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De la guerre impérialiste contre la Syrie : Erdogan Pacha, le dernier des sultans ottomans

Erdogan sultan

Généralités

Lors d’une réception au palais présidentiel à Damas, le 9 août 2011, le chef de la diplomatie turque, Ahmet Davutoglu, adressa au président syrien, Bachar al-Assad, un message dur et ferme, et lui demanda de mettre fin à la « répression sanglante des manifestations pacifiques en Syrie [1] » avant qu’il fût trop tard.

En ce jour inoubliable, M. Davutoglu arriva à Damas, après avoir chevauché jours et nuits à travers le plateau anatolien. Lors de son arrivée aux murailles de la ville, il contourna les souks et les caravansérails de l’ancien quartier, et se précipita rapidement vers Qasr al-Muhajerine – le palais présidentiel – entouré de fleurs d’acacia et de gardénia. Sans laisser sécher la sueur qui perlait sur son front ni repousser la poussière qui couvrait sa poulaine [2] ; il s’appuya sur le bâton et le gant de Charlemagne [3], et se tint debout devant Assad, comme Ganelon [4] devant Marsile [5] ; et plein d’arrogance, il commença son discours en tant que messager de la Sainte-Alliance arabo-atlantique.

En effet, Ahmet Davutoglu fut arrivé à la capitale des Omeyyades porteur d’un message «déterminé», selon l’expression du premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan ; M. Davutoglu fut envoyé par la Sainte-Alliance pour livrer au président syrien Assad un message occidental, mis dans une enveloppe arabique et payé en timbres turcs issus de la PTT (posta ve telgraf teşkilatı) [6].

Au début de la guerre impérialiste contre la Syrie

Il suffit de faire ici le parallèle avec les déclarations des chefs atlantiques et arabiques, de la même période, pour savoir à quel point la Turquie était impliquée, dès le début, dans la guerre contre la Syrie. La preuve en est que lors de sa rencontre avec le président Assad, M. Davutoglu déclara que la Turquie ne pourrait pas rester spectatrice face à des événements survenant dans un pays avec lequel elle partageait une frontière d’environ 900 km, des liens historiques, culturels et familiaux [7]. Il ajouta aussi que le message d’Ankara serait désormais plus strict, plus fort et plus clair ; la Turquie se tenait au bout de sa patience, ajouta-t-il [8].

Le soir même, la secrétaire d’État des États-Unis, Hillary Clinton, demanda à M. Davutoglu de dire au président Assad qu’il dût « renvoyer ses soldats dans leurs casernes » [9]. De son côté, l’Union européenne envisagea de nouvelles sanctions. Le service diplomatique européen fut chargé de préparer une liste d’options pour aller au-delà de ce qui était en vigueur [10] ; et la France, qui dissimulait une rancune de nature colonialiste envers la Syrie,  se prononça pour la mise en œuvre d’une transition du pouvoir : «  le temps de l’impunité est révolu pour les autorités syriennes », indiqua Christine Fages, alors porte-parole ajointe du ministère des Affaires étrangères [11].

Il est à noter ici que les émirs et sultans arabiques, crainte de rater l’ouvre-bouche [12], exhortèrent la Syrie à mettre fin à l’ « effusion de sang ». Le roi Abdallah d’Arabie saoudite déclara que la Syrie n’avait que deux choix pour son avenir : « opter volontairement pour la sagesse ou s’enliser dans le chaos et la violence », résuma-t-il dans un communiqué au ton inhabituellement sévère à l’égard de l’État syrien. De son côté, le chef de la diplomatie koweïtienne, cheikh Mohammed Al-Sabah, rendit hommage à la décision similaire de l’Arabie saoudite. Plus tard, l’État du Bahreïn se joignit au festin et prit part du Rôt [13] : « Bahreïn a décidé de rappeler son ambassadeur à Damas pour consultation et appelle à la sagesse en Syrie », déclara le ministre des Affaires étrangères bahreïni, cheikh Khaled Ben Ahmad Al-Khalifa [14]. En effet, ces émirs et sultans arabiques, ces despotes et tyrans des monarchies absolues du monde arabe, se précipitèrent au festin Faisan [15] de l’Union européenne, non seulement pour célébrer le déclenchement de la guerre impérialiste contre la Syrie, mais aussi pour mettre de l’huile sur le feu de la haine religieuse envers les minorités musulmanes hétérodoxes partout dans le monde musulman.

En dépit des menaces directes et sous entendues, la Syrie rejeta l’ultimatum de la Sainte-Alliance ; et la conseillère politique du président syrien, la Dr. Bouthaina Shaaban, prévint que le diplomate [turc] devrait s’attendre à un accueil glacial et que la Syrie serait prête à livrer à Ankara un message encore plus ferme que celui de M. Davutoglu, rejetant ainsi l’ultimatum :

Si […] Davutoglu vient délivrer un message déterminé à la Syrie, alors il entendra des propos encore plus déterminés concernant la position de la Turquie. La Turquie n’a toujours pas condamné les meurtres sauvages de civils et de soldats par les groupes terroristes armés, a-t-il dit à l’agence SANA [16].

Suite au rejet de l’ultimatum par l’État syrien, la guerre impérialiste contre la Syrie fut déclenchée, et les ingérences étrangères prirent une ligne ascendante.

M. Davutoglu retourna à Ankara portant déçu et échoué de « faire peur » au président syrien Assad, et ses menaces furent emportées par le vent ; la Syrie eut déjà prit une décision ferme et déterminée : résister, confronter et mener le pays vers une victoire décisive, malgré le taux élevé des sacrifices.

En réaction à la décision de l’État syrien, la Sainte-Alliance décida d’enlever le masque et de montrer son visage effrayant : ou Assad démissionne ou la Syrie sera détruite complètement. Ainsi, des opposants prétendus se furent réunis à Istanbul dans le but de créer un front uni contre l’État syrien ; le lendemain, le misérable Conseil national syrien (CNS) naquit, présidé alors par un universitaire basé à Paris, monsieur Burhan Ghalioun [17].

Deux jours plus tard, le 4 octobre 2011, la création  du CNS fut suivie d’un projet de résolution au Conseil de sécurité de l’ONU condamnant la Syrie, mais qui fut opposé par un double veto russe et chinois. Moscou s’opposa à « l’approche d’affrontement » qui irait « à l’encontre d’un règlement pacifique de la crise », tandis que Pékin rejeta l’« ingérence dans les affaires intérieures » d’un pays [18].

Nous étions encore au début de la guerre impérialiste contre la Syrie.

Erdogan Pacha : le sceau du califat ottoman

Tout ce que nous avons mentionné ci-devant appartient d’ores et déjà à l’histoire ; l’État syrien n’a pas seulement résisté face à la guerre impérialiste la plus atroce du siècle, mais son armée mène des victoires décisives sur le terrain contre des vagues de « nouveaux Mongols » qui avaient envahi le territoire syrien par la grâce et la bénédiction du calife d’Istanbul, Erdogan Pacha.

Pourtant, aujourd’hui Erdogan n’est plus un sadrazam [19], ni Davutoglu un reis efendi [20]À la deuxième semaine d’un mouvement de contestation sans précédent, les forces démocratiques turques apprennent leurs préparatifs ; elles continuent à se précipiter vers les places publiques et à crier leur ras-le-bol contre le gouvernement Erdogan. Les manifestants sont des militants de la société civile, des élèves, des étudiants, des sans-emplois, des partisans de l’opposition de gauche et de l’extrême gauche ainsi que des écologistes. Leurs revendications : d’abord l’abandon par le gouvernement d’un projet immobilier sur la place Taksim, épicentre de l’actuel soulèvement à Istanbul et symbole historique de la république et du laïcisme turcs. Un projet qui prévoit notamment la construction d’une mosquée et d’un gigantesque centre commercial. Cependant, l’opposition à ce projet n’est qu’un prétexte pour de nombreux Turcs pour faire entendre leur frustration vis-à-vis les limitations des libertés publiques et les politiques anti-démocratiques de l’AKP, le parti au pouvoir.

Sur un autre plan, il faut mentionner ici l’article publié cette semaine dans le magazine britannique The Economist, traitant des derniers événements à la place Taksim à Istanbul. L’intérêt que présente un tel article ne se trouve pas certainement dans son contenu – un contenu qui ne rompt pas, évidemment, avec le discours occidental « classique » sur l’Orient et les Orientaux –, ni dans l’approche que l’auteur suit, mais bien plutôt dans le titre qu’il porte « Turkey’s troubles : Democrat or Sultan ? » [21] ainsi que dans le montage du portrait du sultan ottoman Selim III avec la tête du premier ministre turc M. Erdogan.

Tout tourne autour du point suivant : pour que le magazine The Economist – un magazine monopole lié certainement aux centres de pouvoir impérialistes – publie un tel article avec un tel titre et une telle photo, prenant en critique un allié le plus fidèle à la Sainte-Alliance dans sa guerre contre la Syrie, il devrait avoir une bonne raison. Or, cette « bonne » raison ne se trouve nécessairement pas dans les paragraphes de l’article ni dans le discours qu’il propage à propos de la démocratie. Autrement dit, l’impression créée au moment de la lecture de l’article mentionné ci-dessus est la suivante : Erdogan Pacha est en train d’abuser la démocratie, et le magazine The Economist l’avertit ; tout simplement ! Malheureusement, une telle lecture fait partie de ce que l’on appelle « le degré zéro de l’esprit critique » voire « le stade suprême de la naïveté politique ». Certainement, la raison pour laquelle cet article apparaît dans The Economist à ce moment précis se trouve ailleurs ; surtout quand on sait que ce n’est pas la première fois, pendant les 10 ans de mandat, que M. Erdogan « abuse » la démocratie dans son pays ; ni la première fois non plus qu’il met de l’huile sur le feu de la haine chauviniste et religieuse contre les groupes ethniques et religieux de la Turquie, tels que les Kurdes, les Arméniens et les alaouites, sans qu’il soit protégé et couvert par le silence des médias monopoles, qui jouaient, jusqu’à la veille, l’aveugle, le sourd et le muet face aux pratiques hostiles du monsieur Erdogan.

Pour rappel, monsieur Erdogan et son ministre des Affaires étrangères M. Davutoglu se présentent en tant que fer de lance de la guerre impérialiste contre la Syrie ; et pendant deux ans et quelque, ils prononcent un discours « surprenant » sur les droits de l’homme, la démocratie, la liberté, la justice, la tolérance ; promettant ainsi aux peuples des « anciennes provinces arabes » de l’Empire ottoman une nouvelle ère de lumière, de justice et de prospérité, jusqu’au point où nous aurions cru voir Voltaire et Montesquieu – que la paix soit sur leurs noms – s’adressant aux masses arabes en personnes d’Erdogan et de reis efendi Davutoglu.

À plus forte raison, la parution d’un tel article dans le magazine The Economist doit être lu dans le contexte des victoires décisives que mène l’armée arabe syrienne sur le terrain contre les groupes takfiris, qui prennent des régions turques frontalières avec la Syrie un arrière-front. Autrement dit, il faut bien dire que les centres de pouvoir impérialistes ne connaissent pas d’amis permanents ni d’ennemis permanents, mais bien plutôt d’intérêts permanents ; et qu’après deux ans et quelque de guerre impérialiste contre la Syrie, dont les « joueurs » principaux étaient jusqu’à la veille le sadrazam M. Erdogan et sonreis efendi M. Davutoglu, la Sainte-Alliance a échoué à renverser le régime du président Assad, malgré les chiffres catastrophiques des pertes matérielles et humaines, malgré aussi le recours à tous les Centaures [22] et les Minotaures [23] de Hadès. Ce qui revient à dire que les puissances impérialistes cherchent désormais à remplacer M. Erdogan, qui vient de recevoir la « carte rouge », par un autre « joueur » turc, qui serait prêt à courir, comme un Maradona, dans le stade d’un certain compromis international prévu sur la Syrie entre Moscou et Washington.

Le peuple turc demande le départ d’Erdogan

Il y a un an et demi, précisément le 22 novembre 2011, M. Erdogan, avait exhorté le président syrien Bachar al-Assad à quitter le pouvoir afin de « prévenir davantage d’effusion de sang » dans le pays : « Pour le salut de ton peuple, de ton pays et de la région, quitte désormais le pouvoir », a-il déclaré au Parlement devant le groupe parlementaire de son parti de la justice et du développement, AKP [24].

Or, dix-huit mois plus tard, aujourd’hui sur la place Taksim et dans le parc Gezi à Istanbul,  des milliers de militants turcs de la société civile et des forces démocratiques, qui sont ensuite descendus chaque jour dans les rues de tout le pays, réclament maintenant la démission du premier ministre, Recep Tayyip Erdogan, qu’ils accusent de diriger un gouvernement conservateur qui tente d’islamiser le pays et de réduire la portée de la démocratie et de la laïcité.

Dans la plaine avec les Douze

Ainsi, Jésus descendit de la montagne avec les douze Apôtres et s’arrêta dans la plaine. Il y avait là un grand nombre de ses disciples, et une foule de gens venus de toute la Judée, de Jérusalem, et du littoral de Tyr et de Sidon (…) Regardant alors ses disciples, Jésus dit : « Qu’as-tu à regarder la paille dans l’œil de ton frère, alors que la poutre qui est dans ton œil à toi, tu ne la remarques pas ? Pourquoi vois-tu la paille qui est dans l’œil de ton frère et n’aperçois-tu pas la poutre qui est dans ton œil à toi ! Ou comment peux-tu dire à ton frère : Frère, laisse-moi ôter la paille qui est dans ton œil, toi qui ne vois pas la poutre qui est dans le tien ? Hypocrite, ôte premièrement la poutre de ton œil, et alors tu verras comment ôter la paille qui est dans l’œil de ton frère » [25].

Fida Dakroub, Ph.D

 

Blog officiel de l’auteur : www.fidadakroub.net

Source de l’image : Democrat or sultan? The Economist, 8 juin 2013.

Notes

[1] Today’s Zaman. (8 août 2011). “Davutoğlu to deliver harsh message to Damascus”. Récupéré le 08 août 2012 de

http://www.todayszaman.com/news-253150-davutoglu-to-deliver-harsh-message-to-damascus.html

[2] La poulaine est une chaussure du Moyen Âge (XIVe siècle) allongée, à l’extrémité pointue mesurant jusqu’à 50 cm, généralement relevée. Plus l’on appartenait à une classe sociale élevée, plus la pointe était longue. Pour les rois, la taille de l’extrémité pouvait être aussi grande que voulu. Le bout est rembourré de mousse ou chanvre pour la rigidité de la pointe.

[3] Dans « La Chanson de Roland », le bâton et le gant de l’empereur Charlemagne signifient le pouvoir conféré au messager.

[4] Personnage littéraire de « La Chanson de Roland », Ganelon est le fils de Griffon, comte d’Hautefeuille. Il est le beau-père de Roland. Il est le messager de Charlemagne au roi de Saragosse. Pourtant, c’est lui qui trahit Roland en le mettant à l’arrière-garde qui devait se faire attaquer par les sarrasins. Pour cette raison il est d’une certaine manière devenu, dans la tradition française, l’archétype du félon ou du traître.

[5] Marsile est le nom d’un personnage légendaire figurant dans « La Chanson de Roland » ou « La Chanson de Roncevaux ». Il est le roi sarrasin de Saragosse et ennemi de Charlemagne.

[6] Abréviation turque de « Posta ve Telgraf Teşkilatı Genel Müdürlüğü » ou La Direction générale des postes et des télécommunications turques.

[7] Le Point. ( 9 août 2011) Syrie: le chef de la diplomatie turque arrivé à Damas avec un message ferme pour Assad. Récupéré le 18 août 2012 de

http://www.lepoint.fr/monde/syrie-le-chef-de-la-diplomatie-turque-arrive-a-damas-avec-un-message-ferme-pour-assad-09-08-2011-1361030_24.php

[8] Today’s Zaman, loc. cit.

[9] Le Monde. (8 août 2012). Le président syrien de plus en plus isolé après le rappel d’ambassadeurs de pays arabes. Récupéré le 27 août 2012 de

http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2011/08/08/l-arabie-saoudite-rappelle-son-ambassadeur-en-syrie-et-critique-le-regime_1557154_3218.html

[10] loc.cit.

[11] loc.cit.

[12] Au Moyen-âge, le banquet commence par des salades ou des fruits frais de saison afin de préparer l’estomac à recevoir des plats plus riches.

[13] Au Moyen-âge, le banquet comprenait aussi « le Rôt », un plat principal qui se composait de viandes rôtis accompagnées de sauces diverses.

[14] Le Monde. (8 août 2012). loc. cit.

[15] La cour de Bourgogne développa une étiquette de la table sans précédent par son raffinement et sa ritualisation. Elle fit de chaque banquet un spectacle permanent. Le plus célèbre, auquel assistèrent d’ailleurs des centaines de convives et de spectateurs, était le banquet du Faisan, tenu à Lille en 1454.

[16] Le Devoir. (8 août 2011). Damas passe de nouveau à l’attaque. Récupéré le 18 août 2012 de

http://www.ledevoir.com/international/actualites-internationales/328916/damas-passe-de-nouveau-a-l-attaque

[17]Le Devoir. (4 octobre 2011). Mabrouk ! – Syrie : euphorie et émotion accueillent la création du Conseil national. Récupéré le 18 août 2012 de

http://www.ledevoir.com/international/actualites-internationales/332818/mabrouk-syrie-euphorie-et-emotion-accueillent-la-creation-du-conseil-national

[18] Radio Canada. (5 octobre 2011). Résolution de l’ONU sur la Syrie : le veto sino-russe critiqué par l’opposition, applaudi par Damas. Récupéré le 21 août 2012 de

http://www.radio-canada.ca/nouvelles/International/2011/10/05/004-syrie_resolution_onu-critiques-veto_russie_chine.shtml

[19] Le sadrazam ou le grand vizir était le premier ministre de l’Empire ottoman.

[20] Le reis efendi était le ministre des Affaires étrangères de l’Empire ottoman.

[21] The Economist. (8 juin 2013). “Turkey’s troubles. Democrat or sultan?”.  Récupéré le 10 juin 2013 de

http://www.economist.com/news/leaders/21579004-recep-tayyip-erdogan-should-heed-turkeys-street-protesters-not-dismiss-them-democrat-or-sultan

[22] Dans la mythologie grecque, les Centaures étaient des créatures mi-hommes mi-chevaux. Ils descendaient d’Ixion, le premier homme à avoir assassiné un membre de sa famille, et qui conçut le premier Centaure en s’unissant à une nuée à laquelle Zeus, le dieu suprême, avait donné la forme de son épouse, Héra. Les Centaures vivaient en Thessalie, autour du mont Pélion, et étaient considérés comme des êtres sauvages, non-civilisés.

[23] Dans la mythologie grecque, le Minotaure ou « taureau de Minos » est un monstre assez hideux à tête de taureau et au corps d’homme. Le Minotaure est né des amours de la reine de Crète Pasiphaé et d’un taureau blanc que le roi Minos n’avait pas sacrifié à Poséidon.

[24] Le Monde. (22 novembre 2011). Le premier ministre turc demande le départ de Bachar Al-Assad. Récupéré le 12 juin 2013 de

http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2011/11/22/le-president-turc-abdullah-gul-avertit-de-nouveau-bachar-al-assad_1607282_3218.html

[25] Évangile de Jésus selon Luc, (6 :41 – 42).

Docteur en Études françaises (The University of Western Ontario, 2010), Fida Dakroub est écrivain et chercheur en théorie bakhtinienne. Elle est  aussi militante pour la paix et les droits civiques.

http://www.mondialisation.ca/de-la-guerre-imperialiste-contre-la-syrie-erdogan-pacha-le-dernier-des-sultans-ottomans/5338824

“Insaisissable” résilience : le cas Erdogan

3 juin 2013 – … Ou bien, “insaissable” Turquie ? Développant notre Notes d’analyse (le 1er juin 2013) sur la “guerre syrienne” que nous qualifiions d’“insaisissable” et dont nous observions qu’elle ramenait à elle toutes les tensions de sa région, sinon de la crise d’effondrement du Système, nous ignorions les événements déjà en cours en Turquie, dans leur éventuelle dimension structurelle. Nous sommes toujours dubitatifs, peu inclinés à en tenir compte dans l’immédiat, devant des événements soudain encore trop “immatures” pour juger s’ils ont de la substance ou s’ils ne sont que “l’écume des jours”. Pourtant, à vingt-quatre heures près, certes, cette affaire turque en passe de devenir une “crise turque” méritait sa place dans notre florilège.

… En effet, il ne fait aucun doute pour nous (on le verra plus loin) que la politique syrienne d’Erdogan est pour beaucoup, voire pour l’essentiel dans la détonation de la chose, dans cette crise turque partie d’un rassemblement de 50 personnes outrées que l’on déracinât quelques arbres et transformât une partie (Gezi Parki) du parc Taksim, l’un des rares espaces verts restants du centre d’Istanboul, en galerie marchande. Nous parlons de la politique syrienne d’Erdogan aussi bien en termes de symbole qu’en termes de forme fondamentale, abandonnant l’orientation principielle qui avait heureusement marqué la “nouvelle politique turque” dans les années précédentes. Cette politique d’avant la Syrie avait donné à Erdogan une légitimité qui concernait tous les domaines, – l’extérieur bien sûr, où elle se fondait principalement, mais aussi l’intérieur, – et assurait à son pays autant qu’à lui-même une stabilité certaine et fondée. Les événements de ces derniers jours font éclater un malaise qui ne cesse de grandir depuis deux ans, et qui s’exprime notamment par un divorce entre la politique syrienne d’Erdogan et le sentiment populaire. Du coup, l’explosion ressort tous les problèmes non résolus et s’identifie aux mouvements antiSystème (Occupy, “indignés”, etc.), en même temps qu’elle achève la perception de la transformation d’une autorité incontestable d’Erdogan, une autorité légitimée, en une “dérive” autoritaire dans son comportement et sa politique.

En même temps, les événements illustrent le terme-programme de “résilience” que nous avons déjà utilisé (voir notamment et principalement le 9 novembre 2012). Nous l’utilisons pour deux occurrences, d’abord pour qualifier la forme des événements en cours, ensuite pour qualifier, plus loin dans notre propos, l’importance des fondements d’une politique qu’Erdogan a abandonnée à ses dépens.

• Sur les événements et leur signification, il y a une intéressante interview du Britannique Mark Almond, professeur en Relations Internationales détaché à l’Université Bilkent, à Ankara, sur Russia Today, le 2 juin 2013. Quelques extraits donnent une bonne appréciation de la situation, des réactions maladroites et confuses d’Erdogan qui est la cible principale sinon unique du mouvement, de l’ampleur inattendue de ce mouvement, de sa diversité de composition et de la diversité de ses motifs conjoncturels jusqu’à celui d’une manifestation de protestation pour conserver à Istanboul un lieu… où manifester. Éventuellement, on peut percevoir ainsi les structures et les forces qui démontrent effectivement ce que nous nommons résilience dans ce mouvement, et certaines comparaisons qui symbolisent à la fois la rapidité et les renversements paradoxaux de ce temps : Erdogan, le premier grand dirigeant à avoir demandé la démission de Moubarak, qui semble suivre un comportement semblable à celui de Moubarak jusqu’à sa chute. (Dans ses interventions du week-end, Erdogan s’est montré fermé à toute interprétation accommodante et dynamique des événements. Il en a rejeté la responsabilité sur “des extrémistes”, sur les partis d’opposition sur les “réseaux sociaux” type-tweeter  : «There is now a menace which is called Tweeter. The best examples of lies can be found there. To me, social media is the worst menace to society.» [Guardian, le 3 juin 2013].) … Mark Allmond :

«And this is a very dramatic moment for Prime Minister Erdogan, who’s had for the first time to step back. He was extremely aggressive in his initial statements that he wouldn’t tolerate protest. And now the man who was the first world leader to call for [Egyptian] President Mubarak to resign is talking rather eerily like Mubarak did shortly before his own fall. He is now saying he’s going to investigate the police, he’s concerned for the people. He wants to carry on the project, so he’s managing to, in a sense, muddy the water.

»But I don’t think it will calm the situation, because if he insists on carrying on with the project, which is very unpopular – and symbolic of what many people see as kind of a high-handed approach where property developers and government together simply push aside local opinion – he still is going to keep the protest going. But at the same time he’s shown weakness, and this is the first time he’s shown weakness.» […]

«…And they were taken by surprise by a rather complex movement of different groups of people we see – classic, if you like, student protesters, anarchists, the Twitter generation. But we’ve also seen, which is worrying for the prime minister, people from his own side of politics. We’ve seen Muslims praying in the square opposing this policy, we’ve seen a Kurdish MP actually injured, trying to stand in the way of one of the bulldozers. So we now have a situation that a very broad coalition has sprung up not just in Istanbul, but in other cities. And some of it is actually from the side of politics that in the past, and recently has been supporting the government…» […]

«And the Turkish economy, which had been doing very well for the first 10 years of Erdogan, is beginning to stall. The property boom is turning into a bubble that’s bursting. The war in Syria is worrying people with violence on the border. But also, if you then begin to have measures that are fighting off tourists, including, of course, his measures about alcohol, his moral reform measures, you begin to have a whole dangerous mélange of issues all bubbling up together.

»And I’m not sure that the government really has thought through what is its main priority, who are the people that it really needs to keep on board, does it really need to offend all these different groups, does, actually, the center of Istanbul, not need at least one bit of green space. It’s a huge city with a very little space, and, of course, people say ‘How can we have democracy, if there’s nowhere where you can demonstrate, if everywhere is filled in only narrow streets?’ I’m afraid, like it or not, you need Trafalgar Square, you need Taksim Square.»

• On peut trouver un reportage de The Observer, du 2 juin 2013, montrant comment le mouvement commence à s’organiser, à s’installer en adoptant les us et coutumes désormais de cette sorte de protestation, notamment et essentiellement pour s’implanter et durer. Ce qu’il y a de “résilience” dans ce mouvement, effectivement, c’est la façon dont il s’est naturellement identifié à la tactique et au style du mouvement fameux dit-Occupy, commencé par Occupy Wall Street, en se dénommant lui-même Occupy Turkey. Un autre aspect montrant ce même caractère de résilience se trouve dans la façon dont la “reste du monde” a aussitôt répondu aux événements turcs, avec diverses manifestations et interventions de soutien, notamment aux USA, et particulièrement à New York où quelques centaines de manifestants (le nombre importe peu dans cette occurrence) réunis au Parc Zuccoti d’où était parti Occupy Wall Street, ont réussi à réveiller l’écho de l’automne 2011, toujours avec les mêmes références, telle que Occupy Gezi, créant une impression de continuité et de solidarité transnationales (voir Russia Today ce 1er juin 2013).

• Une réaction particulièrement notable et qui a eu beaucoup d’échos est celle de Noah Chomsky, notamment reproduite par la presse turque. Le quotidien Hurriyet la retranscrit le 1er juin 2013 : «I would like to join Amnesty International and others who defend basic human rights in condemning the brutal measures of the state authorities in response to the peaceful protests in Taksim in Central Istanbul. The reports of the past few days are reminiscent of some of the most shameful moments of Turkish history, which, it seemed, had been relegated to the past during the progress of the past years that has been welcomed and praised by all of us who wish the best for Turkey and its people.»

• Au niveau de la politique régionale et nationale, on appréciera aussitôt la réaction du gouvernement syrien, toujours en place malgré les efforts frénétiques d’Erdogan à son encontre. PressTV.ir rapporte, ce 1er juin 2013 la réaction du ministre syrien de l’information accusant Erdogan de “terroriser” son peuple, ce qui est un renvoi d’ascenseur de circonstance … «Syrian Information Minister Omran al-Zohbi says Turkey’s Prime Minister Recep Tayyip Erdogan is “terrorizing” his own people, calling on the premier to resign his post. “Erdogan is leading his country in a terrorist way, destroying the civilization and achievements of the Turkish people,” the Syrian information minister said on Saturday.» Cette intervention met en évidence combien, effectivement, la situation turque est aujourd’hui inextricablement imbriquée dans la crise syrienne et l’implication d’Erdogan dans la “guerre syrienne”

• Au niveau politique intérieur, un homme a aussitôt suivi un rôle médian entre l’extrémisme d’Erdogan et la contestation populaire. Il s’agit du président Gül, ancien ministre d’Erdogan désormais perçu comme un adversaire institutionnel et politique du Premier ministre. Gül voudrait rester à la présidence en 2014, mais Erdogan entend le remplacer après avoir assuré une réforme constitutionnelle donnant des pouvoirs fondamentaux (type-Vème République) au président. Bien entendu, ces projets sont désormais complètement en question, devant l’incertitude née de la crise. (Selon le pourtant très modéré Murat Yekin, éditorialiste de Hurriyet, le 1er juin 2013 : «To cut the story short, the Taksim wave of protests has turned into the first public defeat of the almighty image of Prime Minister Tayyip Erdogan, and by Turkish people themselves. […] To call this a “Turkish Spring” would be over-dramatizing it. It could be, if there were opposition forces in Turkey that could move in to stop the one man show of a mighty power holder. But it can easily be said that the Taksim brinkmanship marked a turning point in the almighty image of Erdogan.»)

Concernant l’attitude du président Gül et son rôle, qui apparaît très important, durant le premier tournant de la crise avec un premier retrait des forces de police du square Taksim après les premiers jours de très durs affrontements, on lira également Hurriyet le 1er juin 2013. (L’on se souviendra que Gül a marqué plus d’une fois des réticences claires à propos de la politique syrienne d’Erdogan, la trouvant trop extrémiste, trop anti-Assad et trop alignée sur le bloc BAO. Il est certain que l’affaiblissement d’Erdogan, – première certitude de cette crise, sans préjuger de l’avenir, – va conduire Gül à se découvrir un peu plus et à s’affirmer comme un adversaire beaucoup plus marqué de la politique syrienne d’Erdogan.)

«Official sources told the Hürriyet Daily News that around 2:30 p.m. Gül called the Istanbul Governor Hüseyin Avni Mutlu, Interior Minister Muammer Güler and Prime Minister Recep Tayyip Erdogan. Emphasizing that the situation was “very sensitive,” Gül urged moderation. Following the call, the interior minister called for the police forces to be pulled back from Taksim, ahead of the main opposition Republican People’s Party (CHP) rally in the afternoon. The president said he had shared these issues with state and government officials, including PM Erdogan. “I believe that everybody will immediately do his share to provide calm and discuss the issue in a way that will suit us,” he said.»

• La brutalité policière, qui est aspect très spécifique de ces événements et constitue un des éléments déclencheur ou aggravant de leur course, constitue un problème spécifique de la séquence (voir Russia Today, le 2 juin 2013). Elle ajoute au malaise général qui caractérise la crise, en créant une sensation d’isolement sécuritaire du régime, ou du gouvernement, correspondant parfaitement aux tendances des régimes des pays du bloc BAO face aux diverses manifestations de la crise générale. Bien entendu, ce facteur renforce le constat sur l’illégimité, ou sur “la légitimité perdue”, de la direction d’Erdogan…

 

La légitimité perdue de Recep Tayyip Erdogan

… Tout cela, ce gâchis remarquable du point de vue de ses ambitions pour la Turquie, qui nous conduit à cette question : mais qu’est donc allé faire Erdogan dans ce guêpier, ce bourbier, cette juste cause type-BAO et parti des salonards, trop belle et bien trop fardée de narrative convenues pour être juste ? Cette cause fondée sur le “principe” grotesque dans son schématisme primaire et faussaire du slogan mécaniquement répété “Assad est un monstre” ? On ne gaspille pas de cette façon un capital de popularité fondé sur une véritable légitimité telle que celle qu’Erdogan avait amassé en quelques années d’une politique devenue indépendante des USA et même d’Israël, sinon à prouver que le destin s’est trompé et que l’homme d’État plein d’un brio élégant et bronzé dans la vérité du monde s’est révélé comme un faussaire incapable de maîtriser ses humeurs et victimes d’illusions en forme de mirages… Chomsky lui-même l’a bien dit, d’une façon indirecte ou involontaire puisqu’il n’évoque que le “progrès” auquel il est encore sensible en tant que dissident “de gauche” ; il porte ce jugement, qui concerne effectivement ces années de fortune pour la Turquie, qui sont celles où Erdogan affirmait toute sa légitimité, et il semble alors déplorer implicitement qu’elles aient été ainsi gaspillées pour des chimères : «The reports of the past few days are reminiscent of some of the most shameful moments of Turkish history, which, it seemed, had been relegated to the past during the progress of the past years that has been welcomed and praised by all of us who wish the best for Turkey and its people…»

Nous pensons qu’Erdogan avait bâti cette légitimité dont nous parlons en construisant une politique extérieure qui était fondée sur l’idée générale du Principe, – cela considéré aussi bien comme règle d’action, comme orientation politique qui sont l’opérationnalisation d’une orientation principielle, que sur le respect effectif de certains principes qui peuvent être encore d’application. Il l’avait montré, par exemple, en août 2008, lorsque la Turquie avait défendu la Russie dans la crise géorgienne, contre l’activisme déstructurant d’un Saakachvili commandité par l’OTAN et les officines américanistes qui vont bien. (Cela, alors que la Turquie était membre de l’OTAN, comme elle l’est toujours, ce qui marquait sa détermination.) Novosti notait, le 13 août 2008 : «M.Erdogan a dit que son pays était solidaire de la Russie dans la situation autour de l’Ossétie du Sud, alors que M.Medvedev a estimé que “les pays aussi proches que la Russie et la Turquie” devaient “faire le point de leurs relations en cas de problèmes”. “Malheureusement, il y a assez de problèmes, notamment la récente agression géorgienne contre l’Ossétie du Sud”, a ajouté le président russe.» (On notera tout de même, et cela a un rapport avec ce qu’on a vu plus haut de la situation politique actuelle, que c’est Abdullah Gül, à peine devenu président après avoir quitté son poste de ministre des affaires étrangères, qui avait le mieux défini la position turque en énonçant effectivement des notions principielles dans l’explication de la position turque. [Voir le 18 août 2008].)

Cette notion d’une politique principielle assurant la légitimité, à l’exemple de divers cas historiques dont le plus récent est évidemment de Gaulle et le gaullisme, diffère complètement des notions d ‘un droit sacralisé et de l’idéologie démocratique où l’on prétend assurer la légitimité par le seul automatisme de processus aboutissant en principe à l’expression populaire souveraine. Ces processus, qu’on ne peut certes écarter parce qu’il importe de transiger sur les moyens, n’ont jamais montré en aucune façon qu’ils fussent fondamentalement source principielle et producteur de légitimité, – sinon un Sarko et un Hollande en auraient été nécessairement transformés, ce qu’ils ne furent pas. Ils n’ont cessé, ces dernières années, de se dégrader du point de vue de leurs mécanismes et de leurs effets pervers, à la mesure du développement du système de la communication, de la dictature de l’argent et de la corruption généralisée qui s’ensuit, à la mesure de la contraction du temps et de l’accélération de l’Histoire qui caractérisent notre époque, avec l’épanouissement catastrophique du Système que cela suppose. Plus que jamais, la légitimité s’acquiert à la fois dans les actes s’ils sont d’essence principielle, et dans les manifestations éventuellement transcendantes que parviennent à manifester les dirigeants politiques devenus “hommes d’État” par le fait. (C’est dire s’il n’y en a plus guère puisque cette époque est celle de l’effondrement principiel, et par conséquent en général de la légitimité.) Pour ce qui concerne les actes à production principielle, on ne peut les trouver majoritairement que dans une politique à projection et dimension extérieures, et dans la politique extérieure elle-même, dans la mesure où toutes les situations intérieures dépendent évidemment de la grande crise d’effondrement du Système et de la globalisation qui en est la représentation structurée. Par conséquent, la légitimité intérieure notamment s’acquiert à partir d’actes à résonnance extérieure et de la politique extérieure elle-même. (C’est la raison pour laquelle plus aucun dirigeant européen n’a aujourd’hui la moindre légitimité, avec le transfert de souveraineté des nations à des organes supranationaux eux-mêmes dépourvus de la moindre légitimité, aboutissant à des actes extérieurs et des politiques extérieures vidés de toute substance et laissé à l’affectivité et à l’hystérie. La Syrie, bon exemple de ce déchaînement de nihilisme impuissant.)

Erdogan avait construit sa légitimité en développant cette politique extérieure s’orientant vers l’indépendance nationale, l’établissement de liens hors bloc BAO (avec la Russie, avec l’Iran), enfin la rupture avec Israël au nom de la condamnation de l’illégitimité des actions de force israéliennes, caractéristiques de l’“idéal de puissance” qui inspire toutes les velléités d’actes politiques du bloc BAO. Il avait ainsi construit un “modèle turc”, absolument fondé sur les principes de souveraineté et d’équilibre des relations internationales (“idéal de perfection”, selon Guglielmo Ferrero) qui fondaient à leur tour sa propre légitimité. La Syrie a changé tout cela, en découvrant certainement un problème individuel de caractère et de perversion psychologique dans le chef d’Erdogan, interférant gravement sur la brillante dimension collective d’un destin. Le Premier ministre turc a choisi la voie et le camp de l’“idéal de puissance”, avec pour son compte l’affirmation d’ambitions hégémoniques passant notamment par la liquidation de la Syrie dans son état actuel, qui devraient apparaître grotesques dans la perspective et qui l’étaient effectivement dans le détail qu’on en donna (cartes du Moyen-Orient remodelé façon-Erdogan) comme l’on distribue le programme des festivités au début d’une représentation, par exemple au cirque. Erdogan a donc troqué la légitimité qui implique la domestication de la force par l’établissement de l’équilibre des producteurs de force que sont les nations et autres entités, au profit d’une ambition hégémonique relevant effectivement de l’“idéal de puissance” et, dans son chef personnel, d’un déséquilibre psychologique dont l’hubris est une des productions les plus dévastatrices. Le résultat net, absolument paradoxal, a été que la Turquie est retombée, par la voie de l’imbroglio syrien, dans l’orbite du bloc BAO (USA, OTAN, Israël, etc.), avec à la clef des alliances douteuses (avec le Qatar) et des réconciliations complètement perverses (avec Israël, dont une grande partie de l’establishment continue à nourrir une haine féroce à la Turquie malgré, ou à cause de la réconciliation forcée par Obama en avrils dernier).

Notre conviction est que cet aspect puissant de l’évolution turque et de l’évolution d’Erdogan joue un rôle fondamental dans la crise actuelle, où aspects intérieur et extérieur se mélangent pour organiser la perception d’un dirigeant politique légitime perverti dans la délégitimation, et instituer un jugement de condamnation que nourrit la psychologie ainsi orientée. C’est bien la dissolution puis l’entropisation de la légitimité d’Erdogan qui assurait son autorité, qui ont conduit par contraste à l’affirmation d’un autoritarisme illégitime, qui alimente la revendication et la colère populaires. Les conditions de cette évolution catastrophique ont conduit à des situations complètement inverties. Dans la politique syrienne d’Erdogan, on voit le paradoxe grossier et insupportable de ce dirigeant autoritaire et adepte de l’idéal de puissance sacrifier la souveraineté et la sécurité de son pays, notamment sur sa frontière syrienne, aux entreprises douteuses des groupes islamistes installés en Turquie et opérant en Syrie, et même à des bandes du crime organisé, avec actes de violence, pressions contre la population, etc. Il nous apparaît évident que cette situation a contribué décisivement, du point de vue de la perception et par conséquent de l’évolution de la psychologie, à ce que les événements des derniers jours prennent l’ampleur qui est la leur.

L’on voit donc que la crise turque, puisque crise il y a finalement, rejoint la cohorte des autres crises rassemblées et exacerbées par l’“insaisissable guerre syrienne”, comme une des expressions de la crise haute et, plus généralement, de la crise d’effondrement du Système. Par ailleurs, la crise turque introduit dans la même “insaisissable guerre syrienne”, qui l’est ainsi de plus en plus, un nouveau facteur de confusion et d’incertitude en affaiblissant dramatiquement et peut-être en paralysant l’un des acteurs régionaux les plus importants de la coalition anti-Assad réunis par le bloc BAO. Par ailleurs enfin, et pour boucler la boucle, se manifeste la résilience des dynamiques de contestation du Système, car c’est bien le sens que va prendre cet épisode qui semble assurer une sorte de continuité certainement symbolique, et opérationnelle éventuellement, des mouvements type-Occupy, “indignés”, etc.

Turquie : les raisons de la colère de la rue face à l’AKP

euronewsfr

Comment le mécontentement d’une poignée d’activistes qui tentaient d’empêcher l’abattage des arbres du park Gezi à Istanbul a-t-il pu se transformer en une contestation massive contre le gouvernement de Recep Tayyip Ergogan?

L’explosion de colère est sans égale depuis des décennies en Turquie, elle exprime une défiance contre ce que beaucoup parmi les manifestants dénoncent comme un autoritarisme rampant du Premier ministre Erdogan.

Elu avec 50% des voix lors des législatives de 2011, le chef du parti islamiste modéré AKP, impose son hégémonie politique à la société dans tous les domaines. D’ici la fin de son troisième et ultime mandat, en 2015, il veut réformer la constitution pour donner des pouvoirs exécutifs à la présidence du pays et il ne cache pas son intention de se présenter à la présidentielle.

Pendant ces dix années de l’AKP au pouvoir, la Turquie a connu une remarquable stabilité politique et une forte croissance. Pourtant, ces derniers mois une série d’évènements ont mis les laïcs sur le qui-vive.

Fin mai, une centaine de couples se rassemblaient à Ankara pour s’embrasser en public, protestant ainsi contre l’interdiction de se faire des bisous dans le métro de la capitale.

Cette suspicion de vouloir insidieusement islamiser la société turque s’est renforcée avec l’approbation d’une loi interdisant la publicité et limitant la vente d’alcool, il y a quelques jours. Beaucoup de Turcs considèrent cela une intrusion du gouvernement dans la vie privée des citoyens.

Début mai, c’était le personnel de Turkish Airlines qui dénonçait l’interdiction par la compagnie des rouge à lèvres et vernis trop voyants aux hôtesses de l’air, soit-disant à la demande des passagers. Mais pour les syndicats, ce n’est qu’une position politique et idéologique, aucunement une décision motivée par la clientèle.

Et le 15 avril, le musicien et pianiste Fazil Say a été condamné à 10 mois de prison avec sursis pour une série de tweets considérés par la cour comme « insultants à l’égard des valeurs religieuses d’une partie de la population turque ».

Enfin la société turque désapprouve la politique étrangère d’Erdogan concernant la Syrie, selon les sondages d’opinion. Ces manifestants accusent même le gouvernement d’avoir par ses positions entraîné deux attentats à la bombe à Reyhanli, près de la frontière avec la Syrie le 11 mai, ils firent 51 morts.

Pour en savoir plus, nous avons interrogé le Professeur Riva Kastoryano, de l’Institut d’Etudes politiques à Paris.

« Devrim Hacısalihoğlu, euronews : Pour quelle raison le peuple turc organise des manifestations massives contre le gouvernement ?

Riva Kastoryano : Il serait plus juste de dire qu’il y a plusieurs causes, mais pas une seule raison. Au début, il s’agissait d’un mouvement pacifique pour sauver un parc d’Istanbul. La manifestation a débuté dans un cadre écologiste, mais parce que la police turque a attaqué violemment les manifestants, le sens de la réaction a très vite évolué. À présent il semble que toutes les couches de la société turque qui veulent exprimer leur désaffection pour le gouvernement se joignent aux rassemblements.

euronews : Il semblerait que des gens qui n’ont jamais manifesté auparavant descendent maintenant dans la rue.

Riva Kastoryano : « Quand je parle à des gens en Turquie, je vois qu’il y a un réel enthousiasme, une envie de prendre part aux manifestations, même chez ceux qui n’ont jamais participé à un mouvement politique. Il y a des gens issus de tant d’horizons politiques différents. Le mouvement a évolué en quelque chose de moins homogène. Il ne s’agit plus uniquement d’une manifestation de l’opposition. Il y a de plus en plus de dissensions, y compris au sein de la majorité. Ils veulent que le gouvernement tienne compte des manques politiques. Ce n’est donc pas un mouvement qui peut être attribué à une idéologie homogène.

Pour Jeremy Salt, une seule option en Syrie: la victoire de l’armée et du gouvernement syriens

On connaît Jeremy Salt sur ce blog. Salt a la particularité d’être un universitaire américain, spécialiste du Moyen Orient, qui enseigne dans une université turque !

Son point de vue sur la Syrie est donc particulièrement autorisé.

Quand je dis point de vue, je ne parle pas d’opinions alimentées par les informations très partielles ou déformées et la conception qu’on a du bien et du mal. Pas besoin d’avoir fait des études pour ça, et ce mode de construction de l’opinion est précisément le pain quotidien des propagandistes et des politiciens habiles à manipuler les foules.

Un vrai point de vue est d’abord un point de vue informé qui est le résultat d’une mise en relation pertinente des informations importantes, c’est-à-dire qui définit l’objet sur lequel porte le point de vue parce que cet objet n’est pas un donné à priori.

Pour Jeremy Salt, sauf évènement imprévu, le conflit syrien tire vers sa fin.

Il tire à sa fin militairement par la victoire qui se dessine de l’armée gouvernementale.

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Samedi 19 mai l’armée syrienne a investi le centre d’al Qussayr

Il tire aussi à sa fin politiquement du fait de l’implosion de l’opposition d’une part et du choix fait par les Etats Unis d’une sortie de crise négociée avec la Russie.

Cette crise syrienne aura permis de voir quelles sont les puissances qui comptent en ce moment sur la scène internationale avec le retour prévisible de la Russie au premier plan et l’irruption de la Chine.

Si les Etats Unis restent, c’est évident, un acteur majeur (le plus important) on aura par contre pu constater la vanité de puissances comme la France ou la Grande Bretagne qui, peinant à suivre les orientations de leur maître de Washington, sont soit en retard, soit en avance d’un retournement de veste. Ainsi de cette dernière sortie du gouvernement français qui prétend interdire à l’Iran de participer aux négociations sur la Syrie.

Pathétique de la part d’un gouvernement français qui a longtemps cru qu’il pourrait procéder en Syrie comme il l’a fait en Libye alors qu’il n’aurait rien pu faire en Libye (et a Mali non plus) sans le soutien politique et militaire des Etats Unis.

Un gouvernement français qui n’a cessé de mettre de l’huile sur le feu en Syrie alors que les autorités iraniennes ont pris soin d’ouvrir leurs portes à toutes les parties.

La crise syrienne: L’Option

By Jeremy Salt à Ankara, The Palestine Chronicle 18 mai 2013 traduit de l’anglais par Djazaïri

Alors que toutes les options sont censées être toujours sur la table, Barack Obama s’éloigne clairement de l’éventualité d’une implication plus profonde en Syrie maintenant qu’il est évident que rien,  à part une intervention  militaire directe, ne fera tomber le régime de Damas. Au cours des derniers mois seulement, les groupes armés ont perdu des milliers d’hommes. Même si  le conflit va perdurer un certain temps encore, l’armée syrienne est en train de réduire progressivement l’insurrection.

Ceux qui sont derrière cette aventure sont en plein désarroi. Comme le Conseil national syrien avant elle, la Coalition nationale syrienne a implosé. Muadh al Khatib [ex chef de la coalition] est maintenant une voix en marge. Ghassan Hitto [en passe d’être limogé] est la seule personne au monde à être premier ministre d’un comité. Ces personnes sont une cause complètement perdue.

Dans le monde réel, et non pas le monde des illusions, on est horrifié par la vidéo qui montre un chef «rebelle» arracher  le coeur du corps d’un soldat mort et  mordre dedans. Ou peut-être étaient-ce les poumons ou le foie. Si les médias semblent hésiter là-dessus, ils semblent considérer important assez important de savoir de quel organe il s’agit exactement. Loin de nier cet acte sanguinaire, son auteur l’a revendiqué avant de se vanter de la façon dont il avait découpé en morceaux le corps de shabiha [shabiha : désignation habituelle des milices pro gouvernementales] faits prisonniers.

Le cannibalisme semble être une première mais sinon, il n’y a pas grand chose que les psychopathes des groups armés n’ont pas encore fait en Syrie. Mais peut-être ne doit-on pas appeler  psychopathes les gens qui font ce genre de choses ? Ce sont après tout exactement le genre de personnes qu’il faut pour faire une guerre aussi sauvage. La soi-disant Armée Syrienne Libre (ASL)a dit qu’elle  allait rechercher l’homme qui a découpé le cœur du soldat. Très bien. Elle pourrait aussi partir à la recherche des égorgeurs et des ‘rebelles’ qui ont décapité des gens.

Elle pourrait aussi traquer les homes qui ont tué des fonctionnaires avant de balancer leurs corps du tout du bureau de poste à Al Bab. Elle pourrait pourchasser leurs frères d’armes qui ont visé délibérément des civils avec des voitures piégées. Elle pourrait aussi traquer les assassins de l’imam et des 50 fidèles de la mosquée de Damas et elle pourrait pourchasser tous les violeurs et tous les ravisseurs, dont les Tchétchènes qui ont enlevé deux évêques  qui restent détenus à Alep tandis que les dirigeants Chrétiens des gouvernements occidentaux regardent ailleurs. Dans cette traque de tous les individus qui ont sali sa glorieuse réputation, l’ASL n’aura pas à aller chercher bien loin parce que beaucoup d’entre eux viennent de ses propres rangs. Ce ne sont pas les preuves qui manquent. Les médias regorgent de séquences vidéos sanguinolentes à la gloire des hauts faits de ces hommes qui sont fiers de leur bravoure et veulent la donner à voir au monde. Ce sont ces gens que le Qatar et l’Arabie Saoudite ont armés et financés pour prendre le contrôle de la Syrie.

Telle est la réalité derrière le récit bidon qu’ont refilé les médias pendant les deux dernières années. Les médias ont régurgité tous les mensonges et toutes les exagérations des ‘activistes’ et du soi-disant Observatoire Syrien des Droits de l’Homme (OSDH), selon qui la chute du ‘régime’ syrien était imminente et toutes les atrocités étaient du fait de l’armée syrienne. A l’exception de quelques reportages récemment publiés par Robert Fisk, pratiquement aucun média grand public n’a rapporté les combats vus de la perspective du gouvernement syrien et de son armée. Les journalistes passaient les frontières avec les groupes armés et rapportaient uniquement leur version des événements. C’est comme compter sur les journalistes ‘embedded’ avec l’armée des Etats Unis pour avoir un récit fiable de ce qui se passait en Irak. Et, encore comme en Irak, la même propagande se répète au sujet des armes chimiques.

La réalité devait finalement l’emporter. Ce n’est pas le ‘régime’ ou l’armé qui sont sur le point de s’effondrer mais l’insurrection. Seule une intervention militaire directe peut la sauver et, au vu des succès de l’armée syrienne et du ferme soutien apporté par la Russie au gouvernement syrien, elle est extrêmement improbable. Obama est exhorté à ‘faire plus’ mais il ne semble guère montrer d’inclination à se laisser aspirer plus avant dans ce bourbier. Les autres ne feront rien sans les Etats Unis à leur tête. L’Allemagne est opposée à une implication et l’Autriche a déclaré que fournir des armes aux ‘rebelles’, ce que la Grande Bretagne voulait faire, quand l’embargo de l’UE arrivera à terme le 31 mai, serait une violation du droit international.

Cette semaine, les projecteurs se sont tournés vers le Premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan, avec son voyage à Washington pour discuter de la Syrie avec Barack Obama. La Turquie a joué un rôle central dans l’évolution du conflit syrien. L’Arabie saoudite, le Qatar et la Libye ont fourni l’argent et les armes, mais c’est la Turquie qui a ouvert son territoire à la mobilisation des hommes armés qui passent la frontière pour faire tomber le «régime». Erdogan n’a pas reculé d’un pouce de la position qu’il a prise contre Bachar al Assad il ya plus de deux ans. Le seul cas démontré d’une attaque à l’arme chimique à été celle faite avec un mélange à base de chlore placé dans une ogive et tiré sur un barrage de l’armée syrienne à Khan al Assal, tuant un certain nombre de soldats et de civils. Erdogan, cependant, maintient que c’est l’armée syrienne qui a utilisé des armes chimiques et, ce faisant, a franchi la ligne rouge tracée par Obama. »Interrogé peu avant son départ pour Washington pour savoir s’il soutiendrait la mise en place d’une zone d’exclusion aérienne, il a répondu:« Nous dirions oui tout de suite ».

La semaine dernière, des voitures bourrées de plus d’une tonne de C4 et de TNT ont explosé dans la ville frontalière de Reyhanli dans la province de Hatay. Au moins 51 personnes ont été tuées. Les destructions ont été énormes. L’immeuble de la mairie et des dizaines de commerces ont été rasés. Dans les heurs qui ont suivi l’attentat, des voitures immatriculées en Syrie ont été détruites et des réfugiés Syriens ont été attaqués par des habitants fous de rage. Tout en s’affairant autour des décombres, ils maudissaient Erdogan. Cet attentat atroce suivait un modus operandi familier aux Syriens : une bombe explose suivie d’autres une fois que les gens se sont rassemblés atour du lieu de la première, ce qui permet de maximiser nombre de victimes.

En dépit des accusations du gouvernement turc pour qui l’attentat est l’oeuvre d’une organisation terroriste collaborant avec les services secrets syriens, seuls les groups armés ou un des gouvernements qui les soutient pouvait avoir un mobile evident de commettre ce crime. L’armée syrienne est en train d’écraser l’insurrection, le conseil des «traîtres» basé à Doha a implosé et les Russes et les Américains se sont assis pour discuter. L’attentat était clairement conçu pour attirer la Turquie à entrer directement dans le conflit de l’autre côté de la frontière.

L’attentat de Reyhanli est intervenu une semaine après qu’Israël a lancé une série d’attaques aériennes sauvages contre la Syrie. Ce n’était pas une frappe avec un seul missile. Deux attaques en trois jours, qui ont duré des heurs avec un largage massif de bombes sur la périphérie de Damas, ce qui donne à penser que le but était de provoquer une riposte syrienne, ouvrant la voie à une guerre générale dans laquelle l’Iran pourrait être attaqué. Israël a prétendu que la cible était un chargement de missiles destiné au Hezbollah, mais alors qu’un centre de recherche militaire et une usine alimentaires de l’armée été touchés, rien n’indique que des missiles auraient été détruits. Ces attaques se sont avérée par la suite avoir été un échec politique et stratégique. Poutine a passé un savon à Netanyahou et l’a puni en fournissant ou en menaçant de fournir à la Syrie des missiles anti-aériens évolués de type S300. On peut mesurer l’arrogance d’Israël à son insistance pour dire qu’il lancerait d’autres attaques si nécessaire et qu’il détruirait le régime syrien s’il osait riposter.

Obama subit en ce moment aux Etats Unis des pressions pour “faire plus”. A Washington, les mêmes personnes qui appelaient à la guerre contre l’Irak appellent maintenant à un élargissement du conflit en Syrie. Le Sénateur Bob Menendez, un chaud partisan d’Israël, comme presque tous les élus au Congrès, a introduit un projet de loi pour que l’administration Obama fournisse des armes aux ‘rebelles’ (comme si ce elle ne le faisait pas déjà secrètement ou par son soutien aux livraisons d’armes effectuées par le Qatar et l’Arabie Saoudite).L’ancien rédacteur en chef du New York Times Bill Keller qui soutenait la guerre en Irak veut aussi que les Etats Unis arment les ‘rebelles’  et ‘défendent les civils qui sont massacrés dans leurs maisons’ en Syrie. Il ne parle bien entendu pas des civils qui ont été massacrés par les groupes armés.

Le Washington Post a été force de reconnaître que l’armée syrienne est en train de gagner cette guerre mais reste déconcerté par la tournure défavorable des évènements. ‘Que se passera-t-il si les USA n’interviennent pas en Syrie ?’ demande-t-il avant de donner les réponses. La Syrie se fracturera selon des lignes sectaires, avec le Jabhat al-Nosra contrôlant le nord et les ‘résidus du régime’ contrôlant des bandes de territoire à l’ouest. La guerre sectaire s’étendra à l’Irak – comme si elle n’était pas déjà une des conséquences de l’intervention américaine – et au Liban. Les armes chimiques seraient un des enjeux, ‘forçant probablement à  une nouvelle intervention israélienne pour empêcher leur acquisition par le Hezbollah ou al Qaïda.’. Si les Etats Unis n’interviennent pas pour empêcher tout ça, la Turquie et l’Arabie Saoudite ‘pourraient conclure que les Etats Unis ne sont plus un allié fiable.’

Il existe une autre réponse plus plausible à la question sur “ce qui va arriver”.  Cette réponse est que l’armée syrienne finira par expulser du pays les ‘rebelles’ survivants et que Bachar al-Assad en sortira plus populaire que jamais parce qu’il aura vaincu la plus grande menace de son histoire pour l’Etat syrien. Des élections se tiendront en 2014 et il sera élu président avec 75 % des suffrages. C’est du moins ce que prédit la CIA.

Erdogan est venu à Washington pour avertir lui aussi Obama de ‘faire plus’, mais il est clair que le président US ne veut pas faire grand-chose de plus. Les médias turcs ont rapporté qu’Obama a dit qu’Assad «doit partir» mais ce n’est pas ce qu’il a dit. Obama a choisi ses mots avec soin. Dans sa conférence de presse avec Erdogan, il n’a pas dit qu’Assad ‘doit partir’ mais que «he needs to go» et que « he ‘needs ‘to tranfer power to a transitional body. (transférer le pouvoir à une autorité de transition) [effectivement on traduirait de la même façon ‘he must’ et ‘he needs’ par ‘il doit’ alors qu’il existe une nuance intraduisible me semble-t-il]. La différence est des plus importantes. A titre personnel, Obama ne voudra pas terminer sa présidence englué dans une guerre ingagnable et impopulaire, une guerre qui pourrait en outre rapidement évoluer d’une crise régionale vers une crise mondiale.

Un sondage récemment conduit par Pew montre que le peuple américain en a assez des guerres au Moyen Orient et les discussions entre Kerry et Lavrov indiquent que cette fois, après avoir permis à l’accord de Genève de juillet 2012 de tomber à plat, les Etats Unis sont sérieux dans la recherche d’une sortie négociée de la crise même si d’autres [pays] ne le sont pas [sérieux]. S’il existe un danger de déraillement de la position des Etats Unis, il viendra plus probablement des rangs de leurs amis et alliés.

– Jeremy Salt est professeur associé d’histoire et de politique du Moyen Orient à l’université Bilkent d’Ankara en Turquie.

http://mounadil.wordpress.com/2013/05/19/pour-jeremy-salt-une-seule-option-en-syrie-la-victoire-de-larmee-et-du-gouvernement-syriens/

Syrie: Quand la Turquie change de cap…

L’équipe du site

Il semble que la Turquie remet en question sa politique envers la Syrie à en juger la presse turque, a rapporté le quotidien libanais asSafir.

Les commentaires turques sur la visite du Premier ministre Recep Tayyip Erdogan à Washington portent essentiellement sur la période post-visite  et ses impacts sur la situation syrienne en particulier.

La presse  est unanime : la position turque a changé dans le sens de la recherche d’une solution pacifique d’une part, et l’abandon du soutien aux groupes fondamentalistes comme le Front alNosra  qui utilise la Turquie comme passage d’acheminement d’armes vers la Syrie.

Sur le premier point, Erdogan a déclaré à Washington que la position turque a changé voire elle a évolué  par rapport à la question syrienne. Il s’est justifié en invoquant devoir céder aux pressions du président américain Barack Obama qui lui aurait demandé de soutenir  les groupes modérés de l’opposition syrienne.

Selon le quotidien turc Melliat, le journaliste  Kadri Gursel estime que « la  solution à la crise syrienne sera apportée  par la conférence internationale  Genève 2 et les moyens diplomatiques ». Selon Gursel, « la tenue d’une telle  conférence traduit la conviction de toutes les parties qu’il n’y a pas une solution militaire à la crise syrienne, ce qui signifie qu’il y aura ensuite Genève 3 ». Et donc,  la Turquie sera une partie intégrante à Genève 2 après qu’elle s’y était  opposée fermement.

Toujours selon le journaliste, «l’option militaire ne sera jamais posée sur la table compte tenu des efforts continus pour parvenir à un règlement pacifique  mais aussi parce que la communauté internationale ne veut pas que  la Syrie devienne un pays dominé par les jihadistes et Al-Qaïda. Et donc, la Turquie n’a aucune  justification à garder chez elle une base arrière pour les jihadistes. Il lui sera demandé de  contrôler ses frontières et de se comporter en Etat de droit ».

 «Erdogan n’est pas clair en parlant des organisations terroristes. Car si ce n’est pas du  Front alNosra dont il s’agit, mais du PKK et du Parti de l’union démocratique en Syrie, alors on ne peut pas dire qu’il y a un changement dans la politique turque. Par contre, quand il s’agit du rôle du président syrien Bachar al-Assad dans le processus de règlement, là il y a un changement dans la position turque : car désormais on parle d’une participation des  groupes du régime   dans le processus de règlement qui se devrait se terminer par le départ d’Assad », souligne le journaliste.

Et de poursuivre : «  La Turquie a décidé donc d’abandonner son  opposition au profit d’une participation  active à la Conférence de Genève -2. Son rôle sera de convaincre l’opposition sunnite syrienne de participer à la conférence et faire partie de la solution ».

Un autre  journaliste du quotidien Melliat,  Fouad Keyman a estimé que «les efforts actuels se concentreront sur le processus d’une solution pacifique à la crise syrienne où le rôle de la Turquie sera de persuader la Russie, la Chine et l’Iran à une telle solution ».

Il a indiqué que «l’objectif des Etats-Unis est de réussir la phase de transition, ce qui nécessite l’arrêt de la guerre et la participation de tous, y compris des personnalités de l’intérieur du régime pur parvenir  en fin de compte au départ du président Assad. Or,  la Turquie veut un règlement rapide pour  mettre fin au risque d’attentats comme celui de  Rihaniyya et aussi cesser le flux des réfugiés syriens . Pour jouer ce rôle, la Turquie doit se concentrer à régler le  problème kurde, afin d’éviter d’être un pays  au flan blessé et devenir une star de la carte du Moyen-Orient. Ainsi, le processus de résolution du problème kurde offre des possibilités à la Turquie de jouer des rôles plus importants dans la région ».

Pour le journaliste Ozil du quotidien Khabar turk ,  «le réalisme et le pragmatisme ont prévalu lors des réunions d’ Erdogan à Washington : la Turquie sait  maintenant ce que veulent  les États-Unis de la crise syrienne. Il est clair que la Turquie agira  dans la question syrienne en conformité avec les normes établies par l’administration d’ Obama ».

« La  politique étrangère d’Ankara a perdu de sa valeur,  la Turquie a dû affronter les limites de ses moyens. Désormais, l’influence turque dans les développements régionaux est limitée par les approbations de l’administration d’Obama. La Turquie devra faire preuve de plus de sérieux  dans le contrôle des frontières et envers les groupes jihadistes. Les deux parties seront plus rationnelles grâce à l’appui des groupes d’opposition modérés en Syrie. Par conséquent, on peut s’attendre à de résultats sérieux à Genève-2″ souligne Ozil.

Enfin, selon  le quotidien turc Star, il faut garder en mémoire que finalement « ce qui importe dans la question syrienne pour les Etats-Unis, c’est uniquement la sécurité d’Israël. Tout développement en Syrie qui ne menace pas la sécurité d’Israël n’a pas d’importance pour  les États-Unis. Et donc,  si une  guerre civile en Syrie ne constitue pas une menace pour Israël, qu’elle se prolonge. Ils ont bien prolongé  la guerre civile au Liban de 15 années c’est pourquoi la Turquie devrait se préparer à une guerre en Syrie qui ne se terminera pas bientôt ».

http://www.almanar.com.lb/french/adetails.php?eid=113009&cid=86&fromval=1&frid=86&seccatid=35&s1=1

Turquie : manifestation anti-gouvernementale

 

 

IRIB- En Turquie, la police a attaqué les manifestants anti-gouvernementaux par des gaz lacrymogènes et des canons à eau dans la région frontalière de Reyhanli au sud du pays.

 

 

Samedi, la ville turque de Reyhanli a été théâtre de manifestations pacifiques, organisées en protestation contre les politiques du gouvernement d’Ankara, mais ces manifestations ont dégénéré en affrontements entre policiers et protestataires.
Cette manifestation était organisée en solidarité avec les victimes des attentats terroristes qui ont secoué récemment la ville frontalière de Reyhanli. Les protestataires ont scandé des slogans réclamant la démission du Premier ministre Recep Tayyeb Erdogan. Les protestataires estiment que le gouvernement turc n’avait pas pris les mesures nécessaires pour éviter de telles explosions.

http://francophone.sahartv.ir/news/5717

Quand Washington défie Ankara!!

 

IRIB-S’il y a un domaine où les Américains ne tolèrent aucune entorse à leurs oukases de la part de l’allié turc ,
c’est le pétrole. les accords pétroliers entre Ankara et Erbil qui ont été conclu au grand mépris de la souveraineté nationale de l’Irak ont été qualifié par le porte parole du conseil de la sécurité nationale US d’inadmissibles puisque non autorisé par Bagdad ! les Etats Unis rejettent par la même occasion les accords signés entre Erbil et Exxon Mobil, partenaire de la Turquie dans son aventure pétrolier au Kurdistan irakien.  » la position des Etats Unis au sujet du pétrole du Kurdistan irakien reste inchangée . les Etats Unis ne soutiennent pas l’exportation du pétrole irakien d’où qu’il se trouve sans le feu vert du pouvoir fédéral »! a dit Kathlin Hyden. Ni la Turquie ni les représentant d’Exxon Mobile n’on réagi à cette prise de position hostile de Washington. Erdogan s’est vanté 24 heures avant son départ opour Washington de l’accord conclu avec Erbil qui autorise la Turquie et la société exxon mobil à piller le pétrole irakien pour la simple que ce pétrole se trouve au Kurdistan et que les Kurdes sonta u coeur d’un vaste projet de marchandage par l’Empir. or , affirment les analystes, la tête de l’Empir ne tolère pas que les vassaux  s’approprient seuls les butins!!!

Tendances de l’Orient : (Lundi 13 mai 2013 no134)

La Syrie détruit les illusions dominatrices d’Israël

Par Ghaleb Kandil

Les centres de recherche israéliens ont estimé que les événements en Syrie ont imposé des changements stratégiques en faveur d’Israël. Les dirigeants sionistes se sont imaginés avoir éliminé les résultats des victoires de la Résistance au Liban et en Palestine, qui a imposé de nouvelles équations dissuasives stratégiques, surtout depuis la défaite d’Israël, en 2006.

Conformément à cette évaluation, les services israéliens se sont impliqués dans la guerre contre la Syrie en exécutant des opérations de sabotage contre le système de défense nationale syrien, et ont directement appuyé les groupes terroristes dans l’hinterland syrien. Dans le même temps, les troupes israéliennes s’activaient ouvertement sur la ligne de démarcation au Golan pour apporter des facilités aux terroristes et leur offrir une protection. En coordination avec leurs amis émiratis, qataris, saoudiens et jordaniens, les Israéliens sont devenus des partenaires à part entière dans l’agression contre la Syrie, après s’être réconciliés avec la Turquie, sous le parrainage du président américain Barak Obama. Les chambres d’opération installées sur le territoire turc jouent un rôle de premier plan dans la destruction de la Syrie.

C’est dans ce climat que les dirigeants israéliens ont organisé une série de manœuvres et d’entrainement militaires dans des buts offensifs contre le Liban et la Syrie et ont mené des exercices conjoint avec des troupes turques, jordaniennes et de pays du Golfe, avec la participation de troupes de l’Otan. Les prémices d’une vaste intervention militaire en Syrie sont apparus à l’horizon, après l’exhumation du prétexte des armes chimiques.

Cependant, la Syrie, grâce à son armée et à ses alliances régionales et internationales, a fait montre d’une grande immunité et résilience face aux projets d’intervention militaires. L’Occident et ses auxiliaires sont alors passés à une autre forme d’agression, et les raids aériens israéliens contre Damas ont constitué un test sur les capacités d’Israël à intervenir d’une manière permanente en Syrie sous une couverture américaine offerte par Obama en personne. Une sorte de guerre par procuration, car les Etats-Unis sont incapables de s’aventurer dans de nouveaux conflits après leur défaite en Irak et en Afghanistan. D’ailleurs, à cause des nouveaux rapports de force, Washington est plus enclin à conclure des compromis et à accepter l’accord de Genève sans conditions préalables.

La réponse stratégique syrienne aux raids israéliens va renforcer les rapports de forces au détriment d’Israël. La situation sera encore plus favorable pour l’axe de la résistance qu’elle ne l’était avant le début de la guerre mondiale contre la Syrie, il y a deux ans. Cette riposte se base sur le concept qui consiste à transformer la menace en opportunité, comme l’a si bien dit le leader de la Résistance, sayyed Hassan Nasrallah. Cette réponse repose sur des changements structurels des équilibres qui sous-tendent le conflit israélo-arabe: 1-Renforcement des capacités de dissuasion de la Résistance, après la décision syrienne de lui fournir des armes qualitatives, capables de changer le rapport de force avec Israël. 2-Lancement d’une résistance populaire pour la libération du Golan, qui bénéficiera de l’expérience, du soutien et des capacités de la Résistance libanaise. 3-Les instructions données aux forces stratégiques syriennes de riposter immédiatement, sans besoin de revenir au commandement suprême, à toute nouvelle agression israélienne. 4-La riposte syrienne a pavé la voie à une nouvelle ère dans la lutte nationale armée du peuple palestinien, à travers l’ouverture du front du Golan.

Dans une tentative désespérée de freiner ces changements dans les rapports de force, la Turquie est entrée en lice. Ankara tente d’instrumentaliser les attentats de la localité de Rihaniya, accusant la Syrie d’en être responsable, avant même la fin de l’enquête. Cette action montre que la coordination entre la Turquie et Israël a atteint des niveaux élevés. Mais là aussi, la riposte de l’axe de la Résistance et de ses alliés était rapide. la Russie a très vite réagi en affirmant que les accusations contre la Syrie visent à torpiller la conférence internationale sur la Syrie, convenu entre Moscou et Washington.

Puis le ministre syrien de l’Information a accusé le gouvernement turc d’avoir transformé les régions frontalières en sanctuaire pour le terrorisme international. Ankara facilite le trafic d’armes, d’explosifs, de voitures piégées, d’argent et de criminels à destination de la Syrie. Par conséquent, a ajouté Omrane al-Zohbi, le gouvernement turc et son chef assument un responsabilité directe, politique et morale, vis-à-vis des peuples turc et syrien, dans les violences qu’ils subissent. « La Syrie n’a pas commis et ne commettra jamais un tel acte car nos valeurs ne nous le permettent pas », a assuré le ministre, appelant au départ du Premier ministre turc Recep Tayyeb Erdogan, responsable, selon lui, des malheurs qui frappent la Syrie.

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Déclarations et prises de positions

  

Hassan Nasrallah, secrétaire général du Hezbollah

«Les Israéliens avaient de multiples objectifs à travers le raid contre la Syrie. Parmi ces objectifs, écarter la Syrie de l’équation du conflit arabo-israélien et de la faire sortir de l’axe de la résistance. Tout le monde connait l’ampleur de l’aide syrienne aux mouvements de la résistance libanaise et palestinienne. Les dirigeants de la résistance palestinienne reconnaissent en coulisses qu’aucun gouvernement arabe ne les a aidés comme l’a fait le régime du président Bachar el-Assad. Les Israéliens veulent isoler la résistance au Liban et en Palestine. Ils veulent interdire l’acheminement de toute aide au Hezbollah. Les Israéliens disaient qu’ils empêcheraient le développement des capacités du Hezbollah. Ils ont bombardé Damas pour dire à la Syrie que la poursuite de l’acheminement d’aides à la résistance signifie la chute du régime. Le véritable objectif sioniste est donc de faire fléchir la Syrie et son peuple, et de l’exclure de l’équation du conflit arabo-israélien. Normalement, le pouvoir en Syrie devrait œuvrer pour faire échouer les objectifs de l’offensive israélienne, ou encore d’asséner un coup plus dur encore à l’ennemi. Quelle fut la riposte de la Syrie? 1-La Syrie a dit qu’elle allait continuer à offrir de l’aide à la résistance, et c’est une importante décision stratégique. La Syrie a même dit qu’elle allait offrir des armes plus sophistiquées aux mouvements de la résistance. Citez le nom d’un autre régime arabe qui accepte d’offrir un simple fusil à cette résistance. Cette décision est en réalité plus importante que la riposte militaire. La Syrie, en pleine guerre internationale, et frappée par plusieurs raids sionistes, campe sur sa position et annonce qu’elle allait fournir d’aides supplémentaires à cette résistance. 2-La deuxième réponse stratégique fut l’annonce de l’ouverture du front du Golan à la résistance populaire contre Israël. Depuis toujours, certains demandaient à ce que la Syrie ouvre son front face à l’occupation israélienne, au lieu de se contenter de soutenir le Liban dans sa guerre contre Israël. La Syrie est un grand pays ayant ses propres intérêts et ses propres calculs, donc, l’ouverture du front du Golan était une question très compliquée. Mais suite à cette offensive sioniste, la Syrie a su comment transformer la menace en opportunité et a fait la grande annonce sur le Golan. Dorénavant, la résistance populaire sera active en Syrie. Les Israéliens ont été terrifiés par les informations faisant état de l’activation des lance-missiles qui ont été pointées en direction de l’entité sioniste. Qui parmi les régimes arabes osent prendre des mesures pareilles? Nous, au Hezbollah, annonçons être prêts à recevoir toute sorte d’armes pour défendre les lieux saints et nos terres même si ces armes cassaient l’équilibre de la terreur dans la région. Nous sommes aussi prêts à soutenir matériellement et militairement la résistance populaire dans le Golan. Cette politique syrienne démontre la sagesse et la force du commandement syrien, surtout à travers sa réaction calme à la frappe israélienne. Le calme, le rationalisme, et la bonne décision sont les facteurs qui ont permis et qui permettront la réalisation des grands objectifs. A ceux qui veulent restituer aux Palestiniens leurs droits, sachez que seule la résistance est capable de le faire. Au peuple palestinien je dis: Vous ne trouverez personne à vos côtés autre que ceux qui étaient à vos côtés depuis des dizaines d’années. Ce qui se passe en Syrie est la bataille de la Palestine et d’al-Qods. Les pays arabo-islamiques sont appelés à trouver une solution avant de recevoir les directives américaines, parce que la poursuite de la bataille ne fera que perdurer l’effusion du sang. Deux mots sur le Liban: Nous voulons que le gouvernement se forme le plus rapidement possible, et que les élections se tiennent dans leur délai prévu. De nombreuses parties ont été déçues et surprises face au changement radical de la situation dans la région, contrairement à leurs attentes.»  

 

Béchara Raï, patriarche maronite

«J’en appelle à la communauté internationale et je dis aux pays qui attisent les flammes en Syrie: cessez de soutenir et de financer les massacres, et arrêtez d’armer le terrorisme et de déstabiliser ce pays.»  

 

Serguei Lavrov, ministre russe des Affaires étrangères

«La Russie vend des missiles depuis longtemps à la Syrie, elle a signé des contrats et est en train de finaliser les livraisons en vertu des contrats signés. Ceci n’est interdit par aucun accord international. Il s’agit d’une arme défensive pour que la Syrie, qui est le pays importateur, ait la possibilité de se défendre contre des frappes aériennes.»     

 

Fayçal al-Moqdad, vice-ministre syrien des Affaires étrangères

«Instruction a été donnée de répondre immédiatement à toute nouvelle attaque israélienne. Nos représailles contre Israël seront dures et douloureuses. Israël doit le savoir. En aucun cas la Syrie ne permettra que les attaques israéliennes se reproduisent. Les affirmations d’Israël selon lesquelles les frappes visaient le Hezbollah et l’Iran sont un mensonge. Il n’y pas d’Iran et de Hezbollah. Il n’y pas de voitures qui transféraient des armes. avec le Premier ministre Benjamin Netanyahu, il a répondu: « Je pense que le président Vladimir Poutine a dû dire a Benyamin Netanyahu lors de leur entretien téléphonique: ‘assez c’est assez’. Ces attaques mettent en danger toute la situation au Moyen-Orient et ce type d’action doit cesser (…) La Syrie est prête à accueillir immédiatement la commission d’enquête de l’Onu sur les armes chimiques, et affirmer le contraire est un mensonge. Nous étions prêts et nous sommes toujours prêts maintenant, à cette minute, à accueillir la délégation. Nous avions ajouté que si l’enquête à Khan al-Assal s’avérait professionnelle, honnête, neutre nous serions d’accord pour examiner les autres cas.»    

 

Michel Aoun, leader du Courant patriotique libre

«L’agression israélienne contre la Syrie est déclaration de guerre car elle intervient après 40 ans d’armistice. Que fait l’Onu pour faire cesser les violations israéliennes de l’espace aérien libanais. On dit que cent milliards de dollars ont déjà été versés aux rebelles syriens. Que l’on nous donne 1% de cette somme pour aider les réfugiés. Cela fera quand même un milliard de dollars (…) Nous exigeons une représentation équitable pour toutes les communautés au Liban, car une représentation non équitable constitue une agression contre la communauté visée. En présentant le projet orthodoxe, notre bloc n’a voulu attaquer personne, mais simplement améliorer la représentation des chrétiens, ceux-ci étant menacés de marginalisation et de mainmise sur leurs droits.»    

 

Mohammad Rachid Kabbani, mufti sunnite de la République libanaise

«L’agression sioniste constitue l’exemple le plus clair du terrorisme sioniste mondial ainsi qu’une violation flagrante de la souveraineté des Etats, de leur territoire, et de leur espace aérien.»

 

Ghazi Aridi, ministre des Travaux publics (bloc de Walid Joumblatt)

«Nous traversons une période très critique qui aura un impact sur le Liban. Nous devons agir de façon à protéger le Liban sans quoi nous paierons tous le prix de nos erreurs et personne ne sortira gagnant de cette crise. En tant que membres du Front de lutte nationale, nous appelons à un consensus sur la formation d’un gouvernement et l’adoption d’une nouvelle loi électorale. Si les intentions sont bonnes, alors nous aboutirons à un accord concernant ces deux sujets. Nous voterons contre la proposition orthodoxe au Parlement.»     

 

Fouad Siniora, ancien Premier ministre

«Il sera difficile de former un gouvernement avec des partis dont des membres se battent en territoire syrien. Les développements militaires et sécuritaires en Syrie constituent pour nous et pour le peuple libanais la source d’inquiétude principale en raison de l’implication importante et déclarée du Hezbollah dans les combats en cours pour protéger le régime tyrannique face à son peuple. La participation massive du Hezbollah dans ces combats constitue une source de grand danger pour le Liban et le peuple libanais à cette étape.»

 

Alain Marsaud, député des français de l’étranger

«Qu’elle cohérence aurait une politique française qui soutiendrait à Damas les islamistes qu’elle combat à Tombouctou. Lever l’embargo sur les armes à destination de l’opposition en Syrie reviendrait à armer une rébellion dont on méconnaît la couleur. C’est prendre le risque de tomber de Charybde en Scylla. Je suis partisan d’une solution politique, mais j’espère plus de résultats de la diplomatie russe que d’une quelconque action de la France. Celle-ci, par sa prise de position contre le régime de Bachar el-Assad, a perdu l’opportunité de jouer son rôle d’arbitre. Les soupçons sur l’utilisation d’armes chimiques, d’un côté comme de l’autre, ne fait qu’ajouter à la complexité de la situation. La situation de la France en Syrie reste inextricable. Je n’ai pas de solution miracle.»

 

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Evénements

 

  • L’explosion de plusieurs voitures piégées a fait plus de 46 morts et des dizaines de blessés samedi à Reyhanli dans le sud-est de la Turquie, près de la frontière syrienne, a déclaré le ministre de la Justice, Sadullah Ergin. « Le nombre de victimes dépasse les 100 pour le moment. Le nombre de blessés augmente », a dit le ministre à la chaîne de télévision turque NTV. Pour le Premier ministre Recep Tayyip Erdogan, ces explosions ont peut-être partie liée avec les événements en Syrie ou bien visent à protester contre le processus de paix entre l’Etat turc et les séparatistes kurdes. « Nous entrons dans des périodes délicates, nous avons ouvert une nouvelle page, le processus de résolution de la question kurde. Il se pourrait bien que ceux qui ne peuvent pas supporter cette nouvelle ère(…)se livrent à de tels actes », a-t-il dit. « Autre question sensible, la province de Hatay (où ont eu lieu les explosions) est située à la frontière avec la Syrie, et ces actes pourraient avoir été commis pour fragiliser la situation », a-t-il continué.

 

  • Le célèbre scientifique britannique Stephen Hawking a refusé de participer à une conférence en Israël et a rallié un mouvement de boycott universitaire dénonçant l’occupation des territoires palestiniens, indique l’université de Cambridge, mercredi. Le scientifique, spécialiste de la cosmologie dont les travaux sur les trous noirs lui ont valu une reconnaissance internationale, devait s’exprimer en juin lors d’une prestigieuse réunion à laquelle plusieurs centaines de personnalités doivent participer. Son nom a été discrètement retiré cette semaine de la liste des participants, une décision favorablement accueillie par les organisations pro-palestiniennes qui souhaitent isoler Israël sur la scène internationale.

 

  • M. Daniel Chéaïb a répondu aux propos de l’ambassadeur de Turquie au Liban, Inan Ozyildiz, qui avait estimé que les familles des otages libanais détenus avaient en Syrie « dépassé les limites ». « Une personne comme l’ambassadeur de Turquie, qui représente un pays terroriste qui parraine les enlèvements, le terrorisme, les crimes sanglants et qui encourage l’effusion de sang entre Syriens, n’a pas le droit de tenir de tels propos, a dit M. Chéaïb. L’ambassadeur semble vivre encore à l’ère ottomane. Il ferait mieux de se taire. Il est une personne indésirable et la Turquie va payer le prix du rapt des Libanais ». Les familles des pèlerins, enlevés depuis bientôt un an en Syrie, ont empêché vendredi les employés de la compagnie d’aviation turque Pegasus d’accéder à leur bureau, dans l’ouest de Beyrouth, pour protester contre les critiques de l’ambassadeur turc formulées à leur adresse.

 

  • Le procureur suisse Carla del Ponte, membre de la Commission d’enquête internationale indépendante sur la Syrie a affirmé dimanche soir en italien à la chaîne de télévision publique suisse du Tessin, avoir vu un rapport sur « des témoignages recueillis concernant l’utilisation d’armes chimiques, en particulier de gaz neurotoxique, par les opposants et non par le gouvernement ». Elle a parlé de « forts soupçons, de soupçons concrets » et estimé que ce n’était pas « surprenant » que les rebelles aient utilisé du gaz sarin « car des combattants étrangers se sont infiltrés parmi les opposants ».

 

  • Six étrangers, dont quatre Saoudiens, ont été arrêtés après un attentat contre une église d’Arusha, dans le nord de la Tanzanie qui a fait, lundi dernier, deux morts et une trentaine de blessés. C’est le premier attentat de ce type contre une église en Tanzanie. Le président tanzanien Jakaya Kikwete l’a qualifié d' »acte terroriste ».

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Revue de presse

As Safir (Quotidien libanais proche de la majorité, 10 mai 2013)

Imad Marmal

L’option de la composition d’un gouvernement de fait accompli est de nouveau renflouée chez les milieux du Premier ministre désigné, d’autant que le nœud du tiers de garantie l’a emporté sur les tentatives de dégager un compromis et d’arrondir les angles. Selon des sources éminentes du 8 mars, une telle mesure serait susceptible de provoquer une grave crise sur le plan politique et national. Tammam Salam ne s’est pas contenté d’opposer une fin de non-recevoir aux revendications du Courant patriotique libre et des forces du 8mars et d’adopter en contrepartie les demandes formulées par le 14 mars, il est allé jusqu’à brandirimplicitement le spectre de la mise sur pied d’un gouvernement de fait accompli en annonçant qu’il«n’attendra pas longtemps pour constituer le gouvernement».

Al Akhbar (Quotidien libanais proche de la majorité, 10 mai 2013)

Nicolas Nassif

Après le départ à la retraite début mai de trois de ses six membres, le Conseil militaire de l’Armée libanaise est désormais dans l’incapacité de se réunir faute de quorum, paralysant ainsi toute décision au niveau de l’armée.

Le Conseil militaire ne compte plus que le commandant en chef de l’armée, le général Jean Kahwagi, le chef d’état-major, le général Walid Salman, et le secrétaire général du Conseil supérieur de défense, le général Mohammad Kheir.

Conformément à l’article 28 de la loi sur la défense nationale, le Conseil militaire ne peut se réunir qu’en la présence d’au moins cinq de ses membres.

En l’absence d’un Conseil militaire, l’armée est complètement paralysée à tous les niveaux. Cette situation affectera notamment son financement, son armement et sa capacité de mobilisation. Cette situation pousserait le général Kahwagi à demander à assumer le rôle et les prérogatives du Conseil militaire afin d’éviter toute paralysie de l’institution militaire.

M. Kahwagi a ainsi envoyé une lettre au ministre démissionnaire de la Défense Fayez Ghosn, lui expliquant la situation qui l’a à son tour transmise au gouvernement.

Si les prérogatives du Conseil militaire sont transmises au commandant en chef de l’armée, cette situation créera un précédent. En effet, depuis sa formation en 1978, le Conseil militaire assure une représentation des communautés principales et évite ainsi que le chef de l’armée ne prenne des décisions unilatérales.

M. Kahwagi n’a pas explicitement demandé que les prérogatives du Conseil militaire lui soient transmises, mais il a noté que le gouvernement démissionnaire ne pouvait procéder à la nomination de trois nouveaux membres au Conseil militaire. Il a par ailleurs appelé les autorités à prendre les mesures nécessaires pour que le Conseil militaire puisse à nouveau se réunir.

 

Al Akhbar (10 mai 2013)

Walid Joumblatt n’a toujours pas donné sa réponse définitive à la proposition du Premier ministre désigné, Tammam Salam, de former un gouvernement de fait accompli. Etant donné qu’aucune avancée n’a été possible sur la voie de la constitution d’un gouvernement d’union nationale, les soutiens de M. Salam ont décidé d’appuyer la mise en place d’un gouvernement de fait accompli, qui comptera 16 ministres -et non 24 comme il avait été dit précédemment. Des sources informées des concertations entre le Premier ministre désigné, le président Michel Sleiman et Walid Joumblatt font état de pressions saoudo-américaines sur Tammam Salam pour qu’il cesse d’attendre d’éventuelles concessions de la part du 8 mars et forme un gouvernement de fait accompli. Toujours est-il que le député Joumblatt hésite encore à adhérer à un tel choix.

Al Akhbar (9 mai 2013)

Elie Chalhoub

Un immense sentiment de satisfaction traverse le commandement syrien car «le monde est en train de changer clairement à cause de l’inquiétude suscitée par l’extrémisme musulmans et les takfiris». Les dirigeants syriens pensent avoir tiré profit de nombreux facteurs: le raid israélien, Al-Qaïda et le Front al-Nosra, la rivalité saoudo-qatari, l’ottomanisme qui a marqué le comportement de la Turquie. L’opposition s’est divisée entre ceux qui courent après l’argent qatari et ceux qui sollicitent l’argent saoudien. «Tout cela a prouvé aux yeux de tous qu’il ne peut y a voir de substitut à l’Etat syrien», précisent des sources des visiteurs de Damas, qui rapportent les propos suivants du président Bachar al-Assad: «La Syrie aurait pu facilement donner satisfaction à son peuple, calmer les esprits et faire plaisir à ses alliés, en tirant quelques missiles sur Israël pour riposter aux raids israéliens. Damas sait qu’Israël ne veut pas la guerre. D’ailleurs, l’équation internationale ne permet pas l’éclatement d’une guerre dont l’Etat hébreu et l’Amérique ne veulent pas. En tirant quelques missiles, nous aurions obtenu une vengeance tactique, alors que nous voulons une vengeance stratégique, en ouvrant les portes à la résistance et en transformant la Syrie toute entière en pays résistant. Après les raids, nous sommes convaincus que nous combattons l’ennemi et que nous pourchassons ses soldats dans notre pays.» Ces mêmes visiteurs ajoutent que «le président Assad affiche une grande confiance et une satisfaction et a une immense gratitude envers le Hezbollah, son rationalisme, sa solidité et sa loyauté.» «Aussi, avons-nous décidé de tout lui donner, poursuit le chef de l’Etat syrien selon ses visiteurs. Pour la première fois, nous sentons que nous vivons avec le Hezbollah une communauté de destin. Il n’est pas seulement un allié mais un suppléant que nous aidons dans sa résistance. Aussi, avons-nous décidé de faire un pas en sa direction et nous transformer en Etat résistant à l’instar du Hezbollah. Pour la Syrie et pour les générations futures».        

Par ailleurs, un haut responsable syrien a qualifié la Turquie d’«Etat menteur en qui on ne peut avoir confiance. Même au sujet de l’accord conclu entre les Turcs et les Kurdes, nous pensons qu’il ne sera pas mis en œuvre. De toute façon, il y un différend entre l’armée turque et le Parti de la justice et du développement au sujet de cet accord.»

 

Al Hayat (Quotidien à capitaux saoudiens, 10 mai 2013)

Les démarches engagées par l’évêque maronite de Beyrouth Boulos Matar dans le dossier de la loi électorale devront déboucher sur une réunion élargie des leaders chrétiens pour débattre d’une loi électorale mixte qui se substituera au projet du Rassemblement orthodoxe. Des sources du Courant du futur indiquent que Mgr Matar n’aurait vu aucun inconvénient à découper le Liban en 11 mohafazats, dont 4 pour le Mont-Liban, au cas où un tel découpage faciliterait l’entente sur une loi mixte.

 

Al Joumhouria (Quotidien libanais proche du 14-Mars)

(10 mai 2013)

Selon des informations sûres, le Premier ministre désigné, Tammam Salam, s’apprêterait à annoncer, mardi prochain, la composition de son gouvernement de 24 membres qui ne comprendra pas des représentants du 8-Mars.

Les mêmes sources ajoutent que les négociations directes et indirectes entre M. Salam et le 8-Mars n’ont donné aucun résultat et que le climat entre les deux parties était, dernièrement, négatif, les protagonistes étant attachés à leurs positions. Cela a poussé M. Salam à adresser un message aux dirigeants du 8-Mars les informant de son intention d’aller de l’avant dans la formation de son gouvernement, même s’il fallait pour cela envisager l’absence de cette composante de l’Exécutif.

Des sources qui suivent les efforts pour la formation du gouvernement font état de forte pressions exercées sur M. Salam en ce moment pour le pousser à annoncer la formation d’un gouvernement de fait accompli dans les 48 heures. Mais jusqu’à jeudi soir, il était encore hésitant en raison des doutes exprimés par le président de la Chambre, Nabih Berry, au sujet des centristes, et des propos du secrétaire général du Hezbollah, sayyed Hassan Nasrallah, qui a posé comme condition la formation d’un gouvernement d’union nationale, ce qui a ramené le dossier gouvernemental à la case départ. Selon certaines informations, le président de la République, Michel Sleiman, ne serait pas enthousiaste à l’idée d’un gouvernement du fait accompli dans les circonstances actuelles.

 

Al Joumhouria (9 mai 2013)

L’Armée libanaise a démantelé pendant les fêtes un dangereux réseau terroriste dont l’objectif était d’exécuter des actes criminels pour saper la sécurité et la stabilité du pays. La cellule était composée de quatre individus, libanais et syriens, qui sont actuellement interrogés par les services de renseignements militaires, qui les ont arrêtés à Beyrouth à l’issue d’une longue surveillance.

Des sources de sécurité qui suivent l’enquête ont rapporté que la mission de cette cellule était de mener des opérations terroristes contre des casernes de l’Armée libanaise, en coopération avec des éléments terroristes du Front al-Nosra basés dans le camp palestinien d’Aïn el-Héloué.

L’enquête a montré que les membres de la cellule projetaient de rééditer le scénario des assassinats, comme ceux qu’a connu le Liban ces dernières années. Une série d’hommes politiques et de responsables sécuritaires figurait sur la liste des cibles de ce groupe dans le but de provoquer des troubles dans la rue chrétienne et musulmane.

Les mêmes sources ajoutent que les éléments terroristes résident à Aïn el-Héloué, à Tripoli et dans la haute montagne de Ersal, et s’employaient à fonder une branche d’al-Nosra dans le camp. Ils ont commencé d’ailleurs les entrainements militaires pour réactiver l’aile militaire d’Al-Qaïda en structurant des groupes adoubés par l’organisation-mère.

 

L’Orient-Le Jour (Quotidien libanais francophone proche du 14-Mars)

Scarlett Haddad (8 mai 2013)

Tout au long de la journée de dimanche, la région était au bord d’un embrasement généralisé, suite au quadruple bombardement israélien de la Syrie. Il a fallu des contacts intensifs et précipités entre Moscou, Washington, New York, Damas, Le Caire et Jérusalem pour que l’escalade qui semblait inévitable soit plus ou moins contrôlée. Si nul ne peut encore dire de quoi l’avenir sera fait, on peut, en tout cas, comprendre un peu mieux ce qui s’est réellement passé.

En dépit des armes, de l’argent et des hommes envoyés en Syrie pour combattre aux côtés de l’opposition, celle-ci était en train de perdre du terrain face aux forces du régime. Ce dernier avait en effet réussi à reprendre le contrôle de la route reliant Lattaquié à Damas via Homs, qui est en quelque sorte l’épine dorsale du pays. Des rapports de centres de recherche commençaient à parler d’un effondrement de l’opposition dans six mois, si rien n’est fait pour l’aider. Une délégation arabe conduite par le Premier ministre du Qatar accompagné du secrétaire général de la Ligue arabe s’est donc rendue aux États-Unis pour demander une intervention directe américaine dans le conflit en Syrie. Mais le président américain Barak Obama, selon des experts, n’a pas été convaincu de la nécessité pour son pays d’intervenir directement. Il a donc clairement exprimé son refus tout en étudiant la possibilité d’envoyer des armes plus efficaces à l’opposition. C’est à ce moment, ajoutent-ils, qu’Israël est intervenu, proposant ses services aux Américains.

Les avions israéliens, qui ont pris soin de ne pas entrer dans l’espace aérien syrien, préférant, violer une fois de plus la souveraineté libanaise, ont ainsi bombardé aux alentours de minuit, dans la nuit de samedi à dimanche, quatre positions syriennes stratégiques autour de Damas: la colline de Qassioun, où, dit-on, sont installées des positions russes et qui fait face au palais présidentiel, le siège de la garde présidentielle, des dépôts d’armes et de munitions et enfin le centre de recherche de Gemraya, le tout dans le secteur de Ghouta qui commande l’entrée de Damas.

Deux heures plus tard, les combattants de l’opposition, ajoutent ces sources, ont mené une quarantaine d’attaques sur plusieurs axes dans la même région, dans le but de prendre d’assaut la capitale, croyant pouvoir profiter de la confusion régnant dans les rangs de l’armée après les bombardements israéliens. Les alliés libanais du régime syrien affirment à cet égard qu’il y a eu bel et bien une coordination entre l’opposition syrienne et les Israéliens et ils en donnent pour preuve l’interview accordée par un des porte-parole de l’opposition Hassan Rastouni à la télévision israélienne dimanche, dans laquelle ce dernier exprime sa joie des bombardements israéliens ajoutant, toujours selon les alliés de Damas, qu’ils interviennent à un moment où l’opposition était proche du désespoir. Lundi, l’opposition s’est empressée de désavouer Hassan Rastouni, mais selon les alliés libanais du régime syrien, ce désaveu est un peu tardif.

En principe donc, le plan était parfait. Mais les problèmes ont commencé lorsqu’il est apparu que l’armée syrienne était bien préparée et avait déplacé discrètement une grande partie de ses forces et de ses munitions. Elle a donc réussi, toujours selon les alliés libanais du régime, à repousser les attaquants, tout en poursuivant son avancée dans la région de Qoussayr et en parvenant à étouffer toute tentative de soulèvement sunnite à Bayda près de Banias. En même temps, «les amis de la Syrie» évoqués par le secrétaire général du Hezbollah dans son dernier discours ont volé à son secours. L’Iran a donné le ton en multipliant les menaces à l’égard d’Israël, maintenant une sorte de flou pour être encore plus inquiétant, en se contentant de dire que «la résistance répondra». Le commandement syrien s’est aussitôt réuni pour annoncer sa volonté de riposter. Le ministre des AE Walid Moallem a contacté son homologue russe Serguei Lavrov, lequel a contacté son homologue américain John Kerry. Au fur et à mesure que les menaces se précisaient, les médias israéliens ont commencé à changer de ton. Citant d’anciens responsables militaires, ils ont commencé par rappeler que le Hezbollah dispose de quelques 60000 missiles avant de préciser que 40% des abris sont utilisables en Israël (…).

Il est ainsi clair que « le coup de pouce » israélien à l’opposition, concerté ou non, s’est retourné contre lui et qu’il a fallu une intervention américaine et russe directe pour stopper l’escalade.

Elnashra.com (Site libanais indépendant, 8 mai 2013)

Paula Astih

Les dernières informations sur l’affaire de l’enlèvement de l’évêque syriaque orthodoxe d’Alep, Youhanna Ibrahim, et de l’évêque grec-orthodoxe de la même ville, Boulos Yazigi, indiquent que les deux prélats seraient aux mains d’un groupe appelé «les soldats du califat» dans la campagne d’Alep. Des sources de l’opposition syrienne indiquent que ce groupe est encore plus extrémiste qu’Al-Qaïda et ne relève pas de cette organisation. «Nous avons dépêché des émissaires en Syrie pour s’enquérir du sort des deux évêques et il est apparu qu’ils sont avec ce groupe qui n’a pas dévoilé le but de l’enlèvement ou les revendications pour les libérer», ajoutent les mêmes sources avant de poursuivre: «Il n’y a aucun canal de communication avec les ravisseurs en dépit des démarches entreprises dans plusieurs directions.

Le 20 janvier dernier, un groupe appelé «la brigade des soldats du califat islamique»  en Syrie s’est fait connaitre dans une vidéo postée sur Youtube dans laquelle apparait un dénommé Abou Ali al-Mouhajer, qui se présente comme le porte-parole, entouré de combattants masqués. Il a annoncé que l’objectif de ce groupe est de répandre le message de l’islam et d’édifier le califat en Syrie. La page facebook des «soldats du califat» compte 1234 amis. Un groupe portant le même nom avait revendiqué les attaques menées par Mohammad Merah à Toulouse, en France, qui ont fait sept morts, dont des militaires et des enfants devant une école juive. Les «soldats du califat» avaient également revendiqué des attaques au Kazakhstan et en Afghanistan.

Ce groupe est considéré comme étant plus extrémiste que le Front al-Nosra qu’il qualifié d’ailleurs d’apostat. Selon des informations non confirmées, Il serait dirigé par un salafiste Koweitien dénommé Abou Omar le Koweitien, qui est venu en Syrie en provenance de Bosnie via Istanbul. Il se déplace entre Idleb, Alep et la Turquie.

 

The Guardian (Quotidien britannique, 8 mai 2013)

Mona Mahmoud et Ian Black

Le principal groupe d’opposition armée syrien, l’Armée syrienne libre (ASL), perd des combattants qui désertent au profit du Front al-Nosra lié à al-Qaïda. Le groupe extrémiste n’a cessé de croitre ces derniers mois et beaucoup pensent que cela est principalement en raison des combattants sunnites étrangers, radicalisés par l’insurrection après l’invasion américaine de l’Irak en 2003, qui auraient traversé la frontière pour rejoindre les militants luttant contre les partisans chiites du président Bachar al-Assad.

Mais plus récemment, de nombreux combattants de l’ASL se joignent au Front al-Nosra en raison d’un manque d’armes et de munitions. Selon un commandant de brigade de l’ASL, quelques 3000 hommes ont déserté au cours des derniers mois et une autre estimation indique que l’Armée syrienne libre rebelle a perdu un quart de ses combattants.

 

Rolling Stones (Bimestriel américain, 10 mai 2013)

Le vice-président Joe Biden a souligné que l’administration américaine actuelle était extrêmement prudente dans le dossier syrien car elle avait à l’esprit les erreurs commises à son sens lors de l’invasion et l’occupation de l’Irak en 2003.

Assurant que l’équipe du président Barak Obama avait restauré l’image des Etats-Unis dans le monde, M. Biden a expliqué que « nous ne voulons pas tout gâcher comme la précédente administration l’a fait en Irak, en disant ‘armes de destruction massive’.

Ces armes, prétexte à l’invasion de mars 2003, n’ont jamais été retrouvées après la chute du régime de Saddam Hussein.

« Nous savons que des traces ont été retrouvées, et il s’agit probablement d’armes chimiques. Ce que nous ne savons pas encore c’est si elles ont été répandues de façon accidentelle », par le régime ou les rebelles, a remarqué M. Biden.

Si cet usage est confirmé, « le président prendra certainement des mesures proportionnées », a révélé M. Biden, sans plus de précisions.

Mais il a aussi souligné que « quelle que soit la façon dont cela se termine, il va y avoir une instabilité politique de la Syrie pendant un certain temps, et nous voulons faire en sorte qu’il existe encore des institutions qui peuvent gouverner un pays ». « La leçon que nous avons apprise de l’Irak et de la précédente administration (…) est qu’en gérant l’Irak, ils ont détruit toutes les institutions », a rappelé M. Biden. « Et nous savons que nous pouvons y remédier, si nous sommes prêts à dépenser 1000 milliards de dollars, envoyer 160000 soldats et subir 6.000 morts, mais nous ne le pouvons pas », a encore dit M. Biden, en allusion au bilan humain et financier de la guerre en Irak, côté américain.

C’est a priori la première fois qu’un haut responsable de l’exécutif américain établit aussi clairement le lien entre la décision d’envahir l’Irak il y a dix ans et l’attitude actuelle de Washington face à la Syrie.

http://neworientnews.com/news/fullnews.php?news_id=99067

A Antakya, la colère de la rue, contre l’ingérence turque, en Syrie

IRIB- Comme chaque jour, les habitants d’Antakya ont pris la rue, pour demander des comptes, après l’attentat meurtrier de Reyhanli.

A grand renfort de sifflets, d’applaudissements ou de slogans, ils dénoncent la présence toujours croissante des réfugiés syriens et le soutien d’Ankara aux rebelles en guerre contre le Président Bachar al-Assad. Ils scandent « Nous ne voulons pas de tueurs jihadistes, dans notre ville » et, à l’adresse des autorités turques, « Ne vous mêlez pas de la Syrie ».

« Tout ce que nous voulons, c’est que le gouvernement abandonne son soutien aux rebelles islamistes », résume Mahir Mansuroglu, le porte-parole du centre communautaire de la province d’Hatay, un rassemblement hétéroclite de partisans de la gauche, de nationalistes, de musulmans ou de chrétiens qui tente de fédérer la protestation.

La cohorte des manifestants observe à distance un autre cortège. Celui-là est constitué de quelques centaines de personnes qui exigent, elles, une « meilleure sécurité » à la frontière.

Plusieurs voitures de police suivent les manifestants à distance, pour éviter tout incident. Jusque-là, les forces de l’ordre n’ont pas eu à intervenir à Antakya, une ville qui accueille un mélange particulièrement riche d’ethnies et de religions, notamment des musulmans sunnites et alévis, ainsi que des chrétiens.

Mais l’arrivée sur le sol turc de près de 400.000 réfugiés syriens depuis le début il y a deux ans des combats a mis à mal ce fragile équilibre, surtout dans la province de Hatay.

Alors depuis le double attentat à la voiture piégée qui a fait 48 morts et plus d’une centaine de blessés dans la ville frontalière voisine de Reyhanli, la colère gronde.

« Petite Syrie »

Les autorités turques, le Premier ministre Recep Tayyip Erdogan en tête, ont prétendu que le régime de Damas en est le seul responsable, mais la population locale continue à mettre en cause le soutien de son gouvernement aux rebelles, hostiles à Bachar al-Assad et lui demande désormais des comptes.

« Les gens qui sont là disent simplement qu’ils ne veulent plus voir de jihadistes à longue barbe se pavaner dans leurs rues », insiste Mansuroglu en référence aux combattants de la fraction la plus radicale de la rébellion syrienne.

« Ces larges manifestations sont la conséquence naturelle de la politique du gouvernement », renchérit Semir Baklaci, l’un des responsables locaux du principal parti d’opposition, le Parti républicain du peuple (CHP), « à chaque fois qu’il existe une réelle chance de dialogue en Syrie, ce genre d’événement se produit ».

« Erdogan se contente d’observer alors qu’une attaque sauvage a infligé à la Turquie ses plus lourdes pertes », renchérit l’un des manifestants, Necla Oncu.

Certains accusent même le Premier ministre d’avoir laissé faire pour mieux plaider la cause d’une intervention militaire auprès du président américain Barack Obama, qu’il doit rencontrer vendredi à Washington.

Sadik Baba, un négociant de 37 ans, ne va pas aussi loin. Pour lui, c’est la forte présence des réfugiés syriens en Turquie qui est à l’origine de la situation, celle qui a transformé Reyhanli en une « petite Syrie », comme il dit.

« Combien d’entre nous vont devoir mourir avant qu’ils (les dirigeants turcs) ne se rendent compte que les risques sont devenus aussi grands de notre côté de la frontière ? », s’interroge-t-il, inquiet.

http://french.irib.ir/info/moyen-orient/item/256776-a-antakya,-la-col%C3%A8re-de-la-rue-contre-l%E2%80%99ing%C3%A9rence-turque-en-syrie

Syrie : Qui est derrière les attentats d’Al-Rihanya ? Par Nasser Kandil

lundi 13 mai 2013, par Comité Valmy

Syrie : Qui est derrière les attentats d’Al-Rihanya ?

Par Nasser Kandil

Le mot « Rihaniya » est-il arabe ? La réponse est oui. La ville elle-même est arabe et la majorité de ses habitants sont des arabes syriens de la province d’Iskenderun !

La Syrie a été accusée d’être à l’origine des attentats terroristes [qui l’ont ensanglantée le samedi 11 mai]. Demandons-nous : Pourquoi ? Comment ? Et quand ?

Pourquoi ?

Pourquoi la Syrie tuerait-elle ses concitoyens qui, en l’occurrence, ne cessent de manifester pour lui exprimer leur soutien et protester contre Erdogan et les milices armées de la dite « opposition syrienne » ; lesquelles « milices armées » ne disposeraient ni de camps d’entrainement ni d’aucun commandement sur le territoire turc !?

Comment ?

Les voitures piégées sont arrivées à la frontière en passant à travers les zones contrôlées par la dite opposition syrienne ?

Mais… au cas où les Syriens étaient derrière la manœuvre, n’aurait-elle pas été plus judicieuse et plus efficace si elle avait été menée contre les milices armées en territoire syrien ?

Ou alors… les voitures piégées sont arrivées de l’intérieur même du territoire turc ?

Dans ce cas, si le message était destiné à Erdogan comme certains ont pu le prétendre, n’aurait-il pas été plus retentissant si la cible des explosions avait été Ankara ou Istanbul ?

Quand ?

  • Suite à l’échec du « projet de guerre Erdogan-Netanyahu », une agression commune ayant pour objectif la chute de Damas.

  • Suite à la résignation de Washington qui a accepté la solution négociée à Moscou, une solution rejetée par Erdogan et son ministre des Affaires étrangères Daud Oglu.

  • Avant la visite d’Erdogan à Washington pour plaider contre la solution politique et faire battre les tambours de la guerre contre la Syrie.

Et enfin, qui se trouve coincé dans l’impasse syrienne et qui a besoin d’une telle manœuvre explosive ?

La réponse est : Erdogan, pour accuser la Syrie du massacre, comme il en a été pour tous les autres massacres programmés à la veille d’une réunion du Conseil de sécurité

Nasser Kandil

12/05/2013

Article traduit de l’arabe par Mouna Alno-Nakhal

Article original : Top News Nasser Kandil

http://www.topnews-nasserkandil.com/topnews/share.php ?art_id=2000

Note de la traductrice  :

Ci-joint une dernière turpitude insoutenable que je refuse de traduire… pour le moment ! Il faudrait la visionner et l’enregistrer avant qu’elle ne soit supprimée pour cause d’ « âmes sensibles » qui refusent d’admettre ce que les « respectables révolutionnaires » – aux yeux des plus éminents dirigeants occidentaux – promettent aux soldats de l’Armée nationale syrienne ; autrement dit, à ceux qui défendent l’une des plus nobles causes : leur patrie !

Vidéopubliée sur Youtube le 12 mai 2013 :

Terrifiant même s’il s’agissait d’un montage ! Un membre de l’ASL arrache le cœur d’un syrien et le mange tout en promettant le même sort aux soldats… de Bachar al-Assad !

http://www.youtube.com/watch ?v=tzvWP9j5Duc

Nasser Kandil est libanais, ancien député et directeur de TopNews-nasser-kandil

http://www.comite-valmy.org/spip.php?article3492