Syrie : Pétrole contre Euros!

 

IRIB- Le gouvernement allemand insiste pour qu’on crée rapidement des structures étatiques ….
…dans les régions contrôlées par la rébellion syrienne. Il faudrait, selon le Ministère des Affaires étrangères, soutenir les « modérés » et accélérer résolument la «reconstruction». En coulisse se profile une influence croissante de milices islamistes, dont le Jabhat Al-Nosra (Front pour la Victoire du Peuple de la Syrie), une formation qui a désormais partie liée avec Al-Qaïda, en Irak. Ses liens étroits dans le pays voisin lui facilitent le contrôle de la majorité des champs pétrolifères syriens, essentiellement, situés, à proximité de la frontière irakienne.Selon certaines informations le financement des milices islamistes est assuré de façon croissante par l’exploitation des ressources pétrolières, que, désormais, d’autres fractions de la rébellion syrienne cherchent, elles aussi, à contrôler. La décision de l’UE de lever l’embargo pétrolier imposé aux fractions «modérées» (non islamistes) de la rébellion pourra leur permettre de mieux s’affirmer contre le Jabhat Al-Nosra et les formations analogues. Ce qui à son tour attise la guerre civile entre les divers groupes rebelles.

L’un des principaux donateurs

En promettant des millions d’euros aux rebelles, la RFA et ses alliés occidentaux confirment leur ingérence dans la guerre civile syrienne. Washington a promis à elle seule le doublement de son aide, qui s’élèvera, désormais, à 250 millions de dollars. Elle est destinée à financer, outre des prestations humanitaires, du matériel de transmission ainsi que – pour la première fois de façon officielle – des équipements militaires «non létaux». L’Allemagne a, elle aussi, promis de mettre davantage de moyens à la disposition des rebelles ; le total versé à ce jour doit atteindre les 145 millions d’euros. Berlin soutient que cet argent ne sert pas à acheter des armes, une affirmation qu’il convient de replacer dans le cadre de la répartition des tâches en Occident, car les prestations allemandes concernant par exemple l’aide aux réfugiés permettent à d’autres pays de focaliser leurs aides financières sur la solde des milices rebelles. La République fédérale allemande est «l’un des principaux donateurs», dit-on au Ministère des Affaires étrangères (1). Au plan politique, l’Allemagne soutient les rebelles sans aucune réserve (2)

L’aide humanitaire est instrumentalisée

Cependant l’Occident est de plus en plus confronté à un passage sous contrôle islamiste des zones arrachées au gouvernement. Souvent les habitants de ces régions tolèrent la domination- même extrêmement brutale – des islamistes, dans la crainte que la société syrienne, en guerre civile, ne bascule dans le chaos complet – une argumentation, déjà, utilisée, en Afghanistan, et dans certaines régions de Somalie. Toutefois il paraît que des diplomates européens concèdent désormais ouvertement que l’Occident utilise la totalité de son «aide humanitaire» à des «fins politiques»: la distribution de cette aide est confiée de façon tout à fait ciblée à des rebelles pro-occidentaux afin de leur gagner les faveurs de la population («win hearts and minds») On leur achète ainsi – en dépit de leurs divisions notoires – une «légitimité» nécessaire à la création de structures gouvernementales alternatives. Les sommes affectées, à cet effet, sont évaluées à 790 millions d’euros. (3)

Du pétrole pour financer la rébellion

Pour soulager le plus vite possible les caisses occidentales, l’UE – avec l’accord de l’Allemagne – a décidé dès la semaine dernière de lever partiellement l’embargo pétrolier imposé à la Syrie depuis à peu près un an et demi. Si l’exportation de pétrole vers l’Europe reste interdite au gouvernement syrien, les rebelles, eux, ne sont plus soumis à cette interdiction. Justification : les profits qu’ils en retireront pourront être utilisés à des mesures de «reconstruction», dans les zones qu’ils contrôlent. En Occident, les centrales gouvernementales font toutefois montre d’un scepticisme considérable quant à la réussite de ce projet.

Exportation et oléoducs

Les raisons de cette attitude ne tiennent pas tant que cela aux spécificités de l’économie pétrolière syrienne. Maintenant, les rebelles ont certes pris le contrôle de nombreux puits de pétrole – on parle de 90% des ressources. Les deux raffineries syriennes – à Homs et Banyas – sont toujours tenues par les troupes gouvernementales, mais voilà qui ne devrait pas gêner l’exportation du brut. Il en va de même pour l’exploitation de quantités limitées, en dépit des calculs de la «Bundesagentur für Geowissenschaften und Rohstoffe» (Institut fédéral des géosciences et ressources naturelles, BGR) indiquant que les réserves syriennes de pétrole de ne doivent pas être surestimées. Comme le BGR l’a déclaré en septembre 2011, au moment du projet d’embargo contre la Syrie, la RFA est certes toujours le premier acheteur de pétrole syrien. Mais à l’époque, l’extraction aurait déjà été en net recul ; la Syrie n’arrive qu’au 33 e rang mondial des pays détenteurs de pétrole, et en outre elle en consacre de plus en plus à sa propre consommation. Il faudrait donc se préparer à la fin des importations en provenance de Syrie (4). Mais à long terme, avait alors estimé le BGR, Damas pourrait éventuellement projeter de jouer le rôle de nœud pétrolier et gazier («oil and gas hub») en construisant un oléoduc traversant son pays, par exemple depuis l’Égypte et l’Irak. La réalisation de ces plans – qui seraient très avantageux pour l’UE- ne serait toutefois envisageable qu’après la fin de la guerre civile.

Sur le modèle de l’Irak

Mais le problème, plus que les exportations pétrolières syriennes, limitées à long terme, est la lutte pour l’accès aux ressources entre fractions rebelles, déjà atomisées, qui les conduira à de nouvelles confrontations militaires. Les champs pétrolifères syriens sont situés à l’Est du pays, dans la province de Deir-ez-Zor, à la frontière irakienne. Plusieurs puits sont actuellement contrôlés par les islamistes du Front Al-Nosra, allié de la branche irakienne d’Al-Qaïda. «Ils ont la haute main sur l’économie syrienne, et ils sont très forts», dit-on dans la région au sujet de Jabhat Al-Nosra, qui aurait commencé depuis longtemps à vendre du pétrole pour se financer (5). Des milices tribales de Syrie orientale commencent à se soulever contre Al-Nosra et tentent de conquérir les champs pétroliers ; on assiste à des combats sanglants de plus en plus fréquents entre le Front Al-Nosra et les autres rebelles. Cependant les forces regroupées sous le vocable d’Armée syrienne libre (ASL) et opérant à proximité des champs se pétrole s’efforcent de trouver des appuis en Occident : selon le général Salim Idriss, il s’agit de disputer aux islamistes leurs sources de revenus (6). Étant donné le renforcement du Jabhat al-Nosra, on ciblerait désormais la création d’un mouvement armé regroupant les milices tribales et destiné à détruire systématiquement les structures d’Al-Qaïda, sur le modèle des opérations engagées il y a quelques années en Irak par les USA. Les dizaines de morts que fait chaque jour la guerre civile, en Irak, éclaire bien leur succès, à long terme.

(1En Syrie : soutenir les modérés, http://www.auswaertiges-amt.de 22.04.2013

(2) voir The Day After, Verdeckte Kriegspartei, Im Rebellengebiet und Im Rebellengebiet (II) (Les bellicistes masqués, Dans les zones rebelles I et II)

(3Syria: Britain funds rebels overseeing aid inside occupied areas; http://www.telegraph.co.uk 14.04.2013

(4) DERA vous informe : Pétrole et gaz naturel syrien, http://www.deutsche-rohstoffagentur.de 05.09.2011

(5In Syria, some brace for the next war; articles.washingtonpost.com 09.04.2013

(6Syrian rebels seek control over oil fields; http://www.ft.com 22.04.2013

tlaxcala-int.org

http://french.irib.ir/analyses/item/255481-syrie-p%C3%A9trole-contre-euros

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