Archives de Tag: Bachar al-Assad

France – Syrie, le sens du mot amitié selon Laurent Fabius

Je vous reproduis un article de Reuters dont le moins que l’on puisse dire est qu’il n’a pas beaucoup de succès dans la presse française qui le reprend fort peu.

Et qui permet de constater que le gouvernement français, qui se prétend « ami » de la Syrie (sans doute au nom de son passé e force occupante dans ce pays, rechigne à accueillir le réfugiés Syriens.

La même France qui a pourtant tout fait pour aggraver et prolonger le conflit dans ce pays arabe, dépêchant sur place et dans les pays voisins des conseillers militaires pour encadrer l’opposition armée, plaidant aussi comme une forcenée pour un accroissement quantitatif et qualitatif des livraisons d’armes aux milices d’opposition, exigeant comme condition préalable à tout arrêt des hostilités le départ de Bachar al-Assad qui « ne mériterait pas de vivre », dixit Laurent Fabius qui lui, par contre , mériterait de vivre.

C'est aux autres d'assumer les conséquences choix de la France

C’est aux autres d’assumer les conséquences des choix politiques de la France

L’article expose dans toute sa nudité l »hypocrisie de l’amitié de la France pour la Syrie

La France rechigne à accueillir plus de réfugiés syriens

Capital.fr
Source : Reuters 24/05/2013 à 12:40 / Mis à jour le 24/05/2013 à 12:45

Plusieurs centaines de Syriens ont demandé l’asile en France depuis 2011 dans l’espoir d’échapper au conflit qui fait rage depuis plus de deux ans et qui a causé la mort de 80.000 personnes et la fuite de plus de 1,5 million de personnes. Des chiffres dérisoires au regard des demandes adressées à l’Allemagne et à la Suède, – avec respectivement, pour la seule année 2012, 6.200 et 7.800 demandes de réfugiés syriens -, mais qui selon certaines ONG pourrait être revu à la hausse si la France acceptait de revoir ses capacités d’accueil.

Pour Marouane, tout à basculé à l’été 2012 lors de la bataille d’Alep opposant les rebelles aux forces du président Bachar al Assad. En l’espace de quelques semaines, les allusions jusque là discrètes à son engagement en faveur de la démocratie se sont transformées en menaces à peine voilées.

« J’ai reçu plusieurs coups de téléphone. Quand j’ai vu que les choses se dégradaient, j’ai décidé de partir pour mettre à l’abri ma femme et mes deux filles », explique ce médecin chrétien de 55 ans, qui a rejoint en novembre la France, où il a déposé une demande d’asile.

Comme lui, plusieurs centaines de Syriens ont demandé l’asile en France depuis 2011 dans l’espoir d’échapper au conflit qui fait rage depuis plus de deux ans et qui a causé la mort de 80.000 personnes et la fuite de plus de 1,5 million de personnes. Ils étaient 100 à faire cette demande en 2011, 450 en 2012 et 282 au cours de quatre premiers mois de 2013.

Des chiffres dérisoires au regard des demandes adressées à l’Allemagne et à la Suède, – avec respectivement, pour la seule année 2012, 6.200 et 7.800 demandes de réfugiés syriens -, mais qui selon certaines ONG pourrait être revu à la hausse si la France acceptait de revoir ses capacités d’accueil.

Un scénario qui permettrait de désengorger les camps de réfugiés en Turquie et en Jordanie mais qui est pour l’heure écarté par les autorités françaises qui évoquent un « système d’asile à bout de souffle » et appellent à s’attaquer aux racines du problème en trouvant en priorité une solution politique.

« L’Europe n’est pour l’instant pas affectée par l’exode des Syriens mais cela pourrait changer, notamment au vu du nombre important de Syriens dans les camps situés dans les pays limitrophes qui risquent d’être complètement submergés par l’afflux », souligne William Spindler, porte-parole du Haut commissariat aux réfugiés à Paris.

Selon le HCR, le nombre de réfugiés syriens, actuellement d’un million et demi, risque en effet d’être multiplié par deux ou par trois d’ici à la fin de l’année.

« SATURES »

Face à la dégradation de la situation, l’Allemagne a annoncé en mars qu’elle accueillerait au moins 5.000 réfugiés syriens supplémentaires en 2013, une décision saluée par la Commission européenne qui a émis l’espoir que d’autres Etats membres de l’UE suivent cet exemple.

Un espoir partagé par le HCR qui estime qu’il est temps pour la France d’accueillir davantage de réfugiés face à la situation alarmante observée dans les camps turcs et jordaniens où les conditions sanitaires et sécuritaires se dégradent chaque jour.

Pour la présidente d’Amnesty International France, Geneviève Garrigos, « la dégradation de la situation et l’afflux constant de réfugiés peut avoir un impact sur la stabilité de toute la région et l’UE portera une grande part de responsabilité pour son inaction aujourd’hui. »

Invoquant des centres d’hébergement des demandeurs d’asile (Cada) « saturés », Paris, pourtant en première ligne dans le dossier syrien, se dit dans l’incapacité d’accueillir en urgence des réfugiés comme ce fut le cas pour les chrétiens d’Irak en 2010 après l’attaque de leurs lieux de culte.

« La saturation du dispositif d’accueil, due à la hausse de la demande d’asile et à l’augmentation des délais de traitement, ne permet pas à la France, à ce jour, de s’engager auprès du HCR à examiner un plus grand nombre de demandes », indiquait le ministère de l’Intérieur en mars.

« Consciente de la situation alarmante en Syrie, la France agit afin d’apporter des réponses concrètes aux difficultés des réfugiés syriens, elle apporte un soutien financier à l’aide humanitaire d’urgence en Syrie ainsi qu’aux ONG oeuvrant dans les pays voisin », faisait-il alors valoir.

Au total, selon le quai d’Orsay, la France a versé une aide de 11,2 millions d’euros pour les réfugiés situés dans les pays limitrophes sur une aide totale de 40 millions d’euros dans le cadre de la crise syrienne.

SOLIDARITÉ

Pour le directeur général de France Terre d’asile, si cet argument est recevable, il ne doit toutefois pas empêcher la France de réfléchir à son devoir de solidarité.

« Quand on dit que le dispositif est en crise, c’est vrai mais cela doit être réforme et cela ne doit pas nous empêcher de réfléchir à l’expression de notre solidarité avec notamment les réfugiés syriens et en liaison avec les organisations internationales », souligne Pierre Henry.

La création de 4.000 places d’hébergement, dont 2.000 ouvertes dès juillet et les autres avant le premier trimestre 2014 pourraient débloquer la situation, estime-t-il.

Dans le cadre du programme de réinstallation mené actuellement par la France, le HCR soumet 100 dossiers de candidature pour la réinstallation de réfugiés par an.

Un processus jugé marginal par Amnesty International qui appelle la France à mettre en place une procédure de réinstallation d’urgence.

« L’histoire se répète et on n’arrive pas à trouver de réponse », déplore Jean-François Dubost, responsable du programme personnes déracinées. « Au moment de la guerre en Libye, on a eu exactement le même phénomène. Il y avait des réfugiés libyens venus se réfugier en Tunisie et en Egypte et il y a eu des demandes de réinstallation par le HCR auprès des pays de l’UE dont la France. C’est la même chose pour la Syrie. »

PRÉCARITÉ

La durée du conflit et l’absence de solution politique à court ou moyen terme joue en défaveur de la population syrienne au sein de l’opinion publique davantage préoccupée par la crise économique, estiment les ONG.

La décision en janvier de la France de réintroduire de façon temporaire le visa de transit aéroportuaire pour les ressortissants syriens serait passée inaperçue si plusieurs ONG n’avaient pas déposé deux recours, tous deux rejetés, devant le Conseil d’Etat en dénonçant une entrave au droit d’asile.

« L’introduction de ce visa n’était pas une manière de freiner les flux de réfugiés demandant éventuellement à se rendre en France », assure-t-on au Quai d’Orsay. « Tout au contraire, c’était un moyen d’éviter que les réfugiés ne se retrouvent dans des zones de transit des aéroports internationaux dans des situations de très grande précarité. »

Pour le ministère des Affaires étrangères, la crise syrienne ne se réglera pas via la question des réfugiés.

« Il faut replacer les choses dans l’ordre, la manière de régler la question des réfugiés syriens c’est de leur permettre de rentrer chez eux, de rétablir des conditions qui permettent de le faire. »

Avec John Irish, édité par Yves Clarisse

http://mounadil.wordpress.com/2013/05/25/france-syrie-le-sens-du-mot-amitie-selon-laurent-fabius/

 

Syrie : Gifles, pour le Qatar et Paris…., par Djamel Bouatta

 

IRIB- Le Premier ministre britannique, David Cameron, et le Président russe, Vladimir Poutine,
ont discuté des mesures communes possibles, pour régler la crise, en Syrie, dans un contexte d’intenses tractations diplomatiques, pour mettre fin à ce conflit. Cette rencontre, à Sotchi, sur les rives de la mer Noire, intervenait trois jours, après que Moscou et Washington se sont entendus, pour rechercher un règlement politique au conflit, qui dure, depuis plus de deux ans, en Syrie, et qui a fait plus de 70.000 morts, selon l’ONU. Première observation, la France est exclue de ces efforts, alors qu’elle a été le premier pays occidental à avoir reconnu l’opposition syrienne, et qui pousse, inlassablement, à une intervention militaire internationale, pour faire partir le régime de Bachar Al-Assad. Même si aucune avancée majeure n’a été annoncée, ni, au cours de la rencontre russo-britannique, ni après celle entre le secrétaire d’Etat américain et Vladimir Poutine, ces rencontres ne sont pas de simples agitations diplomatiques. Damas s’est révélée, au fil des événements, fussent-ils dramatiques, inacceptables et condamnables, résistant, face aux manœuvres du “printemps arabe”, version syrienne, diligentées, sous la houlette du Qatar et de l’Arabie saoudite, avec l’appui entier de la France et de la Turquie.

Et sa ténacité ne s’explique pas, seulement, par le soutien ferme de la Russie, de la Chine, de l’Iran et du Hezbollah libanais. Washington et Londres auraient ainsi rejeté l’option de la guerre ouverte contre le régime syrien, se rapprochant de celle de la Russie. “Nous avons discuté des options possibles, pour un développement positif de la situation, (en Syrie, ndlr), et des démarches concrètes, à cet égard”, a déclaré le président russe, après avoir reçu Cameron et Kerry. “Nous avons un intérêt commun : mettre fin, rapidement, à la violence, et lancer un processus de règlement pacifique, conserver l’intégrité territoriale de la Syrie comme Etat souverain”, a-t-il poursuivi. Le Premier ministre britannique et l’envoyé de Barack Obama, après avoir indiqué que ce n’était un secret pour personne que les points de vue avec la Russie, sur le règlement de la crise syrienne, différaient, ont insisté sur le fait qu’ils cherchaient le même but : “Mettre fin au conflit et enrayer l’extrémisme, en Syrie”. La Grande-Bretagne s’est félicitée de la proposition d’organiser une conférence internationale, afin de trouver un règlement politique conforme à un accord conclu, à Genève, le 30 juin 2012, entre les grandes puissances, proposition sur laquelle se sont entendus Moscou et Washington, mardi, lors de l’entretien Poutine-Kerry au Kremlin. L’accord de Genève ne précise, toutefois, pas le sort du Président syrien, Bachar Al-Assad, et l’opposition syrienne continue de considérer son départ du pouvoir, comme une condition préalable à toute discussion. Les trois pays ont, également, convenu, implicitement, de reconduire la mission de l’ambassadeur algérien, Lakhdar Brahimi, que le Qatar avait vite enterré, pensant avoir les mains libres, pour faire aboutir son “printemps”, à Damas. Montrant que les positions restaient encore éloignées, Moscou continue de livrer des armes conventionnelles à la Syrie, soulignant qu’elle s’inscrivait, dans le cadre de contrats, signés, il y a plusieurs années. Kerry, lui, a martelé à Rome, venant de Moscou, qu’Al-Assad devait s’en aller. Il a aussi jugé que la livraison imminente, par Moscou, à la Syrie, de batteries de missiles sol-air, était, potentiellement, déstabilisante. Son homologue russe, Lavrov, lui, a rétorqué qu’il s’agit d’une arme défensive, pour que la Syrie ait la possibilité de se défendre contre des frappes aériennes, rappelant, de façon explicite, les récentes agressions de la chasse israélienne, sur le territoire syrien. Des bombardements, que, seule, la Turquie, a violemment condamnés. Pas un mot, dans la Ligue arabe, pas même la moindre allusion !
Evidemment que tout ne baigne dans l’huile. Kerry a déclaré que les Etats-Unis pensaient détenir une “preuve solide” de l’utilisation d’armes chimiques, par le pouvoir syrien. A prendre avec des pincettes, et il est plus probable que cette annonce-menace s’inscrit, dans les pressions et chantages, pour obliger Bachar al-Assad à lâcher prise. Un chef militaire rebelle syrien, le colonel Abdel Jabbar Al-Okaidi, qui commande l’Armée syrienne libre (ASL), à Alep, dans le Nord de la Syrie, a indiqué avoir abordé avec l’ambassadeur américain chargé du dossier syrien, Robert Ford, la question de l’approvisionnement en armes des rebelles. Toute la nuance est dans “avoir abordé”.

http://french.irib.ir/analyses/commentaires/item/256654-syrie-gifles-pour-qatar-et-paris-par-djamel-bouatta

Syrie : Fantasmes chimiques et dures réalités (Hürriyet)

Gwynne Dyer
Snipers anti-gouvernementaux à Alep

Tout d’abord, rejetons toutes ces nouvelles disant que le régime de Bachar al-Assad aurait commencé à utiliser des armes chimiques contre ses propres citoyens, et que cela aurait franchi une « ligne rouge » et irait déclencher une intervention militaire étrangère en Syrie. Il est concevable, bien que hautement improbable, que les troupes de Bachar al-Assad aient utilisé des gaz toxiques contre les rebelles. Il n’est pas crédible que quelque dirigeant étranger que ce soit irait ordonner à ses troupes d’aller en Syrie et arrête la guerre.

Les « preuves » de l’utilisation par le régime de Bachar al-Assad de sarin (gaz neurotoxique) sont bien minces, et il est facile de voir pourquoi les combattants de l’opposition pourraient choisir de les fabriquer. Des preuves aussi fragiles sur de prétendues « armes de destruction massive » ont été utilisées pour justifier l’invasion américaine de l’Irak. Pourquoi les rebelles syriens ne se seraient-ils pas lancés dans ce même jeu ?

En outre, il n’existe aucune raison plausible pour laquelle le régime syrien aurait utilisé des gaz toxiques. Cela ne conférerait aucun avantage militaire durable aux forces gouvernementales et les coûts politiques d’être pris en flagrant délit seraient importants. Mais même si ces accusations étaient vraies, cela ne ferait aucune différence.

Aucun gouvernement occidental – ni aucun gouvernement arabe – que ce soit n’est prêt à mettre des soldats sur le terrain en Syrie. Une ingérence dans une guerre civile est rarement une bonne idée, et l’armée du régime baasiste pourrait infliger des pertes très sévères à un envahisseur. Même imposer une zone d’exclusion aérienne signifierait que des pilotes occidentaux seraient tués ou leurs jets abattus, parce que les défenses aériennes de la Syrie sont modernes, d’un bon niveau et considérables.

Donc, s’il ne va pas y avoir d’intervention militaire étrangère, quand la guerre civile syrienne va-t-elle finir ? Pas de sitôt.

De temps en temps, les rebelles envahissent une base aérienne ou un poste frontière ici ou là. Ceci est habituellement indiqué comme étant une preuve qu’ils feraient des progrès, mais la moitié du temps ils perdent leurs prises au profit du régime quelques semaines ou quelques mois plus tard. Les lignes de front n’ont guère changé du tout à Alep au cours des six derniers mois, et le régime est même en train de reprendre certaines des banlieues de Damas qui sont tombées aux mains des rebelles l’an dernier.

L’armée syrienne ne dispose pas d’effectifs suffisants pour tenir de grandes étendues de campagne en permanence, mais elle n’a jamais laissé les rebelles approcher de la principale autoroute nord-sud qui relie Damas, Homs, Hama et Alep. Les divisions de Bachar Al-Assad ont même rouvert l’autoroute reliant Damas à Tartous et Lattaquié, sur la côte récemment, après plusieurs mois de fermeture. Si elles ne sont pas réellement en train de gagner la guerre sur le terrain, elles ne sont certainement pas en train de la perdre.

L’Arabie saoudite et le Qatar continuent d’alimenter en armes les rebelles, mais pas dans des quantités qui leur donneraient une chance de gagner. C’est probablement parce qu’ils sont devenus de plus en plus nerveux sur le type de régime qui remplacerait la dictature de Bachar al-Assad après une victoire militaire. Ils voulaient remplacer le régime laïc de Bachar al-Assad par un gouvernement contrôlé par des musulmans sunnites, mais ils ne voudraient pas mettre un régime islamiste fanatique au pouvoir.

C’est, pour le moment, précisément ce qu’une victoire des insurgés produirait, avec les extrémistes djihadistes des brigades al-Nusra qui sont de loin les combattants les plus efficaces du côté des rebelles. La perspective d’un régime islamiste radical a également convaincu de nombreux Syriens modérés qu’ils doivent empêcher la chute du régime de Bachar al-Assad, même s’ils le détestent.

Il y a un an de cela, la bataille pour la Syrie semblait se transformer en une lutte directe entre la majorité musulmane sunnite, quelque 70% de la population, et les diverses minorités, chiites, chrétiennes, alaouites et druzes, qui ont soutenu le régime de Bachar al-Assad parce qu’elles craignaient une domination sunnite. C’est probablement plus proche d’un rapport 50/50 maintenant, parce que beaucoup de musulmans sunnites sont également repoussés par l’alternative d’une tyrannie islamiste radicale.

Il n’y a pas d’enquêtes d’opinion pour confirmer ce changement dans l’opinion sunnite, mais les évidences sont là, dans la loyauté et l’efficacité au combat de l’armée syrienne, dont la plupart des hommes de troupes sont des musulmans sunnites. Alors, que devons-nous espérer, dans cette situation presque désespérée ?

L’issue la moins mauvaise, à ce stade, serait un coup d’État militaire furtif du régime qui déposerait discrètement Bachar al-Assad et ses acolytes, sans abandonner les principes de la laïcité, et ensuite isolerait les djihadistes en recherchant un large règlement pacifique avec les autres éléments des forces rebelles. Quelle en est la probabilité ? Pas grand chose, malheureusement.

Gwynne Dyer,
Le 1er mai 2013.

Source : Syria : Chemical fantasies and grim realities

* http://www.hurriyetdailynews.com/syria-chemical-fantasies-and-grim-rea…
URL de cet article 20499
http://www.legrandsoir.info/syrie-fantasmes-chimiques-et-dures-realites.html

Peuples d’Orient et d’Occident sont d’accord: il ne faut pas armer les forces qui combattent le régime syrien!

Via Angry Arab à qui je reprocherai cependant (amicalement) de ne pas avoir mis le lien direct vers les tableaux de résultats de cette enquête d’opinion qui a été conduite par le Pew Research Center dans un certain nombre de pays du « Moyen Orient », un Moyen orient qui inclut la Tunisie qui appartient à l’Occident musulman comme on le sait. 

Le présent sondage porte sur les événements en cours en Syrie et il a été réalisé par le PEW Research Center qui se présente comme un organisme non partisan de collecte de faits pour informer l’opinion sur les problèmes, les attitudes et les tendances qui façonnent l’Amérique et le monde. Le Pew Research Center

 fait des enquêtes d’opinion, de la recherche en démographie, de l’analyse des médias et d’autres études empiriques dans le domaine des sciences sociales. Pew Research ne prend pas de positions politiques. Il est une division de The Pew Charitable Trusts.

L’analyse de ce sondage titre sur la crainte des peuples du Moyen Orient d’un élargissement du conflit syrien aux pays voisins.

Les résultats saillants sont synthétisés dans plusieurs tableaux de chiffres.

Image

Ce premier tableau nous montre que tous les peuples de la région sont préoccupés voire très préoccupés par le risque que la violence en Syrie déborde dans leur propre pays. Les moins inquiets étant les Turcs avec 25 % seulement de personnes très inquiètes contre 46 % en Jordanie et 68 % au Liban où l’inquiétude est la plus forte parmi les Chrétiens.

Image

.Cette inquiétude d’un débordement de la violence dans les pays voisins de la Syrie est partagée par la majorité des personnes interrogées quelque soit le pays et atteint même les 89 % en Tunisie, ce qui est quand même un signe de l’impact politique et psychologique de la situation dans ce pays somme toute lointain (mais où de nombreux Tunisiens sont engagés dans les combats contre le gouvernement).

Image

On a demandé ici aux sondés s’ils étaient favorables ou s’ils étaient contre la fourniture d’armes et d’équipements militaires par les pays occidentaux aux milices d’opposition en Syrie.

A l’exception des Jordaniens, les citoyens des pays voisins de la Syrie ne veulent pas que l’occident équipe les forces de l’opposition syrienne en matériel militaire. Ce refus est le plus marqué au Liban où il est majoritaire dans les trois grandes communautés confessionnelles, même si elle est nettement moins forte chez les Sunnites que chez les Chrétiens et surtout les Chiites. Cette opposition est très nettement majoritaire également en Turquie, un pays dont on sait pourtant qu’il est une base logistique et de repli pour l’opposition syrienne.

Image

Cette opposition à une assistance matérielle occidentale pour les milices syriennes antigouvernementales s’observe aussi pour le même type d’aide en provenance de pays arabes. Moins marquée, elle demeure cependant majoritaire partout, sauf en Jordanie. Les Turcs se distinguent ici par leur constance puisqu’ils ne font pas de distinguo entre l’aide occidentale et l’aide arabe (sans doute parce qu’ils ne sont pas arabes).

On soulignera que ce refus arabe et turc d’une assistance militaire aux milices de l’opposition syrienne n’est pas associé à un soutien au régime syrien puisqu’il apparaît dans un autre tableau de chiffres que le président Assad n’est guère populaire dans les pays concernés par le sondage: 72 % d’opinions défavorables en Turquie, 81 % en Tunisie et en Egypte par exemple.

Image

Le Liban fait en quelque sorte exception avec 59 % d’opinions défavorables « seulement », un résultat dû à la quasi unanimité de la communauté chiite avec 91 % de sondés en faveur d’Assad ainsi qu’à ses 36 % d’opinions favorables dans la communauté chrétienne.

Image

Fait intéressant, les citoyens de la France, de l’Allemagne mais aussi de la Grande Bretagne et des Etats Unis sont majoritairement opposés à la livraison de matériel militaire par leur pays en faveur de l’opposition armée en Syrie. On constate ainsi que 82 % des Allemands sont opposés à de telles livraisons tout comme 69 % des Français et 64 % des Américains!

http://mounadil.wordpress.com/2013/05/01/peuples-dorient-et-doccident-sont-daccord-il-ne-faut-pas-armer-les-forces-qui-combattent-le-regime-syrien/

Jean Aziz et le face à face Iran – Arabie Saoudite au Liban et en Syrie

La thèse que je défends sur ce blog est que la crise syrienne a dès le départ donné lieu à une immixtion de forces étrangères à ce pays ; des forces qui ont engagé très tôt une action violente, parfois très professionnelle, contre l’appareil policier et militaire du régime.

Ces forces étrangères, non contentes d’armer militairement et d’outiller dans la guerre médiatique des citoyens syriens, qu’ils appartiennent à la mouvance des Frères Musulmans, du wahabbisme ou tout simplement à celle de ceux qui pensent que leur avenir personnel ou celui de leur clan pourrait être plus radieux sans Bachar al-Assad, ont fait venir des mercenaires de Turquie, de Jordanie, et même de Tunisie, de Tchétchénie et d’Europe (je ne parle pas là de Syriens résidant en Europe).

Il va sans dire que ceux qui espéraient une démocratisation de la vie politique en Syrie en sont pour leurs frais.

Jean Aziz, qu’on a déjà croisé sur ce blog, grossit peut-être un peu le trait, mais oui, nous assistons en Syrie à une guerre entre l’Iran et le Hezbollah d’une part, et l’Arabie Saoudite, le Qatar, la Turquie et les Etats Unis d’autre part.

Et c’est l’axe turco-arabo-occidental qui a pris l’initiative de cette guerre et a fait en sorte qu’elle perdure faute de possibilité de règlement politique qu’il s’est ingénié à empêcher, exactement comme en Libye.

Sauf que l’enjeu stratégique est nettement plus important en Syrie qu’en Libye et que si les Américains jouent là avec la sécurité de leur entité sioniste adorée, les monarques jouent peut-être leurs têtes !

Pourtant, dans un monde rationnel, cette crise aurait été réglée depuis longtemps ou n’aurait jamais eu lieu.

Mais un monde rationnel serait un monde où les Etats Unis au lieu de chercher la confrontation avec l’Iran, le Hezbollah et la Syrie, chercheraient à avoir des relations normales avec ces pays avec lesquels ils ne devraient avoir à priori pas de conflit aigu.

Oui, j’écris ces pays car je ne compte pas le Hezbollah qui n’existerait pas si les Etats Unis ne s’entêtaient pas à soutenir inconditionnellement une entité sioniste qui ne pourra jamais avoir un statut normal dans la région.

Même si, pour les pétromonarchies d’Arabie et du Qatar, tout l’enjeu d’une défaite de l’axe Syrie – Hezbollah – Iran est la possibilité de pouvoir enfin normaliser leurs relations avec l’entité sioniste et donc d’enterrer définitivement les droits du peuple palestinien.

L’objectif est illusoire certes et les monarques comme le Grand Turc devraient méditer ce propos de Kant :

Est illusion le leurre qui subsiste même quand on sait que l’objet supposé n’existe pas.

L’Iran contre la diplomatie saoudienne au Liban

 

par Jean Aziz,  Al-Monitor Lebanon Pulse, 29 avril 2013 traduit de l’anglais par Djazaïri

Trois semaines de développements de la situation au Liban ont suffi pour effacer le sentiment qu’une percée dans les relations entre l’Arabie Saoudite et l’Iran était proche, du moins au Liban. Ce sentiment avait pris corps le 6 avril quand le parlement libanais a désigné, dans un consensus presque total, le député de Beyrouth Tammam Salam pour former le nouveau cabinet.

Au début, il y avait certains signes qu’une percée dans la relation entre l’Arabie Saoudite et l’Iran était en vue. L’ambassadeur Saoudien à Beyrouth, Ali Awad Asiri, avait clairement fait une ouverture en direction du Hezbollah. A un point tel que certains avaient dit que l’Arabie Saoudite avait entamé des contacts directs avec la plus puissante organisation chiite du Liban par l’intermédiaire d’un officiel des services de sécurité libanais qui jouit de la confiance du secrétaire général du Hezbollah Hassan Nasrallah en personne. On a même dit que l’adjoint de Nasrallah, le Cheikh Naim Qassem devait se rendre en Arabie Saoudite à la tête d’une mission du Hezbollah avec la mission de discuter des relations entre la banlieue sud de Beyrouth et Riyad. La délégation devait aussi aborder le problème de la formation d’un nouveau gouvernement [au Liban] et l’acceptation d’une nouvelle loi pour les élections législatives pour faire en sorte que les élections interviennent avant la fin du mandat de l’assemblée actuelle le 20 juin et éviter ainsi au Liban d’aller vers l’inconnu.

Cette impression optimiste a vite disparu et il est devenu évident que la stratégie de la tension entre les axes saoudien et iranien reste d’actualité  jusqu’à nouvel ordre.

Il semble que les deux parties pratiquent un jeu de dupe pour améliorer leurs positions et leurs capacités en préparation d’une attaque surprise contre l’autre camp.

Sous couvert d’ouverture en direction du Hezbollah à Beyrouth, l’axe saoudien a l’œil rivé sur une bataille régionale pour renforcer le siège du régime syrien et renverser le président Bachar al-Assad. Au moment où les Saoudiens se préparaient à attaquer la capitale syrienne, ils avaient jugé prudent de ne pas ouvrir plus d’un front à la fois. Ils ont donc fait une trêve avec le Hezbollah et montré de la bonne volonté à l’égard de ce dernier, tandis que le nœud coulant arabo-turco-occidental se resserrait autour du cou d’Assad.

Image

Jean Aziz prend la pose entre Michel Aoun (à droite sur la photo) et Hassan Nasrallah

De leur côté, l’Iran et le Hezbollah ne se sont pas laissés berner par la manoeuvre saoudienne. Quelques jours après avoir commencé à tester les réactions de l’autre camp, l’Arabie Saoudite a commencé son attaque : les alliés libanais de Riyad ont durci leurs positions en formant un nouveau gouvernement et en définissant une loi électorale, ce qui a fait prendre conscience à l’axe du Hezbollah [le Hezbollah et ses alliés au Liban] de la manœuvre, ce qui a amené cet axe à changer de tactique. Le Hezbollah a alors contre attaqué sur presque tous les fronts.

Il semble que l’Arabie Saoudite avait misé sur une évolution favorable de la situation militaire en Syrie quand  cette évolution a en fait été favorable au camp iranien. Un facteur sur le terrain a inversé la donne : en deux semaines, les forces pro-régime ont avancé dans toutes les régions autour de Damas et de Homs. Ce développement a placé les 370 kilomètres de frontière syro-libanaise sous le contrôle du régime syrien et de ses alliés au Liban. Ce qui a piégé et isolé une partie significative des Sunnites – qui sont traditionnellement soutenus par l’Arabie Saoudite et sont près d’un demi-million à Akkar et à Tripoli – par l’interposition de l’armée syrienne et de ses alliés libanais.

Mais la riposte contre l’Arabie Saoudite au Liban a d’autres manifestations: la visite du Hezbollah à Riyad dont on parlait n’a jamais eu lieu et on a appris que Nasrallah est allé à Téhéran dernièrement. Malgré de nombreuses conjectures sur les objectifs de cette visite et son timing, le Hezbollah a ostensiblement gardé le silence sur ce sujet. Le parti ne l’a ni confirmée, ni infirmée. Cependant, des photos de Nasrallah rencontrant le Guide Suprême Iranien Ali Khamenei ont été publiées sur les réseaux sociaux. Des cercles proches du Hezbollah affirment que la photo était tirée d’archives, mais la photo n’a pourtant pas l’air bien ancienne.

Une autre manifestation de la contre attaque a été l’annonce par Israël de la destruction au dessus de la mer au large d’Haïfa d’un drone venu du Liban. Mais à la différence d’incidents similaires, comme quand Israël avait détruit le drone Ayyoub le 9 octobre 2012, le Hezbollah a promptement démenti avoir un rapport quelconque avec cette affaire. Certains ont interprété ce démenti comme étant causé par l’échec du drone «Ayyoub 2» à pénétrer en profodeur en territoire israélien. Mais le drone avait peut-être simplement comme objectif de survoler les champs gaziers israéliens en Méditerranée. Dans ce cas, le drone a réussi à envoyer le message à Israël, ce qui explique aussi le démenti du Hezbollah.

Ces deux derniers jours, ce cercles proches du parti ont traité cette affaire d’une manière évasive en demandant: Et si toute cette affaire se résumait à un gamin du sud Liban qui jouait avec un avion télécommandé amenant les Israéliens à suspecter le Hezbollah de leur faire la guerre ?

Certains à Beyrouth pensent que la contre attaque iranienne contre les avancées de l’Arabie saoudite, qui se sont traduites par la démission de l’ancien premier ministre Libanais Najib Mikati se déploie bien au-delà de la scène libanaise pour toucher le Bahreïn et même l’Irak. On a parlé de découvertes de caches d’armes pour l’opposition bahreïnie à Manama ; et les troupes du premier ministre Irakien Nouri al-Maliki sont entrée à Hawija et menacent de faire la même chose à Anbar.

Toutes choses qui confirment une fois encore que tout accord entre les Libanais doit se faire sous des auspices internationaux, c’est-à-dire au minimum une entente entre Washington et Téhéran. Mais une telle entente ne pourra sans doute pas intervenir tant que ne se seront pas produits certains événements, que ce soient les élections présidentielles en Iran en juin prochain ou les résultats des discussions d’Almaty sur le nucléaire (si elles reprennent).

Entre temps, la situation libanaise va déboucher soit sur la prolongation de la crise par la prolongation du mandate du parlement et le report de la formation d’un nouveau gouvernement, soit sur l’explosion de la situation!

La plupart des organisations libanaises et des parties étrangères préfèrent la première option.

Jean Aziz est un collaborateur d’ Al-Monitor’s Lebanon Pulse. Il est éditorialiste au journal libanais Al-Akhbar et anime une émission de débat politique sur OTV, une chaîne de télévision libanaise.

Ajoutons que ce chrétien a d’abord appartenu aux Forces Libanaises, un mouvement d’extrême droite avant de rejoindre le général Michel Aoun sur une position nationaliste, modérément antisyrienne (ou modérement prosyrienne), favorable à l’entente interconfessionnelle et hostile à l’entité sioniste. C’est pourquoi on dit qu’il est proche du Hezbollah. Il l’est à peu près à la façon de Michel Aoun.

http://mounadil.wordpress.com/2013/04/30/jean-aziz-et-le-face-a-face-iran-arabie-saoudite-au-liban-et-en-syrie/