKK aux moyens militaires conséquents n’ont commis d’attentat aussi meurtrier que celui de Reyhanli. Seule Al Qaïda rivalise avec ce record macabre.

Il est par ailleurs peu probable sinon impossible qu’un « groupe marxiste » ait délibérément visé la population civile à Reyhanli comme le prétendent les autorités turques. Ce type d’attentat ne correspond pas du tout au mode opératoire de la gauche radicale. Il est même en totale opposition avec les principes moraux et l’éthique militaire qui animent les marxistes anatoliens.

Le chef du groupe visé dément la version officielle et accuse les mercenaires d’Al Nosra

Les autorités turques désignent explicitement Mihrac Ural, un militant turco-syrien originaire d’Antioche comme étant le planificateur des attentats de Reyhanli.

Mihrac Ural est le chef de la milice syrienne pro-gouvernementale « Mouqawama Souriy » (Résistance syrienne) qui ratisse les régions forestières de Lattaquié à la frontière turco-syrienne pour empêcher l’infiltration des djihadistes venant de Turquie.

Il est aussi le secrétaire-général d’un groupuscule marxiste turc pro-syrien appelé « Urgentistes » (Acilciler) qui s’est dissous en 1988 et qui n’a plus mené d’action armée depuis plus de 30 ans.

Dissidente du Parti-Front populaire pour libération de la Turquie (THKP-C), l’organisation Acilciler tire son nom de son texte fondateur intitulé : « Les questions urgentes de la Révolution en Turquie ».

Son leader Mihrac Ural n’a plus remis les pieds en Turquie depuis 33 ans.

En Turquie même, seule une poignée de jeunes et de nostalgiques, la plupart originaires d’Antioche, la ville natale de Mihrac Ural, se revendiquent de l’héritage de ce groupe.

Ni la « Moqawama Souriy », une unité mobile de garde-frontières forte d’à peine quelques combattants armés de kalachnikovs, ni sa version turque « Acilciler » inactive depuis des décennies n’ont les capacités matérielles ni humaines d’organiser un attentat aussi sophistiqué au nez et à la barbe des services secrets turcs et occidentaux.

D’après la police turque, le double attentat à la voiture piégée de Reyhanli est une opération complexe nécessitant une bonne coordination, une grande quantité d’explosifs, des véhicules spécialement aménagés, des commandes à distance etc.

Ni Mihrac Ural, ni l’Etat syrien n’ont de raison ni d’intérêt à commettre un pareil crime sur le sol turc et à défier ainsi les armées de l’OTAN.

L’un et l’autre ont démenti avec véhémence toute implication dans ce crime terroriste.

Malgré son innocence revendiquée, les rebelles syriens et le gouvernement AKP ont fait de Mihrac Ural leur tête de turc.

Sa tête a été mise à prix la semaine dernière par l’Armée syrienne libre (ASL) pour sa prétendue responsabilité dans les massacres visant les quartiers sunnites de Banias.

Comme Reyhanli est majoritairement sunnite et que Mihrac Ural est alaouite, les médias rebelles ont saisi l’occasion pour répandre leur haine de l’alaouite.

Hier, l’organe de presse en langue turque de l’Armée syrienne libre (ASL) « Özgür Suriye Haber Ajansi » a qualifié les alaouites « d’ennemis de l’Islam » et de « génocidaires » qui « aiment verser le sang ».

A-t-on seulement demandé au principal accusé ce qu’il pense de toutes ces accusations ?

Voici ce qu’il répond :

« La main qui a assassiné à Reyhanli est la même que celle qui assassine à Damas et à Alep. Cette main est celle des forces salafistes, de ces esprits obscurs inspirés par la vengeance et la haine. Le Front Al Nusra assassine l’humanité un jour sur deux en poussant des esprits captifs et soumis à commettre des attentats suicide. Ces assassins qui tuent des êtres innocents n’ont rien d’humain. »

Mihrac Ural pointe ensuite une probable mésentente entre le commanditaire et l’exécutant : « Il semblerait que les réseaux sanguinaires se soient retournés contre leurs soutiens militaires et financiers. Cet attentat ressemble à un avertissement. Nous en ignorons les motivations. Peut-être s’agit-il d’une geste de mécontentement concernant un retard de paiement de la part de leurs parrains. Peut-être s’agit-il d’un message relatif à certains manquements dans le transport d’armes. Peut-être s’agit-il d’une vengeance contre la population de Reyhanli (qui a manifesté contre les rebelles syriens, Ndt)… La seule chose que nous savons est que cet attentat oppose le Front Al Nosra à son patron.

Tel est le sort de celui qui se jette dans le marécage. Erdogan se noie dans la fange et veut emporter le pays avec lui. Le peuple de Turquie doit mettre un terme à ce processus d’enlisement. C’est la seule voie qui empêchera de nouveaux massacres. »

M. Ural nous a confiés il y a quelques minutes qu’il n’exclut pas l’implication du Mossad dans cet attentat qu’il compare à l’assassinat de l’ex-premier ministre libanais Rafiq Hariri.

Selon lui, le mode opératoire des attentats de Reyhanli et de Beyrouth sont analogues et visent le même objectif : affaiblir la Syrie.

Nous ne sommes pas obligés de croire M. Ural sur parole ni de suivre ses analyses (qui ne sont pas infondées) mais l’honnêteté intellectuelle exige que l’on demande au moins l’avis du principal accusé dans cette affaire.

Les victimes de l’attentat sont plus pro-Bachar que pro-rebelles

La ville de Reyhanli et ses alentours abritent plusieurs dizaines de milliers de réfugiés syriens sympathisant avec la rébellion anti-baassiste.

Or, sur les 50 victimes du double attentat, seules trois d’entre elles sont syriennes.

Les statistiques les plus fiables indiquent que la population turque, y compris l’électorat de l’AKP, est globalement opposée à la guerre entre la Turquie et la Syrie.

Les habitants de Reyhanli ne sont pas en reste. Ces derniers jours, ils ont organisé plusieurs manifestations contre les réfugiés et les rebelles syriens.

La raison en est que l’arrivée des réfugiés syriens a coïncidé avec une crise économique sans précédent qui frappe les populations vivant du commerce transfrontalier.

De plus, le soutien du gouvernement Erdogan aux rebelles syriens a fait du Hatay une véritable poudrière : des hommes armés circulent dans toute la province.

Plusieurs caches et des ateliers de fabrication d’armes appartenant aux rebelles syriens ont explosé « accidentellement ».

Des centaines de voitures ont été volées et emmenées en Syrie pour servir dans des attaques terroristes.

Des Syriens refusent parfois de payer leur addition dans les restaurants en arguant qu’ils sont les invités et les protégés d’Erdogan.

Des alaouites d’Antioche ont été menacés de mort et d’extermination. Le 29 avril dernier, le domicile du cheikh alaouite Ali Yeral très critique envers les rebelles syriens a été attaqué par des inconnus.

Dans la région d’Adana, des alaouites ont reçu un tract bilingue (arabe et turc) au contenu suivant : « Nous, soldats du bataillon du cheikh Moaz Al Khatib qui menons le djihad sur la voie d’Allah, mettons Assad et ses collaborateurs en garde : Ne soutenez pas le mécréant. Pour éviter que votre tête ne soit détachée de votre corps, empruntez la voie d’Allah. Toi le mécréant qui fait tes ablutions dans la bave du chien Assad, nous déverserons ton sang pour laver la terre sacrée de l’Etat sunnite syrien. Grâce à la puissance qu’Allah donnera à notre bras, votre fin est proche » (Cumhuriyet, 12 avril 2013).

Transgressant son sens de l’hospitalité légendaire, la population de Reyhanli qui, à l’instar des réfugiés et des rebelles syriens, est majoritairement sunnite, en a elle aussi ras-le-bol du laxisme des autorités turques à l’égard des réfugiés syriens qui sèment l’insécurité et la discorde.

Quatre jours avant les attentats, Reyhanli a été le théâtre de violents affrontements entre habitants locaux et réfugiés syriens.

On ne comprend donc pas pourquoi des « agents du régime syrien » auraient attaqué des habitants locaux au lieu de prendre des rebelles pour cible d’autant que le gouvernement syrien n’a aucun intérêt à cibler une population turque qui lui est favorable.

La thèse officielle turque selon laquelle le but des terroristes serait de semer la discorde entre les habitants de Reyhanli et les réfugiés syriens ne tient pas la route puisque cette discorde est déjà une réalité. Rebelles syriens et habitants de Reyhanli sont à couteaux tirés.

L’attentat visait certes à semer la discorde mais une discorde d’une toute autre nature, une discorde que les autorités n’ont visiblement pas réussi à camoufler puisqu’elle n’a pas échappé aux victimes. Les personnes interrogées sur les lieux du massacre ont interprété le double attentat comme une tentative de monter les sunnites du Hatay que d’aucuns veulent voir dans le camp des rebelles contre les alaouites « naturellement » pro-Bachar.

Mais la population du Hatay n’est pas dupe. Ce dimanche, alaouites, sunnites et chrétiens ont manifesté main dans la main à Antioche en solidarité avec les victimes de Reyhanli et ont appelé le gouvernement turc à la démission (voir : http://www.youtube.com/watch ?v=BlxBDXOD3EM ).

Un massacre qui arrange l’Etat turc et ses mercenaires syriens

L’administration Erdogan a fait du renversement du gouvernement de Bachar el Assad une priorité absolue. Toute initiative servant cette cause est parrainée par Ankara.

Ces derniers jours, Erdogan a multiplié les provocations guerrières, incitant les puissances occidentales à attaquer la Syrie. Jeudi dernier, il a déclaré à la chaîne étasunienne NBC News que son pays était prêt à appuyer Washington en cas de conflit avec Damas.

Erdogan a raison de s’affoler. Ses affaires en Syrie ne vont pas bien.

Face aux groupes armés qui accusent le coup, l’armée arabe syrienne progresse sur quasi tous les fronts. Elle a reconquis tous les quartiers sud de la ville d’Alep ainsi que des zones stratégiques de la banlieue de Homs et Hama.

L’armée est surtout parvenue à sécuriser Damas en remportant la bataille de la Ghouta et a neutralisé l’avancée des rebelles depuis la ville méridionale de Deraa. Elle vient même de pénétrer dans les banlieues de Qousseir où elle n’avait plus mis les pieds depuis plus de huit mois, ce qui va lui permettre de relier Homs au littoral. Les principaux axes routiers du pays sont sur le point de passer intégralement sous contrôle gouvernemental.

Certains experts militaires affirment que la victoire finale de l’armée gouvernementale n’est plus qu’une question de mois.

Mais la victoire de Damas n’est pas exclusivement militaire. Grâce à sa résistance et aux efforts de son allié russe, l’Etat syrien est aussi sur le point de remporter la bataille diplomatique. Les puissances occidentales semblent avoir compris que la Syrie n’est pas une bouchée facile et qu’il faudra trouver un compromis à défaut de pouvoir mettre ce pays à genoux.

On se demande dès lors pourquoi l’Etat syrien sacrifierait son précieux avantage et mettrait son existence en péril ?

Il paraît en effet insensé que le régime syrien qui a fait preuve de retenue tactique face aux provocations militaires israéliennes de la semaine dernière se mette subitement à narguer son puissant voisin du Nord lié à l’OTAN par un traité dont le 5e article stipule que « si un pays de l’Alliance est victime d’une attaque armée, chaque membre considérera cet acte de violence comme une attaque armée dirigée contre l’ensemble de membres ».

Last but note least : des rebelles syriens ont filmé les explosions survenues à Reyhanli et les ont immédiatement attribués à l’armée syrienne laissant penser qu’ils pourraient avoir été au courant de l’attaque ou les auteurs sinon les complices :

https://www.youtube.com/watch ?feature=player_embedded&v=y5s32NxnhhY# !

Plus surprenant encore : sur les lieux du massacre, un corps non identifié portant un casque de l’armée syrienne a été retrouvé attaché avec un câble à ce qui semble être un container situé à proximité l’une des voitures piégées qui a explosé (voir photo).

Cet élément fait penser à un false flag, une opération sous faux drapeau visant à incriminer l’Etat syrien.

Il rappelle également une autre pratique des rebelles syriens relevée par C.J. Chivers, journaliste du New York Times : l’utilisation de prisonniers comme kamikazes.

http://www.nytimes.com/2012/08/21/world/middleeast/syrian-rebels-coalesce-into-a-fighting-force.html ?pagewanted=all&_r=0

Pour finir, notons que les mercenaires d’Erdogan basés dans le Hatay attendent une implication plus grande des puissances occidentales dans le conflit syrien.

Ils sont les seuls à profiter du crime.

Armés jusqu’aux dents, disposant d’ateliers de fabrication d’explosifs ( http://www.bbc.co.uk/news/world-middle-east-21256905 ) et bénéficiant d’une liberté absolue de mouvement et d’action en territoire turc, ils devraient être considérés comme les principaux suspects de l’attentat de Reyhanli.

C’est l’avis des victimes, pas celui d’Erdogan.

Décidément, peu de choses semblent unir Erdogan à son peuple : au lieu de se rendre auprès des victimes du plus sanglant attentat terroriste de l’histoire de la Turquie, le premier ministre turc préparait sa valise pour son voyage aux Etats-Unis.

Au menu de la rencontre entre Obama et Erdogan : la guerre contre la Syrie.

On connaît déjà le hors d’œuvre : les 50 martyrs de Reyhanli.

Bahar Kimyongür
13 mai 2013

http://www.silviacattori.net/article4439.html

Syrie : Après le massacre de Banias, le massacre de la vérité _ Bahar Kimyongür / 9 mai 2013

La Syrie n’en finit plus d’agoniser. Au moment où nous supplions tous les panthéons de la terre que le cauchemar cesse, il reprend de plus belle. Cette fois, le cauchemar a frappé Banias, une ville paisible de la côte syrienne épargnée jusqu’ici par les violences. En ce début de mois de mai, à Banias, l’innocence a été lâchement assassinée. Des femmes et des enfants plus beaux que les plus belles fleurs de Syrie dans ses plus beaux jours ont été fusillés, immolés, poignardés par… par qui ? A chaque massacre, la même insupportable question revient, charriant et déversant dans nos coeurs des coulées acides de rage et de désespoir. Et lorsque recouvrant peu à peu nos esprits, nous cherchons à comprendre l’innommable, les maîtres du prêt-à-penser occupent déjà le terrain, poussant l’enquête vers une seule direction. Pour l’heure, la confusion et la pollution médiatique ambiante nous empêchent de dire qui est l’auteur de ces tueries. Toutefois, avec le peu d’informations dont nous disposons, nous pouvons au moins dire qui ne l’est pas.

 

 

La région côtière de Syrie, ultime îlot relativement paisible de la Syrie est à jamais tachée du sang de ses enfants égorgés par des mains obscures. Suite aux tueries qui ont commencé au début de ce mois, on dénombre déjà des centaines de morts. Si l’on ignore encore les auteurs de ce crime abominable, les réseaux sociaux pro-rebelle n’ont pas tardé à accuser l’Etat syrien et en particulier un chef de milice pro-gouvernemental d’origine turque dénommé Mihraç Ural. 


Dans une vidéo publiée sur le site (provisoirement hors-ligne) de son mouvement appelé Mouqawama Souriyy (Résistance syrienne), on le voit expliquant la défaite des terroristes dans la zone Nord de la province de Lattaquié. 

 

Voici un extrait de la vidéo qui suscite la polémique : www.youtube.com

 

Il y explique la nécessité de nettoyer la région de Banias par où les terroristes cherchent à se frayer un passage vers la mer après leur défaite à Khirbet Soulas, un village situé près du réservoir 16 du lac de Tichrine.

 

Vidéo de la bataille de Khirbet Soulas d’origine rebelle datée du 29 avril 2013 : www.youtube.com

 

Le mot nettoyage « tathir » utilisée par Mihraç Ural est un terme courant utilisé par toutes les parties en lutte en Syrie et n’indique nullement une opération de nettoyage ethnique comme le prétendent les médias turcs et occidentaux.

 

Les victimes des massacres de Banias étant de confession sunnite, les médias turcs ont immédiatement saisi l’occasion pour régler son compte avec celui qui est devenu un vieux briscard de la dissidence marxiste turque. Ce fut aussitôt l’emballement dans les sites de l’extrême-droite turque qui trouvaient en Mihraç Ural un ennemi idéal : alaouite, pro-gouvernemental et communiste.


La thèse de l’implication de Mihraç Ural et de son groupe armé ne tient pourtant pas la route et ce, pour plusieurs raisons. 


D’abord en tant que militant ayant fait ses armes dans la gauche turque, Mihraç Ural n’a ni le profil, ni le discours ni la pratique d’un tueur de masse. Son combat est de type patriotique et internationaliste.


Mihraç Ural est issu de la gauche révolutionnaire turque, un courant politique qui, malgré ses innombrables erreurs, n’a jamais pratiqué le terrorisme ciblant délibérément des civils innocents. 


Avant de se mobiliser dans la guerre de Syrie contre les groupes djihadistes qui s’infiltrent par la frontière, Mihraç Ural présidait un groupe dissident du Parti-Front populaire de libération de la Turquie (THKP-C) appelé les Urgentistes (Acilciler). 


Le THKP-C est une organisation politico-militaire née à la fin des années 60 dans le sillage des révoltes étudiantes et ouvrières qui ébranlèrent la Turquie. 


Le coup d’Etat militaire du 12 mars 1971, puis la chasse à l’homme qui s’ensuivit et finalement l’assassinat des principaux dirigeants du THKP-C dans le village de Kizildere en 1972 dont son fondateur Mahir Cayan porta un coup dur au mouvement. 


A partir de 1974, des dizaines de milliers de jeunes prirent le flambeau de la lutte révolutionnaire et antifasciste et se autoproclamèrent héritiers du THKP-C. 


Parmi les mouvements ayant succédé au THKP-C, les plus connus sont la Voie révolutionnaire (Devrimci Yol) et la Gauche révolutionnaire (Devrimci Sol) dont est issu l’actuel et puissant mouvement appelé DHKP-C (Parti-Front révolutionnaire de libération du peuple). 


A côté de Dev-Yol et Dev-Sol, une myriade de groupuscules tels que Dev-Savas (Guerre révolutionnaire), Halkin Devrimci Öncüleri (avant-garde révolutionnaire du peuple) et Acilciler (les Urgentistes) virent le jour en Turquie. 


Aujourd’hui, de tous ces groupes issus du THKP-C, seul le DHKP-C a survécu. 


Mais à la fin des années 70, ces mouvements étaient actifs et engagés dans la résistance armée contre le régime turc et contre les milices fascistes entraînées par la CIA et appelées communément les Loups Gris. 


Mihraç Ural fut le fondateur de la faction marxiste-léniniste dénommée « Les Urgentistes ». 


Ses origines arabes et alaouites d’Antioche le conduisirent à étudier l’histoire de sa ville et du sandjak d’Alexandrette (appelé Hatay en turc) la province dont elle est le chef-lieu. Tout en prônant le communisme, les Urgentistes devinrent peu à peu une organisation luttant pour la libération de la province du Hatay de l’occupation turque et pour son annexion à la Syrie. 


Mihraç Ural fut arrêté peu avant le coup d’Etat militaire du 12 septembre 1980 qui mit un terme à la guerre civile entre les forces de gauche et de droite. 


Après s’être évadé de la prison d’Adana, il s’exila en Syrie et très vite, en tant que Syrien d’origine, il obtint la citoyenneté syrienne.


Depuis 32 ans, Mihraç Ural vit donc dans le pays des Assad.


Rapidement marginalisés dans le champ politique turc, les « Urgentistes » qu’il dirige a tenté de se donner un souffle nouveau en Syrie. 


Le régime de Damas leur accorda un camp d’entraînement dans la vallée de la Bekaa au Liban aux côtés des campements de la Gauche révolutionnaire turque Devrimci Sol et du Parti des travailleurs du Kurdistan, le PKK.


Mais l’exil eut rapidement raison de la combativité du groupe de Mihraç Ural. En Turquie, les Urgentistes ne comptaient plus qu’une poignée de sympathisants arabes dans la ville d’Antioche. 


Isolé, Mihraç Ural finit par quasi auto-dissoudre son mouvement et à devenir un écrivain et chroniqueur engagé mais relativement indépendant. 


Depuis son exil syrien, il publiait régulièrement des articles sur la politique intérieure turque, la géopolitique du monde arabe, la cause kurde et le PKK, organisation avec laquelle il entretenait de bonnes relations, la question des minorités turques, l’histoire des alaouites et la question du Hatay.


Lorsque le printemps syrien éclata, comme la plupart de militants de la gauche turque, il accusa les rebelles d’être des mercenaires à la solde des puissances impérialistes et affirma son soutien au combat de la Syrie « laïque et progressiste ».


En 2012, Mihraç Ural créa dans la région d’Idlib, le Mouqawama Souriy (Résistance syrienne), une organisation patriotique de défense civile à caractère multiethnique et multiconfessionnelle.


Mihraç Ural et ses combattants issus essentiellement de familles arabes trans-frontalières prirent le maquis dans les régions forestières de Lattaquié, le long de la frontière turco-syrienne du côté de Kassab et ce, afin d’empêcher les mercenaires salafistes de s’infiltrer en Syrie.


Cette organisation bénéficia dès le début d’une relative autonomie politique et militaire. Contrairement aux autres comités populaires et aux forces de défense nationale qui assistent l’armée arabe syrienne dans sa « guerre contre le terrorisme », Mouqawama Souriy a son propre drapeau frappé d’une étoile rouge et défend son propre projet politique qui est clairement socialiste. Dans ses parades militaires, Mouqawama Souriy brandit le portrait de Che Guevara.


Mihraç Ural est en même temps très critique des applications du socialisme en Syrie . Il considère que l’idéologie baassiste est obsolète et ne répond pas aux intérêts des larges couches de la population syrienne.


Si le bilan de son engagement politique peut laisser perplexe, jamais un militant de son calibre n’irait se salir les mains dans une tuerie aussi insensée. La gauche radicale « turque » est totalement étrangère à ce type de pratiques. Sa raison d’être est la sauvagerie même de l’Etat turc.


Hier après-midi, nous avons contacté Mihraç Ural par téléphone pour prendre son avis sur les allégations qui le décrivent comme un génocidaire anti-sunnite. 


Le moins que l’on puisse dire est que M. Ural est révolté par une « odieuse campagne de calomnie ». 


Il compte d’ailleurs envoyer la vidéo polémique dans son intégralité qui prouverait que son propos a été détourné de manière malveillante.


Il affirme qu’il n’était pas à Banias au moment des massacres qu’il impute aux terroristes wahhabites et que la vidéo polémique a été réalisée lors des funérailles d’Ali Halil, un militant loyaliste tué dans la bataille de Khirbet Sulas. 


Mihraç Ural dit que les terroristes wahhabites ont commencé par massacrer la famille du cheikh Omar Bayassi, imam de la mosquée de Bayda avec sa femme et son fils (voir lien facebook) puis ont transformé la mosquée en base salafiste allant jusqu’à changer la nature des appels à la prière.

 

Il ajoute que face à leurs défaites cuisantes à répétition, les terroristes ont décidé d’enflammer la région de Banyas dans une opération baptisée « Volcan de la Côte » par le cheikh salafiste koweiti Naëf Hajjaj Al Ajami connu pour ses prêches racistes (Voir : www.memritv.org)

 

Toujours d’après lui, les massacres de Banias sont l’œuvre des groupes armés salafistes qui ont voulu se venger du refus de certains hommes à prendre les armes à leurs côtés.


Mihraç Ural insiste sur les principes moraux qui caractérisent son organisation : « Notre code de conduite implique de ne jamais s’en prendre à une personne non armée, de ne jamais faire de tort à des femmes, des enfants et des vieillards. Au contraire, nous nous battons pour les protéger » a-t-il conclu.


Les opposants anti-baassistes Ahmad Ibrahim et surtout le blogueur Ahmad Abou Al-Khair originaire de Banias affirment eux aussi que Mihraç Ural, surnommé « Al Kayyal » n’a rien à voir avec les massacres de Banias : www.arabi-press.com

 

Ahmad Ibrahim et Abou Al Khair pointent la responsabilité de groupes terroristes battus sur d’autres fronts et dénoncent l’attaque de barrages militaires dans les zones côtières relativement épargnées par les violences : www.arabi-press.com

 

Les dissidents syriens accusent en outre Ibrahim Yasa, un militant turc raciste, administrateur du site anti-chiite d’avoir diffusé le mensonge concernant la responsabilité de Mihraç Ural dans les massacres de Banias.


Le site du militant turc anti-chiite et pro-rébellion syrienne est : www.irantehlikesi.com (qui signifie « danger de l’Iran »).


Pour l’heure, nous ne connaissons pas les auteurs des massacres de Banias mais les premiers éléments d’enquête tendent à innocenter Mihraç Ural et son groupe armé.


Au nom de la justice et de tous les innocents massacrés à Banias, nous poursuivrons nos recherches pour faire la lumière sur cette nouvelle page sombre de la guerre de Syrie.


Bruxelles, le 9 mai 2013

 

 

Source : Bahar Kimyongür pour Investig’Action.

Bahar Kimyongür est l’auteur chez Investig’Action de Syriana. La conquête continue.

Chute de Kherbet-Ghazalé: l’armée syrienne se dirige au sud…vers Deraa

L’équipe du site

Alors qu’on s’attendait à la libération de la ville d’al-Qousseir, et avec, de tout le gouvernorat de Homs à l’Est de la Syrie, c’est du côté du sud que l’armée syrienne a fait la surprise, réalisant une percée importante dans la vallée du Hourane qui sépare la Syrie de la Jordanie .

Miliciens à Kherbet-GhazaléCe mercredi, la localité très importante de Kherbet-Ghazalé,  a été sécurisée après deux mois de combats .
«  La chute de Kherbet-Ghazalé qui se situe dans la vallée de Hourane, traversant l’axe routier express qui mène vers la Jordanie est survenue après l’échec de l’envoi d’armements par le Conseil militaire syrien de l’opposition», rapporte l’agence Reuters.

Chef de milice tué à Kherbet GhazaléSelon l’AFP, «  cette ville est très importante du point de vue stratégique : elle est traversée par une route qui relie la Jordanie et la capitale de la province syrienne de Deraa. Les rebelles craignent que les troupes de Bachar al-Assad prennent le contrôle de cette route ».

Un milicien tué à Kherbet-GhazaléDes militants ont indiqué pour Reuters que près d’un millier de miliciens se sont retirés de la localité, la plupart d’entre eux étant des éléments du front al-Nosra d’Al-Qaïda. ils se seraient rendus à Deraa, où devrait avoir lieu la bataille prochaine , selon un expert libanais, l’ancien général Ismaïl Soukkariyyé, qui s’exprimait pour la télévision Almayadine

Dans le gouvernorat de Homs aussi les miliciens battent en retraite, alors que les villages situés aux alentours de la ville Qousseir tombent l’un après l’autre: Salloumiyyé, puis Soumariyyé, et les fermes Kourdi ces deux derniers jours.

L’exploit est de taille pour l’armée syrienne régulière : il lui permet de contrôler une zone extrêmement sensible : les axes routiers qui relient Homs et sa province au littoral syrien, du côté du Nord, la route Damas-Homs et toutes les voies de passage des miliciens vers la province de Damas, en passant par la vallée libanaise du Kaa , et Ersale.

Le sort des miliciens à Qousseir

Un chef de milice saoudien tué à QousseirLa destination de ces miliciens n’est autre que la ville de Qousseir, où des centaines d’entre eux, toutes tendances confondues, sont entassés.

En plus des Syriens, ils comptent de nombreux libanais, jordaniens, tchétchènes, libyens. Mais aussi des palestiniens. Des membres du mouvement Hamas en feraient partie, selon Syria Truth et d’autres sites. Résidants dans le camp « les revenants (en Palestine) » à Homs, ils avaient été entrainés par le Hezbollah pour combattre les Israéliens.

Alors que les éléments étrangers des mouvements takfiris et salafistes comptent y « mourir en martyre », de nombreux miliciens, surtout ceux de la milice Al-Farouk de l’Armée syrienne libre ont déjà entamé des négociations pour parvenir à un compromis avec les autorités syriennes. Question de s’épargner un sort similaire à celui des miliciens de Bayda, qui  selon certaines sources syriennes ont été exécutés après avoir été capturés, après le fiasco de leur attaque conduite contre la ville côtière de Banias.

Combats à QousseirSyria Truth assure que la confrérie syrienne des Frères Musulmans aussi a entamé pour sa part une médiation via une partie libanaise tierce, pour sauver la peau de ses miliciens dans la ville.

L’offre qu’elle suggère stipule la capitulation des miliciens et la remise de la ville de Qousseir sans bataille, en échange de leur arrestation, et leur emprisonnement, sans qu’ils passent par l’échafaud.

La médiation est conduite par des tribus syro-libanaises qui vivent de part et d’autre de la frontière, entre le gouvernorat de Homs et Baalbek.

Jusqu’à présent, les autorités syriennes refusent cette proposition, surtout qu’elles contrôlent hermétiquement la ville de Qousseir.

Terrain : le commandant d’al-Nosra blessé

Du côté de la capitale syrienne, le front al-Nosra d’al-Qaïda a essuyé un coup dur ce mercredi: selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme, son chef a été  blessé.  Abou Mohammed al-Joulani a été blessé avec d’autres membres de son groupe dans le bombardement qui les a visés dans un secteur sud de la province de Damas, a ajouté cette organisation en précisant tenir ces informations de militants dans la zone.
Interrogé par l’AFP, le président de l’OSDH, Rami Abdel Rahmane, a affirmé que le chef de la milice avait été blessé à un pied, sans pouvoir donner plus de précisions dans l’immédiat.
En avril, il avait prêté allégeance au chef d’Al-Qaïda Aymane al-Zawahiri.

http://www.almanar.com.lb/french/adetails.php?eid=111079&cid=18&fromval=1&frid=18&seccatid=37&s1=1