Syrie : Fantasmes chimiques et dures réalités (Hürriyet)

Gwynne Dyer
Snipers anti-gouvernementaux à Alep

Tout d’abord, rejetons toutes ces nouvelles disant que le régime de Bachar al-Assad aurait commencé à utiliser des armes chimiques contre ses propres citoyens, et que cela aurait franchi une « ligne rouge » et irait déclencher une intervention militaire étrangère en Syrie. Il est concevable, bien que hautement improbable, que les troupes de Bachar al-Assad aient utilisé des gaz toxiques contre les rebelles. Il n’est pas crédible que quelque dirigeant étranger que ce soit irait ordonner à ses troupes d’aller en Syrie et arrête la guerre.

Les « preuves » de l’utilisation par le régime de Bachar al-Assad de sarin (gaz neurotoxique) sont bien minces, et il est facile de voir pourquoi les combattants de l’opposition pourraient choisir de les fabriquer. Des preuves aussi fragiles sur de prétendues « armes de destruction massive » ont été utilisées pour justifier l’invasion américaine de l’Irak. Pourquoi les rebelles syriens ne se seraient-ils pas lancés dans ce même jeu ?

En outre, il n’existe aucune raison plausible pour laquelle le régime syrien aurait utilisé des gaz toxiques. Cela ne conférerait aucun avantage militaire durable aux forces gouvernementales et les coûts politiques d’être pris en flagrant délit seraient importants. Mais même si ces accusations étaient vraies, cela ne ferait aucune différence.

Aucun gouvernement occidental – ni aucun gouvernement arabe – que ce soit n’est prêt à mettre des soldats sur le terrain en Syrie. Une ingérence dans une guerre civile est rarement une bonne idée, et l’armée du régime baasiste pourrait infliger des pertes très sévères à un envahisseur. Même imposer une zone d’exclusion aérienne signifierait que des pilotes occidentaux seraient tués ou leurs jets abattus, parce que les défenses aériennes de la Syrie sont modernes, d’un bon niveau et considérables.

Donc, s’il ne va pas y avoir d’intervention militaire étrangère, quand la guerre civile syrienne va-t-elle finir ? Pas de sitôt.

De temps en temps, les rebelles envahissent une base aérienne ou un poste frontière ici ou là. Ceci est habituellement indiqué comme étant une preuve qu’ils feraient des progrès, mais la moitié du temps ils perdent leurs prises au profit du régime quelques semaines ou quelques mois plus tard. Les lignes de front n’ont guère changé du tout à Alep au cours des six derniers mois, et le régime est même en train de reprendre certaines des banlieues de Damas qui sont tombées aux mains des rebelles l’an dernier.

L’armée syrienne ne dispose pas d’effectifs suffisants pour tenir de grandes étendues de campagne en permanence, mais elle n’a jamais laissé les rebelles approcher de la principale autoroute nord-sud qui relie Damas, Homs, Hama et Alep. Les divisions de Bachar Al-Assad ont même rouvert l’autoroute reliant Damas à Tartous et Lattaquié, sur la côte récemment, après plusieurs mois de fermeture. Si elles ne sont pas réellement en train de gagner la guerre sur le terrain, elles ne sont certainement pas en train de la perdre.

L’Arabie saoudite et le Qatar continuent d’alimenter en armes les rebelles, mais pas dans des quantités qui leur donneraient une chance de gagner. C’est probablement parce qu’ils sont devenus de plus en plus nerveux sur le type de régime qui remplacerait la dictature de Bachar al-Assad après une victoire militaire. Ils voulaient remplacer le régime laïc de Bachar al-Assad par un gouvernement contrôlé par des musulmans sunnites, mais ils ne voudraient pas mettre un régime islamiste fanatique au pouvoir.

C’est, pour le moment, précisément ce qu’une victoire des insurgés produirait, avec les extrémistes djihadistes des brigades al-Nusra qui sont de loin les combattants les plus efficaces du côté des rebelles. La perspective d’un régime islamiste radical a également convaincu de nombreux Syriens modérés qu’ils doivent empêcher la chute du régime de Bachar al-Assad, même s’ils le détestent.

Il y a un an de cela, la bataille pour la Syrie semblait se transformer en une lutte directe entre la majorité musulmane sunnite, quelque 70% de la population, et les diverses minorités, chiites, chrétiennes, alaouites et druzes, qui ont soutenu le régime de Bachar al-Assad parce qu’elles craignaient une domination sunnite. C’est probablement plus proche d’un rapport 50/50 maintenant, parce que beaucoup de musulmans sunnites sont également repoussés par l’alternative d’une tyrannie islamiste radicale.

Il n’y a pas d’enquêtes d’opinion pour confirmer ce changement dans l’opinion sunnite, mais les évidences sont là, dans la loyauté et l’efficacité au combat de l’armée syrienne, dont la plupart des hommes de troupes sont des musulmans sunnites. Alors, que devons-nous espérer, dans cette situation presque désespérée ?

L’issue la moins mauvaise, à ce stade, serait un coup d’État militaire furtif du régime qui déposerait discrètement Bachar al-Assad et ses acolytes, sans abandonner les principes de la laïcité, et ensuite isolerait les djihadistes en recherchant un large règlement pacifique avec les autres éléments des forces rebelles. Quelle en est la probabilité ? Pas grand chose, malheureusement.

Gwynne Dyer,
Le 1er mai 2013.

Source : Syria : Chemical fantasies and grim realities

* http://www.hurriyetdailynews.com/syria-chemical-fantasies-and-grim-rea…
URL de cet article 20499
http://www.legrandsoir.info/syrie-fantasmes-chimiques-et-dures-realites.html
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