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De la guerre impérialiste contre la Syrie : Erdogan Pacha, le dernier des sultans ottomans

Erdogan sultan

Généralités

Lors d’une réception au palais présidentiel à Damas, le 9 août 2011, le chef de la diplomatie turque, Ahmet Davutoglu, adressa au président syrien, Bachar al-Assad, un message dur et ferme, et lui demanda de mettre fin à la « répression sanglante des manifestations pacifiques en Syrie [1] » avant qu’il fût trop tard.

En ce jour inoubliable, M. Davutoglu arriva à Damas, après avoir chevauché jours et nuits à travers le plateau anatolien. Lors de son arrivée aux murailles de la ville, il contourna les souks et les caravansérails de l’ancien quartier, et se précipita rapidement vers Qasr al-Muhajerine – le palais présidentiel – entouré de fleurs d’acacia et de gardénia. Sans laisser sécher la sueur qui perlait sur son front ni repousser la poussière qui couvrait sa poulaine [2] ; il s’appuya sur le bâton et le gant de Charlemagne [3], et se tint debout devant Assad, comme Ganelon [4] devant Marsile [5] ; et plein d’arrogance, il commença son discours en tant que messager de la Sainte-Alliance arabo-atlantique.

En effet, Ahmet Davutoglu fut arrivé à la capitale des Omeyyades porteur d’un message «déterminé», selon l’expression du premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan ; M. Davutoglu fut envoyé par la Sainte-Alliance pour livrer au président syrien Assad un message occidental, mis dans une enveloppe arabique et payé en timbres turcs issus de la PTT (posta ve telgraf teşkilatı) [6].

Au début de la guerre impérialiste contre la Syrie

Il suffit de faire ici le parallèle avec les déclarations des chefs atlantiques et arabiques, de la même période, pour savoir à quel point la Turquie était impliquée, dès le début, dans la guerre contre la Syrie. La preuve en est que lors de sa rencontre avec le président Assad, M. Davutoglu déclara que la Turquie ne pourrait pas rester spectatrice face à des événements survenant dans un pays avec lequel elle partageait une frontière d’environ 900 km, des liens historiques, culturels et familiaux [7]. Il ajouta aussi que le message d’Ankara serait désormais plus strict, plus fort et plus clair ; la Turquie se tenait au bout de sa patience, ajouta-t-il [8].

Le soir même, la secrétaire d’État des États-Unis, Hillary Clinton, demanda à M. Davutoglu de dire au président Assad qu’il dût « renvoyer ses soldats dans leurs casernes » [9]. De son côté, l’Union européenne envisagea de nouvelles sanctions. Le service diplomatique européen fut chargé de préparer une liste d’options pour aller au-delà de ce qui était en vigueur [10] ; et la France, qui dissimulait une rancune de nature colonialiste envers la Syrie,  se prononça pour la mise en œuvre d’une transition du pouvoir : «  le temps de l’impunité est révolu pour les autorités syriennes », indiqua Christine Fages, alors porte-parole ajointe du ministère des Affaires étrangères [11].

Il est à noter ici que les émirs et sultans arabiques, crainte de rater l’ouvre-bouche [12], exhortèrent la Syrie à mettre fin à l’ « effusion de sang ». Le roi Abdallah d’Arabie saoudite déclara que la Syrie n’avait que deux choix pour son avenir : « opter volontairement pour la sagesse ou s’enliser dans le chaos et la violence », résuma-t-il dans un communiqué au ton inhabituellement sévère à l’égard de l’État syrien. De son côté, le chef de la diplomatie koweïtienne, cheikh Mohammed Al-Sabah, rendit hommage à la décision similaire de l’Arabie saoudite. Plus tard, l’État du Bahreïn se joignit au festin et prit part du Rôt [13] : « Bahreïn a décidé de rappeler son ambassadeur à Damas pour consultation et appelle à la sagesse en Syrie », déclara le ministre des Affaires étrangères bahreïni, cheikh Khaled Ben Ahmad Al-Khalifa [14]. En effet, ces émirs et sultans arabiques, ces despotes et tyrans des monarchies absolues du monde arabe, se précipitèrent au festin Faisan [15] de l’Union européenne, non seulement pour célébrer le déclenchement de la guerre impérialiste contre la Syrie, mais aussi pour mettre de l’huile sur le feu de la haine religieuse envers les minorités musulmanes hétérodoxes partout dans le monde musulman.

En dépit des menaces directes et sous entendues, la Syrie rejeta l’ultimatum de la Sainte-Alliance ; et la conseillère politique du président syrien, la Dr. Bouthaina Shaaban, prévint que le diplomate [turc] devrait s’attendre à un accueil glacial et que la Syrie serait prête à livrer à Ankara un message encore plus ferme que celui de M. Davutoglu, rejetant ainsi l’ultimatum :

Si […] Davutoglu vient délivrer un message déterminé à la Syrie, alors il entendra des propos encore plus déterminés concernant la position de la Turquie. La Turquie n’a toujours pas condamné les meurtres sauvages de civils et de soldats par les groupes terroristes armés, a-t-il dit à l’agence SANA [16].

Suite au rejet de l’ultimatum par l’État syrien, la guerre impérialiste contre la Syrie fut déclenchée, et les ingérences étrangères prirent une ligne ascendante.

M. Davutoglu retourna à Ankara portant déçu et échoué de « faire peur » au président syrien Assad, et ses menaces furent emportées par le vent ; la Syrie eut déjà prit une décision ferme et déterminée : résister, confronter et mener le pays vers une victoire décisive, malgré le taux élevé des sacrifices.

En réaction à la décision de l’État syrien, la Sainte-Alliance décida d’enlever le masque et de montrer son visage effrayant : ou Assad démissionne ou la Syrie sera détruite complètement. Ainsi, des opposants prétendus se furent réunis à Istanbul dans le but de créer un front uni contre l’État syrien ; le lendemain, le misérable Conseil national syrien (CNS) naquit, présidé alors par un universitaire basé à Paris, monsieur Burhan Ghalioun [17].

Deux jours plus tard, le 4 octobre 2011, la création  du CNS fut suivie d’un projet de résolution au Conseil de sécurité de l’ONU condamnant la Syrie, mais qui fut opposé par un double veto russe et chinois. Moscou s’opposa à « l’approche d’affrontement » qui irait « à l’encontre d’un règlement pacifique de la crise », tandis que Pékin rejeta l’« ingérence dans les affaires intérieures » d’un pays [18].

Nous étions encore au début de la guerre impérialiste contre la Syrie.

Erdogan Pacha : le sceau du califat ottoman

Tout ce que nous avons mentionné ci-devant appartient d’ores et déjà à l’histoire ; l’État syrien n’a pas seulement résisté face à la guerre impérialiste la plus atroce du siècle, mais son armée mène des victoires décisives sur le terrain contre des vagues de « nouveaux Mongols » qui avaient envahi le territoire syrien par la grâce et la bénédiction du calife d’Istanbul, Erdogan Pacha.

Pourtant, aujourd’hui Erdogan n’est plus un sadrazam [19], ni Davutoglu un reis efendi [20]À la deuxième semaine d’un mouvement de contestation sans précédent, les forces démocratiques turques apprennent leurs préparatifs ; elles continuent à se précipiter vers les places publiques et à crier leur ras-le-bol contre le gouvernement Erdogan. Les manifestants sont des militants de la société civile, des élèves, des étudiants, des sans-emplois, des partisans de l’opposition de gauche et de l’extrême gauche ainsi que des écologistes. Leurs revendications : d’abord l’abandon par le gouvernement d’un projet immobilier sur la place Taksim, épicentre de l’actuel soulèvement à Istanbul et symbole historique de la république et du laïcisme turcs. Un projet qui prévoit notamment la construction d’une mosquée et d’un gigantesque centre commercial. Cependant, l’opposition à ce projet n’est qu’un prétexte pour de nombreux Turcs pour faire entendre leur frustration vis-à-vis les limitations des libertés publiques et les politiques anti-démocratiques de l’AKP, le parti au pouvoir.

Sur un autre plan, il faut mentionner ici l’article publié cette semaine dans le magazine britannique The Economist, traitant des derniers événements à la place Taksim à Istanbul. L’intérêt que présente un tel article ne se trouve pas certainement dans son contenu – un contenu qui ne rompt pas, évidemment, avec le discours occidental « classique » sur l’Orient et les Orientaux –, ni dans l’approche que l’auteur suit, mais bien plutôt dans le titre qu’il porte « Turkey’s troubles : Democrat or Sultan ? » [21] ainsi que dans le montage du portrait du sultan ottoman Selim III avec la tête du premier ministre turc M. Erdogan.

Tout tourne autour du point suivant : pour que le magazine The Economist – un magazine monopole lié certainement aux centres de pouvoir impérialistes – publie un tel article avec un tel titre et une telle photo, prenant en critique un allié le plus fidèle à la Sainte-Alliance dans sa guerre contre la Syrie, il devrait avoir une bonne raison. Or, cette « bonne » raison ne se trouve nécessairement pas dans les paragraphes de l’article ni dans le discours qu’il propage à propos de la démocratie. Autrement dit, l’impression créée au moment de la lecture de l’article mentionné ci-dessus est la suivante : Erdogan Pacha est en train d’abuser la démocratie, et le magazine The Economist l’avertit ; tout simplement ! Malheureusement, une telle lecture fait partie de ce que l’on appelle « le degré zéro de l’esprit critique » voire « le stade suprême de la naïveté politique ». Certainement, la raison pour laquelle cet article apparaît dans The Economist à ce moment précis se trouve ailleurs ; surtout quand on sait que ce n’est pas la première fois, pendant les 10 ans de mandat, que M. Erdogan « abuse » la démocratie dans son pays ; ni la première fois non plus qu’il met de l’huile sur le feu de la haine chauviniste et religieuse contre les groupes ethniques et religieux de la Turquie, tels que les Kurdes, les Arméniens et les alaouites, sans qu’il soit protégé et couvert par le silence des médias monopoles, qui jouaient, jusqu’à la veille, l’aveugle, le sourd et le muet face aux pratiques hostiles du monsieur Erdogan.

Pour rappel, monsieur Erdogan et son ministre des Affaires étrangères M. Davutoglu se présentent en tant que fer de lance de la guerre impérialiste contre la Syrie ; et pendant deux ans et quelque, ils prononcent un discours « surprenant » sur les droits de l’homme, la démocratie, la liberté, la justice, la tolérance ; promettant ainsi aux peuples des « anciennes provinces arabes » de l’Empire ottoman une nouvelle ère de lumière, de justice et de prospérité, jusqu’au point où nous aurions cru voir Voltaire et Montesquieu – que la paix soit sur leurs noms – s’adressant aux masses arabes en personnes d’Erdogan et de reis efendi Davutoglu.

À plus forte raison, la parution d’un tel article dans le magazine The Economist doit être lu dans le contexte des victoires décisives que mène l’armée arabe syrienne sur le terrain contre les groupes takfiris, qui prennent des régions turques frontalières avec la Syrie un arrière-front. Autrement dit, il faut bien dire que les centres de pouvoir impérialistes ne connaissent pas d’amis permanents ni d’ennemis permanents, mais bien plutôt d’intérêts permanents ; et qu’après deux ans et quelque de guerre impérialiste contre la Syrie, dont les « joueurs » principaux étaient jusqu’à la veille le sadrazam M. Erdogan et sonreis efendi M. Davutoglu, la Sainte-Alliance a échoué à renverser le régime du président Assad, malgré les chiffres catastrophiques des pertes matérielles et humaines, malgré aussi le recours à tous les Centaures [22] et les Minotaures [23] de Hadès. Ce qui revient à dire que les puissances impérialistes cherchent désormais à remplacer M. Erdogan, qui vient de recevoir la « carte rouge », par un autre « joueur » turc, qui serait prêt à courir, comme un Maradona, dans le stade d’un certain compromis international prévu sur la Syrie entre Moscou et Washington.

Le peuple turc demande le départ d’Erdogan

Il y a un an et demi, précisément le 22 novembre 2011, M. Erdogan, avait exhorté le président syrien Bachar al-Assad à quitter le pouvoir afin de « prévenir davantage d’effusion de sang » dans le pays : « Pour le salut de ton peuple, de ton pays et de la région, quitte désormais le pouvoir », a-il déclaré au Parlement devant le groupe parlementaire de son parti de la justice et du développement, AKP [24].

Or, dix-huit mois plus tard, aujourd’hui sur la place Taksim et dans le parc Gezi à Istanbul,  des milliers de militants turcs de la société civile et des forces démocratiques, qui sont ensuite descendus chaque jour dans les rues de tout le pays, réclament maintenant la démission du premier ministre, Recep Tayyip Erdogan, qu’ils accusent de diriger un gouvernement conservateur qui tente d’islamiser le pays et de réduire la portée de la démocratie et de la laïcité.

Dans la plaine avec les Douze

Ainsi, Jésus descendit de la montagne avec les douze Apôtres et s’arrêta dans la plaine. Il y avait là un grand nombre de ses disciples, et une foule de gens venus de toute la Judée, de Jérusalem, et du littoral de Tyr et de Sidon (…) Regardant alors ses disciples, Jésus dit : « Qu’as-tu à regarder la paille dans l’œil de ton frère, alors que la poutre qui est dans ton œil à toi, tu ne la remarques pas ? Pourquoi vois-tu la paille qui est dans l’œil de ton frère et n’aperçois-tu pas la poutre qui est dans ton œil à toi ! Ou comment peux-tu dire à ton frère : Frère, laisse-moi ôter la paille qui est dans ton œil, toi qui ne vois pas la poutre qui est dans le tien ? Hypocrite, ôte premièrement la poutre de ton œil, et alors tu verras comment ôter la paille qui est dans l’œil de ton frère » [25].

Fida Dakroub, Ph.D

 

Blog officiel de l’auteur : www.fidadakroub.net

Source de l’image : Democrat or sultan? The Economist, 8 juin 2013.

Notes

[1] Today’s Zaman. (8 août 2011). “Davutoğlu to deliver harsh message to Damascus”. Récupéré le 08 août 2012 de

http://www.todayszaman.com/news-253150-davutoglu-to-deliver-harsh-message-to-damascus.html

[2] La poulaine est une chaussure du Moyen Âge (XIVe siècle) allongée, à l’extrémité pointue mesurant jusqu’à 50 cm, généralement relevée. Plus l’on appartenait à une classe sociale élevée, plus la pointe était longue. Pour les rois, la taille de l’extrémité pouvait être aussi grande que voulu. Le bout est rembourré de mousse ou chanvre pour la rigidité de la pointe.

[3] Dans « La Chanson de Roland », le bâton et le gant de l’empereur Charlemagne signifient le pouvoir conféré au messager.

[4] Personnage littéraire de « La Chanson de Roland », Ganelon est le fils de Griffon, comte d’Hautefeuille. Il est le beau-père de Roland. Il est le messager de Charlemagne au roi de Saragosse. Pourtant, c’est lui qui trahit Roland en le mettant à l’arrière-garde qui devait se faire attaquer par les sarrasins. Pour cette raison il est d’une certaine manière devenu, dans la tradition française, l’archétype du félon ou du traître.

[5] Marsile est le nom d’un personnage légendaire figurant dans « La Chanson de Roland » ou « La Chanson de Roncevaux ». Il est le roi sarrasin de Saragosse et ennemi de Charlemagne.

[6] Abréviation turque de « Posta ve Telgraf Teşkilatı Genel Müdürlüğü » ou La Direction générale des postes et des télécommunications turques.

[7] Le Point. ( 9 août 2011) Syrie: le chef de la diplomatie turque arrivé à Damas avec un message ferme pour Assad. Récupéré le 18 août 2012 de

http://www.lepoint.fr/monde/syrie-le-chef-de-la-diplomatie-turque-arrive-a-damas-avec-un-message-ferme-pour-assad-09-08-2011-1361030_24.php

[8] Today’s Zaman, loc. cit.

[9] Le Monde. (8 août 2012). Le président syrien de plus en plus isolé après le rappel d’ambassadeurs de pays arabes. Récupéré le 27 août 2012 de

http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2011/08/08/l-arabie-saoudite-rappelle-son-ambassadeur-en-syrie-et-critique-le-regime_1557154_3218.html

[10] loc.cit.

[11] loc.cit.

[12] Au Moyen-âge, le banquet commence par des salades ou des fruits frais de saison afin de préparer l’estomac à recevoir des plats plus riches.

[13] Au Moyen-âge, le banquet comprenait aussi « le Rôt », un plat principal qui se composait de viandes rôtis accompagnées de sauces diverses.

[14] Le Monde. (8 août 2012). loc. cit.

[15] La cour de Bourgogne développa une étiquette de la table sans précédent par son raffinement et sa ritualisation. Elle fit de chaque banquet un spectacle permanent. Le plus célèbre, auquel assistèrent d’ailleurs des centaines de convives et de spectateurs, était le banquet du Faisan, tenu à Lille en 1454.

[16] Le Devoir. (8 août 2011). Damas passe de nouveau à l’attaque. Récupéré le 18 août 2012 de

http://www.ledevoir.com/international/actualites-internationales/328916/damas-passe-de-nouveau-a-l-attaque

[17]Le Devoir. (4 octobre 2011). Mabrouk ! – Syrie : euphorie et émotion accueillent la création du Conseil national. Récupéré le 18 août 2012 de

http://www.ledevoir.com/international/actualites-internationales/332818/mabrouk-syrie-euphorie-et-emotion-accueillent-la-creation-du-conseil-national

[18] Radio Canada. (5 octobre 2011). Résolution de l’ONU sur la Syrie : le veto sino-russe critiqué par l’opposition, applaudi par Damas. Récupéré le 21 août 2012 de

http://www.radio-canada.ca/nouvelles/International/2011/10/05/004-syrie_resolution_onu-critiques-veto_russie_chine.shtml

[19] Le sadrazam ou le grand vizir était le premier ministre de l’Empire ottoman.

[20] Le reis efendi était le ministre des Affaires étrangères de l’Empire ottoman.

[21] The Economist. (8 juin 2013). “Turkey’s troubles. Democrat or sultan?”.  Récupéré le 10 juin 2013 de

http://www.economist.com/news/leaders/21579004-recep-tayyip-erdogan-should-heed-turkeys-street-protesters-not-dismiss-them-democrat-or-sultan

[22] Dans la mythologie grecque, les Centaures étaient des créatures mi-hommes mi-chevaux. Ils descendaient d’Ixion, le premier homme à avoir assassiné un membre de sa famille, et qui conçut le premier Centaure en s’unissant à une nuée à laquelle Zeus, le dieu suprême, avait donné la forme de son épouse, Héra. Les Centaures vivaient en Thessalie, autour du mont Pélion, et étaient considérés comme des êtres sauvages, non-civilisés.

[23] Dans la mythologie grecque, le Minotaure ou « taureau de Minos » est un monstre assez hideux à tête de taureau et au corps d’homme. Le Minotaure est né des amours de la reine de Crète Pasiphaé et d’un taureau blanc que le roi Minos n’avait pas sacrifié à Poséidon.

[24] Le Monde. (22 novembre 2011). Le premier ministre turc demande le départ de Bachar Al-Assad. Récupéré le 12 juin 2013 de

http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2011/11/22/le-president-turc-abdullah-gul-avertit-de-nouveau-bachar-al-assad_1607282_3218.html

[25] Évangile de Jésus selon Luc, (6 :41 – 42).

Docteur en Études françaises (The University of Western Ontario, 2010), Fida Dakroub est écrivain et chercheur en théorie bakhtinienne. Elle est  aussi militante pour la paix et les droits civiques.

http://www.mondialisation.ca/de-la-guerre-imperialiste-contre-la-syrie-erdogan-pacha-le-dernier-des-sultans-ottomans/5338824

Rôde l’insaisissables S-300, qui arrive, s’en va, revient…

Hier, à 16H00, c’était assuré : au moins un contingent de S-300 russes était arrivés en Syrie, selon une déclaration télévisée de Bachar Al-Assad non encore diffusée mais dont on avait “fuité” quelques extraits. Hier, à 18H00, la chose était démentie : mais non, Assad ne dit pas du tout cela, ou, dans tous les cas, il ne dirait pas cela. Il n’y a pas de S-300 en Syrie. Hier, en fin de soirée, après la transmission de l’interview d’Assad, on restait tout de même dans l’incertitude : Assad n’a pas dit que des S-300 étaient arrivés en Syrie, mais il n’a pas dit non plus que des S-300 n’étaient pas arrivés en Syrie, – simplement parce qu’il a refusé de répondre à la question précise sur le cas. Par contre, il a dit que les Russes ont toujours rempli leurs obligations contractuelles vis-à-vis de la Syrie, et comme il y a eu un contrat signé pour des S-300… Ce qui veut dire à peu près tout, que des S-300 ont été livrés, qu’ils sont en cours de livraison, qu’ils seront livrés plus tard…

Les nouvelles ont donc dû être ajustées selon ces nouveaux développements, comme le fait DEBKAFiles, le 30 mai 2013 en citant comme toujours des “sources du renseignement israélien”, comme nous-mêmes après tout avec ce texte, après notre texte du 30 mai 2013… Le Guardian qui, comme tout le monde, avait annoncé la livraison des S-300 (ce 30 mai 2013), puis dans sa rubrique Live avait démenti («Earlier reports that Assad claimed he had received a first shipment of anti-aircraft missiles from Russia appear to have been wrong»), aboutit finalement à un commentaire mi-figue mi-raisin, où l’on admirera la rhétorique à la fois retenue et pourtant évocatrice qui est finalement un reflet assez exact de la perception qu’on a de cette situation… (Ce 31 mai 2013.)

«Syria’s president, Bashar al-Assad, has said Russia will deliver anti-aircraft missiles to Syria – a claim likely to dramatically increase tensions in the region and which could provoke the Israelis to launch a future strike against the weapons. In an interview with Lebanon’s al-Manar channel Assad refused to confirm if Moscow had already begun to deliver long-range S-300 air defence rockets. But he said he expected the Kremlin to fulfil the order, and added: “All our agreements with Russia will be implemented and parts of them have already been implemented.” […]

«There was confusion on Thursday in western capitals after an early version of the interview quoted Assad as saying the S-300s had already arrived. US officials said they did not know the situation. One high-ranking Israeli official said: “We are trying to find out exactly what the situation is but currently we just don’t know.” Analysts said it was possible some elements of the S-300 system – made up of launchers, radar and a command-and-control vehicle – had turned up but doubted the system was yet operational.»

L’annonce initiale de l’affirmation supposée d’Assad de la livraison d’une première série de S-300 avait provoqué un amoncellement de commentaires, selon les hypothèses sur l’attitude d’Israël qui avait auparavant annoncé qu’il attaquerait une telle livraison de S-300. Parmi ces commentaires, retenons celui de Giora Eiland que nous avons déjà cité (voir le 27 mai 2013), qui exprime la préoccupation générale des milieux de sécurité nationale israéliens : «If we do something soon after the transfer, we might have business not only with Syria but with the Russians. This is a real hot potato.» D’une façon générale, les Israéliens reportent leur frustration dans cette affaire sur les Européens, dont ils estiment que la décision de lever l’embargo sur les armes pour les rebelles est la cause de cette aggravation générale de la perception de la situation. Un officiel est cité par le Guardian, qui parlait alors qu’on tenait pour assurée la livraison d’un premier contingent de S-300, mais qui exprime un sentiment israélien général, livraison effective ou pas :

«This move will certainly change the whole dynamic. This is mostly as a result of the EU’s reckless decision to lift the arms embargo. I don’t know if the shipment of the missiles was a direct result of that decision, but it certainly gave the Russians a pretext to go ahead and do what they wanted to do in the first place. If they had any misgivings, doubts about the timing, the EU decision rid them of these.»

Les Russes, eux, sont restés complètement silencieux durant tout cet épisode d’hier avant d’affirmer qu’aucun envoi de S-300 opérationnels n’avait encore été fait, et ce silence est plutôt le signe de l’inflexibilité de leur position principielle générale, telle que les Israéliens ont pu s’en apercevoir lors des rencontres qu’ils ont eues avec eux à propos des S-300. Les Russes ne bougent pas d’un pouce ; sur le fait en débat, ils s’en tiennent à leur position bien connue qui est, d’abord, que le contrat signé en 2010 sera honoré d’une façon ou l’autre ; qui est, ensuite, que le S-300 est un “facteur stabilisant” (voir Russia Today le 28 mai 2013), parce qu’il est là pour dissuader Israël, et d’autres bien entendu, d’attaquer. La position des Russes est ainsi caractéristique, ou dans tous les cas symbolique : ils entendent montrer et sans doute garder le plus grand sang-froid, d’abord parce que leur ligne inflexible le leur permet, ensuite parce qu’ils tiennent les cartes de cette séquence en mains (c’est eux qui sont la source de livraison des S-300) ; et ils observent, sans doute avec une certaine ironie, le désordre et l’alarme extraordinaire causés par une annonce “fuitée”, puis démentie, puis apparaissant comme pas tout à fait complètement démentie… Si le discours très vague et sans signification d’Assad maintient tout de même la tension, c’est parce que, quelques heures auparavant, il y a eu l’épisode de la “fuite” qui, même s’il était basé sur une fausse interprétation ou bien sur une interprétation volontairement distordue (une telle manœuvre, si non e vero, e ben trovato), a suscité une situation de vérité : la mise à nue de l’extrême tension qui entoure une affaire finalement très secondaire (le cas des S-300) dans l’étrange et insaisissable “guerre syrienne”. Mais cette “affaire secondaire” exprime aujourd’hui le climat général. Tout cela montre la sensibilité extrême, l’absence de contrôle même, qui caractérise, du côté du bloc BAO, y compris et surtout du côté des Israéliens qu’on a connus plus maîtres d’eux, tout ce qui concerne la Syrie. La cause de ce climat est que la position du bloc BAO vis-à-vis de la Syrie est elle-même structurée sur une vision et une référence complètement distordues par la narrative générale, donc par une construction d’une fausse réalité, finalement très déstabilisante pour les psychologies.

C’est cet aspect qui est intéressant, cet emballement, cette dramatisation, jusqu’à l’évocation d’un affrontement entre Israël et la Russie qui est pour certains la voie vers une guerre généralisée, qui se déclenchent sur la foi d’une information “fuitée”, concernant un aspect très secondaire du conflit. La confusion est d’ailleurs étendue à l’objet du litige, puisque les avis continuent à être très divergents sur les capacités opérationnelles du S-300. Mais finalement, lorsque le Guardian qualifie ce missile de “game-changer” (le 30 mai 2013), il a raison psychologiquement, et c’est ce qui compte : quelles que soient les performances du S-300, l’idée que sa livraison constitue un élément fondamentalement nouveau, sans vraiment d’autres précisions ni la moindre certitude, est désormais un fait politique avéré d’une grande importance, qui a effectivement changé la situation de la “guerre syrienne”… Et des précisions techniques disponibles, on ne retient que celles qui alimentent l’incertitude aggravant le désarroi et la tension. Cet officiel du ministre de la défense russe énumère pour Reuters les limitations de l’efficacité du S-300, qui est un engin déjà ancien, mais on ne retient que la dernière remarque (soulignée en gras par nous), qui est anodine dans son évidence, – mais qui convient à l’état de la psychologie autour de la “guerre syrienne” aggravée par le S-300 :

«A Russian defence ministry source has told Reuters he knew of no qualified Syrians trained by Moscow to use the S-300s, putting the completion of the anti-aircraft system in Syria at “six to 12 months from now”. He added that the Israelis “likely have a million ways to combat the S-300 electronically”, but said that since these methods had not been tested in war “whether the S-300 would fail or not cannot be known.”»

L’épisode d’hier, qui est un épisode lorsqu’il est appréciée dans son intégralités sans aucun élément nouveau, a pourtant complètement modifié le climat, et changé la psychologie autour de la “guerre syrienne”. Il l’a soudain rendu ce climat beaucoup plus tendu et alarmant dans sa potentialité effective, et non plus théorique, en agitant la possibilité très concrète d’un affrontement entre Israël et la Russie, – affrontement que ni l’un ni l’autre ne veulent pourtant, et qu’ils tenteront à tout prix d’éviter (mais sans céder sur l’essentiel dans le cas des Russes). On voit bien l’influence de l’infrastructure crisique où se trouve embourbée cette “insaisissable guerre syrienne”, totalement caractérisée du côté du bloc BAO par l’incohérence, la confusion, la narrative comme référence des politiques conduites, et cela si complètement grossi par le système de la communication que la vérité de la situation finit par en être influencée. La crise syrienne s’est donc brusquement aggravée hier sans que rien de concrètement nouveau n’ait eu lieu, et à cause d’un épisode complètement secondaire (les S-300) par rapport à la substance de la crise. Voilà une bonne définition de la vérité générale elle-même de la situation, qui est de faire d’une crise (la crise syrienne) qui n’a en elle-même qu’une importance secondaire, la messagère et l’expression de toutes les tensions intérieures suscitées par la crise générale du Système.

 

Mis en ligne le 31 mai 2013 à 06H48

http://www.dedefensa.org/article-r_de_l_insaisissables_s-300_qui_arrive_s_en_va_revient_31_05_2013.html

Poursuite de l’aventureuse épopée des S-300

L’épopée des S-300 russes promis aux Syriens se poursuit, et il n’est pas assuré que la décision européenne (par non-décision) de lever l’embargo sur les armes à destination des rebelles syriens, ainsi que les avertissements israéliens, n’aient pas largement contribué à ce qui serait une livraison d’ores et déjà faite d’un premier contingent de S-300. C’est dans tous les cas le président syrien Assad lui-même qui assure que cette livraison est faite, dans une interview qui doit être diffusée ce soir à la télévision, et dont des extraits obtenus par le journal sont publiés par Al Akhbar ce 30 mai 2013.

«“Syria has received the first batch of Russian S-300 anti-aircraft missiles,” Assad declared in the interview to be aired Thursday night on Al-Manar, pointing out that, “the rest of the load will arrive soon.”

»Assad said that the Syrian army has made great achievements on the ground against the armed groups, adding that the military balance of power has completely turned in the army’s favor. “Syria and Hezbollah are in one axis. There are Hezbollah fighters in the border areas with Lebanon, but the Syrian army is the force that is fighting and managing battles in the face of the armed opposition groups,” Assad said.»

• La nouvelle a aussitôt été reprise par le site DEBKAFiles, le 30 mai 2013 : «Directly taunting Israel, Syrian president Basher Assad says in an interview prerecorded for broadcast Thursday night, May 30, that the first batch of Russian S-300 anti-air missiles has arrived in Syria and a second consignment is on the way. The broadcast is scheduled to air simultaneously Thursday night over Hizballah’s Al Manar and Syrian state television channels. The Syrian ruler was replying directly to the quote from Israel’s National Security Adviser Yakov Amidror that the S-300 batteries have not been delivered yet and when they are, Israel will destroy them.

»Wednesday, May 29, DEBKAfile reported the landing at Latakia airport of a large Russian transport carrying 60 tons of unidentified freight. Labeled by Moscow “humanitarian aid,” it was in fact the first S-300 delivery to which Assad referred… […]

»DEBKAfile’s military sources add: Moscow has made a point of stressing that the S-300s for Syria will arrive accompanied by Russian officers and advisers, in the belief that Israel will think twice before tangling with Moscow by attacking the missiles still in their crates and risking harm to Russian personnel. This eventuality came up in the tough conversation Prime Minister Binyamin Netanyahu had with Russian President Vladimir Putin in Sochi on May 14…»

• Ces derniers jours, Israël a donné diverses variations sur le thème des S-300. Deux commentaires d’officiels (voir Antiwar.com le 29 mai 2013) ont été dans le sens extrêmement belliqueux d’une probabilité d’attaque d’Israël, d’ailleurs dans deux circonstances différentes puisque l’une prévoit une attaque pour empêcher les S-300 de devenir opérationnel (ce qui implique éventuellement une attaque en Syrie), et l’autre rien de moins qu’une attaque de navires russes transportant les missiles, de la part du ministre israélien de la défense… (Mais il semble bien que les S-300 aient été transportés par air, – ce qui rendrait la déclaration du ministre à la fois inutile, et inutilrement provocatrice, et éventuellement assez mal informée.)

Antiwar.com expose ces interventions israéliennes… «In a meeting with European Union ambassadors, Israeli National Security Advisor Yaakov Amidror declared the Syrian government’s imminent acquisition of S-300 anti-aircraft missiles to be a “red line” that would obligate Israeli military action to prevent them becoming operational. […] The comments come just a day after Israeli Defense Minister Moshe Ya’alon suggested in an interview that Israel might attack the Russian Navy in an attempt to sink the ships and prevent the delivery. That is seen as extremely unlikely given Russia’s military capabilities.»

• En même temps que se déroulaient ces divers événements et qu’on prenait connaissance de ces diverses déclarations, le Guardian annonçait qu’une délégation d’officiels du renseignement israélien s’était rendue à Moscou de toute urgence dans la nuit de mardi pour tenter de convaincre les Russes de ne pas livrer les S-300, – qui sembleraient alors avoir d’ores et déjà été livrés, sinon en cours de livraison. Dans le même article dfu 29 mai 2013, le journal britannique rapportait des déclarations d’officiels israéliens contredisant nettement certaines des déclarations belliqueuses rapportés ci-dessus, et apaiser une certaine tension diplomatique. “Notre ego est développé, disait en substance un officiel israélien, mais pas au point de nous risquer à attaquer un objectif russe”. L’idée serait alors plutôt éventuellement celle de Yaakov Amidror, d’attaquer les missiles alors qu’ils sont livrés aux Syriens, en évitant soigneusement de toucher des Russes. (Le même comportement était observé par Israël lors de conflits précédents avec des pays arabes, ou par les USA lors de divers engagements durant la guerre froide, lorsque du matériel russe était livré, notamment au Vietnam : c’est-à-dire s’abstenir d’intervenir si l’on risque de toucher des personnes ou des biens de nationalité russe [soviétique].) Le point intéressant dans ces déclarations, – qui durera ce qu’il durera, selon la suite des événements, – c’est que les Israéliens tentent de présenter désormais l’affaire des S-300 d’abord comme un affrontement d’influence type-guerre froide, entre la Russie et les USA, la Russie voulant montrer aux USA qu’ils n’ont aucun compte à tenir des exhortations US de ne pas livrer des armements à Assad. “Dans ce cas, disent ces mêmes Israéliens, ce n’est pas notre affaire” … Mais la chose redevient “leur affaire” lorsqu’il s’agit des S-300 effectivement déployés en Syrie, servis par des Syriens.

«Top-level Israeli intelligence figures flew into Moscow on Tuesday night in a last-ditch attempt to talk the Kremlin out of supplying sophisticated anti-aircraft missiles to the Assad regime, which once installed in Syria would have the range and power to target civilian and military aircraft over Tel Aviv. Israeli diplomats will continue to work both privately and publicly to prevent the transfer until the shipment sails, but officials attempted to lower the diplomatic temperature, insisting Israel had no intention of fighting Russia on the issue. Israel has read Moscow’s insistence on pursuing its deal to supply Damascus with the powerful missile systems as part of a “cold war” power struggle between the US and Russia playing out in the theatre of the Syrian civil war in which it wants no part.

»“We are unhappy with the prospect of these very serious weapons arriving in Syria but we cannot stop Russia delivering them to the Middle East. We would not strike a Russian target – our egos are big but they’re not that big,” one senior Israeli diplomat told the Guardian on condition of anonymity. The Israeli military will not hesitate, however, to take any steps necessary to prevent the transfer of this sophisticated Russian anti-aircraft technology to Hezbollah militants or other hostile groups. “I don’t know how upset the Russians would be if, at some point between payment and the installation of this technology in Damascus by Russian experts, something was done to damage the weaponry. As long as no Russians were hurt and they got paid, I don’t think they would care,” the diplomat added.»

• Un autre point de vue pour substantiver l’évolution de l’affaire des S-300, point de vue venu de Russie, implique essentiellement les relations entre la Russie et l’Union Européenne, à la différence de la thèse israélienne vue plus haut. (Mais toutes ces thèses peuvent parfaitement se compléter plutôt que s’exclure.) Ce point de vue est que la décision européenne de levée de l’embargo joue un rôle central dans l’argumentation russe, en faveur de la livraison des S-300. (Et, a fortiori, en faveur de la livraison effective.)

Bien que cette analyse d’AFP du 29 mai 2013 enregistre des déclarations d’experts russes préjugeant que les S-300 ne sont pas encore livrés et qu’ils ne semblent pas sur le point de l’être immédiatement, ces déclarations n’en sont pas moins intéressantes pour observer ce que la décision, ou non-décision des Européens, peut entraîner comme conséquence. Il s’agit en l’occurrence d’un exemple remarquable d’une diplomatie (européenne) complètement paralysée, de diplomaties nationales (notamment française et britannique) braquées sur les seuls effets de communication intérieure et les obsessions des élites-Système, et donc irresponsables, ou “infraresponsables” en ce sens, le tout fournissant aux Russes un argument pour faire ce que l’on veut empêcher qu’ils fassent… Hollande disait (le 27 mai 2013), en faisant un commentaire hésitant, plutôt par méconnaissance du dossier certes, en faveur d’une levée de l’embargo et de la livraison d’armes aux rebelles : «La Russie continue de fournir des armements. Il faut lui adresser un signe. […] Oui, un signe, que nous aussi nous pouvons armer» Pour l’instant, cela n’a pas l’air de se passer de cette façon… Le le “signe” semblant devoir être interprété d’une façon plus exotique que dans le sens de l’affirmation de la puissance européenne et française.

«Russia’s Defence Minister Sergei Shoigu implied Wednesday that the EU’s decision had untied Moscow’s hands, hinting that Russia could now supply weapons banned by international treaties. “Every decision has two sides. If one side lifts its restrictions, then the other side may no longer feel compelled to keep its previously adopted obligations,” Shoigu said while on a visit to Helsinki… […]

»Regional expert Alexei Malashenko of the Carnegie Moscow Centre said that “Russia could use the EU embargo to strengthen its own position concerning the S-300 deliveries.” “They are going to use this argument,” said Malashenko. But he added that Russia was unlikely to fulfil its S-300 contract if Moscow and Washington were successful in their ongoing efforts to arrange a Syria peace conference to get the two warring sides engaged in their first round of direct talks… […]

»Foreign and Defence Policy Council think-tank chairman Fyodor Lukyanov called the EU embargo lifting and Russia’s 3-300s threat a diplomatic “game” that the two sides were playing while the situation on the ground deteriorated. “You are seeing both sides use the same arguments,” Lukyanov said. “They are saying that in order to push the two sides toward peace, you have to put pressure on the other side,” he added. “And to do that, the European Union is supporting the opposition, and Russia — Assad.”»

 

Mis en ligne le 30 mai 2013 à 15H51

http://www.dedefensa.org/article-poursuite_de_l_aventureuse_pop_e_des_s-300_30_05_2013.html

Syrie, guerre insaisissable

Patrick Cockburn, qui publie dans une vaste palette de journaux, de revues et de sites, de The Independent à CounterPunch, est évidemment connu comme spécialiste des guerres et divers troubles du Moyen-Orient. Un article de lui dans la London Review of Books du 23 mai 2013, sous la forme d’une analyse de réflexion à partir de ses reportages plutôt que d’un simple reportage, présente un intérêt certain… On pourrait le prendre, cet article, comme une tentative d’identification de la “guerre syrienne” (avec les guillemets que nous prenons toujours la précaution de mettre, comme devant une sorte d’“objet guerrier non identifié”).

Certes, l’article de Cockburn redresse nombre d’insanités et de grossièretés des esprits les plus zélés des élites-Système du bloc BAO. Mais cela, c’est l’examen quotidien de l’infamie et du désordre du bloc américaniste-occidentaliste, dont la particularité est une constante accélération de la subversion et de l’inversion des fonctions de perception et de nuanciation des réalités rencontrées. On retrouve le désordre extraordinaire de la perception qui s’accompagne de cette étrange atonie intellectuelle semblant interdire toute évolution du jugement. Cockburn met indirectement cela en évidence, par quelques rappels historiques et par la simple confrontation de son expérience et des réactions que cette expérience suscite. Mais il y a autre chose, de beaucoup plus passionnant, qui se dégage indirectement et plus profondément du texte de Cockburn, sans que lui-même identifie précisément cette question. Il s’agit d’une sorte d’impuissance, d’incapacité intellectuelle objective à saisir l’essence même de cette guerre, sa signification, son identité, – et cette fois, cela même pour ceux qui perçoivent sans entrave et observent lucidement, et surtout sinon exclusivement pour ceux-là puisque les autres en restent docilement à la narrative conformiste qui leur tient lieu de plat du jour.

Nous avons choisi deux extraits de cet article. Le premier, le plus important, est l’entrée de l’article. Il décrit la situation et pourrait être finalement résumé par le constat que “personne ne sait vraiment ce qui se passe”, – pour ajouter tout de même que toutes les prévisions occidentales, particulièrement sur la rapidité du conflit, sur l’issue évidente (la chute d’Assad en quelques semaines) se sont révélées d’une fausseté telle qu’on atteint ici à un phénomène objectif où la propagande, y compris l’auto-persuasion, ne suffisent plus à expliquer l’aveuglement. C’est alors (immédiatement à la suite de l’extrait) que Cockburn poursuit, accentuant cette impression d’insaisissabilité opérationnelle : «The reality is that no one is [winning the war…]» Il enchaîne en repoussant les comparaisons avec les autres interventions, révoltes ou conflits du printemps arabe ayant abouti (Tunisie, Égypte, Libye) pour en revenir à des références plus insaisissables (guerre civile de 15 ans au Liban, guerre civile toujours en cours en Irak), mais qui restèrent à peu près contenues dans leurs cadres respectifs, qui restèrent des guerres “limitées”, des conflits refermés sur leur aire géographique.

… Et puis, les deux paragraphes formant le second extrait (et la conclusion de l’article), exposent au contraire le second thème, complètement contradictoire, de l’extraordinaire “ouverture” de cette guerre, qui semble destinée à s’étendre, à enflammer toute la région (»There is virtually no state in the region that hasn’t got some stake in the conflict»), en une infinité de conflits, jusqu’à la résurrection d’une réminiscence de la guerre froide. On se rappelle brusquement que la guerre “enfermée”, contenue, outrageusement grossie dans la prévision d’événements précipités, où “personne ne sait vraiment ce qui se passe”, est également ce conflit qui est le cadre de grandes manœuvres entre la Russie et Israël à propos d’une simple livraison de missiles (les S-300), que l’Iran et le Hezbollah se battent sur le territoire syrien, qu’Israël s’affirme prêt à lancer une guerre-éclair (éventuellement si Assad est renversé, ce qui en fait un allié “objectif” d’Assad), que les Russes font de la Syrie un enjeu majeur contre les USA, que la Turquie voudrait profiter de cette guerre pour faire un Grand Califat dans lequel viendrait s’insérer une nation kurde, que les pays du Golfe, sauf l’incompréhensible Qatar, sont affolés par la tournure des événements et prévoient une confrontation générale où ils craignent d’être laissés à eux-mêmes, et ainsi de suite… A ce point, on se trouve expédié dans un autre univers de tensions crisiques insupportables, d’enjeux presque planétaires. Là-dessus, s’ajoutent les aspects spécifiques, étonnants et incongrus, de cette guerre, qui font qu’on peut sans aucun doute parler d’un conflit de quatrième génération (G4G) d’une forme particulièrement spécifique (voir le 25 mai 2013).

Cela nous conduits à la conclusion que la “guerre syrienne”, guillemets compris, est quelque chose d’à la fois insaisissable et non-identifiable. Il s’agit certainement, aujourd’hui, d’un événement qui est devenu le plus résilient, le plus durable, à la fois chaotique et apparemment explosif mais dont l’explosion finale est sans cesse repoussée, qui a relégué les autres au second rang, – notamment cette crise iranienne qui dominait la région avant l’affaire syrienne et qui est désormais en train de se modifier rapidement elle-même. La Syrie est l’événement le plus actif de cette fameuse crise haute dont nul ne sait exactement quelles perspectives en attendre, et qui semble se créer et se définir comme quelque chose de différent et d’unique à mesure qu’elle progresse.

• Le début de l’article de Patrick Cockburn… «For the first two years of the Syrian civil war foreign leaders regularly predicted that Bashar al-Assad’s government would fall any day. In November 2011, King Abdullah of Jordan said that the chances of Assad’s surviving were so slim he ought to step down. In December last year, Anders Rasmussen, the Nato secretary general, said: ‘I think the regime in Damascus is approaching collapse.’ Even the Russian Foreign Ministry – which generally defends Assad – has at times made similar claims. Some of these statements were designed to demoralise Assad’s supporters by making his overthrow seem inevitable. But in many cases outsiders genuinely believed that the end was just round the corner. The rebels kept claiming successes, and the claims were undiscriminatingly accepted.

»That Assad’s government is on its last legs has always been something of a myth. YouTube videos of victorious rebel fighters capturing military outposts and seizing government munitions distract attention from the fact that the war is entering its third year and the insurgents have succeeded in capturing just one of the 14 provincial capitals. (In Libya the insurgents held Benghazi and the whole of the east as well as Misrata and smaller towns in the west from the beginning of the revolt.) The Syrian rebels were never as strong militarily as the outside world supposes. But they have always been way ahead of the government in their access to the international media. Whatever the uprising has since become it began in March 2011 as a mass revolt against a cruel and corrupt police state. The regime at first refused to say much in response, then sounded aggrieved and befuddled as it saw the vacuum it had created being filled with information put out by its enemies. Defecting Syrian soldiers were on television denouncing their former masters while government units that had stayed loyal remained unreported and invisible. And so it has largely continued. The ubiquitous YouTube videos of minor, and in some cases illusory, victories by the rebels are put about in large part to persuade the world that, given more money and arms, they can quickly win a decisive victory and end the war.

»There is a striking divergence between the way the Syrian war is seen in Beirut – just a few hours’ drive from Damascus, even now – and what actually appears to be happening on the ground inside Syria. On recent trips I would drive to Damascus, having listened to Syrians and non-Syrians in Beirut who sincerely believed that rebel victory was close, only to find the government still very much in control. Around the capital, the rebels held some suburbs and nearby towns, but in December I was able to travel the ninety miles between Damascus and Homs, Syria’s third largest city, without any guards and with ordinary heavy traffic on the road. Friends back in Beirut would shake their heads in disbelief when I spoke about this and politely suggest that I’d been hoodwinked by the regime.

»Some of the difficulties in reporting the war in Syria aren’t new. Television has a great appetite for the drama of war, for pictures of missiles exploding over Middle Eastern cities amid the sparkle of anti-aircraft fire. Print journalism can’t compete with these images, but they are rarely typical of what is happening. Despite the iconic images Baghdad wasn’t, in fact, heavily bombarded in either 1991 or 2003. The problem is much worse in Syria than it used to be in Iraq or Afghanistan (in 2001) because the most arresting pictures out of Syria appear first on YouTube and are, for the most part, provided by political activists. They are then run on TV news with health warnings to the effect that the station can’t vouch for their veracity, but viewers assume that the station wouldn’t be running the film if it didn’t believe it was real. Actual eyewitnesses are becoming hard to find, since even people living a few streets from the fighting in Damascus now get most of their information from the internet or TV.

»Not all YouTube evidence is suspect. Though easily fabricated, it performs certain tasks well. It can show that atrocities have taken place, and even authenticate them: in the case of a pro-government militia massacring rebel villagers, for instance, or rebel commanders mutilating and executing government soldiers. Without a video of him doing so, who would have believed that a rebel commander had cut open a dead government soldier and eaten his heart? Pictures of physical destruction are less reliable because they focus on the worst damage, giving the impression – which may or may not be true – that a whole district is in ruins. What YouTube can’t tell you is who is winning the war…»

• Les deux paragraphes qui concluent l’article… « There is virtually no state in the region that hasn’t got some stake in the conflict. Jordan, though nervous of a jihadi victory in Syria, is allowing arms shipments from Saudi Arabia to reach rebels in southern Syria by road. Qatar has reportedly spent $3 billion on supporting the rebels over the last two years and has offered $50,000 to every Syrian army defector and his family. In c0-ordination with the CIA it has sent seventy military flights to Turkey with arms and equipment for the insurgents. The Tunisian government says that eight hundred Tunisians are fighting on the rebel side but security sources are quoted as saying the real figure is closer to two thousand. Moaz al-Khatib, the outgoing president of the Syrian National Coalition, which supposedly represents the opposition, recently resigned, declaring as he did so that the group was controlled by outside powers – i.e. Saudi Arabia and Qatar. ‘The people inside Syria,’ he said, ‘have lost the ability to decide their own fate. I have become only a means to sign some papers while hands from different parties want to decide on behalf of the Syrians.’ He claimed that on one occasion a rebel unit failed to go to the rescue of villagers being massacred by government forces because they hadn’t received instructions from their paymasters.

»Fear of widespread disorder and instability is pushing the US, Russia, Iran and others to talk of a diplomatic solution to the conflict. Some sort of peace conference may take place in Geneva over the next month, with the aim at least of stopping things getting worse. But while there is an appetite for diplomacy, nobody knows what a solution would look like. It’s hard to imagine a real agreement being reached when there are so many players with conflicting interests. Five distinct conflicts have become tangled together in Syria: a popular uprising against a dictatorship which is also a sectarian battle between Sunnis and the Alawite sect; a regional struggle between Shia and Sunni which is also a decades-old conflict between an Iranian-led grouping and Iran’s traditional enemies, notably the US and Saudi Arabia. Finally, at another level, there is a reborn Cold War confrontation: Russia and China v. the West. The conflict is full of unexpected and absurd contradictions, such as a purportedly democratic and secular Syrian opposition being funded by the absolute monarchies of the Gulf who are also fundamentalist Sunnis…»

 

dedefensa.org

http://www.dedefensa.org/article-syrie_guerre_insaisissable_30_05_2013.html

Cinq obstacles à la paix en Syrie

Cinq obstacles à la paix en Syrie

Moscou et Washington travaillent enfin coude à coude pour trouver une sortie de crise, du moins en termes de diplomatie publique, dix mois après que le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) a reconnu que le conflit syrien était bien une guerre civile.

Leur plan consiste à organiser une conférence – initialement prévue pour juin – pendant laquelle le régime syrien et l’opposition entameraient les négociations. Objectif? Trouver le moyen de créer un gouvernement de transition et parvenir à un règlement politique du conflit.

L’idée n’est pas révolutionnaire: un tel plan a déjà été approuvé de facto par les deux camps et un certain nombre de médiateurs internationaux pendant la conférence de Genève en 2012 – et il a été enterré par le conflit en l’espace de quelques semaines. Personne ne respectait les accords.

Le nouveau plan aura-t-il plus de succès? RIA Novosti a consulté les meilleurs experts russes sur le Proche-Orient, qui ont identifié cinq obstacles à la paix en Syrie.

Le régime craint un « nettoyage »

La paix nécessitera le départ d’une partie de l’élite dirigeante. Non seulement du président Bachar al-Assad (qui refuse catégoriquement de le faire) mais aussi les dirigeants des forces armées et des services de sécurité, estime Vladimir Akhmedov de l’Institut d’études orientales à l’Académie des sciences de Russie. Cela signifie que les hauts fonctionnaires dont il est question devront renoncer au pouvoir – ce qui est très peu probable. De leur côté, les rebelles devront faire des concessions et offrir des garanties de sécurité à des personnes qu’ils ont pourtant menacé d’exécuter à maintes reprises.

Les moujahiddine ne veulent pas de compromis

Hormis les représentants des forces modérées qui soutiennent l’opposition, la Syrie déborde d’islamistes armés, dont beaucoup sont des jihadistes professionnels venus d’autres pays.

Certaines organisations islamistes comme l’influent Front islamique de libération de la Syrie (FILS), sont disposées à dialoguer, tandis que d’autres – le Front al-Nosra lié à Al-Qaïda ou le Front islamique syrien veulent la mort d’Assad et instaurer la loi de la charia: il est donc peu probable qu’ils fassent des concessions. Selon Boris Dolgov, expert à l’Institut d’études orientales, les extrémistes pourraient être privés de soutien et éliminés seulement si les forces modérées de l’opposition et le gouvernement s’unissaient – ce n’est pas une tâche facile étant donné le fossé qui les sépare.

Les forces modérées sont faibles et divisées

Quand le conflit a commencé en mars 2011, il était encore un mouvement pacifique vers des changements démocratiques. Les forces modérées dominaient encore politiquement l’opposition, notamment au sein de la large Coalition nationale syrienne qui a été reconnue comme représentante du peuple syrien par vingt pays occidentaux et arabes, dont les Etats-Unis, la France, l’Allemagne, le Qatar et l’Arabie saoudite. Mais lorsque les manifestations ont été impitoyablement réprimées par les autorités et ont dégénéré en guerre civile, les libéraux ont perdu une grande partie de leur influence et ont été progressivement mis de côté par les radicaux armés de Kalachnikov. Pour que les négociations soient couronnées de succès les libéraux doivent récupérer leur autorité d’antan et se retrouver à nouveau au centre de l’attention, ce qui sera difficile au vu du désaccord entre les forces et organisations d’opposition, qui se disputent le leadership au sein de la Coalition nationale.

L’Iran et le Hezbollah ont besoin d’Assad

Damas est le principal allié de l’Iran au Proche-Orient. De plus, les livraisons d’armes destinées à un autre allié iranien – le mouvement politique militarisé du Hezbollah au Liban – passent par la Syrie. En clair l’Iran, ses partenaires et ses ennemis géopolitiques ont tous leurs propres intérêts dans ce conflit:

– Les combattants du Hezbollah se battent aux côtés d’Assad et l’Iran a déployé en Syrie des troupes de son Corps des Gardiens de la Révolution islamique, une unité spéciale de l’armée iranienne. Selon certains médias, 120 000 volontaires sont en attente en Iran, prêts à rejoindre le conflit pour empêcher le renversement d’al-Assad.

– La Ligue arabe – dont la majeure partie des 22 pays membres sont sunnites

– (et donc opposants traditionnels de l’Iran chiite) – fournirait des armes à l’opposition syrienne, avant tout aux jihadistes. Ils ne soutiendront pas le plan prévoyant le replacement des extrémistes religieux par les libéraux, principalement laïques, bien qu’il soit possible de convaincre les pays de la Ligue de ne pas s’ingérer trop activement, estime Akhmedov.

– Autre ennemi de l’Iran : les Etats-Unis, qui avec l’UE fournissent aux rebelles syriens tout à l’exception des armes – des médicaments, des moyens de communication, des blindés.

– Un armement ouvert des ennemis d’Assad est le « plan B » de l’Occident au cas où les négociations à venir échouaient, déclare Akhmedov, mais cela ne contribue certainement pas aux négociations de paix.

Comment apaiser les passions?

La tension, la force et la nature de la violence en Syrie sont simplement « moyenâgeuses », pour reprendre les propos d’un analyste. La majorité des crimes ont été certainement commis par des combattants étrangers, les membres d’un noyau réduit composé des forces gouvernementales et de criminels récidivistes invétérés qui ont fui les prisons dans la confusion du temps de guerre. Mais le rebelle qui a été filmé en avril dernier mangeant le cœur et le foie d’un soldat ennemi était un Syrien ordinaire, devenu fou suite aux abus et aux traitements infligés par les soldats d’Assad à sa famille et ses amis. « Le pays est empoisonné par la violence », déclare Irina Zviaguelskaïa de l’Institut des relations internationales de Moscou (MGuIMO). Aucun conflit civil, aussi furieux et féroce qu’il soit, ne dure jamais éternellement – prenons l’exemple du Rwanda, des Balkans ou du Caucase – mais la fin (ou au moins le « gel ») de telles guerres a nécessité une intervention étrangère intensive, parfois des troupes de maintien de la paix. Dans le cas de la Syrie, aucun médiateur hypothétique (y compris Moscou et Washington) n’a encore déclaré être prêt à envoyer son armée. Or si l’on laissait les passions s’apaiser elles-mêmes, ce processus pourrait prendre des décennies.

http://fr.rian.ru/discussion/20130527/198401722.html http://fr.rian.ru/discussion/20130527/198401722.html

Le BND prévoit une victoire de la Syrie fin 2013

Les services secrets extérieurs allemands (Bundesnachrichtendienst, BND) ont radicalement révisé leur estimation de la situation en Syrie, dévoile le Spiegel Online [1].

Alors que, sur la foi d’officiers supérieurs déserteurs, ils prédisaient jusqu’ici une chute rapide de Bachar el-Assad, ils annoncent aujourd’hui sa victoire avant la fin de l’année.

Le BND estime que l’Armée arabe syrienne a réussi a sécuriser son approvisionnement et à couper celui des « insurgés » (jihadistes massivement étrangers, soutenus par l’Otan et le CCG). La reprise de la ville Qoussair annonce celle de tout le district de Homs et la fin des projets de partition, à l’exception éventuelle d’une zone kurde.

http://www.voltairenet.org/article178610.html

Faut-il armer la rébellion syrienne? Par le général Abel Pertinax

 

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Alors que les forces armées syriennes appuyées par leurs blindés et leur aviation de bombardement sont sur le point de reprendre Qousayr aux insurgés près de la frontière libanaise, une question soulevée par la France et le Royaume-uni, puis écartée par le président François Hollande dans son intervention télévisée du 29 mars sur France 2 pourrait rapidement revenir sur la table : faut-il livrer des armes aux rebelles ?

Outre qu’en autorisant l’exportation d’armes aux insurgés, le gouvernement français foulerait aux pieds la politique de l’UE en la matière – qu’elle a d’ailleurs très largement contribué à mettre sur pied – serait-ce une initiative militairement sensée ?

Le général Abel Pertinax analyse les dangers d’une telle stratégie.

(Crédit photo: AFP)

 

Dans la livraison – encore temporaire – du dernier livre blanc sur la défense et la sécurité nationale (2013), nous réaffirmons notre volonté de continuer à bâtir une politique européenne, en particulier de défense et de sécurité, « dans le débat démocratique, dans une volonté politique commune, dans des expériences partagées et dans la prise de conscience d’intérêts communs et des priorités stratégiques de tous[1] ». Jusque là, la France avait largement agi dans cette ligne et contribué à harmoniser les positions des Etats Membres de l’UE. Il en était ainsi du « Code de conduite de l’Union européenne en matière d’exportation d’armements», renforcé par la Position Commune 2008/944/PESC du Conseil de l’Union Européenne du 8 décembre 2008, qui définit des règles communes régissant le contrôle des exportations de technologie et d’équipements militaires.

La France s’y engageait ainsi en particulier, au travers de l’art. 3 de ce texte (mais aussi des art. 4, 5 et 6) à ne pas contribuer à aggraver ou prolonger un conflit intérieur dans le pays de « destination finale » (de l’export) :

«  3. Troisième critère: situation intérieure dans le pays de destination finale (existence de tensions ou de conflits armés). Les États membres refusent l’autorisation d’exportation de technologie ou d’équipements militaires susceptibles de provoquer ou de prolonger des conflits armés ou d’aggraver des tensions ou des conflits existants dans le pays de destination finale ».

Notre ministre des affaires étrangères déclarait pourtant au matin du 14 mars dernier sur les ondes de France-Info que la France était un « pays souverain », sous-entendu qu’elle restait libre de faire jouer sa souveraineté décisionnelle : on était donc capable du jour au lendemain, pour une politique étrangère pour le moins incertaine et hésitante, à faire fi de certaines avancées européennes, en particulier celle de sécurité et de défense (PESD ) -rebaptisée politique de sécurité et de défense commune par le traité de Lisbonne (PSDC) – pourtant l’une des priorités françaises au sein de l’UE.

Plus d’actualité, l’Assemblée générale de l’ONU a adopté, mardi 3 avril dernier, le premier traité de régulation du commerce international des armes conventionnelles. La résolution fut votée par 154 voix pour (dont la France), 3 contre (Syrie, Corée du Nord, Iran) et 23 abstentions … dont la Russie et la Chine. En vertu de ce traité, chaque pays signataire, qui exporte du matériel d’armement à l’étranger, doit évaluer si les armes exportées (vendues ou cédées) risquent d’être utilisées pour contourner un embargo international, commettre un génocide ou d’autres « violations graves » des droits de l’homme. Le raisonnement est le même si ces armes risquent de tomber aux mains de terroristes ou de criminels. Sans commentaires.

L’initiative militaire.

En bafouant ses engagements internationaux et en passant outre l’embargo européen sur les armes à destination de la Syrie, la France ne ferait pas que se parjurer vis-à-vis de ses partenaires de l’UE, et de s’ériger une fois de plus en donneuse de mauvaises leçons : elle prendrait une décision militairement peu réfléchie.

Avec le parcours en solitaire au Mali, les dirigeants français ont toutefois pris du recul, surtout après les découvertes de l’arsenal découvert dans l’Adrar des Ifoghas, qui n’était jusque là que subodoré par le renseignement militaire. Les soldats Français qui ont jugulé et contrôlé intelligemment la communication depuis le début de SERVAL ont marqué des points en laissant complaisamment diffuser les images de la découverte des caches d’armes des djihadistes (sans tout montrer toutefois ; certains armements sont en cours d’évaluation): « n’ouvrons pas une nouvelle boîte de Pandore. Si l’on doit être présent un jour ou l’autre en Syrie, à quelque titre que ce soit, on ne voudrait pas se voir alignés par des armes françaises ou occidentales ! »

Certes, depuis, il y a eu aussi le refus renouvelé des pays de l’Union européenne, les armes risquant de tomber aux mains des milices islamistes radicales qui pourraient à terme déstabiliser (plus encore) la région. Selon les services, plusieurs milliers de djihadistes venus d’Irak, du Liban, d’Arabie Saoudite, d’Egypte et du Maghreb combattent aujourd’hui en Syrie dans les rangs des insurgés. Plane sur les réserves européennes l’ombre du Front al-Nosra dont l’allégeance à al-Qaïda (ou ce qui en tient encore lieu aujourd’hui) est maintenant avérée depuis le 10 avril dernier; sans compter plus récemment une vision moins romantique de l’opposition armée syrienne après la vidéo fort opportunément mise en ligne d’Abou Sakkar, (Khalid al-Hamad) commandant la brigade rebelle Omar al-Farouq, filmé dépeçant un cadavre présenté comme celui d’un soldat des forces régulières syriennes. Des « alliés » peu recommandables et peu fiables quant aux lendemains d’une Syrie post-Bachar. Sans parler de l’exemple donné par l’évolution intérieure de certains pays touchés par la grâce du mal nommé « printemps arabe ».

Même si l’opposition syrienne a promis que les armes qui pourraient lui être livrées ne se trouveraient jamais entre les mains de « tiers » – selon un communiqué de la Coalition nationale des forces de l’opposition et de la révolution syrienne du 21 avril – soyons clairs : elles ne le « risquent » pas. Elles le seront ! Sans aucun doute possible, elles sont appelées à être monnayées, échangées d’une façon ou d’une autre, un jour ou l’autre par les combattants sur l’incontrôlable marché des armes dites « légères » d’infanterie.

De son côté, Moscou continue non seulement à soutenir diplomatiquement Bachar el-Assad, mais lui fournit plus que jamais une aide militaire, technique et opérationnelle (instructeurs et coopérants), cruciale pour lui permettre de tenir militairement dans la durée. Il est de plus question de débloquer – au coup par coup, en fonction de l’évolution de la situation armée et de la nature du soutien occidental à l’autre camp – de nouveaux systèmes d’armes. Ne parlons pas de l’aide directe de Téhéran (officiers et combattants des Pasdaran ; armes chinoises, déjà rencontrées par les Israéliens au Liban Sud), ni de l’engagement en masse de ses supplétifs du Hezbollah libanais.

Aucun des acteurs internationaux n’est donc à ce stade en mesure d’offrir, sans une intervention extérieure directe – comme ce fut le cas en Libye – la victoire à son protégé dans ce conflit. La guerre risque de durer longtemps. Et paradoxalement plus encore si les Occidentaux y introduisent des armes supposées faire la différence.

Bien sûr, on peut penser d’emblée aux missiles air-air qui permettraient aux insurgés de faire subir à l’aviation syrienne des pertes conséquentes, lui faire relâcher sa pression et soulager les populations de bombardements iniques.

Une utopie: pourquoi ?

Les Américains ont marqué leurs réticences dans cette voie. Nourris de leurs expériences en Afghanistan (indirecte entre 1979 et 1989, puis directe depuis octobre 2001 dans le cadre d’ « Enduring Freedom »), les Etats-Unis n’ont jusque-là renforcé leur soutien à l’opposition syrienne qu’à petites touches. Barack Obama a jugé jeudi 11 avril que la guerre en Syrie avait atteint un point «crucial» et a débloqué au profit de la rébellion une aide alimentaire et médicale de dix millions de dollars, s’ajoutant aux 117 millions de dollars d’assistance fournie à la Coalition de l’opposition syrienne.

Assistance non létale toutefois : s’agissant de la fourniture d’armements à la rébellion, les Etats-Unis ont bien révisé les leçons du retour d’expérience de leur soutien aux « Combattants de la liberté » contre les Soviétiques en Afghanistan dans les années 80.

Rappel.

C’est dès le 3 juillet 1979 que le Président Jimmy Carter signait un ordre exécutif décidant d’une aide américaine de soutien aux résistants au pouvoir communiste alors en place à Kaboul. Soit … 6 mois avant l’intervention Soviétique. Comme aujourd’hui pour la Syrie, elle resta longtemps « non létale ».Mais elle était appelée à évoluer au fil du temps et de la situation militaire sur le terrain.

En 1983, après trois longues années de revers dus à un manque de préparation, un renseignement militaire  insuffisant, des rigidités doctrinales et une stratégie hésitante, des troupes Soviétiques aguerries reprirent le dessus sur le terrain. La « 40ème armée » – ou plutôt le « Contingent (limité) des forces Soviétiques en Afghanistan » (CLFSA)  –  déployée dans une maestria d’improvisation le 25 décembre 1979, s’était adaptée : à la géographie, à la climatologie, à l’adversaire, et surtout à la guerre que celui-ci voulait imposer aux envahisseurs.

En particulier dans les airs : la troisième dimension joua un rôle stratégique, opératif et tactique important, si ce n’est primordial dans ce théâtre vaste et tourmenté. Les hélicoptères et les aéronefs de combat soviétiques bénéficiaient d’une allonge qui leur permettait à la fois de surveiller et d’interdire des espaces qu’il était souvent difficile voire impossible de contrôler au sol.

Tout comme en Syrie aujourd’hui!

C’est en mars 1985 que le Président Ronald Reagan signa la « National Security Decision 166 » qui autorisait une assistance aux moudjahidines par « tous les moyens disponibles ». Concrétisée – malgré les avis contraires de la CIA et du Pentagone – un an plus tard exactement par l’autorisation concernant précisément la mise à disposition du missile sol-air portable « Stinger ». Malgré la menace avérée que représenta l’introduction de cette arme (septembre 1886) avec le soutien actif organisé par le Pakistan depuis son territoire, qui se traduisit d’emblée par une véritable panique parmi les aviateurs soviétiques et afghans de l’armée nationale, la situation évolua rapidement.

Les experts militaires ont aujourd’hui démonté la légende attribuée par les media à cette arme qui, si elle infligea effectivement au début de son introduction des dégâts sévères aux moyens aériens soviétiques opérant en basse et très basse altitudes (hélicoptères de transport et de combat ; avions d’appui aérien), ne fut pas l’épouvantail qui précipita le départ de la 40ème armée d’Afghanistan, comme on l’a pensé longtemps en Occident, et comme veut le faire croire d’une façon très « hollywoodienne » le trop sympathique film « La guerre selon Charlie Wilson »[2].

L’aviation soviétique, confrontée à cette nouvelle menace, modifia ses procédures  d’emploi, ses tactiques et le matériel aérien lui-même. C’est l’usure du pouvoir soviétique en pleine perestroïka, le manque de soutien du peuple gagné par la glasnost et bientôt informé des difficultés sur le terrain, une situation économique désastreuse dans l’ « empire », sans compter la prise de conscience par Mikhaël Gorbatchev de la pomme de discorde avec l’Ouest que représentait ce conflit qui chassèrent l’Armée Rouge des Travailleurs et Paysans, hors du pays … Pas le « Stinger » américain!

Cette idée qualifiée alors à Washington par certains de « silver bullet » ou de « game changer » fut pourtant défendue dans les cabinets par des conseillers « avisés » – notamment en l’espèce Michaël Pillsbury[3] – et emporta la décision politique au détriment de réserves « techniques et sécuritaires » avancées par les services et les militaires : en particulier qu’elle pouvait tomber entre de mauvaises mains.

Une telle crainte était justifiée, puisque le prestataire de services de la CIA durant ce conflit, l’ISI pakistanais (Inter-Services Intelligence, le service interarmées de renseignement et d’action extérieure du Pakistan) servit en priorité l’extrémiste islamique Gulbudin Hekmatyar, lequel … n’était pas précisément en odeur de sainteté chez les Américains. Depuis, ces derniers ont retenu ces leçons, après avoir redouté pendant plusieurs années retrouver ces armes au sein de tous les foyers du terrorisme islamique de la planète.

Car on ne connait pas avec certitude aujourd’hui la résilience de telles armes, réputées fragiles, dans des conditions de stockage dégradé, ce qui est le cas entre les mains de groupes de guérilla par essence mobiles et vivant dans des conditions rustiques. Ce qui explique d’ailleurs la prudence des opérations aériennes menées durant SERVAL, les aviateurs français n’ayant pas alors la connaissance de l’état de fonctionnement de l’arsenal des rebelles du nord-Mali, en particulier sol-air.

Conséquences :

–                     La parole finit toujours par revenir aux acteurs internationaux les plus crédibles. Les USA et la Russie, engagés vis-à-vis de la Syrie dans un nouveau « Grand Jeu », ont tous deux en l’espèce basé pour partie leur propre analyse sur les errements passés, en tant qu’acteurs direct et indirect de conflits comme l’Afghanistan de l’ère soviétique. Ils en ont sans doute discuté en ces termes lors des entretiens de John Kerry à Moscou le 7 mai dernier.

Très « préoccupée » par les raids israéliens qui se succèdent sur le territoire syrien, et par une hypothétique fourniture d’armes occidentales aux factions rebelles dans ce pays, Moscou pourrait accentuer son propre soutien : on parle de missiles air-air de dernière génération S-300 (une ancienne hypothèse qui n’en est plus une aujourd’hui : des militaires syriens de la défense aérienne ont été d’ores et déjà été formés sur ce système, et les services occidentaux scrutent avec une attention particulière ce qui sort des cargos soviétiques dans le port de Tartous ) et d’avions d’entraînement et d’appui aérien léger et maniable Yak 130. Sans compter ceux dont on ne parle pas encore.

S’agissant du S-300, Aman[4] (le service du renseignement militaire israélien) a sans doute d’ailleurs déjà des certitudes. En effet, contrairement au raid du 30 janvier, les frappes aériennes de l’aviation des Forces de défense d’Israël des 3 et 5 mai derniers autour de Damas ont été cette fois-ci effectuées en stand off, c’est-à-dire en-deçà de la frontière, depuis l’espace aérien libanais où ces pilotes sont chez eux.

Bien entendu le S-300 n’est pas appelé qu’à dissuader Israël ; d’autres moyens, aériens cette fois (plus sophistiqués que le Yak 130 ; on parle de la dernière version du MIG 29) au profit des armées syriennes seront plutôt destinés à rafraîchir la mémoire des spécialistes occidentaux du RETEX (retour d’expérience) militaire : comme les Soviétiques avaient su s’adapter au milieu des années 80 devant la menace des armes occidentales aux mains des moudjahidines, les coopérants russes brevetés de l’Académie militaire des forces armées de la Fédération de Russie – héritière de la célèbre Académie  Frounze à Moscou – ne manqueront pas de former, équiper, transformer et entraîner leurs protégés syriens pour contrer les nouvelles menaces ;

–                     Armer une faction avec quelques armements – si sophistiqués soient-ils (dans l’instant tout au moins : tout est évolutif dans la lutte entre le glaive et le bouclier) – pour faire la différence sur le terrain est ainsi militairement illusoire ;

–                     On ne peut pas faire l’économie d’une analyse de risque prenant en compte le retour d’expérience d’autres conflits –  pas nécessairement les siens propres – avant de prendre une décision militairement peu efficiente à moyen terme mais politiquement et sécuritairement pas neutre à long terme. En attendant, la politique déclaratoire et hésitante de la France sur ce sujet des armes l’a surtout ravalée aux seconds rôles en Syrie, faute de véritable analyse stratégique. Sur ce dernier point, faut-il alors conseiller aux « spin-doctors » de nos cabinets ministériels de demander de temps en temps aux vrais experts ce qu’ils en pensent, et accessoirement … de lire le dernier livre blanc soumis à l’approbation du chef de l’Etat ?

Armer les factions rebelles syriennes, ce ne serait que rajouter de la guerre à la guerre : continuer à faire « bouillir la marmite », pour paraphraser feu le Président pakistanais Zia ul-Haq[5].

[1] Chap. 1, « La France dans le nouveau paysage stratégique », § B. : « La France engagée dans des constructions institutionnelles qui accroissent sa sécurité mais aussi ses responsabilités »

[2] « La Guerre selon Charlie Wilson » (Charlie Wilson’s War) : film réalisé par Mike Nichols,  sorti aux USA en décembre 2007, sur la guerre soviétique en Afghanistan.  C’est une adaptation du livre « La Guerre de Charlie Wilson : L’extraordinaire histoire de la plus grande opération secrète de l’histoire », de George Crile (Atlantic Monthly Press ; New-York, 2003) selon lequel la CIA aurait gagné cette guerre contre les Soviétiques par moudjahidines afghans interposés, grâce notamment à l’introduction du missile anti-aérien à très courte porte portée « Stinger » à leur profit.

[3] Au Pentagone sous l’administration Reagan, il officia en tant que conseiller pour le sous-secrétaire à la défense en charge de la planification politique

[4] Military Intelligence Directorate – Israël

[5] Nommé en octobre 1976 chef de l’armée pakistanaise par le Président Zulfikar Ali Bhutto, il renverse celui-ci en 1977 avec la complicité du chef de l’ISI.  Il sera président de la République de septembre 1978 jusqu’à sa mort dans un « accident » d’avion en 1988.

http://blog.lefigaro.fr/malbrunot/2013/05/faut-il-armer-la-rebellion-syr.html

 

Les rebelles syriens et «Israël»: concordance du parcours et du sort

Nombreux sont les rebelles syriens qui ont acclamé la dernière agression israélienne contre Damas. Ils ont célébré l’intervention directe de l’entité sioniste dans la crise. Ils ont montré, d’une manière ostentatoire, une harmonie entre leurs politiques et l’agenda israélien.

Ce ne fut pas une surprise. L’opposition syrienne parait fidèle à un parcours suivi depuis le début de la crise. Dès le premier jour, Borhan Ghalioun l’a clairement déclaré au «Wall Street Journal». L’objectif est de conclure la paix avec «Israël». Le chef d’état-major de l’ennemi, Benny Gantz, a récemment indiqué qu’une sorte d’entente a eu lieu entre «Israël» et l’opposition syrienne, «afin de garantir l’avenir des frontières entre les deux pays». Le responsable israélien a évoqué «des garanties présentées par les pays arabes qui parrainent et financent l’opposition syrienne».

Pour plusieurs opposants syriens, «Israël» n’est guère un ennemi. Ces propos ne sont pas une exagération. Leurs réactions envers le dernier raid contre Damas, a confirmé ce fait. Les raids israéliens sont requis afin de réaliser l’objectif commun des deux parties (opposition et «Israël»). Renverser le régime. Certains rebelles ont même interprété les raids, comme étant un conflit personnel entre Assad et l’entité sioniste.

Tout observateur pourrait constater une concordance entre les positions des opposants et des Israéliens : la question des armes chimiques, la convocation de l’intervention de l’Otan, l’hostilité au tandem Iran-Syrie-Hezbollah, la participation à des réunions organisées par l’ami d’ «Israël», Bernard Henry Levy, les déclarations de certains aux médias israéliens, arrivant enfin à considérer «Tel-Aviv» comme «une nécessité dans la région».

L’opposition syrienne semble être une extension naturelle d’un système intellectuel global, émergé depuis longtemps dans le monde arabe. Un système qui a consenti l’hégémonie américaine et israélienne, même si le coût était l’autodestruction et l’anéantissement de tous les facteurs de force. En Syrie, ces facteurs sont l’entité, l’Etat, l’armée et l’alliance régionale.

L’opposition syrienne a adopté une demande historique prônée par ce système et ceux qui le soutiennent : éliminer la fonction stratégique de la Syrie, en face d’ «Israël». Une fonction axiomatique d’après la géopolitique. Les réalités des deux dernières années le confirment.

Cet objectif peut être réalisé de deux manières :

Torpiller les constituants de l’État syrien, nécessaires à la confrontation d’«Israël». Un fait observé depuis le début de la crise syrienne.

Dissocier la Syrie de la cause palestinienne. De grands efforts ont été déployés dans ce contexte pour provoquer des différends, voire des conflits, entre les factions palestiniennes et Damas, qui les avait accueillies tout au long de trente ans. S’ajoutent à ces tentatives, des campagnes médiatiques de désinformation, visant à réduire l’importance décisive du soutien syrien à la résistance palestinienne.

Il convient de noter que la fonction stratégique de tout pays, est un moyen par lequel il peut se préserver. En dépit de ce fait, l’opposition syrienne ne cesse de diaboliser la politique adoptée par la Syrie à l’égard de plusieurs affaires, dans le contexte de son droit naturel de jouer ce rôle stratégique.

Par son attitude, l’opposition tente de parvenir au pouvoir, quel qu’en serait le prix. Elle affiche un aspect de collaboration, inévitable dans toutes les sociétés. Mais la collaboration et la traitrise de l’opposition syrienne ont pris de nouvelles dimensions, qui nécessitent des analyses intellectuelles et psycho-sociales.

Source : al-Ahednews, traduit par : moqawama.org

http://french.moqawama.org/essaydetails.php?eid=9417&cid=324#.UZv2Gth3dDw

Assad parle!!

 

IRIB-Le président Bachar al-Assad a affirmé que l’essentiel dans…

…toute solution politique de la crise en Syrie c’est « ce que voulait le peuple syrien qui en décidera via les urnes », tout en se félicitant du rapprochement entre la Russie et les Etats-Unis.
Dans une interview accordée au journal argentin Clarin et à l’Agence de presse argentine Telam, le président al-Assad a affirmé l’appui de la Syrie à toute solution politique et sa disposition à engager le dialogue avec toute partie n’ayant pas traité secrètement ou ouvertement avec Israël et refusant le terrorisme.

Le président al-Assad a précisé qu’Israël soutient et oriente les terroristes et leur donne le plan général de leur mouvement suivant ses intérêts qui se croisent avec ceux des parties extérieures, dont le Qatar et la Turquie, qui ne veulent pas la solution politique en Syrie et soutiennent le terrorisme.

Le président al-Assad a indiqué que de nombreux facteurs ont influé sur la crise syrienne à la fois interne et externe, le plus important étant l’ingérence étrangère, à ajouter les calculs incorrects des Etats qui sont intervenus en Syrie. »Ces Etats croyaient que le plan tramé contre la Syrie aurait pris fin dans quelques semaines ou mois, mais ce qui est survenu est que le peuple syrien a résisté et refusé toute forme d’intervention extérieure », ajoute-t-il.Le président al-Assad a indiqué que le décès d’un syrien est une perte tragique, quels que soient les chiffres, mais il faut examiner la crédibilité de ces sources.

Nous ne pouvons pas ignorer le fait que beaucoup de ceux qui sont morts étaient des étrangers qui sont venus en Syrie pour tuer les Syriens. Il ya également de nombreux disparus qui ont été comptabilisés comme morts sans une réelle authenticité. Cela affecte l’exactitude des chiffres cités sur le nombre des morts.

« Combien sont les Syriens ? Combien sont les étrangers ? Combien sont les disparus ? A l’heure actuelle, il n’y a pas de nombre global précis à citer », ajoute-t-il.

Les terroristes tuent des gens et les mettent souvent dans des fosses communes. Nous ne pouvons découvrir et tenir compte de ces pertes qu’après l’entrée de l’armée syrienne dans ces zones.

A une question sur l’usage de force excessive des forces gouvernementales dans l’affrontement, le président al-Assad a répondu : « Ici, il est impératif de déterminer le sens de «force excessive» afin de déterminer si elle a été utilisée ou non. Sans un critère clair à cette notion, il est inconcevable de discuter ce concept.

« La réponse de l’Etat dépend généralement du niveau du terrorisme perpétré contre l’Etat. Au début de la crise, les actes de terrorisme ont été menés par des groupes locaux utilisant des armements locaux. Avec le temps, ces groupes armés auraient eu recours à des armes plus sophistiquée et destructrices, ce qui leur a permis de commettre des actes terroristes sur une échelle beaucoup plus large. Cela justifie une réponse similaire de l’armée syrienne et les forces de sécurité », a répondu le président al-Assad, qui a ajouté : « La réponse à chaque scénario diffère selon la forme ou les méthodes de terreur adoptée par les terroristes et de manière à épurer la région des terroristes, tout en protégeant la vie des civils ».

A une question s’ il y aura une représentation démocratique effective et une liberté de la presse, le président al-Assad a souligné l’existence d’une nouvelle loi de presse publiée avec une série de lois. « Nous avons cherché un processus en fin de compte plus global, nous avions envisagé un dialogue national pour toutes les forces politiques et une nouvelle constitution avec un large éventail de libertés, notamment la liberté politique et médiatique. Cette nouvelle constitution serait alors soumise à un référendum.

A propos de la conférence du dialogue prévue à la fin du mois en cours à la lumière de l’accord entre les Etats-Unis et la Russie, le président al-Assad a réitéré le soutien à toutes les mesures qui entraîneraient l’arrêt des violences en Syrie et conduiraient à une solution politique. Cependant, la cessation de la violence est primordiale pour parvenir à un règlement politique.

« Nous nous félicitons du rapprochement russo-américain et soutenons leur potentialité d’être une plate-forme pour faciliter la résolution de la crise syrienne.Nous restons sceptiques quant aux véritables intentions de certaines administrations occidentales à l’égard de la recherche d’une solution politique réaliste en Syrie. Cette mise en garde est fondée sur leur soutien continu apporté aux groupes terroristes en Syrie. Nous sommes déterminés à poursuivre une solution politique, mais il ya des pouvoirs qui font pression pour l’échec d’une telle solution.

Essentiellement certains éléments de l’opposition à l’étranger sont loin d’être des décideurs indépendants autonomes, leurs politiques sont fabriquées par les pays qui leur donnent à l’étranger. Ces forces de l’opposition survivent des fonds des pays extérieurs, sous l’égide des renseignements de ces pays. « En Syrie, nous avons une base populaire qui ne faisaient pas l’objet de pression et d’agression par l’Etat, alors qu’est-ce qui justifie la présence de certaines parties de l’opposition à l’étranger, à l’exception de l’idée qu’ils sont dirigés par des programmes externes? En bref, nous sommes sceptiques quant à ces groupes d’opposition Nous avons toujours prôné et demeurent s’engager à un dialogue national global pour inclure tous ceux qui ont une réelle volonté de participer, sans exclusion.

Quand les grandes puissances internationales agissent ardemment pour arrêter le financement, la formation et l’envoi de terroristes, la lutte contre le terrorisme en Syrie devient beaucoup plus simple et puis une véritable solution politique serait de générer de véritables résultats.Le président al-Assad a exprimé son souhait d’engager un dialogue avec toutes les forces politiques, internes ou externes sans conditions préalables. Cela inclut également les groupes armés qui déposent leurs armes et renoncent au terrorisme. « Israël soutient directement les mouvements terroristes par des moyens logistiques en fournissant publiquement l’aide médicale et les établissements hospitaliers aux combattants terroristes blessés dans les hauteurs du Golan », a-t-il indiqué. »Par conséquent, le soutien israélien aux terroristes est double, assistance logistique et aide à la navigation pour diriger les mouvements terroristes et les opérations sur le terrain », a ajouté le président al-Assad.

A une question sur l’existence d’éléments de Hezbollah et d’Iran qui combattent en Syrie aux côtés de l’armée syrienne, le président al-Assad a indiqué que ce récit a été conçu par l’Occident lorsque nous avons documenté la présence de djihadistes étrangers combattant en Syrie.

Ils ont créé cette notion que le Hezbollah et l’Iran se battent aussi en Syrie. En fait, la Syrie avec ses habitants dont le nombre s’élève à /23/ millions, n’a pas besoin d’un appui humanitaire d’un Etat quelconque. Nous avons une armée et des forces de sécurité ainsi que des Syriens qui défendent leur pays. »Il existe des personnes de Hezbollah et de l’Iran qui existaient en Syrie depuis des années avant la crise qui partent et viennent en Syrie », a-t-il indiqué.A une question s’il refuserait d’adopter le pas de la démission, le président al-Assad a répondu : « Comme je l’ai déjà précisé, de rester ou laisser ma position n’est pas mon choix individuel.

En tant que président j’ai été élu par le peuple syrien et donc c’est le peuple syrien qui a le droit de décider sur cette question, par le dialogue ou les prochaines élections présidentielles comme je l’ai mentionné plus tôt. Mais pour s’assurer que le président syrien doit démissionner parce que les États-Unis veulent ou parce que les terroristes et certains pays le désirent est totalement inacceptable. Cette question se rapporte uniquement à la décision de l’électorat à travers les urnes’, a-t-il indiqué.

« Je ne sais pas si Kerry o d’autres comme lui ont un mandat du peuple syrien pour parler en son nom pour savoir qui reste et qui part. Nous avons clairement indiqué dès le début de la crise que toute décision relative à la réforme interne ou toute autre activité politique est une décision syrienne interne domestique et les États-Unis ou tout autre pays d’ailleurs n’ont rien à dire sur ces questions.Pour être encore plus concis et plus clair, nous sommes un Etat indépendant, nous sommes un peuple qui se respecte. Nous n’acceptons pas pour n’importe qui de nous dicter comment agir, que ce soit les États-Unis ou tout autre pays », précise-t-il. Le président syrien Bachar al-Assad a, en outre, nié que les forces armées utilisent des armes chimiques contre les groupes armés. Il a estimé que les informations de sources occidentales sur de possibles attaques aux armes chimiques des forces gouvernementales servent à préparer les opinions publiques à une intervention militaire contre la Syrie. »On a dit que nous utilisions des armes chimiques contre des zones résidentielles. Si ces armes étaient utilisées contre une ville ou un faubourg, avec un bilan de dix ou vingt victimes, serait-ce crédible ? », a demandé le président syrien, avant de répondre par la négative. »Leur utilisation signifierait la mort de milliers ou de dizaines de milliers de personnes en quelques minutes. Qui pourrait cacher une pareille chose ? », a insisté le président Assad.A une question sur la disparition de deux journalistes en Syrie de nationalité italienne et le sort des deux archevêques syriens kidnappés, le président al-Assad a indiqué qu’il y a eu certains cas où les journalistes sont entrés clandestinement en Syrie à l’insu du gouvernement syrien. Ils sont entrés dans les zones qui ont connu une présence de terroristes où ils ont disparu.

Nous continuons à les rechercher à travers nos opérations militaires en cours, et à plusieurs reprises nos forces ont réussi à libérer les journalistes qui ont été enlevés dans les zones infiltrées par des terroristes. Chaque fois qu’il y a des informations en ce qui concerne les journalistes qui sont entrés illégalement en Syrie, nous communiquons directement le pays concerné. À l’heure actuelle, nous n’avons aucune information sur les deux journalistes dont vous avez parlé. Quant aux deux évêques, nous avons des informations préliminaires qu’ils sont près de la frontière turco-syrienne. Nous suivons de près ce problème et assurons une liaison avec le Patriarcat orthodoxe en Syrie pour les libérer des groupes terroristes qui les ont enlevés.

Raghda Bittar

http://french.irib.ir/analyses/articles/item/257540-assad-parle

Le dénouement du conflit syrien, proche?, par Fedor Loukianov

IRIB-Ca sent la fin de partie à Damas… Les nouvelles s’enchaînent après une détente relative.

Côté positif, le secrétaire d’Etat américain John Kerry et le premier ministre britannique David Cameron sont optimistes après leurs négociations avec les autorités russes. Une conférence internationale pour régler le conflit est en préparation.

Barack Obama apprécie particulièrement la coopération avec Moscou et l’Occident et la Russie ont désormais un credo commun : empêcher l’effondrement de la Syrie.Tout le monde est d’accord sur ce point – quant aux moyens d’y parvenir, Moscou et l’Occident les perçoivent différemment et préfèrent ne pas en parler publiquement.On ignore qui participera à la conférence. Pour l’instant, il s’agit seulement d’une initiative mais on aspire clairement à la mettre en œuvre.

Plusieurs « histoires destructrices » se déroulent en parallèle. Une vague de fuites dans la presse révèle que la Russie s’apprêterait à fournir à la Syrie des missiles sol-air S-300 et certains affirment même que c’est déjà fait. Rien n’est confirmé au niveau officiel mais c’est probablement ce que voulait dire le premier ministre israélien Benjamin Netanyahou à Moscou. D’après les rumeurs – en vain. Israël lui-même attaque la Syrie en s’approchant d’une ingérence dans le conflit. Une discussion étrange est lancée sur l’arme chimique – a-t-elle été utilisée, et si oui, par qui.
Etant donné qu’auparavant Obama annonçait que l’utilisation d’une arme de destruction massive serait un casus belli pour les USA, tout le monde a prêté l’oreille. Washington ne souhaite certainement pas mettre en application ses menaces : le président semble avoir une approche singulière des problèmes proche-orientaux, ce qui fait rager ses nombreux opposants.

Quoi qu’il en soit le moment est décisif – les partisans et les opposants d’un règlement politique du conflit passent à l’offensive les uns contre les autres. La guerre civile pourrait durer indéfiniment sans intervention extérieure. Plus elle durera longtemps, plus l’Amérique doutera de l’opposition syrienne – ceux contre qui les USA se battaient jusqu’à présent dans le cadre de « l’opération antiterroriste » prennent le dessus en Syrie. De facto et même de jure, il est politiquement impossible de soutenir Assad. Il est pourtant risqué d’intervenir du côté des rebelles d’autant que la Russie et la Chine ne l’autoriseront jamais au Conseil de sécurité des Nations unies. Aucun espoir pour une Syrie « post-Assad » en paix. La conférence internationale dont on parle actuellement semble être une réunion de la dernière chance. Mais ces chances sont minces.

Même si les Etats-Unis, le Royaume-Uni, la France, la Russie et d’autres forces extérieures dessinaient le nouveau visage de la Syrie, cela ne signifie pas que les belligérants l’accepteront. Moscou ne commande pas Damas, de même que Washington ne maîtrise pas les opposants syriens. Les pays dont dépend le plus la situation en Syrie – l’Iran, l’Arabie saoudite et le Qatar – restent silencieux.

Leurs ordres du jour diffèrent de ceux des puissances mondiales.

En fait, l’Amérique et la Russie ont un seul différend fondamental : par où commencer. Par le départ d’Assad ou l’élaboration de la nouvelle structure de la Syrie ? Les USA penchent pour la première option et la Russie pour la seconde. La position russe n’est pas dictée par la sympathie envers le président syrien mais par l’allergie à toute action qui pourrait être considérée comme un changement de régime. En d’autres termes, le départ d’Assad dans le cadre d’un processus politique entre les belligérants ne serait pas une tragédie pour Moscou. Mais il ne veut rien avant, et encore moins sur décision extérieure.

L’échec de la prochaine conférence mettrait les puissances dans une situation difficile. La pression de ceux qui estiment que les rebelles doivent bénéficier de tous les types d’assistance, y compris militaire, se renforcerait significativement sur Washington et les capitales européennes. L’opinion publique occidentale ne tolérerait pas que la guerre civile dure encore des mois, alimentée par les descriptions des cruautés commises. Une intervention militaire est improbable alors que la levée de l’embargo sur la livraison d’armes et la délégitimation d’Assad est très plausible. La Russie devrait alors pencher davantage du côté de Damas et lui fournir des armes, afin de maintenir l’équilibre. Dans ce cas le convoi de missiles sol-air S-300 serait assurément envoyé en direction des côtes syriennes. Cela ne rend pas les perspectives de la Syrie plus réjouissantes : la fragmentation du pays deviendrait pratiquement inévitable.

Pendant la crise syrienne les diplomates russes ont mentionné les accords de Dayton, qui avaient mis fin à la guerre de Bosnie. A l’époque, les dirigeants des camps en conflit avaient été enfermés dans une base américaine et n’avaient pas été relâchés avant qu’ils se soient entendus sur la structure de la nouvelle Bosnie. Certes, ils subissaient de fortes pressions mais personne n’avait été exclu du processus.

Une variante de ce modèle pourrait être appliquée en Syrie. L’histoire ne se répète pas littéralement mais au moins, il existe des schémas. Dans la situation actuelle il ne faut pas mettre entre parenthèses les efforts entrepris par les représentants d’Assad (ou lui-même, comme dans le cas des négociations directes avec Milosevic) et l’Iran, ainsi que des acteurs centraux.

En deux ans de crise Moscou n’a pratiquement pas bougé de sa position initiale mais continue toujours de viser le succès. Car son intransigeance sera justifiée après une solution politique en Syrie. On pourrait alors dire que les longs efforts de la Russie pour défendre ses principes et ses intérêts ont permis de réussir. En cas d’échec – avec ou sans ingérence extérieure – Moscou pourrait s’en distancer mais ce travail de longue haleine de plus de deux ans serait réduit à néant, et sa réputation d’allié des « éternels condamnés » ne ferait que se renforcer.