Syrie : La bataille de Qousseir, un tournant dans la guerre ?

Dans cette ville stratégique pour les livraisons d’armes aux rebelles en provenance du Liban, l’implication du mouvement chiite libanais Hezbollah pourrait servir à convaincre l’opposition que l’option armée est une impasse.

Les combats qui se déroulent dans la ville de Qousseir et ses alentours pourraient représenter un tournant dans la crise syrienne. Et pas seulement militairement. Certes, il s’agit d’une localité stratégique du centre de la Syrie. Comme le fait remarquer Bassam Abou Abdallah, directeur du Centre de Damas pour les études stratégiques : « Qousseir était la route d’approvisionnement la plus dangereuse pour le régime en raison de sa localisation au centre du pays et sa proximité avec le Liban. Sa prise portera un coup très dur, notamment aux rebelles. » En ce sens, une victoire de l’armée régulière aurait un impact psychologique non négligeable pour la troupe en même temps qu’elle pourrait regagner la confiance d’une partie de la population. Non pas que celle-ci se mette à adouber le régime toujours en place. Mais les signes sont de plus en plus fréquents d’une rupture entre les habitants et les groupes islamiques armés qui veulent imposer leur loi (lire l’encadré).

Ce qui est particulièrement nouveau, et donc politiquement très important, est la reconnaissance par le mouvement chiite libanais Hezbollah de son implication dans les combats sur le sol syrien. Al Manar, la télévision du Hezbollah, a diffusé des images montrant des centaines de personnes participant, lundi, aux funérailles de cinq membres du mouvement chiite « qui accomplissaient le devoir de djihad ». La télévision n’a pas précisé où ils avaient été tués, mais une source proche du mouvement dirigé par Hassan Nasrallah a révélé à l’AFP que la majorité de ses morts (on parle de plus de trente tués) l’avaient été par des engins piégés posés par les insurgés pour freiner l’avance du Hezbollah. Cette même source a précisé que de nouvelles troupes avaient été dépêchées pour combattre à Qousseir.

Un engagement qui pourrait évidemment changer la donne quand on connaît la puissance combattante de ce groupe. Pour Waddah Charara, professeur de sociologie à l’université libanaise, le Hezbollah libanais est impliqué dans « la bataille, car cette ville est la porte par laquelle passent les hommes et l’armement vers le nord du Liban et du nord du Liban vers la Syrie ». Or, explique l’auteur de l’État Hezbollah, « Tripoli est un bastion de l’opposition sunnite au Liban et en fermant cette porte il affaiblit ses principaux adversaires libanais, d’où l’importance de la prise de la ville ».

En vue de la conférence de Genève

Cependant, pour Bassam Abou Abdallah, l’opération militaire s’inscrit en vue de la conférence internationale prévue en juin à Genève. « Elle vise à convaincre les autres parties (l’opposition et les rebelles) que l’option militaire ne pourra pas réussir. » De son côté, le quotidien syrien Al-Watan, considéré comme proche du pouvoir, titrait en une : « Le drapeau syrien hissé sur les bâtiments gouvernementaux à Qousseir, la Turquie enflamme le front nord d’Alep avant la conférence internationale ».

On comprend mieux pourquoi, à la demande du Royaume-Uni, l’Union européenne envisage de mettre la branche armée du Hezbollah sur la liste des organisations terroristes. Pour sa part, le président américain, Barack Obama, a exprimé auprès du président du Liban, Michel Sleimane, ses inquiétudes sur la présence du Hezbollah en Syrie. Quant au premier ministre turc, Erdogan, 
il a dénoncé, sans rire, 
« l’intervention étrangère » du Hezbollah en Syrie !

Enlèvements et meurtres islamistes  L’avocat Abdoullah Al Khalil, militant des droits de l’homme, qui se trouve à la tête du conseil municipal de Raqa, a été enlevé, dimanche, par un groupe armé, alors qu’il quittait les locaux du conseil municipal. Les troupes du régime ne sont pas entrées depuis mars dans Raqa, première et seule capitale provinciale à être tombée aux mains des rebelles depuis le début de la révolte populaire contre le président Bachar Al Assad, en mars 2011. Un militant à Raqa a accusé des islamistes radicaux, refusant de se retirer de secteurs résidentiels de la ville, d’être derrière le rapt, « quelques jours avant de nouvelles élections du conseil municipal ». Il a précisé que plusieurs autres personnalités locales avaient été enlevées ou tuées récemment dans le secteur. « Auparavant, les gens aimaient (les groupes rebelles islamistes) Ahrar al-Sham et al-Nosra. (Mais) maintenant, ils nous volent notre pays », a-t-il dénoncé, en faisant par ailleurs état de tensions et de rivalités entre ces groupes.

Pierre Barbancey

http://www.humanite.fr/monde/la-bataille-de-qousseir-un-tournant-dans-la-guerre-541990

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