Le pouvoir tunisien engage la confrontation avec les salafistes

Par Thibaut Cavaillès

Des policiers anti-émeutes face aux manifestants, dimanche à Tunis.

Des policiers anti-émeutes face aux manifestants, dimanche à Tunis. Crédits photo : ANIS MILI/REUTERS

Des heurts entre manifestants et forces de l’ordre ont fait un mort et une quinzaine de blessés.

La confrontation entre le gouvernement tunisien, dominé par les islamistes d’Ennahda, et les plus radicaux des militants salafistes a connu dimanche un nouveau point d’orgue. Bravant les interdictions officielles, ces derniers se sont violemment opposés aux forces de l’ordre dans la banlieue ouest de Tunis. Des heurts qui ont fait un mort parmi les manifestants, ainsi qu’une quinzaine de blessés, dont onze policiers.

Tout avait commencé vendredi quand le ministre de l’Intérieur avait annoncé que le meeting annuel des «Partisans de la Charia» ne serait pas autorisé à Kairouan, à 150 km au sud de Tunis. L’organisation, qui ne reconnaît d’autre autorité que celle de Dieu, décidait de maintenir son rassemblement tout en appelant ses militants à la plus grande prudence et les invitant à ne «pas répondre à la provocation policière».

«Nous appelons tous nos frères à être présents en grand nombre»

Dimanche matin, le déploiement de forces de l’ordre déterminées à empêcher la tenue du meeting est impressionnant. Des brigades antiterroristes, des maîtres-chiens… mais pas de signe de rassemblement. Ansar al-Charia semble abandonner la partie et, dans la matinée, demande à ses sympathisants de ne pas se rendre à Kairouan. Sur place, devant la mosquée Oqba Ibn Nafaa, des habitants, drapeau tunisien sur les épaules, viennent fêter la décision. Des femmes voilées saluent la présence rassurante des policiers «dans un pays où nous avons tous peurs, dans les rues, à la maison», confie Aïcha. La partie semble gagnée pour le gouvernement mais une rumeur sur Internet enfle bientôt, confirmée par un communiqué sur la page Facebook d’Ansar al-Charia: «Nous appelons tous nos frères à être présents en grand nombre à la cité Ettadhamen».

Alors que policiers et médias font le siège de Kairouan, c’est en fait dans un quartier populaire de Tunis, que l’organisation s’apprête à réunir ses sympathisants. Une volte-face qui ne va pas tarder à mal tourner.

À notre arrivée sur place, un répit de quelques minutes nous permet de constater les dégâts. Il y a là des carcasses de voitures brûlées, des troncs de palmier carbonisés couchés en travers de la route. Un tapis de douille de gaz lacrymogène ajoute au décor, rappelant l’attaque de l’ambassade américaine à Tunis, le 14 septembre dernier. Un hélicoptère survole le quartier, autour duquel des véhicules blindés ont pris position. «Ils ne laissent pas les gens qui font la prière en paix, déplore un habitant irrité par le gouvernement. Il y a une mauvaise interprétation de ce que font les salafistes. Les politiciens font leur propagande électorale mais ils n’agissent pas et laissent tous les problèmes sur les citoyens.»

Tout au long de l’après-midi, les affrontements se poursuivent, les policiers avançant et reculant au gré des déplacements des assaillants. Face aux uniformes, les jeunes ne semblent pas forcément acquis à la cause des salafistes, même si, dans les fumées des gaz lacrymogènes, l’on peut apercevoir le drapeau noir des fondamentalistes. «C’est la quatrième ou cinquième fois qu’il y a des affrontements dans ce quartier depuis la chute de Ben Ali (14 janvier 2011, NDLR), déplore Rami. Il n’y a pas de sécurité. Les policiers font ce qu’ils peuvent mais les salafistes créent beaucoup de problèmes.»

Ces affrontements marquent une nouvelle étape dans le bras de fer qui oppose les autorités aux fondamentalistes. Et le gouvernement a durci le ton. En traquant des djihadistes qui seraient liés à al-Qaida, dans les montagnes de l’Ouest tunisien, mais aussi en imposant une demande d’autorisation pour l’installation de tentes de prédications ou en interdisant le meeting de Kairouan. Ansar al-Charia, qui prévenait le gouvernement qu’il serait «seul responsable de la moindre goutte de sang versé dimanche», semble avoir pris l’ascendant. Mais l’organisation pourrait payer les débordements de ce dimanche. La réponse du gouvernement ne devrait pas se faire attendre. Même si cette fois, la saison touristique sera dure à sauver.

http://www.lefigaro.fr/international/2013/05/19/01003-20130519ARTFIG00178-le-pouvoir-tunisien-engage-la-confrontation-avec-les-salafistes.php

 

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